{"id":64947,"date":"1997-06-01T00:00:00","date_gmt":"1997-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1997\/06\/01\/le-xxie-siecle-selon-lus-air-force\/"},"modified":"2026-03-12T20:57:52","modified_gmt":"2026-03-12T18:57:52","slug":"le-xxie-siecle-selon-lus-air-force","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1997\/06\/01\/le-xxie-siecle-selon-lus-air-force\/","title":{"rendered":"<strong><em>Le XXIe si\u00e8cle selon l&rsquo;U.S. Air Force<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le XXIe si\u00e8cle selon l&rsquo;U.S. Air Force<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tUne prospective nous emm\u00e8nant largement dans le XXIe si\u00e8cle, selon un th\u00e8me o\u00f9 se m\u00e9langent le domaine militaire, la strat\u00e9gie et l&rsquo;\u00e9volution politique, voire les interpr\u00e9tations mythologiques, doit n\u00e9cessairement se r\u00e9f\u00e9rer au grand \u00e9v\u00e9nement que fut la chute de l'\u00a0\u00bbempire sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb, entre 1987 et 1991. Elle doit \u00e9galement se nourrir de l&rsquo;histoire complexe et tr\u00e8s diverse, et extraordinaire \u00e0 plus d&rsquo;un \u00e9gard, que fut le \u00ab\u00a0Guerre froide\u00a0\u00bb elle-m\u00eame. Mis \u00e0 part le cas \u00e9vident de l&rsquo;URSS, aucun pays n&rsquo;a plus \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par cette p\u00e9riode que les \u00c9tats-Unis, et dans ce cadre, aucune structure bureaucratique nationale ne le fut plus que celle des forces arm\u00e9es. Enfin, au sein de cet \u00e9norme appareil qu&rsquo;est le Pentagone, et dont la d\u00e9finition est mieux embrass\u00e9e par l&rsquo;ensemble d\u00e9sign\u00e9 comme le \u00ab\u00a0Complexe Militaro-Industriel\u00a0\u00bb (CMI), la force a\u00e9rienne (l&rsquo;USAF) est le groupe qui envisage les \u00e9volutions les plus radicales et dont la r\u00e9f\u00e9rence au demi-si\u00e8cle pass\u00e9 est la plus fi\u00e9vreuse. Consid\u00e9rer une prospective de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;USAF dans le XXIe si\u00e8cle implique \u00e0 la fois une vision particuli\u00e8rement radicale du futur en m\u00eame temps qu&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence extr\u00eamement fouill\u00e9e au dernier demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide o\u00f9 apparut aussit\u00f4t l&rsquo;interrogation dramatique sur le statut et l&rsquo;avenir du secteur militaire, l&rsquo;USAF s&rsquo;est aussit\u00f4t impos\u00e9e comme le service arm\u00e9 am\u00e9ricain le plus dynamique et le plus favoris\u00e9. Si la Guerre du Golfe n&rsquo;a pas prouv\u00e9 qu&rsquo;on pouvait d\u00e9sormais remporter un conflit majeur avec les seules forces a\u00e9riennes, elle a en tout cas montr\u00e9 leur poids pr\u00e9pond\u00e9rant dans sa conduite. D&rsquo;autres engagements ont confirm\u00e9 cette tendance, notamment l&rsquo;op\u00e9ration <em>Deliberate Force<\/em> (ao\u00fbt-septembre 1995 en Bosnie), nominalement OTAN mais en fait planifi\u00e9e et conduite par l&rsquo;USAF. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tParall\u00e8lement, et naturellement pourrait-on dire, des r\u00e9flexions et des propositions particuli\u00e8rement radicales furent entreprises. C&rsquo;est d&rsquo;abord cet aspect actuel, ou de pass\u00e9 assez proche pour nourrir directement la r\u00e9flexion en cours, que nous voulons pr\u00e9senter.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Du Golfe \u00e0 la Bosnie<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tLa premi\u00e8re op\u00e9ration de guerre de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre froide ne fut pas <em>Desert Shield<\/em>\/<em>Desert Storm<\/em> (1990-91), mais <em>Just Cause<\/em>, l&rsquo;invasion du Panama de d\u00e9cembre 1989 pass\u00e9e relativement inaper\u00e7ue (les \u00e9v\u00e9nements de Roumanie polarisait toute l&rsquo;attention). Elle est int\u00e9ressante parce qu&rsquo;elle m\u00e9langeait des aspects contradictoires, ou a priori peu compatibles, qui sont devenus depuis le fondement m\u00eame de la probl\u00e9matique du domaine militaire tel