{"id":64919,"date":"2001-01-25T00:00:00","date_gmt":"2001-01-24T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/01\/25\/de-defensa-volume-16-n09-du-25-janvier-2001-double-look\/"},"modified":"2001-01-25T00:00:00","modified_gmt":"2001-01-24T22:00:00","slug":"de-defensa-volume-16-n09-du-25-janvier-2001-double-look","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/01\/25\/de-defensa-volume-16-n09-du-25-janvier-2001-double-look\/","title":{"rendered":"de defensa Volume 16, n\u00b009 du 25 janvier 2001 &#8211; \u00a0\u00bbDouble-Look\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><p>@SURTITRE = \u00ab\u00a0Double-Look\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = De la \u00ab\u00a0politique du spectacle\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = La situation politique se comprend \u00e0 deux niveaux : une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9-virtualiste\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle\u00a0\u00bb. En attendant, triomphe de la \u00ab\u00a0politique du spectacle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous nous attachons, ci-dessous, \u00e0 des d\u00e9veloppements r\u00e9cents de la situation de la politique de s\u00e9curit\u00e9, d&rsquo;abord au Royaume-Uni et ensuite aux \u00c9tats-Unis, avec un facteur de confrontation entre ces deux cas, sur l&rsquo;arri\u00e8re-plan des questions transatlantiques de s\u00e9curit\u00e9 (PESD, <em>special relationships<\/em>, \u00e9tablissement des \u00e9quilibres au sein de l&rsquo;\u00e9quipe GW Bush, etc). Ces cas ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s d&rsquo;un point de vue limit\u00e9 mais le plus large possible, par leurs interf\u00e9rences sur la situation g\u00e9n\u00e9rale, en Europe, dans les rapports transatlantiques, etc, et aussi, dans la perspective historique qui permet d&rsquo;apporter un \u00e9clairage in\u00e9dit et extr\u00eamement enrichissant. Il est possible, et m\u00eame assez probable, qu&rsquo;ici et l\u00e0 nous d\u00e9veloppions des analyses et tirions des conclusions qui ne vont pas n\u00e9cessairement dans le sens des analyses g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9es et qui divergent des conclusions g\u00e9n\u00e9ralement tir\u00e9es. L&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas tant ce r\u00e9sultat, diff\u00e9rent des d\u00e9marches habituelles, que le cheminement de l&rsquo;analyse et jusqu&rsquo;\u00e0 la conclusion. On peut alors observer que cette diff\u00e9rence d&rsquo;appr\u00e9ciation et cette diff\u00e9rence de raisonnement sont surtout d\u00fbes \u00e0 la mise en \u00e9vidence que nous faisons, et l&rsquo;attention extr\u00eame que nous lui apportons, de l&rsquo;existence de deux niveaux de \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un point central de l&rsquo;analyse, ce qui conditionne toute notre m\u00e9thodologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn commence effectivement \u00e0 \u00eatre habitu\u00e9 \u00e0 cette gymnastique n\u00e9cessaire aujourd&rsquo;hui, o\u00f9 il faut savoir s\u00e9parer, puis juger s\u00e9par\u00e9ment une r\u00e9alit\u00e9 fabriqu\u00e9e par les moyens de communication, &mdash; quelque chose que nous nommons \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9-virtualiste\u00a0\u00bb &mdash;, et d&rsquo;autre part la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9poque du virtualisme nous oblige malheureusement \u00e0 constamment utiliser ce pl\u00e9onasme (r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle) qui n&rsquo;a pas la vertu de la l\u00e9g\u00e9ret\u00e9, tant pour le style que pour le fond. (L&rsquo;\u00e9poque du virtualisme se caract\u00e9rise effectivement par la lourdeur.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous inversons l&rsquo;ordre de la r\u00e9flexion. Nous d\u00e9veloppons d&rsquo;abord une r\u00e9flexion sur la signification que nous donnons au fait fondamental, quoiqu&rsquo;\u00e9vident pour le bon sens, de la persistance de la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle, que la r\u00e9alit\u00e9-virtualiste ne parvient pas \u00e0 r\u00e9duire. Nous en viendrons ensuite \u00e0 l&rsquo;analyse de la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle dans les cas choisis, et choisis parce qu&rsquo;ils permettent de mieux embrasser un aspect essentiel de la situation strat\u00e9gique transatlantique. Nous proc\u00e9dons de la sorte pour tenter de faire mieux comprendre l&rsquo;importance que nous accordons \u00e0 notre m\u00e9thodologie, et \u00e0 la situation qui la d\u00e9termine. L'\u00a0\u00bbexistence\u00a0\u00bb d&rsquo;une double r\u00e9alit\u00e9 est le facteur essentiel, fondamental, de toute compr\u00e9hension de la situation strat\u00e9gique et des relations internationales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl peut para\u00eetre inhabituel, et sans doute pr\u00e9occupant pour le \u00ab\u00a0s\u00e9rieux\u00a0\u00bb de la r\u00e9flexion, de sortir des voies habituelles du jugement sur la politique, son \u00e9volution, sa signification, etc, pour s&rsquo;attacher d&rsquo;abord aux structures m\u00eame de cette politique. La justification de ce choix est que le ph\u00e9nom\u00e8ne structurel (repr\u00e9sent\u00e9 par cette diff\u00e9rence que nous faisons entre r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle et r\u00e9alit\u00e9-virtualiste) est si grand, si pressant qu&rsquo;il est d\u00e9sormais le seul facteur vraiment d\u00e9terminant de la politique. Cette politique n&rsquo;est plus que ce que cette structure lui permet d&rsquo;\u00eatre. Aujourd&rsquo;hui, la forme, le contenant, les r\u00e9gles de l&rsquo;action (ou de la non-action) tiennent une place pr\u00e9dominante, voire exclusive. C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n&rsquo;a pas de pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<h3>La fin de l&rsquo;URSS a permis, dans le domaine politique, d&rsquo;abandonner le fond pour la forme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPendant quelques d\u00e9cennies, \u00e0 partir \u00e0 peu pr\u00e8s des ann\u00e9es 1960, on a parl\u00e9 de la \u00ab\u00a0politique-spectacle\u00a0\u00bb. Le premier grand \u00e9v\u00e9nement du ph\u00e9nom\u00e8ne aurait \u00e9t\u00e9, selon une analyse assez g\u00e9n\u00e9rale, le face-\u00e0-face t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 entre John Kennedy et Richard Nixon lors de la campagne pr\u00e9sidentielle am\u00e9ricaine de 1960. Selon les statisticiens des \u00e9v\u00e9nements \u00e9lectoraux, cet \u00e9v\u00e9nement donna la victoire au premier, pour des raisons souvent d\u00e9crites comme fort \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la politique, &mdash; selon le mot d&rsquo;un politologue, \u00ab <em>plus \u00e0 cause de sa coupe de cheveux et de sa coupe de costume qu&rsquo;\u00e0 cause du contenu de ses interventions<\/em> \u00bb. Pour autant, la politique de Kennedy ne consista pas \u00e0 entretenir une coupe de cheveux et \u00e0 veiller \u00e0 la bonne coupe des costumes. Cette \u00ab\u00a0politique-spectacle\u00a0\u00bb ne se r\u00e9duisait pas \u00e0 \u00eatre ex\u00e9crable \u00e0 cause de ses aspects qui pouvaient l&rsquo;\u00eatre ; elle n&#8217;emprisonnait pas ceux qui y sacrifiaient. De Gaulle, bien qu&rsquo;il f\u00fbt stupidement