{"id":64916,"date":"2001-03-10T00:00:00","date_gmt":"2001-03-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/03\/10\/de-defensa-volume-16-n12-du-10-mars-2001-une-armee-europeenne\/"},"modified":"2001-03-10T00:00:00","modified_gmt":"2001-03-09T22:00:00","slug":"de-defensa-volume-16-n12-du-10-mars-2001-une-armee-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/03\/10\/de-defensa-volume-16-n12-du-10-mars-2001-une-armee-europeenne\/","title":{"rendered":"de defensa, Volume 16, n\u00b012, du 10 mars 2001 &#8211; <strong><em>Une arm\u00e9e europ\u00e9enne ?<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Une arm\u00e9e europ\u00e9enne?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis l&rsquo;origine du processus actuel qu&rsquo;on peut situer \u00e0 l&rsquo;automne de 1998, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00ab\u00a0arm\u00e9e europ\u00e9enne\u00a0\u00bb fait \u00e0 nouveau son chemin. Elle ne para\u00eet plus du seul domaine de l&rsquo;utopie. Elle semble port\u00e9e par le d\u00e9veloppement d&rsquo;une structure et d&rsquo;une politique (la PESD) qu&rsquo;on n&rsquo;h\u00e9site pas, et de plus en plus souvent, \u00e0 qualifier de \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, ou, dans tous les cas, d&rsquo;initiative pouvant\/devant conduire \u00e0 une d\u00e9fense europ\u00e9enne. Il semble alors dans la logique de ces constats d&rsquo;envisager l&rsquo;aboutissement de ce processus dans une arm\u00e9e europ\u00e9enne, et c&rsquo;est pourquoi ce qui semblait une compl\u00e8te utopie para\u00eet d\u00e9sormais l&rsquo;\u00eatre moins. Les opposants les plus extr\u00eames du concept d&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne (essentiellement les conservateurs britanniques de la tendance Thatcher, et hors-Europe, chez nombre d&rsquo;Am\u00e9ricains, officiels et experts m\u00eal\u00e9s dans la m\u00eame ignorance) participent indirectement mais puissamment \u00e0 cette \u00e9volution de la pens\u00e9e en d\u00e9non\u00e7ant effectivement dans la PESD, avec une vigueur qui frise parfois l&rsquo;hyst\u00e9rie, l&#8217;embryon de ce qui doit devenir \u00e0coup s\u00fbr une arm\u00e9e europ\u00e9enne. Ils donnent ainsi \u00e0 la PESD un cr\u00e9dit que ses partisans n&rsquo;imaginaient sans doute pas lorsque fut lanc\u00e9e l&rsquo;initiative, et encore moins ceux qui furent effectivement \u00e0 la base de cette initiative \u00e0 ses d\u00e9buts (le gouvernement britannique du travailliste Tony Blair).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes premiers mots permettent aussit\u00f4t d&rsquo;introduire l&rsquo;aspect le plus surprenant de cette situation, aspect tr\u00e8s difficile \u00e0d\u00e9terminer, \u00e0 comprendre et \u00e0 mesurer, et pourtant l&rsquo;aspect qu&rsquo;il faut principalement constater : le climat. Par le processus d&rsquo;une alchimie myst\u00e9rieuse, un climat s&rsquo;est install\u00e9 en m\u00eame temps que se d\u00e9veloppait la PESD. Ce climat favorise indiscutablement le d\u00e9veloppement de la PESD mais, surtout, il fait envisager comme tout \u00e0 fait possible la cr\u00e9ation d&rsquo;une arm\u00e9e europ\u00e9enne. Cette notion de \u00ab\u00a0climat\u00a0\u00bb est importante, par le vague qu&rsquo;elle implique en m\u00eame temps que par la puissance qu&rsquo;elle peut susciter dans la conception o\u00f9 la part de l&rsquo;imagination et la part de la r\u00e9alit\u00e9 sont difficiles \u00e0 s\u00e9parer et \u00e0 mesurer. On peut dire aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00ab\u00a0arm\u00e9e europ\u00e9enne\u00a0\u00bb est \u00e0 la fois un r\u00eave qui n&rsquo;est plus absurde et une possibilit\u00e9 qui commence \u00e0 \u00eatre s\u00e9rieusement envisag\u00e9e ; puissance de l&rsquo;imagination et puissance de ce qui semble la logique des faits, exceptionnellement alli\u00e9s vers le m\u00eame concept. Qui ne commencerait \u00e0 prendre s\u00e9rieusement cette affaire, avec en prime le spectacle d&rsquo;une Lady Thatcher \u00e9ructante et d\u00e9cha\u00een\u00e9e ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est la deuxi\u00e8me fois dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;Europe que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une arm\u00e9e europ\u00e9enne est envisag\u00e9e avec une certaine base de r\u00e9alit\u00e9. La premi\u00e8re fois, c&rsquo;\u00e9tait en 1950-54, avec l&rsquo;aventure de la CED (Communaut\u00e9 Europ\u00e9enne de D\u00e9fense), lanc\u00e9e par les Fran\u00e7ais et qui se termina sur un refus de ces m\u00eames Fran\u00e7ais, &mdash; paradoxe et contradiction en apparence seulement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[\u00ab <em>Paradoxe et contradiction en apparence seulement<\/em> \u00bb : les Fran\u00e7ais