{"id":64886,"date":"2000-10-10T00:00:00","date_gmt":"2000-10-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2000\/10\/10\/de-defensa-volume-16-n03-du-10-octobre-2000-sur-le-sentier-de-la-guerre\/"},"modified":"2026-02-27T15:51:57","modified_gmt":"2026-02-27T13:51:57","slug":"de-defensa-volume-16-n03-du-10-octobre-2000-sur-le-sentier-de-la-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2000\/10\/10\/de-defensa-volume-16-n03-du-10-octobre-2000-sur-le-sentier-de-la-guerre\/","title":{"rendered":"de defensa, Volume 16, n\u00b003, du 10 octobre 2000 &#8211; <strong><em>Sur le sentier de la guerre<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Sur le sentier de la guerre<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDans certains domaines de l&rsquo;appr\u00e9ciation politique, les militaires am\u00e9ricains sont les  seuls \u00e0 avoir gard\u00e9 la t\u00eate froide, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du vertige hors de tout contr\u00f4le qui a envahi les discours et les projets de dirigeants politiques dont l&rsquo;incomp\u00e9tence en mati\u00e8re strat\u00e9gique et militaire est certainement sans exemple dans l&rsquo;histoire du dernier demi-si\u00e8cle. On a d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 ici le cas d&rsquo;une source europ\u00e9enne effectuant au d\u00e9but de cette ann\u00e9e une longue tourn\u00e9e d&rsquo;information \u00e0 Washington, dans les cercles officiels du gouvernement et du Congr\u00e8s ; et constatant que les militaires, dans les personnes de hauts fonctionnaires et surtout de g\u00e9n\u00e9raux de l&rsquo;\u00e9tat-major, avaient \u00e9t\u00e9 les seuls \u00ab <em>\u00e0 peindre une situation extr\u00eamement difficile, \u00e0 la limite de la rupture, pour ce qui concerne les forces arm\u00e9es<\/em> \u00bb ; une situation qui conduisait ses interlocuteurs militaires, les seuls parmi ses interlocuteurs washingtoniens, \u00e0 approuver le d\u00e9veloppement d&rsquo;une d\u00e9fense europ\u00e9enne (autonome ou pas, c&rsquo;est un autre d\u00e9bat) parce qu&rsquo;ainsi \u00ab <em>le fardeau des engagements des forces am\u00e9ricaines serait un peu all\u00e9g\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette id\u00e9e est r\u00e9pandue chez les gens inform\u00e9s, malgr\u00e9 le penchant quasi-obsessionnel des moyens officiels d&rsquo;information \u00e0lui pr\u00e9f\u00e9rer les slogans triomphants d&rsquo;une affirmation de puissance nourrie \u00e0 l&rsquo;ivresse m\u00e9diatique et virtualiste des <em>establishment<\/em> politiques. On la trouve \u00e9galement dans le livre <em>Lifting the Fog of War<\/em>, o\u00f9 l&rsquo;amiral William Owens estime que \u00ab [l]<em>es forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines connaissent de s\u00e9rieux probl\u00e8mes aujourd&rsquo;hui. <\/em>[&#8230; Elles] <em>seront confront\u00e9es \u00e0 une crise potentielle dans la d\u00e9cennie qui s&rsquo;ouvre, qui, si elle est ignor\u00e9e, pourrait menacer d&rsquo;un effondrement g\u00e9n\u00e9ral les capacit\u00e9s n\u00e9cessaires pour r\u00e9pondre aux exigences de s\u00e9curit\u00e9 nationales pr\u00e9sentes et \u00e0 venir<\/em> \u00bb. On la trouve dans le v\u00e9ritable bilan de la guerre du Kosovo, qui a montr\u00e9 les insuffisances extraordinaires (par rapport \u00e0 la pr\u00e9sentation officielle) et l&rsquo;essoufflement dramatique des capacit\u00e9s militaires am\u00e9ricaines, dans la perspective de leur d\u00e9veloppement des 50 derni\u00e8res ann\u00e9es et du poids universel qu&rsquo;elles p\u00e8sent. Toutes ces sources sont \u00ab\u00a0ouvertes\u00a0\u00bb et largement accessibles ; mais rien n&rsquo;y fait, on dirait que l&rsquo;esprit moderniste et globaliste est cloisonn\u00e9, entre les affirmations virtualistes et la r\u00e9alit\u00e9 des faits, et ceci contredisant exactement cela. (Mais ce n&rsquo;est ici faire rien d&rsquo;autre que constater l&rsquo;installation de cet \u00e9tat d&rsquo;esprit que nous avons d\u00e9j\u00e0 qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0virtualiste\u00a0\u00bb : la volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;installer et d&rsquo;entretenir une repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la place de la r\u00e9alit\u00e9.) Ce cloisonnement doit \u00eatre bris\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, parce que les r\u00e9alit\u00e9s militaires et op\u00e9rationnelles sont devenues pressantes au point d&rsquo;approcher une situation qui pourrait \u00eatre d\u00e9crite comme une situation de rupture.