{"id":64922,"date":"1999-10-10T00:00:00","date_gmt":"1999-10-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1999\/10\/10\/de-defensa-volume-15-n03-du-10-octobre-1999-lesprit-du-technological-gap\/"},"modified":"1999-10-10T00:00:00","modified_gmt":"1999-10-09T22:00:00","slug":"de-defensa-volume-15-n03-du-10-octobre-1999-lesprit-du-technological-gap","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1999\/10\/10\/de-defensa-volume-15-n03-du-10-octobre-1999-lesprit-du-technological-gap\/","title":{"rendered":"de defensa Volume 15, n\u00b003 du 10 octobre 1999 &#8211; L&rsquo;esprit du \u00a0\u00bbtechnological gap\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><p>@SURTITRE = Esprit du \u00ab\u00a0technological gap\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = La pesante tactique am\u00e9ricaine<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = On charge les Am\u00e9ricains de pens\u00e9es machiav\u00e9liques qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas lorsqu&rsquo;ils pressent les Europ\u00e9ens de mettre \u00e0leur niveau leurs capacit\u00e9s technologiques. Un exemple de plus de l'\u00a0\u00bbinward-looking\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu c\u00f4t\u00e9 otanien, c&rsquo;est-\u00e0-dire du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, l&rsquo;offensive se nomme DCI (Defense Capabilities Initiative), qui est en gros une proposition de modernisation technologique (et interop\u00e9rable) des forces des pays de l&rsquo;OTAN (en fait : une mise au niveau de l&rsquo;Am\u00e9rique des autres pays de l&rsquo;OTAN). De nombreux analystes europ\u00e9ens, et pas seulement chez les Fran\u00e7ais, jugent, de fa\u00e7on critique, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;abord de pure tactique. On sait (voir le Kosovo) que les Am\u00e9ricains n&rsquo;excellent pas dans le domaine tactique. Leur tactique, si c&rsquo;est le cas, appara\u00eet alors comme pesante, c&rsquo;est-\u00e0-dire cousue de fil blanc ou chauss\u00e9e avec de gros sabots, c&rsquo;est selon. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation semi-officielle, \u00e0 demi-mot, qu&rsquo;on vous susurre dans la qui\u00e9tude d&rsquo;un bureau de cabinet minist\u00e9riel : la DCI est d&rsquo;abord une machine \u00e0 vendre des produits am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre interpr\u00e9tation est tout autre. Pour nous, il n&rsquo;y a ni tactique, ni strat\u00e9gie. Il n&rsquo;y a pas vraiment tromperie. Il y a l&rsquo;Am\u00e9rique, qui est totalement <em>inward-looking<\/em>, et c&rsquo;est, \u00e0notre sens, avec cette appr\u00e9ciation qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer l&rsquo;offensive DCI. DCI est incompr\u00e9hensible si on ne se r\u00e9f\u00e8re pas sur ce pilier de la th\u00e9ologie am\u00e9ricaniste actuelle qu&rsquo;est la th\u00e8se du \u00ab\u00a0<em>technological gap<\/em>\u00a0\u00bb prise comme un article de foi, et, au-del\u00e0, sur la pathologie qu&rsquo;on a signal\u00e9e plus haut, nourrie \u00e0 l&rsquo;avalanche constante de rapports sur les menaces exotiques et apocalyptiques qui guettent le monde occidental.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQu&rsquo;est-ce que nous disent les Am\u00e9ricains ? Rien que de tr\u00e8s logique : \u00ab\u00a0nous avons une sup\u00e9riorit\u00e9 technologique \u00e9crasante sur vous, Europ\u00e9ens. Il faut que vous reveniez \u00e0 notre niveau pour que l&rsquo;Alliance fonctionne et affronte les menaces qui grandissent et prolif\u00e8rent. Pour cela, vous devez d\u00e9velopper les technologies qui vous manquent. Si vous n&rsquo;y parvenez pas, nous voudrons bien vous vendre les n\u00f4tres.\u00a0\u00bb Il n&rsquo;y a rien de convenu ni de dissimul\u00e9 dans ce raisonnement. Les Europ\u00e9ens, m\u00eame les plus fid\u00e8les atlantistes (ceux-l\u00e0, avec un sourire de complicit\u00e9 un peu cynique), ne doutent pas une seconde que la partie \u00ab\u00a0vous devez d\u00e9velopper les technologies qui vous manquent\u00a0\u00bb est une simple clause de style avant de passer \u00e0l&rsquo;essentiel (\u00ab\u00a0nous voudrons bien vous vendre les n\u00f4tres\u00a0\u00bb). Notre conviction est que ce n&rsquo;est pas le cas. Les Am\u00e9ricains ont ceci de commun avec les Fran\u00e7ais qu&rsquo;ils ne sont pas machiav\u00e9liques. Lorsqu&rsquo;ils recommandent aux Europ\u00e9ens de d\u00e9velopper leurs propres technologies, ils sont sinc\u00e8res ; simplement, ils ne croient pas une seconde que les Europ\u00e9ens y parviendront, &mdash; et l\u00e0, plus que du machiav\u00e9lisme, il y a simplement une erreur, d&rsquo;autant plus grossi\u00e8re que le constat d&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>technological gap<\/em>\u00a0\u00bb actuel est lui-m\u00eame tr\u00e8s fortement contestable, si pas totalement infond\u00e9.