avaient lanc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de la CED selon une logique double, deux craintes urgentes en 1948-49. D&rsquo;une part, la crainte de la menace sovi\u00e9tique, d&rsquo;autre part la crainte d&rsquo;un r\u00e9armement allemand qui ne serait pas contr\u00f4l\u00e9. En 1954, les priorit\u00e9s avaient chang\u00e9. Le Trait\u00e9 de l&rsquo;Atlantique Nord avait \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 avec les Am\u00e9ricains fermement pr\u00e9sents depuis 1952 et la mise en place de l&rsquo;OTAN (l&rsquo;organisation militaire proprement dite). Le r\u00e9armement allemand \u00e9tait in\u00e9luctable et il se ferait dans une structure quelconque o\u00f9 il serait contr\u00f4l\u00e9, l&rsquo;OTAN si la CED n&rsquo;existait pas. Par contre, la pr\u00e9occupation de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale avait pris le dessus, la CED pouvant appara\u00eetre comme une enceinte o\u00f9 la France (puisqu&rsquo;il est question d&rsquo;elle) perdrait le contr\u00f4le de sa puissance militaire au profit d&rsquo;une organisation dont il apparaissait \u00e9vident que la main-mise am\u00e9ricaine assurerait un contr\u00f4le indirect complet. (De fa\u00e7on caract\u00e9ristique, les deux principaux groupes \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 la CED furent les communistes et les gaullistes, tous deux au nom de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale, m\u00eame si pour des raisons diff\u00e9rentes. Mais le Premier ministre d&rsquo;alors, Pierre Mend\u00e8s-France, \u00e9galement tr\u00e8s soucieux de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale, lui aussi se pronon\u00e7a finalement contre la CED et fut le vrai architecte de l&rsquo;\u00e9chec de cette initiative).]<\/p>\n<h3>La marque profonde de la non-exp\u00e9rience de la CED : le mythe de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;exp\u00e9rience, ou, plut\u00f4t, la non-exp\u00e9rience de la CED a laiss\u00e9 paradoxalement un souvenir \u00e0 la fois cuisant et puissant, quoiqu&rsquo;indirect et non exprim\u00e9. A partir de la CED, l&rsquo;expression \u00ab\u00a0arm\u00e9e europ\u00e9enne\u00a0\u00bb est devenue synonyme d&rsquo;abdication ou de transfert de la souverainet\u00e9 nationale (et cela pour d\u00e9noncer le fait ou pour s&rsquo;en r\u00e9jouir, selon qu&rsquo;on est partisan ou adversaire de l&rsquo;\u00c9tat-nation et de la souverainet\u00e9 qui le caract\u00e9rise, selon qu&rsquo;on parle d'\u00a0\u00bbabdication\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0transfert\u00a0\u00bb). Mais rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 ni m\u00eame exp\u00e9riment\u00e9. Il faut insister sur la \u00ab <em>non-exp\u00e9rience de la CED<\/em> \u00bb et voir un paradoxe dans le fait que la CED a laiss\u00e9 un souvenir qui alimente le d\u00e9bat passionn\u00e9 sur le cas d&rsquo;une arm\u00e9e europ\u00e9enne int\u00e9gr\u00e9e puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un souvenir de rien du tout. La CED est devenue un mythe, et elle n&rsquo;a bien s\u00fbr jamais \u00e9t\u00e9 autre chose que cela. Elle n&rsquo;a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre un mythe. Elle a \u00e9t\u00e9 un mythe autant pour les partisans que pour les adversaires de l&rsquo;Europe totalement int\u00e9gr\u00e9e, et par cons\u00e9quent de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne int\u00e9gr\u00e9e (un seul drapeau, un seul uniforme et ainsi de suite).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn parle et on d\u00e9bat avec passion de quelque chose qui n&rsquo;a jamais exist\u00e9, de quelque chose qu&rsquo;on ne conna\u00eet pas. Les arguments sont purement th\u00e9oriques. Ils sont aliment\u00e9s, de fa\u00e7on extr\u00eamement puissante et souvent exclusive, par des conceptions id\u00e9ologiques tr\u00e8s fortes, et d&rsquo;autant plus influenc\u00e9s par elles qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune r\u00e9alit\u00e9 comme contrepoids. Tout cela se passe aujourd&rsquo;hui, alors qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas en g\u00e9n\u00e9ral un d\u00e9bat qui soit plus vif, plus fond\u00e9 mais d\u00e9form\u00e9 par les tentations id\u00e9ologiques, plus passionn\u00e9 que celui de la souverainet\u00e9 nationale, de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale. Le sujet de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne est plein de passion et d&rsquo;id\u00e9ologie, le cadre o\u00f9 il est d\u00e9battu tout autant parcouru de ces m\u00eames passions d&rsquo;id\u00e9ologie. Il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner de constater combien la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 manque \u00e0 la