{"id":64920,"date":"2000-06-10T00:00:00","date_gmt":"2000-06-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2000\/06\/10\/notes-sur-la-panique-jsf\/"},"modified":"2000-06-10T00:00:00","modified_gmt":"2000-06-09T22:00:00","slug":"notes-sur-la-panique-jsf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2000\/06\/10\/notes-sur-la-panique-jsf\/","title":{"rendered":"Notes sur la \u201cpanique JSF\u201d"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p><p>Ce texte a paru dans la rubrique <em>dedefensa <\/em>de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em>, Volume 15, n&deg;18 du 10 juin 2000.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>___________ <\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Notes sur la \u00ab\u00a0Panique JSF\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>10 juin 2000 &ndash; Pour comprendre toute grande affaire am\u00e9ricaine dans les &Eacute;tats-Unis d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, il faut imp\u00e9rativement garder \u00e0 l&rsquo;esprit deux propositions comme autant d&rsquo;axiomes fondamentaux : toute affaire am\u00e9ricaine d&rsquo;importance, y compris dans le domaine de la s\u00e9curit\u00e9, est d&rsquo;abord, par ordre d&rsquo;importance, une affaire int\u00e9rieure am\u00e9ricaine; toute grande affaire am\u00e9ricaine, quel que soit le domaine impliqu\u00e9, est d&rsquo;abord, par ordre d&rsquo;importance et par ordre chronologique, une affaire de communication. Ainsi en est-il du programme d&rsquo;avion de combat Joint Strike Fighter (JSF). Il s&rsquo;agit \u00e0 la fois d&rsquo;une exemplaire histoire am\u00e9ricaine et d&rsquo;une exemplaire histoire moderniste, o&ugrave; les m\u00e9andres bureaucratiques et les affrontement divers et washingtoniens, dans la communaut\u00e9 militaro-strat\u00e9gique, dans les milieux gouvernementaux et industriels, tiennent une place essentielle; o&ugrave; le \u00ab\u00a0virtualisme\u00a0\u00bb, ou dit autrement les diff\u00e9rentes techniques m\u00e9diatiques de construction d&rsquo;une autre r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la place de la r\u00e9alit\u00e9, tiennent une place \u00e9galement essentielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi s&rsquo;int\u00e9resser aujourd&rsquo;hui au programme JSF? Il est bon de s&rsquo;int\u00e9resser tous les jours au programme JSF qui a l&rsquo;importance qu&rsquo;on sait; mais, comme le note une source industrielle europ\u00e9enne, &laquo;<em>aujourd&rsquo;hui, dans le programme JSF tout est possible, y compris l&rsquo;abandon<\/em>&raquo;. L&rsquo;expert am\u00e9ricain Richard Aboulafia, consultant du Teal Group, bas\u00e9 en Virginie, remarque (le 17 mai 2000 dans le New York <em>Times<\/em>) que &laquo;<em>tout le monde voudrait assister \u00e0 ses fun\u00e9railles <\/em>[du JSF] <em>mais personne ne veut \u00eatre l&rsquo;assassin.<\/em>&raquo; Il y a cinq mois (dans <em>Aviation Week &#038; Space technology<\/em>, le 1er janvier 2000), le m\u00eame Aboulafia expliquait : &laquo;<em>Le JSF pourrait faire \u00e0 l&rsquo;industrie europ\u00e9enne ce que le F-16 a presque r\u00e9ussi: la d\u00e9truire. <\/em>[&#8230;] <em>Le JSF est au moins autant une strat\u00e9gie nationale qu&rsquo;un programme d&rsquo;avion de combat.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Prenons donc ces termes et d\u00e9lais entre les deux d\u00e9clarations d&rsquo;Aboulafia: que s&rsquo;est-il pass\u00e9 entre-temps? Entre-temps, c&rsquo;est-\u00e0-dire, en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 peine deux mois. Jusqu&rsquo;\u00e0 mars-avril, le climat entourant le d\u00e9veloppement du JSF \u00e9tait en apparence serein. En apparence? N&rsquo;\u00e9tait-ce pas un argument pour qu&rsquo;on s&rsquo;en avis\u00e2t, s&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;apparence? Mais le JSF est un programme d&rsquo;apparence, un programme compl\u00e8tement virtuel d\u00e8s l&rsquo;origine. Le programme JSF existe certes mais il est \u00e9galement virtuel dans le sens o&ugrave; l&rsquo;on a tenu pour acquises d\u00e8s l&rsquo;origine des donn\u00e9es massives qui ont fait toute sa puissance quasiment fabuleuse (un programme qui atteindrait en finale $750-$1.000 milliards, qui imposerait un avion pour 50-75 ans, qui compterait 3.000 avions pour les forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines, 3.000 pour l&rsquo;exportation, une trentaine de pays importateurs du JSF, quasiment d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sign\u00e9s, un peu comme on vous choisit arbitrairement pour avoir la chance de participer \u00e0 une grande aventure qui vous d\u00e9passe). C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on a donn\u00e9 au programme une puissance virtuelle qui a donn\u00e9 l&rsquo;apparence de la puissance et a rendu d&rsquo;autant plus inattentif aux faiblesses du programme et aux coups qui pouvaient lui \u00eatre port\u00e9s. C&rsquo;est l&rsquo;arch\u00e9type d&rsquo;un \u00ab\u00a0programme Clinton\u00a0\u00bb, n\u00e9 sous l&rsquo;administration Clinton et selon sa philosophie qui est de cultiver toutes les apparences possibles de la puissance comme substitut \u00e0 la puissance r\u00e9elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><u><strong>La base de soutien du JSF s&rsquo;est effrit\u00e9e.