<\/p>\n<h3>Il s&rsquo;agit moins d&rsquo;un affrontement de forces que d&rsquo;un affrontement de pathologies<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tA la lumi\u00e8re de cette appr\u00e9ciation, nous aurions tendance \u00e0penser que l&rsquo;actuelle offensive-DCI am\u00e9ricaine devrait, non pas d\u00e9boucher sur la compl\u00e8te soumission de l&rsquo;Europe (ignore-t-on que c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait ?), mais sur une confusion encore plus grande au sein de l&rsquo;OTAN ; sur des querelles sans fin portant sur l&rsquo;\u00e9valuation des technologies par rapport aux besoins, sur l&rsquo;\u00e9valuation de ces besoins, sur l&rsquo;\u00e9valuation des menaces qui d\u00e9terminent ces besoins ; tout cela ponctu\u00e9 de manoeuvres diverses des uns et des autres, entre Europ\u00e9ens et Am\u00e9ricains et entre Europ\u00e9ens ; tout cela sur le fond bruyant de la n\u00e9cessaire fusion industrielle transatlantique qui tarde \u00e0 se faire, et m\u00eame, qui ne peut se faire parce que, comme toujours, les conditions am\u00e9ricaines sur la question de l&rsquo;acc\u00e8s aux technologies sont inacceptables pour les Europ\u00e9ens (vigilance face aux menaces ext\u00e9rieures &#8230;), et que les conceptions am\u00e9ricaines sont naturellement pr\u00e9datrices et non pas coop\u00e9ratives (tendance \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration dans l&rsquo;ensemble nord-am\u00e9ricain &#8230;). Il y a d&rsquo;ailleurs ce paradoxe qu&rsquo;aux objurgations implicites d&rsquo;acheter de la technologie am\u00e9ricaine que les commentateurs critiques voient dans DCI, s&rsquo;ajoute de fa\u00e7on extr\u00eamement contradictoire, de la part des Am\u00e9ricains eux-m\u00eames, le constat que les r\u00e8gles et pressions de protection des technologies aux USA rendront particuli\u00e8rement difficiles les op\u00e9rations de transfert, voire de simple acquisition des technologies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y aura \u00e9videmment, avec la DCI, une pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration au sein de l&rsquo;OTAN, cette pouss\u00e9e \u00e9tant n\u00e9cessairement per\u00e7ue et\/ou interpr\u00e9t\u00e9e comme une mise en question de la souverainet\u00e9 des nations europ\u00e9ennes. Mais, encore une fois, d&rsquo;o\u00f9 vient-on \u00e0 la fin ? D&rsquo;o\u00f9 vient-on, sinon d&rsquo;une organisation militaire qui ne cesse d&rsquo;\u00eatre hyper-int\u00e9gr\u00e9e depuis un demi-si\u00e8cle (de Gaulle n&rsquo;en est pas sortie pour rien) ; application \u00e0 un domaine technique de l&rsquo;OTAN de l&rsquo;attitude classique et affreusement complexe de l&rsquo;Am\u00e9rique vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Europe, avec la volont\u00e9 de refaire sans cesse ce qui existe d\u00e9j\u00e0, et avec l&rsquo;effet de dramatiser le d\u00e9bat, de risquer effectivement de lancer \u00ab <em>une course de vitesse<\/em> \u00bb (voir Alain Richard) ; avec le risque &mdash; sait-on jamais ? &mdash; que les Europ\u00e9ens, par inadvertance et par confusion du jugement, et oubliant leur devoir d&rsquo;all\u00e9geance au profit de leur vertu imp\u00e9rative, deviennent vraiment europ\u00e9ens et se laissent aller \u00e0 envisager une v\u00e9ritable d\u00e9fense europ\u00e9enne, avec \u00ab <em>une pleine autonomie<\/em> \u00bb. Le risque est limit\u00e9, mais on ne peut compl\u00e8tement l&rsquo;\u00e9carter.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@CHAPTER FINAL = Les Europ\u00e9ens sont certes prisonniers d&rsquo;une faiblesse de caract\u00e8re sans gu\u00e8re de pr\u00e9c\u00e9dent historique sinon dans le cas de nations vaincues militairement, qui engendre une vision \u00e9go\u00efste et \u00e9triqu\u00e9e, et la perte du sens historique des n\u00e9cessit\u00e9s strat\u00e9giques et culturelles. Mais, de leur c\u00f4t\u00e9, les Am\u00e9ricains sont prisonniers d&rsquo;une vision parano\u00efaque de la situation du monde, qui emp\u00eache le profit de l&rsquo;exp\u00e9rience, qui substitue la repr\u00e9sentation d&rsquo;un monde virtualis\u00e9 (cas du virtualisme) \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation de la r\u00e9alit\u00e9 du monde. Ce n&rsquo;est pas un affrontement de forces mais un affrontement de quasi-pathologies ; et, dans ce cas, il n&rsquo;est pas dit que le plus faible sera finalement d\u00e9fait, car la force peut avoir l&rsquo;effet n\u00e9gatif de nourrir la pathologie la plus auto-destructrice.