probl\u00e9matique de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne, combien par cons\u00e9quent il est bien difficile d&rsquo;en juger sereinement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour autant, est-il interdit de le tenter ? C&rsquo;est notre travail, ici. Pour ce faire, l&rsquo;histoire est essentielle, comme on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 devin\u00e9 avec notre introduction sur la CED. L&rsquo;histoire c&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9, en plus d\u00e9gag\u00e9e de son imm\u00e9diatet\u00e9, de la pression des passions du pr\u00e9sent. Il faut \u00e9galement prendre comme base de l&rsquo;analyse de ne favoriser aucun parti, malgr\u00e9 la tendance si commune et majoritaire du conformisme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui d&rsquo;accorder automatiquement la vertu \u00e0 un parti, en l&rsquo;occurrence celui qui plaide qu&rsquo;il faut repousser les d\u00e9mons de la souverainet\u00e9 nationale et de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le d\u00e9bat sur l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne, il faut savoir qu&rsquo;il y a une \u00e9gale passion des deux c\u00f4t\u00e9s ; du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui d\u00e9fendent la souverainet\u00e9 nationale, sans nul doute, mais certainement pas moins, derri\u00e8re l&rsquo;apparence facile de la vertu et de la raison, du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui plaident sa mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart finalement (puisque dans l&rsquo;esprit de ces deux passions adversaires, c&rsquo;est \u00e0 la mise \u00e0l&rsquo;\u00e9cart de la souverainet\u00e9 que conduirait une arm\u00e9e europ\u00e9enne). Nous ne privil\u00e9gions rien, nous ne favorisons personne, mais aussi nous ne nous sentons pas tenus d&rsquo;accepter le pr\u00e9misse que les deux partagent justement, et qui est que l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne  a pour caract\u00e9ristique de priver les nations de leur souverainet\u00e9. Au contraire, c&rsquo;est l\u00e0-dessus, sur cette question ouverte, que nous allons plaider : une arm\u00e9e europ\u00e9enne nous priverait-elle vraiment de la souverainet\u00e9 nationale ?<\/p>\n<h3>L&rsquo;exp\u00e9rience historique, ou de la facilit\u00e9 ou non d&rsquo;int\u00e9grer des nationalit\u00e9s dans une force arm\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;exp\u00e9rience historique est certainement loin d&rsquo;\u00eatre concluante. Elle est loin de nous montrer qu&rsquo;une r\u00e9union, voire une int\u00e9gration de forces de diff\u00e9rentes provenances cr\u00e9ent un corps \u00ab\u00a0nouveau\u00a0\u00bb supprimant ce qui tient lieu, ou \u00e9quivaut \u00e0 ce que nous nommons aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, avec tous les symboles et les liens qui en tiennent lieu dans l&rsquo;esprit et les sentiments humains, et qui peut \u00eatre \u00e9galement nomm\u00e9 puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00eatres humains \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Les exemples, m\u00eame assez r\u00e9cents, montrent la survivance des particularismes, y compris dans des ensembles int\u00e9gr\u00e9s, ou luttant \u00e0 partir de leur centre pour l&rsquo;int\u00e9gration, avec une tr\u00e8s grande fermet\u00e9, et par la force bien s\u00fbr. L&rsquo;arm\u00e9e imp\u00e9riale allemande de 1914 identifiait ses unit\u00e9s par leurs provenance r\u00e9gionale, et il y avait encore \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;arm\u00e9e imp\u00e9riale une arm\u00e9e bavaroise. L&rsquo;arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine (nordiste), luttant pourtant pour l&rsquo;int\u00e9gration totale de la nation, identifiait officiellement ses r\u00e9giments par les \u00c9tats d&rsquo;o\u00f9 ils provenaient (1er r\u00e9giment d&rsquo;Infanterie de New York, 2e r\u00e9giment de Cavalerie du Michigan, etc), et o\u00f9 ils \u00e9taient form\u00e9s de fa\u00e7on autonome et sur base d&rsquo;une participation libre et volontaire \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;Union. Aujourd&rsquo;hui encore, les unit\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e britannique sont identifi\u00e9es par leur provenance r\u00e9gionale, ou \u00ab\u00a0nationales\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut (<em>Scottish Guards<\/em>). Par contre, et pour montrer combien la question est d\u00e9licate et loin d&rsquo;\u00eatre tranch\u00e9e lorsqu&rsquo;un pays veut affirmer son identit\u00e9 nationale \u00e0 partir d&rsquo;une d\u00e9marche centralisatrice autoritaire, voici l&rsquo;exemple de la France : avec la R\u00e9volution et l&rsquo;Empire, la france a abandonn\u00e9 