{"id":64946,"date":"2001-05-10T00:00:00","date_gmt":"2001-05-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/05\/10\/analyse-de-defensa-volume-16-n16-du-10-mai-2001-leurope-reelle\/"},"modified":"2001-05-10T00:00:00","modified_gmt":"2001-05-09T22:00:00","slug":"analyse-de-defensa-volume-16-n16-du-10-mai-2001-leurope-reelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/05\/10\/analyse-de-defensa-volume-16-n16-du-10-mai-2001-leurope-reelle\/","title":{"rendered":"Analyse, de defensa, Volume 16, n\u00b016 du 10 mai 2001 &#8211; <strong><em>L&rsquo;Europe r\u00e9elle<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;Europe r\u00e9elle<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelle est la situation europ\u00e9enne actuelle? Nous voudrions en donner une image singuli\u00e8re, si possible \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;Europe telle qu&rsquo;on nous la d\u00e9crit, qu&rsquo;on nous la raconte ou qu&rsquo;on nous la chante officiellement ou semi-officiellement, dans le monde m\u00e9diatique de grande diffusion, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Europe du conformisme; plut\u00f4t une image de l&rsquo;Europe telle qu&rsquo;elle est, ou, dans tous les cas, telle qu&rsquo;elle nous semble \u00eatre. C&rsquo;est dire, enfin, que nous donnerons effectivement notre perception de la situation europ\u00e9enne. Comme d&rsquo;habitude dans nos analyses, nous m\u00ealerons les r\u00e9f\u00e9rences historiques, les raisonnements hors des normes, les constats d\u00e9riv\u00e9s des confidences et des acc\u00e8s de sinc\u00e9rit\u00e9. On lira peu de r\u00e9f\u00e9rences aux communiqu\u00e9s europ\u00e9ens, aux analyses des sommets, aux discours officiels, aux th\u00e8ses et aux th\u00e9ories en vogue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous allons commencer par deux pr\u00e9ambules, que nous voudrions faire prendre implicitement comme deux axiomes de la situation europ\u00e9enne d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ils en tracent le cadre g\u00e9n\u00e9ral, selon notre appr\u00e9ciation. Leur logique respective, leur place dans notre raisonnement, appara\u00eetront sans doute dispers\u00e9es dans l&rsquo;imm\u00e9diat; elles prendront, \u00e0 mesure, une place essentielle et \u00e9videmment n\u00e9cessaire dans le raisonnement qu&rsquo;on conduit ici.<\/p>\n<h3>Le premier pr\u00e9ambule : la grande guerre classique n&rsquo;existe plus, &mdash; particuli\u00e8rement en Europe<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pose en effet que la grande guerre classique est aujourd&rsquo;hui une notion du pass\u00e9, &mdash; particuli\u00e8rement pour l&rsquo;Europe. Cette \u00ab\u00a0grande guerre classique\u00a0\u00bb, selon l&rsquo;expression forg\u00e9e pour l&rsquo;occasion, c&rsquo;est celle qui implique une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, une d\u00e9claration de guerre, un ou des front(s), de grandes offensives, et qui se termine par un armistice ou une capitulation, puis par un trait\u00e9 de paix. C&rsquo;est la grande guerre de l&rsquo;affrontement des nations, n\u00e9e dans sa forme moderne avec la R\u00e9volution fran\u00e7aise et introduite \u00e0 sa forme paroxystique de mobilisation industrielle et de guerre de destruction totale par la Guerre de S\u00e9cession (Civil War) am\u00e9ricaine. Nous voyons trois raisons \u00e0 cette d\u00e9saffection bienvenue, qui rendent celle-ci extr\u00eamement solide, et, sans doute, qui rendent impossible, dans le futur pr\u00e9visible, cette grande guerre classique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les mat\u00e9riels. La ma\u00eetrise de la technologie, et surtout la ma\u00eetrise des capacit\u00e9s d&rsquo;int\u00e9gration des technologies, rendent extr\u00eamement difficile un r\u00e9armement ou un surarmement rapide d&rsquo;un pays d\u00e9cidant d&rsquo;une politique de conqu\u00eate et pr\u00e9cipitant les conditions d&rsquo;un conflit. Un r\u00e9armement comme celui de l&rsquo;Allemagne en 1933-39 est aujourd&rsquo;hui irr\u00e9alisable. Cette situation \u00e9carte \u00e9videmment un tr\u00e8s grand nombre de possibilit\u00e9s de conflits, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;exp\u00e9rience montre que la plupart des conflits r\u00e9sultent d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;expansion impliquant de la part du pays qui l&rsquo;\u00e9prouve un renforcement de ses capacit\u00e9s guerri\u00e8res.