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Retour sur image<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Que dit l&rsquo;enseignement du pass\u00e9 ? Le contraire de ce qu&rsquo;on craint : les capacit\u00e9s d&rsquo;investissement am\u00e9ricaines de l&rsquo;Europe passent par l&rsquo;improvisation, non par les offensives bureaucratiques  organis\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour mieux appr\u00e9cier les perspectives possibles de la DCI, il est instructif de consid\u00e9rer le pass\u00e9. Ce n&rsquo;est \u00e9videmment pas la premi\u00e8re fois que les Am\u00e9ricains lancent ou suscitent, au sein de l&rsquo;OTAN ou directement, un vaste ensemble de programmes ou un vaste programme regroupant un ensemble de sous-programmes, et qu&rsquo;ils invitent les Europ\u00e9ens \u00e0 y participer, avec des pens\u00e9es \u00e0la fois int\u00e9grationnistes (int\u00e9grer les Europ\u00e9ens dans un ensemble atlantiste) et mercantiles (probabilit\u00e9 de ventes de produits am\u00e9ricains au bout du compte). [On \u00e9carte de notre analyse des programmes type-NADGE et la suite (r\u00e9seau de d\u00e9fense a\u00e9rienne en Europe, n\u00e9cessairement int\u00e9gr\u00e9 par sa fonction), correspondant \u00e0 des situations existantes, qui aurait de toutes les fa\u00e7ons exist\u00e9, qui sont impos\u00e9s par une situation plus que par une volont\u00e9 int\u00e9grationniste et mercantile de l&rsquo;Am\u00e9rique.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas r\u00e9cent le plus exemplaire de cette sorte d&rsquo;initiative (et, justement, premi\u00e8re d\u00e9signation bureaucratique d&rsquo;un tel ensemble utilisant le mot, si souvent repris depuis, d'\u00a0\u00bbInitiative\u00a0\u00bb) est la SDI (Strategic Defense Initiative). D\u00e8s 1979-80, l&rsquo;Europe avait \u00e9t\u00e9 avis\u00e9e de l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00e9norme \u00ab <em>technological gap<\/em> \u00bb, un de plus, concernant les circuits \u00e9lectroniques \u00e9quip\u00e9s de semi-conducteurs. C&rsquo;est la SDI, lanc\u00e9e en 1983, qui constitua la repr\u00e9sentation \u00ab\u00a0pratique\u00a0\u00bb de ce foss\u00e9 o\u00f9 les Europ\u00e9ens \u00e9taient promis \u00e0 dispara\u00eetre. En 1985, les Am\u00e9ricains lanc\u00e8rent leur proposition d&rsquo;int\u00e9grer les Europ\u00e9ens dans l&rsquo;effort-SDI, dans des termes d&rsquo;ailleurs proches de l&rsquo;ultimatum (lettre du secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Weinberger demandant, en mars 1985, une d\u00e9cision dans les 90 jours). Les Europ\u00e9ens r\u00e9pondirent de fa\u00e7ons diverses et en prenant leur temps. Les Britanniques furent, comme \u00e0 leur habitude, les plus z\u00e9l\u00e9s. Le ministre Helseltine signa, en d\u00e9cembre 1986, un accord de gouvernement \u00e0 gouvernement qui devait procurer aux industries anglaises plus de $2 milliards de contrats et un acc\u00e8s \u00e0 des technologies nouvelles exceptionnelles. Finalement, les Britanniques atteignirent p\u00e9niblement les $80 millions de contrats ; quant \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s aux technologies, comme dit le proverbe, \u00ab <em>le diable en rit encore<\/em> \u00bb. (Quant \u00e0 la SDI, on sait ce qu&rsquo;il en est advenu.)<\/p>\n<h3>Deux exemples r\u00e9v\u00e9lateurs : le F-104G <strong><em>Starfighter<\/em><\/strong> et le F-16<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est pas temps de nier que les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont pas investi les march\u00e9s europ\u00e9ens des armements. Au contraire, ils les dominent de fa\u00e7on massive. Mais leur investissement s&rsquo;est fait, depuis cinquante ans, non pas avec des offensives structur\u00e9es autour d&rsquo;une \u00ab\u00a0Initiative\u00a0\u00bb de programme(s) mais au gr\u00e9 de \u00ab\u00a0coups\u00a0\u00bb, des opportunit\u00e9s imm\u00e9diatement et massivement exploit\u00e9es, et bient\u00f4t consolid\u00e9es par des structures logistiques et autres. Cette r\u00e9alit\u00e9 pass\u00e9e constitue un