{"id":64887,"date":"2000-10-25T00:00:00","date_gmt":"2000-10-24T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2000\/10\/25\/de-defensa-volume-16-n04-du-25-octobre-2000-notre-meilleur-ennemi\/"},"modified":"2026-02-27T15:51:58","modified_gmt":"2026-02-27T13:51:58","slug":"de-defensa-volume-16-n04-du-25-octobre-2000-notre-meilleur-ennemi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2000\/10\/25\/de-defensa-volume-16-n04-du-25-octobre-2000-notre-meilleur-ennemi\/","title":{"rendered":"de defensa, Volume 16, n\u00b004 du 25 octobre 2000 &#8211; <strong><em>Notre meilleur ennemi<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Notre meilleur ennemi<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tJouons \u00e0 \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il se serait pass\u00e9 si &#8230; ?\u00a0\u00bb Le 20 juillet 1944, les g\u00e9n\u00e9raux allemands r\u00e9ussissent leur coup, &mdash; mais de fa\u00e7on inattendue. Hitler n&rsquo;est pas tu\u00e9, il est simplement d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de son pouvoir. L&rsquo;arm\u00e9e l&rsquo;a l\u00e2ch\u00e9, les gens sont descendus dans les rues pour manifester contre lui. Les alli\u00e9s, sautant sur l&rsquo;occasion, saluent \u00ab <em>le grand tournant vers la d\u00e9mocratie de l&rsquo;Allemagne<\/em> \u00bb et proposent un cessez&#64979;le-feu imm\u00e9diat. On arrange tout \u00e7a. Les g\u00e9n\u00e9raux constituent un gouvernement. Mais Hitler est toujours l\u00e0, en Allemagne ; que va-t-il faire ? Assez bon prince et se d\u00e9couvrant d\u00e9mocrate, il reconna\u00eet sportivement sa d\u00e9faite et annonce qu&rsquo;il prend \u00ab <em>la t\u00eate de l&rsquo;opposition<\/em> \u00bb. Les alli\u00e9s rechignent et trouvent la pilule am\u00e8re mais les g\u00e9n\u00e9raux insistent pour qu&rsquo;on n&rsquo;intervienne pas sur ce point. Nous en sommes l\u00e0 &#8230; A s&rsquo;en tenir \u00e0 ce que l&rsquo;on nous a racont\u00e9 durant la guerre du Kosovo et aux \u00e9v\u00e9nements depuis le 24 septembre et les \u00e9lections en Serbie, c&rsquo;est bien cela qui se passe : Milosevic-Hitler jet\u00e9 \u00e0 bas de son pouvoir (mieux encore : battu aux \u00e9lections ! On aura tout vu), reconnaissant sa d\u00e9faite comme le premier Chirac venu, annon\u00e7ant qu&rsquo;il devient <em>leader<\/em> de l&rsquo;opposition comme, peut-\u00eatre demain, avec les prochaines \u00e9lections, le premier Blair venu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDr\u00f4le d&rsquo;aventure. Ce peuple serbe, qu&rsquo;on vouait aux g\u00e9monies, jug\u00e9 incurablement et m\u00eame g\u00e9n\u00e9tiquement nationaliste (on ne craint pas le racisme lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de d\u00e9signer un nationaliste), ce peuple serbe qu&rsquo;il fallait songer \u00e0\u00a0\u00bbd\u00e9serbiser\u00a0\u00bb vite fait, ce peuple serbe dont certains jugeaient qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas mauvais qu&rsquo;il prissent au travers du visage quelques <em>missiles<\/em> intelligents pour lui apprendre le go\u00fbt de la vertu, &mdash; le voil\u00e0 soudain louang\u00e9, acclam\u00e9, jug\u00e9 courageux, plein de maturit\u00e9, avec un quasi-sens de la vertu d\u00e9mocratique. (Certains, dans nos chancelleries occidentales, ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 louer le grand sens des responsabilit\u00e9s des soldats et policiers serbes, ceux qui constituaient encore, il y a un mois \u00e0 peine, la terrible \u00ab <em>machine r\u00e9pressive<\/em> \u00bb de Slobodan Milosevic, \u00e9clabouss\u00e9e de tant de sang kosovar.) Que se passe-t-il ? On pourrait appeler cela : \u00ab\u00a0retour au r\u00e9el\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut dire que l&rsquo;issue (provisoire, et pour la suite on verra plus tard) de la crise ouverte le 24 septembre fera date dans l&rsquo;histoire. C&rsquo;est sans doute la premi\u00e8re fois qu&rsquo;un de ces dictateurs-\u00ab\u00a0diabolis\u00e9s\u00a0\u00bb dont l&rsquo;Occident a le secret est renvers\u00e9 d\u00e9mocratiquement et annonce, d\u00e9mocratiquement, qu&rsquo;il devient chef de l&rsquo;opposition alors que la justice internationale le \u00ab\u00a0recherche\u00a0\u00bb pour lui signifier son inculpation pour crimes de guerre et autres crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9. D&rsquo;habitude, les susdits dictateurs sont liquid\u00e9s (Ceaucescu) et le diable est ainsi vaincu, remis dans sa bo\u00eete vite