<\/p>\n<h3>Un changement de statut du budget de la d\u00e9fense qui correspond \u00e0 une militarisation <strong><em>de facto<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a eu ces derniers mois, \u00e0 Washington, un changement important dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des militaires et des cercles qui leur sont proches. Les augmentations de budget anarchiques consenties par l&rsquo;administration Clinton en mal de publicit\u00e9 militariste, et par le Congr\u00e8s en mal d&rsquo;avantages \u00e9lectoraux (le nombre d&rsquo;avions C-130 neufs, command\u00e9s sur injonction du Congr\u00e8s et dont l&rsquo;USAF n&rsquo;a nul besoin, et qui sont stock\u00e9s en r\u00e9serve sans mission, est particuli\u00e8rement \u00e9difiant), n&rsquo;ont pas arrang\u00e9 l&rsquo;\u00e9tat des forces arm\u00e9es, si elles ont nourri la rh\u00e9torique militariste du monde politico-m\u00e9diatique. D&rsquo;autre part, elles n&rsquo;ont pas am\u00e9lior\u00e9 les relations entre les militaires et le pouvoir. Cette situation peut para\u00eetre surprenante : le budget du DoD a connu globalement, sous l&rsquo;\u00e8re Clinton, un redressement significatif par rapport aux conditions ext\u00e9rieures d&rsquo;absence de menace s\u00e9rieuse (de moins de $250 milliards \u00e0 plus de $300 milliards). Mais il est apparu \u00e9vident que ces mesures n&rsquo;\u00e9taient pas vraiment diff\u00e9rentes de mesures de simples relations publiques, et qu&rsquo;elles n&rsquo;impliquaient pas la moindre pr\u00e9occupation des v\u00e9ritables probl\u00e8mes des militaires ; les relations entre le pouvoir civil et les militaires n&rsquo;ont fait par cons\u00e9quent que se d\u00e9grader.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@CHAPTER FINAL = Aujourd&rsquo;hui, les militaires, ou dans tous les cas ceux qui sont partisans de cette r\u00e9forme, en viennent \u00e0l&rsquo;essentiel, et cela sans qu&rsquo;on sache s&rsquo;ils le r\u00e9alisent. Ce qu&rsquo;ils proposent, c&rsquo;est <em>in fine<\/em> un v\u00e9ritable changement de statut des forces arm\u00e9es. En proposant de passer d&rsquo;une comptabilit\u00e9 conjoncturelle (volume du budget   calcul\u00e9 en termes d&rsquo;argent variables) \u00e0 une comptabilit\u00e9 structurelle (volume du budget fix\u00e9 \u00e0 un pourcentage de la richesse nationale), ils am\u00e8nent comme effet de donner \u00e0 ce budget \u00e9galement un statut nouveau. Ce n&rsquo;est plus une part du budget f\u00e9d\u00e9ral, ce serait un budget en soi, incompressible, qui ne serait plus soumis \u00e0 la moindre relativit\u00e9 du choix annuel ; il y aurait d\u00e9sormais au niveau f\u00e9d\u00e9ral le budget du DoD, et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, le budget du reste, les autres postes. C&rsquo;est une fa\u00e7on de compl\u00e9ter une \u00e9ventuelle r\u00e9ponse \u00e0 la question de l&#8217;empire : si l&rsquo;Am\u00e9rique est un empire, alors voil\u00e0 la place qu&rsquo;il faut donner aux forces arm\u00e9es dans les structures de la richesse nationale. Certes, c&rsquo;est la militarisation de l&rsquo;Am\u00e9rique pass\u00e9e dans les structures de la comptabilit\u00e9 nationale ; on pourrait trouver cette proposition effrayante par ce qu&rsquo;elle implique de \u00ab\u00a0militarisation\u00a0\u00bb structurelle de l&rsquo;Am\u00e9rique mais on accordera aux militaires que ce n&rsquo;est pas eux qui ont commenc\u00e9 \u00e0 proclamer l&#8217;empire, et que nombre d&rsquo;entre eux (\u00e0 commencer par Powell <em>in illo tempore<\/em>) ont toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9ticents devant cette id\u00e9e d&#8217;empire. On leur accordera \u00e9galement qu&rsquo;au moins, avec eux, on va pouvoir enfin appeler un chat un chat et mesurer de quoi il s&rsquo;agit et ce qu&rsquo;il en co\u00fbte de se lancer dans l&rsquo;aventure imp\u00e9riale, et, au bout du compte peut-\u00eatre, si l&rsquo;Am\u00e9rique est d\u00e9sireuse de se lancer dans l&rsquo;aventure imp\u00e9riale (ce dont nous doutons fermement).