qualifi\u00e9 par ses adversaires d'\u00a0\u00bbhomme du pass\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9tait un ma\u00eetre de la \u00ab\u00a0politique-spectacle\u00a0\u00bb, notamment gr\u00e2ce \u00e0 sa ma\u00eetrise de l&rsquo;intervention t\u00e9l\u00e9visuelle. On ne peut dire que les fondements de sa politique en souffrissent jamais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0 s&rsquo;arr\u00eate la bonne nouvelle, pour dire que le lien \u00e0 la \u00ab\u00a0politique-spectacle\u00a0\u00bb d\u00e9pend de l&rsquo;homme ; au contraire, l&rsquo;homme qui a utilis\u00e9 la politique-spectacle peut en devenir le prisonnier, par faiblesse. Sur Kennedy, on pourrait dire qu&rsquo;il reste ceci, qui est un jugement de l&rsquo;\u00e9crivain Gore Vidal, qui fut un de ses proches (Gore Vidal milita activement chez les d\u00e9mocrates pendant la p\u00e9riode et se pr\u00e9senta \u00e0 la Chambre des Repr\u00e9sentants en 1964 [battu]) : \u00ab <em>Jack <\/em>[Kennedy] <em>\u00e9tait l&rsquo;un des hommes les plus charmeurs que j&rsquo;ai jamais rencontr\u00e9. Il fut aussi, vu en perspective, l&rsquo;un des pires parmi les pr\u00e9sidents que nous avons eus.<\/em> \u00bb Gore Vidal s&rsquo;est expliqu\u00e9 indirectement de ce jugement lorsqu&rsquo;il rapporta ce propos : Kennedy \u00ab <em>voulait \u00eatre un pr\u00e9sident guerrier. \u00ab\u00a0Qui aurait jamais entendu parler de Lincoln\u00a0\u00bb, me demanda-t-il un jour, s&rsquo;il n&rsquo;y avait eu la Guerre Civile ?<\/em> \u00bb Autrement dit, Kennedy \u00e9tait fascin\u00e9 par la guerre pour la notori\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;elle donne au pr\u00e9sident qui la conduit (et la gagne, naturellement). A partir de ce constat qui ne satisfera ni les moralistes ni les \u00e2mes sensibles, constatons dans cette anecdote de Gore Vidal la pr\u00e9f\u00e9rence chez JFK de la forme (la guerre pour la notori\u00e9t\u00e9) sur le fond (un but politique \u00e9ventuellement atteint par la guerre, dont se contrefout Kennedy). JFK ne cessa pas d&rsquo;\u00eatre cela, homme politique dont la politique fut constamment influenc\u00e9e par les exigences de la politique-spectacle (par exemple, l&rsquo;historien Richard Reeves nous rapporte comment, en mai 1961, il choisit le sujet de la conqu\u00eate de la Lune pour un discours qu&rsquo;il devait faire : parce qu&rsquo;il cherchait un bon \u00ab\u00a0sujet RP\u00a0\u00bb [RP, pour relations publiques] apr\u00e8s les \u00e9checs de la Baie des Cochons et de sa rencontre avec Krouchtchev \u00e0 Vienne ; et peu importait le sujet, et la course \u00e0 la Lune fut choisi parmi d&rsquo;autres). JFK ne cessa d&rsquo;exploiter ses qualit\u00e9s d&rsquo;\u00ab <em>homme charmeur<\/em> \u00bb qui avait tant impressionn\u00e9 Gore Vidal, et il en fit m\u00eame une condition de sa politique. Ainsi, dans son cas, les qualit\u00e9s qu&rsquo;il faut pour la \u00ab\u00a0politique-spectacle\u00a0\u00bb interf\u00e9r\u00e8rent gravement sur la politique du pr\u00e9sident.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette pente, qui est la fascination de la substance pour la forme apr\u00e8s que la substance se soit servie de la forme pour s&rsquo;imposer, est directement la cons\u00e9quence de cette faiblesse si courante, qu&rsquo;on nomme justement d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale \u00ab\u00a0la faiblesse du caract\u00e8re\u00a0\u00bb. La faiblesse du caract\u00e8re marque la caract\u00e9ristique principale de l&rsquo;homme politique dans la d\u00e9mocratie moderne. Elle est l&rsquo;envers sombre des \u00ab\u00a0qualit\u00e9s\u00a0\u00bb qui conduisent \u00e0 sa s\u00e9lection, le sens du compromis qui devient go\u00fbt du compromis, l&rsquo;usage accidentel de l&rsquo;am\u00e9nagement de la v\u00e9rit\u00e9 qui conduit \u00e0 l&rsquo;institutionnalisation structurelle du mensonge, la proclamation des n\u00e9cessit\u00e9s de la morale qui transforme la politique en une le\u00e7on de morale, et ainsi de suite. La technique de la communication (le m\u00e9diatisme, les relations publiques) et ses exigences font le reste. La transformation au long des ann\u00e9es 1980, accomplie et boucl\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990, fut transcrite directement par la transformation de la \u00ab\u00a0politique-spectacle\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0politique du spectacle\u00a0\u00bb : la forme devenait l&rsquo;essentiel, elle prenait la place de la substance. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement vaut largement en importance la chute du Mur et la fin de l&rsquo;URSS. Il en est la cons\u00e9quence en grande partie : la fin de l&rsquo;URSS dispensait d\u00e9sormais de consid\u00e9rer la substance de la politique comme une mati\u00e8re imp\u00e9rative. La forme s&rsquo;y substitua par cons\u00e9quent, elle devint le fond de la politique. Le ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;est impos\u00e9 sans que nous nous en avisions, tant il suit la pente naturelle de la faiblesse du caract\u00e8re, comme l&rsquo;eau d\u00e9vale une pente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = La vertu en prime<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Comment notre \u00e9poque est pass\u00e9e du \u00ab\u00a0double-speak\u00a0\u00bb d&rsquo;Orwell au \u00ab\u00a0double-look\u00a0\u00bb. Au lieu de mentir pour transformer la r\u00e9alit\u00e9, affirmer qu&rsquo;une autre r\u00e9alit\u00e9 existe et la d\u00e9crire. Cela \u00e9vite le mensonge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn se rappelle du <em>double-speak<\/em> du <em>1984<\/em> de George Orwell. Orwell nous pr\u00e9sentait l&rsquo;un des fondements du monde \u00e0venir : la capacit\u00e9, par une manipulation radicale du langage, de faire accepter des interpr\u00e9tations de la r\u00e9alit\u00e9 radicalement diff\u00e9rentes, voire contraire \u00e0 ce que dit ce langage. La transcription fran\u00e7aise (\u00ab\u00a0double langage\u00a0\u00bb) est tr\u00e8s ambigu\u00eb et tr\u00e8s peu satisfaisante, dans la mesure o\u00f9 elle pourrait faire croire qu&rsquo;il y a deux langages (ce qui est vrai si l&rsquo;on accepte cette d\u00e9finition comme une image, mais cela \u00e9carte alors la caract\u00e9ristique technique\/s\u00e9mantique la plus int\u00e9ressante du ph\u00e9nom\u00e8ne). Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un m\u00eame langage, utilis\u00e9 diff\u00e9remment, et l&rsquo;expression anglaise est bien plus satisfaisante : on \u00ab\u00a0parle\u00a0\u00bb (<em>speak<\/em>) diff\u00e9remment le m\u00eame langage. (Trouver une correspondance plus pr\u00e9cise en fran\u00e7ais dans le sens exprim\u00e9 par Orwell supposerait qu&rsquo;on pass\u00e2t du sujet \u00e0 l&rsquo;action : \u00ab\u00a0double-parler\u00a0\u00bb [de la m\u00eame langue] serait alors plus satisfaisant.) La caract\u00e9ristique du <em>double-speak<\/em> est qu&rsquo;il reconna\u00eet implicitement la manipulation du m\u00eame langage, donc qu&rsquo;il reconna\u00eet implicitement le mensonge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre \u00e9poque a souvent \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00ab\u00a0orw\u00e9llienne\u00a0\u00bb, notamment avec des r\u00e9f\u00e9rence au <em>Big Brother<\/em> de <em>1984<\/em>. Pourtant, le <em>double-speak<\/em> (et encore moins, certes, le \u00ab\u00a0double langage\u00a0\u00bb) n&rsquo;est pas satisfaisant pour rendre compte du ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9crit plus haut, \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9-virtualiste\u00a0\u00bb contre \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle\u00a0\u00bb. Nous proposons un autre concept, selon la m\u00eame logique : <em>double-look<\/em>. (L&rsquo;expression serait justement traduite par \u00ab\u00a0double regard\u00a0\u00bb alors que la logique cart\u00e9sienne nous pousserait plut\u00f4t vers une expression comme \u00ab\u00a0double r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb qui souffrirait de la m\u00eame faiblesse d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 que \u00ab\u00a0double langage\u00a0\u00bb ; mais \u00ab\u00a0double regard\u00a0\u00bb souffre du handicap d&rsquo;\u00eatre d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9, et plut\u00f4t dans un sens favorable : le double regard de l&rsquo;\u00e9motion et de la raison, du sens commun et du sens artiste, etc. Nous nous en tenons au n\u00e9ologisme anglais que nous proposons, d&rsquo;autant plus appropri\u00e9 nous semble-t-il que le mot <em>look<\/em> [le <em>look<\/em>], employ\u00e9 par l&rsquo;argot de la mode, a pris aujourd&rsquo;hui le sens d'\u00a0\u00bbaspect\u00a0\u00bb, d'\u00a0\u00bbapparence\u00a0\u00bb, d\u00e9voy\u00e9 dans le sens que nous disons : l&#8217;emploi argotique de <em>look<\/em> a \u00e9volu\u00e9 de la logique s\u00e9mantique [<em>the Look<\/em> \u00e9tait le surnom de Lauren Bacall, d\u00e9signant le regard de l&rsquo;actrice] \u00e0 son d\u00e9voiement virtualiste [<em>look<\/em> comme construction d&rsquo;une apparence sp\u00e9cifique d&rsquo;un \u00eatre selon un conformisme donn\u00e9 \u00e0 partir du regard de l&rsquo;autre].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe <em>double-look<\/em> permet de comprendre en quoi notre monde se diff\u00e9rencie du monde d&rsquo;Orwell. Il n&rsquo;y a pas (plus) manipulation. Il n&rsquo;y a pas non plus des perceptions diff\u00e9rentes de la r\u00e9alit\u00e9 (ce qui est un ph\u00e9nom\u00e8ne normal et rend compte de la difficult\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9). Il y a d&rsquo;une part la perception de la r\u00e9alit\u00e9 dans sa complexit\u00e9, avec des variations (la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle), et d&rsquo;autre part il y a une perception \u00e0 la fois provoqu\u00e9e et volontaire, et \u00e0 la fois accept\u00e9e, d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente (r\u00e9alit\u00e9-virtualiste) ; cette r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente est rendue possible dans son apparence gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;addition de comportements d&rsquo;interpr\u00e9tation (conformisme) et de capacit\u00e9s m\u00e9caniques de repr\u00e9sentation d&rsquo;une puissance tr\u00e8s grande (communication, technologie, etc). C&rsquo;est la diff\u00e9rence essentielle avec le <em>double-speak<\/em> d&rsquo;Orwell : <em>stricto sensu<\/em>, il ne semble pas y avoir de mensonge, puisque le <em>double-look<\/em> semble rendre compte d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 existante.<\/p>\n<h3>Interpr\u00e9tation et description des actes d&rsquo;un \u00ab <strong><em>leader implicite<\/em><\/strong> \u00bb (l&rsquo;Allemagne en Europe)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons tous les jours des exemples de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, avec un effort d&rsquo;interpr\u00e9tation. Nous revenons sur la perception de la position allemande en Europe (voir <em>dd&#038;e<\/em>, Vol16, n<198>08, rubrique <em>Contexte<\/em>) au moment du sommet de Nice. Les chiffres et les r\u00e9alit\u00e9s de la puissance continuent \u00e0 exister (r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle) et nous montrent sans gu\u00e8re de difficult\u00e9s que l&rsquo;Allemagne est loin aujourd&rsquo;hui d&rsquo;\u00eatre la premi\u00e8re puissance en Europe, qu&rsquo;elle ne l&rsquo;est pas du tout dans des domaines essentiels et n\u00e9cessaires de la d\u00e9finition de la puissance (diplomatie, technologie, puissance militaire, culture, voire m\u00eame l&rsquo;\u00e9conomie o\u00f9 la position allemande, loin de la sup\u00e9riorit\u00e9 des ann\u00e9es 1980, est quasiment sur le m\u00eame pied que la position fran\u00e7aise). Depuis le sommet de Nice, c&rsquo;est une affirmation globale inverse qui pr\u00e9vaut imp\u00e9rativement. S&rsquo;il se garde bien de d\u00e9tailler les faits (et pour cause), le <em>double-look<\/em> se garde bien de les dissimuler ou de les transformer (pas de mensonge) ; simplement, il les ignore au profit de l&rsquo;effet. Ainsi peut-on lire dans <em>Le Monde<\/em> des 31 d\u00e9cembre 2000\/1er janvier 2001 : \u00ab <em>En faisant une sorte de fixation sur le maintien de la parit\u00e9 avec l&rsquo;Allemagne, malgr\u00e9 une diff\u00e9rence de 22 millions d&rsquo;habitants, la France a consenti \u00e0 cette m\u00eame Allemagne une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la future Europe \u00e9largie.<\/em> \u00bb Qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? Qu&rsquo;en refusant un avantage \u00e0 l&rsquo;Allemagne, la France lui a \u00ab <em>consenti <\/em>[&#8230;] <em>une place pr\u00e9pond\u00e9rante &#8230;<\/em> \u00bb ? On s&rsquo;y perd diablement \u00e0 chercher le lien de la logique. (Au reste, c&rsquo;est le m\u00eame journal, qui laisse ainsi entendre combien la France est en situation d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 en Europe, qui revient aux faits parce que ceux-ci persistent \u00e0 exister et nous ass\u00e8ne, dix jours plus tard, dans sa manchette du 9 janvier 2001 : \u00ab <em>Portrait d&rsquo;une France en pleine croissance<\/em> \u00bb, avec un r\u00e9cit statistique de la situation \u00e9conomique fran\u00e7aise qui n&rsquo;est pas loin de rappeler la description quasi-extatique de l&rsquo;Am\u00e9rique clintonienne des ann\u00e9es 1990.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe <em>double-look<\/em> nous aide \u00e0 nous y retrouver. D&rsquo;abord, <em>Le Monde<\/em> parle d&rsquo;une pr\u00e9pond\u00e9rance dans \u00ab <em>la future Europe \u00e9largie<\/em> \u00bb, comme si l&rsquo;on savait de quoi il s&rsquo;agit en r\u00e9alit\u00e9, et quand, et comment, mais qui est par ailleurs pour cette sorte d&rsquo;esprit (les r\u00e9dacteurs du <em>Monde<\/em>) une r\u00e9alit\u00e9-virtualiste tenue pour acquise ; ensuite, il se r\u00e9f\u00e8re comme allant de soi et qui est tenu pour acquis sans n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9monstration \u00e0 ce que nous pr\u00e9sentions dans notre publication pr\u00e9c\u00e9dente (<em>dd&#038;e<\/em>, Vol16, n<198>08, rubrique <em>Contexte<\/em>), avec cette citation de <em>La Libre Belgique<\/em> du 12 d\u00e9cembre 2000 : \u00ab <em>La presse <\/em>(allemande) <em>est formelle : au sommet de Nice, l&rsquo;Allemagne a pour la premi\u00e8re fois assum\u00e9 son r\u00f4le de leader implicite de l&rsquo;Europe &#8230;<\/em> \u00bb Ainsi la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9-virtualiste est-elle compl\u00e8te et l&rsquo;Allemagne