{"id":64896,"date":"1998-11-10T00:00:00","date_gmt":"1998-11-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1998\/11\/10\/de-defensa-volume-14-n05-du-10-novembre-1998-rule-the-waves-britannia\/"},"modified":"2026-02-27T15:52:38","modified_gmt":"2026-02-27T13:52:38","slug":"de-defensa-volume-14-n05-du-10-novembre-1998-rule-the-waves-britannia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1998\/11\/10\/de-defensa-volume-14-n05-du-10-novembre-1998-rule-the-waves-britannia\/","title":{"rendered":"de defensa Volume 14, n\u00b005 du 10 novembre 1998 &#8211; <strong><em>\u00a0\u00bbRule the Waves, Britannia\u00a0\u00bb<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><p>Cet \u00e9t\u00e9, des groupes de pression britanniques ont lanc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une adh\u00e9sion du Royaume Uni \u00e0 l&rsquo;accord nord-am\u00e9ricain de libre-\u00e9change ALENA. Ces groupes se trouvent dans les milieux libre-\u00e9changistes id\u00e9ologiques (Margaret Thatcher en fait partie, mais aussi Leon Brittan), et dans une fraction importante de la presse (<em>The Daily Telegraph<\/em>, <em>The Sun<\/em>, <em>The European<\/em>), avec en t\u00eate le puissant patron de groupe de communication, l&rsquo;Australo-Am\u00e9ricain Rupert Murdoch. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une offensive radicale : quoiqu&rsquo;en expliquent les uns et les autres, l&rsquo;id\u00e9e en apparence \u00e9trange d&rsquo;une adh\u00e9sion du Royaume Uni \u00e0 l&rsquo;ALENA recouvre <em>in fine<\/em> une ambition bien plus large, r\u00e9sum\u00e9e d&rsquo;un mot par le commentateur Alexander Chancelor, lorsqu&rsquo;il parle par m\u00e9taphore du Royaume-Uni devenant conform\u00e9ment \u00e0 cette initiative le \u00ab <em>Fifty-First State<\/em> \u00bbdes \u00c9tats-Unis. L&rsquo;ampleur implicite du sch\u00e9ma ainsi propos\u00e9 marque par ailleurs la crainte g\u00e9n\u00e9rale de ces groupes de pression face \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;euro : crainte que la nouvelle monnaie installe un climat de concurrence, voire de confrontation entre l&rsquo;Europe et les USA ; crainte que le Royaume Uni de Blair \u00ab\u00a0choisisse son camp\u00a0\u00bb en rejoignant l&rsquo;euro. Cette crainte est renforc\u00e9e d\u00e9sormais par l&rsquo;initiative britannique r\u00e9cente en mati\u00e8re de \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, per\u00e7ue par ce camp comme la confirmation d&rsquo;une d\u00e9rive \u00ab\u00a0europ\u00e9aniste\u00a0\u00bb du Royaume-Uni.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe d\u00e9bat n&rsquo;est pas neuf. Depuis au moins un demi-si\u00e8cle, on s&rsquo;interroge : de quel monde fait partie le Royaume Uni ? Du monde atlantique, et par cons\u00e9quent am\u00e9ricain ? Du monde europ\u00e9en ? On retrouve dans l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 de ces questions une ambigu\u00eft\u00e9 fondamentale, favoris\u00e9e par le conformisme \u00e9touffant des directions occidentales. Il est imp\u00e9ratif dans ces milieux de parler de \u00ab\u00a0l&rsquo;Ouest\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0valeurs occidentales\u00a0\u00bb, et on implique alors un rassemblement d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 et intangible par des soi-disant choix conceptuels communs de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord et de l&rsquo;Europe. Cette id\u00e9e est souvent mise en avant pour justifier nombre de projets libre-\u00e9changistes euro-am\u00e9ricains, comme la r\u00e9cente initiative NTM (<em>New Transatlantic Market<\/em>) de sir Leon Brittan, prestement liquid\u00e9e, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;action de France. Lorsqu&rsquo;ils lancent l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un Royaume Uni adh\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;ALENA, ces m\u00eames milieux libre-\u00e9changistes alimentent pourtant l&rsquo;interpr\u00e9tation inverse : il est alors reconnu <em>de facto<\/em>, et m\u00eame proclam\u00e9, qu&rsquo;il y une alternative entre le monde atlantique et le monde europ\u00e9en (avec le choix recommand\u00e9 pour le Royaume Uni de rallier le premier), et donc que ces deux mondes n&rsquo;en font pas qu&rsquo;un, et la notion g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0l&rsquo;Ouest\u00a0\u00bb