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La concertation et les interventions internationales (UE, ONU, etc). La situation internationale, et massivement pour le cas de la situation europ\u00e9enne, est marqu\u00e9e par une suite constante de rencontres, de conf\u00e9rences, de sommets, de travaux en coop\u00e9ration, etc. Tous les conflits \u00e0 leur naissance sont aussit\u00f4t trait\u00e9s dans ces contacts et transform\u00e9s en processus diplomatiques ou bureaucratiques avant qu&rsquo;ils puissent \u00e9voluer vers des situations de guerre. Au pire, quand celles-ci surviennent, divers m\u00e9canismes sont quasi-automatiquement mis en route, qui m\u00e8nent \u00e0 des arbitrages internationaux, voire \u00e0 des interventions internationales pour contenir, r\u00e9duire, interdire le conflit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Surtout, la psychologie avec  les \u00e9v\u00e9nements fondamentaux qui l&rsquo;ont modifi\u00e9e. Les deux guerres mondiales (avec un r\u00f4le particulier pour la premi\u00e8re qui a introduit dans la conscience europ\u00e9enne la notion d&rsquo;an\u00e9antissement collectif), puis la guerre froide avec la menace nucl\u00e9aire, ont impos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;esprit moderne, et singuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;esprit europ\u00e9en, l&rsquo;id\u00e9e que la grande guerre classique impliquait des faits d&rsquo;an\u00e9antissement de nations, de groupes de nations, voire le fait supr\u00eame et sans retour de l&rsquo;an\u00e9antissement de la civilisation (menace nucl\u00e9aire).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn n&rsquo;\u00e9crit pas ici que nous connaissons la fin des conflits et de la guerre, encore moins la fin de la violence. Chaque jour nous montre le contraire. Chaque jour, \u00e9galement, nous montre que la violence et les conflits d&rsquo;aujourd&rsquo;hui connaissent une situation tr\u00e8s nouvelle, insaisissable, sans cadre l\u00e9gal, o\u00f9 aspects civils et militaires se m\u00e9langent, o\u00f9 jouent des facteurs extr\u00eamement divers, o\u00f9 les affrontements de type militaire classique sont rarissimes. Nous sommes vraiment tr\u00e8s loin de la grande guerre classique.<\/p>\n<h3>Le deuxi\u00e8me pr\u00e9ambule : la notion de \u00ab\u00a0volontarisme europ\u00e9en passant par l&rsquo;int\u00e9gration\u00a0\u00bb est d\u00e9pass\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe deuxi\u00e8me pr\u00e9ambule concerne la situation europ\u00e9enne elle-m\u00eame. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une \u00e9volution s&rsquo;est faite en Europe, dans les organisations europ\u00e9ennes, dans les m\u00e9canismes europ\u00e9ens. A l&rsquo;affrontement entre d&rsquo;une part les nations\/les int\u00e9r\u00eats nationaux et d&rsquo;autre part le courant int\u00e9grateur europ\u00e9en, a succ\u00e9d\u00e9 une tendance au compromis. Il s&rsquo;agit l\u00e0 de la simple prise en compte de la r\u00e9alit\u00e9 et des faits, qui sont loin des discours politiques, des grandes th\u00e8ses th\u00e9oriques, des affrontements rh\u00e9toriques et id\u00e9ologiques. Certains organismes ont perdu beaucoup de leur puissance, principalement la Commission, qui n&rsquo;est plus que l&rsquo;ombre de ce qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque Delors (s&rsquo;il y a une crainte \u00e0 exprimer, c&rsquo;est bien concernant l&rsquo;effacement de la Commission, et non le contraire comme l&rsquo;expriment \u00e0 tort les \u00ab\u00a0souverainistes\u00a0\u00bb). Il n&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;en certaines occasions, cette m\u00eame Commission a montr\u00e9 qu&rsquo;elle pouvait, en d\u00e9fendant judicieusement une cause commune, rendre un signal\u00e9 service aux \u00c9tats-membres (le cas de l&rsquo;affaire de la fusion Boeing-McDonnell Douglas, o\u00f9 la Commission a obtenu un r\u00e9sultat int\u00e9ressant et honorable).