<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Les fameux 4% <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Ce mouvement s\u00e9rieux d&rsquo;augmentation consid\u00e9rable du budget du Pentagone n&rsquo;implique nullement une augmentation du volume des forces. Il implique simplement le fonctionnement ad\u00e9quat des forces existantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe quoi s&rsquo;agit-il ? En juillet, des chefs militaires et des experts civils ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9fl\u00e9chir tout haut\u00a0\u00bb \u00e0 la possibilit\u00e9 de fixer le budget du DoD \u00e0 un pourcentage du PNB, et, bien entendu, un pourcentage sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;actuel. Aujourd&rsquo;hui, le budget DoD n&rsquo;est pas pr\u00e9sent\u00e9 en pourcentage du PNB, mais il se fait \u00e9videmment que ce budget correspond \u00e0 un pourcentage (autour de $310 milliards, autour de 3% du PNB). Ce qui est propos\u00e9, selon les sources, c&rsquo;est de passer \u00e0 3,5%, 4% voire 4,5% du PNB. Cela fait des sommes consid\u00e9rables. Si l&rsquo;on prend le chiffre moyen de ces propositions, c&rsquo;est-\u00e0-dire 4%, et si l&rsquo;on projette ce chiffre sur les pr\u00e9visions concernant la croissance de la richesse nationale, on arrive \u00e0 rien moins que $435 milliard en 2002 et $538 milliards en 2007. Notons que ces chiffres, qui peuvent sembler extraordinaires au regard des n\u00e9cessit\u00e9s ext\u00e9rieures (menaces ext\u00e9rieures, engagements, etc), ont une logique interne, &mdash; car c&rsquo;est bien ainsi qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer le probl\u00e8me, dans sa coh\u00e9rence interne. Les experts Daniel Gour\u00e9 et Jeffrey Ranney \u00e9crivaient en 1999 que \u00ab <em>le fait ind\u00e9niable est que, en termes de maintien et d&rsquo;entretien des forces telles qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9es dans la QDR <\/em>[Revue quadriannuelle de d\u00e9fense]<em> de 1997, il manque au budget du DoD $100 milliards. <\/em>[&#8230;] <em>Le budget de la d\u00e9fense de FY2002 devrait \u00eatre de $380 milliards pour accomplir les objectifs QDR.<\/em> \u00bb Nous ne sommes pas loin des 4% du PNB.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe courant est s\u00e9rieux et, de surcro\u00eet, il ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme relevant d&rsquo;une approche corporatiste parce qu&rsquo;il ne compte pas que des militaires. Outre le g\u00e9n\u00e9ral James Jones, commandant du Marine Corps, et l&rsquo;amiral Jay Johnson, chef sortant de l&rsquo;\u00e9tat major de la marine, qui ont demand\u00e9 les 4% lors d&rsquo;interventions publiques en juillet, les anciens secr\u00e9taires \u00e0 la d\u00e9fense Schlesinger et Harold Brown, deux des plus respect\u00e9s parmi les ex-ministres, ont \u00e9galement demand\u00e9 \u00ab <em>un investissement d&rsquo;au moins 4% du Produit National Brut<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne faut rien voir de magique dans ce chiffre de 4% du PNB certes, non plus dans la volont\u00e9 de fixer le budget DoD dans cette sorte d&rsquo;appr\u00e9ciation. Mais il faut admettre cette signification essentielle, car elle se retrouve dans toutes les pr\u00e9sentations : la volont\u00e9 d&rsquo;institutionnaliser le budget du DoD, de le faire devenir un ph\u00e9nom\u00e8ne en soi du gouvernement am\u00e9ricain, et non plus une variable du budget f\u00e9d\u00e9ral, d\u00e9pendant de l&rsquo;humeur, des manigances, des variations d&rsquo;analyse. L&rsquo;attaque n&rsquo;est pas folle, ni disproportionn\u00e9e, elle est extr\u00eamement s\u00e9rieuse.<\/p>\n<h3>Une \u00e9norme augmentation simplement pour fonctionner correctement<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;attaque est d&rsquo;autant plus s\u00e9rieuse qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, elle ne repose pas vraiment sur une volont\u00e9, qui pourrait \u00eatre jug\u00e9e folle et ainsi ais\u00e9ment repouss\u00e9e, d&rsquo;expansion des forces arm\u00e9es. On a d\u00e9j\u00e0 des indications pr\u00e9cises \u00e0 cet \u00e9gard, lorsque Gour\u00e9-Ranney parlent d&rsquo;augmenter le budget DoD de $100 milliards annuels pour simplement ex\u00e9cuter le programme QDR de 1997 ; lorsque le GAO (Government Accounting Office), organisme qu&rsquo;on ne peut soup\u00e7onner d&rsquo;indulgence pour les militaires puisqu&rsquo;il passe son temps \u00e0 traquer les diverses turpitudes de la bureaucratie du DoD, explique qu&rsquo;il faut au moins $50 milliards d&rsquo;augmentation d\u00e8s 2001 pour permettre d&rsquo;assurer le seul fonctionnement ad\u00e9quat des forces arm\u00e9es aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn ce sens, il ne faut pas repousser l&rsquo;hypoth\u00e8se, extraordinaire pour des esprits europ\u00e9ens habitu\u00e9s \u00e0 compter plus chichement et selon les r\u00e9alit\u00e9s du monde, que le passage \u00e9ventuel d&rsquo;un budget de $310 milliards \u00e0 un budget de $538 milliards en 5 ans (2002-2007) ne signifierait que le retour \u00e0 l&rsquo;entretien normal du fonctionnement de la machine militaire am\u00e9ricaine telle qu&rsquo;elle existe. La seule augmentation de d\u00e9penses significative qui semble \u00eatre envisag\u00e9 pour l&rsquo;instant serait au niveau du personnel, &mdash; d&rsquo;abord en engageant des compl\u00e9ments d&rsquo;effectifs n\u00e9cessaires au simple fonctionnement des forces ; ensuite, au niveau des salaires, pour tenter d&rsquo;endiguer l&rsquo;h\u00e9morragie de personnel qualifi\u00e9, contrari\u00e9 par les conditions difficiles des services ext\u00e9rieurs et surtout tent\u00e9 par les salaires civils nettement sup\u00e9rieurs ; mais l\u00e0 encore, par l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;explication qu&rsquo;on en donne, on comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;augmentation de rattrapage : mettre les salaires militaires au niveau des salaires civils, ce qui a toujours constitu\u00e9 un principe des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines pour entretenir l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;arm\u00e9e dans la nation (pour les Am\u00e9ricains, effectivement, c&rsquo;est cette comptabilit\u00e9-l\u00e0, celle de l&rsquo;argent, qui assure l&rsquo;int\u00e9gration).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@CHAPTER FINAL = Ainsi doit-on appr\u00e9cier ce courant d&rsquo;augmentation radicale du budget DoD. Il ne r\u00e9sout rien de fondamental pour les questions plus directement li\u00e9es au courant r\u00e9formiste des forces arm\u00e9es : questions de la r\u00e9orientation des structures, des nouveaux programmes et de la modernisation, de l&rsquo;adaptation aux missions, etc. Si ces questions doivent \u00eatre pos\u00e9es, elles le seront pour le prochain exercice QDR (QDR-II), en mai 2001.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La philosophie des forces<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Le probl\u00e8me des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines est qu&rsquo;elles ne sont pas structur\u00e9es et d\u00e9velopp\u00e9es en fonction du monde ext\u00e9rieur, mais en fonction d&rsquo;imp\u00e9ratifs int\u00e9rieurs, washingtoniens et autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl se cr\u00e9e aujourd&rsquo;hui un foss\u00e9 d&rsquo;incompr\u00e9hension entre d&rsquo;une part les techniciens (les militaires et les experts plut\u00f4t scientifiques comme Schlesinger et Brown) et d&rsquo;autre part les commentateurs de politique g\u00e9n\u00e9rale, &mdash; un foss\u00e9 d&rsquo;incompr\u00e9hension sur les capacit\u00e9s militaires am\u00e9ricaines, et par cons\u00e9quent, au bout du compte, sur les chiffres. Lorsqu&rsquo;elle entend parler de ces augmentations budg\u00e9taires r\u00e9clam\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire des capacit\u00e9s d\u00e9grad\u00e9es des forces am\u00e9ricaines actuelles, Flora Lewis \u00e9crit : \u00ab <em>C&rsquo;est un non-sens \u00e9vident.<\/em> \u00bb On comprend son propos, mais on doit comprendre aussi que ce propos est celui d&rsquo;une victime de plus de la pr\u00e9sentation m\u00e9diatique, de la repr\u00e9sentation virtualiste si l&rsquo;on veut, qui accompagne chaque op\u00e9ration militaire, \u00e0 coup de discours ronflants, de films impressionnants, etc. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un \u00ab <em>non-sens <\/em>\u00bb, et les forces am\u00e9ricaines souffrent effectivement de graves probl\u00e8mes dus \u00e0 des budgets insuffisants par rapport \u00e0 leurs besoins, \u00e0 leurs habitudes et \u00e0 leurs traditions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe choix fait des capacit\u00e9s et des moyens pour les forces am\u00e9ricaines, la doctrine adopt\u00e9e <em>de facto<\/em> du \u00ab\u00a0z\u00e9ro-mort\u00a0\u00bb qui suppose un environnement de protection des forces absolument inimaginable il y a vingt ans, le co\u00fbt des syst\u00e8mes que plus personne n&rsquo;arrive \u00e0 contr\u00f4ler (r\u00e9alisera-t-on enfin de fa\u00e7on r\u00e9aliste ce que signifie le co\u00fbt d&rsquo;un