<\/strong> <\/u>Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est une nouvelle phase. L&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit exalt\u00e9, voire hyst\u00e9rique faisant du JSF le (seul?) programme du XXIe si\u00e8cle, verse dans l&rsquo;autre sens : appr\u00e9ciation d\u00e9faitiste, humeur sombre, jugement pessimiste. Le JSF est gri\u00e8vement touch\u00e9, et cette fois la blessure concerne la r\u00e9alit\u00e9. Elle est d&rsquo;autant plus profonde que, comme on l&rsquo;a dit plus haut, l&rsquo;affirmation virtuelle de la puissance dispensait de se pr\u00e9occuper de prot\u00e9ger le programme des coups que la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9parait contre lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9but mai, plusieurs interventions au niveau du Congr\u00e8s, qui pour envisager un retardement de six mois du programme, qui pour envisager des transferts de cr\u00e9dit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du programme (de la phase validation et d\u00e9veloppement \u00e0 venir \u00e0 la phase d\u00e9monstration en cours), ont agi comme un signal d&rsquo;alarme. D&rsquo;autre part, il est apparu qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des forces, certains envisageaient le transfert de fonds affect\u00e9s au JSF vers d&rsquo;autres programmes n\u00e9cessaires \u00e0 ces forces. C&rsquo;est l&rsquo;illustration de la faiblesse fondamentale du JSF, programme <em>joint<\/em>: n&rsquo;\u00e9tant pas un programme propre \u00e0 un service, chacun des services impliqu\u00e9 tend \u00e0 le d\u00e9favoriser au profit de programmes qui lui sont propres; tout cela sur fond d&rsquo;une crise end\u00e9mique de cr\u00e9dits \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de toutes les forces.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi aujourd&rsquo;hui? D&rsquo;une part, parce que l&rsquo;administration Clinton arrive en bout de mandat et que le JSF est un \u00ab\u00a0programme Clinton\u00a0\u00bb, voulu par cette administration et qui perdra son principal soutien d\u00e8s le d\u00e9part de cette administration. D&rsquo;autre part parce qu&rsquo;on approche de la date de s\u00e9lection du passage \u00e0 la phase d\u00e9veloppement (th\u00e9oriquement mars 2001) et que les positions des uns et des autres, en g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9favorables ou sur la r\u00e9serve, vont se pr\u00e9ciser. Cette conjonction des deux \u00e9v\u00e9nements est bien malheureuse: le JSF arrivera \u00e0 un moment crucial de son d\u00e9veloppement, dans un environnement politique pour le moins soup\u00e7onneux, au moment o&ugrave; il perdra son principal soutien. Pour ajouter \u00e0 cette faiblesse, il faut rappeler qu&rsquo;on ne conna&icirc;t toujours pas la formule finalement retenue pour la d\u00e9cision de d\u00e9veloppement (un seul s\u00e9lectionn\u00e9 des deux comp\u00e9titeurs? Un s\u00e9lectionn\u00e9 avec l&rsquo;autre impliqu\u00e9 \u00e0 parts \u00e9gale? Les deux comp\u00e9titeurs s\u00e9lectionn\u00e9s?)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le JSF va devenir un champ de bataille<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On a pu mesurer le d\u00e9sarroi, voire la panique de l&rsquo;administration \u00e0 ces premiers signes d&rsquo;attaque contre le JSF lors d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse de William Cohen, le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense, le 16 mai. Il y \u00e9tait question des programmes sociaux pour les militaires. Cohen termina de r\u00e9pondre aux questions des journalistes, puis posa cette question compl\u00e8tement incongrue par rapport au cadre g\u00e9n\u00e9ral : &laquo;<em>No questions on the Joint Strike Fighter?<\/em>&raquo;. Les journalistes furent stup\u00e9faits car ce n&rsquo;est pas dans l&rsquo;habitude des officiels du DoD d&rsquo;ainsi solliciter des questions et, d&rsquo;autre part, le sujet n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 l&rsquo;ordre du jour; et l&rsquo;un d&rsquo;eux, posa cette question ing\u00e9nue qui d\u00e9couvrait le vrai sens de la d\u00e9marche de Cohen : &laquo;<em>Avez-vous quelque chose \u00e0 dire sur ce sujet?<\/em>&raquo; Et Cohen r\u00e9pliqua aussit\u00f4t &laquo;<em>J&rsquo;ai quelque chose \u00e0 dire<\/em>&raquo;, avant de se lancer dans une vigoureuse plaidoirie selon laquelle le JSF serait construit, produit, livr\u00e9, tout cela selon les pr\u00e9visions mais \u00e9videmment sans apporter la moindre nouveaut\u00e9 &ndash; pur exercice de propagande. Linda D. Kozaryn, de l&rsquo;American Forces Press Service qui n&rsquo;est pas une agence pr\u00e9cis\u00e9ment hostile aux autorit\u00e9s, commenta ironiquement: &laquo;<em>Nous avons l&rsquo;habitude d&rsquo;un Pentagone o&ugrave; la coutume est plut\u00f4t de \u00ab\u00a0la fermer\u00a0\u00bb. Aujourd&rsquo;hui, le ministre nous a d\u00e9montr\u00e9 le contraire.<\/em>&raquo; Alors que Cohen quittait le podium o&ugrave; il avait r\u00e9pondu aux \u00ab\u00a0questions\u00a0\u00bb, un journaliste lan\u00e7a plut\u00f4t ironiquement, voire irrespectueusement: &laquo;<em>plus de question, monsieur le secr\u00e9taire?<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Depuis, c&rsquo;est le branle-bas de combat. L&rsquo;administration Clinton, qui a encore quelques moyens de pression, a envoy\u00e9 les chefs d&rsquo;&Eacute;tat-Major \u00ab\u00a0au charbon\u00a0\u00bb. Successivement, le g\u00e9n\u00e9ral Ryan (CEM de l&rsquo;USAF) et l&rsquo;amiral Clark (nouveau CNO de l&rsquo;U.S. Navy) ont solennellement (r\u00e9)affirm\u00e9 leur foi intangible dans le programme JSF. Ces prises de position ne mangent pas de pain, elles seront oubli\u00e9es demain, lorsque Clinton et Cohen ne seront plus l\u00e0, selon ce que n\u00e9cessiteront les \u00e9v\u00e9nements. [Les diverses auditions de l&rsquo;amiral Vernon Clark devant le Congr\u00e8s permettent de mesurer ce qu&rsquo;il faut exactement en retenir pour ce qui concerne le JSF : un exercice complet de <em>double talk<\/em>. Clark affirme soutenir \u00e0 fond le JSF ; on a vu par ailleurs que la Navy (comme l&rsquo;USAF) avait la tentation, lorsque des probl\u00e8mes budg\u00e9taires concernant ses propres programmes se posaient, d&rsquo;utiliser le budget du JSF\/Navy pour y rem\u00e9dier. Et Clark annonce aux parlementaires que, dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, les probl\u00e8mes de maintenance et de niveau op\u00e9rationnel auront la priorit\u00e9, et que, pour cela, &laquo;<em>des milliards de dollars devront \u00eatre transf\u00e9r\u00e9s de l&rsquo;acquisition au fonctionnement et redistribu\u00e9s pour soutenir les op\u00e9rations de la flotte<\/em>&raquo;. On comprend \u00e9videmment que, dans de telles circonstances, le budget JSF\/Navy sera le premier \u00e0 \u00eatre r\u00e9duit pour permettre \u00e0 la Flotte de fonctionner.