et\/ou de \u00ab\u00a0l&rsquo;Occident\u00a0\u00bb semble devenir de pure circonstance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas simplement \u00e9conomique, et encore moins pour le Royaume Uni dont on voit combien la position rassemble \u00e0 elle seule tous les ingr\u00e9dients de ce d\u00e9bat fondamental. Comme les libre-\u00e9changistes eux-m\u00eames l&rsquo;affirment, c&rsquo;est un choix id\u00e9ologique, voire un \u00ab\u00a0choix de civilisation\u00a0\u00bb. Le probl\u00e8me est int\u00e9ressant (on en a vu quelques-uns de ses principaux facteurs dans notre <em>Analyse<\/em>, Vol14, n<198>03) ; nous int\u00e9resse ici son aspect anglais sp\u00e9cifique. <\/p>\n<h3>L&rsquo;histoire ne justifie en rien les \u00ab <strong><em>special relationships<\/em><\/strong> \u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tBien s\u00fbr, \u00ab\u00a0probl\u00e8me anglais\u00a0\u00bb ne signifie pas, pour nous, un nouveau probl\u00e8me. Il s&rsquo;agit de la possible, voire probable arriv\u00e9e \u00e0 maturation de leur \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb pour les Britanniques. L&rsquo;opportunit\u00e9 des d\u00e9bats actuellement en cours est excellente pour consid\u00e9rer les racines historiques du \u00ab\u00a0probl\u00e8me anglais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;arri\u00e8re-plan historique est devenu aujourd&rsquo;hui f\u00e9cond. Depuis la fin de la Guerre froide, une \u00e9cole d&rsquo;historiens britanniques, qu&rsquo;on peut qualifier dans un sens objectif non pol\u00e9mique de \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb (Cannadine, Charmley, Clark, Roberts, Ponting), a entrepris de mettre en question les fondements de l&rsquo;engagement strat\u00e9gique britannique depuis un demi-si\u00e8cle : la p\u00e9riode de l&rsquo;imm\u00e9diat avant-guerre et de la guerre, le r\u00f4le de Churchill, l&rsquo;alliance anglo-am\u00e9ricaine. Ces historiens estiment que l&rsquo;orientation atlantiste a priv\u00e9 le Royaume Uni de son Empire, d&rsquo;une fa\u00e7on pr\u00e9cipit\u00e9e et inorganis\u00e9e, alors que l&rsquo;argument politique soi-disant pragmatique du choix de la \u00ab\u00a0Grande Alliance\u00a0\u00bb (avec les USA) \u00e9tait au contraire de trouver un moyen pour le Royaume Uni de sauvegarder cette puissance imp\u00e9riale derri\u00e8re la \u00ab\u00a0protection\u00a0\u00bb de la puissance am\u00e9ricaine, voire, plus froidement dit, gr\u00e2ce \u00e0 sa \u00ab\u00a0manipulation\u00a0\u00bb. Les travaux de John Charmley particuli\u00e8rement, avec sa trilogie sur les ann\u00e9es 1935-1956 (1), constituent un remarquable apport historique et intellectuel au d\u00e9bat ; celui-ci a, dans le domaine de la politique \u00e9trang\u00e8re, au moins la puissance d\u00e9stabilisante du d\u00e9bat int\u00e9rieur autour du statut de la Couronne et de son r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9 anglaise apparu autour de 1993-94.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut d&rsquo;abord mettre en question une th\u00e8se g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e sans d\u00e9bat : l&rsquo;orientation atlantiste, am\u00e9ricaniste, du Royaume Uni n&rsquo;est nullement une constante historique, voire un penchant irr\u00e9sistible de ses conceptions et de sa culture. S&rsquo;il existe une parent\u00e9 \u00e9vidente entre le Royaume Uni et les \u00c9tats-Unis, il n&rsquo;y a rien qui nous fasse devoir accepter sans une appr\u00e9ciation extr\u00eamement critique l&rsquo;aspect de fatalit\u00e9 que certains en tirent pour justifier l&rsquo;alliance transatlantique (cet aspect est toujours implicite et parfois explicit\u00e9, notamment dans l&rsquo;analyse de Christopher Coker, pr\u00e9sent\u00e9e dans notre rubrique <em>Analyse<\/em>, Vol14, n<198>03). Au contraire, le penchant aujourd&rsquo;hui tr\u00e8s vif des extr\u00e9mistes \u00ab\u00a0libre-\u00e9changistes\u00a0\u00bb de pr\u00f4ner une extension des liens anglo-am\u00e9ricains qui irait jusqu&rsquo;\u00e0 une approche quasi-int\u00e9grationniste semblerait plut\u00f4t refl\u00e9ter l&rsquo;inqui\u00e9tude de ce m\u00eame parti de voir les arguments fondamentaux de cette alliance devenir de plus en plus fragiles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes rapports historiques entre le Royaume Uni et les \u00c9tats-Unis sont marqu\u00e9s par