{"id":64911,"date":"2000-11-01T00:00:00","date_gmt":"2000-10-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2000\/11\/01\/la-defense-europeenne-rapports-transatlantiques\/"},"modified":"2000-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2000-10-31T22:00:00","slug":"la-defense-europeenne-rapports-transatlantiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2000\/11\/01\/la-defense-europeenne-rapports-transatlantiques\/","title":{"rendered":"<strong><em>La d\u00e9fense europ\u00e9enne : rapports transatlantiques<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><p>Si un facteur dans l&rsquo;actuelle dynamique de la d\u00e9fense europ\u00e9enne peut \u00eatre qualifi\u00e9 d&rsquo; historique , c&rsquo;est bien le tournant qu&rsquo;amor\u00e7a, pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1998, le Royaume-Uni. Ce tournant conduisit directement au sommet franco-anglais de Saint-Malo de d\u00e9cembre 1998, puis encha\u00eena sur un processus d\u00e9sormais connu o\u00f9 le Royaume-Uni et la France tiennent le premier rang, suivis sans v\u00e9ritable r\u00e9ticence par les autres pays de l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertaines causes de l&rsquo;\u00e9volution britannique sont int\u00e9rieures, ou  europ\u00e9ennes . La m\u00e9diocre pr\u00e9sidence britannique de l&rsquo;Union de janvier-juin 1998 et le refus de l&rsquo;euro ont convaincu Tony Blair que la situation n&rsquo;\u00e9tait plus tenable : la d\u00e9fense \u00e9tait le seul domaine o\u00f9 son pays pouvait apporter quelque chose de d\u00e9cisif \u00e0 l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autres causes rel\u00e8vent de l&rsquo;\u00e9vidence historique : impuissance europ\u00e9enne \u00e0 ma\u00eetriser ses propres crises, tels la Bosnie et le Kosovo (\u00e9vidence admise par tous) ; h\u00e9sitations des \u00c9tats-Unis \u00e0 s&rsquo;engager dans les crises europ\u00e9ennes (\u00e9vidence discut\u00e9e \u00e0 cause du poids de ce partenaire qu&rsquo;on ne critique pas facilement) ; enfin, inqui\u00e9tudes europ\u00e9ennes (britanniques) devant une politique am\u00e9ricaine erratique, faisant craindre un comportement impr\u00e9visible dans des crises europ\u00e9ennes (\u00e9vidence dissimul\u00e9e pour des motifs politiques).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne \u00e9tude de la d\u00e9fense europ\u00e9enne s&rsquo;en tenant \u00e0 la seule probl\u00e9matique de l&rsquo;Europe et des rapports entre pays europ\u00e9ens est n\u00e9cessairement tronqu\u00e9e, voire trompeuse. Les enjeux de la d\u00e9fense europ\u00e9enne sont essentiellement transatlantiques : il est significatif que le seul pays qui soul\u00e8ve des objections \u00e0 la constitution d&rsquo;une d\u00e9fense europ\u00e9enne soit le principal alli\u00e9 de l&rsquo;Europe, distant de 6 000 kilom\u00e8tres et par ailleurs partisan officiel du r\u00f4le renforc\u00e9 des Europ\u00e9ens dans leur propre d\u00e9fense. On n&rsquo;a en revanche pas not\u00e9 d&rsquo;objection particuli\u00e8re de la part de la Russie ou des pays non-europ\u00e9ens bordant la M\u00e9diterran\u00e9e. Sur le plan g\u00e9ostrat\u00e9gique, ces pays sont pourtant concern\u00e9s au premier chef par l&rsquo;initiative europ\u00e9enne de d\u00e9fense. Ce constat est apparemment paradoxal. Que certains jugent anodin de ne pas le faire est significatif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn lira par cons\u00e9quent une premi\u00e8re partie sur la mise en uvre de la Politique europ\u00e9enne commune en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense (PESD). Une deuxi\u00e8me partie portera sur l&rsquo;\u00e9volution des rapports entre les \u00c9tats-Unis et l&rsquo;Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une troisi\u00e8me partie enfin \u00e9voquera la dimension industrielle des enjeux de la d\u00e9fense europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>LA MISE EN UVRE DE LA POLITIQUE EUROP\u00c9ENNE COMMUNE<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEN MATI\u00c8RE DE S\u00c9CURIT\u00c9 ET DE D\u00c9FENSE (PESD)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tPremier jalon : le sommet franco-anglais de Saint-Malo en d\u00e9cembre 1998. Pour la premi\u00e8re fois, le Royaume-Uni indique une volont\u00e9 claire d&rsquo;engager ses partenaires europ\u00e9ens vers un objectif politique europ\u00e9en structur\u00e9. Dans ses dispositions les plus novatrices, le projet bilat\u00e9ral qui d\u00e9coule de cet engagement est endoss\u00e9 \u00e0 Cologne, en juin 1999, par les quinze \u00c9tats de l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe sont les modalit\u00e9s de mise en uvre de ce projet que le Conseil europ\u00e9en d&rsquo;Helsinki a arr\u00eat\u00e9es en d\u00e9cembre 1999. Ses objectifs principaux sont le placement de l&rsquo;Union au cur de la dynamique politique de la d\u00e9fense, le d\u00e9veloppement de moyens militaires autonomes, l&rsquo;octroi au haut repr\u00e9sentant pour la Pesc d&rsquo;un r\u00f4le politique important et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une dimension europ\u00e9enne plus distincte dans l&rsquo;Otan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur le plan politique, le concept d\u00a0\u00bb&rsquo;Identit\u00e9 europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense\u00a0\u00bb, formul\u00e9 en janvier 1994 au sommet de l&rsquo;Alliance atlantique \u00e0 Bruxelles n&rsquo;avait jamais pu constituer l&rsquo;osmose avec les principes directeurs de la \u00a0\u00bbPolitique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 commune\u00a0\u00bb, tels qu&rsquo;inclus dans les dispositions du Titre V du trait\u00e9 sur l&rsquo;Union europ\u00e9enne sign\u00e9 \u00e0 Maastricht en f\u00e9vrier 1992 et modifi\u00e9es \u00e0 Amsterdam en octobre 1997 : le centre de gravit\u00e9 oscillait entre le Conseil europ\u00e9en (Union europ\u00e9enne), le Conseil de l&rsquo;UEO et le Conseil de l&rsquo;Atlantique Nord. L&rsquo;enjeu \u00e9tait double : le sort des Alli\u00e9s europ\u00e9ens non membres de l&rsquo;Union et le statut des \u00c9tats-Unis dans le processus d\u00e9cisionnel. Apr\u00e8s cinq ann\u00e9es d&rsquo;h\u00e9sitations et une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements significatifs sur le plan strat\u00e9gique, la d\u00e9cision est prise de mettre en veilleuse l&rsquo;UEO en la ramenant \u00e0 son seul trait\u00e9 constitutif, l&rsquo;organisation ayant vocation \u00e0 se fondre dans celle de l&rsquo;Union. Au cur du dispositif, le Conseil europ\u00e9en se voit d\u00e9sormais dot\u00e9 de toutes les comp\u00e9tences politiques et militaires, permettant \u00e0 l&rsquo;Union de faire face \u00e0 l&rsquo;ensemble des activit\u00e9s de pr\u00e9vention des conflits, de maintien et de r\u00e9tablissement de la paix ; autrement dit, \u00e0 pratiquement tous les sc\u00e9narios de crise militaire actuellement pr\u00e9visibles. Il s&rsquo;agit pour l&rsquo;Union d&rsquo;avoir la capacit\u00e9 politique autonome de d\u00e9cider et, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;Otan en tant que telle n&rsquo;est pas engag\u00e9e, de lancer puis de conduire des op\u00e9rations militaires sous sa direction. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur le plan militaire, une ambigu\u00eft\u00e9, dont le d\u00e9bat \u00e0 l&rsquo;Otan sur les Groupes de forces interarm\u00e9es multinationales (GFIM\/CJTF) a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9cho, est lev\u00e9e : l&rsquo;Union devra disposer de moyens propres, d\u00e9velopp\u00e9s sur la base de capacit\u00e9s nationales et multinationales existantes, r\u00e9unies pour des op\u00e9rations men\u00e9es avec ou sans moyens de l&rsquo;Otan. De nouveaux organes politiques (Comit\u00e9 politique et de s\u00e9curit\u00e9 permanent compos\u00e9 de repr\u00e9sentants nationaux de haut niveau, ambassadeurs ) et militaires (Comit\u00e9 et \u00e9tat major militaires  ) sont d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis  sur une base int\u00e9rimaire  au sein du Conseil. Ils permettront \u00e0 terme \u00e0 l&rsquo;Union d&rsquo;assurer, sous l&rsquo;autorit\u00e9 du Conseil, le contr\u00f4le politique et la direction strat\u00e9gique des op\u00e9rations. Des structures appropri\u00e9es sont d\u00e9velopp\u00e9es en mati\u00e8re de commandement, de contr\u00f4le, de renseignement et de capacit\u00e9 de projection de forces.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour la premi\u00e8re fois est tr\u00e8s clairement indiqu\u00e9e, lorsque n&rsquo;est pas invoqu\u00e9e la clause d&rsquo;assistance pr\u00e9vue dans l&rsquo;art. 5 du Trait\u00e9 de Washington (abusivement qualifi\u00e9e de  d\u00e9fense collective ), l&rsquo;intention d&rsquo;agir d&rsquo;une mani\u00e8re distincte du cadre alli\u00e9. Toutes les pr\u00e9cautions sont prises pour m\u00e9nager l&rsquo;Otan, toujours susceptible d&rsquo;\u00eatre mobilis\u00e9e si les objectifs euro-am\u00e9ricains sont compatibles, mais dont on devra faire l&rsquo;\u00e9conomie s&rsquo;ils ne le sont plus ou si les \u00c9tats-Unis tardent \u00e0 s&rsquo;engager. Pour \u00e9viter la mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des Alli\u00e9s europ\u00e9ens non-membres de l&rsquo;Union, des modules de coop\u00e9ration sont agr\u00e9\u00e9s pour la gestion militaire de crises dirig\u00e9e par l&rsquo;Union, sans pr\u00e9judice de l&rsquo;autonomie de d\u00e9cision de celle-ci : le Conseil europ\u00e9en est souverain. On a l\u00e0 un rejet tr\u00e8s net du souci exprim\u00e9 par le gouvernement am\u00e9ricain, en marge du Sommet alli\u00e9 de Washington d&rsquo;avril 1999, de garder un droit de veto (quelquefois plus nuanc\u00e9 sous forme de r\u00e9f\u00e9rence au principe des phases successives de d\u00e9cision, l&rsquo;Alliance devant se prononcer avant l&rsquo;Union). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn ce qui concerne le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral-haut repr\u00e9sentant pour la Pesc (SG\/HR), le pas franchi est radical sur le plan des principes. La proposition faite par la France, avant Amsterdam, de cr\u00e9er de telles fonctions avait suscit\u00e9 un toll\u00e9, singuli\u00e8rement du c\u00f4t\u00e9 anglais, avant d&#8217;emporter l&rsquo;adh\u00e9sion prudente de tous, sous des r\u00e9serves importantes : le SG\/HR serait un  officiel  de rang moyen, aux comp\u00e9tences tr\u00e8s limit\u00e9es. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Union pr\u00e9cise qu&rsquo;en assistant le Conseil, le SG\/HR a une contribution essentielle \u00e0 apporter \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 et \u00e0 la coh\u00e9rence de la Pesc, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la mise au point de la politique commune en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense. Sans pr\u00e9judice du caract\u00e8re intergouvernemental du dispositif politique de l&rsquo;Union, celle-ci se dote d&rsquo;un responsable de rang \u00e9lev\u00e9  ancien SG de l&rsquo;Otan  et susceptible de se voir confier des responsabilit\u00e9s majeures lorsque cela sera jug\u00e9 n\u00e9cessaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDimension europ\u00e9enne plus distincte dans l&rsquo;Otan enfin : recours \u00e0 un partenariat plus clair, all\u00e9g\u00e9 des interm\u00e9diaires m\u00e9nag\u00e9s \u00e0 Maastricht avec l&rsquo;UEO. Les relations, d&rsquo;abord informelles entre le SG\/HR et le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Otan, se concr\u00e9tisent par des structures de consultation appropri\u00e9es. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;objectif est d&rsquo;organiser les moyens europ\u00e9ens en sorte de permettre leur affectation le moment venu \u00e0 l&rsquo;Union, exactement sur le mod\u00e8le qui permet \u00e0 ces m\u00eames forces ou \u00e0 d&rsquo;autres, d&rsquo;\u00eatre affect\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Otan. De m\u00eame que les Europ\u00e9ens avaient eu des difficult\u00e9s \u00e0 faire admettre aux Am\u00e9ricains en juin 1996 que les GFIM\/CJTF exigeaient des structures et des tableaux de forces permanents et non ad hoc, de m\u00eame le Conseil europ\u00e9en d&rsquo;Helsinki a estim\u00e9 que la validit\u00e9 de l&rsquo;engagement politique exigeait des d\u00e9signations de forces et des structures permanentes, en vis-\u00e0-vis de celles existant ailleurs, en particulier \u00e0 l&rsquo;Otan. In fine, l&rsquo;ensemble sera favorable au renforcement des capacit\u00e9s de l&rsquo;Otan, sans duplication inutile.