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame, l&rsquo;offensive lanc\u00e9e par le Congr\u00e8s, qui est conforme \u00e0 ses moeurs actuelles et \u00e0 ses tendances <em>sui generis<\/em> (cette inclination \u00e0 intervenir dans les programmes DoD en faisant ce que les militaires exc\u00e9d\u00e9s nomment du <em>micro-managment<\/em>), n&rsquo;en est qu&rsquo;au d\u00e9but. Elle va pouvoir prendre ses aises parce que le JSF est un programme b\u00e9ni pour ce cas : il va rester (au moins) huit ans sous le feu critique du Congr\u00e8s avant sa date th\u00e9orique de mise en service. Mais, certes, il s&rsquo;agit plus que jamais de th\u00e9orie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><u><strong>Le JSF avec le d\u00e9part de Clinton<\/strong><\/u> &laquo;<em>Le JSF, <\/em>dit une source ind\u00e9pendante washingtonienne, <em>a tout pour devenir le punching ball et le bouc \u00e9missaire des r\u00e9criminations et des querelles entre les diff\u00e9rentes forces washingtoniennes impliqu\u00e9es: le favori d&rsquo;une administration qui s&rsquo;en va, la tension que lui impose des sp\u00e9cifications contradictoires, son temps tr\u00e8s long de d\u00e9veloppement qui l&rsquo;expose publiquement aux coups des uns et des autres, le fait qu&rsquo;il n&rsquo;appartienne \u00e0 aucun groupe de pression important au sein de la bureaucratie.<\/em>&raquo; Pr\u00e9cisons ce jugement: le JSF risque fort de devenir le champ privil\u00e9gi\u00e9 de la bataille qui ne cesse de s&rsquo;annoncer, autour de la question du r\u00f4le des forces arm\u00e9es, de la r\u00e9forme, non encore accomplie, de ces forces pour s&rsquo;adapter aux conditions de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide, des missions des uns et des autres et ainsi de suite. Son principal avantage &ndash; sa formidable visibilit\u00e9 avant d&rsquo;exister, due \u00e0 son aspect virtuel &ndash; est en passe de devenir son principal handicap. Tout le monde le voit, tout le monde va songer \u00e0 l&rsquo;attaquer. Et il n&rsquo;y aura m\u00eame plus l&rsquo;\u00e9quipe Clinton-Cohen pour le d\u00e9fendre, car ceux-l\u00e0 s&rsquo;en vont en janvier 2001, et leur d\u00e9part ressemble, par rapport \u00e0 la situation du programme JSF, \u00e0 la formule fameuse &laquo;<em>Apr\u00e8s <\/em>[nous] <em>le d\u00e9luge<\/em>&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout se passe comme si le JSF \u00e9tait encore plus un \u00ab\u00a0programme Clinton\u00a0\u00bb qu&rsquo;en simple r\u00e9f\u00e9rence aux choix bureaucratiques et d&rsquo;int\u00e9r\u00eats divers. Le JSF appara&icirc;t et va de plus en plus appara&icirc;tre comme le symbole d&rsquo;une m\u00e9thode qui pr\u00e9sente l&rsquo;apparence politique comme de la politique. Apr\u00e8s avoir us\u00e9 et abus\u00e9 des qualit\u00e9s de l&rsquo;administration Clinton &ndash; capacit\u00e9s de communication, de relations publiques, etc &ndash; le JSF va \u00eatre la victime de ses travers &ndash; l&rsquo;absence de substance, le faux-semblant, le compromis extr\u00eame qui ne rencontre les int\u00e9r\u00eats d&rsquo;aucun.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Du pr\u00e9visionnisme \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vision<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Jamais on n&rsquo;avait vu cela: un programme de chasseur dont le d\u00e9monstrateur (les d\u00e9monstrateurs) n&rsquo;avai(en)t pas encore vol\u00e9 et dont on vous annon\u00e7ait le nombre d&rsquo;exemplaires vendus \u00e0 l&rsquo;exportation et m\u00eame, avec un peu d&rsquo;audace, les pays qui l&rsquo;ach\u00e8teraient. Ces pays n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s mais la puissance am\u00e9ricaine tenait la chose pour acquise. C&rsquo;est un des aspects du virtualisme qui a gouvern\u00e9 la pr\u00e9sentation du programme JSF, qui a donn\u00e9 au programme cet aspect \u00ab\u00a0sur-mesure\u00a0\u00bb qui nous dispensait \u00e0 la fois de toute sp\u00e9culation, de tout jugement et de toute d\u00e9cision. Le seul probl\u00e8me est que le JSF existe, et sa confrontation avec la r\u00e9alit\u00e9 nous sort de l&rsquo;univers fantasmagorique qui l&rsquo;a abrit\u00e9 pendant plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela n&#8217;emp\u00eache pas de porter un jugement sur la r\u00e9alit\u00e9 qui a tout de m\u00eame exist\u00e9 pendant ces six ann\u00e9es qui viennent de s&rsquo;\u00e9couler. Depuis son lancement en 1993, lorsqu&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9 JAST (Joint Advanced Strike Technology), le programme JSF a \u00e9t\u00e9 un amalgame monstrueux de pr\u00e9visionnisme (affirmation virtuelle qu&rsquo;on contr\u00f4le la pr\u00e9vision du d\u00e9veloppement puisqu&rsquo;on envisageait la composition, la structure, le marketing, le d\u00e9ploiement jusque tr\u00e8s loin dans le XXIe si\u00e8cle) et d&rsquo;impr\u00e9vision dans la r\u00e9alit\u00e9. Le fait le plus frappant \u00e0 cet \u00e9gard est que le Pentagone ait mis six ans \u00e0 r\u00e9aliser qu&rsquo;un programme d&rsquo;avion de combat pr\u00e9sent\u00e9 explicitement comme le seul programme pr\u00e9visible d&rsquo;avion de combat du XXIe si\u00e8cle, et soumis \u00e0 la concurrence des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines restructur\u00e9es, allait \u00e9videmment mettre en danger de mort une part non n\u00e9gligeable de la base technologique am\u00e9ricaine dans ce domaine technologique fondamental pour la puissance militaire (Boeing ou Lockheed Martin selon le choix qui serait fait dans la version initiale du processus de s\u00e9lection choisi, dite <em>winner-takes-all<\/em>). Du coup, le programme devient d&rsquo;une fragilit\u00e9 fondamentale : on sait tr\u00e8s bien que la formule initiale (<em>winner-takes-all<\/em>) sera modifi\u00e9, donc que le programme JSF vit dans le provisoire, ouvert \u00e0 toutes les intrigues. Les affirmations des parlementaires disant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas urgent de modifier la structure du programme contient une bonne dose d&rsquo;hypocrisie, mais c&rsquo;est de bonne guerre : elles maintiennent le programme dans le provisoire et aux mains de ces m\u00eames parlementaires qui le manipuleront selon leurs int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><u><strong>Une pr\u00e9vision aussi erratique.