est-elle sacr\u00e9e \u00ab <em>leader implicite<\/em> \u00bb de l&rsquo;Europe, de presse en presse et d&rsquo;\u00e9dito en \u00e9dito. \u00ab <em>D&rsquo;ailleurs, Schr\u00f6der a \u00e9trenn\u00e9 aussit\u00f4t sa nouvelle position de leader europ\u00e9en en allant voir Poutine <\/em>[les 6 et 7 janvier \u00e0 Moscou] \u00bb, explique une source diplomatique \u00e0 Moscou. On examinera \u00e0 nouveau le bien-fond\u00e9 de cette affirmation le jour o\u00f9, pour renforcer les liens nouveaux du \u00ab <em>leader implicite<\/em> \u00bb de l&rsquo;Europe avec la Russie, Schr\u00f6der s&rsquo;opposera fermement et publiquement \u00e0 la NMD am\u00e9ricaine dont les Russes ne veulent pas entendre parler et que lui-m\u00eame condamne d&rsquo;ailleurs en priv\u00e9. On sait bien que c&rsquo;est irr\u00e9aliste et que, comme d&rsquo;habitude, les Allemands auront une position de repli (derri\u00e8re la France, si la France s&rsquo;oppose fermement \u00e0 la NMD) ou une position de capitulation sur la question, &mdash; et tant pis pour les Russes. On comprend alors que le probl\u00e8me pos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;univers de la r\u00e9alit\u00e9-virtualiste, et, dans celui-ci, \u00e0 son \u00ab <em>leader implicite<\/em> \u00bb saisonnier, vient de rien d&rsquo;autre que de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SURTITRE = Le vent du \u00ab\u00a0grand large\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Le Grand Dessein<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = La politique de spectacle de Tony Blair a con\u00e7u un grand dessein : faire du Royaume-Uni la pi\u00e8ce-ma\u00eetresse de l&rsquo;ensemble occidental et transatlantique. C&rsquo;est beaucoup plus que Churchill.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDes hommes politiques sont n\u00e9s de cette \u00e9poque o\u00f9 la politique-spectacle s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e vers sa transformation en politique du spectacle, et ce sont les principaux hommes politiques de notre \u00e9poque. Il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner une seconde que nous ayons les hommes politiques que l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9rite, puisque parfaitement enfants de leur \u00e9poque. Dans un autre temps, ni Bill Clinton ni Tony Blair ne seraient arriv\u00e9s o\u00f9 ils furent et o\u00f9 ils sont. Ils ont amen\u00e9 avec eux une \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb fondamentalement virtualiste et, en cela, parce que la politique contient effectivement une part de spectacle et de repr\u00e9sentation et qu&rsquo;ils l&rsquo;ont d\u00e9velopp\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, ils ont invent\u00e9 la politique du spectacle : la r\u00e9flexion politique concerne d\u00e9sormais non pas l&rsquo;acte de la politique, mais la repr\u00e9sentation qui en est donn\u00e9e. C&rsquo;est parfaitement ce que signifiait Allistair Campbell, conseiller en communication de Tony Blair, lorsqu&rsquo;il expliquait en juillet 1999 \u00e0 propos de la guerre du Kosovo : \u00ab <em>Le fait que l&rsquo;OTAN devait l&#8217;emporter militairement n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement mis en doute. La seule bataille que nous pouvions perdre \u00e9tait la bataille pour les coeurs et les esprits. <\/em>[Pour cette raison], <em>la bataille m\u00e9diatique comptait \u00e9norm\u00e9ment.<\/em> \u00bb Consid\u00e9r\u00e9e dans le contexte que nous proposons, cette phrase permet de comprendre combien la guerre fut d&rsquo;abord une repr\u00e9sentation de la guerre, la repr\u00e9sentation prenant le pas sur les \u00e9v\u00e9nements et, pas suppl\u00e9mentaire et d\u00e9cisif, induisant les \u00e9v\u00e9nements (les d\u00e9cisions, les actes, etc). Ainsi a-t-on la confirmation de cette diff\u00e9rence fondamentale avec la propagande, qui est la repr\u00e9sentation \u00e0 son avantage d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 ; dans notre cas, dans certaines circonstances propices (la guerre du Kosovo en est une, \u00f4 combien), la repr\u00e9sentation pr\u00e9c\u00e8de totalement les faits et d\u00e9termine les actes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi elle est radicale et, dans certains cas, tr\u00e8s efficace, cette conception du monde (il faut effectivement proposer de tels concepts et parler de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation du monde\u00a0\u00bb) a sa faiblesse, qui est \u00e0 la mesure de la puissance du concept, c&rsquo;est-\u00e0-dire tr\u00e8s grande. Aujourd&rsquo;hui, nous assistons \u00e0 la mise en \u00e9vidence de cette faiblesse, dans un cas qui nous int\u00e9resse beaucoup, qui est celui du Royaume-Uni, de Tony Blair et de la PESD. Cette appr\u00e9ciation introduira l&rsquo;analyse que nous proposons ensuite de l&rsquo;\u00e9volution de la situation am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, le d\u00e9luge de propagande (dans ce cas, c&rsquo;est bien le mot puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une interpr\u00e9tation fausse d&rsquo;actes d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9s) qui a accompagn\u00e9 l&rsquo;appr\u00e9ciation britannique des crises europ\u00e9enne et transatlantique de d\u00e9cembre 2000 (voir <em>dd&#038;e<\/em>, Vol16, n<198>08) n&rsquo;a pu \u00e9carter la r\u00e9alit\u00e9. La grossi\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;interpr\u00e9tation de cette propagande (avec la PESD, la France veut forcer le Royaume-Uni\/l&rsquo;Europe \u00e0 une rupture avec les USA) se heurte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 bien connue : ce n&rsquo;est pas la France mais le Royaume-Uni qui a lanc\u00e9 la PESD. Blair est donc le responsable de la situation actuelle de conflit larv\u00e9 avec l&rsquo;OTAN\/les USA. On conna\u00eet les causes politiques de la d\u00e9cision prise par les Britanniques \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1998, apr\u00e8s leur d\u00e9sastreuse pr\u00e9sidence de l&rsquo;UE de janvier-juillet 1998 (en mati\u00e8re de d\u00e9sastre, elle valait largement la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise). Nous allons nous attacher plut\u00f4t, car nous sommes dans ce domaine, \u00e0 la cause psychologique de cette d\u00e9cision, qui rel\u00e8ve de la politique du spectacle. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;attitude psychologique qui sous-tend l&rsquo;analyse britannique de l&rsquo;\u00e9chec de la pr\u00e9sidence de janvier-juillet 1998, et son importance dans les d\u00e9cisions qui ont suivi.<\/p>\n<h3>Comment Tony Blair a con\u00e7u d&rsquo;\u00eatre malgr\u00e9 tout un \u00ab\u00a0bon Europ\u00e9en\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tA la fin de la pr\u00e9sidence britannique de l&rsquo;UE, c&rsquo;est simple, Tony Blair n&rsquo;a pu supporter la position o\u00f9 il se trouvait. \u00c9lu comme jeune dirigeant moderne et dynamique voulant se d\u00e9marquer du conservatisme qui l&rsquo;avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec une r\u00e9putation, une apparence comportant n\u00e9cessairement l&rsquo;\u00e9tiquette de \u00ab\u00a0bon Europ\u00e9en\u00a0\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire Europ\u00e9en r\u00e9duit \u00e0l&rsquo;\u00e9conomie et au lib\u00e9ralisme transatlantique), et quoiqu&rsquo;il ait fait par ailleurs depuis 1997 et son \u00e9lection dans ce sens, il se retrouvait d\u00e9nonc\u00e9 par tout ce qui fait fonctionner la r\u00e9alit\u00e9-virtualiste : la presse, les m\u00e9dias, la r\u00e9putation, le conformisme, etc. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il perdait la vertu fondamentale, la \u00ab\u00a0vertu europ\u00e9enne\u00a0\u00bb de tout dirigeant d&rsquo;un pays europ\u00e9en aujourd&rsquo;hui (y compris le Royaume-Uni), et se trouvait rejet\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres de conceptions d\u00e9finies par des termes de type obscurantiste (repli sur soi, nationalisme, isolationnisme, etc). Il s&rsquo;imposait \u00e0 lui de prendre une d\u00e9cision pour changer cette situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour para\u00eetre \u00ab\u00a0bon Europ\u00e9en\u00a0\u00bb, Blair n&rsquo;en est pas moins un solide Britannique. Il n&rsquo;entendait pas que ce \u00ab\u00a0tournant europ\u00e9en\u00a0\u00bb du Royaume-Uni se fit au d\u00e9pens d&rsquo;une perte de prestige de son pays, et m\u00eame au contraire, qu&rsquo;il renfor\u00e7at d\u00e9cisivement ce prestige. C&rsquo;est de bonne politique et tr\u00e8s britannique, de transformer une faiblesse en avantage. Blair choisit donc un domaine europ\u00e9en o\u00f9 le Royaume-Uni disposait d&rsquo;une puissance assurant \u00e0 ce pays une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans le processus europ\u00e9en ainsi lanc\u00e9. La d\u00e9fense s&rsquo;imposa. Le choix \u00e9tait d&rsquo;autant plus \u00e9vident que des faits objectifs (c&rsquo;est-\u00e0-dire non d\u00e9pendants de la politique du spectacle de Blair) le renfor\u00e7aient. Blair n&rsquo;aurait pas fait ce choix si la politique \u00e9trang\u00e8re US en Europe avait \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieuse, engag\u00e9e, donnant satisfaction \u00e0 tous les partenaires europ\u00e9ens, \u00e0 la fois puissante et digne de confiance, &mdash; tout ce qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas\/plus. Blair a agi, m\u00fb par la n\u00e9cessit\u00e9 de vertu europ\u00e9enne que la r\u00e9alit\u00e9-virtualiste impose \u00e0 tout homme politique d&rsquo;un pays europ\u00e9en, mais en ne perdant pas vraiment le contact avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToujours dans la logique d&rsquo;\u00eatre un solide Britannique, et concevant d&rsquo;aller encore plus loin et de faire, non seulement d&rsquo;une faiblesse un avantage, mais un coup de ma\u00eetre et un coup gagnant, Blair proposa sa th\u00e8se du \u00ab <em>pont transatlantique<\/em> \u00bb. Solidement install\u00e9 dans une Europe renforc\u00e9e par la pr\u00e9sence britannique mais gardant ses <em>special relationships<\/em> avec les USA, le Royaume-Uni serait le \u00ab <em>pont entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Am\u00e9rique<\/em> \u00bb (et non plus \u00ab <em>le porte-avions am\u00e9ricain en Europe<\/em> \u00bb). Cette habilet\u00e9 consomm\u00e9e a sa logique imp\u00e9rative : dans le sch\u00e9ma, l&rsquo;Europe est forte, ce n&rsquo;est pas un faire-valoir, un substitut, mais bien un partenaire (et, en quelque sorte, &mdash; rien que cela &mdash;, Londres contr\u00f4lant les deux partenaires &#8230;). Les criailleries londoniennes actuelles sont donc doublement malvenues, en plus de la chronologie historique : il \u00e9tait \u00e0 la fois logique et imp\u00e9ratif que Londres propos\u00e2t \u00e0 Paris (son partenaire oblig\u00e9 en mati\u00e8re de d\u00e9fense en Europe) quelque chose de s\u00e9rieux en fait de PESD, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec un zeste d&rsquo;autonomie par rapport \u00e0l&rsquo;OTAN, dont on comprend que la logique m\u00eane \u00e0 l&rsquo;autonomie tout court (le zeste d&rsquo;autonomie, c&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9-virtualiste, l&rsquo;autonomie tout court la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle). En ce sens, la proposition de Blair \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente, jusqu&rsquo;\u00e0 la substance, de la conception churchilienne expos\u00e9e, un jour de rage de mai 1944, \u00e0 un de Gaulle ahuri de la vivacit\u00e9 de la r\u00e9action du Premier britannique : \u00ab <em>Rappelez-vous ceci G\u00e9n\u00e9ral, entre l&rsquo;Europe et le grand large, nous choisirons toujours le grand large !<\/em> \u00bb Avec Blair, pas question de choisir : c&rsquo;est <em>banco<\/em>, rien de moins. Pour autant, il ne faut pas se cacher que cette audacieuse politique tendant \u00e0 faire du Royaume-Uni l&rsquo;axe du monde occidental et transatlantique revigor\u00e9 sacrifiait plus \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9-virtualiste construite par Blair et Alistair Campbell, qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Irresponsabilit\u00e9 tactique<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Tony Blair et ses ambitions europ\u00e9ennes face \u00e0 ses amiti\u00e9s washingtoniennes n\u00e9cessaires : une version moderne et blairienne de la quadrature du cercle<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn effet, le temps vint o\u00f9 les Am\u00e9ricains, qui avaient quelque peu musard\u00e9 lors des d\u00e9buts de la PESD, finirent par s&rsquo;apercevoir de quelque chose. C&rsquo;est autour du tout d\u00e9but de 2000 que les Am\u00e9ricains commenc\u00e8rent \u00e0 examiner s\u00e9rieusement le probl\u00e8me, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 r\u00e9aliser qu&rsquo;il y avait un probl\u00e8me. Pour Blair, les difficult\u00e9s commen\u00e7aient. Elles se sont dramatiquement accentu\u00e9es, certes, lorsque la r\u00e9alit\u00e9-virtuelle a rencontr\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle : lorsque, en novembre dernier, fut annonc\u00e9e la cr\u00e9ation de la Force de R\u00e9action Rapide europ\u00e9enne, on entrait effectivement dans la r\u00e9alit\u00e9 puisque l&rsquo;effet d&rsquo;annonce commen\u00e7ait \u00e0 y correspondre. On l&rsquo;a dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9, il y a une logique inarr\u00eatable dans la PESD, dont l&rsquo;alternative n&rsquo;est rien moins que l&rsquo;abandon de la PESD (ce qui serait un d\u00e9sastre et un d\u00e9sastre m\u00e9diatique pour les Europ\u00e9ens, Blair le premier). La PESD tend vers l&rsquo;autonomie, toute sa force dynamique y invite, d&rsquo;autant plus que l&rsquo;OTAN y oppose un statisme boudeur et but\u00e9, m\u00e2tin\u00e9 d&rsquo;arrogance bureaucratique. Les Fran\u00e7ais ont, pour d\u00e9crire cette \u00e9vidence, une logique cart\u00e9sienne : la PESD n&rsquo;a aucune raison d&rsquo;\u00eatre si elle ne tend pas vers l&rsquo;autonomie, car alors, pourquoi la faire en-dehors de l&rsquo;OTAN ? En d&rsquo;autres termes : si l&rsquo;on ne va pas faire diff\u00e9rent de l&rsquo;OTAN, si l&rsquo;on ne va pas \u00e9gratigner la pr\u00e9pond\u00e9rance de l&rsquo;OTAN, restons dans l&rsquo;OTAN comme nous y \u00e9tions tous jusqu&rsquo;\u00e0 la mi-1998, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les Britanniques viennent changer le jeu ; en d&rsquo;autres termes, ne faisons rien, &mdash; mais cela non plus n&rsquo;est pas acceptable pour les Europ\u00e9ens (Tony Blair le premier). Contrairement