fait, conform\u00e9ment aux pr\u00e9visions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[Pr\u00e9cisons : il s&rsquo;agit bien des dictateurs-\u00ab\u00a0diabolis\u00e9s\u00a0\u00bb (Kadhafi, Saddam, etc), en g\u00e9n\u00e9ral identifi\u00e9s \u00e0 Hitler. On ne met pas dans cette cat\u00e9gorie le g\u00e9n\u00e9ral Pinochet, par exemple, pour lequel la CIA eut bien des tendresses et qui, par cons\u00e9quent et par d\u00e9finition, ne peut pas \u00eatre tout \u00e0 fait un diable et qu&rsquo;il est de bon ton, ici et l\u00e0, dans les milieux lib\u00e9raux pur et dur type-Thatcher, de juger plein de vertus. Maladroit, Pinochet s&rsquo;est laiss\u00e9 prendre \u00e0 son statut de non-\u00ab\u00a0diabolis\u00e9\u00a0\u00bb et il a p\u00each\u00e9 par assurance excessive. Il et all\u00e9 au Royaume-Uni se faire prendre et il s&rsquo;en est  suivi toute l&rsquo;aventure qu&rsquo;on conna\u00eet. Cela a, dans tous les cas, permis \u00e0 l&rsquo;Occident d&rsquo;exhiber un trop-plein de vertu et de proclamer qu&rsquo;une nouvelle \u00e8re du droit international s&rsquo;ouvrait (les Am\u00e9ricains, CIA comprise, restant \u00e0cette occasion plus discrets qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ordinaire).]<\/p>\n<h3>Comment Milosevic fut le meilleur alli\u00e9 de Bill Clinton dans la crise europ\u00e9enne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa chute de Milosevic est un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable ; non pas parce que dispara\u00eet un dictateur terrible et que s&rsquo;\u00e9loigne un danger consid\u00e9rable pour la civilisation. \u00c9cartons l&rsquo;habillage&#64979;montage habituel et soyons s\u00e9rieux. L&rsquo;affaire le m\u00e9rite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis 1991, Milosevic a jou\u00e9 un r\u00f4le formidable : tant\u00f4t homme fort, tant\u00f4t habile politique, tant\u00f4t alli\u00e9 paradoxal, tant\u00f4t boucher-<em>apparatchik<\/em> aux mains ensanglant\u00e9es, tant\u00f4t (enfin, dernier r\u00f4le) dictateur\u00a0\u00bbdiabolis\u00e9\u00a0\u00bb qui tient la civilisation occidentale \u00e0 la gorge. Mais il s&rsquo;agit bien de \u00ab\u00a0r\u00f4les\u00a0\u00bb et rien d&rsquo;autre, comme au th\u00e9\u00e2tre. Finalement, peu nous importe ce que fut Milosevic car nous pensons qu&rsquo;il n&rsquo;eut pas l&rsquo;importance qu&rsquo;on lui attribue, que s&rsquo;il fut un bandit ce fut un demi-bandit, s&rsquo;il fut un tueur ce fut un quart de tueur, et s&rsquo;il fut un Hitler ce fut un centi\u00e8me ou un milli\u00e8me d&rsquo;Hitler. Quant \u00e0\u00eatre un conqu\u00e9rant ! Depuis qu&rsquo;il est partie \u00e0 la conqu\u00eate de la \u00ab\u00a0Grande Serbie\u00a0\u00bb, le pays n&rsquo;a cess\u00e9 de r\u00e9tr\u00e9cir comme une peau de chagrin ; quoique pensent les moralistes de la m\u00e9thode, on conviendra que son efficacit\u00e9 est douteuse. Par contre, il fut remarquablement utilis\u00e9 par les autres, ce dont il sut se servir lui-m\u00eame pour exister et s&rsquo;imposer, et faire croire \u00e0 son importance. Milosevic fut \u00e0 la fois un paravent, un argument, un th\u00e8me de discours, un th\u00e8me de mobilisation et un th\u00e8me d&rsquo;appel aux armes. Il servit aussi bien aux Am\u00e9ricains (doublement, comme alli\u00e9\/ami-r\u00e9aliste et comme ennemi\/mauvais), aux Europ\u00e9ens, au \u00ab\u00a0parti intellectuel\u00a0\u00bb occidental, aux divers habitants et ethnies non-serbes de la F\u00e9d\u00e9ration yougoslave, aux Serbes eux-m\u00eames, \u00e0 l&rsquo;OTAN enfin. Mais tout cela, c&rsquo;est encore du d\u00e9tail.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSurtout, Milosevic servit \u00e0 rendre clair et \u00e9vident un conflit qui ne l&rsquo;\u00e9tait pas et qui, en r\u00e9alit\u00e9, ne l&rsquo;est toujours pas &mdash; on va s&rsquo;en apercevoir apr\u00e8s son d\u00e9part. Il servit \u00e0\u00a0\u00bbgeler\u00a0\u00bb un conflit qui, s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 ses responsables naturels (Europ\u00e9ens compris, pour y intervenir), aurait pu d\u00e9boucher sur des situations in\u00e9dites, &mdash; moins par le danger de la guerre r\u00e9pandue et embrasant des zones avoisinantes que par la d\u00e9stabilisation des situations acquises en Europe. Milosevic a grandement contribu\u00e9 au \u00ab\u00a0gel\u00a0\u00bb de la situation europ\u00e9enne de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide (selon quelques th\u00e9or\u00e8mes : l&rsquo;OTAN omnipr\u00e9sente