l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 plus que par la proximit\u00e9 irr\u00e9sistible. L&rsquo;\u00e9vidente parent\u00e9 initiale est largement compens\u00e9e par le fait que les immigrants anglais venus s&rsquo;installer en Am\u00e9rique, dans ce qui allait devenir des colonies britanniques avant la proclamation de l&rsquo;ind\u00e9pendance et la fondation des \u00c9tats-Unis, affirmaient de fa\u00e7on unanime leur volont\u00e9 de fonder quelque chose de tout \u00e0 fait diff\u00e9rent, voire de compl\u00e8tement antagoniste de leur patrie originelle : il y a une volont\u00e9 de changement radical, un rejet de ce monde anglais-l\u00e0 qu&rsquo;ils quittaient, dans la d\u00e9marche originelle des premiers \u00e9migrants. Bien diff\u00e9rent d&rsquo;une extension de l&rsquo;Angleterre, il s&rsquo;agissait d&rsquo;abord d&rsquo;une rupture avec l&rsquo;Angleterre, et ainsi fera-t-on une diff\u00e9rence d&rsquo;avec d&rsquo;autres situations en apparence similaires (le Qu\u00e9bec et la France, la <em>diaspora<\/em> chinoise et la Chine, etc.). Si l&rsquo;on retrouve dans les fondements de l&rsquo;Am\u00e9rique des caract\u00e9ristiques typiquement anglaises, leur mariage et leur organisation d\u00e9bouchent souvent sur des situations radicalement diff\u00e9rentes de celles qu&rsquo;on trouve dans le Royaume Uni. Il y a en Am\u00e9rique le refus radical d&rsquo;une hi\u00e9rarchie de naissance qui est rest\u00e9e une caract\u00e9ristique constante et tr\u00e8s forte de la soci\u00e9t\u00e9 britannique. Il y a ce point moins souvent explicit\u00e9, et qui nous para\u00eet essentiel : l&rsquo;esprit l\u00e9galiste anglo-saxon et son organisation juridique. Ils constituent au Royaume Uni un instrument important et la marque sp\u00e9cifique d&rsquo;un \u00c9tat-Nation qui n&rsquo;en demeure pas moins fond\u00e9 de fa\u00e7on substantielle sur l&rsquo;histoire, qui sacrifie largement aux contingences his-toriques, qui organise son syst\u00e8me politique selon une perception tragique effectivement n\u00e9e d&rsquo;une constitution tremp\u00e9e pendant plusieurs si\u00e8cles aux soubresauts de l&rsquo;histoire. Le Royaume Uni est d&rsquo;abord une cr\u00e9ation de l&rsquo;histoire. Les \u00c9tats-Unis utilisent le m\u00eame esprit l\u00e9galiste anglo-saxon, non comme un instrument, mais comme le fondement de leur propre existence : les \u00c9tats-Unis sont n\u00e9s de la Loi et non de l&rsquo;Histoire. Ils sont d&rsquo;abord une cr\u00e9ation contre l&rsquo;histoire. La diff\u00e9rence n&rsquo;est pas seulement d&rsquo;importance, elle est fondamentale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis la fondation des \u00c9tats-Unis, les relations entre les deux pays sont loin de montrer la proximit\u00e9 que les partisans de l&rsquo;atlantisme britannique consid\u00e8rent comme leur caract\u00e9ristique historique. Jusqu&rsquo;\u00e0 la p\u00e9riode 1935-1941, c&rsquo;est au contraire souvent la concurrence, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;affrontement, qui marqua ces rapports. Sans faire des deux premiers conflits de l&rsquo;Am\u00e9rique naissante (la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance de 1776-83 et la guerre de 1812-14) une illustration d\u00e9cisive des relations anglo-am\u00e9ricaine, il faut admettre qu&rsquo;en opposant les \u00c9tats-Unis au Royaume Uni ils montraient effectivement combien les ambitions g\u00e9o\u00e9conomiques de la jeune R\u00e9publique faisaient des deux pays des concurrents \u00e9vidents. Les relations apr\u00e8s ces soubresauts initiaux rest\u00e8rent \u00e9galement chaotiques. Durant la Guerre de S\u00e9cession, c&rsquo;est l&rsquo;Angleterre qui, en Europe, se montra la plus fondamentalement int\u00e9ress\u00e9e par le parti du Sud contre le Nord, aussi bien pour des raisons \u00e9conomiques \u00e9videntes qui illustraient \u00e9galement cette concurrence : face au Nord protectionniste (et qui le resterait, sa formule inspirant d\u00e9cisivement les \u00c9tats-Unis apr\u00e8s la reddition de Lee \u00e0Appomatox, et jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui dans des domaines essentiels), les Britanniques favorisaient le Sud vendeur du coton si pr\u00e9cieux pour l&rsquo;industrie britannique, et en g\u00e9n\u00e9ral le Sud libre-\u00e9changiste et ouvert sur le monde au contraire du Nord. Cet \u00e9pisode, o\u00f9 les Britanniques se trouvaient impliqu\u00e9s de fa\u00e7on bien plus importante que les Fran\u00e7ais qui soutinrent \u00e9galement ce parti du Sud, montre que le Royaume Uni n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 l&rsquo;aise avec la structure et les orientations fondamentales des \u00c9tats-Unis, et qu&rsquo;un d\u00e9mant\u00e8lement de cet \u00e9norme pays en deux aurait certainement satisfait son go\u00fbt pour la division de ses concurrents et adversaires.