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa puissance et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des \u00c9tats ou de leurs substituts \u00e9ventuels (r\u00e9gions, groupes d&rsquo;\u00c9tats, etc) se sont r\u00e9affirm\u00e9s, dans tous les domaines, avec parfois des situations v\u00e9cues comme d\u00e9plorables par les \u00ab\u00a0europ\u00e9anistes\u00a0\u00bb int\u00e9grationnistes, comme on a pu le voir par exemple au sommet de Nice. Le d\u00e9veloppement de la PESD, aujourd&rsquo;hui un domaine tr\u00e8s important de la construction europ\u00e9enne et compl\u00e8tement inter-gouvernemental, renforce cette tendance. L&rsquo;aspect n\u00e9gatif, pour l&rsquo;instant tr\u00e8s majoritaire, mais qui est le signe de cette \u00e9volution du retour vers la r\u00e9f\u00e9rence nationale, est la syst\u00e9matisation des attitudes nationalistes dans les rangs des organisations europ\u00e9ennes, ce qui est d&rsquo;ailleurs une explication satisfaisante du succ\u00e8s des Britanniques dans le noyautages des institutions europ\u00e9ennes, eux qui sont r\u00e9put\u00e9s comme \u00e9tant les plus anti-europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa PESD est effectivement l&rsquo;initiative la plus prometteuse aujourd&rsquo;hui, et la plus inter-gouvernementale. Si elle se d\u00e9veloppe comme elle en prend le chemin, on doit s&rsquo;attendre \u00e0 ce qu&rsquo;il y aura des avanc\u00e9es supranationales, avec transfert de souverainet\u00e9, mais la r\u00e9alit\u00e9 autant que des pr\u00e9c\u00e9dents de cette sorte de situation montrent que l&rsquo;autorit\u00e9 des \u00c9tats continuent \u00e0 pr\u00e9dominer. A l&rsquo;inverse, l&rsquo;exp\u00e9rience la plus int\u00e9gr\u00e9e et la plus communautaire r\u00e9alis\u00e9e jusqu&rsquo;ici, qui est la mise en place de l&rsquo;euro, pourrait conna\u00eetre des am\u00e9nagements dans les prochaines ann\u00e9es pour redonner plus de poids aux \u00c9tats-membres. Le comportement de la BCE et de son pr\u00e9sident, avec un go\u00fbt  parfois inutilement provocateur d&rsquo;afficher une ind\u00e9pendance vertueuse et de refuser d&rsquo;attacher la moindre importance aux pressions nationales, m\u00eame quand elles sont justifi\u00e9es, est la cause principale de cette possible \u00e9volution. Si d&rsquo;autres avatars se produisent, si l&rsquo;actuelle situation se renforce dans le sens de la persistance d&rsquo;une d\u00e9gradation, la BCE pourrait bien se voir priv\u00e9e d&rsquo;une part de son ind\u00e9pendance selon le principe que ce que les \u00c9tats ont fait, ils peuvent le d\u00e9faire. (Il est remarquable que l&rsquo;un des \u00c9tats-membres les plus int\u00e9grationnistes de l&rsquo;UE, la Belgique, ait r\u00e9cemment exprim\u00e9, par la voie de son ministre du Budget, un jugement tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re sur le comportement de la BCE, qui laisse \u00e0 penser que m\u00eame ce pays ne serait pas hostile \u00e0 un r\u00e9am\u00e9nagement des rapports entre les \u00c9tats-membres et la BCE.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette situation signifie que la notion classique qu&rsquo;on pourrait baptiser de \u00ab\u00a0volontarisme europ\u00e9en passant par l&rsquo;int\u00e9gration\u00a0\u00bb a atteint un sommet avec le triangle Delors-Kohl-Mitterrand, qu&rsquo;elle est maintenant d\u00e9pass\u00e9e, qu&rsquo;elle est m\u00eame en d\u00e9clin acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Cette notion impliquait, de fa\u00e7on peu exprim\u00e9e mais \u00e9vidente, un antagonisme Europe-nations: l&rsquo;Europe ne pouvait \u00eatre \u00ab\u00a0activ\u00e9e\u00a0\u00bb qu&rsquo;au d\u00e9pens des nations. Une autre notion tend \u00e0 la remplacer. Ce n&rsquo;est encore qu&rsquo;une possibilit\u00e9 mais divers signes montrent qu&rsquo;elle devrait s&rsquo;affirmer sous l&#8217;empire de la n\u00e9cessit\u00e9. Il s&rsquo;agit de la notion nouvelle qu&rsquo;on pourrait baptiser, par exemple, de \u00ab\u00a0volontarisme europ\u00e9en passant par une technostructure europ\u00e9enne au service des nations\u00a0\u00bb. Dans ce cas, nations et Europe (institutions europ\u00e9ennes) recherchent une coop\u00e9ration de compromis qui rapporte \u00e0 chacun, la finalit\u00e9 \u00e9tant n\u00e9anmoins le renforcement et le bien-\u00eatre de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment composant de l&rsquo;Europe, qui est la nation. La PESD est le meilleur exemple de cette \u00e9volution. Quoiqu&rsquo;on dise, elle renforce consid\u00e9rablement le statut de l&rsquo;UE, jusque et y compris \u00e0 commencer \u00e0 lui donner une pr\u00e9sence internationale <em>per se<\/em> (voir les voyages tr\u00e8s nombreux, trop nombreux selon certains, de Javier Solana). D&rsquo;autre part, lorsqu&rsquo;elle sera organis\u00e9e, elle rejaillira n\u00e9cessairement