les r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9gionales des unit\u00e9s qui \u00e9taient la r\u00e8gle sous l&rsquo;Ancien R\u00e9gime apr\u00e8s les avoir conserv\u00e9s primitivement (le r\u00e9giment Sambre et Meuse sous la R\u00e9volution), alors que la souverainet\u00e9 nationale \u00e9tait pourtant fort bien \u00e9tablie depuis Fran\u00e7ois Ier et Louis XIV. Cela montre que la souverainet\u00e9 nationale, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une force arm\u00e9e en \u00e9volution, est certainement un enjeu fondamental, mais qu&rsquo;il est loin, tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9gl\u00e9 par la seule existence d&rsquo;une force pr\u00e9tendument int\u00e9gr\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes exceptions extr\u00eames ne d\u00e9mentent pas cette immense difficult\u00e9 de passer de l&rsquo;int\u00e9gration th\u00e9orique \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9elle. L&rsquo;exemple le plus fort \u00e0 cet \u00e9gard est la L\u00e9gion \u00c9trang\u00e8re fran\u00e7aise. D&rsquo;une part cette unit\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e dans son originalit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, comme une unit\u00e9 d'\u00a0\u00bb\u00e9trangers\u00a0\u00bb. Pourtant, tout est fait pour lui assurer un cadre int\u00e9grationniste fran\u00e7ais, jusqu&rsquo;aux r\u00e8gles tr\u00e8s strictes r\u00e9servant les grades et positions d&rsquo;officiers \u00e0 des citoyens fran\u00e7ais (des officiers fran\u00e7ais). Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une arm\u00e9e d'\u00a0\u00bb\u00e9trangers\u00a0\u00bb int\u00e9gr\u00e9e d&rsquo;autorit\u00e9 dans le cadre fran\u00e7ais. Pour autant, ces \u00ab\u00a0\u00e9trangers\u00a0\u00bb restent \u00e9trangers alors qu&rsquo;ils acceptent sans aucun doute une tr\u00e8s forte forme d&rsquo;int\u00e9gration : pour eux, pour paraphraser la c\u00e9l\u00e8bre devise, \u00ab <em>leur patrie, c&rsquo;est la L\u00e9gion<\/em> \u00bb, et pas la France ; et s&rsquo;ils r\u00e9clament parfois la reconnaissance nationale fran\u00e7aise, c&rsquo;est souvent avec une certaine amertume et avec une certaine distance (de la France, pas de la L\u00e9gion) ; c&rsquo;est le fameux \u00ab <em>Fran\u00e7ais par le sang vers\u00e9<\/em> \u00bb des L\u00e9gionnaires, notamment mis en \u00e9vidence en 1998, lorsqu&rsquo;il fallut batailler pour le maintien des pensions militaires des L\u00e9gionnaires \u00e0 la retraite apr\u00e8s avoir servi la France avec honneur et courage. Au reste, l&rsquo;\u00e9vidence du bon sens et de l&rsquo;efficacit\u00e9 ont toujours command\u00e9 au sein de la L\u00e9gion des regroupements nationaux informels qui contredisent une \u00e9ventuelle int\u00e9gration fran\u00e7aise, puisque par ailleurs la L\u00e9gion est souvent aliment\u00e9e par des vagues d&rsquo;enr\u00f4lement suivant de grands \u00e9v\u00e9nements politiques ; ainsi y eut-il des RE (R\u00e9giments \u00c9trangers) form\u00e9s en majorit\u00e9 d&rsquo;Espagnols (rescap\u00e9s des forces r\u00e9publicaines de la Guerre Civile de 1936-39), d&rsquo;autres form\u00e9s en majorit\u00e9 d&rsquo;Allemands (rescap\u00e9s des unit\u00e9s de la Wehrmacht et de la Waffen SS de 1945).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes diff\u00e9rents rappels historiques montrent que le rapport entre des arm\u00e9es multinationales ou \u00e0 vocation int\u00e9grante et la contrepartie nationale (identit\u00e9 ou souverainet\u00e9 nationale) est loin d&rsquo;\u00eatre tranch\u00e9. Une arm\u00e9e multinationale ou une arm\u00e9e int\u00e9gr\u00e9e n&rsquo;implique pas automatiquement la disparition de l&rsquo;identit\u00e9 nationale et de la souverainet\u00e9 nationale si celles-ci y sont impliqu\u00e9es. Encore n&rsquo;est-on pas dans le cas d&rsquo;une \u00a0\u00bbarm\u00e9e europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, si celle-ci voyait le jour.<\/p>\n<h3>La cause r\u00e9elle de l&rsquo;\u00e9chec de la CED : la pr\u00e9pond\u00e9rance am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tA la lumi\u00e8re de ce rappel, on peut revenir sur la question centrale que nous examinons ici en revenant sur la question de la CED. On l&rsquo;a signal\u00e9, le refus fran\u00e7ais de participer \u00e0 la CED \u00e9tait bas\u00e9 en apparence sur la question th\u00e9orique de la souverainet\u00e9 nationale. Mais il s&rsquo;agissait d&rsquo;une situation r\u00e9elle. Il y avait de la part des Fran\u00e7ais la crainte de la perte de la souverainet\u00e9 nationale, non seulement \u00e0 cause de la pr\u00e9sence de l&rsquo;Allemagne, mais surtout, essentiellement en fait, \u00e0 cause de la pr\u00e9sence comme \u00ab\u00a0parrain\u00a0\u00bb de cette initiative, de