et plus n\u00e9cessaire que jamais, les Europ\u00e9ens ne pouvant rien faire sans les Am\u00e9ricains, etc). Il n&rsquo;a pas permis le moindre gain strat\u00e9gique \u00e0 quiconque, contrairement aux apparences cartographiques. Il a permis de faire perdurer une situation qui n&rsquo;avait plus de raison d&rsquo;\u00eatre apr\u00e8s la fin de la Guerre froide et de l&rsquo;URSS. Milosevic fut en ce sens l&rsquo;homme de Clinton, &mdash; \u00e0 la fois l&rsquo;homme non-Am\u00e9ricain qui illustre et sert le mieux la strat\u00e9gie (plut\u00f4t la non-strat\u00e9gie) de l&rsquo;\u00e9poque Clinton et de Clinton lui-m\u00eame, et d&rsquo;autre part le plus pr\u00e9cieux auxiliaire de la non-strat\u00e9gie Clinton : c&rsquo;est Milosevic qui, \u00e0 Dayton, o\u00f9 il fut l&rsquo;un des meilleurs amis de Holbroocke, permit que se r\u00e9alise cette <em>pax americana<\/em>, p\u00e2le d\u00e9marcage des plans europ\u00e9ens qui n&rsquo;avait d&rsquo;autre but que de permettre aux Am\u00e9ricains d&rsquo;entrer en dominateurs sur le th\u00e9\u00e2tre pour le paralyser \u00e0 leur avantage. C\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, l&rsquo;<em>apparatchik<\/em> devenu dictateur et la non-strat\u00e9gie bureaucratis\u00e9e de l&rsquo;administration Clinton ont bien travaill\u00e9 \u00e0paralyser la situation. L\u00e0-dessus, les massacres et les \u00e9purations ethniques, ces actes \u00e9pouvantables qui accompagnent en g\u00e9n\u00e9ral cette sorte de conflit et les ambitions qui s&rsquo;y  manifestent, ne pouvaient que compl\u00e9ter utilement le tableau. Nous parlons cyniquement parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation qui fut \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9e, manipul\u00e9e et renforc\u00e9e constamment par des acteurs essentiellement cyniques. Et l&rsquo;\u00e9motion qu&rsquo;on y distingua souvent, qui fut constamment exprim\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s officielle et dont on ne peut douter qu&rsquo;elle fut parfois r\u00e9elle, fut l&rsquo;objet d&rsquo;une telle promotion virtualiste et m\u00e9diatique qu&rsquo;on ne peut qu&rsquo;accepter l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;elle fut \u00e9galement, pour partie peut-\u00eatre mais sans aucun doute, partie prenante dans les montages r\u00e9alis\u00e9s, de fa\u00e7on \u00e9galement cynique, autour et \u00e0 l&rsquo;occasion de ce conflit.<\/p>\n<h3>Le drame et la guerre du Kosovo : savoir jusqu&rsquo;o\u00f9 on peut aller trop loin<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, la guerre du Kosovo fut le pas de clerc. L\u00e0, on mit la barre un peu trop haut. Faire de Slobo et de son pays de 10 millions d&rsquo;habitants exsangue sous le coup de plusieurs ann\u00e9es d&#8217;embargo le nouvel Ant\u00e9christ \u00e0 la Hitler n\u00e9cessitait un th\u00e9\u00e2tre bien plus consid\u00e9rable que tout ce qui nous avait \u00e9t\u00e9 servi jusqu&rsquo;alors. Bien qu&rsquo;impressionnante sur l&rsquo;instant, l&rsquo;OTAN n&rsquo;y fut pas si habile que cela. Lorsqu&rsquo;on parle d'\u00a0\u00bbholocauste\u00a0\u00bb, il faut une trag\u00e9die qui justifie ce label. Ce ne fut pas le cas. Lorsqu&rsquo;on parle d&rsquo;une guerre pour sauvegarder la civilisation, il faut des op\u00e9rations qui justifient ce label. Il n&rsquo;y eut rien de cela. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, il y eut une mise en sc\u00e8ne grandiose et ambitieuse mais des moyens fort \u00e9triqu\u00e9s pour une action tourn\u00e9e court. Le r\u00e9sultat fut rapidement un grand malaise chez les vainqueurs et un immense sarcasme parmi les critiques de ces vainqueurs. A part les communiqu\u00e9s du Tribunal p\u00e9nal international, plus personne ne croit \u00e0 la version OTAN-1999 de la guerre du Kosovo, et c&rsquo;est bien un signe de ce que nous voulons montrer. En un an tout au plus, tout le montage virtualiste fait avec d&rsquo;\u00e9normes moyens de communication s&rsquo;est compl\u00e8tement \u00e9croul\u00e9 sous le coup d&rsquo;abord de quelques amateurs un peu malins (l&rsquo;un ou l&rsquo;autre site alternatif sur Internet). Cela mesure l&rsquo;amateurisme des concepteurs&#64979;r\u00e9alisateurs de ce th\u00e9\u00e2tre, qui ont \u00e9videmment p\u00each\u00e9 par arrogance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre du Kosovo fut tout de m\u00eame un \u00e9v\u00e9nement r\u00e9el. L&rsquo;important est de distinguer lequel. De fa\u00e7on aussi involontaire qu&rsquo;in\u00e9luctable, la