<\/p>\n<h3>Winston Churchill \u00e0 la rencontre de Roosevelt comme s&rsquo;il allait \u00ab <strong><em>rencontrer Dieu<\/em><\/strong> \u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a un premier tournant, et il est bien connu : la guerre de 1914-18 mit le Royaume Uni dans des conditions financi\u00e8res difficiles, et les puissants \u00c9tats-Unis devinrent son bailleur de fond, c&rsquo;est-\u00e0-dire son cr\u00e9diteur. On ne peut parler \u00e0 cet \u00e9gard d&rsquo;une proximit\u00e9 retrouv\u00e9e, malgr\u00e9 les discours sur la d\u00e9mocratie, les valeurs communes et le cousinage anglo-saxon dont fut \u00e9maill\u00e9 l&rsquo;\u00e9tablissement de ces nouvelles relations, mais plut\u00f4t d&rsquo;un changement fondamental des rapports de puissance, au profit des Am\u00e9ricains. La suite ne d\u00e9mentit pas cela. A la fin des ann\u00e9es mil neuf cent vingt (2), la principale menace de conflit majeur qui pesait sur les relations internationales \u00e9tait une guerre entre les \u00c9tats-Unis et le Royaume Uni. On citera, comme un reflet de l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u00e9poque, cette d\u00e9claration de l&rsquo;ancien chef d&rsquo;\u00e9tat-major imp\u00e9rial, le mar\u00e9chal Robertson, le 5 d\u00e9cembre 1928 devant l&rsquo;Union pour la SDN de Londres : \u00ab <em>L&rsquo;Am\u00e9rique, influenc\u00e9e par ses tendances imp\u00e9rialistes, a \u00e9videmment l&rsquo;intention de continuer quoiqu&rsquo;il arrive \u00e0 renforcer sa marine, et ses d\u00e9clarations officielles sur la question des armements ressemblent fr\u00e9quemment aux r\u00e9clamations que nous entendions en Allemagne en 1914.<\/em> \u00bb Cet antagonisme, exprim\u00e9 si fortement dans les visions g\u00e9opolitiques de la dimension navale si importante pour les deux pays, alla chez certains bien au-del\u00e0 de la p\u00e9riode : en 1941-42, l&rsquo;un des principaux arguments de l&rsquo;U.S. Navy pour plaider la cause dite <em>Pacific First<\/em> (concentrer toutes les forces am\u00e9ricaines d&rsquo;abord contre le Japon) se trouvait dans le souci de ne pas accorder une aide trop importante au Royaume Uni : \u00ab <em>les amiraux doutaient que les int\u00e9r\u00eats britanniques puissent jamais co\u00efncider avec ceux de l&rsquo;Am\u00e9rique, <\/em>\u00e9crit l&rsquo;historien Mark Perry (3), <em>et ils rappelaient constamment \u00e0 leurs sup\u00e9rieurs civils l&rsquo;hostilit\u00e9 traditionnelle de la Grande-Bretagne aux int\u00e9r\u00eats maritimes de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFinalement, cette guerre n&rsquo;eut pas lieu. La Grande Crise bouleversa le jeu. Le repli des uns et des autres sur leurs propres dimensions, notamment les \u00c9tats-Unis plong\u00e9s dans la Grande D\u00e9pression apr\u00e8s le <em>krach<\/em> de Wall Street, firent de l&rsquo;essentiel de la d\u00e9cennie trente une sorte de parenth\u00e8se dans les relations anglo-am\u00e9ricaines. Lorsque celles-ci furent \u00e0nouveau activ\u00e9es, le monde avait radicalement chang\u00e9 : le Royaume Uni \u00e9tait le dos au mur, face au danger continental de l&rsquo;expansionnisme allemand, et ses rapports avec l&rsquo;Am\u00e9rique devaient n\u00e9cessairement changer de forme d\u00e8s lors qu&rsquo;un arrangement avec l&rsquo;Allemagne apparaissait difficile, puis impossible ; d&rsquo;une ambigu\u00eft\u00e9 extr\u00eame o\u00f9 l&rsquo;option d&rsquo;un possible affrontement n&rsquo;\u00e9tait pas la moindre, ces rapports s&rsquo;\u00e9taient transform\u00e9s en une recherche d&rsquo;alliance, et bient\u00f4t une alliance \u00e0 tout prix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0-dessus intervient un facteur personnel fondamental, qui est sans aucun doute un des aspects int\u00e9ressants de l&rsquo;analyse de l&rsquo;historien John Charmley, qui s&rsquo;est attach\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque : l&rsquo;esp\u00e8ce de romantisme, voire de sentimentalit\u00e9, de Winston Churchill. Premier ministre \u00e0 partir du d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1940, Churchill fit du soutien des \u00c9tats-Unis \u00e0 l&rsquo;Angleterre la pierre d&rsquo;angle de sa politique. Cela est \u00e9videmment concevable et acceptable, mais ce qui appara\u00eet important se trouve dans ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;alliance de guerre, la dimension extra-politique que lui donna aussit\u00f4t Churchill : dimension intime et \u00e0 la fois presque m\u00e9taphysique, comme si le Royaume Uni n&rsquo;avait attendu que cette confirmation, par l&rsquo;alliance de guerre promise \u00e0 devenir \u00ab\u00a0Grande Alliance\u00a0\u00bb, d&rsquo;un sentiment latent mais g\u00e9n\u00e9ral. Ce n&rsquo;est absolument pas le cas. (Charmley fait cette remarque \u00e0 propos de la situation des ann\u00e9es mil neuf cent vingt : \u00ab [le Premier ministre]<em>Baldwin \u00e9tait si \u00e9coeur\u00e9 des Am\u00e9ricains qu&rsquo;il disait n&rsquo;avoir plus aucun d\u00e9sir de parler avec eux \u00e0 nouveau, tandis que son fils spirituel, Neville Chamberlain, approuvait en disant que \u00ab\u00a0la meilleure et la plus prudente des attitudes est de n&rsquo;attendre rien des Am\u00e9ricains, \u00e0 part des mots\u00a0\u00bb<\/em> \u00bb). Churchill \u00e9tait \u00ab\u00a0poss\u00e9d\u00e9\u00a0\u00bb, fascin\u00e9 par les Am\u00e9ricains, et sans doute ce mot de Harry Hopkins, conseiller de Roosevelt, r\u00e9sume-t-il tout : \u00ab <em>On aurait dit que Winston \u00e9tait transport\u00e9 au Ciel pour rencontrer Dieu.<\/em> \u00bb Hopkins parle de cette circonstance o\u00f9 Churchill allait \u00e0 la rencontre de Roosevelt (pour la premi\u00e8re fois), en 1941, pour \u00ab\u00a0signer\u00a0\u00bb la Charte de l&rsquo;Atlantique (en fait un document assez vague, sans aucune sorte d&rsquo;engagement, qui ne pouvait en aucun cas impliquer un fondement quelconque de quoi que ce soit, sans valeur de trait\u00e9 ni rien du tout ; pourtant une sorte de document \u00ab\u00a0sacr\u00e9\u00a0\u00bb pour Churchill, et du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, sans doute rien d&rsquo;autre que les \u00ab <em>mots<\/em> \u00bb dont parle Chamberlain).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&#8217;emp\u00eache, l&rsquo;activisme quasi-sentimental de Churchill et sa formidable aura m\u00e9diatique, l&rsquo;ambivalence archi-connue de Roosevelt qui, sans jamais s&rsquo;engager de quelque fa\u00e7on que ce soit, ne d\u00e9mentit jamais rien de ce que lui pr\u00eatait Churchill, l&rsquo;intense propagande de guerre portant sur l&rsquo;aspect de croisade de la guerre et par cons\u00e9quent sur l&rsquo;aspect \u00e9galement sacr\u00e9 des liens unissant les deux alli\u00e9s, &mdash; tout cela tendit \u00e0accr\u00e9diter l&rsquo;id\u00e9e que les th\u00e8ses churchiliennes avaient un fondement. Les Britanniques le crurent beaucoup plus que les Am\u00e9ricains, et sans aucun doute au niveau des \u00e9lites respectives. Ainsi se cr\u00e9a et se d\u00e9veloppa une mystique anglo-am\u00e9ricaine, dont quelques esprits, qu&rsquo;on pourrait juger brouillons et exalt\u00e9s, t\u00e9moignent encore de notre temps (Lady Thatcher en est le meilleur exemple). C&rsquo;est un des grands myst\u00e8res de la psychologie de l&rsquo;histoire, qu&rsquo;un peuple si r\u00e9put\u00e9 pour son opportunisme intelligent, pour sa capacit\u00e9 de r\u00e9alisme, d&rsquo;adaptation aux choses selon ses int\u00e9r\u00eats, sa vision froide et calcul\u00e9e du monde, son absence de scrupule inutile, ait ainsi succomb\u00e9 pendant si longtemps \u00e0 une pr\u00e9sentation dialectique et m\u00e9diatique extr\u00eamement peu \u00e9labor\u00e9e, pr\u00e9tendant d\u00e9crire des relations sacr\u00e9es et d&rsquo;au-del\u00e0 de l&rsquo;histoire, et le plus souvent d\u00e9mentie par les faits les plus courants, par des rebuffades, par des promesses non tenues, et portant sur un peuple (l&rsquo;am\u00e9ricain) consid\u00e9r\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral de fa\u00e7on assez m\u00e9prisante et peu am\u00e8ne par les m\u00eames Britanniques ; c&rsquo;est un des grands myst\u00e8res de la psychologie de l&rsquo;histoire, en d&rsquo;autres mots plus cruels, que les Britanniques se soient