la puissance am\u00e9ricaine, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e en Europe en position dominante. D&rsquo;autre part, il n&rsquo;\u00e9tait pas question de mettre en cause cette puissance dominante. La situation \u00e9tait celle de la Guerre Froide, et il y avait pour tous les Europ\u00e9ens, y compris les Fran\u00e7ais, un int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur au maintien de la puissance am\u00e9ricaine en Europe. Il devenait logique de pr\u00e9f\u00e9rer que l&rsquo;in\u00e9vitable compromis avec cette puissance se fit au sein de l&rsquo;OTAN, o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9gration avait un caract\u00e8re beaucoup moins politique, plus temporaire, et beaucoup plus collectif que dans le cas de la CED. (Plus tard, lorsque l&rsquo;OTAN et les USA seraient bien implant\u00e9s dans la d\u00e9fense de l&rsquo;Europe et que certains commenceraient \u00e0 nuancer l&rsquo;appr\u00e9ciation alarmiste de la menace sovi\u00e9tique, de Gaulle songerait \u00e0 aller un pas au-del\u00e0 : retirer la France du commandement int\u00e9gr\u00e9 de l&rsquo;OTAN, non sans m\u00e9nager la possibilit\u00e9 pour la France de participer \u00e0 la bataille occidentale commune en cas d&rsquo;invasion [accords Ailleret-Gruenther de 1969].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe refus de la CED \u00e9tait clairement, de la part des Fran\u00e7ais, Mend\u00e8s en t\u00eate et ainsi pr\u00e9curseur de la politique gaulliste \u00e0100%, moins une crainte pour la souverainet\u00e9 nationale fran\u00e7aise <em>in abstracto<\/em> que le refus de soumettre cette souverainet\u00e9 nationale \u00e0 l&rsquo;influence indirecte mais sans entraves des Am\u00e9ricains. Lisons ici ce commentaire de Irwin M. Wall, incontestable sp\u00e9cialiste, et \u00ab\u00a0neutre\u00a0\u00bb en plus puisqu&rsquo;Am\u00e9ricain, de cette p\u00e9riode (1) : \u00ab <em>A beaucoup de points de vue, Pierre Mend\u00e8s-France a pr\u00e9par\u00e9 la politique que de Gaulle a suivie apr\u00e8s 1958. C&rsquo;est lui qui a enterr\u00e9 la CED, c&rsquo;est lui qui a mis fin \u00e0 la guerre d&rsquo;Indochine. Les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s. Ils se trouv\u00e8rent en face d&rsquo;un homme sur lequel ils n&rsquo;avaient aucune influence, aucun moyen d&rsquo;agir, sauf de comploter contre lui pour le renverser. A Washington, on fut hyst\u00e9rique contre Mend\u00e8s-France. Par exemple, John Foster-Dulles pensait que, s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas un communiste, il jouait le jeu des communistes. En ce qui concerne la CED, elle repr\u00e9sentait l&rsquo;axe de la politique am\u00e9ricaine en Europe \u00e0 cette \u00e9poque. L&rsquo;\u00e9chec de cette tentative d\u00e9montra que le cadre du d\u00e9veloppement europ\u00e9en apr\u00e8s la guerre serait celui de l&rsquo;\u00c9tat-nation.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes remarques sont \u00e9clairantes, et d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elles nous viennent d&rsquo;une voix si justement autoris\u00e9e, par le talent et la nationalit\u00e9. Elles nous disent que l&rsquo;affaire de la CED, qui est fondamentale dans toute la pr\u00e9vention existante aujourd&rsquo;hui contre une arm\u00e9e europ\u00e9enne, repr\u00e9sente moins le sch\u00e9ma d&rsquo;une crainte absolue et ontologique pour la souverainet\u00e9 nationale que le sch\u00e9ma d&rsquo;une crainte relative et historique d&rsquo;une influence am\u00e9ricaine sur la CED (et, par cons\u00e9quent, sur les souverainet\u00e9s des pays int\u00e9gr\u00e9s dans la CED). Selon ceux qui s&rsquo;opposaient au projet, la CED se serait av\u00e9r\u00e9e in\u00e9luctablement pr\u00e9datrice de la souverainet\u00e9 nationale des pays qui se seraient trouv\u00e9s dans cette organisation, principalement \u00e0 cause de la puissance am\u00e9ricaine r\u00e9duisant \u00e0 peu de chose le poids des Europ\u00e9ens, par cons\u00e9quent \u00e0cause de la perception am\u00e9ricaine, puissance \u00e9loign\u00e9e de 6.000 kilom\u00e8tres du continent europ\u00e9en, des int\u00e9r\u00eats en jeu dans un conflit engageant une arm\u00e9e europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque le Parlement fran\u00e7ais vote en 1954 contre la CED, il vote contre la tutelle am\u00e9ricaine sur l&rsquo;Europe, et pas contre l&rsquo;Europe, et pas contre l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne. Cette interpr\u00e9tation, puissamment \u00e9tay\u00e9e par la r\u00e9alit\u00e9 historique d\u00e9barrass\u00e9e des scorries des id\u00e9es toutes-faites, nous ouvre \u00e9videmment une autre voie pour consid\u00e9rer le probl\u00e8me actuel de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne. Surtout, elle nous permet de proposer un lien direct, puissant \u00e9galement parce qu&rsquo;appuy\u00e9e sur la r\u00e9alit\u00e9 et non sur le d\u00e9bat th\u00e9orique, entre l&rsquo;\u00e9pisode de la CED et la situation actuelle.