aux interpr\u00e9tations virtualistes de tous les alli\u00e9s (OTAN, UE et tout le reste), sans aucune exception, les Fran\u00e7ais, dans tous les cas l&rsquo;\u00e9lite dirigeante fran\u00e7aise, n&rsquo;\u00e9prouvent aucune satisfaction particuli\u00e8re devant ces n\u00e9cessit\u00e9s dont ils mesurent effectivement le caract\u00e8re d\u00e9stabilisant avec les r\u00e9actions am\u00e9ricaines ; les Fran\u00e7ais, dans tous les cas la plupart des dirigeants, s&rsquo;arrangeraient parfaitement d&rsquo;une Europe autonome, alli\u00e9e franchement et fermement aux \u00c9tats-Unis, les Am\u00e9ricains restant stationn\u00e9s en Europe au sein d&rsquo;une OTAN toujours en place. La question que suscitent tous ces \u00e9v\u00e9nements est bien celle-ci : est-ce possible ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, ce n&rsquo;est pas si loin de ce que voudrait Blair, avec quelques am\u00e9nagements. Pour lui \u00e9galement, la question de la possibilit\u00e9 existe, li\u00e9e \u00e0 ses propres termes : jouer le r\u00f4le d&rsquo;un \u00ab <em>pont transatlantique<\/em> \u00bb entre une Europe affirm\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;apport britannique et les USA, est-ce possible ? Il faut bien admettre que les derniers \u00e9v\u00e9nements du mois de d\u00e9cembre 2000, des d\u00e9clarations de Cohen le 5 d\u00e9cembre \u00e0 la sortie d&rsquo;un John Bolton dans le Sunday <em>Times<\/em> du 18 d\u00e9cembre (voir <em>dd&#038;e<\/em>, Vol16, n<198>08), ne sont pas du tout encourageants. Et la r\u00e9action britannique \u00e0 cet \u00e9tat de fait a \u00e9t\u00e9 significative.<\/p>\n<h3>Le Royaume-Uni et ses accords secrets avec Washington : l&rsquo;apparence s\u00e9rieuse de la r\u00e9alit\u00e9-virtuelle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, dans plusieurs domaines dont la caract\u00e9ristique commune est de renvoyer \u00e0 quelque chose qui ressemble \u00e0 un dilemme transatlantique, les Britanniques ont la m\u00eame attitude : une sorte de d\u00e9claration solennelle d&rsquo;irresponsabilit\u00e9. Par exemple, le cas d&rsquo;<em>Echelon<\/em>, qui est loin d&rsquo;\u00eatre clos. On continue \u00e0 parler de cette affaire, en coulisses, et, du c\u00f4t\u00e9 continental, pas seulement du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais (il ne serait pas \u00e9tonnant que les Belges s&rsquo;int\u00e9ressent au probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;occasion de leur pr\u00e9sidence de l&rsquo;UE, en juillet prochain). Certains Europ\u00e9ens font remarquer aux Britanniques la d\u00e9raison de leur attitude, de vouloir toujours \u00eatre plus proches de l&rsquo;Europe, dans tous les cas \u00e9conomiquement, et de participer \u00e0 un syst\u00e8me d&rsquo;espionnage des communications dont l&rsquo;objectif av\u00e9r\u00e9 aujourd&rsquo;hui est de servir une puissance directement concurrente \u00e9conomique de l&rsquo;Europe. Une source europ\u00e9enne rapporte que \u00ab <em>les Britanniques sont de plus en plus ennuy\u00e9s dans cette affaire, et ils vont jusqu&rsquo;\u00e0 dire qu&rsquo;ils d\u00e9couvrent cette orientation <\/em>[\u00e9conomique] <em>d&rsquo;un syst\u00e8me dont ils ont cru jusqu&rsquo;ici qu&rsquo;il avait cette seule vocation n\u00e9e durant la Guerre froide d&rsquo;observation des mati\u00e8res de s\u00e9curit\u00e9 collective<\/em> \u00bb. Laissons l&rsquo;explication, bien entendu de circonstance, sinon pour relever qu&rsquo;elle appuie la th\u00e8se du malaise britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui est remarquable est que, lorsqu&rsquo;ils se trouvent plac\u00e9s devant la question d\u00e9cisive (pourquoi le Royaume-Uni ne quitte-t-il pas <em>Echelon<\/em> ?), dans tous les cas pos\u00e9e comme hypoth\u00e8se de conversation, leur r\u00e9action est significative : \u00ab <em>Ils r\u00e9pondent qu&rsquo;ils sont coinc\u00e9s, qu&rsquo;il y a des accords qui les tiennent, qu&rsquo;ils n&rsquo;y peuvent rien &#8230;<\/em> \u00bb La m\u00eame attitude \u00e9trange vaut dans le cas des accords d&rsquo;exclusivit\u00e9 UK-USA sur la technologie furtive, qui emp\u00eachent les Britanniques de participer \u00e0 d&rsquo;\u00e9ventuels programmes de recherche europ\u00e9ens, malgr\u00e9 le d\u00e9sir \u00e9vident et tr\u00e8s fort qu&rsquo;ils en ont : ils excipent de ces accords comme quelque chose qui leur est impos\u00e9, sur lequel ils n&rsquo;ont gu\u00e8re de prise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est donc le dernier avatar tactique du Royaume-Uni : l&rsquo;irresponsabilit\u00e9. C&rsquo;est un \u00e9trange choix tactique (choix qui n&rsquo;en est pas un en tant que tel, qui est plut\u00f4t une tactique de retardement), qui a le don d&rsquo;agacer de plus en plus nettement les interlocuteurs continentaux ; c&rsquo;est un choix tactique, celui de se dire prisonnier d&rsquo;accords o\u00f9 l&rsquo;on est partie souveraine, qui, surtout, para\u00eet bien \u00e9trange pour une nation qui s&rsquo;affirme, lorsqu&rsquo;elle parle des mati\u00e8res europ\u00e9ennes, si sourcilleuse \u00e0propos de sa souverainet\u00e9, de son ind\u00e9pendance, &mdash; bref de son pouvoir de d\u00e9cider souverainement de son destin. L\u00e0, au contraire, c&rsquo;est comme s&rsquo;il existait un d\u00e9terminisme sup\u00e9rieur, et manifestement, on s&rsquo;en doute, un d\u00e9terminisme compl\u00e8tement yankee.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes pi\u00e8tres explications ne sont-elles pas autre chose que le reflet, \u00e0 nouveau, d&rsquo;une situation n\u00e9e de la politique du spectacle ? La politique du spectacle, dans ce cas, c&rsquo;est la l\u00e9gende des \u00ab\u00a0relations privil\u00e9gi\u00e9es\u00a0\u00bb entre USA et UK. L&rsquo;affirmation, du c\u00f4t\u00e9 britannique, n&rsquo;en a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9chevel\u00e9e et syst\u00e9matique que depuis que ces relations ne s&rsquo;imposent plus naturellement (depuis la fin de la Guerre Froide). Litt\u00e9ralement, ces <em>special relationships<\/em>, bien r\u00e9elles au d\u00e9part, au d\u00e9but de la Guerre froide puis ayant perdur\u00e9 tout au long de cette p\u00e9riode, ont pris depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de Tony Blair des proportions dialectiques qui les apparentent \u00e0la r\u00e9alit\u00e9-virtuelle ; ainsi, elles n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 si fortement, si impudemment proclam\u00e9es que depuis que la PESD a \u00e9t\u00e9 effectivement lanc\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire depuis que les relations USA-UK sont si fortement menac\u00e9es. Ainsi, concluons \u00e0 ce point et temporairement, avant de poursuivre : certes, le Royaume-Uni blairiste se r\u00e9v\u00e8le aujourd&rsquo;hui bien plus prisonnier du th\u00e9\u00e2tre virtuel qu&rsquo;il a mont\u00e9 que des accords soi-disant secrets dont, para\u00eet-il, il ne peut se d\u00e9gager.