{"id":64890,"date":"1995-08-01T00:00:00","date_gmt":"1995-07-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1995\/08\/01\/la-bombe-dans-la-tete-de-lamerique\/"},"modified":"2026-03-12T20:57:52","modified_gmt":"2026-03-12T18:57:52","slug":"la-bombe-dans-la-tete-de-lamerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1995\/08\/01\/la-bombe-dans-la-tete-de-lamerique\/","title":{"rendered":"<strong><em>La Bombe dans la t\u00eate de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">La Bombe dans la t\u00eate de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tRarement un \u00e9v\u00e9nement fut aussi vite et aussi compl\u00e8tement appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 sa juste mesure : c&rsquo;\u00e9tait historique. La presse am\u00e9ricaine ne s&rsquo;y trompa pas, ni le public. Comme s&rsquo;il se situait dans une continuit\u00e9, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fut aussit\u00f4t consid\u00e9r\u00e9 selon ses implications am\u00e9ricaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette orientation int\u00e9rieure surprend. Nous, Europ\u00e9ens, sortions d&rsquo;une guerre qui avait r\u00e9duit la gloire de l&rsquo;Europe \u00e0 quelques il\u00f4ts d&rsquo;exception et fait basculer le reste dans l&rsquo;infamie ou dans l&rsquo;angoisse. Nous subissions l&#8217;empire de la domination am\u00e9ricaine d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 indiscut\u00e9e (fut-elle jamais plus indiscut\u00e9e que pendant cette courte p\u00e9riode de la Victoire ?). \u00c9v\u00e9nement terrible et par essence au-del\u00e0 des nations, le bruit de la Bombe r\u00e9sonna comme \u00e9clate la canonnade de l&rsquo;<em>Ouverture 1812<\/em> de Tcha\u00efkovsky : \u00e7&rsquo;\u00e9tait l&#8217;empire am\u00e9ricain sur le monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous voyions un visage que l&rsquo;habilet\u00e9 am\u00e9ricaine dans la technique des communications maquillait avec brio, gr\u00e2ce \u00e0 la radio et \u00e0 la presse, au cin\u00e9ma et \u00e0 ses artistes de vari\u00e9t\u00e9 (<em>entertainment<\/em>), \u00e0 son apparat, sa m\u00e9canisation, son organisation. Mais le sentiment, en Am\u00e9rique, \u00e9tait si diff\u00e9rent. Il y r\u00e9gnait une perception historique \u00e0 l&rsquo;inverse de la n\u00f4tre. Les biographes de l&rsquo;\u00e9crivain Jack Kerouac (3), Barry Glifford et Lawrence Lee, \u00e9crivirent des jeunes Am\u00e9ricains qui avaient vingt ans dans les ann\u00e9es 1941-45 (l&rsquo;\u00e2ge de Kerouac en 1942), qu&rsquo;ils ressemblaient fort peu aux jeunes Europ\u00e9ens contemporains plong\u00e9s dans la guerre, avec la pression des \u00e9v\u00e9nements terribles, la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;action imm\u00e9diate et de l&rsquo;engagement sans nuances, et leur destin qui serait r\u00e9gl\u00e9 par la fortune des armes. \u00ab <em>Pour ces jeunes Am\u00e9ricains, <\/em>expliqu\u00e8rent-ils, <em>la guerre \u00e9tait le sympt\u00f4me de leur pessimisme, et non sa cause premi\u00e8re.<\/em> \u00bb Ce jugement pourrait \u00eatre \u00e9tendu \u00e0l&rsquo;Am\u00e9rique dans son entier, par rapport \u00e0 l&rsquo;Europe et au contraire d&rsquo;elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi y a-t-il deux visions de la Bombe. Notre sujet n&rsquo;est pas la vision \u00ab\u00a0optimiste\u00a0\u00bb et ext\u00e9rieure, celle de l&rsquo;<em>establishment<\/em> am\u00e9ricain \u00e0 propos de laquelle le d\u00e9bat est r\u00e9apparu un demi-si\u00e8cle plus tard, et l&rsquo;on comprend pourquoi puisque la grande R\u00e9publique se trouve dans un passage fondamental de son existence. Commenc\u00e9e \u00e0 l&rsquo;automne 1994 (4), la querelle de l&rsquo;exposition de la Smithsonian <em>Institution<\/em> a ouvert un d\u00e9bat \u00ab\u00a0r\u00e9visionniste\u00a0\u00bb sur l&rsquo;usage de la Bombe contre le Japon qui n&rsquo;est pas seulement acad\u00e9mique. Il fait partie de la douloureuse interrogation de l&rsquo;Am\u00e9rique sur elle-m\u00eame, et passe par la mise en question de l&rsquo;image officielle qu&rsquo;elle s&rsquo;est donn\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>\u00ab <em>Les \u00c9tats-Unis se crurent soudain nus et vuln\u00e9rables &#8230;<\/em> \u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tDans un pays dont la philosophie a toujours \u00e9cart\u00e9 le sens du tragique parce qu&rsquo;il fait partie des forces incontr\u00f4l\u00e9es de l&rsquo;Histoire et que lui-m\u00eame pr\u00e9tend avoir dompt\u00e9 l&rsquo;Histoire, la Bombe eut, presqu&rsquo;aussit\u00f4t, un \u00e9cho tragique qui appara\u00eet ainsi extraordinaire. Elle \u00e9claira de couleurs sombres et terribles que nous avons ignor\u00e9es en Europe cette p\u00e9riode qui e\u00fbt d\u00fb \u00eatre celle du triomphe am\u00e9ricain. L&rsquo;universitaire Paul Boyer, qui a r\u00e9alis\u00e9 un remarquable travail sur les effets de la Bombe sur la culture am\u00e9ricaine (4), remarqua de la fa\u00e7on la plus convaincante du monde : \u00ab <em>Physiquement prot\u00e9g\u00e9s de la guerre, les \u00c9tats-Unis se crurent soudain nus et vuln\u00e9rables au moment de la victoire.<\/em>&#8230; <em>Seuls possesseurs et utilisateurs d&rsquo;un nouvel instrument de destruction massive, les Am\u00e9ricains se virent aussit\u00f4t, non comme une menace pour les autres peuples, mais comme une victime potentielle.