guerre du Kosovo poursuivit la grande entreprise qu&rsquo;on a distingu\u00e9e derri\u00e8re cette crise des Balkans, qui est, non pas un complot offensif (des Am\u00e9ricains) mais une pression consid\u00e9rable pour \u00ab\u00a0geler\u00a0\u00bb une situation, &mdash; et d&rsquo;ailleurs pression naturelle, qui va de soi en un sens, qui s&rsquo;impose par la force du fonctionnement des acteurs. La guerre du Kosovo fut donc \u00e9galement la guerre de l&rsquo;humiliation inutile et mal \u00e0 propos, mais bruyante et sans nuance, &mdash; la guerre de l&rsquo;humiliation des Europ\u00e9ens par les Am\u00e9ricains. On en conna\u00eet les modalit\u00e9s, et aussi leur fausset\u00e9 compl\u00e8te (nous laissons de c\u00f4t\u00e9 \u00e9galement, pas de temps \u00e0 perdre, les montages m\u00e9diatiques type-<em>technological gap<\/em> entre USA et Europe). Non parlons d&rsquo;une tendance naturelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire quasiment inconsciente, et nullement de complot. S&rsquo;il y avait eu complot avec la moindre \u00e9tincelle d&rsquo;intelligence, c&rsquo;est le contraire que les Am\u00e9ricains eussent fait : tracer le cadre de la strat\u00e9gie de la guerre et donner aux Europ\u00e9ens tous les commandements dans cette guerre, avec leurs propres mat\u00e9riels, pour bien montrer sans y insister eux-m\u00eames l&rsquo;incapacit\u00e9 des Europ\u00e9ens et susciter la discorde entre eux. Non, les Am\u00e9ricains ont \u00e9t\u00e9 au contraire, c&rsquo;est-\u00e0-dire au plus gros et au plus voyant : imposer une strat\u00e9gie totalement am\u00e9ricaine que seuls les Am\u00e9ricains pouvaient accomplir, l&rsquo;accomplir effectivement avec tous leurs moyens dont eux seuls disposent parce qu&rsquo;ils ont leur r\u00f4le sp\u00e9cifique, sans donner aux Europ\u00e9ens l&rsquo;occasion de s&rsquo;y essayer, et enfin proclamer que les Europ\u00e9ens ne valent pas tripette.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu coup, ils ont obtenu ce r\u00e9sultat paradoxal pour les buts poursuivis de  forcer les Europ\u00e9ens \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9, et d&rsquo;imprimer une impulsion d\u00e9cisive \u00e0 une initiative d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9e avec le sommet franco-britannique de St-Malo de constituer une d\u00e9fense europ\u00e9enne avec certaines capacit\u00e9s autonomes. Les Am\u00e9ricains attendaient l&rsquo;effet inverse, comme ils l&rsquo;ont montr\u00e9 par la pr\u00e9sentation virtualiste qu&rsquo;ils ont fait du conflit (le <em>technological gap<\/em>) et diverses initiatives d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0cette occasion (la Defense Capabilities Initiative au sein de l&rsquo;OTAN) ; ils attendaient que les Europ\u00e9ens, convaincus de leurs propres limites, se regroupassent autour d&rsquo;eux-m\u00eames, les Am\u00e9ricains, et reconnussent de fa\u00e7on d\u00e9finitive l&rsquo;absolue pr\u00e9pond\u00e9rance am\u00e9ricaine en Europe. (On se demandera une fois de plus pourquoi les Am\u00e9ricains, disposant d&rsquo;une ma\u00eetrise absolue en Europe, jugent toujours n\u00e9cessaire d&rsquo;en rajouter, pour finalement \u00e9branler l&rsquo;\u00e9difice. On rappellera que notre th\u00e8se est qu&rsquo;il y a autant de probl\u00e8mes et d&rsquo;inqui\u00e9tudes dans la psychologie am\u00e9ricaine \u00e0 cet \u00e9gard, qu&rsquo;il y en a dans la psychologie europ\u00e9enne vis-\u00e0-vis des Am\u00e9ricains.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl nous para\u00eet raisonnable d&rsquo;avancer que, sans la mise en sc\u00e8ne excessive qui accompagna le conflit du Kosovo, sans ce caract\u00e8re de conflit \u00e0 la fois moral et politique pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00e9v\u00e9nement de premi\u00e8re dimension, avec une intensit\u00e9 dramatique excessive, les actions et les r\u00e9actions entre alli\u00e9s n&rsquo;eussent pas \u00e9t\u00e9 ce qu&rsquo;elles furent. Si l&rsquo;on ne peut dire que le conflit du Kosovo a fait l&rsquo;Europe de la d\u00e9fense (on sait bien qu&rsquo;elle progresse remarquablement, il n&rsquo;est pas acquis pour autant qu&rsquo;elle soit sur la voie d&rsquo;\u00eatre r\u00e9alis\u00e9e avec tout ce que cela suppose d&rsquo;autonomie, etc), il est par contre absolument \u00e9vident qu&rsquo;il a rendu possible, \u00e0 cause de ce qu&rsquo;il fut, certains d\u00e9veloppements impensables m\u00eame dans la situation d&rsquo;avant le Kosovo ; ce qui