sur le statut des \u00c9tats-membres. D\u00e8s aujourd&rsquo;hui, les deux pays qui sont la cheville ouvri\u00e8re de la PESD, la France et le Royaume-Uni, sont des acteurs majeurs du d\u00e9bat transatlantique et du d\u00e9bat strat\u00e9gique en g\u00e9n\u00e9ral. Il n&rsquo;y a pas de meilleur signe, m\u00eame s&rsquo;il est n\u00e9gatif pour certains, de la puissance qu&rsquo;acquiert \u00ab\u00a0l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb au travers de la PESD que la critique qui lui est faite que son d\u00e9veloppement risque de d\u00e9truire l&rsquo;OTAN: de quelle puissance ne dispose-t-on pas lorsqu&rsquo;on est soup\u00e7onn\u00e9, non seulement de vouloir, mais de pouvoir d\u00e9truire l&rsquo;alliance la plus puissante de l&rsquo;histoire?<\/p>\n<h3>Coup d&rsquo;oeil en arri\u00e8re: mais \u00e0 quoi a servi l&rsquo;Europe, concr\u00e8tement, depuis un demi-si\u00e8cle?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce contexte, la premi\u00e8re question que nous posons est de savoir quel effet a eu le processus europ\u00e9en, de mani\u00e8re fondamentale, sur la situation europ\u00e9enne g\u00e9n\u00e9rale, et non sur la construction europ\u00e9enne et sur l&rsquo;organisation commune, durant son demi-si\u00e8cle d&rsquo;existence, et cela dans le domaine de la s\u00e9curit\u00e9. Notre r\u00e9ponse, rassurante, est d&rsquo;abord que ce processus a servi \u00e0 quelque chose; ensuite, que cette utilit\u00e9 s&rsquo;est manifest\u00e9e sur plusieurs points fondamentaux:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La r\u00e9conciliation franco-allemande. L&rsquo;Europe a servi de cadre, d&rsquo;incitatif naturel, de pression constante \u00e0 la r\u00e9conciliation franco-allemande. Certes, il s&rsquo;agit d&rsquo;une pression passive et les hommes ont jou\u00e9 un r\u00f4le fondamental dans cette \u00e9volution (surtout de Gaulle-Adenauer). Mais l&rsquo;Europe a trac\u00e9 un cadre parfaitement acceptable et discr\u00e8tement contraignant \u00e0 cette \u00e9volution.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Un front uni <em>de facto<\/em> de l&rsquo;Europe face \u00e0 ce qui fut per\u00e7u comme la menace sovi\u00e9tique. Une solidarit\u00e9 europ\u00e9enne implicite, assez peu exprim\u00e9e  mais pro- fonde, s&rsquo;est peu \u00e0 peu d\u00e9velopp\u00e9e: le sentiment d&rsquo;avoir des int\u00e9r\u00eats communs, un espace commun, des proximit\u00e9s culturelle et autres, qui conduisent \u00e0 une appr\u00e9ciation g\u00e9opolitique de m\u00eame nature, m\u00eame si avec des intensit\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Cette solidarit\u00e9 implicite s&rsquo;est construite en-dehors de l&rsquo;OTAN et a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue peu \u00e0 peu, et avec une intensit\u00e9 diff\u00e9rente selon les pays, en-dehors de l&rsquo;OTAN et malgr\u00e9 le poids \u00e9norme de l&rsquo;OTAN. Elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisive mais a pr\u00e9par\u00e9 une situation nouvelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Dans ce cadre de la Guerre froide, il y a ce point particulier que le processus europ\u00e9en a permis d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;isolement de la France, ou plut\u00f4t d&rsquo;\u00e9carter ce risque, dont on pouvait croire que la d\u00e9cision de retrait de l&rsquo;OTAN le faisait courir \u00e0 ce pays. Cette id\u00e9e, qui concerne essentiellement le champ psychologique, vaut surtout pour les autres pays que la France, moins pour la France elle-m\u00eame, qui a adopt\u00e9, avec de Gaulle, une position de puissance \u00e9cartant l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;isolement. La France et de Gaulle ont eu raison. Mais ce qu&rsquo;on veut mettre ici en \u00e9vidence est bien le sentiment des autres pays europ\u00e9ens, qui, eux, jug\u00e8rent avec une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 incroyable, souvent ignor\u00e9e en France, le retrait fran\u00e7ais de l&rsquo;OTAN. (Ici, on peut rappeler ce jugement du roi Baudouin Ier, commentant en 1967 la d\u00e9cision de retrait de la France de l&rsquo;OTAN: \u00a0\u00bb<em>Je croyais que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e9tait un bon chr\u00e9tien.