<\/strong><\/u> L&rsquo;impr\u00e9vision du soi-disant pr\u00e9visionnisme du Pentagone, auquel l&rsquo;administration Clinton s&rsquo;est soumis avec d\u00e9lice dans son acceptation int\u00e9ress\u00e9e du court-terme, est encore plus calamiteuse lorsqu&rsquo;on cite les chiffres que tout le monde conna&icirc;t. L&rsquo;on sait depuis pr\u00e8s de 5 ans que les trois programmes tactiques de modernisation des forces a\u00e9riennes (TACAIR, comprenant le F-18E de la Navy, le F-22 de l&rsquo;USAF et le JSF) portent sur au moins $350 milliards; qu&rsquo;en cette circonstance, les F-18E et F-22 tireront \u00e9videmment leur \u00e9pingle du jeu parce qu&rsquo;ils ont 5 \u00e0 10 ans d&rsquo;avance sur le JSF et qu&rsquo;ils sont des programmes propres aux deux forces; que ce budget TACAIR repr\u00e9sente au moins 25% des d\u00e9penses d&rsquo;acquisition du DoD pour les 10 prochaines ann\u00e9es, ce qui est un rapport insens\u00e9 et intenable; que les pr\u00e9visions g\u00e9n\u00e9rales ont \u00e9t\u00e9 faites de fa\u00e7on fragment\u00e9es, sans confronter les co&ucirc;ts d\u00e9termin\u00e9s pour TACAIR aux co&ucirc;ts pour les autres domaines par rapport \u00e0 l&rsquo;enveloppe globale (bel exemple de d\u00e9marche int\u00e9gr\u00e9e, ou <em>joint<\/em>); que cette impr\u00e9vision au niveau des acquisition a encore moins \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9vision des d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires de fonctionnement (op\u00e9rations de <em>peace-keeping<\/em> diverses), pour la bonne raison d&rsquo;ailleurs que cette pr\u00e9vision-l\u00e0 n&rsquo;existe pas et que ces co&ucirc;ts de fonctionnement suppl\u00e9mentaires sont financ\u00e9s au coup par coup, trimestre apr\u00e8s trimestre. C&rsquo;est dire si, aujourd&rsquo;hui, les pires pr\u00e9visions (ceux qui estiment qu&rsquo;on devrait rajouter $100 milliards chaque ann\u00e9e au budget DoD) peuvent \u00eatre envisag\u00e9es ; comme de telles augmentations sont impensables il faudra donc couper du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;acquisition. On imagine l&rsquo;extraordinaire fragilit\u00e9 du JSF.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le JSF est d&rsquo;abord, une victime. Il est aussi un reflet. Il est l&rsquo;expression et l&rsquo;exemple-type de la crise du DoD, qui s&rsquo;explique par l&rsquo;existence d&rsquo;une bureaucratie compl\u00e8tement incontr\u00f4l\u00e9e, devenue compl\u00e8tement autonome durant la p\u00e9riode Clinton. Dans tous les cas, ce malheureux programme a \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9 aux avantages imm\u00e9diats que r\u00e9clamait l&rsquo;administration Clinton : pr\u00e9sentation arrogante d&rsquo;un programme virtuel, affirmation virtuelle de la puissance, proclamation de la main-mise in\u00e9luctable sur tous les march\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exportation. Le programme JSF tel que nous l&rsquo;avons connu, celui de l&rsquo;administration Clinton, le \u00ab\u00a0programme-Clinton\u00a0\u00bb par excellence, tr\u00e8s gros, soi-disant int\u00e9gr\u00e9, hyper-puissant jusqu&rsquo;\u00e0 nier l&rsquo;existence des autres, compl\u00e8tement virtuel, &ndash; ce programme-l\u00e0 est bel et bien mort et enterr\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Pourquoi le JSF a craqu\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>De fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise, il nous appara&icirc;t que le JSF est un enfant et le miroir de la crise rampante du Pentagone des ann\u00e9es 1990. Il a d\u00e9marr\u00e9 en 1993 (programme JAST), alors qu&rsquo;il apparaissait clairement que la r\u00e9forme n\u00e9cessaire et fondamentale des forces arm\u00e9es et du Pentagone n&rsquo;avait pas eu lieu et \u00e9tait repouss\u00e9e aux calendes grecques, c&rsquo;est-\u00e0-dire au moins jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;administration Clinton.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;\u00e9quipe du DoD pr\u00e9c\u00e9dant Clinton (le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Cheney et le g\u00e9n\u00e9ral Powell, pr\u00e9sident du JCS) n&rsquo;ignorait pas que cette r\u00e9forme s&rsquo;imposait \u00e0 cause de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS et d&rsquo;un changement radical de la sc\u00e8ne g\u00e9opolitique du monde. Elle n&rsquo;avait rien fait pour autant, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;ignorait pas \u00e9galement que cette r\u00e9forme supposait des choix politiques internes au Pentagone extr\u00eamement difficiles \u00e0 conduire \u00e0 leur terme, extr\u00eamement impopulaires. Dans son livre r\u00e9cent (<em>Lifting the Fog of War<\/em>), l&rsquo;amiral Owens, vice-pr\u00e9sident du comit\u00e9 des chefs d&rsquo;\u00e9tat-major de 1994 \u00e0 1995 et promoteur du principe d&rsquo;int\u00e9gration des hautes technologies dit \u00ab\u00a0syst\u00e8me de syst\u00e8mes\u00a0\u00bb (<em>system-of-systems<\/em>), qui travailla durant les ann\u00e9es 1991-92 avec Powell, \u00e9crit \u00e0 ce propos: &laquo;<em>Powell et Cheney n&rsquo;ignoraient pas la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9ductions budg\u00e9taires importantes pour lib\u00e9rer les sommes n\u00e9cessaires pour de nouveaux syst\u00e8mes. Mais la position de Powell renfor\u00e7a l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle des r\u00e9ductions \u00e9gales dans les services \u00e9tait la seule fa\u00e7on d&rsquo;arriver \u00e0 un compromis. <\/em>[&#8230;] <em>Powell et Cheney, dans leur souci d&rsquo;apaiser les trois services sur le court terme, mirent en place un pr\u00e9c\u00e9dent qui durerait tout au long des ann\u00e9es 1990.