<\/p>\n<h3>Le d\u00e9bat aujourd&rsquo;hui reste celui de l&rsquo;influence am\u00e9ricaine sur les souverainet\u00e9s europ\u00e9ennes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes conditions menant \u00e9ventuellement \u00e0 une arm\u00e9e europ\u00e9enne sont aujourd&rsquo;hui diff\u00e9rentes des conditions qui auraient \u00e9ventuellement pu mener \u00e0 une arm\u00e9e europ\u00e9enne hier (en 1954, du temps de la CED). En 1954, les Am\u00e9ricains ne se pr\u00e9occupaient pas de batailler pour exercer <em>de facto<\/em> un contr\u00f4le sur l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne qui aurait d\u00fb na\u00eetre du processus CED. Ils \u00e9taient en compl\u00e8te position de force, parce qu&rsquo;ils constituaient le pivot central des capacit\u00e9s militaires occidentales, d&rsquo;une fa\u00e7on si \u00e9vidente que le d\u00e9bat \u00e0 ce propos n&rsquo;\u00e9tait pas concevable. Les Am\u00e9ricains d&rsquo;alors n&rsquo;avaient pas besoin d&rsquo;un Kosovo pour montrer cette sup\u00e9riorit\u00e9, parce qu&rsquo;il y a des \u00e9vidences qui concernent des diff\u00e9rences de substance et n&rsquo;ont nul besoin d&rsquo;une d\u00e9monstration. Dans ce contexte, tout regroupement d&rsquo;alli\u00e9s (europ\u00e9ens), avec les avantages techniques impliqu\u00e9s par une telle association, ne pr\u00e9sentait pour les Am\u00e9ricains aucun risque de perte de contr\u00f4le politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa m\u00eame situation, appr\u00e9ci\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qu&rsquo;on a vu, conduisait \u00e0 des interrogations plus que pr\u00e9occupantes sur l&rsquo;autonomie qu&rsquo;une telle pr\u00e9pond\u00e9rance am\u00e9ricaine <em>de facto<\/em> laisserait \u00e0 chaque membre de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne, dans le cas o\u00f9 cette arm\u00e9e serait constitu\u00e9e. On voit que la question n&rsquo;est pas une seconde juridique, comme dans le d\u00e9bat sur le transfert ou pas de la souverainet\u00e9 nationale. Elle est pratique, c&rsquo;est une \u00e9quation particuli\u00e8re du rapport des forces dans un syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral effectivement marqu\u00e9 par ces m\u00eames rapports de force.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme dans toute situation transatlantique depuis 1948-49, la situation qu&rsquo;on d\u00e9crit ici est du domaine du non-dit puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation th\u00e9orique d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des \u00c9tats et nations concern\u00e9s. Formellement, elle n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre. La perception du d\u00e9bat sur la CED, per\u00e7u en France \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque dans sa dimension d&rsquo;une souverainet\u00e9 menac\u00e9e par une autre souverainet\u00e9, plus forte, \u00e9volua de mani\u00e8re d\u00e9cisive. Sorti de sa situation r\u00e9elle avec le refus de la CED, le d\u00e9bat devint compl\u00e8tement th\u00e9orique puisqu&rsquo;\u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9chec de la CED la question de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne devint elle-m\u00eame compl\u00e8tement  th\u00e9orique. En l&rsquo;absence de r\u00e9alit\u00e9(s) concr\u00e8te(s) et selon la sensibilit\u00e9 extr\u00eame et radicalis\u00e9e pour tout probl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 en Europe, on est ais\u00e9ment pass\u00e9 de la th\u00e9orie \u00e0 la th\u00e9ologie. La question de la CED devenue la question th\u00e9ologique de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne, elle est devenue le champ d&rsquo;affrontement des th\u00e9oriciens et des th\u00e9ologiens de la souverainet\u00e9 nationale. Pour y aider, les conditions politiques s&rsquo;\u00e9taient polaris\u00e9es et la question envisag\u00e9e de fa\u00e7on pratique avec la CED (arm\u00e9e europ\u00e9enne ou pas) avait \u00e9t\u00e9 verrouill\u00e9e. Pour ne citer que les deux principaux pays, la France avait retrouv\u00e9 l&rsquo;essentiel de son ind\u00e9pendance militaire et le Royaume-Uni (partie non-prenante \u00e0 la CED mais dont le soutien \u00e9tait n\u00e9cessaire et d\u00e9terminant) bloquait d\u00e9sormais toute possibilit\u00e9 d&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne en s&rsquo;arrangeant parfaitement d&rsquo;un syst\u00e8me OTAN o\u00f9 sa suj\u00e9tion \u00e0 la puissance am\u00e9ricaine cultivait assez d&rsquo;habilet\u00e9 pour s&rsquo;y