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn mesure le pas franchi : des deux \u00e9coles qui se sont affront\u00e9es \u00e0 Maastricht (les int\u00e9grationistes, anim\u00e9s par la France et les atlantistes anim\u00e9s par le Royaume-Uni), il reste un compromis plus cr\u00e9dible que celui du Trait\u00e9 sur l&rsquo;Union europ\u00e9enne. On ne met pas ensemble tout ce qu&rsquo;exigent les n\u00e9gociateurs (UEO, \u00a0\u00bbcomposante de d\u00e9fense de l&rsquo;Union\u00a0\u00bb et \u00a0\u00bbpilier europ\u00e9en de l&rsquo;Otan\u00a0\u00bb), mais on d\u00e9gage un objectif fort au prix de r\u00e9elles concessions de tous : les Anglais ne renoncent pas seuls ; la France et ses partisans renoncent au projet mythique (et ambigu tel qu&rsquo;il le fut toujours) d&rsquo;une Union int\u00e9gr\u00e9e, vaguement supranationale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRupture radicale par rapport \u00e0 tout ce que nous avions : l&rsquo;introduction des mots  d\u00e9fense ,  forces militaires ,  commandement ,  renseignement &#8230; dans le langage europ\u00e9en, l&rsquo;appui qui leur est donn\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des objectifs de structures et de forces pr\u00e9cis (50\/60 000 h d&rsquo;ici 2003) et \u00e0 un calendrier (pr\u00e9sidence portugaise puis fran\u00e7aise, \u00e9ventuelle inclusion de dispositions nouvelles dans la conf\u00e9rence intergouvernementale de f\u00e9vrier \u00e0 fin d\u00e9cembre 2000, etc.) donnent \u00e0 l&rsquo;Union une vitalit\u00e9 qui n&rsquo;est pas sans risque. Les \u00c9tats-Unis n&rsquo;ont pas fait conna\u00eetre leur position d\u00e9finitive en d\u00e9pit de r\u00e9unions minist\u00e9rielles alli\u00e9es imm\u00e9diatement post\u00e9rieures \u00e0 Helsinki et sans substance r\u00e9elle sur ce th\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa campagne \u00e9lectorale n&rsquo;explique pas tout. Le rejet par les Europ\u00e9ens du principe des  phases  (veto am\u00e9ricain) n&rsquo;a sans doute pas produit tous ses effets. De m\u00eame, le recours aux participations crois\u00e9es des \u00c9tats membres de l&rsquo;Union (abstention constructive), des \u00c9tats hors Union  qu&rsquo;ils soient de l&rsquo;Otan ou en dehors de l&rsquo;Otan  dans un contexte o\u00f9 seules deux ou trois puissances ont des capacit\u00e9s militaires significatives, va rendre la m\u00e9canique d\u00e9licate \u00e0 g\u00e9rer et mettre le Conseil europ\u00e9en, forum unique de d\u00e9cision strat\u00e9gique, sous pressions intenses et divergentes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, last but not least, les enjeux militaires \u00e9tant des enjeux de savoir-faire, les industries d&rsquo;armement ne seront pas les catalyseurs qu&rsquo;elles semblent \u00eatre \u00e0 la lecture des conclusions d&rsquo;Helsinki. Nous le verrons plus avant dans cette analyse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe l&rsquo;IESD \u00e0 la PESD en passant par la Pesc, l&rsquo;approche doctrinale qui avait pr\u00e9sid\u00e9 au dessein de Maastricht s&rsquo;est retrouv\u00e9e enceinte de deux guerres dans les Balkans, d&rsquo;un activisme difficile \u00e0 contr\u00f4ler de l&rsquo;US Air Force au-dessus d&rsquo;un \u00c9tat souverain au cur de l&rsquo;Europe et d&rsquo;un d\u00e9fi, particuli\u00e8rement bien formul\u00e9 par Mme Albright :  Faire la d\u00e9fense europ\u00e9enne sans duplication, sans discrimination et sans d\u00e9couplage .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn fera pourtant un peu des trois : de la duplication, parce qu&rsquo;on ne peut pas g\u00e9rer soi-m\u00eame sans instruments de gestion qui nous soient propres et sans moyens militaires ad\u00e9quats ; de la discrimination, parce que si l&rsquo;on peut inviter des puissances \u00e0 \u00e9pauler une action, on ne peut leur donner les m\u00eames droits et les m\u00eames devoirs que ceux qui ont accept\u00e9 les disciplines de l&rsquo;ensemble politique de l&rsquo;Union ; du d\u00e9couplage enfin, parce que le couplage strat\u00e9gique issu des doctrines nucl\u00e9aires de la guerre froide n&rsquo;a plus grand sens. On ne peut mener une politique et construire une tradition diplomatique et militaire europ\u00e9enne que par r\u00e9f\u00e9rence au reste du monde et parfois en d\u00e9pit du reste du monde, celui-ci serait-il notre  plus grand  alli\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>LA DIMENSION TRANSATLANTIQUE DANS LA D\u00c9FENSE EUROP\u00c9ENNE<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tIl est impossible d&rsquo;appr\u00e9hender la probl\u00e9matique de d\u00e9fense sans une r\u00e9f\u00e9rence constante \u00e0 la dimension transatlantique. Le cadre g\u00e9n\u00e9ral est connu : les \u00c9tats-Unis sont engag\u00e9s en Europe depuis 1949-1952 (Trait\u00e9 de l&rsquo;Atlantique Nord, installation du commandement alli\u00e9 int\u00e9gr\u00e9). Ils dominent, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;Otan, la sc\u00e8ne de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. C&rsquo;est dans ce cadre qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e, d\u00e8s l&rsquo;origine, la question de la d\u00e9fense europ\u00e9enne (CED, suscit\u00e9e et soutenue alors par les Am\u00e9ricains).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00c0 aucun moment, l&rsquo;engagement am\u00e9ricain (autour de 300 000 hommes) n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 tenu pour structurellement acquis : Eisenhower voulait retirer l&rsquo;essentiel des forces am\u00e9ricaines \u00e0 partir de 1960 ; l&rsquo;amendement Mansfield (d\u00e9but des ann\u00e9es 70) pr\u00e9voyait un retrait imm\u00e9diat de 150 000 hommes ; en 1983-1984, les \u00c9tats-Unis d\u00e9battaient d&rsquo;un important retrait d&rsquo;Europe. Une th\u00e8se am\u00e9ricaine constante \u00e9tait que les Europ\u00e9ens devaient assurer l&rsquo;essentiel de leur propre d\u00e9fense avec un soutien am\u00e9ricain aux niveaux a\u00e9rien, naval, nucl\u00e9aire. Les Am\u00e9ricains ne craignaient pas de perdre leur pr\u00e9pond\u00e9rance : leur garantie (couplage) \u00e9tait n\u00e9cessaire aux Europ\u00e9ens face \u00e0 l&rsquo;URSS. C&rsquo;est chaque fois \u00e0 cause d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements politiques sp\u00e9cifiques ext\u00e9rieurs \u00e0 la seule probl\u00e9matique de la d\u00e9fense europ\u00e9enne que les \u00c9tats-Unis ont \u00e9cart\u00e9 une d\u00e9cision de retrait (crise de Berlin, Vietnam, Watergate, d\u00e9tente gorbatch\u00e9vienne, etc.).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS en 1989-1991 a transform\u00e9 la question de la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine en Europe en privant cette pr\u00e9sence de sa raison d&rsquo;\u00eatre apparente (apparente puisque, comme on l&rsquo;a vu pr\u00e9c\u00e9demment, l&rsquo;existence de l&rsquo;URSS n&rsquo;a jamais constitu\u00e9 un argument suffisant pour une pr\u00e9sence structurelle am\u00e9ricaine en Europe).