enseignement significatif pour qui veut juger du sort \u00e0 venir de DCI. L&rsquo;exemple du march\u00e9 de l&rsquo;a\u00e9ronautique militaire est caract\u00e9ristique, et il peut se r\u00e9duire \u00e0 deux \u00e9v\u00e9nements essentiels, qui se caract\u00e9risent par l&rsquo;improvisation la plus compl\u00e8te, \u00e0 partir de programmes sans avenir de deux firmes am\u00e9ricaines au bord de la faillite. Il est instructif de les rappeler dans cette circonstance<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; En 1956-57, des conversations \u00e9taient engag\u00e9es entre la France et l&rsquo;Allemagne pour un march\u00e9 \u00e9norme de pr\u00e8s de 800 <em>Mirage<\/em> III pour la Luftwaffe. Les conversations \u00e9chou\u00e8rent parce qu&rsquo;elles avaient \u00e9t\u00e9 li\u00e9es \u00e0 une coop\u00e9ration nucl\u00e9aire franco-allemande que les Fran\u00e7ais d\u00e9cid\u00e8rent finalement, et assez abruptement, d&rsquo;abandonner. Les circonstances de l&rsquo;\u00e9chec de la commande de <em>Mirage<\/em> sont confuses et changent selon qui les rapporte (Franz-Josef Strauss du c\u00f4t\u00e9 allemand, plusieurs personnalit\u00e9s comme Chaban-Delmas ou le g\u00e9n\u00e9ral Gallois du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais). Au m\u00eame moment, Lockheed entra dans le jeu : la firme \u00e9tait aux abois apr\u00e8s le semi-\u00e9chec de son F-104 <em>Starfighter<\/em> (s\u00e9rie limit\u00e9e pour l&rsquo;USAF), et elle proposa le F-104G \u00e0 l&rsquo;Allemagne. Tr\u00e8s vite, l&rsquo;affaire devint politique, et \u00e9videmment irr\u00e9sistible avec le poids de l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 laquelle tant de liens tiennent les Allemands. A partir de la commande allemande, le F-104G se r\u00e9pandit comme une train\u00e9e de poudre (Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norv\u00e8ge, Italie, Turquie, etc). Le grand march\u00e9 europ\u00e9en \u00e9tait verrouill\u00e9 pour une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@CHAPTER FINAL = &bull; En 1973, la Belgique avait donn\u00e9 son accord de principe pour l&rsquo;achat du <em>Mirage<\/em> F1 comme rempla\u00e7ant du F-104G. Le gouvernement Leburton tomba et l&rsquo;affaire fut gel\u00e9e. Cela laissa le temps aux Am\u00e9ricains, qui, jusqu&rsquo;alors, n&rsquo;avait rien \u00e0 proposer \u00e0 l&rsquo;exportation (le seul avion exportable \u00e9tait le F-4, trop gros, d\u00e9pass\u00e9, dont les performances au Viet-n\u00e2m \u00e9taient douteuses), de sortir de leur chapeau le programme de d\u00e9monstration technologique LWF (Light-Weight Fighter), pourtant pr\u00e9vu au d\u00e9part sans aucun prolongement op\u00e9rationnel direct et imm\u00e9diat. Le YF-16 sortit vainqueur de LWF : c&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re chance de survie de la division avions (Fort-Worth) de General Dynamics. Promptement, et malgr\u00e9 la r\u00e9sistance acharn\u00e9e de l&rsquo;USAF qui ne voulait pas du F-16, l&rsquo;OSD (Office of Secretary of Defense) bricola une offre de vente et de coop\u00e9ration qu&rsquo;il pr\u00e9senta \u00e0 un groupe de pays (dont la Belgique), qu&rsquo;il invita par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 se regrouper. Ce fut le \u00ab\u00a0march\u00e9 du si\u00e8cle\u00a0\u00bb (Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norv\u00e8ge) de 1975, qui prolongea le verrouillage du march\u00e9 europ\u00e9en par les USA (F-16 vendus ensuite \u00e0 la Gr\u00e8ce et \u00e0 la Turquie), imposa le F-16 \u00e0 l&rsquo;USAF, et enfin lan\u00e7a le programme d&rsquo;avion tactique le plus important du dernier quart de si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Le poids de la bureaucratie<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = La DCI est marqu\u00e9e par les caract\u00e9ristiques am\u00e9ricaines. La pr\u00e9sence du gouvernement am\u00e9ricain dans l&rsquo;initiative n&rsquo;est une garantie de rien. Seuls comptent la bureaucratie et les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;industrie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;exemple du pass\u00e9 nous fait d\u00e9couvrir ceci, qui est caract\u00e9ristique du succ\u00e8s am\u00e9ricain sur les march\u00e9s europ\u00e9ens et dans les structures militaires europ\u00e9ennes par cons\u00e9quent, dans le dernier demi-si\u00e8cle : ce succ\u00e8s n&rsquo;est pas le r\u00e9sultat d&rsquo;une pression structurelle exerc\u00e9e par l&rsquo;OTAN