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe sentiment fut universel aux \u00c9tats-Unis, d\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement connu. On y verrait comme un r\u00e9flexe, et plus encore, comme si l&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;attendait que cela, au fond comme si la Bombe ne faisait qu&rsquo;illustrer tragiquement une situation latente &#8230; Le 17 ao\u00fbt, le reporter Kaltenborn rapportait un entretien avec le g\u00e9n\u00e9ral de la force a\u00e9rienne Arnold ; il fallait d\u00e9sormais songer aux \u00ab <em>immenses massacres qui viendront avec la Troisi\u00e8me Guerre mondiale<\/em> \u00bb (l&#8217;emploi du futur est remarquable). Il n&rsquo;\u00e9tait pas question d&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Sovi\u00e9tiques. Cette crainte de la prochaine guerre s&rsquo;apparentait \u00e0une angoisse abstraite, face \u00e0 un ennemi ind\u00e9fini et insaisissable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;hebdomadaire <em>The New Republic<\/em> constatait, en ao\u00fbt 1945 \u00e9galement, cette situation marqu\u00e9e par un \u00ab <em>sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9trange, et m\u00eame incongru en regard de la victoire militaire<\/em> \u00bb. La bombe, observait un officiel de la Fondation Rockefeller en septembre 1945, rendait \u00ab <em>l&rsquo;humeur de la nation au moment de la victoire <\/em>[&#8230;] <em>encore plus angoiss\u00e9e qu&rsquo;en d\u00e9cembre 1941, quand le gros de la Flotte du Pacifique reposait au milieu des ruines de Pearl Harbor<\/em> \u00bb. Le 12 ao\u00fbt 1945, deux jours avant la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale o\u00f9 les arm\u00e9es am\u00e9ricaines transform\u00e8rent le monde et \u00e9tablirent un empire sans pr\u00e9c\u00e9dent, le commentateur de la CBS Edward Murrow expliquait de fa\u00e7on si d\u00e9sabus\u00e9e : \u00ab <em>Rarement, si m\u00eame cela s&rsquo;est jamais produit, une guerre n&rsquo;a laiss\u00e9 les vainqueurs avec un tel sentiment d&rsquo;inqui\u00e9tude et de peur, avec une telle certitude que l&rsquo;avenir est obscur et que la survivance est incertaine.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation \u00e9tait terrible. Une enqu\u00eate du <em>Social Science Research Center<\/em> datant de 1946 en fixait les termes : l&rsquo;impact de la Bombe avait \u00e9t\u00e9 \u00ab <em>ph\u00e9nom\u00e8nal<\/em> \u00bb, 98% de la population savait de quoi il s&rsquo;agissait, \u00ab <em>m\u00eame les gens les plus isol\u00e9s<\/em> \u00bb. Et <em>Fortune<\/em> posait, en d\u00e9cembre 1945, la question essentielle pour d\u00e9terminer l&rsquo;aspect qualitatif de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement : \u00ab <em>Nous savons tous ce que les bombes atomiques ont fait \u00e0 Hiroshima et \u00e0 Nagasaki. Mais qu&rsquo;ont-elles fait \u00e0 l&rsquo;esprit de l&rsquo;Am\u00e9rique?<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e8s que le ph\u00e9nom\u00e8ne commen\u00e7a \u00e0 \u00eatre r\u00e9alis\u00e9, furent lanc\u00e9es des campagnes diverses tendant \u00e0 \u00f4ter \u00e0 la Bombe ce caract\u00e8re qu&rsquo;on qualifierait d'\u00a0\u00bbhorreur nue\u00a0\u00bb, sans justification fondamentale, qui pouvait \u00eatre la cause de ces angoisses am\u00e9ricaines. L&rsquo;impact psychologique (bien plus que politique) constituait un formidable incitatif pour imaginer une explication diff\u00e9rente \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement, qui lui donn\u00e2t un fondement, bref qui la f\u00eet rentrer dans la logique du monde. \u00ab <em>L&rsquo;angoisse atomique est devenue un cauchemar dans les esprits des hommes<\/em> \u00bb, constatait l&rsquo;anthropologue Robert Redfield en novembre 1945. Il fallait changer cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu premier rang de ceux qui mesuraient le poids de cette angoisse et leur responsabilit\u00e9, on trouvait les savants, &mdash; la communaut\u00e9 scientifique qui avait invent\u00e9 la Bombe. On conna\u00eet leur humanisme, les intentions louables de leur d\u00e9marche (la Bombe d\u00e9velopp\u00e9e pour arr\u00eater l&rsquo;agression historique du national-socialisme). Son utilisation avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 un motif grave de pr\u00e9occupation (certains auraient voulu un tir de d\u00e9monstration pour amener le Japon \u00e0 la capitulation sans les dizaines de milliers de morts d&rsquo;Hiroshima et de Nagasaki). Ses effets directs et indirects transformaient l&rsquo;aventure en un cauchemar pour eux aussi. Cette pression terrible conduisit la communaut\u00e9 scientifique \u00e0 renverser la proposition logique qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 de relativiser l&rsquo;impact de la Bombe, \u00e0 accentuer au contraire la gravit\u00e9 de la guerre atomique pour en faire le conflit supr\u00eame de l&rsquo;an\u00e9antissement de l&rsquo;esp\u00e8ce ; cela obligeait \u00e0 des propositions radicales pour \u00e9viter une telle issue, dont celle d&rsquo;un \u00ab\u00a0gouvernement mondial\u00a0\u00bb contr\u00f4lant l&rsquo;arme et organisant la concorde universelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Bombe acquit alors une Vertu aussi grande que l&rsquo;Horreur d\u00e9couverte \u00e0 son usage. La BA et la peur qu&rsquo;elle provoquait devenaient paradoxalement l&rsquo;instrument d&rsquo;une paix enfin universelle et ma\u00eetris\u00e9e par l&rsquo;Homme. Le <em>Bulletin of Atomic Scientists<\/em> \u00e9crivit en 1947 que \u00ab <em>quelque chose de plus grand a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit \u00e0 Hiroshima le 6 ao\u00fbt 1945, <\/em>[&#8230;] <em>ce sont les pompeuses fantaisies de la souverainet\u00e9 nationale<\/em> \u00bb L&rsquo;id\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par les plus hautes autorit\u00e9s. Le <em>Reader&rsquo;s Digest<\/em> \u00e9crivit que \u00ab <em>La bombe atomique a vid\u00e9 de sens le nationalisme politique et \u00e9conomique<\/em> \u00bb. Les catholiques proposaient \u00ab <em>un moyen de se d\u00e9fendre contre de la bombe atomique. <\/em>[&#8230;] <em>Il suffit de cr\u00e9er un gouvernement mondial<\/em> \u00bb (revue catholique <em>Commonweal<\/em>, en novembre 1945). Il y avait du mysticisme et beaucoup d&rsquo;utopie, en m\u00eame temps que l&rsquo;espoir de voir les Nations-Unies jouer effectivement ce r\u00f4le.