montr\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;image de Churchill, sentimentaux comme des midinettes, et souvent tromp\u00e9s comme peut l&rsquo;\u00eatre une midinette avec ses illusions \u00e0 quatre sous, pendant un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<h3>L&rsquo;illusion anglaise : la manipulation de la politique am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que montre Charmley avec aisance, car le cas est manifeste, c&rsquo;est combien les Anglais perdirent beaucoup et gagn\u00e8rent peu dans cette Grande Alliance dont ils attendaient rien de moins que la survie de l&rsquo;Empire. C&rsquo;\u00e9tait en effet le but poursuivi, ce qui semblait donner un socle rationnel au choix britannique. A c\u00f4t\u00e9 du sentimentalisme de Churchill, qui utilisait \u00e9galement cet argument de la sauvegarde de l&#8217;empire, les experts du Foreign Office alignaient les raisons objectives qui justifiaient le complet alignement britannique sur les Am\u00e9ricains ; ils le faisaient alors que leur chef, Anthony Eden, montrait un tr\u00e8s grand scepticisme \u00e0 cet \u00e9gard (c&rsquo;est une des qualit\u00e9s de l&rsquo;oeuvre de Charmley, de contribuer \u00e0 r\u00e9habiliter dans ce cas le sens politique de Eden, par opposition \u00e0 l&#8217;emportement sentimental de Churchill).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi les experts donn\u00e8rent-ils <em>a rationale<\/em>, comme on dit, \u00e0 leur politique pro-am\u00e9ricaine. Cas assez classique : chercher \u00e0trouver, apr\u00e8s coup, des raisons rationnelles \u00e0 une politique impos\u00e9e au d\u00e9part de fa\u00e7on arbitraire et irrationnelle. L&rsquo;essentiel de la \u00ab\u00a0croyance\u00a0\u00bb soi-disant rationnelle des experts britanniques est r\u00e9sum\u00e9 dans une note du Foreign Office, datant de 1944, et que cite John Charmley : \u00ab <em>La politique constante du Royaume-Uni de tenter d&#8217;emp\u00eacher une puissance d&rsquo;assurer sa pr\u00e9dominance \u00e9tait suspendue dans le cas de l&rsquo;Am\u00e9rique : \u00ab\u00a0Notre but ne doit pas \u00eatre d&rsquo;affirmer notre puissance pour tenter d&rsquo;\u00e9quilibrer celle de l&rsquo;Am\u00e9rique, mais d&rsquo;utiliser la puissance de l&rsquo;Am\u00e9rique pour des buts que nous jugeons b\u00e9n\u00e9fiques <\/em>[pour nous]<em>\u00ab\u00a0. La politique britannique devrait \u00eatre d&rsquo;aider \u00e0 conduire \u00ab\u00a0cet \u00e9norme bateau, les \u00c9tats-Unis, vers un port qui nous convienne\u00a0\u00bb.<\/em> \u00bb Le but principal \u00e9tait alors, comme Churchill ne cessait de l&rsquo;affirmer en tentant \u00e0 son tour d&rsquo;habiller de rationalit\u00e9 son penchant sentimental de fascination, d&rsquo;utiliser la puissance de l&rsquo;Am\u00e9rique essentiellement pour sauvegarder l&rsquo;Empire. Aussit\u00f4t, le r\u00e9sultat fut \u00e0 l&rsquo;inverse, et il est \u00e9videmment av\u00e9r\u00e9 depuis que le r\u00f4le des Am\u00e9ricains dans la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;Empire britannique fut non seulement important, mais quasiment essentiel. Charmley le rappelle sans cesse, les Am\u00e9ricains suivaient leurs propres int\u00e9r\u00eats, et non ceux du Royaume Uni, et parmi ceux-ci il y avait le d\u00e9mant\u00e8lement de l&#8217;empire britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn effet la litanie des aspects \u00ab\u00a0objectivement\u00a0\u00bb n\u00e9gatifs de la Grande Alliance pour le Royaume Uni est sans fin, tandis qu&rsquo;il n&rsquo;y a gu\u00e8re d&rsquo;aspect positif dont on puisse ais\u00e9ment d\u00e9montrer qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 aussi bien obtenu, avec le Royaume Uni suivant une politique compl\u00e8tement diff\u00e9rente.<\/p>\n<h3>Eden pensait que les Britanniques auraient d\u00fb s&rsquo;inspirer de De Gaulle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tQuels sont les grands axes de ces capitulations britanniques vis-\u00e0-vis de l&rsquo;alli\u00e9 am\u00e9ricain, outre l&rsquo;essentiel qu&rsquo;on a vu, qui est l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de la d\u00e9sint\u00e9gration de l&#8217;empire ? On en citera cinq principalement, qui ont valeur d&rsquo;exemple plus que limitative.