a suivi jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, on le doit, pour l&rsquo;intensit\u00e9, pour la qualit\u00e9 du travail accompli, aux circonstances de cette guerre telles qu&rsquo;on les a signal\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est l\u00e0 sans doute, dans ce cadre, que l&rsquo;utilisation du personnage Milosevic et de tout ce qu&rsquo;il repr\u00e9sentait dans la mise en sc\u00e8ne r\u00e9alis\u00e9e est all\u00e9 trop loin, <197< c'est l\u00e0 qu'il y eut \"pas de clerc\". L'intensit\u00e9 impos\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne r\u00e9alis\u00e9e autour de Milosevic peut \u00eatre tenue de fa\u00e7on tr\u00e8s acceptable comme la cause de l'intensit\u00e9 de l'humiliation ressentie par les Europ\u00e9ens dans cette guerre. Les Am\u00e9ricains, eux, n'y ont vu que du feu. Il y a longtemps qu'ils se sont convaincus que la puissance dispense de la subtilit\u00e9.<\/p>\n<h3>Milosevic fut le <strong><em>deus ex machina<\/em><\/strong> de nos phantasmes moralisateurs, &mdash; notre \u00ab\u00a0meilleur ennemi\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tR\u00e9p\u00e9tons-le car cela devrait \u00e0 notre sens appara\u00eetre de plus en plus \u00e9vident : tout cela, depuis l&rsquo;origine de la guerre civile yougoslave (1991-92), ne fut possible qu&rsquo;\u00e0 cause de l&rsquo;intensit\u00e9 qui accompagna la pr\u00e9sentation de ce conflit et de son poids dans l&rsquo;\u00e9volution du jugement politique en Occident (reportages, images, constante intervention de la repr\u00e9sentation virtualiste occidentale, etc). En un sens, ce fut le seul \u00e9v\u00e9nement de politique ext\u00e9rieure de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide \u00e0 peser directement sur le d\u00e9bat id\u00e9ologique int\u00e9rieur des pays occidentaux. L&rsquo;\u00e9motion et le sentimentalisme, et les sentiments exacerb\u00e9s, y furent constamment pr\u00e9sents, comme ils le sont toujours dans les d\u00e9bats politiques et id\u00e9ologiques qui se pr\u00e9tendent seulement caract\u00e9ris\u00e9s par une vision rationaliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn avancera encore que le conflit yougoslave repr\u00e9senta, pour la pens\u00e9e occidentale au travers de ses observateurs, pr\u00e9cis\u00e9ment des intellectuels qui l&rsquo;observaient, un des sommets de ce qu&rsquo;on jugerait comme la crise du rationalisme occidental. Dans son r\u00e9cent ouvrage <em>Dawn to Decadence<\/em> (1), &mdash; remarquable somme sur l&rsquo;\u00e9volution culturelle et scientifique de la civilisation occidentale depuis la Renaissance &mdash; le professeur Jacques Barzun, philosophe am\u00e9ricain de l&rsquo;art et de la culture, \u00e9crit ceci, lorsqu&rsquo;il nous explique l&rsquo;ascension du rationalisme en Occident : \u00ab <em>Comme la g\u00e9om\u00e9trie, la raison scientifique s&rsquo;appuie au d\u00e9part sur des id\u00e9es distinctes qui sont abstraites et dont on assume qu&rsquo;elles sont la v\u00e9rit\u00e9. La foi dans cette sorte de raison, qui est une croyance, et souvent passionn\u00e9e, est nomm\u00e9e Rationalisme.<\/em> \u00bb (Et Barzun, pour r\u00e9concilier, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e9clairer l&rsquo;\u00e9trange mariage de la raison et de la passion, nous rappelle que \u00ab <em>les astucieux Chinois avaient une explication int\u00e9ressante pour ce lien entre le coeur et la raison. Ils percevaient que la pression pour l&rsquo;usage de la raison est elle-m\u00eame un \u00e9lan venu du coeur, ce qui explique pourquoi les rationalistes sont souvent des fanatiques.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout ceci, tout ce caract\u00e8re passionn\u00e9 et excessif derri\u00e8re une apparence qui se veut d&rsquo;implacable rigueur morale et qui est bien la caract\u00e9ristique de cette attitude rationaliste \u00e0 laquelle on se r\u00e9f\u00e8re, fut sans aucun doute rassembl\u00e9 sur le nom de Slobodan Milosevic et du personnage qu&rsquo;il fut et qu&rsquo;on en fit. Milosevic fut par cons\u00e9quent l&rsquo;instrument efficace de ceux qui entendaient \u00e9carter la r\u00e9flexion raisonnable sur les conditions politiques accompagnant et entourant le conflit, ce grand affrontement pour la pr\u00e9pond\u00e9rance strat\u00e9gique en Europe o\u00f9 les Am\u00e9ricains devinrent ma\u00eetre d&rsquo;oeuvre \u00e0 partire de 1995. L&rsquo;\u00e9motion haineuse qu&rsquo;il polarisait sur son nom interdisait l&rsquo;appr\u00e9ciation