<\/em>\u00a0\u00bb) Malgr\u00e9 cette s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, ces pays n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 consid\u00e9rer la France comme hors de la communaut\u00e9 europ\u00e9enne (terme pris ici au sens propre, et non au sens de l&rsquo;organisation qui porta ce nom). Pour le meilleur ou pour le pire, l&rsquo;existence de la structure europ\u00e9enne a facilit\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9cisive cette perception, elle l&rsquo;a m\u00eame impos\u00e9e.<\/p>\n<h3>En fonction de la situation actuelle (les \u00ab\u00a0pr\u00e9ambules\u00a0\u00bb), \u00e0 quoi peut servir l&rsquo;Europe aujourd&rsquo;hui ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn confrontant l&rsquo;apport de l&rsquo;Europe depuis un demi-si\u00e8cle et les pr\u00e9ambules que nous avons d\u00e9velopp\u00e9s, on peut consid\u00e9rer que toute cette probl\u00e9matique soulev\u00e9e pendant ce premier demi-si\u00e8cle est r\u00e9solu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;antagonisme franco-allemand pouvant aboutir \u00e0 un affrontement g\u00e9n\u00e9ral arm\u00e9 est un fait du pass\u00e9. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on assez paradoxale, l&rsquo;esp\u00e8ce de \u00ab\u00a0rupture\u00a0\u00bb qui s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e avec le remplacement de Kohl par Schr\u00f6der, et la relative prise de distance de l&rsquo;Allemagne par rapport \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0couple franco-allemand\u00a0\u00bb, ont confirm\u00e9 ce constat: la France et l&rsquo;Allemagne peuvent s&rsquo;\u00e9loigner l&rsquo;une de l&rsquo;autre sans que la moindre dramatisation n&rsquo;apparaisse, le \u00ab\u00a0couple franco-allemand\u00a0\u00bb a subi avec succ\u00e8s l&rsquo;\u00e9preuve de la rupture (de la pseudo-rupture). On envisage d&rsquo;autres formules et, surtout, le jeu traditionnel des \u00e9quilibres des puissances en Europe se poursuit, mais d\u00e9sormais sur un autre terrain que le champ de bataille: au \u00ab\u00a0niveau conf\u00e9d\u00e9ral\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;UE, c&rsquo;est-\u00e0-dire en respectant certaines r\u00e8gles communes et en \u00e9tant conduits \u00e0 se retrouver sur certains objectifs communs (europ\u00e9ens).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Bien entendu, l&rsquo;hypoth\u00e8que de la menace sovi\u00e9tique a disparu. Il en est rest\u00e9 un sentiment g\u00e9n\u00e9ralement assez diffus dans sa formulation mais tr\u00e8s fort dans son fondement (l\u00e0 aussi, c&rsquo;est un constat psychologique qui d\u00e9fie aussi bien les situations en place que les pr\u00e9visions soi-disant rationnelles): l&rsquo;id\u00e9e que la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne est une affaire commune et que c&rsquo;est une affaire europ\u00e9enne (cela va sans dire mais encore mieux, beaucoup mieux, en le disant). La facilit\u00e9 extraordinaire avec laquelle le principe de la PESD (lanc\u00e9e au sommet de Saint-Malo par les seuls Anglais et Fran\u00e7ais) a \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t adopt\u00e9 par les 15 est significative. Elle l&rsquo;est d&rsquo;autant plus que nul n&rsquo;ignorait les formidables difficult\u00e9s (avec l&rsquo;OTAN, avec les USA) qui allaient accompagner sa r\u00e9alisation et les diff\u00e9rences profondes de conception d&rsquo;une PESD qui existaient entre les diff\u00e9rents membres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Manifestement, la PESD constitue une id\u00e9e, un concept dont l&rsquo;heure est venue. Elle s&rsquo;est impos\u00e9e par son \u00e9vidence, et nullement par une volont\u00e9 politique commune quelconque. (Contrairement \u00e0 l&rsquo;euro et malgr\u00e9 les am\u00e9nagements assez vagues sur la d\u00e9fense introduits dans les deux r\u00e9cents trait\u00e9s, la d\u00e9fense europ\u00e9enne n&rsquo;\u00e9tait en aucune fa\u00e7on \u00ab\u00a0sur l&rsquo;agenda\u00a0\u00bb des hommes politiques europ\u00e9ens, &mdash; sauf peut-\u00eatre, comme toujours, des Fran\u00e7ais.) Cette \u00e9vidence naturelle de la d\u00e9fense europ\u00e9enne, plut\u00f4t impos\u00e9e par \u00a0\u00bb<em>l&rsquo;harmonie obscure des choses<\/em>\u00a0\u00bb (de Gaulle), conduit \u00e0 penser que la r\u00e9ponse \u00e0 la question \u00a0\u00bb<em>A quoi peut servir l&rsquo;Europe aujourd&rsquo;hui?