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut faire l&rsquo;hypoth\u00e8se que les Am\u00e9ricains ont modifi\u00e9 leur attitude  par la force des choses  en passant d&rsquo;une argumentation de d\u00e9sengagement (tout faire pour r\u00e9duire notre pr\u00e9sence en Europe) \u00e0 une argumentation de maintien unilat\u00e9raliste (prot\u00e9ger nos int\u00e9r\u00eats en Europe en conservant le contr\u00f4le de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne). La cause du transfert des responsabilit\u00e9s de d\u00e9fense aux Europ\u00e9ens a d&rsquo;abord s\u00e9duit certains milieux politiques et militaires am\u00e9ricains, puis inqui\u00e9t\u00e9 (nouvelles menaces en Europe). Elle a ensuite but\u00e9 sur les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 un argumentaire qui ne tenait pas : l&rsquo;URSS n&rsquo;avait jamais historiquement fourni la cause n\u00e9cessaire et suffisante de la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine sur le continent. De fait, les \u00c9tats-Unis sont pass\u00e9s de 300 000 \u00e0 moins de 100 000 hommes en Europe, sans rien toucher \u00e0 une structure de commandement o\u00f9 ils contr\u00f4lent tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis 1990, l&rsquo;enjeu d\u00e9fense et s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9ennes semble \u00eatre devenu celui du commandement de la d\u00e9fense europ\u00e9enne et par cons\u00e9quent, du contr\u00f4le de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. L&rsquo;argument am\u00e9ricain est devenu imp\u00e9ratif :  L&rsquo;Am\u00e9rique est une puissance europ\u00e9enne  (M. Holbroocke et Mme Albright) ; et la situation paradoxale : les Am\u00e9ricains sont aujourd&rsquo;hui moins enclins \u00e0 se d\u00e9sengager d&rsquo;Europe qu&rsquo;ils ne l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 durant la guerre froide, alors que la justification de leur pr\u00e9sence y est plus difficile.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe paradoxe explique l&rsquo;\u00e9chec des tentatives de partage du  fardeau  men\u00e9es sous l&rsquo;impulsion de la France entre 1995 et 1998 avec le soutien britannique (soutien ambigu puisque soucieux de maintenir les dispositifs au sein de l&rsquo;Otan) : \u00e9tablir une Identit\u00e9 europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense (IESD) au sein de l&rsquo;Otan. Au cur du d\u00e9bat : l&rsquo;affaire du commandement Sud de l&rsquo;Otan (Afsouth) que les Fran\u00e7ais souhaitaient confier \u00e0 un Europ\u00e9en. Cette tentative \u00e9tait vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec puisque tout se passait au sein de l&rsquo;Otan et que l&rsquo;Otan ne peut \u00eatre contr\u00f4l\u00e9e, m\u00eame en partie, par une autre puissance que les \u00c9tats-Unis. R\u00e9trospectivement, l&rsquo;\u00e9chec sur Afsouth fut un catalyseur des ambitions europ\u00e9ennes, la plupart des alli\u00e9s observant un jeu dans lequel les positions r\u00e9v\u00e9laient la profondeur de la contradiction politique fondamentale. Les \u00c9tats-Unis semblent pour leur part avoir manqu\u00e9 une occasion de r\u00e9engager les Europ\u00e9ens dans une alliance r\u00e9nov\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes enjeux, rarement admis, ont jou\u00e9 un r\u00f4le incontestable dans la n\u00e9gociation de la PESD. Au moment o\u00f9 l&rsquo;impulsion est donn\u00e9e par les Anglais fin 1998, avant le sommet franco-anglais de Saint-Malo, la situation \u00e0 Washington commence \u00e0 susciter l&rsquo;inqui\u00e9tude en Europe (rapports Congr\u00e8s-ex\u00e9cutif, politique parfois erratique de l&rsquo;Administration Clinton). Si l&rsquo;essentiel de l&rsquo;argumentation britannique reposait sur la situation europ\u00e9enne per se (r\u00f4le UK en Europe, Kosovo d\u00e8s le printemps 1998, etc), la probl\u00e9matique des relations \u00c9tats-Unis-Europe a pourtant pes\u00e9 sur la PESD. Le probl\u00e8me des objections am\u00e9ricaines \u00e0 l&rsquo;initiative anglaise a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9, et demeure, une pr\u00e9occupation centrale de l&rsquo;\u00e9quipe Blair.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Am\u00e9ricains n&rsquo;ont rien vu venir. Ils n&rsquo;ont pas vu venir Saint-Malo et ont mis du temps \u00e0 en comprendre l&rsquo;importance et le s\u00e9rieux. Notre explication tient en une seule phrase : l&rsquo;Am\u00e9rique est concentr\u00e9e sur ses probl\u00e8mes internes. L&rsquo;orientation int\u00e9rieure de la d\u00e9marche am\u00e9ricaine (\u00e0 cause de la puissance am\u00e9ricaine qui n&rsquo;a pas \u00e0 se soucier des r\u00e9actions ext\u00e9rieures) joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le jugement port\u00e9 sur les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs. En organisant l&rsquo;agenda mondial autour du Sommet alli\u00e9 de Washington (avril 1999) et \u00e0 partir de mars, autour de la crise du Kosovo, l&rsquo;Administration Clinton a fourni la d\u00e9monstration de l&rsquo;incapacit\u00e9 europ\u00e9enne \u00e0 agir sans les \u00c9tats-Unis et par cons\u00e9quent, de la vanit\u00e9 de toute initiative PESD. Argument central, le technological gap : les Europ\u00e9ens doivent se moderniser et ils ne pourront le faire qu&rsquo;avec des syst\u00e8mes am\u00e9ricains, et qu&rsquo;au sein de l&rsquo;Otan. Le quiproquo a subsist\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 Cologne : les Am\u00e9ricains ont compris tardivement que le Kosovo avait acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le processus PESD au lieu de le freiner !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes avertissements et la r\u00e9action am\u00e9ricaine \u00e0 la PESD sont ainsi all\u00e9s du scepticisme, pour les plus favorables, \u00e0 la franche hostilit\u00e9, selon les agences et d\u00e9partements. En r\u00e9alit\u00e9, il n&rsquo;y a pas encore de r\u00e9action coordonn\u00e9e. Les Am\u00e9ricains ont continu\u00e9 \u00e0 observer les tentatives europ\u00e9ennes, se contentant d&rsquo;analyses, souvent pessimistes, sur l&rsquo;avenir de l&rsquo;Otan, \u00e0 chaque avanc\u00e9e europ\u00e9enne. Cette attitude a nourri les interrogations europ\u00e9ennes, exprim\u00e9es parfois publiquement. M. V\u00e9drine s&rsquo;interroge sur  l&rsquo;aptitude (de l&rsquo;Am\u00e9rique) au partenariat . M. Schr\u00f6der parle du  risque d&rsquo;une Am\u00e9rique se repliant sur elle-m\u00eame \u00e0 cause de sa formidable puissance \u00e9conomique et de son \u00e9norme poids politique .