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00c9galement optimiste, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 perdre toute mesure, une autre r\u00e9action tendait \u00e0 montrer que la Bombe n&rsquo;\u00e9tait que l&rsquo;accident, une face sombre qu&rsquo;il fallait cacher, d&rsquo;une perspective glorieuse du progr\u00e8s du monde. La Bombe, c&rsquo;\u00e9tait aussi l&rsquo;\u00e9nergie atomique. On en attendait des miracles. Il y aurait les \u00ab\u00a0voitures atomiques\u00a0\u00bb \u00e0 autonomie illimit\u00e9e, des \u00ab\u00a0tablettes de vitamines d&rsquo;\u00e9nergie atomique\u00a0\u00bb \u00e0 consommer r\u00e9guli\u00e8rement ; on modifierait le climat en le rendant plus chaud, plus idyllique (sans la moindre consid\u00e9ration pour les cons\u00e9quences catastrophiques qu&rsquo;on envisage aujourd&rsquo;hui), gr\u00e2ce \u00e0 des \u00ab <em>soleils artificiels <\/em>[atomiques] <em>mont\u00e9s sur des tours d&rsquo;acier gigantesques<\/em> \u00bb ou en faisant fondre la banquise avec quelques bombes bien plac\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>La Bombe et le \u00ab <em>probl\u00e8me de la volont\u00e9 nationale<\/em> \u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tCes tentatives de transformer l&rsquo;image et la substance de l&rsquo;atome, de les faire passer de l&rsquo;angoisse de l&rsquo;an\u00e9antissement au \u00ab\u00a0paradis atomique\u00a0\u00bb, s&rsquo;av\u00e9r\u00e8rent vou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. Il semblait qu&rsquo;une fatalit\u00e9 noire devait faire de cet \u00e9v\u00e9nement un signe qui animait une vision tragique du monde qu&rsquo;aurait entretenue secr\u00e8tement l&rsquo;Am\u00e9rique. Vite, les savants abandonn\u00e8rent leur utopie qui faisait de ce Mal affreux un Bien inesp\u00e9r\u00e9. Le \u00ab\u00a0paradis atomique\u00a0\u00bb \u00e9volua vers l'\u00a0\u00bbutilisation pacifique de l&rsquo;atome\u00a0\u00bb, notion bien plus rationnelle et moins spectaculaire, d&rsquo;ailleurs promise et bient\u00f4t conduite \u00e9galement \u00e0 la pol\u00e9mique montante des ann\u00e9es soixante-dix, jusqu&rsquo;\u00e0 Tchernobyl qui a recouvert d&rsquo;un linceul de plomb ce qui restait du r\u00eave d&rsquo;une \u00e9nergie atomique lib\u00e9rant le monde industriel des contraintes naturelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEntretemps, la Bombe elle-m\u00eame avait chang\u00e9. Jusqu&rsquo;alors, on avait peu ou pas \u00e9voqu\u00e9 l&rsquo;existence possible d&rsquo;un Ennemi l&rsquo;utilisant. Un article paru dans <em>Life<\/em> en novembre 1945 (\u00ab <em>The 36-Hour War<\/em> \u00bb) d\u00e9crivait une attaque contre treize villes am\u00e9ricaines, sans la moindre pr\u00e9cision qui puisse servir d&rsquo;indication sur le \u00ab\u00a0responsable\u00a0\u00bb (l&rsquo;attaque serait \u00ab <em>lanc\u00e9e d&rsquo;Afrique \u00e9quatoriale, o\u00f9 un ennemi des \u00c9tats-Unis <\/em>[aurait] <em>secr\u00e8tement mis en place une base de lancement de missiles dans la jungle<\/em> \u00bb). Au milieu de 1946, avec notamment un article de John Foster Dulles dans <em>Life<\/em>, apparut l&rsquo;id\u00e9e que la subversion communiste mondiale pouvant constituer une menace pour l&rsquo;Am\u00e9rique. En 1947, les premiers fondements officiels d&rsquo;une politique anti-communiste am\u00e9ricaine officiellement identifi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;URSS \u00e9taient mis en place avec la \u00ab\u00a0doctrine Truman\u00a0\u00bb. Les premi\u00e8res listes noires de la \u00ab\u00a0chasse aux sorci\u00e8res\u00a0\u00bb \u00e9taient apparues \u00e0Hollywood. Les pressions int\u00e9rieures se faisaient plus fortes, tandis que l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs passaient de la retenue et de l&rsquo;indiff\u00e9rence au pessimisme proche de la panique en 1947-48. Une id\u00e9e d&rsquo;Alliance occidentale (la future OTAN) pr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;anglais Bevin, qui n&rsquo;int\u00e9ressait gu\u00e8re le secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat Marshall en d\u00e9cembre 1947, devenait essentielle dans le courant de 1948.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;industrie ajoutait ses propres pressions, comme le montre l&rsquo;exemple de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique. Cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l&rsquo;occasion de la guerre, devenue une puissance sans \u00e9gale gr\u00e2ce \u00e0 la guerre (43e secteur industriel en 1938, 1er en 1943), elle \u00e9tait sur le point de se d\u00e9sint\u00e9grer (retomb\u00e9e \u00e0 la 44e place en 1947) \u00e0 cause de l&rsquo;effondrement de la production. Elle ne fut sauv\u00e9e que par l&rsquo;action conjugu\u00e9e du secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Forrestal et du secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat Marshall. Il y eut une radicale augmentation du budget de la d\u00e9fense, en mars-mai 1948, en cours d&rsquo;ann\u00e9e fiscale (5), impos\u00e9e au Congr\u00e8s gr\u00e2ce \u00e0 une campagne de d\u00e9nonciation d&rsquo;un danger sovi\u00e9tique soudain opportun\u00e9ment devenu pressant et formidable (6).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela constituait l&rsquo;arri\u00e8re-plan. Il manquait l&rsquo;essentiel. Contrairement aux appr\u00e9ciations s&rsquo;appuyant sur une propagande officielle et rencontrant le d\u00e9sir des Europ\u00e9ens \u00e9cras\u00e9s par la guerre et celui de l&rsquo;<em>establishment<\/em> am\u00e9ricain de tendance internationaliste, l&rsquo;Am\u00e9rique de 1945 \u00e9tait retomb\u00e9e dans l&rsquo;isolationnisme (7). Sa politique \u00e9tait erratique, et nullement tendue vers un but clair, qui n&rsquo;aurait pu \u00eatre que l&rsquo;organisation du monde devenu am\u00e9ricanis\u00e9 contre une menace subversive communiste. Sa position \u00e9tait marqu\u00e9e par l&rsquo;incertitude et la crainte, sans rien de cette volont\u00e9 tendue que les Europ\u00e9ens crurent y voir comme un substitut \u00e0 leur propre impuissance et une sauvegarde contre les tensions subversives qu&rsquo;ils croyaient subir d\u00e8s