<\/em>\u00a0\u00bb doit se trouver plut\u00f4t dans ce domaine, d&rsquo;autant que la d\u00e9fense (la s\u00e9curit\u00e9) est un domaine essentiel et fondateur. Mais de quelle fa\u00e7on? Dans quelles conditions? Dans quel but? Nous avons bien pr\u00e9cis\u00e9 que l&rsquo;Europe se trouve aujourd&rsquo;hui dans une situation o\u00f9 elle a \u00e9cart\u00e9 les possibilit\u00e9s de bellig\u00e9rance classique, et o\u00f9, depuis la disparition de l&rsquo;URSS, elle n&rsquo;a plus d&rsquo;ennemi strat\u00e9gique, militaire, parfaitement identifi\u00e9, contre la menace duquel une coh\u00e9sion militaire de d\u00e9fense puisse se r\u00e9aliser.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPrenons le probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;inverse, en nous appuyant sur la fameuse situation du \u00ab\u00a0verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou \u00e0 moiti\u00e9 plein\u00a0\u00bb. Quel prix les pays europ\u00e9ens ont-il d\u00fb payer pour obtenir les avantages que leur union leur ont apport\u00e9s durant le premier demi-si\u00e8cle? La r\u00e9ponse nous para\u00eet \u00e9vidente: le prix de leur souverainet\u00e9, dont l&rsquo;absence les handicape tr\u00e8s lourdement au niveau de leur s\u00e9curit\u00e9. La souverainet\u00e9 des pays europ\u00e9ens n&rsquo;a en aucune fa\u00e7on \u00e9t\u00e9 directement r\u00e9duite par le processus europ\u00e9en (m\u00eame si cette menace est r\u00e9guli\u00e8rement agit\u00e9e), mais elle a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement r\u00e9duite par l&rsquo;alliance (par ailleurs jug\u00e9e n\u00e9cessaire tant qu&rsquo;existait l&rsquo;URSS) avec les \u00c9tats-Unis. (Bien s\u00fbr, parlant des \u00ab<em>pays europ\u00e9ens<\/em>\u00bb pour ce domaine, nous mettons la France \u00e0 part.) C&rsquo;est le contre-sens thatch\u00e9rien bien connu, largement illustr\u00e9 par le titre d&rsquo;un hebdomadaire fran\u00e7ais (\u00ab\u00a0<em>Thatcher, la fille de De Gaulle<\/em>\u00ab\u00a0), en 1989, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un discours o\u00f9 Thatcher refusait toute int\u00e9gration europ\u00e9enne pour, disait-elle, ne pas mettre en danger la souverainet\u00e9 britannique; \u00ab\u00a0<em>la fille de De Gaulle<\/em>\u00ab\u00a0, sauvegarde de la souverainet\u00e9, ce Premier ministre qui a soumis durant les ann\u00e9es 1980 le Royaume-Uni aux \u00c9tats-Unis comme jamais depuis 1941? Il faudra en parler au g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn a vu dans le second pr\u00e9ambule que la direction b\u00e9n\u00e9fique suivie par l&rsquo;Europe aujourd&rsquo;hui, ce devrait \u00eatre un compromis entre des souverainet\u00e9s et des identit\u00e9s de plus en plus affirm\u00e9es et un cadre europ\u00e9en de plus en plus efficace (\u00ab\u00a0volontarisme europ\u00e9en passant par une technostructure europ\u00e9enne au service des nations\u00a0\u00bb). Ce que peut faire l&rsquo;Europe d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et ce qu&rsquo;on peut faire aujourd&rsquo;hui pour l&rsquo;Europe, c&rsquo;est bien le renforcement des identit\u00e9s des nations, ce raffermissement nouveau pouvant conduire \u00e0 d&rsquo;autant mieux envisager le renforcement des institutions europ\u00e9ennes: plus les nations seront fortement affirm\u00e9es, moins elles craindront la concurrence des institutions europ\u00e9ennes. Cela signifie, d&rsquo;abord, la lib\u00e9ration des identit\u00e9s et des souverainet\u00e9s de ces nations de l&rsquo;hypoth\u00e8que am\u00e9ricaine. [Ici, nous voudrions introduire une remarque sur la souverainet\u00e9. Pour nous, la souverainet\u00e9 est une r\u00e9alit\u00e9 relative \u00e0 la situation du monde, nullement une entit\u00e9 th\u00e9orique. (Par contre, la souverainet\u00e9 changeante dans sa composition, si elle est maintenue, conforte des situations fondamentales, dont la principale est l&rsquo;identit\u00e9; en ce sens, la souverainet\u00e9 serait l&rsquo;application politique de l&rsquo;identit\u00e9: vous avez une identit\u00e9 fortement affirm\u00e9e, donc vous existez, donc vous cr\u00e9ez votre souverainet\u00e9 et, surtout, vous ne craignez pas que la d\u00e9finition et la forme de cette souverainet\u00e9 changent puisque vous tenez la matrice de la souverainet\u00e9 qu&rsquo;est l&rsquo;identit\u00e9.) La souverainet\u00e9 ne d\u00e9pend pas de principes ou  de facteurs th\u00e9oriques immuables (si des principes ou les facteurs disparaissent, la souverainet\u00e9 se r\u00e9duit), mais bien des situations existantes et changeantes. La monnaie n&rsquo;est plus