retrouver en avantages nationaux aux niveaux interm\u00e9diaires du syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRien n&rsquo;a chang\u00e9 fondamentalement jusqu&rsquo;\u00e0 la p\u00e9riode actuelle. Celle-ci a commenc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1998, alors que tout le monde s&rsquo;arrangeait des conditions radicales qui interdisaient qu&rsquo;on p\u00fbt envisager de revenir \u00e0 un d\u00e9bat concret sur l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne, ce d\u00e9bat fleurissant comme on imagine dans la th\u00e9orie et la th\u00e9ologie sans aucune chance d&rsquo;aboutir sur le concret, et satisfaisant donc compl\u00e8tement le monde des commentateurs et des analystes (experts, journalistes, etc). C&rsquo;est en cela qu&rsquo;on peut dire que l&rsquo;initiative lanc\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1998 est extraordinaire, une surprise politique comme il y en a peu, et il fallait effectivement les Britanniques, avec le sens pr\u00e9cis de leurs int\u00e9r\u00eats, leur cynisme m\u00e2tin\u00e9 d&rsquo;irresponsabilit\u00e9, pour le lancer, d&rsquo;ailleurs sans en mesurer les cons\u00e9quences (ou en se les cachant, ce qui revient au m\u00eame). Les Fran\u00e7ais n&rsquo;auraient jamais song\u00e9 \u00e0 cela tant les conditions, m\u00eame en mettant \u00e0 part la question de la situation transatlantique avec une formidable domination virtualiste des \u00c9tats-Unis, leur paraissaient rationnellement d\u00e9favorables. Les Britanniques ont d\u00e9bloqu\u00e9 tout cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEntretemps, des choses s&rsquo;\u00e9taient pass\u00e9es. Il y eut les crises balkaniques et les engagements chaotiques qu&rsquo;on conna\u00eet. Il y eut, sur le terrain, des exp\u00e9riences significatives. En Bosnie, entre 1993 et 1995, des Europ\u00e9ens \u00ab\u00a0travaill\u00e8rent\u00a0\u00bb ensemble, principalement des Belges, des Britanniques et des Fran\u00e7ais. Il y eut des associations, des coop\u00e9rations, voire des int\u00e9grations temporaires. Des chefs d&rsquo;une nationalit\u00e9 dirigeaient des forces de nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes. A certaines occasions, des unit\u00e9s de diff\u00e9rentes nationalit\u00e9s se trouvaient m\u00eal\u00e9es dans la m\u00eame structure. A un niveau structurel, l&rsquo;exp\u00e9rience de la brigade franco-allemande s&rsquo;\u00e9largit dans l&rsquo;exp\u00e9rience du Corps europ\u00e9en, auquel se joignirent des participants espagnols, belges, luxembourgeois. D&rsquo;autres initiatives multinationales furent prises. La question de la souverainet\u00e9 nationale ne fut jamais soulev\u00e9e de mani\u00e8re inqui\u00e8te ou pol\u00e9mique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe ne fut pas du tout le cas lorsque les \u00c9tats-Unis entr\u00e8rent dans le jeu. On pense naturellement au conflit du Kosovo, entre mars et juin 1999. Cette exp\u00e9dition multinationale, men\u00e9e selon les r\u00e8gles de l&rsquo;OTAN et dans le cadre de ses structures, provoqua des heurts significatifs entre alli\u00e9s. Il est faux d&rsquo;avancer, comme cela est souvent implicitement fait, que ce fut essentiellement, voire seulement avec les Fran\u00e7ais. L&rsquo;incident le plus grave au niveau op\u00e9rationnel, qui implique \u00e9videmment la souverainet\u00e9 nationale, \u00e9clata entre les deux alli\u00e9s soi-disant \u00ab\u00a0privil\u00e9gi\u00e9s\u00a0\u00bb : entre le g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain Clark et le g\u00e9n\u00e9ral britannique Jackson, le 11 juin 1999, \u00e0 propos de l&rsquo;ordre d&rsquo;investir l&rsquo;a\u00e9roport de Pristina (refus du Britannique d&rsquo;ob\u00e9ir, finalement ent\u00e9rin\u00e9 par les autorit\u00e9s politiques). Tous les pays europ\u00e9ens furent concern\u00e9s, et cela ne concernait \u00e9videmment qu&rsquo;une seule situation : la souverainet\u00e9 nationale de ces pays face \u00e0 la pr\u00e9pond\u00e9rance et l&rsquo;unilat\u00e9ralisme am\u00e9ricains. R\u00e9p\u00e9tons combien nous jugeons que c&rsquo;est une situation normale, \u00e0 cause de la disparit\u00e9 des  situations : disparit\u00e9 entre la puissance am\u00e9ricaine et les autres, disparit\u00e9 entre la situation g\u00e9ographique des \u00c9tats-Unis et celle des pays europ\u00e9ens, disparit\u00e9 enfin entre la psychologie am\u00e9ricaine et celle des pays europ\u00e9ens ; par cons\u00e9quent, disparit\u00e9 des analyses, des int\u00e9r\u00eats, des d\u00e9cisions et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa position la plus significative dans cette situation des ann\u00e9es 1990 est \u00e0 nouveau celle des Fran\u00e7ais. Alors que les Fran\u00e7ais ont continuellement bataill\u00e9 