et la d\u00e9duction de la logique. Des adversaires acharn\u00e9s de la pr\u00e9pond\u00e9rance am\u00e9ricaine en Europe se retrouv\u00e8rent partisans, et partisans d\u00e9clar\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;hyst\u00e9rie (il faut \u00e7a pour se dissimuler tout ce que cette sorte d&rsquo;entra\u00eenement constitue d&rsquo;abdication du jugement raisonnable), essentiellement \u00e0 cause de la charge \u00e9motionnelle de ce conflit. Litt\u00e9ralement, il y eut des crises de nerfs. Milosevic fut le symbole, le rassembleur, le p\u00f4le ou la pile qui recevait toute cette charge \u00e9lectrique et qui en dispensait la tension. Il fut utilis\u00e9 comme tel ; m\u00eame, mieux, ou pire encore, il s&rsquo;offrit \u00e0 tenir ce r\u00f4le, comprenant, consciemment ou de fa\u00e7on diffuse, que c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 s&rsquo;assurer une place tr\u00e8s importante dans la crise et dans la pi\u00e8ce, ou, disons, dans la pi\u00e8ce que fut cette crise. Il \u00e9tait le <em>deus ex machina<\/em>, mais moins pour l&rsquo;esprit que pour les nerfs, car on jugera plus tard que la crise yougoslave fut pour l&rsquo;Occident une affaire de nerfs bien plus qu&rsquo;une affaire d&rsquo;esprit ou\/et qu&rsquo;une affaire de coeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela signifie qu&rsquo;une fois Milosevic \u00e9cart\u00e9 du pouvoir, la tension tombe d&rsquo;un cran. En d&rsquo;autres termes, nous passons du sc\u00e9nario noir-blanc au sc\u00e9nario de toutes les nuances du gris. C&rsquo;est simple, le personnage irr\u00e9m\u00e9diablement noir (Milosevic) est \u00e9cart\u00e9 ; par cons\u00e9quent, le blanc qui n&rsquo;existait que comme son contraire par contraste automatique dispara\u00eet aussi. On entre dans la p\u00e9riode grise. C&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;on peut s&rsquo;appr\u00eater \u00e0commencer \u00e0 juger de la situation en ex-Yougoslavie et de son \u00e9volution d&rsquo;un point de vue politique et en observant la r\u00e9alit\u00e9, et non plus du seul point de vue moraliste et en prenant garde d&rsquo;abord aux principes.<\/p>\n<h3>Kostunica manipul\u00e9e ou ind\u00e9pendant ? Peu importe, il devra restaurer la souverainet\u00e9 serbe<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est vrai que la nouvelle situation est \u00e0 la fois ouverte, incertaine, ind\u00e9cise ; une avanc\u00e9e vers la d\u00e9mocratie qui r\u00e9jouit tout le monde mais n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel, et (surtout) une situation serbe beaucoup plus ouverte, o\u00f9 la libert\u00e9 de manoeuvre est d\u00e9sormais possible. Tous les probl\u00e8mes pendants d&rsquo;une situation caract\u00e9ris\u00e9e par la tension vont devoir \u00eatre examin\u00e9s \u00e0une lumi\u00e8re nouvelle : la situation au Kosovo, o\u00f9 il risque fort d&rsquo;\u00eatre plus question d&rsquo;ind\u00e9pendance qu&rsquo;il n&rsquo;en a \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;ici question ; l&rsquo;attitude des Albanais, qui perdent les avantages d&rsquo;une position indiscutablement du domaine \u00ab\u00a0blanc\u00a0\u00bb de la situation en noir et blanc ; l&rsquo;attitude des alli\u00e9s de l&rsquo;OTAN eux-m\u00eames, des Europ\u00e9ens et des Am\u00e9ricains, etc, qui peuvent d\u00e9sormais  s&rsquo;attarder aux nuances de la diplomatie apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 align\u00e9s sur les imp\u00e9ratifs de la morale. Le grand \u00e9l\u00e9ment d\u00e9stabilisateur est bien s\u00fbr que la politique de la Serbie n&rsquo;est plus enferm\u00e9e dans une hostilit\u00e9 verrouill\u00e9e par une condamnation g\u00e9n\u00e9rale et contrainte. Soudain, la paralysie g\u00e9n\u00e9rale de la r\u00e9gion, qui ne laisse de choix qu&rsquo;entre la capitulation ou la guerre, va se dissiper. Il s&rsquo;agit de la concr\u00e9tisation du d\u00e9part de Milosevic et du caract\u00e8re extr\u00eame que sa pr\u00e9sence imposait, m\u00eame de fa\u00e7on tr\u00e8s artificielle, \u00e0 toute la politique dans la r\u00e9gion. Bien s\u00fbr, un peu de temps est n\u00e9cessaire pour distinguer les grandes lignes de l&rsquo;\u00e9volution, les \u00e9ventuels reclassements, les \u00e9volutions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre d\u00e9bat, plus imm\u00e9diat puisqu&rsquo;il est en cours depuis l&rsquo;\u00e9lection du 24 septembre, est celui de l&rsquo;orientation de Kostunica. Il s&rsquo;est surtout d\u00e9velopp\u00e9 dans