un facteur essentiel de la souverainet\u00e9 national d\u00e8s lors qu&rsquo;existe l&rsquo;euro. La question n&rsquo;est pas de savoir si l&rsquo;euro a d\u00e9truit la souverainet\u00e9, mais s&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 une autre souverainet\u00e9 dommageable aux souverainet\u00e9s nationales. Est-ce le cas? On en doute, et m\u00eame on pourrait voir les pouvoirs de la BCE r\u00e9duits suite aux vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;ind\u00e9pendance d\u00e9plac\u00e9es de cette BCE. C&rsquo;est-\u00e0-dire que la situation tendrait effectivement \u00e0 une monnaie commune, non souveraine, mais exprimant toutes les souverainet\u00e9s des nations et dans laquelle chaque nation, selon ses capacit\u00e9s propres, pourrait trouver de quoi nourrir sa propre souverainet\u00e9.]<\/p>\n<h3>Un r\u00f4le sp\u00e9cial pour le plus contest\u00e9 et le plus n\u00e9cessaire des pays europ\u00e9ens: le jeu de la France<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend aussit\u00f4t le r\u00f4le que jouerait, que devra jouer le processus PESD dans cette entreprise de lib\u00e9rations des souverainet\u00e9s nationales. C&rsquo;est \u00e0 ce point, nous semble-t-il, que l&rsquo;on trouve la plus forte justification de la PESD. Pourquoi la PESD, c&rsquo;est-\u00e0-dire: pourquoi un processus de d\u00e9fense europ\u00e9enne? Plus qu&rsquo;\u00e0 aller chercher dans des situations scabreuses de ni-paix ni-guerre qui peuvent survenir dans certaines zones extr\u00eames de l&rsquo;Europe, plut\u00f4t qu&rsquo;argumenter sur une grande guerre classique dont on a vu qu&rsquo;elle est, pour le futur pr\u00e9visible, morte et enterr\u00e9e, plut\u00f4t qu&rsquo;envisager des exp\u00e9ditions ext\u00e9rieures dont nul ne veut, la r\u00e9ponse est simplement: pour affirmer la souverainet\u00e9 des nations participantes dans le domaine de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire restaurer la souverainet\u00e9 dans ce domaine, qui est clairement r\u00e9duite, si pas absente dans le processus de l&rsquo;OTAN. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas seulement une image, ou de la th\u00e9orie sollicit\u00e9e. C&rsquo;est une opinion r\u00e9pandue, de la part de fonctionnaires ou de militaires de pays de l&rsquo;UE et de l&rsquo;OTAN, jusqu&rsquo;alors habitu\u00e9s aux proc\u00e9dures bloqu\u00e9es et unilat\u00e9rales de l&rsquo;OTAN, de d\u00e9couvrir les proc\u00e9dures UE\/PESD o\u00f9 tout est ouvert, o\u00f9 le d\u00e9bat est constant, o\u00f9 chaque pays p\u00e8se de son poids. Les pays de l&rsquo;UE ont tir\u00e9 les conclusions \u00e9videntes, cela sans tambour ni trompette, par inclination naturelle. Ils ne cessent de renforcer le processus UE\/PESD, <em>de facto<\/em> dirait-on, par la forme et la qualit\u00e9 des d\u00e9cisions prises. Ils r\u00e9servent leurs meilleurs officiers \u00e0 l&rsquo;UE\/PESD et l&rsquo;\u00e9tat-major europ\u00e9en, pr\u00e9vu (\u00e0 la demande des Britanniques, lors de la r\u00e9union de Saint-Malo et des contacts initiaux), pour \u00eatre limit\u00e9 \u00e0 70 officiers, atteint aujourd&rsquo;hui 110 officiers. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne faut pas attendre de la PESD, au premier chef, une affirmation guerri\u00e8re ou militaire quelconque (cela peut venir, selon les circonstances, mais ce ne peut \u00eatre le but de l&rsquo;op\u00e9ration qu&rsquo;on tente de d\u00e9crire ici).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa PESD ne va pas nous rejouer une partition n\u00e9o-otanienne sans les \u00c9tats-Unis. Certes, elle va mettre en place des structures qui auront leur utilit\u00e9; mais, vu les pr\u00e9c\u00e9dents, vu le rapport des forces, on doute qu&rsquo;on puisse faire, op\u00e9rationnellement, beaucoup mieux qu&rsquo;une coop\u00e9ration franco-britannique bien huil\u00e9e avec des annexes, et d&rsquo;ailleurs que la sorte de crise qui nous attend r\u00e9clame fondamentalement mieux que cela. La PESD ne doit donc rien faire attendre de d\u00e9cisif au niveau op\u00e9rationnel, d&rsquo;autant plus que nous n&rsquo;avons besoin de rien de d\u00e9cisif, contrairement aux fables inspir\u00e9es par les structures militaires am\u00e9ricaines qui n&rsquo;ont plus aucun lien avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa transformation va \u00eatre d&rsquo;abord psychologique et politique. On en avait eu l&rsquo;esquisse en