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce contexte, quelles sont les perspectives transatlantiques de la PESD ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes \u00c9tats-Unis n&rsquo;interf\u00e8rent pas directement dans le processus PESD. Dit brutalement, ils se d\u00e9sint\u00e9ressent du processus en tant que tel parce qu&rsquo;ils n&rsquo;y croient pas. Cela les conduit \u00e0 r\u00e9agir aux avanc\u00e9es europ\u00e9ennes au coup par coup, les jugeant fr\u00e9quemment contraires \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats. C&rsquo;est ici que la question du  partenaire  am\u00e9ricain (cf. M. V\u00e9drine) se pose : nous avons une puissance qui occupe des positions et ne veut rien c\u00e9der. L&rsquo;attitude am\u00e9ricaine restera certainement critique, obstructionniste, soup\u00e7onneuse&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPeut-il y avoir crise fondamentale ? De tels sc\u00e9narios sont analys\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain. Tributaires, comme nous l&rsquo;avons dit, de facteurs  domestiques , ils devraient pourtant int\u00e9resser les Europ\u00e9ens. Afin \u00e9ventuellement de savoir comment r\u00e9agir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8211;\tSi la tendance internationaliste en place se maintient apr\u00e8s les \u00e9lections am\u00e9ricaines, la tension ne pourra que cro\u00eetre, dans la mesure o\u00f9 le refus d&rsquo;un partage des pouvoirs en Europe reste une donn\u00e9e permanente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8211;\tSi la tendance contestataire, unilat\u00e9raliste, plus ou moins n\u00e9o-isolationniste s&rsquo;affirme aux \u00c9tats-Unis, c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e du d\u00e9sengagement am\u00e9ricain d&rsquo;Europe qui s&rsquo;affirmera, avec pour corrolaire l&rsquo;acceptation d&rsquo;une prise en charge de l&rsquo;essentiel de leur d\u00e9fense par les Europ\u00e9ens. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette situation constitue le grand paradoxe de cette affaire : l&rsquo;analyse europ\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9volution interne des \u00c9tats-Unis conduit \u00e0 soutenir une \u00e9volution am\u00e9ricaine (maintien de la tendance universaliste) qui implique le refus am\u00e9ricain d&rsquo;une d\u00e9fense europ\u00e9enne. Elle conduit aussi \u00e0 une hostilit\u00e9 europ\u00e9enne pour la seule \u00e9volution am\u00e9ricaine (unilat\u00e9raliste, n\u00e9o-isolationniste) qui pourrait favoriser la d\u00e9fense europ\u00e9enne. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes analystes europ\u00e9ens ont peine \u00e0 comprendre qu&rsquo;avec les \u00c9tats-Unis, il faut agir \u00e0 logique renvers\u00e9e. La substance-m\u00eame de ce pays  g\u00e9ographique, psychologique, mythique  est de type isolationniste. L&rsquo;Am\u00e9rique-seule n&rsquo;est pas une impasse ou un \u00e9chec : c&rsquo;est un mod\u00e8le, une fin n\u00e9cessaire et suffisante. Le repli am\u00e9ricain ne saurait \u00eatre l&rsquo;expression d&rsquo;une crise : il est, fondamentalement, per\u00e7u comme la sortie de la crise (avec le risque qu&rsquo;une autre crise, int\u00e9rieure, commence alors, mais c&rsquo;est un autre d\u00e9bat). Dans un tel mod\u00e8le, l&rsquo;Am\u00e9rique repli\u00e9e trouverait naturel de chercher de v\u00e9ritables partenaires  et non des prot\u00e9g\u00e9s  ressuscitant de fait la  politique de bons voisinage  des temps isolationnistes. Elle \u00e9tablirait beaucoup plus ais\u00e9ment des partenariats, garanties de la stabilit\u00e9 et conformes \u00e0 ses habitudes historiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes possibilit\u00e9s de coop\u00e9ration avec cette Am\u00e9rique-l\u00e0 pourraient \u00eatre infiniment plus stables et le libre-\u00e9change moins politique. Une alliance entre une Europe ma\u00eetresse de sa politique et une Am\u00e9rique \u00e0 l&rsquo;isolationnisme moderne et ouvert aurait des atouts insoup\u00e7onn\u00e9s aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>LA PLACE DE LA RESTRUCTURATION DE L&rsquo;INDUSTRIE<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDANS LA D\u00c9FENSE EUROP\u00c9ENNE<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;id\u00e9e de restructuration de l&rsquo;industrie europ\u00e9enne de d\u00e9fense est aussi vieille que le processus europ\u00e9en. Ce qu&rsquo;on nommait  la coop\u00e9ration des armements  \u00e9tait au cur des t\u00e2ches que s&rsquo;assignait l&rsquo;UEO \u00e0 sa cr\u00e9ation. En 1958-1960, c&rsquo;\u00e9tait un volet essentiel de la coop\u00e9ration franco-allemande engag\u00e9e par de Gaulle et Adenauer \u00e0 Colombey.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes grandes coop\u00e9rations europ\u00e9ennes des ann\u00e9es 60-80 (Jaguar, Tornado, Transall, Concorde, Airbus, Ariane, etc.) et les d\u00e9cisions de concentration industrielle (Euromissile, Eurocopter) sont nombreuses. Rien dans ces diff\u00e9rents actes et d\u00e9cisions n&rsquo;appara\u00eet de fa\u00e7on r\u00e9trospective comme fondamentalement politique : rien qui ressemble \u00e0 une int\u00e9gration industrielle europ\u00e9enne. Les fluctuations, au gr\u00e9 de coop\u00e9rations, ont \u00e9t\u00e9 la r\u00e8gle. \u00c0 la fin de la guerre froide, l&rsquo;industrie europ\u00e9enne, plus rationnelle au niveau national et proc\u00e9dant \u00e0 des coop\u00e9rations notables, est rest\u00e9e divis\u00e9e entre pays. Aucune affirmation europ\u00e9enne contre la pouss\u00e9e atlantique ne s&rsquo;est concr\u00e9tis\u00e9e. Avec l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un chasseur europ\u00e9en (division entre EFA et Rafale), les ann\u00e9es 80 ont m\u00eame cr\u00e9\u00e9 une situation en recul par rapport \u00e0 ce qui avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et par rapport aux buts politiques que certains avaient envisag\u00e9s pour l&rsquo;industrie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes initiatives am\u00e9ricaines (\u00e0 partir de 1992-1994 : renforcement de Lockheed d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, de Martin-Marietta de l&rsquo;autre, fusion de Lockheed et de Martin, rachat de Rockwell et de McDD par Boeing, renforcement de Raytheon, etc.) prirent alors l&rsquo;Europe par surprise. La r\u00e9action fut politique et d\u00e9sordonn\u00e9e : l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine se renfor\u00e7ait magistralement, pr\u00eate \u00e0 absorber l&rsquo;industrie europ\u00e9enne. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette analyse \u00e9tait fausse. L&rsquo;industrie am\u00e9ricaine se restructurait d&rsquo;abord pour survivre. Norman Augustine, personnalit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9cout\u00e9e et PDG de Martin-Marietta, annon\u00e7ait le 31 ao\u00fbt 1994 la fusion avec Lockheed par ces mots :  These are Darwinian times in our industry. Failure to change is failure to survive . L&rsquo; image  de l&rsquo;Am\u00e9rique  hyper-puissance, sans rivale  est telle que personne en Europe n&rsquo;envisagea l&rsquo;explication simple de M. Augustine d&rsquo;une restructuration  d\u00e9fensive .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe r\u00e9sultat est une alerte g\u00e9n\u00e9rale en Europe, l&rsquo;objectif \u00e9tant de restructurer une industrie fortement parcellis\u00e9e. Malgr\u00e9 l&rsquo; euro-pessimisme  de rigueur, le r\u00e9sultat est formidablement efficace par rapport au d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Il prend date au Salon de a\u00e9ronautique Farnborough de 1996 : la direction de BAe y lance l&rsquo;id\u00e9e de la restructuration. Elle est reprise en d\u00e9cembre 1997 dans l&rsquo;appel commun Allemagne-France-UK des chefs d&rsquo;\u00c9tat et de gouvernement demandant aux industriels de se regrouper. En deux, trois ans (1996\/1997-1999), l&rsquo;industrie europ\u00e9enne va op\u00e9rer une mutation de fond.