qu&rsquo;il est consid\u00e9r\u00e9 au Pentagone : des conditions de conflit assez frustres, avec un engagement limit\u00e9, des causes de \u00ab\u00a0basse politique\u00a0\u00bb ou carr\u00e9ment de banditisme (narcotrafic, liens de Noriega avec des r\u00e9seaux internationaux et avec la CIA, etc.), et d&rsquo;autre part des moyens militaires tr\u00e8s sophistiqu\u00e9s (emploi des avions \u00e0technologie furtive F-117A). La Guerre du Golfe parut se d\u00e9gager du sch\u00e9ma ainsi envisag\u00e9 avec un conflit d&rsquo;apparence plus classique men\u00e9 sur un rythme tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Les \u00e9v\u00e9nements qui ont suivi ce conflit ont montr\u00e9 que la dualit\u00e9 contradictoire signal\u00e9e avec <em>Just Cause<\/em> y \u00e9tait aussi pr\u00e9sente, avec l&rsquo;activit\u00e9 de Saddam Hussein et la politique US \u00e0 son \u00e9gard, et notamment les interf\u00e9rences du conflit kurde qui renvoient bien \u00e0ces situations de d\u00e9sordre typiques de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide. <em>Deliberate Force<\/em> a renforc\u00e9 ce tableau : dans un conflit de basse intensit\u00e9 marqu\u00e9 par les incertitudes politiques et une situation militaro-politique complexe et parfois primitive, il a vu l&#8217;emploi d&rsquo;une force militaire de tr\u00e8s haut niveau de sophistication. Dans l&rsquo;interpr\u00e9tation publique des \u00e9v\u00e9nements que donne l&rsquo;USAF, <em>Deliberate Force<\/em> tend \u00e0 prendre une place plus importante que <em>Desert Storm<\/em>. Il ne s&rsquo;agit certainement plus d&rsquo;une action d\u00e9cisive pour le conflit en Bosnie, d&rsquo;autant que l&rsquo;effet le plus significatif de l&rsquo;op\u00e9ration fut obtenu par son volet terrestre, men\u00e9 pour l&rsquo;essentiel par les Fran\u00e7ais et leur Force de R\u00e9action Rapide qui r\u00e9ussirent \u00e0 eux seuls \u00e0 d\u00e9gager Sarajevo (plus de 80% des canons serbes autour de la capitale furent r\u00e9duits par l&rsquo;artillerie de la FRR). L&rsquo;action fran\u00e7aise \u00e0 terre, bien mal connue et souffrant d&rsquo;une extraordinaire faiblesse de pr\u00e9sentation m\u00e9diatique, fut le v\u00e9ritable d\u00e9tonateur permettant de mener aux accord de Dayton. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>Deliberate Force<\/em>, dans les airs, fut une d\u00e9monstration qui avait plus \u00e0 voir avec la politique int\u00e9rieure am\u00e9ricaine et l&rsquo;avenir de l&rsquo;USAF qu&rsquo;avec la crise bosniaque. En avril 1996, le g\u00e9n\u00e9ral Fogleman, chef d&rsquo;\u00e9tat?major de l&rsquo;USAF, \u00e9crivit que <em>Deliberate Force<\/em> donna aux forces a\u00e9riennes \u00ab <em>la libert\u00e9 de manoeuvrer pour attaquer tous les objectifs soigneusement s\u00e9lectionn\u00e9s pour r\u00e9duire l&rsquo;avantage des militaires serbes<\/em> \u00bb. <em>Deliberate Force<\/em> fut \u00e0 cet \u00e9gard l&rsquo;anti-Viet-n\u00e2m, et un canevas pour les ambitions futures de l&rsquo;USAF. Une comparaison nous en donne l&rsquo;orientation : au Viet-n\u00e2m, 0,2% des munitions largu\u00e9es par l&rsquo;USAF \u00e9taient des armes guid\u00e9es de pr\u00e9cision ; dans la guerre du Golfe, la proportion monta \u00e0 9% ; elle d\u00e9passa les 60% dans <em>Deliberate Force<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQu&rsquo;entend donc prouver l&rsquo;USAF en pr\u00e9sentant ces statistiques et en annexant abusivement (au d\u00e9pens du r\u00f4le des Fran\u00e7ais) le contexte politique du conflit bosniaque avant les accords de Dayton ? Que l&rsquo;action a\u00e9rienne permet de r\u00e9soudre, aussi bien que les conflits majeurs, ces conflits de basse intensit\u00e9 aux imbrications politiques, sociologiques et ethniques en apparence d&rsquo;une complexit\u00e9 presque insoluble ; que cela est obtenu gr\u00e2ce \u00e0l&#8217;emploi des technologies les plus avanc\u00e9es qui soient ; que cela permet de transcrire dans la r\u00e9alit\u00e9 la maintenant fameuse et paradoxale \u00ab\u00a0doctrine\u00a0\u00bb d&rsquo;intervention am\u00e9ricaine, dite de \u00ab\u00a0z\u00e9ro mort\u00a0\u00bb (intervenir en \u00e9vitant toute perte humaine am\u00e9ricaine). \u00c9noncer tout cela ne signifie pas qu&rsquo;on souscrive \u00e0ces arguments. Il s&rsquo;agit de d\u00e9finir et de comprendre la position de l&rsquo;USAF, quel que soit l&rsquo;usage manipulatoire qui est fait de la r\u00e9alit\u00e9 : une \u00e9volution de crise plus qu&rsquo;un processus de r\u00e9alignement normal ; et un d\u00e9bat propre \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution interne des \u00c9tats-Unis plus qu&rsquo;au domaine des relations internationales et des conflits internationaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>L&rsquo;<MIB>Air Dominance<D> et la nouvelle <MIB>Way of War<D> am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tDe nombreuses interventions th\u00e9oriques ont permis de comprendre, parall\u00e8lement \u00e0 ces \u00e9volutions et interpr\u00e9tations op\u00e9rationnelles, le cas que fait l&rsquo;USAF du d\u00e9bat en cours. Insensiblement mais de fa\u00e7on d\u00e9cisive, la vision op\u00e9rationnelle est pass\u00e9e du concept naturel d&rsquo;<em>Air Superiority<\/em> \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e doctrinale d&rsquo;<em>Air Dominance<\/em> compl\u00e9t\u00e9e par une strat\u00e9gie baptis\u00e9e <em>Assymetric Forces Strategy<\/em>. Dans le premier cas (sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne), il s&rsquo;agit d&rsquo;un constat op\u00e9rationnel limit\u00e9 aux activit\u00e9s naturelles d&rsquo;une force a\u00e9rienne ; dans le second (domination de l&rsquo;espace a\u00e9rien) il s&rsquo;agit d&rsquo;une tentative de r\u00e9vision fondamentale de la conception de la guerre aux \u00c9tats-Unis. Dans un article doctrinal publi\u00e9 par Air Force <em>Magazine<\/em> en mai 1996, l&rsquo;id\u00e9e de <em>Air Dominance<\/em> appara\u00eet en filigrane comme l&rsquo;expression d&rsquo;un moyen op\u00e9rationnel tendant \u00e0 ce qu&rsquo;on nommerait une \u00ab\u00a0nouvelle fa\u00e7on [am\u00e9ricaine] de faire la guerre\u00a0\u00bb (\u00ab <em>New American Way of War<\/em> \u00bb). Si elle s&rsquo;appuie sur des r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles (r\u00e9duction des budgets, donc r\u00e9duction des structures et des capacit\u00e9s quantitatives), elle d\u00e9bouche sur une conception r\u00e9volutionnaire pour l&rsquo;Am\u00e9rique : \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e ancienne de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;amasser une sup\u00e9riorit\u00e9 mat\u00e9rielle g\u00e9n\u00e9rale avant de mener victorieusement un conflit se substitue l&rsquo;id\u00e9e nouvelle de r\u00e9unir tr\u00e8s rapidement une sup\u00e9riorit\u00e9 mat\u00e9rielle tr\u00e8s importante sur un point tr\u00e8s limit\u00e9 de la zone de contact, pr\u00e9alablement choisi pour son int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique et la faiblesse de l&rsquo;ennemi (d&rsquo;o\u00f9 le nom de <em>Assymetric Forces Strategy<\/em>), et l&#8217;emporter tr\u00e8s rapidement en brisant le dispositif ennemi. Une strat\u00e9gie de rupture remplace une strat\u00e9gie d&rsquo;attrition. L\u00e0 o\u00f9 la strat\u00e9gie d&rsquo;attrition demandait une \u00ab\u00a0sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne\u00a0\u00bb normale, la strat\u00e9gie de rupture demande une \u00ab\u00a0domination [absolue] de l&rsquo;espace a\u00e9rien\u00a0\u00bb pour permettre de frapper efficacement (armes guid\u00e9es de pr\u00e9cision) tout en r\u00e9duisant les pertes au maximum (argument de relations publiques r\u00e9pondant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e du \u00ab\u00a0z\u00e9ro mort\u00a0\u00bb). Le facteur masse est remplac\u00e9 par la combinaison des facteurs vitesse et pr\u00e9cision. Les technologies les plus avanc\u00e9es qu&rsquo;on croyait menac\u00e9es dans les conditions de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide, sont au contraire plus que jamais n\u00e9cessaires. La r\u00e9volution doctrinale rencontre les soucis de programmation et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la base industrielle de l&rsquo;USAF ; et si l&rsquo;on parle de r\u00e9volution, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il y en a bien une par rapport aux conceptions traditionnelles de la guerre aux \u00c9tats-Unis, favorables \u00e0 la strat\u00e9gie de l&rsquo;attrition depuis les campagnes de Washington en 1775-1782 (malgr\u00e9 la faiblesse mat\u00e9rielle) et de Sherman en 1864-65 (cette fois, avec la sup\u00e9riorit\u00e9 mat\u00e9rielle).