bombardier strat\u00e9gique B-2 \u00e0 $2,4 milliards l&rsquo;unit\u00e9 alors qu&rsquo;un bombardier strat\u00e9gique B-29 de 1943 co\u00fbtait entre $200.000 et $300.000 ?) &mdash; tout cela implique des d\u00e9penses exponentielles qui n&rsquo;ont plus de rapport direct avec ce qu&rsquo;on  constate de l&rsquo;existence de ces forces lorsqu&rsquo;elles sont d\u00e9ploy\u00e9es. Le Kosovo a \u00e9t\u00e9 un bon exemple de  cette situation : un peu plus de 10.000 missions offensives, et autour de 12.000 missions de protection \u00e9lectronique (avions de guerre \u00e9lectronique, ou <em>Electronic Warfare<\/em> [EW]). Ce qui nous appara\u00eet, parce que c&rsquo;est le plus spectaculaire, c&rsquo;est l&rsquo;abondance ad\u00e9quate des avions d&rsquo;attaque (650-800 pour les missions d&rsquo;attaque) ; il nous appara\u00eet moins que l&rsquo;essentiel des missions EW (presque aussi nombreuses que les missions d&rsquo;attaque effectives) est confi\u00e9 \u00e0 une petite force de 110 EA-6B <em>Prowler<\/em> de l&rsquo;US Navy, des avions \u00e2g\u00e9s de 20-30 ans. Bien entendu, cette force fut quasi-enti\u00e8rement mobilis\u00e9e au Kosovo et utilis\u00e9e au-del\u00e0 du raisonnable, ce qui priva les forces a\u00e9riennes am\u00e9ricaines en Cor\u00e9e du Sud (le point le plus sensible pour un d\u00e9ploiement de troupes US aujourd&rsquo;hui) de couverture EW. On ne voit pas comment les USA, avec leurs imp\u00e9ratifs de soutien logistique et de protection de force, eussent \u00e9t\u00e9 capables de mener une deuxi\u00e8me guerre conventionnelle r\u00e9gionale de haute intensit\u00e9 en plus du Kosovo ; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;un engagement contre un pays d&rsquo;un peu plus de 10 millions d&rsquo;habitants interdisait quasiment \u00e0 notre hyper-puissance d&rsquo;envisager un autre engagement du m\u00eame type dans le monde. Il y a de quoi s&rsquo;interroger s\u00e9rieusement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, il s&rsquo;agit de choix am\u00e9ricains, en fonction d&rsquo;une situation am\u00e9ricaine et des moyens am\u00e9ricains. Les forces arm\u00e9es US paraissent irr\u00e9sistibles et omnipr\u00e9sentes parce qu&rsquo;en fonction du monde r\u00e9el elles sembleraient effectivement l&rsquo;\u00eatre, et peut-\u00eatre le seraient-elles effectivement si elles n&rsquo;avaient comme r\u00e9f\u00e9rence que le monde r\u00e9el. L\u00e0 est bien le probl\u00e8me : la r\u00e9f\u00e9rence \u00ab <em>du monde r\u00e9el<\/em> \u00bb, qui, justement, n&rsquo;est pas la r\u00e9f\u00e9rence des forces am\u00e9ricaines.<\/p>\n<h3>Comme Wall Street, comme l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame, les forces am\u00e9ricaines vivent \u00ab <strong><em>beyond history<\/em><\/strong> \u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tUne v\u00e9ritable crise du sens appara\u00eet. Il devient \u00e9vident que les forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines ne se comptabilisent ni ne s&rsquo;\u00e9valuent aujourd&rsquo;hui en fonction du monde o\u00f9 elles op\u00e8rent, des op\u00e9rations qu&rsquo;elles effectuent ni des objectifs qui leur sont assign\u00e9s ; ces \u00e9l\u00e9ments sont pris en compte, mais pas de fa\u00e7on centrale et imp\u00e9rative ; l&rsquo;essentiel est la pr\u00e9sence d&rsquo;une logique interne, bureaucratique, politicienne, washingtonienne, qui est par d\u00e9finition d\u00e9tach\u00e9e du monde. Comme le reste de l&rsquo;activit\u00e9 am\u00e9ricaine, ces forces sont totalement <em>inward-looking<\/em>. Cela signifie que telle audition au Congr\u00e8s devant la Commission s\u00e9natoriale des forces arm\u00e9es est, en un sens qui devient de plus en plus pr\u00e9pond\u00e9rant, plus importante que le r\u00e9sultat d&rsquo;une mission d&rsquo;attaque (lequel peut d&rsquo;ailleurs toujours \u00eatre \u00ab\u00a0repr\u00e9sent\u00e9\u00a0\u00bb de mani\u00e8re favorable lors de la pr\u00e9sentation m\u00e9diatique) ; et une audition au Congr\u00e8s, avec l&rsquo;apparat m\u00e9diatique habituel, ce sont des pr\u00e9occupations portant sur la protection des forces, la conduite sociale entre soldats et officiers des deux sexes, la satisfaction de tel ou tel s\u00e9nateur par le biais de l&rsquo;achat d&rsquo;un mat\u00e9riel dont on n&rsquo;a nul besoin et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@CHAPTER FINAL = Peut-on reprocher ce comportement aux militaires