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce cadre, le JSF appara&icirc;t comme un substitut \u00e0 une r\u00e9forme pas faite dans le domaine o&ugrave; il intervient, et n\u00e9cessairement un substitut virtuel : l&rsquo;affirmation de l&rsquo;int\u00e9gration de technologies tr\u00e8s avanc\u00e9es dans un ensemble th\u00e9orique nomm\u00e9 &laquo;<em>syst\u00e8me de syst\u00e8mes<\/em>&raquo;, alors que la r\u00e9alit\u00e9 est celle d&rsquo;une structure datant de la Guerre froide et r\u00e9pondant aux n\u00e9cessit\u00e9s de la Guerre froide. C&rsquo;est ce JSF virtuel qui a craqu\u00e9 ces derni\u00e8res semaines et s&rsquo;est effondr\u00e9, le JSF \u00e0 propos duquel s&rsquo;exercent depuis 5 ans toutes les pressions d&rsquo;un syst\u00e8me de communications et de virtualisation, le m\u00eame JSF \u00e0 propos duquel les \u00e9tats-majors europ\u00e9ens discutent s\u00e9rieusement pour le renouvellement de leurs mat\u00e9riels. Place est faite au vrai JSF, au vrai programme confront\u00e9 aux r\u00e9alit\u00e9s budg\u00e9taires, aux r\u00e9elles perspectives budg\u00e9taires, aux pressions de plus en plus grandissantes pour des r\u00e9formes structurelles dont le r\u00e9sultat serait une situation dont la programmation initiale du programme JSF n&rsquo;a jamais tenu compte. C&rsquo;est dire combien l&rsquo;effondrement du programme virtuel JSF-I met dans le plus grand embarras le programme r\u00e9el JSF-II.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">\u00ab\u00a0L&rsquo;Europe qui gagne\u00a0\u00bb?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Comme \u00e0 l&rsquo;habitude, il y a un monde entre la probabilit\u00e9 d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement et cet \u00e9v\u00e9nement lui-m\u00eame. Il \u00e9tait tr\u00e8s probable depuis plusieurs semaines que Tony Blair ferait les choix qu&rsquo;il a fait en mati\u00e8re d&rsquo;armement (missile air-air <em>Meteor<\/em>, transport Airbus A400M). La r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et les appr\u00e9ciations qu&rsquo;il entra&icirc;ne cr\u00e9ent une situation bien diff\u00e9rente. Ajout\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements, il d\u00e9termine des jugements g\u00e9n\u00e9raux qui t\u00e9moignent d&rsquo;un changement de substance des rapports de force. C&rsquo;est ainsi la th\u00e8se d&rsquo;un William Pfaff lorsqu&rsquo;il ajoute la d\u00e9cision de Tony Blair \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;Airbus A3XX, aux probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par le JSF, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral de la structure financi\u00e8re de l&rsquo;industrie strat\u00e9gique am\u00e9ricaine, pour poser ce diagnostic: &laquo;<em>American Aerospace Has Lost Its Edge to Europe<\/em>&raquo; (20-21 mai, International <em>Herald Tribune<\/em>). L&rsquo;important dans ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme un constat, c&rsquo;est la position naturellement concurrente qui est constat\u00e9e des deux industries strat\u00e9giques, l&rsquo;am\u00e9ricaine et l&rsquo;europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;enjeu est effectivement dans ce rapport. La logique am\u00e9ricaine de l&rsquo;\u00e9norme vague de restructurations r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 marche forc\u00e9e entre 1993 et 1997 \u00e9tait bien qu&rsquo;elle conduirait in\u00e9luctablement \u00e0 la phase ultime des fusions transatlantiques. C&rsquo;est cette logique que le patron de Lockheed Martin (LM) Vance Coffman, tr\u00e8s press\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e9tait venu pr\u00e9senter \u00e0 la <em>Wehrkunde<\/em> de Munich en f\u00e9vrier 1998. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une logique \u00e9videmment globalisatrice: une succession de <em>Big Bangs<\/em> cr\u00e9ant une situation diff\u00e9rence en substance de la situation parcellis\u00e9e qui y avait conduit: <em>Big Bang<\/em> am\u00e9ricain encha&icirc;nant sur le <em>Big Bang<\/em> transatlantique. Le destin de l&rsquo;industrie strat\u00e9gique constitue \u00e0 ce jour le sch\u00e9ma pouss\u00e9 \u00e0 son terme de la logique de la globalisation. On comprend que le r\u00e9sultat est plus que pr\u00e9occupant pour les partisans de cette th\u00e8se; le <em>Big Bang<\/em> am\u00e9ricain n&rsquo;a pas encha&icirc;n\u00e9 sur un <em>Big Bang<\/em> transatlantique (qui e&ucirc;t constitu\u00e9 l&rsquo;ach\u00e8vement de la globalisation du domaine, les deux industries r\u00e9unissant la somme g\u00e9n\u00e9rale du savoir-faire mondial en ce domaine); il a directement provoqu\u00e9 le <em>Big Bang<\/em> europ\u00e9en (1999, formation de BAe, MBA et EADS) clairement identifi\u00e9 comme diff\u00e9rent en substance du <em>Big Bang<\/em> am\u00e9ricain. La tentative globalisante a provoqu\u00e9 une r\u00e9action identitaire; cette logique vaut paradoxalement autant pour le c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, pourtant promoteur de la globalisation anti-identitaire, que pour le c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en, puisque ce c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain se d\u00e9bat depuis 1999 dans une crise structurelle massive qui conduit \u00e0 une r\u00e9affirmation identitaire \u00e9galement massive des autorit\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 la perspective d&rsquo;une relance <em>de facto<\/em> de l&rsquo;interventionnisme indirect du Pentagone. (Diff\u00e9rence entre 1997 et 1999: 1997 o&ugrave; la constitution de Boeing-McDD semblait annoncer la prise du pouvoir par les grands groupes, Boeing, LM et Raytheon, o&ugrave; l&rsquo;on parlait m\u00eame d&rsquo;une politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine inspir\u00e9e par Boeing; et 1999, o&ugrave; le DoD soutient \u00e0 bout de bras ces g\u00e9ants bless\u00e9s.