l&rsquo;armistice sign\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa v\u00e9ritable cause du changement fondamental, ce fut la bombe atomique de Staline en 1949. Cet \u00e9v\u00e9nement strat\u00e9gique et mythique fut plus important que l&rsquo;invasion de la Cor\u00e9e (juin 1950). L&rsquo;ordre pr\u00e9sidentiel de r\u00e9diger le fameux rapports NSC-68, le texte fondateur de la strat\u00e9gie de la Guerre Froide du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, date du 31 janvier 1950, apr\u00e8s la BA russe et avant la Cor\u00e9e. \u00ab <em>Le 31 janvier 1950, le pr\u00e9sident Truman ordonna une r\u00e9\u00e9valuation de la politique am\u00e9ricaine de s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e0 la lumi\u00e8re de la bombe atomique sovi\u00e9tique et du nouveau danger qu&rsquo;elle posait pour les \u00c9tats-Unis<\/em> \u00bb, \u00e9crit l&rsquo;historien Guy Oakes (8). La peur horrible mais ind\u00e9finie de 1945 avait pris un visage humain et l&rsquo;aspect de ce qui semblait \u00eatre une r\u00e9alit\u00e9 terrestre. La bombe atomique sovi\u00e9tique d\u00e9couvrait le visage hideux de Staline. L&rsquo;angoisse ontologique de l&rsquo;Am\u00e9rique se trouvait soudain habill\u00e9e de l&rsquo;allure famili\u00e8re de la Mobilisation proclam\u00e9e contre une menace. Alors, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Bombe acheva de se modifier, et introduisit dans la culture am\u00e9ricaine une dimension nouvelle. Naquit en effet ce que Oakes qualifie de \u00ab <em>Probl\u00e8me de la volont\u00e9 nationale<\/em> \u00bb (\u00ab <em>National Security and the Problem of National Will<\/em> \u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Ennemi \u00e9tait d\u00e9busqu\u00e9 (Staline et sa Bombe). Les moyens \u00e9taient mis en place (la doctrine de l&rsquo;\u00e9tat de s\u00e9curit\u00e9 national \u00e9nonc\u00e9e par la \u00ab\u00a0Doctrine Truman\u00a0\u00bb, sa strat\u00e9gie d\u00e9taill\u00e9e avec NSC-68, le complexe militaro-industriel sauv\u00e9, etc.). L&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit officiel y \u00e9tait. Restait les Am\u00e9ricains. Guy Oakes nous livre ces interrogations fondamentales : \u00ab <em>La plausibilit\u00e9 de cette menace \u00e9tait fond\u00e9e sur les ressources morales du peuple am\u00e9ricain. Poss\u00e9dait-il la r\u00e9solution d&rsquo;affronter les nouveaux p\u00e9rils de la Guerre Froide ? \u00c9tait-il pr\u00e9par\u00e9 aux tr\u00e8s lourds sacrifices qu&rsquo;impliquerait une guerre nucl\u00e9aire ?<\/em> \u00bb ; et il conclut : \u00ab >MI>Les planificateurs de la s\u00e9curit\u00e9 nationale n&rsquo;\u00e9taient pas tr\u00e8s optimistes \u00e0 cet \u00e9gard.<D> \u00bb Insidieuse mais d&rsquo;une puissance sans \u00e9gale aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 les \u00ab\u00a0relations publiques\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0communication\u00a0\u00bb forment l&rsquo;essentiel du g\u00e9nie national, la machine de l&rsquo;information qui ressemble parfois si pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la propagande se mit en marche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y eut une vaste campagne de \u00ab\u00a0relativisation\u00a0\u00bb de la Bombe. La Bombe n&rsquo;\u00e9tait plus l&rsquo;horreur absolue d\u00e9crite d&rsquo;abord, et aggrav\u00e9e encore par les savants. Elle devenait une arme relative : apr\u00e8s tout, 129 bombardiers B-29 arm\u00e9s de bombes conventionnelles auraient fait les m\u00eames d\u00e9g\u00e2ts \u00e0 Hiroshima. La guerre atomique puis nucl\u00e9aire, ce n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment l&rsquo;Holocauste. Elle \u00e9tait jouable. Elle \u00e9tait faisable. Un \u00e9change nucl\u00e9aire entre USA et URSS devenait, dans les descriptions imag\u00e9es du d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, une sorte de \u00ab <em>Bataille d&rsquo;Angleterre atomique<\/em> \u00bb. Le Royaume-Uni s&rsquo;\u00e9tait bien sorti sans encombres de sa propre Bataille d&rsquo;Angleterre de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1940.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNe nous attardons pas trop \u00e0 cette th\u00e8se. Si elle resta implicite \u00e7a et l\u00e0 des ann\u00e9es durant, elle n&rsquo;\u00e9tait pas exclusive car elle pouvait \u00eatre contre-productive (en \u00e9cartant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une mobilisation des esprits). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBeaucoup plus fondamentale apparut la d\u00e9marche g\u00e9n\u00e9rale qui reprenait l&rsquo;interrogation d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9e (<em>the Problem of National Will<\/em>) : quelle que soit la guerre nucl\u00e9aire, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;affrontement total s&rsquo;il le faut, les Am\u00e9ricains montreraient-ils le courage supr\u00eame de l&rsquo;affronter ? George Kennan (9) en appellait \u00e0 la \u00ab <em>vitalit\u00e9 spirituelle<\/em> \u00bb<D> qui serait n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique pour la \u00ab <em>responsabilit\u00e9 du leadership politique et moral dont l&rsquo;histoire l&rsquo;avait charg\u00e9e<\/em> \u00bb. La Guerre Froide n&rsquo;\u00e9tait plus une simple d\u00e9marche de relations internationales ; \u00ab <em>au contraire, le r\u00f4le que les \u00c9tats-Unis s&rsquo;appr\u00eataient \u00e0 jouer dans les affaires du monde d\u00e9pendait dans sa phase ultime de la qualit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine elle-m\u00eame, et du caract\u00e8re moral de son peuple<\/em> \u00bb (Oakes). Ultime expression de la Guerre Froide, la guerre nucl\u00e9aire devenait l&rsquo;\u00e9preuve ultime impos\u00e9e au caract\u00e8re am\u00e9ricain. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette logique conduisit \u00e0 cette situation, exprim\u00e9e par une remarque de Oakes et qui rejoint parfaitement le malaise int\u00e9rieur de l&rsquo;Am\u00e9rique : \u00ab <em>Les strat\u00e8ges de la s\u00e9curit\u00e9 nationale repr\u00e9sent\u00e8rent la menace nucl\u00e9aire sovi\u00e9tique comme une crise dans la vie am\u00e9ricaine<\/em> \u00bb. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes conceptions pr\u00e9sid\u00e8rent au d\u00e9veloppement d&rsquo;un formidable programme de \u00ab\u00a0d\u00e9fense civile\u00a0\u00bb dans les m\u00eames ann\u00e9es cinquante. Les Am\u00e9ricains \u00e9taient pri\u00e9s d&rsquo;investir dans l&rsquo;installation d&rsquo;abris anti-atomiques dans leurs jardins ; des \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, des cours scolaires, des livres, des brochures, des exercices m\u00eame, tout \u00e9tait fait pour les habituer \u00e0 ces perspectives d&rsquo;une guerre nucl\u00e9aire. L&rsquo;Am\u00e9rique vivait en \u00e9tat de mobilisation intime, consid\u00e9rant effectivement la Bombe comme cette \u00ab\u00a0affaire int\u00e9rieure\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;interpr\u00e9tation officielle \u00e9non\u00e7ait, parmi les premiers dangers de la guerre nucl\u00e9aire, celui d&rsquo;une menace contre la coh\u00e9sion de la soci\u00e9t\u00e9. Cette crainte \u00e9tait fondamentale. Elle apparaissaissait d\u00e9j\u00e0 dans le premier rapport sur la guerre nucl\u00e9aire, r\u00e9alis\u00e9 par une commission du Pentagone, le <em>Bull Report<\/em> (du nom du g\u00e9n\u00e9ral Harold Bull qui la pr\u00e9sidait), rendu public le 2 f\u00e9vrier 1948 : \u00ab <em>Le \u00ab\u00a0Bull Report\u00a0\u00bb envisageait l&rsquo;ordre social am\u00e9ricain comme un \u00e9difice fragile mis en danger par des forces hostiles d\u00e9loyales et promptes au sabotage, qui mena\u00e7aient de d\u00e9sint\u00e9grer la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur. <\/em>(&#8230;) <em>Ces forces \u00e9taient encore plus dangereuses potentiellement qu&rsquo;une attaque militaire ext\u00e9rieure.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>La Bombe comme \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tAinsi commmence-t-on \u00e0 mieux distinguer en quoi la Bombe, et la menace qu&rsquo;elle faisait peser sur la soci\u00e9t\u00e9, s&rsquo;\u00e9tait insc\u00e9r\u00e9e totalement dans la culture am\u00e9ricaine. D\u00e9j\u00e0 cette premi\u00e8re \u00ab\u00a0lecture\u00a0\u00bb que nous sugg\u00e8rent les faits propose une situation tout \u00e0 fait exceptionnelle par rapport aux sch\u00e9mas conventionnels. Une seconde \u00ab\u00a0lecture\u00a0\u00bb plus complexe et plus subtile et que nous allons essayer de d\u00e9gager, permet d&rsquo;aller plus loin encore.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl appara\u00eet remarquable, en regard du risque r\u00e9el de guerre d&rsquo;an\u00e9antissement, que la Bombe et tout ce qui l&rsquo;accompagna aient servi d&rsquo;argument presque joyeux, en tout cas plein d&rsquo;allant, \u00e0ceux qui se lamentaient \u00e0 propos des \u00ab\u00a0capacit\u00e9s morales\u00a0\u00bb de la population am\u00e9ricaine. On a vu na\u00eetre l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle la terreur nucl\u00e9aire, et bient\u00f4t (\u00e0 partir de 1949) la perspective d&rsquo;un affrontement nucl\u00e9aire avec l&rsquo;URSS, constituaient une \u00e9preuve offerte \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique pour tremper le caract\u00e8re de son peuple. On doit aller bien au-del\u00e0 et retrouver alors l&rsquo;id\u00e9e quasiment biblique de l'\u00a0\u00bb\u00e9preuve supr\u00eame\u00a0\u00bb. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette dimension mythologique fut constante dans l&rsquo;esprit des Am\u00e9ricains. Les <em>missiles<\/em> porteurs d&rsquo;apocalypse nucl\u00e9aire (l&rsquo;expression vient naturellement sous la plume) portaient des noms de divinit\u00e9s antiques : <em>Atlas<\/em>, <em>Titan<\/em>, <em>Thor<\/em>, <em>Polaris<\/em>, <em>Poseidon<\/em>, <em>Regulus<\/em>, etc. Les experts et leurs bureaucraties, friands de symboles, nomm\u00e8rent l&rsquo;\u00e9ventuel affrontement strat\u00e9gique nucl\u00e9aire total (<em>The All Out Strategic Nuclear War<\/em>) : <em>Armageddon<\/em>, du nom de la derni\u00e8re bataille de l&rsquo;Apocalypse, entre le Bien et le Mal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA cette lumi\u00e8re, on voit la Bombe changer de structure symbolique fondamentale. Elle avait \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e comme la cause d&rsquo;une humeur am\u00e9ricaine paradoxalement assombrie malgr\u00e9 la Victoire, voire comme r\u00e9v\u00e9latrice de ce caract\u00e8re de \u00ab\u00a0poule mouill\u00e9e\u00a0\u00bb des citoyens am\u00e9ricains que certains d\u00e9non\u00e7aient (des citoyens qui semblaient ne pas accepter d&rsquo;un coeur l\u00e9ger d&rsquo;\u00eatre nucl\u00e9aris\u00e9s !). Brusquement, elle changeait de r\u00f4le et de raison d&rsquo;\u00eatre. Elle devint un sympt\u00f4me, simplement un peu plus terrifiant, un peu plus terrible que les autres, d&rsquo;un mal g\u00e9n\u00e9ral qui n&rsquo;avait pas attendu Hiroshima pour exister et prolif\u00e9rer. Alors, on rejoint la remarque d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e \u00e0 propos de Jack Kerouac, pour la paraphraser : pour les Am\u00e9ricains, la Bombe \u00ab <em>\u00e9tait le sympt\u00f4me de leur pessimisme, et non la cause premi\u00e8re<\/em> \u00bb &#8230; La probl\u00e9matique de la Bombe et son effet culturel assez original aux \u00c9tats-Unis, revenaient \u00e0 poser la question essentielle sur la valeur morale du peuple am\u00e9ricain, et au-del\u00e0 sur l&rsquo;\u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine au moment de la Victoire (et d&rsquo;Hiroshima). La Bombe ne fut-elle pas plus un r\u00e9v\u00e9lateur qu&rsquo;un \u00ab\u00a0objet en soi\u00a0\u00bb ? L&rsquo;int\u00e9r\u00eat devient alors de savoir : que r\u00e9v\u00e8lait-elle ?