au nom de principes d&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9, d&rsquo;offensives bureaucratiques massives, mais d&rsquo;initiatives militaro-commerciales tr\u00e8s rapides et improvis\u00e9es, appuy\u00e9es opportun\u00e9ment par une pression politique ad\u00e9quate mais qui ne dure pas (qui n&rsquo;a pas besoin de durer), et en g\u00e9n\u00e9ral lanc\u00e9es de fa\u00e7on tr\u00e8s solitaire par les \u00c9tats-Unis et d&rsquo;abord selon une d\u00e9marche bilat\u00e9rale (l&rsquo;argument OTAN vient ensuite et fait partie de la pression politique). C&rsquo;est le contraire de ce que fut la SDI, et de ce que se pr\u00e9pare \u00e0 \u00eatre la DCI ; et, pour aller plus loin dans le domaine consid\u00e9r\u00e9, le contraire de ce qu&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 et de ce que sera le programme d&rsquo;avion de combat pr\u00e9tendument du XXIe si\u00e8cle, le JSF (car il n&rsquo;est pas inutile, \u00e0notre sens, d&rsquo;\u00e9tablir d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 un rapport entre l&rsquo;offensive-DCI et l&rsquo;\u00e9ventuelle future offensive pour l&rsquo;exportation du JSF).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe premier probl\u00e8me de ces grands programmes am\u00e9ricains type-SDI et DCI est qu&rsquo;ils d\u00e9marrent sous l&rsquo;impulsion gouvernementale, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 massive, d\u00e8s l&rsquo;origine. Les interlocuteurs europ\u00e9ens y voient une garantie solide, ce qui est une erreur totale renvoyant \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension des Europ\u00e9ens du ph\u00e9nom\u00e8ne am\u00e9ricain (Britanniques compris, qui croient que l&rsquo;Am\u00e9rique est une duplication, en beaucoup plus grand, de l&rsquo;Angleterre originelle). Par la structure m\u00eame de l&rsquo;Am\u00e9rique, le gouvernement am\u00e9ricain ne dispose pas de la l\u00e9gitimit\u00e9 centrale ; par cons\u00e9quent, et malgr\u00e9 l&rsquo;apparence m\u00e9diatique, il n&rsquo;a aucune autorit\u00e9 fondamentale, ni pouvoir de type fondamental. (Ces r\u00e9alit\u00e9s furent quelque peu transform\u00e9es du temps de la Guerre froide puisque le gouvernement avait par la force des choses une d\u00e9l\u00e9gation fondamentale, qui \u00e9tait la capacit\u00e9 de mener une guerre nucl\u00e9aire possible, et, \u00e0 certains moments, probable. Cette situation n&rsquo;est plus d&rsquo;actualit\u00e9.) Le gouvernement am\u00e9ricain ne joue que le r\u00f4le de d\u00e9tonateur, d&rsquo;incitateur, et, surtout, de bailleur de fonds (et, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 fonds perdus). Par cons\u00e9quent, il n&rsquo;est en rien l&rsquo;orientateur et l&rsquo;inspirateur du march\u00e9 lanc\u00e9. Ensuite interviennent les vrais inspirateurs et gestionnaires des programmes, ce sont les divers pouvoirs r\u00e9els qui sont concern\u00e9s : les militaires, les industriels, le Congr\u00e8s, et d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale les bureaucraties. Si le gouvernement semble parfois jouer un r\u00f4le essentiel, c&rsquo;est pour d&rsquo;autres raisons que la logique europ\u00e9enne pousserait \u00e0 croire ; lorsque Lockheed Martin retire son appel contre la d\u00e9cision du gouvernement (du minist\u00e8re de la Justice d&rsquo;abord, car le probl\u00e8me est bien de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la loi) d&rsquo;interdire l&rsquo;absorption de Northrop Grumman, il c\u00e8de devant son principal client bien plus que devant l&rsquo;autorit\u00e9 souveraine (outre la cause juridique qui est incertaine).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar cons\u00e9quent, la pouss\u00e9e actuelle pour la DCI par le gouvernement am\u00e9ricain n&rsquo;est assortie d&rsquo;aucune garantie de quelque sorte que ce soit. En plus, elle est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9e par la mauvaise humeur et l&rsquo;acrimonie. \u00ab <em>A Toronto <\/em>[les 21 et 22 septembre], <em>il y a eu des \u00e9changes assez durs entre l&rsquo;Am\u00e9ricain Cohen, qui s&rsquo;est montr\u00e9 tr\u00e8s critique des performances des Europ\u00e9ens, et principalement les Allemands et les Britanniques, \u00e0 cause du niveau de leurs technologies<\/em> \u00bb, rapporte une source \u00e0 l&rsquo;OTAN. On en dira ce qu&rsquo;on veut, mais l&rsquo;on ne s&#8217;emp\u00eachera pas de penser qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une bien \u00e9trange technique de <em>marketing<\/em> pour lancer ce qui est suppos\u00e9 \u00eatre une grande offensive de fourniture de technologies avanc\u00e9es am\u00e9ricaines aux Europ\u00e9ens.