les pays anglo-saxons, et dans les milieux qui avaient regroup\u00e9 les tendances \u00ab\u00a0anti&#64979;guerre\u00a0\u00bb pendant la guerre du Kosovo. Ces milieux, droite (extr\u00eame-droite) et gauche (extr\u00eame-gauche) confondues, se sont divis\u00e9s en deux appr\u00e9ciations radicalement oppos\u00e9s : ceux qui font de Kostunica un homme aux mains des Am\u00e9ricains, une \u00ab\u00a0marionnette\u00a0\u00bb du FMI, de l&rsquo;OTAN, etc. A ceux-l\u00e0, les discours les plus nationalistes de Kostunica, son refus de livrer Milosevic au TPI, ne sont que des actes habiles de couverture ; et, plus encore, Milosevic reste dans leur esprit le seul garant d&rsquo;une r\u00e9sistance s\u00e9rieuse contre les mondialistes de l&rsquo;OTAN et les \u00ab <em>imp\u00e9rialistes am\u00e9ricains<\/em> \u00bb. Les autres r\u00e9futent compl\u00e8tement cette th\u00e8se, font cr\u00e9dit \u00e0 Kostunica de sa position nationaliste et de sa m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des Am\u00e9ricains, et surtout ils tendent \u00e0 consid\u00e9rer Milosevic dans la perspective historique et \u00e0 en faire un \u00ab\u00a0alli\u00e9 objectif\u00a0\u00bb des Am\u00e9ricains \u00e0 plus d&rsquo;une reprise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette question de l&rsquo;orientation de Kostunica n&rsquo;est pas indiff\u00e9rente mais elle n&rsquo;est peut-\u00eatre pas essentielle. En revenant \u00e0 une situation plus relative, par cons\u00e9quent une situation historique et non plus id\u00e9ologique, on retrouve les n\u00e9cessit\u00e9s des conditions g\u00e9n\u00e9rales. Kostunica est l&rsquo;homme d&rsquo;une remise en ordre de la situation int\u00e9rieure en Serbie, mais certainement pas de l&rsquo;abandon des int\u00e9r\u00eats nationaux serbes. Si m\u00eame il en avait l&rsquo;intention, il lui serait difficile, pour ne pas dire impossible d&rsquo;en abandonner la d\u00e9fense, c&rsquo;est-\u00e0-dire, concr\u00e8tement, de se rallier compl\u00e8tement aux th\u00e8ses extr\u00eames des Am\u00e9ricains et des mondialistes. Cette \u00e9volution passerait n\u00e9cessairement par une capitulation de la souverainet\u00e9 serbe au Kosovo, d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, et c&rsquo;est une voie sans issue pour Kostunica, non seulement par rapport \u00e0 ce qui reste du pouvoir de Milosevic, mais surtout par rapport au peuple serbe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe nouveau pr\u00e9sident serbe a commenc\u00e9 \u00e0 manoeuvrer, il avait d&rsquo;ailleurs commenc\u00e9 avant m\u00eame d&rsquo;\u00eatre \u00e9lu. Le th\u00e8me essentiel de sa manoeuvre est de tenter de s\u00e9parer les alli\u00e9s de la coalition tout en \u00e9tablissant de bons rapports avec les Russes. En gros, s\u00e9parer l&rsquo;Union Europ\u00e9enne des USA, et traiter cette proximit\u00e9 nouvelle des Europ\u00e9ens dans le m\u00eame champ de logique politique des rapports de la Serbie et de la Russie, c&rsquo;est-\u00e0-dire tenter de mettre Europ\u00e9ens et Russie dans la m\u00eame logique. Il a montr\u00e9 cela, notamment en indiquant qu&rsquo;il avait une particuli\u00e8re estime pour certains pays, et notamment la Gr\u00e8ce (c&rsquo;est normal) et la France (c&rsquo;est historique mais c&rsquo;est aussi tr\u00e8s actuel : la France est, avec l&rsquo;Allemagne, le <em>leader<\/em> naturel d&rsquo;une politique serbe de l&rsquo;UE diff\u00e9rente de celle qu&rsquo;ont impos\u00e9e les \u00e9v\u00e9nements et Milosevic depuis des ann\u00e9es).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn insiste beaucoup sur les difficult\u00e9s int\u00e9rieures de Kostunica. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9vidence. Mais ce qui est encore plus imp\u00e9ratif et devrait nous int\u00e9resser si nous avions le sens des n\u00e9cessit\u00e9s politiques plut\u00f4t que celui des \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb, c&rsquo;est sa t\u00e2che ext\u00e9rieure imm\u00e9diate. Kostunica n&rsquo;a gu\u00e8re de  choix, quelles que soient les manigances qu&rsquo;on lui pr\u00eate. Cette politique ne peut \u00eatre qu&rsquo;une politique de restauration de la souverainet\u00e9 nationale serbe.