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;importance de cette \u00e9volution a \u00e9t\u00e9 largement conceptualis\u00e9e dans des d\u00e9clarations r\u00e9centes (septembre 1996) du g\u00e9n\u00e9ral Fogleman. Le Chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;USAF y parle de l&rsquo;Am\u00e9rique comme d&rsquo;une \u00ab <em>aerospace nation<\/em> \u00bb. Son argumentation est presque d&rsquo;essence sociologique et philosophique et implique <em>in fine<\/em> une vision fort proche de l&rsquo;isolationnisme de l&rsquo;Am\u00e9rique (cette phrase : \u00ab <em>les USA sont principalement reli\u00e9s au reste du monde non par les voies terrestes et navales, mais par les voies a\u00e9riennes<\/em> \u00bb, implique que l&rsquo;USAF suffirait \u00e0 garantir la s\u00e9curit\u00e9, et, si besoin \u00e9tait, \u00e0 isoler les \u00c9tats-Unis du reste d&rsquo;un monde hostile). Cette dialectique a des implications consid\u00e9rables puisqu&rsquo;elle signifie que l&rsquo;USAF doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le premier service (\u00ab <em>The First Force<\/em> \u00bb, dit Fogleman) et trait\u00e9e comme telle (\u00ab <em>les USA doivent avoir un service autonome consacr\u00e9 aux missions a\u00e9riennes et spatiales, <\/em>[&#8230;] <em>un service consacrant toutes ses capacit\u00e9s \u00e0 ces seules missions<\/em> \u00bb). La logique de Fogleman l&rsquo;am\u00e8ne enfin \u00e0 mettre en cause la r\u00e9partition actuelle des missions, et notamment des missions strat\u00e9giques confi\u00e9es \u00e0l&rsquo;US Navy. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette \u00e9volution doctrinale de l&rsquo;USAF conduit \u00e0 appr\u00e9cier ses conceptions dans quatre domaines, qui sont respectivement les moyens, l&rsquo;animation des moyens, l&rsquo;espace d&rsquo;activit\u00e9 et les buts :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les moyens sont d\u00e9pendants des certitudes technologiques de l&rsquo;USAF. Celle-ci estime approcher du terme d&rsquo;une qu\u00eate commenc\u00e9e \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re guerre mondiale avec le Brigadier g\u00e9n\u00e9ral Billy Mitchell : la recherche de la pr\u00e9cision. Pour l&rsquo;USAF, <em>Deliberate Force<\/em> a d\u00e9montr\u00e9 cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9. Les v\u00e9hicules dont elle dispose, principalement les plate-formes \u00e0 grande autonomie, si possible <em>stealth<\/em> (le B-2 est l&rsquo;exemple parfait), disposant d&rsquo;une panoplie d&rsquo;armes \u00ab\u00a0intelligentes\u00a0\u00bb \u00e0 grande pr\u00e9cision, permettent l&rsquo;intervention ultra-rapide dans n&rsquo;importe quel point du globe, \u00e0partir des bases continentales. Cette conception de la guerre a\u00e9rienne accentue radicalement l&rsquo;automatisme d&#8217;emploi avec la place nouvelle des UAV sans pilote (dont on annonce pourtant la maturit\u00e9 depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es soixante). Lorsque Fogleman est interrog\u00e9 sur le soi-disant futur chasseur d&rsquo;attaque de l&rsquo;USAF (JSF), il fait cette remarque significative : \u00ab <em>la version Block 50 du JSF, qui pourrait appara\u00eetre en 2020, pourrait tr\u00e8s bien \u00eatre un avion sans pilote.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;USAF doit faire grand usage de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution de l&rsquo;information\u00a0\u00bb, comme le Pentagone nomme le d\u00e9veloppement des moyens de communication informatiques, satellitaires, etc. Les nouveaux moyens disponibles permettront de fournir \u00e0 l&rsquo;USAF les donn\u00e9es n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;utilisation massive et surtout tr\u00e8s rapide de ses armes de haute pr\u00e9cision. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;accent est mis \u00e9galement sur l&rsquo;espace et les possibilit\u00e9s de guerre spatiale consid\u00e9r\u00e9es comme s\u00e9rieuses \u00e0 partir de 2010. L&rsquo;USAF se donne l\u00e0 une dimension bien \u00e9videmment exclusive, qui accro\u00eet d&rsquo;autant, en les justifiant, ses pr\u00e9tentions strat\u00e9giques : pour elle, la s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique se jouera d&rsquo;une fa\u00e7on majoritaire dans l&rsquo;espace, et l&rsquo;USAF tiendra ici une nouvelle dimension de son r\u00f4le strat\u00e9gique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;USAF r\u00e9clame pour elle les grandes missions de frappe strat\u00e9gique par projection de force. Elle a forg\u00e9 pour cela les <em>air expeditionnary forces<\/em> (AEF), compos\u00e9es d&rsquo;avions allant du chasseur tactique type F-15E et F-117 au chasseur de sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne type F-22, au bombardier type B-2, au tanker type KC-10, etc. En plus de la rapidit\u00e9 de d\u00e9ploiement, Fogleman affirme qu&rsquo;une AEF \u00ab <em>peut offrir un formidable nombre de sorties offensives, &mdash; bien plus qu&rsquo;un porte-avions<\/em> \u00bb : c&rsquo;est mettre directement en cause la pr\u00e9pond\u00e9rance strat\u00e9gique des porte-avions d&rsquo;attaque de la Navy.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>L&rsquo;inqui\u00e9tude secr\u00e8te de l&rsquo;USAF<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tTout cela est consid\u00e9rable, et consid\u00e9rablement r\u00e9volutionnaire. Dans la concurrence inter-services qui est le lot de la vie bureaucratique quotidienne du Pentagone, l&rsquo;USAF n&rsquo;a pas froid aux yeux. Elle semble s\u00fbre d&rsquo;elle et dominatrice. Mais certains signes conduisent \u00e0 nuancer cette remarque et nourrissent une autre hypoth\u00e8se, selon laquelle ce radicalisme cacherait une inqui\u00e9tude secr\u00e8te et inattendue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn septembre 1996, un officier de l&rsquo;USAF, le colonel Robert P. Haffa, Jr., signait dans <em>Armed Forces Journal<\/em> un article intitul\u00e9 <em>Wake-Up Call<\/em>. Il apparaissait du point de vue de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit comme un double sombre de la pens\u00e9e et de la vision de Fogleman. Sans qu&rsquo;il y ait d&rsquo;opposition sur le fond, Haffa opposait au triomphalisme de Fogleman un pessimisme presque tragique, marqu\u00e9 essentiellement par le verbe <em>survivre<\/em> accol\u00e9 aux consid\u00e9rations sur l&rsquo;avenir de l&rsquo;USAF : \u00ab [&#8230;L&rsquo;] <em>Air Force doit apprendre \u00e0 survivre en temps de paix &#8230; <\/em>[L&rsquo;]<em>Army et la Navy ont montr\u00e9 qu&rsquo;elles pouvaient survivre, sinon prosp\u00e9rer en temps de paix aussi bien qu&rsquo;en temps de guerre. Mais l&rsquo;Air Force, n\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 de disposer d&rsquo;une force a\u00e9rienne \u00e0 longue distance durant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et renforc\u00e9e principalement par le besoin d&rsquo;une dissuasion nucl\u00e9aire strat\u00e9gique durant la Guerre froide, affronte d\u00e9sormais un avenir incertain.<\/em> \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa crainte de Haffa est qu&rsquo;au gr\u00e9 d&rsquo;avatars budg\u00e9taires, l&rsquo;Air Force soit cantonn\u00e9e aux t\u00e2ches de soutien a\u00e9rien (principalement de l&rsquo;U.S. Army) et qu&rsquo;elle perde de ce fait sa justification d&rsquo;\u00eatre un service autonome au moins \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec l&rsquo;arm\u00e9e et la marine (les forces nucl\u00e9aires \u00e9tant d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 regroup\u00e9es en un commandement ind\u00e9pendant, le Strategic Command, qui rassemble aussi bien les SLBM de la Navy que les ICBM de l&rsquo;USAF). Les perspectives de conflit, estime Haffa, sont loin de faire pr\u00e9voir qu&rsquo;il