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><u>L&rsquo;identit\u00e9 sans le vouloir<\/u> &#8230;<\/strong> La nature des choses &ndash; notre \u00ab\u00a0force des choses\u00a0\u00bb ch\u00e8re au g\u00e9n\u00e9ral &ndash; fait le reste. Paradoxes d&rsquo;une globalisation conduisant \u00e0 son contraire, deux affirmations identitaires aussi \u00e9normes, aussi puissantes, aussi marqu\u00e9es identitairement par leurs programmes d\u00e9pendant d&rsquo;autorit\u00e9s nationales (nationalement simple dans le cas US, nationalement plus complexe dans le cas europ\u00e9en mais o&ugrave; la d\u00e9cision revient d&rsquo;une fa\u00e7on imp\u00e9rative \u00e0 la souverainet\u00e9 nationales des principaux &Eacute;tats-clients et &Eacute;tats-strat\u00e9ges) &ndash; deux affirmations identitaires aussi fortes ne peuvent que se concurrencer au mieux, s&rsquo;affronter au pire (et le pire est toujours probable dans ce monde d&rsquo;exacerbation des fiert\u00e9s nationales et autres). Les traditions font le reste, et principalement la tradition d&rsquo;enfermement de l&rsquo;Am\u00e9rique, son exceptionnalisme qui la met \u00e0 part du reste du monde, son \u00ab\u00a0isolationnisme psychologique\u00a0\u00bb et ainsi de suite, transcrites dans des pratiques et des coutumes de protectionnisme de tout ce qui est technologie et industrie strat\u00e9gique. A c\u00f4t\u00e9 de cela, les pi\u00e8tres plaidoiries sur les logiques \u00e9conomiques des <em>joint ventures<\/em>, des coop\u00e9rations, etc, restent effectivement au niveau \u00e9conomique et n&rsquo;entravent en rien les affirmations strat\u00e9giques concurrentes et antagonistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les conceptions dominantes portent en elles leurs contraires. La boulimie int\u00e9gratrice et monopolistique de la globalisation conduit \u00e0 des regroupements qui renforcent formidablement les affirmations identitaires. On a eu dans les ann\u00e9es 1997-99 la th\u00e8se europ\u00e9enne, pour r\u00e9sister aux pressions am\u00e9ricaines de fusion transatlantique, selon laquelle il fallait que l&rsquo;industrie strat\u00e9gique europ\u00e9enne s&rsquo;affirm\u00e2t si possible jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9quivaloir en puissance celle des USA, pour pouvoir r\u00e9aliser la grande coop\u00e9ration-fusion transatlantique. Les Europ\u00e9ens n&rsquo;ont toujours pas compris que les Am\u00e9ricains parlent de globalisation alors qu&rsquo;eux-m\u00eames faisaient la promotion d&rsquo;une logique coop\u00e9rative r\u00e9pondant \u00e0 la mondialisation. <em>Stricto sensu<\/em>, ce qu&rsquo;ils prenaient pour une mesure logique et raisonnable (leur propre <em>Big Bang<\/em>) constitue dans le cours de la logique de la globalisation une d\u00e9claration de guerre contre cette globalisation. Ce fut m\u00eame une <em>blitzkrieg<\/em> (BAe, MBA, EADS). La d\u00e9cision de Blair, la mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;A3XX ne sont que les cons\u00e9quences normales des r\u00e9sultats obtenus par cette <em>blitzkrieg<\/em> europ\u00e9enne. Tout cela est assez tristement normal &ndash; assez tristement parce que tout cela porte, chevill\u00e9e au corps, la logique de l&rsquo;affrontement, identit\u00e9s contre globalisation. Une fois de plus, le constat que la globalisation entra&icirc;ne \u00e0 partir d&rsquo;un certain niveau le renforcement des identit\u00e9s qu&rsquo;elle pr\u00e9tend fondre ; la globalisation qui renforce ces identit\u00e9s pour mieux les conduire \u00e0 se fondre; ces identit\u00e9 renforc\u00e9es et ainsi plus conscientes de leur puissance et de leur existence, qui se retournent finalement contre la globalisation pour ne pas mourir, parce que, renforc\u00e9es, elles ont la perception pas si fausse que d\u00e9sormais le processus de globalisation conduit \u00e0 une agression mortelle contre les identit\u00e9s qu&rsquo;il pr\u00e9tend fondre.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le JSF, cas de la crise appliqu\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il est int\u00e9ressant de voir comment l&rsquo;affaire-JSF s&rsquo;inscrit dans ce cadre g\u00e9n\u00e9ral en plein bouleversement. Certes, elle joue un r\u00f4le fondamental, essentiel, ne serait-ce qu&rsquo;\u00e0 cause du poids et du r\u00f4le que lui a assign\u00e9 le pouvoir militaro-industriel am\u00e9ricain dans le d\u00e9veloppement de l&rsquo;industrie et de la puissance strat\u00e9giques am\u00e9ricaines au XXIe si\u00e8cle. C&rsquo;est m\u00eame le principal argument qui nous fasse reculer devant le constat, qui aurait de fortes chances de devenir \u00e9vident par ailleurs, selon lequel on attendrait le d\u00e9part de Clinton pour liquider le JSF. Il est imp\u00e9ratif de reconna&icirc;tre qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un argument de poids. En d&rsquo;autres mots, et pour citer \u00e0 nouveau Aboulafia, si le programme JSF est devenu une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0strat\u00e9gie industrielle nationale\u00a0\u00bb, peut-on envisager de liquider ce programme d&rsquo;un coeur l\u00e9ger? Et surtout, y a-t-il une strat\u00e9gie de rechange, qui devrait en plus ne pas renouveler les erreurs qui conduisent \u00e0 la mise en cause fondamentale du JSF?