<\/p>\n<h3>Milosevic passe la main au moment o\u00f9 Clinton s&rsquo;en va : une m\u00eame logique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tObservons enfin la situation et le d\u00e9bat qu&rsquo;elle suscite d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, par rapport aux grandes tendances politiques du monde occidental (euro-am\u00e9ricain) et transatlantique, et aussi par rapport aux us et coutumes, notamment m\u00e9diatiques, de l&rsquo;\u00e9poque. Il n&rsquo;est alors pas du tout indiff\u00e9rent que Milosevic disparaisse de la sc\u00e8ne aujourd&rsquo;hui, car son d\u00e9part correspond \u00e0l&rsquo;effacement de l&rsquo;administration Clinton, qui a le plus et le mieux manipul\u00e9 le \u00ab\u00a0concept-Milosevic\u00a0\u00bb, dans tous les sens possibles de la manipulation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus encore, &mdash; il n&rsquo;est pas indiff\u00e9rent qu&rsquo;il disparaisse de la sc\u00e8ne politique europ\u00e9enne au moment o\u00f9 les Am\u00e9ricains commencent \u00e0 se poser de s\u00e9rieuses questions sur la PESC (voir le discours de Cohen \u00e0 la r\u00e9unions des ministres de la d\u00e9fense de l&rsquo;OTAN \u00e0 Birmingham et notre rubrique <em>de defensa<\/em>) ; c&rsquo;est-\u00e0-dire au moment o\u00f9 s&rsquo;engagent les grandes manoeuvres euro&#64979;am\u00e9ricaines autour de l&rsquo;avenir de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, du sort de l&rsquo;OTAN, de la place de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne dans les questions essentielles de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense ; c&rsquo;est-\u00e0-dire encore, et de fa\u00e7on plus importante que tout, au moment o\u00f9 s&rsquo;amorcent les conditions pr\u00e9cises qui pourraient conduire \u00e0 un grand d\u00e9bat intra-am\u00e9ricain sur la question de l&#8217;empire (question du r\u00f4le que tiennent les USA dans le monde, quelle doit \u00eatre leur politique et ainsi de suite). C&rsquo;est-\u00e0-dire que le d\u00e9part de Milosevic inaugure, \u00e0 sa fa\u00e7on, pour le domaine qui le concerne mais aussi plus vastement pour la situation euro-am\u00e9ricaine, le futur mandat pr\u00e9sidentiel am\u00e9ricain qui ouvrira lui-m\u00eame, &mdash; on doit en douter de moins en moins &mdash;, une \u00e9poque probablement tr\u00e8s diff\u00e9rente o\u00f9 l&rsquo;Am\u00e9rique va se d\u00e9finir dans l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide apr\u00e8s l&rsquo;interm\u00e8de de paralysie m\u00e9diatico-moralisante du clintonisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cette fa\u00e7on de voir, on constate qu&rsquo;on arrive \u00e0 mettre ensemble Clinton et Milosevic, deux comp\u00e8res du montage virtualiste, l&rsquo;un dans le domaine de la communication et des relations publiques moralisatrices, l&rsquo;autre dans le domaine de la guerre-boucherie, ethnique, massacreuse, qui est le conflit caract\u00e9risant aujourd&rsquo;hui les conditions des relations internationales. Cela ne devrait rien avoir de choquant, dans tous les cas pour les esprits ind\u00e9pendants et une fois dissip\u00e9es les attitudes conformistes qui r\u00e8glent l&rsquo;apparence de notre vie sociale et des relations internationales. Au contraire, cela doit conforter l&rsquo;analyse que nous devons faire de l&rsquo;\u00e9tat de notre monde et de cette situation d&rsquo;apparence et de faux-semblant \u00e0 laquelle nous sommes arriv\u00e9s, et que nous baptisons \u00ab\u00a0virtualisme\u00a0\u00bb : ni les \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb de r\u00e9f\u00e9rence, ni l&rsquo;origine, ni les conceptions, ni le pass\u00e9, ni les habitudes politiques ne jouent plus aucun r\u00f4le. S&rsquo;y c\u00f4toient d\u00e9sormais des gens d&rsquo;origines et de mondes diff\u00e9rents, de cultures sans rapports entre elles, d\u00e9sormais plong\u00e9s dans une complicit\u00e9 commune pour contribuer \u00e0 la repr\u00e9sentation d&rsquo;une image du monde \u00e0 la place du monde. Milosevic et Clinton sont des pionniers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(1) Dawn to Decadence, 500 Years of Western Cultural Life, Jacques Barzun, Harper Collins, New York, 2000.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre meilleur ennemi Jouons \u00e0 \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il se serait pass\u00e9 si &#8230; ?\u00a0\u00bb Le 20 juillet 1944, les g\u00e9n\u00e9raux allemands r\u00e9ussissent leur coup, &mdash; mais de fa\u00e7on inattendue. Hitler n&rsquo;est pas tu\u00e9, il est simplement d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de son pouvoir. L&rsquo;arm\u00e9e l&rsquo;a l\u00e2ch\u00e9, les gens sont descendus dans les rues pour manifester contre lui. 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