Bosnie, dans les ann\u00e9es 1993-1995, lorsque Belges, Britanniques et Fran\u00e7ais coop\u00e9r\u00e8rent. Les probl\u00e8mes techniques et op\u00e9rationnels de ces coop\u00e9rations furent r\u00e9solus, et ils ne s&rsquo;av\u00e9r\u00e8rent aucunement r\u00e9volutionnaires. (Simplement, ces probl\u00e8mes et la fa\u00e7on dont ils furent  r\u00e9solus montr\u00e8rent que la question de l&rsquo;int\u00e9gration de forces europ\u00e9ennes de pays proches pour des op\u00e9rations ne pose aucun probl\u00e8me politique grave. \u00a0\u00bb<em>Tout le monde s&rsquo;entend, tout le monde se comprend, nous avons la m\u00eame culture<\/em>\u00a0\u00bb, expliquait le g\u00e9n\u00e9ral belge Briquemont, qui commandait le secteur de Sarajevo et avait int\u00e9gr\u00e9 un bataillon fran\u00e7ais dans sa brigade belge, bien s\u00fbr sans le moindre probl\u00e8me.) Par contre, ce qui \u00e9tait sorti de Bosnie, au niveau des forces comme au niveau des chefs (Cot, Rose, Briquemont, Morillon), c&rsquo;\u00e9tait une v\u00e9ritable entente europ\u00e9enne, une \u00e9volution psychologique d\u00e9cisive. Il nous semble \u00e9vident que l&rsquo;extraordinaire d\u00e9veloppement de la PESD \u00e0 partir de 1998 doit beaucoup \u00e0 cette entente europ\u00e9enne dans la fournaise de la Bosnie en 1993-95. Une psychologie nouvelle s&rsquo;y forgea.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est \u00e0 ce niveau de la psychologie qu&rsquo;on peut attendre de la PESD des am\u00e9liorations essentielles en Europe. Le d\u00e9veloppement d&rsquo;une perception identitaire europ\u00e9enne, sans aucun abandon de la perception de l&rsquo;identit\u00e9 nationale, mais, au contraire, passant par le renforcement d\u00e9cisif de cette identit\u00e9, est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui pourrait d\u00e9couler de la conduite \u00e0 bien du processus PESD (et ce ph\u00e9nom\u00e8ne doit se constituer au fur et \u00e0 mesure du d\u00e9veloppement de la PESD). Les participations nationales aux forces europ\u00e9ennes, dans des conditions d&rsquo;autonomie europ\u00e9enne o\u00f9 chaque pays europ\u00e9en a son mot \u00e0 dire, sera \u00e9videmment un tr\u00e8s grand moteur pour revigorer les souverainet\u00e9s d\u00e9faillantes et r\u00e9affirmer les identit\u00e9s. Une Belgique seule n&rsquo;a aucun poids en Europe; une Belgique dans l&rsquo;OTAN a une certaine s\u00e9curit\u00e9 mais aucun poids, tout \u00e9tant pris en charge par les USA et les autres \u00ab\u00a0grandes\u00a0\u00bb puissance; une Belgique dans la PESD a une voix au Conseil, elle b\u00e9n\u00e9ficie de la puissance de cette force et en partage la responsabilit\u00e9. C&rsquo;est la d\u00e9finition m\u00eame de la souverainet\u00e9, c&rsquo;est la voie \u00e9vidente pour l&rsquo;affirmation de l&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa conclusion de cette appr\u00e9ciation rapide de la situation europ\u00e9enne du point de vue de la s\u00e9curit\u00e9 est que, bien \u00e9videmment quoiqu&rsquo;implicitement dans notre propos, le r\u00f4le de la France dans ce processus psychologique est fondamental. Simplement par l&rsquo;exemple, par l&rsquo;exp\u00e9rience, parce que la France est, dans le lot europ\u00e9en, la seule nation v\u00e9ritablement souveraine, et \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 nationale si fortement affirm\u00e9e. Cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la puissance, avec les effectifs, avec les technologies, m\u00eame si la France a tout cela en nombre et qualit\u00e9 appr\u00e9ciables. Cela a \u00e0 voir avec la psychologie, la forme de l&rsquo;esprit, l&rsquo;appr\u00e9ciation des situations, la perception culturelle de l&rsquo;espace europ\u00e9en. Le jeu de la France est tout trac\u00e9: il est bien s\u00fbr, comme l&rsquo;en accusent si justement ses adversaires, de tout faire pour assurer l&rsquo;autonomie de la PESD, par ailleurs fatale et de plus en plus in\u00e9luctable dans les circonstances actuelles. Simplement, on notera qu&rsquo;il y a des accusations bien plus infamantes que celle-ci: contribuer, par sa politique, \u00e0 restaurer l&rsquo;identit\u00e9 de ses voisins. Cet acte aidera la France \u00e0 renforcer d\u00e9cisivement sa propre identit\u00e9.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Europe r\u00e9elle Quelle est la situation europ\u00e9enne actuelle? 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