<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Le pessimisme am\u00e9ricain, de Henry Miller \u00e0 George Kennan<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Nous autres Am\u00e9ricains sommes malheureux. Nous sommes malheureux \u00e0 propos de l&rsquo;Am\u00e9rique. Nous sommes nerveux, ou tristes, ou apathiques. Lorsque nous regardons le reste du monde, nous sommes embarrass\u00e9s ; nous ne savons que faire. <\/em>(&#8230;)<em>Lorsque nous regardons vers l&rsquo;avenir, &mdash; notre propre avenir et celui des autres nations &mdash;, nous sommes envahis d&rsquo;appr\u00e9hensions. Le futur ne semble rien nous r\u00e9server que des conflits, des r\u00e9voltes, des guerres.<\/em> \u00bb Le d\u00e9but de cet article pourrait \u00eatre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, comme il pourrait \u00eatre de 1945. Il est du 17 f\u00e9vrier 1941, texte c\u00e9l\u00e8bre puisque c\u00e9l\u00e9br\u00e9 paradoxalement comme annonciateur de l&#8217;empire triomphant de l&rsquo;Am\u00e9rique sur le monde &mdash; \u00ab <em>The American Century<\/em> \u00bb, de Henry Luce (10). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous le citons moins pour son importance politique que pour l&rsquo;illustration psychologique qu&rsquo;il nous propose. La m\u00eame ann\u00e9e 1941, l&rsquo;\u00e9crivain Henry Miller termina un p\u00e9riple de dix mois dans son pays, qu&rsquo;il avait d\u00e9sert\u00e9 pour la France pendant les ann\u00e9es trente. Il le retrouvait spirituellement appauvri, intellectuellement saccag\u00e9. Il exprima sa col\u00e8re dans une terrible critique de l&rsquo;Am\u00e9rique, <em>The Air-Conditioned Nightmare<\/em>, publi\u00e9 seulement en 1945 et qui ne d\u00e9para\u00eet pas plus cette ann\u00e9e-l\u00e0 qu&rsquo;il n&rsquo;aurait fait en 1942.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame sentiment retrouv\u00e9 chez George Kennan, pourtant si conforme repr\u00e9sentant de l&rsquo;<em>establishment<\/em>. Dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, publi\u00e9s en 1970, il \u00e9voquait un voyage en train de Washington \u00e0Mexico \u00e0 l&rsquo;hiver 1949-50. Il se lamentait sur la fin de l&rsquo;Am\u00e9rique traditionnelle des fermiers et des petites gens, remplac\u00e9e par une succession d&rsquo;une ville anonyme apr\u00e8s l&rsquo;autre (\u00ab <em>je ne sais plus de quelle ville il s&rsquo;agit, et d&rsquo;ailleurs cela n&rsquo;importe pas<\/em> \u00bb). Henry Miller aurait pu \u00e9crire cela. Sentiment de d\u00e9sarroi encore et explication int\u00e9ressante, d&rsquo;un chroniqueur du Greenwich Village de 1946-48, plus tard critique du New York <em>Times<\/em> : \u00ab <em>Consid\u00e9rant la fin des ann\u00e9es quarante, <\/em>\u00e9crit Anatole Broyard (11), <em>il me semble que les Am\u00e9ricains \u00e9taient confront\u00e9s \u00e0 leur solitude pour la premi\u00e8re fois. La solitude \u00e9tait comme le premier matin apr\u00e8s la guerre, comme un grand noeud coulant. La guerre avait bris\u00e9 le rythme de la vie am\u00e9ricaine, et quand nous avions voulu le reprendre, il nous fut impossible de le retrouver, &mdash; il avait disparu. C&rsquo;\u00e9tait comme si une grande bombe, une explosion de prise de conscience, avait dispers\u00e9 la vie am\u00e9ricaine, broyant tout sur son passage. Avant cela, nous \u00e9tions trop occup\u00e9s pour faire autre chose que progresser, trop conventionnel pour \u00eatre solitaire.<\/em> \u00bb Quelle stup\u00e9fiante diff\u00e9rence de perception : en Europe, \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e8s, on c\u00e9l\u00e9brait alors le triomphe am\u00e9ricain (jazz, <em>boogie-woogie<\/em>, Glenn Miller, les G.I.&rsquo;s, et ainsi de suite) ; \u00e0 Greenwich Village, double am\u00e9ricain de St-Germain, solitude et appr\u00e9hension l\u00e0 o\u00f9 il aurait d\u00fb y avoir exaltation et joie de l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e9tendant sa joyeuse universalit\u00e9 sur le monde, et m\u00eame au contraire, comme le rapporte encore Broyard, on y trouvait la c\u00e9l\u00e9bration des diverses cultures europ\u00e9ennes (<em>Kafka Was a Rage<\/em>, titre du livre de Broyard : \u00ab <em>Kafka \u00e9tait \u00e0 la mode<\/em> \u00bb &#8230;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Bombe transcrivait dans une r\u00e9alit\u00e9 tragique un sentiment g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;amertume et de pessimisme trouv\u00e9 au coeur de cette Am\u00e9rique que l&rsquo;imagerie officielle, y compris dans nos esprits abus\u00e9s, pr\u00e9sentait et pr\u00e9sente comme conqu\u00e9rante, optimiste, pleine d&rsquo;allant. La Bombe n&rsquo;avait rien provoqu\u00e9 ; elle confirmait, et bien s\u00fbr elle aggravait par son monstrueux effet. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas un \u00e9v\u00e9nement en elle-m\u00eame, ni une r\u00e9volution, ni l&rsquo;ouverture d&rsquo;une \u00e8re nouvelle. Alors, quoi ?<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>La Grande D\u00e9pression comme clef d&rsquo;explication<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tLe juge \u00e0 la Cour Supr\u00eame Felix Frankfurter \u00e9crivait en 1937 : \u00ab <em>&#8230; La crise aura laiss\u00e9, dans le coeur et la conscience de quelques-uns des Am\u00e9ricains les meilleurs, une empreinte ineffa\u00e7able. Nous ne serons plus apr\u00e8s ce que nous \u00e9tions auparavant.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;universitaire et critique litt\u00e9raire am\u00e9ricain Albert Gu\u00e9rard, en 1945 : \u00ab <em>Je doute <\/em>[que] <em>beaucoup d&rsquo;Europ\u00e9ens aient pleinement r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;\u00e9tendue du d\u00e9sastre. <\/em>[&#8230;] <em>Le choc physique de la crise fut incommensurable ; c&rsquo;est peut-\u00eatre le seul accident de notre histoire qui ait apport\u00e9 un changement notable dans le caract\u00e8re national.