am\u00e9ricains ? Apr\u00e8s tout, les financiers de Wall Street parlent bien de l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine comme d&rsquo;une \u00e9conomie <em>beyond history<\/em>. Ils disent la m\u00eame chose que ce que l&rsquo;on dit pour les forces am\u00e9ricaines. C&rsquo;est toute l&rsquo;Am\u00e9rique qui vit ainsi, non pas au-dessus de ses moyens, mais au-del\u00e0 de toute comptabilit\u00e9 rationnelle, litt\u00e9ralement <em>beyond history<\/em>. Ainsi les forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines se sont-elles construites et structur\u00e9es, \u00e0 partir du socle formidable qu&rsquo;\u00e9taient les n\u00e9cessit\u00e9s op\u00e9rationnelles du temps de la Guerre froide. Ainsi les forces arm\u00e9es sont-elles une \u00e9norme machine dont un fort pourcentage, certainement plus de la moiti\u00e9 de son potentiel en moyens budg\u00e9taires et en \u00e9nergie, est compl\u00e8tement improductif quant \u00e0 la mission originelle de ces forces, qui est de faire la guerre. Ainsi un budget \u00e0 plus de $300 milliards, qui repr\u00e9sente plus de la moiti\u00e9 des d\u00e9penses militaires du monde entier, ne suffit-il pas, et de beaucoup, \u00e0 assurer la bonne marche des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines telles qu&rsquo;elles existent aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">L&rsquo;orientation d&rsquo;une nation<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Derri\u00e8re supputations et argumentations, la grande question qu&rsquo;on refuse d&rsquo;aborder : l&rsquo;Am\u00e9rique veut-elle d&rsquo;une politique imp\u00e9riale ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNombre d&rsquo;experts de ces questions militaro-doctrinales et militaro-budg\u00e9taires s&rsquo;entendent l\u00e0-dessus : l&rsquo;ann\u00e9e 2001 sera d\u00e9cisive. Parce que c&rsquo;est l&rsquo;ann\u00e9e de l&rsquo;entr\u00e9e en fonction d&rsquo;une nouvelle administration, parce que c&rsquo;est l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 vont \u00eatre \u00e9tablies de nouvelles orientations budg\u00e9taires, parce que c&rsquo;est l&rsquo;ann\u00e9e de la deuxi\u00e8me QDR (QDR-II, en principe en mai 2001) qui propose une planification des forces arm\u00e9es &mdash; doctrine, structures, moyens, etc &mdash; pour les quatre ann\u00e9es suivantes. La conjonction de ces diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements fait l&rsquo;importance de 2001, certainement l&rsquo;ann\u00e9e la plus importante pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale aux \u00c9tats-Unis depuis la chute du Mur. Si l&rsquo;on \u00e9tait dans des conditions normales, on ajouterait que l&rsquo;ann\u00e9e sera d&rsquo;autant plus importante qu&rsquo;elle sera n\u00e9cessairement l&rsquo;ann\u00e9e de la grande d\u00e9cision strat\u00e9gique (l&rsquo;Am\u00e9rique, empire ou pas ?) (Mais si l&rsquo;on \u00e9tait \u00ab <em>dans des conditions normales<\/em> \u00bbpourrait-on r\u00e9torquer, il y a belle lurette que le cas aurait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 et n\u00e9cessairement tranch\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToute ironie mise \u00e0 part, on est tout de m\u00eame conduit \u00e0 conclure qu&rsquo;il para\u00eet bien difficile que l&rsquo;ann\u00e9e 2001, avec le nouveau Pr\u00e9sident en place, ne voit pas se d\u00e9velopper ce d\u00e9bat auquel tout le monde se pr\u00e9pare. Comme on l&rsquo;a vu, les augmentations auxquelles appellent certains, qui sont de plus en plus nombreux, ne permettent nullement une augmentation significative du volume des forces. Elles permettent de maintenir\/r\u00e9tablir l&rsquo;outil militaire dans son fonctionnement. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elles constituent le <em>minimum minimorum<\/em> de l&rsquo;arm\u00e9e de l&#8217;empire en bon \u00e9tat de marche. Or, les augmentations propos\u00e9es n&rsquo;ont, jusqu&rsquo;ici, gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 prises au s\u00e9rieux par les commentateurs g\u00e9n\u00e9raux et le reste. On a vu la r\u00e9action de Flora Lewis. On sait que les candidats proposent $5 milliards (Bush) et $10 milliards (Gore) annuels d&rsquo;augmentation, ce qui para\u00eet risible \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des sommes qu&rsquo;on \u00e9voque et situe la distance s\u00e9parant le monde washingtonien et le public d&rsquo;une part, et les r\u00e9alit\u00e9s du DoD d&rsquo;autre part. C&rsquo;est dire si l&rsquo;id\u00e9e du 4% du PNB vient \u00e0 \u00eatre \u00e9voqu\u00e9 de mani\u00e8re directe et\/ou officiel, combien le choc sera grand.