sera n\u00e9cessaire avant longtemps de disposer d&rsquo;une force a\u00e9rienne autonome de la puissance de l&rsquo;USAF pendant la Guerre froide. A ce point du raisonnement, Haffa rejoint Fogleman : l&rsquo;USAF doit absolument rechercher des missions strat\u00e9giques essentielles \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des \u00c9tats-Unis pour verrouiller son existence, et moins mettre l&rsquo;accent sur ses forces de combat tactiques (chasseurs type F-15 et F-16, puis JSF, le F-22 \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 part comme vecteur strat\u00e9gique de \u00ab\u00a0domination a\u00e9rienne\u00a0\u00bb) pour d\u00e9velopper ses forces d&rsquo;intervention \u00e0 longue et tr\u00e8s longue distance (\u00ab <em>Les investissements de l&rsquo;Air Force aujourd&rsquo;hui montrent une USAF de demain destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger et \u00e0 soutenir les deux autres services<\/em> \u00bb, \u00e9crit Haffa d&rsquo;une mani\u00e8re critique).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet argumentaire n&rsquo;est pas isol\u00e9. On en retrouve des traces dans une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par l&rsquo;USAF elle-m\u00eame \u00e0 la demande de Fogleman : <em>Air Force 2025<\/em>, commenc\u00e9e \u00e0 la fin 1995 sous la direction du g\u00e9n\u00e9ral Kelley, et boucl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;automne 1996. L&rsquo;\u00e9tude envisage les sc\u00e9narios de d\u00e9veloppement de la situation mondiale, &mdash; g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s pessimistes &mdash;. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;une des hypoth\u00e8se retenue est nomm\u00e9e \u00ab <em>the null hypothesis<\/em> \u00bb, sous le titre \u00ab <em>Paths to Extinction<\/em> \u00bb. Elle indique, selon les mots de John Tirpak de Air Force <em>Magazine<\/em> (d\u00e9cembre 1996), que \u00ab <em>l&rsquo;Air Force pourrait dispara\u00eetre \u00e0 cause de forces d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;oeuvre, telles que le tr\u00e8s fort accent mis aujourd&rsquo;hui sur les op\u00e9rations combin\u00e9es et la r\u00e9duction des budgets de la d\u00e9fense<\/em> \u00bb. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette perception de l&rsquo;USAF relevant presque d&rsquo;une crainte ontologique pour son existence est paradoxale si l&rsquo;on a \u00e0l&rsquo;esprit la puissance exceptionnelle de ce service. Pour la comprendre, il faut examiner une autre dimension de comportement de l&rsquo;USAF, \u00e0 la fois psychologique et mythologique. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui pourrait \u00eatre d\u00e9crit comme une sorte de fragilit\u00e9 psychologique n&rsquo;est pas sans explication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;USAF se per\u00e7oit comme un service arm\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb. Elle est de formation r\u00e9cente en tant que service ind\u00e9pendant (1947, &mdash; elle f\u00eate son cinquantenaire cette ann\u00e9e). Son titre m\u00eame sugg\u00e8re ce caract\u00e8re sp\u00e9cifique : il s&rsquo;agit d&rsquo;une force (Air Force) et non d&rsquo;une arme en tant que telle, comme l&rsquo;Arm\u00e9e et la Marine dont la cr\u00e9ation se confond avec les premi\u00e8res batailles des colonies am\u00e9ricaines contre l&rsquo;Angleterre. Les \u00e9l\u00e9ments a\u00e9riens arm\u00e9s et bas\u00e9s \u00e0 terre furent longtemps, th\u00e9oriquement jusqu&rsquo;en 1947, une annexe de l&rsquo;U.S. Army en Am\u00e9rique (U.S. Army Signal Corps, devenant U.S. Army Air Corps, puis U.S. Army Air Force).