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le Royaume Uni s&rsquo;effa\u00e7a compl\u00e8tement, au niveau de la perception m\u00e9diatique, pendant la Deuxi\u00e8me guerre mondiale, contribuant puissamment au mythe selon lequel l&rsquo;Am\u00e9rique a, quasiment \u00e0 elle seule, remport\u00e9 ce conflit (et, par cons\u00e9quent, sauv\u00e9 la civilisation et justifi\u00e9 <em>a priori<\/em>, par le magist\u00e8re moral, son r\u00f4le dirigeant de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre) ; cet effacement impliqua \u00e9galement un acquiescement complet \u00e0 la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine, et fit d\u00e8s l&rsquo;origine du Royaume Uni un \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb des \u00c9tats-Unis. En s&rsquo;attachant aux aspects qui comptent, qui sont les conditions de la guerre, on d\u00e9couvre que l&rsquo;aide militaire am\u00e9ricaine n&rsquo;eut pas une influence d\u00e9cisive sur la position anglaise (4). Au niveau des effectifs, Charmley rappelle opportun\u00e9ment que, jusqu&rsquo;au 6 juin 1944 et la campagne de France, les effectifs britanniques \u00e9taient constamment sup\u00e9rieurs aux effectifs am\u00e9ricains sur tous les th\u00e9\u00e2tres occidentaux. La campagne a\u00e9rienne strat\u00e9gique anglaise contre l&rsquo;Allemagne fut comparable en intensit\u00e9 \u00e0 celle des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Charmley d\u00e9crit en d\u00e9tails ce que fut, en 1945, la capitulation britannique devant les exigences am\u00e9ricaines en mati\u00e8re de monnaie et d&rsquo;organisation financi\u00e8re, et qui \u00f4ta au Royaume Uni l&rsquo;un des principaux instruments de sa puissance. Le fameux \u00e9conomiste John Meynard Keynes, \u00ab <em>bl\u00eame de rage<\/em> \u00bb, faillit d\u00e9missionner durant ces n\u00e9gociations, tant la position britannique repr\u00e9sentait une capitulation. Un officiel du Tr\u00e9sor britannique, cit\u00e9 par Charmley, d\u00e9crivait l&rsquo;attitude am\u00e9ricaine : \u00ab <em>Si j&rsquo;\u00e9tais un Am\u00e9ricain tentant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de d\u00e9truire l&rsquo;avenir financier et \u00e9conomique du Royaume Uni, je n&rsquo;agirais pas diff\u00e9remment.<\/em> \u00bb Le porte-parole conservateur de l&rsquo;\u00e9poque, Oliver Stanley, d\u00e9crivit le sentiment d&rsquo;humiliation britannique : \u00ab <em>Aussi \u00e9trange que cela paraisse, nous sommes assis aujourd&rsquo;hui comme repr\u00e9sentants d&rsquo;un peuple victorieux, discutant des cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la victoire. Si un visiteur de Mars arrivait \u00e0 Londres et, possibilit\u00e9 fort improbable, s&rsquo;il obtenait un droit d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 la Gallery, on lui pardonnerait ais\u00e9ment de croire qu&rsquo;il assiste \u00e0 une r\u00e9union des repr\u00e9sentants d&rsquo;un peuple vaincu discutant des conditions \u00e9conomiques impos\u00e9es par la d\u00e9faite.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les rapports technologiques entre les USA et le Royaume Uni, surtout au niveau a\u00e9ronautique, furent tr\u00e8s largement marqu\u00e9s par des transferts britanniques \u00e0 destination des \u00c9tats-Unis, souvent dans des conditions contestables du point de vue britannique. Aujourd&rsquo;hui, la coop\u00e9ration europ\u00e9enne que recherche le Royaume Uni se heurte notamment (pour la coop\u00e9ration avec les Fran\u00e7ais sur les avions de combat) \u00e0 des restrictions fondamentales impos\u00e9es par les Am\u00e9ricains sur la technologie furtive, et accept\u00e9es par les ministres de la d\u00e9fense conservateurs au d\u00e9but des ann\u00e9es mil neuf cent quatre-vingt-dix. Le paradoxe de cette situation est mis en lumi\u00e8re par des \u00e9valuations de sp\u00e9cialistes fran\u00e7ais : les Britanniques auraient transf\u00e9r\u00e9 bien plus de composants de la technologie furtive vers les \u00c9tats-Unis que le contraire, et ils ne peuvent aujourd&rsquo;hui en disposer pour une coop\u00e9ration qui leur est vitale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Au niveau du renseignement, comme dans celui des technologies, les Britanniques se li\u00e8rent aux Am\u00e9ricains d&rsquo;une fa\u00e7on qui servit essentiellement aux int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains. Cela subsiste largement aujourd&rsquo;hui (il suffit de citer la pr\u00e9sence d&rsquo;une station de la NSA am\u00e9ricaine du r\u00e9seau <em>Echelon<\/em> install\u00e9es au Royaume Uni, dont la t\u00e2che est l&rsquo;\u00e9coute syst\u00e9matique des communications, notamment britanniques, pour le compte des \u00c9tats-Unis).