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa \u00a0\u00bbr\u00e9action\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine \u00e0 cette r\u00e9action europ\u00e9enne  face \u00e0 un  danger am\u00e9ricain  qui n&rsquo;en est pas un, est \u00e0 son tour pr\u00e9cipit\u00e9e, disproportionn\u00e9e et maladroite. D\u00e8s f\u00e9vrier 1998, les Am\u00e9ricains (Vance Coffman, PDG de Lockheed Martin) commencent \u00e0 proposer avec forts effets d&rsquo;annonce des grandes fusions transatlantiques. Le moment ne peut \u00eatre plus mal choisi : confront\u00e9e \u00e0 la  menace  am\u00e9ricaine et \u00e0 sa propre  faiblesse , l&rsquo;industrie europ\u00e9enne a d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9 sa restructuration. La proposition am\u00e9ricaine est per\u00e7ue comme une  OPA hostile  : les Am\u00e9ricains ne sont pas pr\u00e9par\u00e9s (contr\u00f4le du transfert des technologies) aux concessions n\u00e9cessaires au ralliement des industriels europ\u00e9ens les plus pro-am\u00e9ricains. Le r\u00e9sultat est un mouvement de fusions spectaculaires : Bae Systems (UK) en janvier , EADS en octobre 1999  , en constante consolidation depuis avec Italiens, Espagnols et Su\u00e9dois ; dans les missiles avec un regroupement France-UK et Allemagne avec MBA (Matra-BAe), etc. Une lame de fond dans les milieux sensibles de l&rsquo;armement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa conjonction des deux processus (industrie et PESD) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en 1999, ann\u00e9e d\u00e9cisive sur deux plans : renforcement de l&rsquo;industrie europ\u00e9enne d&rsquo;abord (qui se poursuit avec le rachat de Racal (UK) par Thomson CSF (F) ; les manuvres autour d&rsquo;Alenia de la part de BAe Systems avant le mariage de l&rsquo;Italien avec Dasa\/EADS ; le choix britannique pour le missile Meteor ; enfin, les engagements sur l&rsquo;A400 M de transport logistique) ; couplage ensuite entre la restructuration de l&rsquo;industrie et le processus politico-militaire (PESD) de Saint-Malo, Cologne puis Helsinki. Les deux processus sont d\u00e9sormais li\u00e9s et la  politisation  du processus confirm\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDevant cette \u00e9volution, les Am\u00e9ricains ont op\u00e9r\u00e9 un repli tr\u00e8s significatif depuis octobre 1999 (interventions de John Hamre, secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat adjoint \u00e0 la D\u00e9fense, annon\u00e7ant que les restructurations transatlantiques devaient \u00eatre diff\u00e9r\u00e9es). La situation pr\u00e9\u00e9lectorale n&rsquo;incite pas aux concessions, notamment au niveau du contr\u00f4le du transfert des technologies. L&rsquo;industrie am\u00e9ricaine se trouve par ailleurs formidablement fragilis\u00e9e par le caract\u00e8re incontr\u00f4lable de Wall Street et en position d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis des Europ\u00e9ens si des op\u00e9rations de regroupement financier avaient lieu aujourd&rsquo;hui (chute continue des actions Boeing\/MDD, LM, Raytheon, etc. conduisant aux vives et r\u00e9centes r\u00e9actions du Pentagone sur le th\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 nationale).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe r\u00e9sultat devrait \u00eatre une acc\u00e9l\u00e9ration de la politisation de tous les aspects du cycle industriel. Si la PESD monte en puissance, une  pr\u00e9f\u00e9rence europ\u00e9enne  de facto va \u00e9merger ; au m\u00eame titre qu&rsquo;existe, du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, une d\u00e9marche de facto de type Buy American. Les Am\u00e9ricains vont \u00eatre enclins \u00e0 rassembler, dans une m\u00eame hostilit\u00e9, d&rsquo;une part leur appr\u00e9ciation de la PESD et de BAe Systems (l&rsquo;attitude anglaise \u00e9tant celle qui choque le plus ces milieux), d&rsquo;autre part ce qu&rsquo;ils appr\u00e9cient comme une tendance irr\u00e9sistible \u00e0 la constitution d&rsquo;une  forteresse Europe , plus imperm\u00e9able aux produits Am\u00e9ricains. L\u00e0 aussi : politisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e du processus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa rh\u00e9torique du technological gap, n\u00e9e au Kosovo, accentue l&rsquo;opposition en  forteresses  : difficiles errements tactiques car nombre d&rsquo;industriels europ\u00e9ens ne croient gu\u00e8re \u00e0 ce gap et s&rsquo;ils l&rsquo;utilisent aupr\u00e8s de leurs autorit\u00e9s politiques, c&rsquo;est pour plaider en faveur d&rsquo;un effort europ\u00e9en, comblant ainsi le gap par le renforcement de la  forteresse Europe .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes syst\u00e8mes d&rsquo;avions de combat illustrent le mieux l&rsquo;ampleur des enjeux parce qu&rsquo;ils comptent parmi les plus grands consommateurs de technologies avanc\u00e9es. Les \u00c9tats-Unis conduisent une offensive mondiale avec le projet d&rsquo;avion de combat JSF (3 000 exemplaires annonc\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exportation et d\u00e9j\u00e0 plusieurs Europ\u00e9ens ayant pay\u00e9 leur  ticket d&rsquo;entr\u00e9e  (de 10 millions \u00e0 1 milliards de dollars !). Ce syst\u00e8me d&rsquo;armes, les Am\u00e9ricains l&rsquo;admettent, fonctionnera en environnement  syst\u00e8me des syst\u00e8mes , am\u00e9ricain ou Otan. Il sera vuln\u00e9rable en dehors d&rsquo;une int\u00e9gration \u00e0 la panoplie des moyens que constituent les autres \u00e9l\u00e9ments de forces \u00c9tats-Unis-Otan (F22, J-Star, AWACS, C4I). Les clients du JSF auront des difficult\u00e9s \u00e0 conduire des op\u00e9rations de l&rsquo;Union sans recours aux Nato assets ; et donc \u00e0 respecter les engagements pris \u00e0 Helsinki et \u00e0 Cologne. L&rsquo;exemple est extensible \u00e0 d&rsquo;autres programmes (missiles antimissiles, r\u00e9seaux, etc.).