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus encore : certains r\u00e9formistes qui analysent ces demandes d&rsquo;augmentation, tout en ne les repoussant pas ou en ne les ridiculisant pas, avertissent qu&rsquo;elles portent en elles un choix implicite fondamental et d\u00e9stabilisateur. C&rsquo;est le cas du r\u00e9formateur Frank Spinney, analyste au Pentagone sp\u00e9cialis\u00e9 dans les questions li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aviation de combat tactique, mais rest\u00e9 un esprit ind\u00e9pendant. Spinney avertit que \u00ab <em>si la solution des 4% est appliqu\u00e9e durant cette d\u00e9cennie, elle pourrait \u00eatre assimil\u00e9e <\/em>[en termes de budget] <em>\u00e0 une d\u00e9claration de guerre totale au syst\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 sociale et Medicare pour la d\u00e9cennie suivante<\/em> \u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;une telle d\u00e9cision serait, selon Spinney, un choix fondamental au niveau budg\u00e9taire, contre tout service public en mati\u00e8re de soins de sant\u00e9 et m\u00e9dicaux. \u00ab <em>Une telle guerre ne serait justifi\u00e9e, <\/em>poursuit Spinney, <em>que dans le cas o\u00f9 le sort de la nation serait en jeu.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;analyse de Spinney n&rsquo;est pas unanimement accept\u00e9e, mais elle repr\u00e9sente une vision qui est loin d&rsquo;\u00eatre marginale. Si l&rsquo;on en juge d&rsquo;apr\u00e8s les quelques r\u00e9actions des non-experts devant ces demandes d&rsquo;augmentation radicale du budget DoD, on risque bien de voir l&rsquo;analyse radicale de Spinney accept\u00e9e par beaucoup si la \u00ab\u00a0question des 4%\u00a0\u00bb est officiellement pos\u00e9e. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on risque bien de se trouver devant une d\u00e9finition radicale de l&rsquo;enjeu ainsi propos\u00e9. <\/p>\n<h3>Le d\u00e9bat commence \u00e0 se d\u00e9velopper, l&rsquo;inqui\u00e9tude \u00e0se r\u00e9pandre : on verra apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est \u00e0 ce point, si effectivement l&rsquo;ampleur consid\u00e9rable des augmentations envisag\u00e9es finit par secouer l&rsquo;apathie de la sc\u00e8ne m\u00e9diatique, qu&rsquo;il existe une possibilit\u00e9 que soit soulev\u00e9e la question de l&#8217;empire. Cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le cas jusqu&rsquo;ici parce que rien n&rsquo;a vraiment boug\u00e9. Les variations du budget ont \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t anecdotiques, dans un sens ou l&rsquo;autre, et n&rsquo;engageant aucunement des orientations strat\u00e9giques. Lorsque les parlementaires rajoutent $3 ou $4 milliards \u00e0 un budget annuel du DoD pour satisfaire leurs int\u00e9r\u00eats locaux, on \u00e9ditorialise sur leur corruption intellectuelle mais pas sur le budget de la d\u00e9fense. Ce qui a sauv\u00e9 le Pentagone de tout d\u00e9bat d\u00e9stabilisateur, c&rsquo;est la volont\u00e9 de l&rsquo;<em>establishment<\/em> d&rsquo;un conservatisme paralysant, tandis que la dialectique  m\u00e9diatique d\u00e9veloppait \u00e0bon compte (sans toucher vraiment aux comptes du pays) la dialectique de l&#8217;empire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa forte augmentation envisag\u00e9e, avec les options \u00e9voqu\u00e9es par Spinney, c&rsquo;est une autre affaire. En quelque sorte, cela pourrait \u00eatre \u00ab <em>le roi est nu<\/em> \u00bb, et l&rsquo;Am\u00e9rique en g\u00e9n\u00e9ral pourrait se r\u00e9veiller un matin devant une proposition clairement articul\u00e9e d&rsquo;une politique d&#8217;empire, pour un comportement d&#8217;empire. Cette vision soudaine de la r\u00e9alit\u00e9 pourrait en aveugler certains et en effrayer beaucoup d&rsquo;autres. L&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;a pas la solidit\u00e9 historique qu&rsquo;il faut pour affirmer consciemment, avec le sens des responsabilit\u00e9s historiques que cela implique, son h\u00e9g\u00e9monie g\u00e9n\u00e9rale. L&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine existe mais d&rsquo;une fa\u00e7on indirecte et irresponsable, paradoxalement appuy\u00e9e et parfois suscit\u00e9e par ceux qui