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Albion coinc\u00e9e<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = L&rsquo;alternative \u00e0 un engagement europ\u00e9en du Royaume-Uni, c&rsquo;est un rapprochement d\u00e9cisif des USA. Cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9. Et pour conclure \u00e0 la fin de l&rsquo;identit\u00e9 britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFinalement, Blair a mis le Royaume-Uni dans une position impossible. (Mais pouvait-il faire autrement ? Aujourd&rsquo;hui, dans les conditions qui se pr\u00e9cisent et autour de lui, le Royaume-Uni qui voudrait ne pas choisir peut-il \u00eatre ailleurs que dans une situation impossible \u00e0 cause de cette absence de choix ?) On sait bien que l&rsquo;alternative \u00e0 l&rsquo;Europe pour les Britanniques, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;isolement mais le rapprochement d\u00e9cisif avec les USA (ce que nous nommons pour faire bref \u00ab\u00a0la th\u00e8se du 51e \u00c9tat\u00a0\u00bb, ou encore le Royaume-Uni acceptant un certain degr\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration \u00e0 une sph\u00e8re anglo-saxonne atlantique, qui serait \u00e9videmment une sph\u00e8re am\u00e9ricaniste). On en parle, souvent \u00e0 mots couverts, parfois de fa\u00e7on ouverte. Ce fut le cas \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1999, quand divers journaux contr\u00f4l\u00e9s par des int\u00e9r\u00eats multinationaux am\u00e9ricains (Ruper Murdoch et le reste) plaid\u00e8rent avec une vigueur thatch\u00e9rienne pour une int\u00e9gration du Royaume-Uni dans la sph\u00e8re am\u00e9ricaniste, par le biais d&rsquo;un accord ALENA \u00e9tendu dont on comprend bien que ce ne serait qu&rsquo;un d\u00e9but. (Cette id\u00e9e est toujours dans les esprits d&rsquo;un certain courant britannique, d&rsquo;abord \u00e9conomiste, hyper-lib\u00e9ral et libre-\u00e9changiste. Sir Leon Brittan, \u00e0 la Commission jusqu&rsquo;en 1999, l&rsquo;avait sans nul doute.) La th\u00e8se n&rsquo;est pas nouvelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans son livre <em>R\u00e9flexions sur la puissance am\u00e9ricaine<\/em> publi\u00e9 en 1967 alors qu&rsquo;il \u00e9tait ambassadeur des USA \u00e0 l&rsquo;ONU, George Ball, un excellent diplomate am\u00e9ricaine de la trempe d&rsquo;un Kennan (et, pour cela, emp\u00each\u00e9 d&rsquo;avoir la carri\u00e8re qu&rsquo;il aurait d\u00fb avoir), expose qu&rsquo;il fit \u00e9tudier en 1965 par ses services (il \u00e9tait alors secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat adjoint), la possibilit\u00e9 d&rsquo;une conf\u00e9d\u00e9ration anglo-saxonne (\u00e9ventuellement avec le Canada, l&rsquo;Australie et la Nouvelle-Z\u00e9lande) dont l&rsquo;essentiel e\u00fbt \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 sur un rapprochement d\u00e9cisif USA-UK (Ball nommait cela \u00ab <em>un plan \u00e9ventuel de ce qu&rsquo;on pourrait appeler de mani\u00e8re peu heureuse \u00ab\u00a0union politique anglo-saxonne\u00a0\u00bb<\/em>\u00bb). La situation avait des similitudes avec celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ball fit \u00e9tudier la question parce que le Royaume-Uni \u00e9tait, \u00e0l&rsquo;\u00e9poque, en 1965, compl\u00e8tement barr\u00e9 en Europe par l&rsquo;opposition intransigeante du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 les m\u00eames termes du m\u00eame dilemme qui flotte autour du Royaume-Uni depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle : le continent ou \u00ab <em>le grand large<\/em> \u00bb. (En r\u00e9alit\u00e9, de Gaulle \u00ab\u00a0n&rsquo;interdisait\u00a0\u00bb pas l&rsquo;Europe aux Britanniques, il exigeait qu&rsquo;ils d\u00e9nouassent les liens les tenant attach\u00e9s hors d&rsquo;Europe, notamment et particuli\u00e8rement aux \u00c9tats-Unis.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFinalement, Ball ne soumit pas cette proposition, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s avanc\u00e9e, tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e, au secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat (Dean Rusk), encore moins au pr\u00e9sident (Lyndon Johnson). Il jugea qu&rsquo;une telle proposition \u00ab <em>aurait, en fin de compte, pos\u00e9 plus de probl\u00e8mes qu&rsquo;elle n&rsquo;en aurait r\u00e9solu<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>L&rsquo;auto-critique du projet UK-\u00ab\u00a051e \u00c9tat\u00a0\u00bb par un de ses pr\u00e9curseurs<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tA aucun moment, on ne sent le moindre enthousiasme de Ball pour ce projet. Il s&rsquo;y int\u00e9resse parce que la situation du Royaume-Uni est per\u00e7ue par lui comme un tr\u00e8s difficile isolement vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Europe, et que la politique des \u00ab\u00a0relations privil\u00e9gi\u00e9es\u00a0\u00bb (USA-UK) est jug\u00e9e par lui comme pas vraiment satisfaisante (elle comporte \u00ab <em>une discrimination d\u00e9pourvue d&rsquo;unit\u00e9 politique. Elle blesse d&rsquo;autres nations et nous vaut des invonv\u00e9nients sans avoir d&rsquo;avantage<\/em> \u00bb). Malgr\u00e9 cette situation peu enthousiasmante, Ball finit par condamner l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une union politique. (Il faut noter que Ball avait aussit\u00f4t rejet\u00e9 dans son approche pr\u00e9paratoire l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une zone de libre-\u00e9change anglo-saxonne, type ALENA comme on la consid\u00e8re aujourd&rsquo;hui, dans la mesure o\u00f9 elle contrevenait fondamentalement au \u00ab <em>principe de non-discrimination dans les relations commerciales<\/em> \u00bb suivi par les USA et provoquerait dans le reste du monde \u00ab <em>un ressentiment anti-am\u00e9ricain<\/em> \u00bb. Cela aussi reste d&rsquo;actualit\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes raisons avanc\u00e9es par Ball concernent le Royaume-Uni : \u00ab [L]<em>a fusion <\/em>[du Royaume-Uni] <em>avec un g\u00e9ant consisterait en fait \u00e0 couler le Royaume-Uni et les vieux dominions dans un moule am\u00e9ricain. <\/em>[&#8230;A] <em>coup s\u00fbr, le plan exigerait du peuple britannique un grand sacrifice en ce qui concerne ses valeurs nationales. Il signifierait presque certainement l&rsquo;absorption d&rsquo;une grande partie de sa culture et de son identit\u00e9 dans des \u00c9tats-Unis beaucoup plus vastes.<\/em> \u00bb En gros, disait Ball, le Royaume-Unis deviendrait \u00ab <em>une sorte d&rsquo;Ecosse en plus grand, <\/em>[et il] <em>serait enclin \u00e0 y voir une retraite honteuse, non une aventure audacieuse<\/em> \u00bb. Ces jugements sont d&rsquo;autant plus int\u00e9ressants qu&rsquo;ils \u00e9manent d&rsquo;un homme qui \u00e9tait un internationaliste, au sein d&rsquo;une administration d\u00e9mocrate elle-m\u00eame internationaliste, dans des \u00c9tats-Unis dont la puissance \u00e9tait bien aussi fortement affirm\u00e9e qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est dire si son jugement n&rsquo;est pas le fait d&rsquo;une exaltation nationaliste ou annexionniste, mais au contraire tr\u00e8s mesur\u00e9, et fond\u00e9 plut\u00f4t sur l&rsquo;observation des r\u00e9alit\u00e9s. C&rsquo;est dire, par cons\u00e9quent, combien ce jugement reste d&rsquo;actualit\u00e9 : une proposition type-\u00ab\u00a051e \u00c9tat\u00a0\u00bb aujourd&rsquo;hui aurait les m\u00eames caract\u00e9ristiques et conduirait sans doute au constat de conditions assez semblables. Et l&rsquo;on comprend \u00e9videmment l&rsquo;essentiel, qui est aujourd&rsquo;hui, effectivement, plus que valable : l&rsquo;option dite du \u00ab\u00a051e \u00c9tat\u00a0\u00bb n&rsquo;est rien moins que la disparition de l&rsquo;identit\u00e9 britannique, sans parler de la souverainet\u00e9 qui ne serait avant cela plus qu&rsquo;un lointain souvenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Le dilemme blairiste<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = L&rsquo;habilet\u00e9 de Blair entre r\u00e9alit\u00e9-virtualiste et r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle produit l&rsquo;effet inattendu, et involontaire, de placer sa \u00ab\u00a0politique du grand \u00e9cart\u00a0\u00bb au centre de la campagne \u00e9lectorale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA la lumi\u00e8re de ces constats et jugements qui restent valables, on r\u00e9alise combien la situation britannique est complexe. Car, derri\u00e8re le projet blairiste, il y a la r\u00e9duction effectivement \u00e0cette alternative :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le Royaume-Uni joue franchement le jeu europ\u00e9en et esp\u00e8re, avec de bons arguments, y trouver une place de choix. Mais, \u00e0cela, la r\u00e9action visc\u00e9rale des Britanniques est d&rsquo;opposer une attitude rageuse, entretenue par les conservateurs activistes thatch\u00e9riens qui jouent l&rsquo;habituel jeu de la radicalisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;autre terme de l&rsquo;alternative, c&rsquo;est \u00ab <em>le grand large<\/em> \u00bb : dans un monde interd\u00e9pendant o\u00f9 seuls les grands ensembles survivent, ce terme implique comme destination quasi-fatale l&rsquo;option dite du \u00ab\u00a051e \u00c9tat\u00a0\u00bb. Et l&rsquo;on voit combien une analyse am\u00e9ricaine s\u00e9rieuse, qui reste enti\u00e8rement d&rsquo;actualit\u00e9 sur les points fondamentaux, nous en montre les caract\u00e8res les plus \u00e9vidents avec cette conclusion : un tel projet, c&rsquo;est la fin de l&rsquo;identit\u00e9 et de la sp\u00e9cificit\u00e9 britannique ; deux si\u00e8cles et quart plus tard, c&rsquo;est le terme des colonies am\u00e9ricaines achevant de dig\u00e9rer le colonisateur. (Des \u00ab\u00a0colonies\u00a0\u00bb en voie de multiculturisation rapide, avec une communaut\u00e9 hispanique majoritaire dans un demi-si\u00e8cle, o\u00f9 les \u00ab\u00a0citoyens\u00a0\u00bb de second rang que seraient les Britanniques [on est loin de l&rsquo;int\u00e9gration dans un tel projet] ne feraient pas la diff\u00e9rence et se retrouveraient dans un cadre humiliant qui sonnerait le glas de l'\u00a0\u00bbanglo-saxonit\u00e9\u00a0\u00bb, o\u00f9 un tel bouleversement ne manquerait pas d&rsquo;activer l&rsquo;\u00e9clatement du Royaume-Uni en Ecosse, Irlande, Galles et Angleterre d\u00e9sunis.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend que Blair continue \u00e0 affirmer, contre vents et mar\u00e9es, la validit\u00e9 de son projet de \u00ab <em>pont entre l&rsquo;Europe et les \u00c9tats-Unis<\/em> \u00bb. Comme on a cherch\u00e9 \u00e0 le d\u00e9montrer, ce projet qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9-virtuelle se heurte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle. Et, en v\u00e9rit\u00e9, personne ne l&rsquo;aide. Ne parlons pas ici des Europ\u00e9ens, mais parlons de la \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb anglo-saxonne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA l&rsquo;int\u00e9rieur du Royaume-Uni, les conservateurs sont d\u00e9j\u00e0 en campagne. Ils partent en sachant que les sondages les donnent battus mais ils vendront ch\u00e8rement leur peau, avec un petit espoir que la machine blairiste s&#8217;emballe et leur laisse une victoire inesp\u00e9r\u00e9e. Pour cela, ils ont choisi ce domaine, compl\u00e8tement in\u00e9dit pour une campagne \u00e9lectorale, de la s\u00e9curit\u00e9 et des relations strat\u00e9giques avec les USA (on voit, plus loin, cet aspect de la question plus en d\u00e9tails). Les conservateurs tablent \u00e0 mort sur une proximit\u00e9 de calendrier : la r\u00e9cente \u00e9lection du r\u00e9publicain GW Bush qui devrait, selon ce calcul, conduire \u00e0 un soutien ext\u00e9rieur du \u00ab\u00a0cousin sacr\u00e9\u00a0\u00bb sur ces mati\u00e8res de s\u00e9curit\u00e9, &mdash; contre Tony Blair. (Ce dernier, bien s\u00fbr, plus \u00ab\u00a0grand \u00e9cart\u00a0\u00bb que jamais, se pr\u00e9cipitant \u00e0Washington pour obtenir l&rsquo;appui quasiment \u00e9lectoral de GW Bush.) Tony Hague, le <em>leader<\/em> conservateur, a donc tir\u00e9 le premier p\u00e9tard de la campagne : son discours public du 12 janvier demandant que Blair affirme d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 le soutien UK inconditionnel \u00e0 une NMD anti-missiles qui n&rsquo;existe pas, qui n&rsquo;est m\u00eame pas encore lanc\u00e9e. Ce c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0plus royaliste que le roi\u00a0\u00bb (am\u00e9ricain) est de la belle et bonne tactique \u00e9lectorale. Reste \u00e0 voir ce que cette surench\u00e8re fera comme d\u00e9g\u00e2ts d&rsquo;ici les \u00e9lections, dans les relations entre UK et Europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&#8217;emp\u00eache, toute cette confusion o\u00f9 r\u00e9alit\u00e9-virtuelle et r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle sont sollicit\u00e9es et manipul\u00e9es successivement a l&rsquo;avantage de faire surgir ce qui est la simple r\u00e9alit\u00e9 des rapports de forces, entre USA et UK. Il ne s&rsquo;agit plus de rh\u00e9torique. En fait, c&rsquo;est un peu la d\u00e9monstration de l&rsquo;analyse que fait George Ball de la formule UK-\u00ab\u00a051e \u00c9tat\u00a0\u00bb, puisqu&rsquo;en cette occurence Hague et Blair sont engag\u00e9s dans une course (r\u00e9alit\u00e9-virtuelle mais qu&rsquo;importe) \u00e0 l&rsquo;affirmation d&rsquo;all\u00e9geance aux USA. Le r\u00e9sultat se voit dans la r\u00e9alit\u00e9, dans ces premiers \u00e9changes concernant la NMD, o\u00f9 toute analyse de bon sens de la position des int\u00e9r\u00eats nationaux britanniques par rapport \u00e0 cette question de la NMD est sacrifi\u00e9e au profit d&rsquo;un maximalisme pro-am\u00e9ricain. L&rsquo;intervention <em>de facto<\/em> des Am\u00e9ricains dans la campagne \u00e9lectorale en est m\u00eame sollicit\u00e9e, par les requ\u00eates appropri\u00e9e, de l&rsquo;un et l&rsquo;autre partis, par intervention directe aupr\u00e8s des dirigeants am\u00e9ricains (qui pour avoir leur soutien, dans le cas de Hague, qui pour obtenir que la d\u00e9cision sur la NMD soit report\u00e9e apr\u00e8s les \u00e9lections de mai prochain). On se retrouve effectivement, dans cette circonstance pr\u00e9cise, dans une situation <em>de facto<\/em> de \u00ab\u00a051e \u00c9tat\u00a0\u00bb, o\u00f9 la souverainet\u00e9 et l&rsquo;identit\u00e9 nationales britanniques ne sont plus que des souvenirs.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>@SURTITRE = \u00ab\u00a0Double-Look\u00a0\u00bb @TITREDDE = De la \u00ab\u00a0politique du spectacle\u00a0\u00bb @SOUSTITRE = La situation politique se comprend \u00e0 deux niveaux : une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9-virtualiste\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle\u00a0\u00bb. En attendant, triomphe de la \u00ab\u00a0politique du spectacle\u00a0\u00bb. 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