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTrois ou quatre pays de l&rsquo;Union (UK, F, D, S) produisent des grands syst\u00e8mes d&rsquo;armes. Deux pays dans le monde sont aujourd&rsquo;hui capables de d\u00e9velopper un syst\u00e8me complet d&rsquo;avion de combat moderne : les \u00c9tats-Unis et la France  . Pour Dassault Aviation (F), les industriels am\u00e9ricains ont un but :  tuer l&rsquo;entreprise fran\u00e7aise . <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSauver le capital technologique et industriel europ\u00e9en, c&rsquo;est convaincre les \u00c9tats membres de l&rsquo;Union europ\u00e9enne non dot\u00e9s d&rsquo;industries de l&rsquo;armement que la  pr\u00e9f\u00e9rence europ\u00e9enne  n&rsquo;est pas un tabou. Contourner l&rsquo;obstacle d&rsquo;une pr\u00e9f\u00e9rence fran\u00e7aise, anglaise ou allemande, c&rsquo;est engager une dynamique commerciale dans l&rsquo;Union, \u00e9laborer des mesures compensatoires, fortifier les niches d&rsquo;excellence technologiques dans les petits pays, harmoniser les sp\u00e9cifications des mat\u00e9riels, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa lutte qui se dessine entre industriels europ\u00e9ens et am\u00e9ricains est extr\u00eamement vive. Elle est cach\u00e9e, parfois m\u00eame ni\u00e9e, parce que la reconnaissance de son existence reviendrait \u00e0 contester les  int\u00e9r\u00eats communs  et \u00e0 alt\u00e9rer le d\u00e9bat euro-atlantique sur la PESD. Les Europ\u00e9ens ach\u00e8tent aujourd&rsquo;hui sept fois plus d&rsquo;armements aux \u00c9tats-Unis que les \u00c9tats-Unis n&rsquo;en ach\u00e8tent aux Europ\u00e9ens malgr\u00e9 l&rsquo;excellence des produits mis sur le march\u00e9. De quantitatif, ce constat d&rsquo;une  forteresse am\u00e9ricaine  et d&rsquo;une  non-forteresse europ\u00e9enne  va, comme nous le pr\u00e9voyons, changer et acqu\u00e9rir une dimension qualitative, en vis-\u00e0-vis avec les d\u00e9cisions de PESD. Si le virage n&rsquo;est pas pris \u00e0 temps, les \u00c9tats-Unis, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 \u00e9touffer l&rsquo;industrie europ\u00e9enne, imposeront leurs produits et plus que jamais leurs doctrines militaires d&#8217;emploi. Ce n&rsquo;est pas bon pour l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>CONCLUSION<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tDynamique politique europ\u00e9enne, contexte atlantique et contraintes industrielles sont bien au cur du sujet. Pour faire bonne mesure, il semble pourtant qu&rsquo;il faille encore poser une question jusqu&rsquo;ici implicitement r\u00e9gl\u00e9e : pourquoi une d\u00e9fense europ\u00e9enne ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour r\u00e9pondre, nous prendrons une situation concr\u00e8te, aux cons\u00e9quences politiques particuli\u00e8rement lourdes : la crise du Kosovo. Dans ses \u00e9ditions du 19 janvier 2000, Le Monde \u00e9crit dans son \u00e9ditorial :  \u00eatre plus qu&rsquo;un march\u00e9 unique suppose une volont\u00e9 politique commune dans des domaines comme la d\u00e9fense, la politique \u00e9trang\u00e8re, la haute technologie, la culture, l&rsquo;\u00e9ducation. C&rsquo;est une mission difficile : si l&rsquo;Union avait d\u00fb d\u00e9cider, seule, une intervention au Kosovo, la Gr\u00e8ce s&rsquo;y serait oppos\u00e9e . <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend bien ce que veut dire Le Monde : l&rsquo;UE seule n&rsquo;aurait pas pu faire la guerre du Kosovo, comme celle-ci eut lieu et quand elle eut lieu. Le sophisme appara\u00eet \u00e0 la r\u00e9flexion comme fondamental et cette approche doit \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e. Non, ce n&rsquo;est pas pour tenir un meilleur r\u00f4le dans une prochaine  guerre du Kosovo  que l&rsquo;Europe d\u00e9veloppe sa d\u00e9fense, c&rsquo;est pour \u00e9viter cette prochaine  guerre du Kosovo .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre du Kosovo, telle qu&rsquo;elle a eu lieu et au moment o\u00f9 elle a eu lieu, est un \u00e9chec colossal de l&rsquo;Europe et du monde transatlantique, des \u00c9tats-Unis au premier plan. Cela dit hors de toute pol\u00e9mique sur la forme de cette guerre et sur une efficacit\u00e9 militaire contest\u00e9e. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9chec parce que les moyens militaires ont eu pr\u00e9\u00e9minence trop t\u00f4t, qu&rsquo;ils r\u00e9v\u00e9laient un potentiel disproportionn\u00e9 aux enjeux et en tout cas \u00e0 ceux dont aurait d\u00fb disposer notre diplomatie. Des pr\u00e9misses de la crise jusqu&rsquo;au dernier raid a\u00e9rien contre la Serbie, les Europ\u00e9ens ont op\u00e9r\u00e9 en ordre militaire group\u00e9 autour de l&rsquo;Otan, parce que cet ordre leur paraissait plus important que la menace r\u00e9elle que faisait peser l&rsquo;affaire kosovare sur la s\u00e9curit\u00e9 du continent. La cr\u00e9dibilit\u00e9 du syst\u00e8me (de l&rsquo;Otan) est pass\u00e9e avant l&rsquo;efficacit\u00e9 des politiques dans les villages du Kosovo.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIci, nous serons particuli\u00e8rement pr\u00e9cis : la crise du Kosovo est le r\u00e9sultat d&rsquo;un encha\u00eenement r\u00e9gional qui transporta la crise yougoslave de la Slov\u00e9nie \u00e0 la Bosnie et de la Bosnie au Kosovo, chaque \u00e9chec \u00e0 r\u00e9soudre de fa\u00e7on satisfaisante la crise pr\u00e9c\u00e9dente favorisant les conditions de d\u00e9clenchement de la crise suivante. La guerre du Kosovo a d\u00e9but\u00e9 le 25 juin 1991 avec le r\u00e9f\u00e9rendum sur l&rsquo;ind\u00e9pendance en Slov\u00e9nie.  () Si l&rsquo;Union avait d\u00fb d\u00e9cider ? , interroge Le Monde. Mais elle (on parle ici de l&rsquo;UEO, pas encore de l&rsquo;Union) \u00e9tait sur le point d&rsquo;intervenir \u00e0 cette \u00e9poque : en ao\u00fbt 1991, les chefs d&rsquo;\u00e9tat-major fran\u00e7ais et belge, l&rsquo;amiral Lanxade et le g\u00e9n\u00e9ral Charlier, mirent au point un plan d&rsquo;intervention avec plusieurs options, \u00e0 pr\u00e9senter \u00e0 l&rsquo;UEO pour ex\u00e9cution. L&rsquo; option I  impliquait une intervention avec 15 000 hommes ; qui ne posait aucun probl\u00e8me logistique ni militaire, un contr\u00f4le et un verrouillage des cessez-le-feu alors constamment viol\u00e9s, et un \u00e9largissement progressif de l&rsquo;intervention \u00e0 partir de ces points d&rsquo;appui. L&rsquo;intervention e\u00fbt boulevers\u00e9 la gen\u00e8se de la crise yougoslave. En octobre 1991, le plan fut abandonn\u00e9 : Royaume-Uni et Pays-Bas avaient mis leur veto. La cause est connue. Elle fut d\u00e9crite en particulier en octobre 1993 par Jean-Fran\u00e7ois Deniau lors d&rsquo;une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e :  Le Royaume-Uni refuse d&rsquo;envisager une intervention militaire en Europe sans les Am\u00e9ricains . L&rsquo;attitude \u00e9tait atypique (engagement et contr\u00f4le am\u00e9ricain en Europe) et non strat\u00e9gique (moyens et fins).