contre une int\u00e9gration compl\u00e8te dans un syst\u00e8me o\u00f9 se trouveraient les \u00c9tats-Unis, ils ne montrent aujourd&rsquo;hui aucune r\u00e9pugnance pour un syst\u00e8me europ\u00e9en. Le principal enjeu pour eux, aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;est pas d&#8217;emp\u00eacher une int\u00e9gration europ\u00e9enne, mais un contr\u00f4le du syst\u00e8me europ\u00e9en par les Am\u00e9ricains qui risquerait de conduire <em>de facto<\/em> \u00e0 une int\u00e9gration dans un syst\u00e8me o\u00f9 se trouvent les \u00c9tats-Unis, et par cons\u00e9quent sous contr\u00f4le des \u00c9tats-Unis. On retrouve les m\u00eames donn\u00e9es constantes depuis la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, et finalement \u00e0 la base de l&rsquo;\u00e9chec de la CED en 1954.<\/p>\n<h3>L&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne est un outil, pas une fin<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe paradoxe de la pouss\u00e9e actuelle dans la d\u00e9fense europ\u00e9enne, avec la perspective caress\u00e9e par certains que cette pouss\u00e9e m\u00e8ne \u00e0une arm\u00e9e europ\u00e9enne, est illustratif de la situation europ\u00e9enne. Ce qui, en 1954, conduisait \u00e0 une main-mise d&rsquo;une souverainet\u00e9 ext\u00e9rieure sur les souverainet\u00e9s europ\u00e9ennes, aujourd&rsquo;hui conduirait \u00e0 l&rsquo;inverse : sauvegarde des souverainet\u00e9s europ\u00e9ennes de la main-mise d&rsquo;une souverainet\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa probl\u00e9matique de l'\u00a0\u00bbarm\u00e9e europ\u00e9enne\u00a0\u00bb a chang\u00e9 du tout au tout. L&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne \u00e9tait en 1954, objectivement consid\u00e9r\u00e9e, un instrument de la pr\u00e9pond\u00e9rance am\u00e9ricaine. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est l&rsquo;inverse : un outil de desserrement d\u00e9cisif de cette pr\u00e9pond\u00e9rance. L\u00e0-dessus, la question th\u00e9orique et th\u00e9ologique de la s\u00e9curit\u00e9 nationale n&rsquo;a qu&rsquo;une importance annexe. Les forces arm\u00e9es sont constitu\u00e9es avec des syst\u00e8mes et des hommes fortement marqu\u00e9s par la dimension nationale. Les dispositions techniques d&rsquo;une int\u00e9gration, l&rsquo;hypoth\u00e8se maximale de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne, n&rsquo;ont gu\u00e8re de chance d&rsquo;imposer une influence d\u00e9cisive sur des facteurs d&rsquo;une telle puissance que la psychologie ou l&rsquo;apprentissage et l&rsquo;usage des techniques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est n\u00e9cessaire de d\u00e9barrasser la question de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne de cette dimension pol\u00e9mique, intellectuelle, d&rsquo;un d\u00e9bat th\u00e9ologique qui a pour effet de diaboliser la cause adverse et d&rsquo;enfermer les positions en pr\u00e9sence dans l&rsquo;extr\u00e9misme. C&rsquo;est une m\u00e9thode courante pour \u00e9viter l&rsquo;essentiel : en \u00e9cartant toute possibilit\u00e9 de d\u00e9bat, l&rsquo;extr\u00e9misme de la pens\u00e9e dissimule le vrai objet du d\u00e9bat. Bien entendu, l&rsquo;objet du d\u00e9bat de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne n&rsquo;est pas l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne mais la domination am\u00e9ricaine de l&rsquo;Europe. Et, l\u00e0-dessus, l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne n&rsquo;est pas un but mais un outil. Ce n&rsquo;est pas pour rien que les adversaires les plus bruyants de l&rsquo;arm\u00e9e europ\u00e9enne sont aussi, \u00e0l&rsquo;image de Lady Thatcher, des pro-am\u00e9ricains inconditionnels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(1) Contribution de Irwin M. Wall \u00e0 la publication Plon\/La Documentation Fran\u00e7aise, collection Espoir, \u00a0\u00bbDe Gaulle en son si\u00e8cle, 4. La s\u00e9curit\u00e9 et l&rsquo;ind\u00e9pendance de la France\u00a0\u00bb (1991). Professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie, historien, Wall est un grand sp\u00e9cialiste des relations France-USA de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Son ouvrage \u00a0\u00bbL&rsquo;influence am\u00e9ricaine sur la politique fran\u00e7aise, 1945-1954\u00a0\u00bb (Belfond, 1989), fait autorit\u00e9.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une arm\u00e9e europ\u00e9enne? Depuis l&rsquo;origine du processus actuel qu&rsquo;on peut situer \u00e0 l&rsquo;automne de 1998, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00ab\u00a0arm\u00e9e europ\u00e9enne\u00a0\u00bb fait \u00e0 nouveau son chemin. Elle ne para\u00eet plus du seul domaine de l&rsquo;utopie. 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