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour autant, l&rsquo;essor de la future USAF ne date pas de la seule Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Il fut pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la mise en place des fondations de ce qu&rsquo;Eisenhower nomma dans un discours fameux de janvier 1961 \u00ab <em>le Complexe Militaro-Industriel<\/em> \u00bb (CMI). Celui-ci se mit en place dans les ann\u00e9es trente, lorsque fut d\u00e9velopp\u00e9 en Californie du Sud un \u00ab\u00a0complexe scientifico-industriel\u00a0\u00bb autour du California Institute of Technology (CalTech) et de laboratoires et instituts financ\u00e9s par le secteur priv\u00e9 (une association d&rsquo;une soixantaine de milliardaires californiens, la California Institute Association, form\u00e9e pour l&rsquo;occasion ; le soutien de Southern California Edison et de la First National City Bank). Le professeur de physique Millikan, Prix Nobel, pr\u00e9sident de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago devenu pr\u00e9sident de CalTech, joua le r\u00f4le coordinateur essentiel de mise en place du syst\u00e8me. L&rsquo;historien am\u00e9ricain Mike Davis parle \u00e0propos de ce vaste programme d&rsquo;une \u00ab <em>technostructure \u00e9mergeante qui forgea l&rsquo;une des cl\u00e9s de l&rsquo;avenir de la Californie du Sud<\/em> \u00bb. L&rsquo;initiative n&rsquo;\u00e9tait pas exempte de r\u00e9f\u00e9rences politiques et mythiques, certaines \u00e0 connotation racistes : en 1936, Millikan proclamait que \u00ab <em>la Californie du Sud est aujourd&rsquo;hui, comme l&rsquo;Angleterre il y a deux si\u00e8cles, l&rsquo;avant?poste occidental de la civilisation nordique<\/em> \u00bb. La mise en place de cet ensemble scientifico-industriel donna une impulsion fondamentale \u00e0 l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique am\u00e9ricaine dont le berceau est la Californie du Sud, et assura la base industrielle du formidable d\u00e9veloppement de la puissance a\u00e9rienne am\u00e9ricaine. Lorsque la guerre intervint et que les militaires entr\u00e8rent dans le syst\u00e8me (le futur CMI), celui-ci \u00e9tait d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 bien implant\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;USAF a donc une filiation sp\u00e9cifique : l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique soutenue par le <em>big business<\/em> li\u00e9 au parti r\u00e9publicain tendance Hoover, un ensemble fondamentalement hostile au gouvernement alors contr\u00f4l\u00e9 par Roosevelt, et surtout \u00e0 la forme d&rsquo;interventionnisme (pourtant bien minime) mise en place par le <em>New Deal<\/em>. Cela doit \u00eatre \u00e9galement vu dans le contexte de la Grande Crise, qui joue un r\u00f4le-pivot dans l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine du XXe si\u00e8cle : ces initiatives du secteur priv\u00e9 et du parti r\u00e9publicain \u00e9taient une \u00ab\u00a0revanche\u00a0\u00bb contre la politique impos\u00e9e par Roosevelt pour tenter de sortir de la Crise des ann\u00e9es 1929-33. Roosevelt \u00e9choua (la d\u00e9pression de 1937 vaut celle de 1933), et ce fut par contre la production de guerre qui r\u00e9tablit le plein emploi. Le CMI peut donc s&rsquo;estimer comme le v\u00e9ritable vainqueur de la D\u00e9pression, et non le <em>New Deal<\/em> de Roosevelt. Cet affrontement perdure aujourd&rsquo;hui, avec les querelles sur le r\u00f4le du gouvernement. Ainsi, l&rsquo;USAF appara\u00eet bien plus li\u00e9e que les autres services au sort de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement et au secteur priv\u00e9. C&rsquo;est une indication \u00e0 cet \u00e9gard que la gigantesque restructuration de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement US en cours ait pris une orientation incontestablement \u00ab\u00a0a\u00e9ronautique\u00a0\u00bb, d&rsquo;autant plus proche de l&rsquo;USAF, avec la constitution du g\u00e9ant Boeing-McDD qui comprend une \u00e9norme composante a\u00e9ronautique non-militaire (la production civile de Boeing).