<\/p>\n<h3>La perspective d&rsquo;un enlisement bureaucratique et de querelles sans fin<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors, quel peut \u00eatre l&rsquo;avenir de DCI ? Il s&rsquo;agit de l&rsquo;arch\u00e9type du programme bureaucratique, et cette appr\u00e9ciation est d&rsquo;autant plus acceptable qu&rsquo;on se trouve au niveau de la conception dans une p\u00e9riode de vide politique complet \u00e0 Washington (au moins depuis le d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9poque Clinton), et dans le cours de la d\u00e9termination de la \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb (am\u00e9ricaine) laiss\u00e9e aux seules forces en place, dont la bureaucratie est certes l&rsquo;une des plus puissantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEncore plus que la SDI, qui comptait une part de vision politique, voire utopique (la volont\u00e9 de Reagan d&rsquo;\u00e9carter la doctrine dite de la \u00ab\u00a0Destruction Mutuelle Assur\u00e9e\u00a0\u00bb, voire d&rsquo;aller vers l&rsquo;\u00e9limination des armes nucl\u00e9aires), la DCI est totalement une id\u00e9e de bureaucrates. Elle s&rsquo;appuie sur un principe imp\u00e9ratif et, \u00e0 notre sens, hautement contestable : que le d\u00e9veloppement technologique maximal est la meilleure voie \u00e0suivre pour la s\u00e9curit\u00e9 politico-militaire, et notamment pour la s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 des crises type-Kosovo. Elle se juge confirm\u00e9e par des enseignements compl\u00e8tement biais\u00e9s ou\/et fauss\u00e9s : que la guerre du Kosovo a \u00e9t\u00e9 conclue par une \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb gr\u00e2ce \u00e0l&#8217;emploi des technologies avanc\u00e9es. Elle s&rsquo;estime l\u00e9gitim\u00e9e par l&rsquo;affirmation de type th\u00e9ologique, \u00e9galement non-d\u00e9montr\u00e9e et hautement contestable, de la sup\u00e9riorit\u00e9 qualitative et conceptuelle absolue des Am\u00e9ricains sur les Europ\u00e9ens. Mais peu importe : nous sommes bien dans le monde bureaucratique, pour lequel un principe, une r\u00e9alit\u00e9 ou une affirmation se mesure au poids de papier noirci qui lui est consacr\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@CHAPTER FINAL = C&rsquo;est par cons\u00e9quent selon ces m\u00e9thodes et cette fa\u00e7on de voir que va se d\u00e9velopper le d\u00e9bat sur la DCI, et, bient\u00f4t, le d\u00e9bat sur sa mise en pratique. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, signalent nos sources, \u00ab <em>la bureaucratie de l&rsquo;OTAN, qui est bien \u00e9quip\u00e9e pour cela, produit des masses d&rsquo;\u00e9tudes et de documents sur cette question, face \u00e0 laquelle les \u00c9tats-membres, sous-\u00e9quip\u00e9s en terme de capacit\u00e9s bureaucratiques, n&rsquo;ont gu\u00e8re de capacit\u00e9s de r\u00e9pondre<\/em> \u00bb. Cela semble effectivement assurer la victoire bureaucratique. Mais pour quel r\u00e9sultat, en fait ? Le r\u00e9sultat de d\u00e9bats sans fin, d&rsquo;argumentations contradictoires, sur fond de difficult\u00e9s pratiques sans nombre lorsqu&rsquo;on en vient aux r\u00e9alit\u00e9s ; en effet, au terme de tout cela il faut en venir aux d\u00e9cisions budg\u00e9taires pratiques qui, elles, d\u00e9pendent des \u00c9tats-membres, dans un environnement difficile, o\u00f9 s&rsquo;exerceront de nouvelles pressions comme celles des industries nationales inqui\u00e8tes devant les pressions am\u00e9ricaines sous-jacentes. Traduisons : en fait, il y a de fortes chances que nous nous dirigions vers un enlisement bureaucratique d&rsquo;une taille colossale. La r\u00e9f\u00e9rence pass\u00e9e de la SDI doit nous \u00eatre une indication pr\u00e9cieuse, entre les pompeuses et incroyables affirmations qui l&rsquo;accompagn\u00e8rent (en 1985, la SDI, ou \u00ab\u00a0guerre des \u00e9toiles\u00a0\u00bb, \u00e9tait r\u00e9ellement proclam\u00e9e comme \u00ab <em>la voie d&rsquo;acc\u00e8s au XXIe si\u00e8cle<\/em> \u00bb) et les r\u00e9alit\u00e9s qu&rsquo;elle a produites. (Et il est inutile de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la disparition de l&rsquo;URSS pour expliquer ce destin : la SDI a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour elle-m\u00eame et non en fonction d&rsquo;un adversaire, puisqu&rsquo;on tente de la poursuivre par d&rsquo;autres programmes aujourd&rsquo;hui ; d&rsquo;ailleurs, d\u00e8s 1988-89, l&rsquo;URSS toujours pr\u00e9sente, elle s&rsquo;ab\u00eemait dans le marasme bureaucratique apr\u00e8s que des sommes colossales y aient \u00e9t\u00e9 investies.