{"id":64909,"date":"2001-01-30T00:00:00","date_gmt":"2001-01-29T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/01\/30\/jacques-bainville-la-guerre-democratique\/"},"modified":"2001-01-30T00:00:00","modified_gmt":"2001-01-29T22:00:00","slug":"jacques-bainville-la-guerre-democratique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/01\/30\/jacques-bainville-la-guerre-democratique\/","title":{"rendered":"Jacques Bainville &#8211; <strong><em>La Guerre d\u00e9mocratique<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Journal secret de la Grande Guerre<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tAucun doute : avec Bainville, le qualificatif \u00ab <em>d\u00e9mocratique<\/em> \u00bbest grin\u00e7ant, ironique, m\u00e9prisant (m\u00e9prisant surtout). Bainville le nationaliste, Bainville le royaliste n&rsquo;est pas du type <em>politically correct<\/em> des temps qui courent ; \u00e0 part cela, historien \u00e9tincelant comme on n&rsquo;en fait plus, historien tr\u00e8s fran\u00e7ais de la nation fran\u00e7aise, au style superbe, au jugement s\u00fbr et sans barguigner, avec une ligne d&rsquo;analyse ferme et droite (il suffit de la conna\u00eetre, pour s&rsquo;en garder \u00e9ventuellement, si l&rsquo;on en a une meilleure ; \u00e0 part cela, elle assure \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de Bainville une continuit\u00e9 qui est un d\u00e9lice pour l&rsquo;esprit). Mais ici, c&rsquo;est Bainville chroniqueur, au jour le jour, des textes gard\u00e9s non publi\u00e9s et r\u00e9dig\u00e9s \u00ab\u00a0pour soi\u00a0\u00bb en m\u00eame temps qu&rsquo;il publiait ses articles \u00e0<em>L&rsquo;Action fran\u00e7aise<\/em> de Maurras. Un seul sujet, certes : la guerre (un \u00ab\u00a0journal de la guerre d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, pourrait \u00eatre un titre plus juste, tant les probl\u00e9matiques de la guerre et de la d\u00e9mocratie sont pr\u00e9sentes pour \u00eatre constamment entrem\u00eal\u00e9es). Que vaut ce <em>Journal<\/em> ? Pour parler droit, Bainville-chroniqueur n&rsquo;\u00e9gale pas Bainville-historien. Il nous a tant habitu\u00e9s \u00e0 la hauteur et \u00e0 la distance, au contr\u00f4le de ses passions, \u00e0 l&rsquo;art fran\u00e7ais de l&rsquo;histoire, qu&rsquo;on se d\u00e9couvre un peu g\u00ean\u00e9s de ses emportements, de ses appr\u00e9ciations un peu grosses, de ses jugements pas tr\u00e8s diff\u00e9rents des slogans de l&rsquo;\u00e9poque. C&rsquo;est la r\u00e9serve principale qu&rsquo;on retiendra. A c\u00f4t\u00e9, il y a toutes les recommandations chaleureuses qu&rsquo;on peut faire pour engager \u00e0 lire cet ouvrage. Car Bainville nous fait d\u00e9couvrir, peut-\u00eatre involontairement, une image de la France jet\u00e9e dans la terrible m\u00eal\u00e9e de 14 qui n&rsquo;est pas conforme \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;Epinal que nous en donn\u00e9s nos professeurs, quand nous en avions encore. Nous allons d\u00e9tailler cet apport en plusieurs points.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;extraordinaire fragilit\u00e9 int\u00e9rieure de la France. M\u00eame en guerre, la France est d\u00e9chir\u00e9e par sa guerre civile permanente, celle-l\u00e0 dans une phase commenc\u00e9e en 1789 et poursuivie de crise en crise, de pol\u00e9mique en pol\u00e9mique, dont les derni\u00e8res en date au moment de la r\u00e9daction de ce <em>Journal<\/em> sont l&rsquo;affaire Dreyfus et l&rsquo;affaire de la s\u00e9paration de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;Etat. Le <em>Journal<\/em> de Bainville est plein de l&rsquo;hostilit\u00e9, de l&rsquo;agressivit\u00e9 entre traditionalistes et progressistes, entre