{"id":64936,"date":"2001-04-30T00:00:00","date_gmt":"2001-04-29T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/04\/30\/la-crise-du-commandement-unique\/"},"modified":"2001-04-30T00:00:00","modified_gmt":"2001-04-29T22:00:00","slug":"la-crise-du-commandement-unique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/04\/30\/la-crise-du-commandement-unique\/","title":{"rendered":"<em>La crise du commandement unique<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d;font-size:2em;\">Une bataille de psychologies<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Paru en 1931, d&rsquo;un auteur anonyme qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 comme un g\u00e9n\u00e9ral (\u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ral ***\u00a0\u00bb), ce livre d\u00e9crit dans un style alerte et vif, particuli\u00e8rement plaisant, la crise des alli\u00e9s, principalement les Fran\u00e7ais et les Anglais, sur le Front Ouest, en 1917-18. Le livre se termine exactement le jour de la nomination du g\u00e9n\u00e9ral Ferdinand Foch, le 28 mars 1918, \u00e0 la fonction supr\u00eame de g\u00e9n\u00e9ralissime commandant les arm\u00e9es alli\u00e9s sur le front Ouest, alors que les alli\u00e9s sont \u00e0 deux doigts de la d\u00e9faite strat\u00e9gique. La situation va \u00eatre redress\u00e9e en deux jours, essentiellement gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;installation de cette autorit\u00e9 coordinatrice. C&rsquo;est un livre pro-Foch, dans la querelle souvent ranim\u00e9e \u00e0 propos de cet \u00e9pisode (querelle opposant plus les tenants des commandants en chef nationaux Haig et P\u00e9tain contre Foch, et, surtout, P\u00e9tain contre Foch, et aussi, pendant quelques semaines, Cl\u00e9menceau contre Foch). Hors ce parti adopt\u00e9 dans l&rsquo;analyse, et d&rsquo;ailleurs justifi\u00e9 par bien des faits et des arguments, ce livre a le m\u00e9rite d&rsquo;exposer, bri\u00e8vement mais de fa\u00e7on essentielle, en ne gardant que les points essentiels, les probl\u00e8mes fondamentaux soulev\u00e9s et\/ou mis en lumi\u00e8re par cette crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le probl\u00e8me de la souverainet\u00e9 nationale. Il se pose essentiellement entre Anglais et Fran\u00e7ais, les Anglais devant placer leur corps de bataille sous un certain contr\u00f4le d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9ralissime qui ne pouvait \u00eatre que Fran\u00e7ais. Les diverses p\u00e9rip\u00e9ties telles que d\u00e9crites dans ces moments d\u00e9licats montrent plut\u00f4t la relativit\u00e9 de ce probl\u00e8me, et combien, plus qu&rsquo;une question de principe, il s&rsquo;agit d&rsquo;une affaire politique et, \u00e9galement, et de fa\u00e7on souvent \u00e9tonnamment forte, d&rsquo;une question de psychologie entre les principaux acteurs. Ainsi, on est loin de trouver les forces en pr\u00e9sence regroup\u00e9es syst\u00e9matiquement par nationalit\u00e9s, mais parfois (souvent) des regroupements entre nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes contre une autorit\u00e9 d&rsquo;une des deux nationalit\u00e9s (Haig et P\u00e9tain contre Foch pendant diverses p\u00e9riodes). Le probl\u00e8me de la souverainet\u00e9, lorsqu&rsquo;elle concerne deux puissances \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalentes comme la France et le Royaume-Uni, ne se pose gu\u00eare: le \u00ab\u00a0poids\u00a0\u00bb des puissances respectives et leur utilisation extensive (le \u00ab\u00a0poids\u00a0\u00bb des morts si l&rsquo;on veut) prot\u00e8gent les souverainet\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les difficult\u00e9s et les complexit\u00e9s des rapports entre militaires et civils, avec des interf\u00e9rences inter-nationales. (Le premier ministre britannique Llyod George d\u00e9testait son commandant en chef Haig; il ne pouvait pourtant s&rsquo;en s\u00e9parer \u00e0cause de la popularit\u00e9 de Haig et du soutien du roi George V \u00e0 ce dernier; Llyod George chercha souvent \u00e0 favoriser un commandement unique qui irait \u00e0 un Fran\u00e7ais, pour r\u00e9duire sur le terrain les pouvoirs de son propre commandant-en-chef.) Bien plus que dans la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, la Grande Guerre fut souvent influenc\u00e9e par les intrigues politiciennes de l&rsquo;un ou\/et l&rsquo;autre des partenaires, et par l&rsquo;intimit\u00e9 des calculs politiques des deux alli\u00e9s, et entre les deux alli\u00e9s. A certaines p\u00e9riodes de n\u00e9gociations intenses, on e&ucirc;t dit les membres