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Philosophie de la DCI<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Le principal d\u00e9faut de la DCI, compar\u00e9e par exemple \u00e0 la SDI, c&rsquo;est qu&rsquo;elle est ennuyeuse. C&rsquo;est la parfaite illustration de la bureaucratie. Ainsi est d\u00e9j\u00e0 \u00e9crite l&rsquo;histoire de son \u00e9chec.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTirons d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 un enseignement de la DCI telle qu&rsquo;elle nous appara\u00eet. Il ne s&rsquo;agit de rien d&rsquo;autre que de l&rsquo;ach\u00e8vement du Projet bureaucratique, qui atteint ainsi le degr\u00e9 ultime de l&rsquo;abstraction, sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une situation op\u00e9rationnelle g\u00e9n\u00e9rale ou \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, sinon la situation op\u00e9rationnelle ou la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;on biaise pour la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9monstration th\u00e9orique. La DCI est un peu ce que les ultimes d\u00e9monstrations de l&rsquo;art abstrait (avant d&rsquo;en revenir au figuratif) sont \u00e0 la fonction figurative de l&rsquo;art dans une soci\u00e9t\u00e9 : absence de signification, absence d&rsquo;utilit\u00e9, absence de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe caract\u00e8re d&rsquo;abstraction est remarquable. C&rsquo;est une diff\u00e9rence d\u00e9cisive d&rsquo;avec la SDI, qui pouvait pr\u00e9tendre repr\u00e9senter une fonction dans la r\u00e9alit\u00e9, et une fonction fortement spectaculaire parce que si parlante (arr\u00eater une attaque nucl\u00e9aire, voire r\u00e9duire les armes nucl\u00e9aires). C&rsquo;est-\u00e0-dire que la DCI, au contraire de la SDI dans sa premi\u00e8re p\u00e9riode, n&rsquo;a strictement aucune capacit\u00e9 mobilisatrice. Pour la bureaucratie, certes, cela veut dire qu&rsquo;elle est plus \u00ab\u00a0s\u00e9rieuse\u00a0\u00bb ; dans la r\u00e9alit\u00e9 politico-m\u00e9diatique, cela veut dire qu&rsquo;elle ne trouvera aucune assise de soutien durable. \u00ab <em>Au contraire de la SDI, la DCI n&rsquo;est pas du tout excitante, <\/em>note une source sp\u00e9cialis\u00e9e dans le marketing. <em>Elle est ennuyeuse, elle n&rsquo;atteindra jamais le grand public, alors que la SDI \u00e9tait un d\u00e9bat public avec une vision excitante, et, par cons\u00e9quent, elle ne disposera jamais d&rsquo;un appui m\u00e9diatique efficace.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa DCI repr\u00e9sente la programmation militaro-technologique totalement entr\u00e9e dans l&rsquo;\u00e8re virtualiste. Elle constitue une parfaite correspondance de la guerre men\u00e9e au Kosovo, si parfaite qu&rsquo;elle en a tir\u00e9 les le\u00e7ons avant que la guerre ait \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0son terme (la DCI a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e au sommet de Washington du 25 avril, cinq semaines avant la fin de la guerre) ; c&rsquo;est dire si, \u00e0 cet \u00e9gard, les le\u00e7ons du Kosovo \u00e9taient connues avant m\u00eame que la guerre ait lieu, et qu&rsquo;il n&rsquo;est tenu compte que des \u00e9v\u00e9nements qui confirment tout cela (d&rsquo;o\u00f9 l&#8217;embarras lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;expliquer les r\u00e9sultats des attaques tactiques contre les \u00e9quipements de la IIIe Arm\u00e9e yougoslave au Kosovo). Cette pr\u00e9sentation semble un peu surr\u00e9aliste, pourtant elle renvoie \u00e0la r\u00e9alit\u00e9 bureaucratique. Mais elle implique \u00e9galement que la DCI d\u00e9velopp\u00e9e par les forces bureaucratiques, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa logique interne inflexible, sera constamment soumise \u00e0 des critiques, \u00e0 des mises en question. Elle est immanquablement destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre confront\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, et notamment \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 budg\u00e9taire des \u00c9tats-membres de l&rsquo;OTAN puisque le but recherch\u00e9 est bien de faire