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le programme JSF a \u00e9t\u00e9 construit comme on met en place une architecture g\u00e9n\u00e9rale parall\u00e8lement \u00e0 la restructuration industrielle, et pratiquement selon le m\u00eame sch\u00e9ma structurel. Comme la restructuration de cette industrie, JSF r\u00e9pond \u00e0 trois imp\u00e9ratifs, qui sont les trois piliers, les trois principes, les trois dynamiques de toutes la soi-disant \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb de l&rsquo;administration Clinton:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Faire le plus gros possible et le plus vite possible sans s&rsquo;inqui\u00e9ter des effets, selon la th\u00e8se implicite que la dynamique se justifiera d&rsquo;elle-m\u00eame avec un <em>Big Bang<\/em> absolument cr\u00e9ateur, engendrant des effets \u00e9videmment b\u00e9n\u00e9fiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Faire le plus \u00ab\u00a0int\u00e9gr\u00e9\u00a0\u00bb possible, au nom de la rentabilit\u00e9 et de l&rsquo;efficacit\u00e9 (celles qui ont par ailleurs bonne presse \u00e0 Wall Street et ont conduit Wall Street \u00e0 investir en masse dans la restructuration industrielle), sans se soucier de savoir si les cultures ainsi pr\u00e9cipit\u00e9es ensemble se marieront ou se repousseront (les cultures sont celles des entreprises dans le cas industriel, et l&rsquo;on conna&icirc;t les r\u00e9sultats catastrophiques, particuli\u00e8rement dans le cas de Boeing-McDonnell Douglas; celles des services impliqu\u00e9s comme l&rsquo;USAF, la Navy et les Marines, dans le cas du JSF, avec les conflits et les manoeuvres qui s&rsquo;en sont suivies).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Plonger tout cela dans le virtualisme d&rsquo;une politique de communication affirmant la r\u00e9alisation du triomphe absolu de l&rsquo;entreprise avant que celle-ci ait \u00e9t\u00e9 m\u00eame entam\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La crise du JSF est en tr\u00e8s bonne voie de reproduire point par point la crise de l&rsquo;industrie strat\u00e9gique: on a fait tr\u00e8s gros pour se trouver confront\u00e9s \u00e0 d&rsquo;\u00e9normes probl\u00e8mes financiers\/budg\u00e9taires qui peuvent menacer l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du programme, et par cons\u00e9quent la \u00ab\u00a0strat\u00e9gie industrielle nationale\u00a0\u00bb; les cultures m\u00e9lang\u00e9es se repoussent et s&rsquo;affrontent plut\u00f4t que se marier; la politique virtualiste n&rsquo;a servi qu&rsquo;\u00e0 affaiblir la d\u00e9fense contre les r\u00e9actions brutales de la r\u00e9alit\u00e9 en niant <em>de facto<\/em> que ces r\u00e9actions puissent survenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><u>Puissance d\u00e9structurante de la globalisation<\/u>.<\/strong> Le r\u00e9sultat est que la puissance du JSF, autant que la puissance des grands groupes r\u00e9sultant de la restructuration des ann\u00e9es 1990, constituent d\u00e9sormais un tr\u00e8s fort handicap, et, au-del\u00e0, une explication plausible \u00e0 l&rsquo;affaiblissement dramatique de la position de l&rsquo;industrie strat\u00e9gique am\u00e9ricaine face \u00e0 l&rsquo;industrie strat\u00e9gique europ\u00e9enne. La position am\u00e9ricaine est paradoxale, et l\u00e0 aussi semblable qu&rsquo;on parle de la restructuration industrielle ou du JSF.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les &Eacute;tats-Unis sont les otages de cette simili-puissance, et notamment les otages de ce qu&rsquo;une structure de cette importance (l&rsquo;industrie et le programme) ne peut \u00eatre ni modifi\u00e9e ni abandonn\u00e9e sur une simple d\u00e9cision.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;industrie strat\u00e9gique et le JSF sont, chacun pour sa cat\u00e9gorie, une structure extraordinairement puissante qui n&rsquo;a plus les moyens d&rsquo;entretenir cette puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Con\u00e7ues l&rsquo;une et l&rsquo;autre pour \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s des contraintes \u00e9tatiques et pour s&rsquo;adapter au march\u00e9, ces deux structures en sont aujourd&rsquo;hui si d\u00e9pendantes que leur survie d\u00e9pend des d\u00e9cisions des autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Con\u00e7ues l&rsquo;une et l&rsquo;autre pour r\u00e9pondre au sch\u00e9ma de la globalisation (modification \u00e0 son avantage de la substance du march\u00e9 par un <em>Big Bang<\/em> modifiant la nature m\u00eame des structures impliqu\u00e9es), elles d\u00e9bouchent sur une menace exactement inverse: \u00e0 moins d&rsquo;une intervention \u00e9tatique qui est l&rsquo;antith\u00e8se de la globalisation, elles risquent un changement de nature conduisant vers l&rsquo;effondrement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les deux cas, qui forment l&rsquo;essentiel et\/ou un aspect fondamental de la principale structure de la puissance am\u00e9ricaine, on trouve une situation paradoxale. Les composants de cette puissance existent toujours mais la puissance a perdu son sens, elle s&rsquo;est trouv\u00e9e d\u00e9structur\u00e9e (paradoxalement, sous les coups de la globalisation qui est \u00e9videmment d\u00e9structurante?). En un sens, les manoeuvres tactiques (la syst\u00e9matique politique du court-terme de l&rsquo;administration Clinton empruntant la voie ouverte par l&rsquo;administration Bush) ont min\u00e9 la strat\u00e9gie jusqu&rsquo;\u00e0 la compromettre irr\u00e9m\u00e9diablement.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Un dilemme europ\u00e9en<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Devant cette situation devraient enfin surgir les conditions o&ugrave; se poserait \u00e9videmment la question europ\u00e9enne. C&rsquo;est pour nous la cause d&rsquo;un \u00e9tonnement sans fin de constater le temps si long qui s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 sans que l&rsquo;Europe envisage effectivement de poser la seule question qui importe, face \u00e0 un programme de l&rsquo;ambition du JSF. La question se r\u00e9sume simplement \u00e0 ceci: que va faire l&rsquo;Europe? L&rsquo;Europe ne peut plus, en effet, \u00e9carter la question de sa position et de son action. Ici, on parle moins de la structure de l&rsquo;industrie strat\u00e9gique elle-m\u00eame que du principal produit de cette structure, et structure lui-m\u00eame, qu&rsquo;est le programme JSF.