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tR\u00e9pondons donc au journal Le Monde : une politique de d\u00e9fense commune europ\u00e9enne et son application d\u00e9pendent plus  bien plus  des \u00c9tats-Unis et de l&rsquo;attitude europ\u00e9enne vis-\u00e0-vis des \u00c9tats-Unis que de l&rsquo;attitude de la Gr\u00e8ce. Dans des conditions europ\u00e9ennes qui n&rsquo;auraient rien eu \u00e0 voir avec les conditions qui amen\u00e8rent \u00e0 la guerre du Kosovo, la Gr\u00e8ce aurait bien s\u00fbr adopt\u00e9 une autre attitude. Le mod\u00e8le  eurosceptique  b\u00e2ti sur des interpr\u00e9tations historiques et dont Le Monde se fait l&rsquo;\u00e9cho, est l&rsquo;alli\u00e9 le plus s\u00fbr et le plus constant des adversaires d&rsquo;une Europe en cours de maturation politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes remarques ne sont pas simple rh\u00e9torique. Elles devraient conduire \u00e0 des recommandations. Pour r\u00e9pondre de fa\u00e7on satisfaisante \u00e0 la question  Pourquoi une d\u00e9fense europ\u00e9enne ?  les Europ\u00e9ens ont \u00e0 se d\u00e9barrasser de certains modes de pens\u00e9e qui entravent jusqu&rsquo;au contenu de leurs analyses. Lorsque les moyens dont nous disposons sont mis en veilleuse au motif qu&rsquo;il convient de faire front derri\u00e8re le leadership am\u00e9ricain, la r\u00e9solution finale des crises appara\u00eet alors dans sa contradiction fondamentale : nous savions tous que le r\u00e9sultat serait un d\u00e9sordre dans les Balkans et des difficult\u00e9s avec les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux visions strat\u00e9giques du monde sont au contact. Aujourd&rsquo;hui au Kosovo, demain ailleurs, les Europ\u00e9ens comprennent peu \u00e0 peu que  le chas de l&rsquo;aiguille  est devenu trop petit pour permettre le passage pr\u00e9cipit\u00e9 de toutes les objections qui s&rsquo;accumulent depuis le d\u00e9but et qu&rsquo;ils ont tues, par d\u00e9f\u00e9rence envers la toute puissance de l&rsquo;Otan et des \u00c9tats-Unis  .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne d\u00e9fense europ\u00e9enne n&rsquo;est pas faite pour prouver qu&rsquo;on fait un effort (qu&rsquo;on est de  bons \u00e9l\u00e8ves  comme on dit \u00e0 l&rsquo;Otan). Elle n&rsquo;est pas faite pour combler le technological gap (montage m\u00e9diatique renvoyant plus \u00e0 la logique commerciale des ventes d&rsquo;armes qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 technologique). Une d\u00e9fense europ\u00e9enne est faite pour affirmer la solidarit\u00e9 d&rsquo;un continent et d&rsquo;une culture, assurer sa s\u00e9curit\u00e9, encadrer solidairement les d\u00e9rives autoritaires locales et mettre en place les conditions de sa coop\u00e9ration avec autrui&#8230; Cela pourrait \u00eatre plus rapide qu&rsquo;on le croit si on voulait se d\u00e9barrasser d&rsquo;un certain conformisme d&rsquo;analyse. Les besoins pourraient \u00eatre affin\u00e9s et les augmentations des budgets de la d\u00e9fense plus m\u00fbrement cibl\u00e9es. La s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne n&rsquo;a pas \u00e0 s&rsquo;inscrire comme compl\u00e9ment ou concurrent des \u00c9tats-Unis, les mod\u00e8les strat\u00e9giques propres aux \u00c9tats-Unis constituant la norme. Entendre que l&rsquo;Europe ne pourra pas  assurer son autonomie strat\u00e9gique  (g\u00e9n\u00e9ral Klaus Naumann, ex pr\u00e9sident du Comit\u00e9 militaire de l&rsquo;Otan) n&rsquo;a plus de sens face aux enjeux de notre temps. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e9terminer ses propres orientations, mesurer ses propres int\u00e9r\u00eats et utiliser ses moyens modernes de veille sociale, \u00e9conomique, politique voire militaire : c&rsquo;est cela l&rsquo;autonomie. Savoir faire voler ensemble sous commandement unique mille avions de combat au-dessus d&rsquo;un petit pays est un seul aspect  assez marginal  de l&rsquo;autonomie. Il est inop\u00e9rant pour r\u00e9soudre les crises r\u00e9elles. Il ne saurait surd\u00e9terminer les autres arguments en faveur de l&rsquo;autonomie, ni engager sans d\u00e9bat le mod\u00e8le futur de nos arm\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation europ\u00e9enne est aujourd&rsquo;hui complexe. L&rsquo;introduction de l&rsquo;euro n&rsquo;a pas apport\u00e9 le  souffle  politique que certains attendaient. Les institutions europ\u00e9ennes affrontent diverses crises marqu\u00e9es par la stagnation, la paralysie, l&rsquo;affrontement politicien. Dans ce paysage assez affligeant, l&rsquo;initiative de d\u00e9fense r\u00e9v\u00e8le une dynamique, un esprit d&rsquo;entreprise  un nouveau  souffle europ\u00e9en  ?  dont la port\u00e9e politique n&rsquo;\u00e9chappe \u00e0 personne. Par les perspectives qu&rsquo;il ouvre, ce dossier peut transcender nombre de d\u00e9bats qui d\u00e9chirent les diff\u00e9rentes tendances europ\u00e9ennes, f\u00e9d\u00e9ralistes, souverainistes, etc. La dynamique de d\u00e9fense europ\u00e9enne renferme certainement une cl\u00e9 permettant \u00e0 l&rsquo;Europe de d\u00e9passer les clich\u00e9s pour s&rsquo;atteler \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 cette fois bien visible : celle des formidables crises \u00e0 notre porte. L&rsquo;Europe a incontestablement  les historiens en d\u00e9battront  une v\u00e9ritable chance et les moyens d&rsquo;exister selon des normes classiques procurant \u00e0 la fois puissance, solidarit\u00e9 et surtout sens de la responsabilit\u00e9. Ce dernier point est finalement la meilleure r\u00e9ponse qu&rsquo;on puisse apporter \u00e0 la question que nous avons choisie pour introduire cette conclusion :  Pourquoi la d\u00e9fense europ\u00e9enne ? .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAo\u00fbt 2000<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSirius et Philippe GRASSET<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEtude r\u00e9alis\u00e9e dans le cadre de la Commission permanente d&rsquo;Etude IHEDN &#8211; Luxembourg\/Belgique<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si un facteur dans l&rsquo;actuelle dynamique de la d\u00e9fense europ\u00e9enne peut \u00eatre qualifi\u00e9 d&rsquo; historique , c&rsquo;est bien le tournant qu&rsquo;amor\u00e7a, pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1998, le Royaume-Uni. Ce tournant conduisit directement au sommet franco-anglais de Saint-Malo de d\u00e9cembre 1998, puis encha\u00eena sur un processus d\u00e9sormais connu o\u00f9 le Royaume-Uni et la France tiennent le premier rang,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3019,3079,1205],"class_list":["post-64911","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-defense","tag-europeenne","tag-transatlantique"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64911","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64911"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64911\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64911"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64911"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64911"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}