l\u00e9gitimistes et r\u00e9publicains. Tout juste si l&rsquo;on per\u00e7oit un mouvement d&rsquo;unit\u00e9 nationale durant le premier mois de la guerre. M\u00eame la bataille de la Marne voit rena\u00eetre l&rsquo;antagonisme, notamment avec les critiques de Bainville contre la d\u00e9cision du gouvernement de partir pour Bordeaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le pessimisme fran\u00e7ais au moment de l&rsquo;engagement des hostilit\u00e9s puis dans les mois qui suivent. L&rsquo;image de la France partant se battre \u00ab\u00a0la fleur au fusil\u00a0\u00bb est celle d&rsquo;une circonstance bien \u00e9ph\u00e9m\u00e8re pour le d\u00e9clenchement de la guerre, ou alors d&rsquo;une propagande d\u00e9j\u00e0 bien huil\u00e9e. La France a entam\u00e9 cette guerre, selon le t\u00e9moignage qu&rsquo;en donne Bainville, comme un fardeau, un redoutable pi\u00e8ge, o\u00f9 elle flairait le d\u00e9sastre g\u00e9n\u00e9ral qui fut celui de l&rsquo;Europe, durant le conflit, et apr\u00e8s, et durant le second, cet enfant monstrueux de la premi\u00e8re Guerre mondiale qu&rsquo;est la Seconde Guerre mondiale. En un sens, cette France incertaine et inqui\u00e8te que d\u00e9crit Bainville, c&rsquo;est comme si elle se doutait \u00e9galement du sort terrible qui l&rsquo;attend, entre la tuerie de 1914-18 et le d\u00e9sastre de 1940.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, certes, noter que Bainville montre aussi sa vision historique, ici et l\u00e0, en d\u00e9gageant des jugements pr\u00e9monitoires. Il comprend \u00e0 merveille l&rsquo;enjeu du conflit, et, aussi, et ce qui a \u00e9t\u00e9 souvent \u00e9cart\u00e9 depuis au profit de la th\u00e8se de l'\u00a0\u00bbh\u00e9catombe stupide\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle personne ne voulait aboutir, combien cette guerre fut au contraire voulue par l&rsquo;Allemagne, et enfant\u00e9e par les illusions et les folles ambitions allemandes, celles de l&rsquo;Allemagne issue du <em>Kulturkampf<\/em> et du pangermanisme de la fin du XIXe si\u00e8cle. D\u00e8s 1914 (curieusement, les notes au 31 d\u00e9cembre 1914), Bainville a compris ce que pourrait \u00eatre la fin de ce conflit, et l&rsquo;apr\u00e8s-guerre qui suivrait, qui ne serait qu&rsquo;un entre-deux-guerres &#8230; \u00ab<em>Car, dans cette hypoth\u00e8se, chacun rentrant chez lui apr\u00e8s cette vaine d\u00e9bauche de vies humaines, cette consommation d&rsquo;\u00e9nergies et de richesses, la carte d&rsquo;Europe \u00e9tant \u00e0 peine chang\u00e9e, les probl\u00e8mes irritants demeurant les m\u00eames, on se trouve conduit \u00e0 pr\u00e9voir une p\u00e9riode de guerres nouvelles o\u00f9 l&rsquo;Allemagne humili\u00e9e, mais puissante encore et prompte \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter ses forces, o\u00f9 l&rsquo;Angleterre tenace, o\u00f9 les nationalit\u00e9s insatisfaites engageraient \u00e0 nouveau le monde.<\/em>\u00bb C&rsquo;est encore dans ces pages de 1914-1915 que Bainville laisse entendre que Ferdinand Foch, \u00e0 qui il trouve en plus le charme d\u00e9cisif d&rsquo;une foi tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e, pourrait \u00eatre le grand chef dont la France aura besoin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre d\u00e9mocratique, Journal 1914-1915, \u00e9dition \u00e9tablie par Dominique Decherf, \u00e9ditions Bartillat, Paris 2000<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal secret de la Grande Guerre Aucun doute : avec Bainville, le qualificatif \u00ab d\u00e9mocratique \u00bbest grin\u00e7ant, ironique, m\u00e9prisant (m\u00e9prisant surtout). 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