<\/em> \u00bb Ces deux fortes appr\u00e9ciations donn\u00e9es comme exemples (il y en a tant d&rsquo;autres) nous proposent une clef en nous ramenant \u00e0 1929-33 et \u00e0 la Grande D\u00e9pression. Sans cette r\u00e9f\u00e9rence, rien de ce qui suivit, et la Bombe notamment, ne peut \u00eatre compris en profondeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre am\u00e9ricaine (1941-45) ne peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e justement qu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re de cet \u00e9v\u00e9nement, comme partie de la m\u00eame s\u00e9quence historique. Car la guerre \u00e9tait d&rsquo;abord une \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb, n\u00e9cessairement temporaire, \u00e0 une crise que nul n&rsquo;arrivait \u00e0 r\u00e9soudre et qui \u00e9tait depuis 1933 une menace brutale contre l&rsquo;existence de l&rsquo;Am\u00e9rique : \u00ab <em>En 1939, <\/em>\u00e9crit John Kenneth Galbraith, <em>on comptait neuf millions de ch\u00f4meurs aux Etats-Unis, soit 17% de la main d&rsquo;oeuvre. On en comptait presqu&rsquo;autant (14,6%) l&rsquo;ann\u00e9e suivante. C&rsquo;est alors que la guerre appliqua d&rsquo;un coup les rem\u00e8des de Keynes. Les d\u00e9penses publiques doubl\u00e8rent et redoubl\u00e8rent. De m\u00eame, le d\u00e9ficit. Avant 1942, le ch\u00f4mage \u00e9tait r\u00e9duit presque \u00e0 rien<\/em> \u00bb (12).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Bombe et la victoire ramenaient aux r\u00e9alit\u00e9s. On sortait de la cavalcade h\u00e9ro\u00efque du conflit. Le m\u00eame Galbraith d\u00e9crit dans ses m\u00e9moires l&rsquo;exaltation des ann\u00e9es de guerre qui semblaient poursuivre la bataille du <em>New Deal<\/em>, et par contraste, l&rsquo;abattement, la morosit\u00e9 soudaine et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;angoisse du jour de la Victoire. D\u00e8s 1945-46 r\u00e9apparut, \u00e0 l&rsquo;occasion de la reconversion de l&rsquo;industrie, l&rsquo;obsession un instant interrompue : et si l&rsquo;on retombait dans la D\u00e9pression ? L&rsquo;exemple pr\u00e9sent\u00e9 plus haut de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique au bord de l&rsquo;an\u00e9antissement et sauv\u00e9e <em>in extremis<\/em> par une opportune mobilisation, illustre cette crainte d&rsquo;un retour \u00e0 la D\u00e9pression. D\u00e9but 1948, il restait 16 soci\u00e9t\u00e9s principales d&rsquo;a\u00e9ronautique ; treize \u00e9taient promises \u00e0 dispara\u00eetre dans les neuf mois si rien n&rsquo;\u00e9tait fait (13). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;impact psychologique d&rsquo;un tel \u00e9v\u00e9nement pouvait alors entra\u00eener le processus menant \u00e0\u00a0\u00bbla\u00a0\u00bb D\u00e9pression, <em>The Big D<\/em> comme disaient les Am\u00e9ricains. Cet argument de Forrestal, l&rsquo;ancien banquier de Wall Street, fut une des raisons majeures de l&rsquo;approbation de son plan de sauvegarde par Truman. En 1955, Galbraith publia un livre sur le <em>Krach<\/em> de 1929. Une Commission du Congr\u00e8s voulut l&rsquo;entendre pour information. La seule nouvelle de cette audition et de son sujet provoqua un effondrement des cours \u00e0 Wall Street et une perte de $ 5 milliards.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tContre cette hantise, la Bombe transform\u00e9e par la guerre nucl\u00e9aire identifi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;URSS constituait un antidote par l&rsquo;initiation supr\u00eame qu&rsquo;on en avait fait. La menace d&rsquo;<em>Armageddon<\/em>, c&rsquo;\u00e9tait la promesse du Paradis si elle \u00e9tait relev\u00e9e avec succ\u00e8s. La Bombe, aussit\u00f4t interpr\u00e9t\u00e9e comme un \u00e9v\u00e9nement int\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, restitua au pays la dimension m\u00e9taphysique perdue aux termes des ann\u00e9es vingt. Le mot \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb a sa place, sans nul doute. Dans les ann\u00e9es vingt, il s&rsquo;\u00e9tait agi, au-del\u00e0 de la course hyst\u00e9rique \u00e0l&rsquo;argent et \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9, de ce qu&rsquo;Andr\u00e9 Maurois qualifia de \u00ab <em>mont\u00e9e vers une stratosph\u00e8re paradisiaque<\/em> \u00bb (ou bien \u00ab <em>une p\u00e9riode qui <\/em>[restera] <em>dans l&rsquo;histoire comme celle de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or<\/em> \u00bb, selon le <em>businessman<\/em> Irving T. Bush). La Bombe avec tout ce qui l&rsquo;accompagnait, la menace de Guerre nucl\u00e9aire, la Guerre Froide, etc., apparaissaient comme un moyen d&rsquo;effacer la terrible D\u00e9pression qui avait sonn\u00e9 le glas des esp\u00e9rances am\u00e9ricaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, tout cela n&rsquo;est que repr\u00e9sentation du monde. Mais l&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;en est-elle pas une, cr\u00e9ation artificielle, arch\u00e9type d&rsquo;un pays impos\u00e9 par la colonisation et \u00e9tabli selon des valeurs \u00e9galement artificielles ? Comment s&rsquo;\u00e9tonner alors que ce pays ait le g\u00e9nie de la repr\u00e9sentation (cin\u00e9ma, m\u00e9dias, publicit\u00e9, communications), et qu&rsquo;il en use et en abuse ? Si la Bombe est depuis 1945 une terrible r\u00e9alit\u00e9, elle fut aussi pendant presque un demi-si\u00e8cle une repr\u00e9sentation m\u00e9taphysique pour l&rsquo;Am\u00e9rique toute enti\u00e8re, orchestr\u00e9e par ses \u00e9lites militaro-industrielles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, la repr\u00e9sentation est finie. Elle ne pouvait persister que dans le paroxysme, la tension, la menace de la guerre nucl\u00e9aire totale (<em>Armageddon<\/em>), et le triomphe final qu&rsquo;on attendait du peuple am\u00e9ricain de pouvoir effectivement passer cette \u00e9preuve ultime. C&rsquo;est-\u00e0-dire que cette fiction, cette attente \u00e9ternelle de l&rsquo;\u00e9preuve ultime ne pouvait persister qu&rsquo;avec l&rsquo;utile faire-valoir que constituait l&rsquo;URSS. Celle-ci disparue, l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9taphysique de la Bombe est brutalement achev\u00e9e. Ce ne sont pas les p\u00e2les Saddam, quelques Cor\u00e9ens du Nord et Iraniens mal \u00e9lev\u00e9s qui pourraient la remplacer. Ils n&rsquo;ont rien de m\u00e9taphysique, et l&rsquo;Am\u00e9rique se retrouve bien seule &#8230; On n&rsquo;a pas fini de mesurer la profondeur et la justesse de ce mot du Sovi\u00e9tique Arbatov, en mai 1988 \u00e0 un journaliste de <em>Newsweek<\/em>, et depuis cent fois cit\u00e9 : \u00ab <em>Nous allons vous faire quelque chose de terrible. Nous allons vous priver d&rsquo;Ennemi.