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est un cas simplement extraordinaire, qui mesure la non moins extraordinaire suj\u00e9tion psychologique de l&rsquo;Europe, que la question du programme JSF n&rsquo;ait pas suscit\u00e9 en Europe un examen commun, une position concert\u00e9, une r\u00e9ponse coordonn\u00e9e. Cas extraordinaire et d&rsquo;un illogisme \u00e9galement extraordinaire: pourquoi faire une industrie europ\u00e9enne strat\u00e9gique si l&rsquo;on se refuse \u00e0 examiner collectivement le principal produit de cette industrie strat\u00e9gique? (Une premi\u00e8re r\u00e9ponse, qui concerne ces ann\u00e9es o&ugrave; le JSF virtuel se d\u00e9veloppa sans soulever apparemment la moindre pr\u00e9occupation collective, appara&icirc;t clairement: parce qu&rsquo;ici [dans le cas de l&rsquo;industrie strat\u00e9gique], on se berce de l&rsquo;illusion d&rsquo;\u00eatre dans le domaine \u00e9conomique et donc de se croire \u00ab\u00a0autoris\u00e9\u00a0\u00bb de consid\u00e9rer les USA comme un concurrent; et l\u00e0 [dans le cas du programme JSF], on se trouve indiscutablement dans le cas d&rsquo;un produit militaire impliquant une strat\u00e9gie, une autonomie politico-militaire, et qu&rsquo;il est impensable pour nombre d&rsquo;esprits d&rsquo;envisager une voie diff\u00e9rente que celle de la suj\u00e9tion aux conceptions am\u00e9ricaines. La PESD va-t-elle changer tout cela? En tous les cas, elle y travaille par le seul fait de son existence et elle ne nous \u00e9vitera pas quelques solides interrogations. A ceux qui esp\u00e8rent y trouver l&rsquo;apaisement de l&rsquo;affirmation europ\u00e9enne dans le cadre transatlantique \u00e9galement apais\u00e9, \u00e0 ceux-l\u00e0 on souhaite bonne chance.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le JSF comme cas exemplaire pour l&rsquo;Europe<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, et notamment \u00e0 cause des (gr\u00e2ce aux) d\u00e9boires pressants du JSF, l&rsquo;Europe ne peut plus \u00e9carter le probl\u00e8me. Les plus r\u00e9alistes des Europ\u00e9ens, les Britanniques eux-m\u00eames, n&rsquo;ignorent plus qu&rsquo;ils y sont eux-m\u00eames confront\u00e9s de mani\u00e8re pressante. Ils doivent d\u00e9cider dans quelques mois (septembre? octobre?) de leur participation dans le programme JSF, version ADAC\/V. Mais quel programme JSF? Encore une d\u00e9cision difficile pour les Britanniques, qui pourraient \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 devoir \u00e0nouveau expliquer (aux Am\u00e9ricains) comment ils suivent la m\u00eame logique que celle qui les a pouss\u00e9s \u00e0 choisir le <em>Meteor<\/em> et l&rsquo;A400M.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autres pays europ\u00e9ens sont concern\u00e9s par le programme JSF: les Pays-Bas qui s&rsquo;y sont engag\u00e9s fermement, conform\u00e9ment \u00e0 leur strat\u00e9gie atlantiste, mais qui pourrait s&rsquo;av\u00e9rer avoir un deuxi\u00e8me fer (europ\u00e9en) au feu si cela s&rsquo;imposait (les N\u00e9erlandais sont suffisamment habiles et pr\u00e9voyants pour cela); les Belges, qui ont repouss\u00e9 le choix du JSF qu&rsquo;on (Washington) les pressait de faire, non sans avoir mesur\u00e9 l&rsquo;absence de situation, voire m\u00eame d&rsquo;information au niveau europ\u00e9en sur ce probl\u00e8me, et non sans avoir d\u00e9couvert avec \u00e9tonnement qu&rsquo;il n&rsquo;existait aucune possibilit\u00e9 aujourd&rsquo;hui de faire prendre en compte ce probl\u00e8me au niveau europ\u00e9en.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela fait beaucoup, en tous les cas assez pour que quelque chose d&rsquo;europ\u00e9en se dessine dans ce domaine, au moins une information, une coordination de l&rsquo;analyse, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une prise de position commune, etc. La logique de la PESD et de certains programmes d\u00e9j\u00e0 sur la voie de se concr\u00e9tiser (le A400M) rend ce prolongement in\u00e9vitable. Puisqu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui av\u00e9r\u00e9 que le JSF est un programme strat\u00e9gique, et m\u00eame qu&rsquo;il est plus \u00ab\u00a0une strat\u00e9gie industrielle\u00a0\u00bb qu&rsquo;un avion de combat, il est difficile de voir comment l&rsquo;Europe \u00e9vitera de prendre elle-m\u00eame une position et de d\u00e9finir sa propre strat\u00e9gie par rapport \u00e0 ce programme et par rapport au spectre industriel, technologique, militaire et politique qu&rsquo;il embrasse. Bien s&ucirc;r, on n&rsquo;est pas au bout des rebondissements, et l&rsquo;on peut \u00eatre s&ucirc;r que des suggestions du type d&rsquo;une coop\u00e9ration transatlantique, surtout si les difficult\u00e9s du JSF se confirment, seront lanc\u00e9es en Europe. Mais le probl\u00e8me est d&rsquo;abord celui de la strat\u00e9gie et de la puissance. L&rsquo;Europe ne peut plus l&rsquo;\u00e9viter, et ne peut plus \u00e9viter de chercher une r\u00e9ponse europ\u00e9enne.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte a paru dans la rubrique dedefensa de la Lettre d&rsquo;Analyse dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie, Volume 15, n&deg;18 du 10 juin 2000. ___________ Notes sur la \u00ab\u00a0Panique JSF\u00a0\u00bb 10 juin 2000 &ndash; Pour comprendre toute grande affaire am\u00e9ricaine dans les &Eacute;tats-Unis d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, il faut imp\u00e9rativement garder \u00e0 l&rsquo;esprit deux propositions comme autant d&rsquo;axiomes fondamentaux :&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[934,3089,3086,398,2632,250,610],"class_list":["post-64920","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-clinton","tag-cohen","tag-dedefensa","tag-europe","tag-globalisation","tag-jsf","tag-virtualisme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64920","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64920"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64920\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64920"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64920"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64920"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}