d&rsquo;un m\u00eame gouvernement mais de partis diff\u00e9rents, jouant selon les positions politiques des uns et des autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le livre t\u00e9moigne, d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s intense, de la gravit\u00e9 extr\u00eame de la situation au d\u00e9but de ce printemps 1918. On comprend alors combien les alli\u00e9s sont revenus au point de d\u00e9part, \u00e0 ces mois terribles d&rsquo;ao&ucirc;t-septembre 1914. Tout leur dispositif est menac\u00e9 d&rsquo;effondrement sous les coups de boutoir des Allemands, qui re\u00e7oivent des renforts massifs avec leurs troupes lib\u00e9r\u00e9s du front de l&rsquo;est par la r\u00e9volution bolch\u00e9vique et la paix de Brest-Litovsk sign\u00e9e en mars 1918 par L\u00e9nine-Trotsky. On comprend comment on aboutira \u00e0 une seconde bataille de la Marne (avril-mai 1918), aussi incertaine et aussi d\u00e9cisive que la premi\u00e8re. Ainsi appara&icirc;t le caract\u00e8re tr\u00e8s sp\u00e9cifique de la Grande Guerre: deux actions quasiment d\u00e9cisives au d\u00e9but et \u00e0 la fin, marqu\u00e9es par des offensives tr\u00e8s rapides, des d\u00e9placement tr\u00e8s rapides, encadrant une longue p\u00e9riode de guerre statique, une vie au front terrifiante pour la psychologie des soldats, des batailles statiques elles aussi et \u00e9pouvantablement sanglantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le facteur psychologique joue un r\u00f4le consid\u00e9rable, telle que nous est pr\u00e9sent\u00e9e la p\u00e9riode par le g\u00e9n\u00e9ral ***. Il joue un r\u00f4le consid\u00e9rable dans les manoeuvres pr\u00e9paratoires \u00e0 la p\u00e9riode d\u00e9cisive. Il joue un r\u00f4le consid\u00e9rable, et m\u00eame d\u00e9cisif, dans la p\u00e9riode finale. L&rsquo;effondrement qui menace les alli\u00e9s les 22-26 mars 1918 est d&rsquo;abord d&ucirc; \u00e0 une v\u00e9ritable d\u00e9pression des grands chefs (Haig et P\u00e9tain), d&rsquo;un esprit d\u00e9fensif et d&rsquo;un repli nationaliste (Haig ne songe qu&rsquo;\u00e0 prot\u00e9ger le chemin de la mer pour un \u00e9ventuel rembarquement, P\u00e9tain ne songe qu&rsquo;\u00e0 prot\u00e9ger Paris; r\u00e9sultat, aucun des deux corps ne soutien l&rsquo;autre et l&rsquo;Allemand peut songer \u00e0 percer \u00e0 la jointure des deux). C&rsquo;est encore la psychologie qui va sauver la situation, avec le volontarisme de Foch agissant comme un \u00e9lectro-choc sur la psychologie des deux chefs nationaux. En deux jours, sans aucun apport d\u00e9cisif en forces sur le terrain, par le seul retour de la d\u00e9termination des chefs qui se transmet aux \u00e9chelons inf\u00e9rieurs (commandants d&rsquo;Arm\u00e9es, de Corps d&rsquo;Arm\u00e9e), qui conduit \u00e0 une orientation diff\u00e9rente de leurs ordres et de leurs perspectives, les alli\u00e9s bloquent l&rsquo;arm\u00e9e allemande qui commence aussit\u00f4t \u00e0payer les efforts terribles qu&rsquo;elle vient de d\u00e9ployer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La vision offerte par le g\u00e9n\u00e9ral *** est ainsi fondamentalement bas\u00e9e sur le facteur humaine, et selon une analyse qui ne fait certainement pas l&rsquo;unanimit\u00e9. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;interpr\u00e9tation de faits par ailleurs historiques. Cette interpr\u00e9tation, quant \u00e0l&rsquo;atmosph\u00e8re et aux m\u00e9thodes, recoupe d&rsquo;autres t\u00e9moignages (notamment celui du g\u00e9n\u00e9ral britannique Spears, officier de liaison avec les Fran\u00e7ais). Elle a l&rsquo;avantage, et c&rsquo;est une r\u00e9flexion qui vaut pour aujourd&rsquo;hui, de nous rappeler l&rsquo;importance du facteur humain, m\u00eame dans une guerre m\u00e9canique de masse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong><em>Recension faite le 30 avril 2001.<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><em>La crise du commandement unique<\/em>, &ndash; <em>le conflit Cl\u00e9menceau, Foch, Haig, P\u00e9tain<\/em> &#8211; Editions Bossard, Paris, 1931<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une bataille de psychologies Paru en 1931, d&rsquo;un auteur anonyme qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 comme un g\u00e9n\u00e9ral (\u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ral ***\u00a0\u00bb), ce livre d\u00e9crit dans un style alerte et vif, particuli\u00e8rement plaisant, la crise des alli\u00e9s, principalement les Fran\u00e7ais et les Anglais, sur le Front Ouest, en 1917-18. 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