<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Les enjeux radicaux du XXIe si\u00e8cle<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tLa prospective du XXIe si\u00e8cle consid\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;USAF pr\u00e9sente un tableau tr\u00e8s particulier : il semble que les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs au seul domaine de l&rsquo;aviation militaire comptent plus que ce dernier. Il semble que les programmes, les technologies \u00e0d\u00e9velopper (qui seront n\u00e9cessairement tr\u00e8s avanc\u00e9es), les missions (qui seront n\u00e9cessairement tr\u00e8s ambitieuses) d\u00e9pendront de conditions ext\u00e9rieures, tant dans les relations internationales que dans les rapports des forces aux \u00c9tats-Unis m\u00eame, qui n&rsquo;ont que peu de choses \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9 des situations a\u00e9riennes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;USAF se trouve dans une situation ambig\u00fce m\u00e9langeant une puissance sans \u00e9gale et une fragilit\u00e9 qu&rsquo;on dirait quasiment psychologique, qui confine \u00e0 la crise d&rsquo;identit\u00e9. On notera qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un diagnostic qui convient tout autant \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame, \u00ab\u00a0seule superpuissance du monde\u00a0\u00bb agit\u00e9e d&rsquo;interrogations int\u00e9rieures qui font \u00e9galement songer \u00e0 une crise d&rsquo;identit\u00e9. Cette similitude renvoie \u00e0 l&rsquo;image de \u00ab <em>nation a\u00e9rospatiale<\/em> \u00bb que Fogleman propose pour d\u00e9finir l&rsquo;Am\u00e9rique, impliquant par l\u00e0 que l&rsquo;aviation et sa composante militaire et technologique qu&rsquo;est l&rsquo;USAF en sont la plus juste expression.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuand Fogleman note que \u00ab >MI>l&rsquo;USAF a bien peu d&rsquo;alli\u00e9s dans sa poursuite des technologies avanc\u00e9es<D> \u00bb, et que \u00ab <em>pour le court terme elle ne peut compter que sur elle?m\u00eame pour les d\u00e9velopper et les financer<\/em> \u00bb, il d\u00e9crit implicitement une solitude qui est une autres expression de cette paradoxale fragilit\u00e9. C&rsquo;est une situation qui n&rsquo;est \u00e9videmment pas sans risque et renvoie, elle, \u00e0 l&rsquo;article du colonel Haffa.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe rapport <em>Air Force 2025<\/em> d\u00e9crit les technologies g\u00e9n\u00e9rales o\u00f9 l&rsquo;USAF doit investir dans les trois d\u00e9cennies \u00e0venir : les syst\u00e8mes de syst\u00e8mes, les mat\u00e9riaux avanc\u00e9s, la micro-m\u00e9caniques, les combustibles \u00e0 haute \u00e9nergie, l&rsquo;informatique \u00e0 hautes performances, etc. Mais plus loin, dans le fameux sc\u00e9nario \u00ab <em>Paths to Extinction<\/em> \u00bb, le rapport introduit cette r\u00e9serve dramatique : \u00ab <em>le service <\/em>[l&rsquo;USAF] <em>risque son avenir s&rsquo;il se trompe dans son choix des technologies <\/em>[\u00e0 d\u00e9velopper] \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, l&rsquo;USAF, et avec elle la base technologique avanc\u00e9e (l&rsquo;industrie de d\u00e9fense et a\u00e9rospatiale) dont elle s&rsquo;estime \u00eatre l&rsquo;inspiratrice, se pose comme la force principale capable de poursuivre le progr\u00e8s dont d\u00e9pendent la puissance et la position dominante des \u00c9tats-Unis dans le monde. Rarement, des enjeux aussi consid\u00e9rables se seront dessin\u00e9s dans la perspective d&rsquo;une force militaire en temps de paix, sans que ceux-ci concernent directement un engagement militaire ou une guerre \u00e0 venir. L&rsquo;USAF, et avec elle l&rsquo;aviation qui a marqu\u00e9 le progr\u00e8s au XXe si\u00e8cle, estime qu&rsquo;elle d\u00e9tient la cl\u00e9 du futur et du XXIe si\u00e8cle ; si on (les autres, le gouvernement, le Pentagone, le Congr\u00e8s, le public am\u00e9ricain) ne le comprend pas, et si on ne lui donne pas les moyens n\u00e9cessaires, le pire peut arriver, &mdash; pour l&rsquo;USAF et, implicitement conclu, pour l&rsquo;Am\u00e9rique elle?m\u00eame. C&rsquo;est une vision extraordinairement radicale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPhilippe GRASSET<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tParu dans <em>Science et Vie \u00ab\u00a0Hors S\u00e9rie Aviation\u00a0\u00bb<\/em>, juin 1997<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour son 50e anniversaire, prospective de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;U.S. Air Force dans le XXIe si\u00e8cle. 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