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; A cause de l&rsquo;hypoth\u00e8que des relations avec les USA, le Royaume Uni a connu depuis 1945 une incapacit\u00e9 quasi-organique de juger de la question europ\u00e9enne en fonction de ses seuls int\u00e9r\u00eats. Les partisans anglais de l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine consid\u00e9r\u00e8rent leur politique europ\u00e9enne comme un moyen de torpiller un processus qui porterait pr\u00e9judice \u00e0 l&rsquo;atlantisme ; les adversaires de ces relations (comme Charmley) consid\u00e9r\u00e8rent au contraire l&rsquo;insistance am\u00e9ricaine pour que le Royaume Uni entre dans l&rsquo;Europe, et y virent une tentative am\u00e9ricaine de porter le dernier coup \u00e0 la souverainet\u00e9 britannique. Dans les deux cas, les Britanniques furent \u00ab\u00a0anti-europ\u00e9ens\u00a0\u00bb par rapport \u00e0 leurs liens avec les \u00c9tats-Unis, nullement en fonction d&rsquo;une analyse purement nationale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour achever de tracer l&rsquo;histoire de ces \u00e9tranges <em>special relationships<\/em>, cette remarque de Charmley, donn\u00e9e en conclusion de son \u00e9tude, suffit \u00e0 r\u00e9sumer tout, en signalant l&rsquo;essentiel : \u00ab <em>Quand il fut accus\u00e9 par Churchill en novembre 1942 d&rsquo;\u00eatre ent\u00eat\u00e9 et sans reconnaissance vis-\u00e0-vis des alli\u00e9s auxquels il devait tout, le grand Fran\u00e7ais <\/em>[de Gaulle] <em>r\u00e9pondit que c&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il n&rsquo;avait rien sauf son ind\u00e9pendance et son int\u00e9grit\u00e9 qu&rsquo;il affirmait l&rsquo;une et l&rsquo;autre si souvent. Eden eut bien raison de se demander si les Britanniques n&rsquo;auraient pas pu tirer de fructueuses le\u00e7ons du comportement de De Gaulle<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (1) Successivement : \u00ab\u00a0Chamberlain and the Lost Peace\u00a0\u00bb (1989), \u00ab\u00a0Churchill : the End of Glory\u00a0\u00bb (1993), \u00ab\u00a0Churchill&rsquo;s Grand Alliance\u00a0\u00bb (1996).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (2) Voir notre Analyse, dd&#038;e Vol13, n<198>09.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (3) Mark Perry, \u00ab\u00a0Four Stars\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (4) Les principales livraisons am\u00e9ricaines (Land-Lease) portent sur l&rsquo;aviation (38.000 avions) et sur les porte-avions d&rsquo;escorte (40). Ces livraisons n&rsquo;influenc\u00e8rent pas fondamentalement l&rsquo;instrument de la strat\u00e9gie anglaise. A part l&rsquo;ann\u00e9e 1941 o\u00f9 le Royaume Uni fut en difficult\u00e9 et utilisa en premi\u00e8re ligne du mat\u00e9riel am\u00e9ricain dans des proportions importantes (chasseur P-40, bombardier l\u00e9ger Boston), le mat\u00e9riel de premi\u00e8re ligne, celui de la grande strat\u00e9gie, resta constamment anglais (bombardiers lourds Lancaster, Hallifax, Stirling, chasseurs et chasseurs-bombardiers Spitfire, Typhoon, Tempest, Mosquito). Les avions am\u00e9ricains servirent surtout aux t\u00e2ches secondaires (entra\u00eenement, transport, lutte anti-sous-marine, garde-c\u00f4te, etc.), tandis que les porte-avions, de petit tonnage, effectuaient des missions d&rsquo;escorte. Dans le sens contraire, et essentiellement au niveau qualitatif, les Britanniques livr\u00e8rent aux Am\u00e9ricains des mat\u00e9riels essentiels : la technologie du radar, le moteur Rolls Royce\/Packard qui permit au P-51 Mustang d&rsquo;\u00eatre le meilleur chasseur de la guerre et de sauver l&rsquo;offensive a\u00e9rienne strat\u00e9gique US du d\u00e9sastre, le premier moteur \u00e0 r\u00e9action alli\u00e9 qui propulsa les premiers chasseurs am\u00e9ricains \u00e0 r\u00e9action (P-59 et P-80).<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet \u00e9t\u00e9, des groupes de pression britanniques ont lanc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une adh\u00e9sion du Royaume Uni \u00e0 l&rsquo;accord nord-am\u00e9ricain de libre-\u00e9change ALENA. 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