passer des analyses collectives aux niveaux individuels des directions nationales. Certes, il y a l&rsquo;argument de l&rsquo;int\u00e9gration : que la DCI active l&rsquo;int\u00e9gration OTAN et par cons\u00e9quent r\u00e9duise d&rsquo;autant les d\u00e9cisions nationales. C&rsquo;est une approche th\u00e9orique. L&rsquo;enseignement du pass\u00e9 ne va pas dans ce sens. Encore une fois, on rappellera que l&rsquo;OTAN, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 un demi-si\u00e8cle d&rsquo;int\u00e9gration, ou de soi-disant int\u00e9gration, et le r\u00e9sultat est bien loin d&rsquo;\u00eatre convainquant. La guerre du Kosovo a montr\u00e9, non pas que l&rsquo;int\u00e9gration (communications, interop\u00e9rabilit\u00e9, etc) \u00e9tait mal faite, mais qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait simplement pas faite en raison de l&rsquo;attitude constante des \u00c9tats. On voit mal comment elle pourrait \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e aujourd&rsquo;hui alors qu&rsquo;elle ne l&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 durant une p\u00e9riode qui \u00e9tait si propice \u00e0cette d\u00e9marche, &mdash; car effectivement, si une situation \u00e9tait favorable \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration, c&rsquo;\u00e9tait bien la Guerre Froide, avec un but commun, un danger clairement identifi\u00e9, la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9vidente d&rsquo;un regroupement pour l&rsquo;affronter, et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa DCI ne devrait conduire qu&rsquo;\u00e0 ceci : une \u00e9tape de plus dans le constat que le grand ph\u00e9nom\u00e8ne de la deuxi\u00e8me partie du XXe si\u00e8cle est l&rsquo;affirmation de forces non-politiques, non-id\u00e9ologiques (m\u00eame si elles utilisent la politique et l&rsquo;id\u00e9ologie comme paravents), de caract\u00e8re transnational, difficilement contr\u00f4lables par les pouvoirs politiques, mais qui se placent in\u00e9luctablement en concurrentes des pouvoirs politiques (et cela finit toujours par appara\u00eetre en pleine lumi\u00e8re). Le ph\u00e9nom\u00e8ne bureaucratique est l&rsquo;une des plus importantes parmi ces forces ; et DCI est la derni\u00e8re en date de ses offensives. Mais, par son abstraction, par son m\u00e9pris arrogant de la r\u00e9alit\u00e9, par son inattention stupide pour son principal alli\u00e9 (la repr\u00e9sentation m\u00e9diatique, elle aussi transformatrice de la r\u00e9alit\u00e9, qui ne peut rien faire de la DCI parce qu&rsquo;elle est \u00ab <em>ennuyeuse<\/em> \u00bb), elle pourrait \u00eatre \u00e9galement la derni\u00e8re offensive bureaucratique tout court, en tous les cas dans ce cadre euroatlantique, \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9chec qui la sanctionnera. Finalement, la bureaucratie court le risque ultime de voir sa puissance mise en question \u00e0 cause de ce d\u00e9faut fondamental qui appara\u00eet aujourd&rsquo;hui : elle est ennuyeuse ; car sa puissance durant la Guerre froide, effectivement, a repos\u00e9 sur sur une repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 qui permettait une mobilisation hollywoodienne dont le m\u00e9diatisme \u00e9tait le relais. Si, par son go\u00fbt assommant du s\u00e9rieux, la bureaucratie a perdu cette recette, elle risque de le payer cher.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>@SURTITRE = Esprit du \u00ab\u00a0technological gap\u00a0\u00bb @TITREDDE = La pesante tactique am\u00e9ricaine @SOUSTITRE = On charge les Am\u00e9ricains de pens\u00e9es machiav\u00e9liques qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas lorsqu&rsquo;ils pressent les Europ\u00e9ens de mettre \u00e0leur niveau leurs capacit\u00e9s technologiques. Un exemple de plus de l&rsquo;\u00a0\u00bbinward-looking\u00a0\u00bb. Du c\u00f4t\u00e9 otanien, c&rsquo;est-\u00e0-dire du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, l&rsquo;offensive se nomme DCI (Defense Capabilities Initiative),&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-64922","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64922","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64922"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64922\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64922"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64922"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64922"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}