<\/em> \u00bb On n&rsquo;a pas fini de mesurer la profondeur de la crise qui commence \u00e0 bouleverser l&rsquo;Am\u00e9rique, cinquante ans apr\u00e8s Hiroshima.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Philippe Grasset<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Cet article a paru dans <em>La Revue des Deux Mondes<\/em>, num\u00e9ro de juillet-ao\u00fbt 1995.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (1) Au d\u00e9but de 1941, Henry Luce, propri\u00e9taire de Time-Life, publia dans \u00ab\u00a0Life\u00a0\u00bb un article retentissant : \u00ab\u00a0The American Century\u00a0\u00bb. Il y d\u00e9crivait ce que devait \u00eatre le destin am\u00e9ricain dans le cadre de l&rsquo;entr\u00e9e dans une guerre encore impopulaire (le pays \u00e9tait en majorit\u00e9 isolationniste) et de la victoire qui suivrait. Luce annon\u00e7ait ce que d&rsquo;aucuns nomm\u00e8rent ensuite \u00ab\u00a0l&#8217;empire am\u00e9ricain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (2) Barry Gilford et Lawrence Lee, \u00ab Les Vies parall\u00e9les de Jack Kerouac \u00bb, \u00c9ditions Henri Beyrier, Paris 1979.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (3) A l&rsquo;automne 1994, le mus\u00e9e de la Smithsonian pr\u00e9para une exposition permanente \u00e0 inaugurer en ao\u00fbt 1995, sur Hiroshima. On devait exposer les restes du B-29 \u00ab\u00a0Enola Gay\u00a0\u00bb (qui a largu\u00e9 la BA), mais aussi expliquer les conditions de cet \u00e9v\u00e9nement. Une pol\u00e9mique tr\u00e8s violente s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9e \u00e0 propos de cette explication, attaqu\u00e9e par les conservateurs et les forces politiques comme r\u00e9visionnistes et partisane, et en fait pas assez pro-am\u00e9ricaine. L&rsquo;affaire mena\u00e7ant d&rsquo;aller devant le Congr\u00e8s, domin\u00e9 par la mar\u00e9e r\u00e9publicaine de novembre 1994, la Simthsonian recula et abandonna tous ses commentaires, r\u00e9duisant l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e0 l&rsquo;exposition du B-29.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (4) Paul Boyer, \u00ab\u00a0By the Bomb&rsquo;s Early Light, &mdash; American Thought and Culture a the Dawn of the Atomic Age\u00a0\u00bb, University of North Carolina Press, 1985 et r\u00e9\u00e9dition en 1994 avec une nouvelle pr\u00e9face. Les citations sont traduites par l&rsquo;auteur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (5) Cette proc\u00e9dure unique en temps de paix aboutit \u00e0l&rsquo;augmentation de 57% des d\u00e9penses d&rsquo;acquisition d&rsquo;avions par le Pentagone pour l&rsquo;ann\u00e9e 1948.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (6) La th\u00e8se, appuy\u00e9e sur de nombreuses pr\u00e9cisoions de 1947-48, est d\u00e9taill\u00e9e par Frank Kofsky, dans son livre \u00ab\u00a0Harry S. Truman and the War Scare of 1948\u00a0\u00bb, St Martin&rsquo;s Press, 1993. @NOTES = (7) \u00ab Malgr\u00e9 l&rsquo;annonce du plan Marshall en 1948 et la formation de l&rsquo;OTAN en 1949, la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale des \u00c9tats-Unis restait essentiellement isolationniste \u00bb(\u00ab America Needs a Post-Containment Doctrine \u00bb , s\u00e9nateur Malcolm Wallop, \u00ab Orbis \u00bb , printemps 1993).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (8) Guy Oakes, \u00ab\u00a0The Imaguinary War\u00a0\u00bb, Oxford University Press, New York, 1994.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (9) Kennan \u00e9tait ce fonctionnaire du d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat devenu th\u00e9oricien de la doctrine antisovi\u00e9tique du <em>containment<\/em> avec son fameux article de <em>Foreign Affairs<\/em> en 1947 (sign\u00e9 <em>Mister X<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (10) L&rsquo;article de Luce \u00e9t\u00e9 repris dans un r\u00e9cent num\u00e9ro de \u00ab\u00a0Society\u00a0\u00bb (juillet\/ao\u00fbt 1994). Lecture commenc\u00e9e sans avertissement pr\u00e9alable, on a effectivement la sensation de lire un texte concernant l&rsquo;Am\u00e9rique aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (11) Anatole Broyard, \u00ab Kafka Was the Rage, A Greenwhich Village Memoir \u00bb, Carol Southern Books, New York, 1993.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (12) John Galbraith, \u00abLe Temps des Incertitudes\u00bb, Gallimard, Paris 1978.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (13) Selon le pr\u00e9sident de Lockheed en 1947, Robert Gross, cit\u00e9 dans Krofsky.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;<em>Plus Clair que Mille Soleils<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: ainsi fut d\u00e9crit l&rsquo;\u00e9clair qui, en quelques secondes, r\u00e9duisit Hiroshima en cendres, au matin du 6 ao\u00fbt 1945. Que se passait-il en Am\u00e9rique, ce 6 ao\u00fbt 1945&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-64890","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64890","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64890"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64890\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":81870,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64890\/revisions\/81870"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64890"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64890"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64890"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}