la subissent (cela, c&rsquo;est sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;Histoire bien plus que la puissance du soi-disant \u00ab\u00a0empire am\u00e9ricain\u00a0\u00bb) ; elle existe travestie sous les divers oripeaux d&rsquo;un discours conformiste accept\u00e9 et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 par tous, y compris ceux qui subissent cette h\u00e9g\u00e9monie. C&rsquo;est plus une mise en sc\u00e8ne qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue. Les augmentations du Pentagone pourraient faire surgir la r\u00e9alisation que cette mise en sc\u00e8ne correspond \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9, doit \u00eatre per\u00e7ue et appr\u00e9ci\u00e9e comme une r\u00e9alit\u00e9. Le choc pourrait \u00eatre d&rsquo;une certaine rudesse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn observe ces derniers jours, depuis la fin septembre, une forte augmentation de l&rsquo;intensit\u00e9 du d\u00e9bat sur la question des d\u00e9penses de d\u00e9fense aux USA. Les chefs des arm\u00e9es d\u00e9posent au Congr\u00e8s et demandent une augmentation budg\u00e9taire, sans \u00eatre trop tranchant parce qu&rsquo;ils d\u00e9pendent d&rsquo;une administration qui dit que tout va bien. Apr\u00e8s les \u00e9lections, le ton changera. Des analyses commencent \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter du poids des militaires (voir \u00ab <em>A Four-Star Foreign Policy ?<\/em>, de Dana Priest, Washington <em>Post<\/em> le 29 septembre, suivi de deux autres articles sur le sujet). Cette inqui\u00e9tude tardive est fond\u00e9e et elle est irresponsable ; fond\u00e9e parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit effectivement d&rsquo;une politique \u00e9trang\u00e8re enti\u00e8rement militaris\u00e9e et qui \u00e9choit naturellement aux militaires, \u00e9chappant ainsi au pouvoir civil ; irresponsable parce que ceux-l\u00e0 m\u00eame qui s&rsquo;inqui\u00e8tent sont ceux qui ont transmis aux militaires la politique \u00e9trang\u00e8re, par faiblesse, par refus des responsabilit\u00e9s, par nihilisme en un mot. Des analyses commencent \u00e0 r\u00e9futer les ambitions des militaires (voir \u00ab <em>A Cold War Budget Without a Cold War ?<\/em> \u00bb, de <em>Time<\/em> du 26 septembre, et le rapport de Lawrence Korb, excellent expert en strat\u00e9gie) ; elles aussi se heurtent \u00e0 la logique des situations : si l&rsquo;on veut r\u00e9duire le budget, comme il serait \u00e9videmment sens\u00e9 et raisonnable de d\u00e9cider, alors il faut justifier la d\u00e9cision par un changement de strat\u00e9gie et abandonner l&rsquo;affirmation imp\u00e9riale dont sont farcis les discours \u00e9lectoralistes de l&rsquo;<em>establishment<\/em>. Il y a l\u00e0 quelque chose qui ressemble \u00e0 un pi\u00e8ge, car aller au bout de la logique c&rsquo;est poser la grande question de l&#8217;empire que l&rsquo;Am\u00e9rique emploie toute son \u00e9nergie \u00e0 \u00e9carter. On va parler beaucoup de cette affaire autour de l&rsquo;\u00e9lection ; les candidats, eux, tenteront de tourner le sujet. Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection, les choses risquent de se corser. Et l&rsquo;on pourrait enfin, par cette voie inattendue des lendemains d&rsquo;\u00e9lection et des consid\u00e9rations techniques, en arriver aux choses s\u00e9rieuses.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur le sentier de la guerre Dans certains domaines de l&rsquo;appr\u00e9ciation politique, les militaires am\u00e9ricains sont les seuls \u00e0 avoir gard\u00e9 la t\u00eate froide, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du vertige hors de tout contr\u00f4le qui a envahi les discours et les projets de dirigeants politiques dont l&rsquo;incomp\u00e9tence en mati\u00e8re strat\u00e9gique et militaire est certainement&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-64886","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64886","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64886"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64886\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":64905,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64886\/revisions\/64905"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64886"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64886"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64886"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}