{"id":64949,"date":"1994-01-01T00:00:00","date_gmt":"1993-12-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1994\/01\/01\/lantiamericanisme-de-la-litterature-americaine-1\/"},"modified":"2026-03-12T20:57:52","modified_gmt":"2026-03-12T18:57:52","slug":"lantiamericanisme-de-la-litterature-americaine-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/1994\/01\/01\/lantiamericanisme-de-la-litterature-americaine-1\/","title":{"rendered":"L&rsquo;antiam\u00e9ricanisme de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">L&rsquo;antiam\u00e9ricanisme de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Tout le monde le comprend ou le devine, la pol\u00e9mique du GATT repr\u00e9sente plus qu&rsquo;un affrontement sur un r\u00e9glement commercial mondial. Une d\u00e9monstration convaincante en est la question de l'\u00a0\u00bbidentit\u00e9 culturelle\u00a0\u00bb (dans ce cas europ\u00e9enne) qu&rsquo;elle a fait surgir \u00e0 propos de l&rsquo;audiovisuel. La th\u00e8se courante en France est que la culture fran\u00e7aise (europ\u00e9enne) de l&rsquo;image serait menac\u00e9e par l&rsquo;am\u00e9ricaine, que nous serions press\u00e9s par une \u00ab\u00a0invasion culturelle\u00a0\u00bb (am\u00e9ricaine). Nous voyons l\u00e0 l&rsquo;amorce d&rsquo;un d\u00e9bat pour la fin du si\u00e8cle et bien au-del\u00e0, qui porte sur la probl\u00e9matique de l'\u00a0\u00bbam\u00e9ricanisme\u00a0\u00bb, qui est beaucoup plus que la prise de position antiam\u00e9ricaine que nous concevons habituellement. Il faudrait des mots pr\u00e9cis : le d\u00e9bat sur l&rsquo;am\u00e9ricanisme concerne des positions d&rsquo;antiam\u00e9ricanisme plus qu&rsquo;antiam\u00e9ricaines, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 un syst\u00e8me et nullement \u00e0 une nation et \u00e0 des gens, et dans le cas de l&rsquo;Am\u00e9rique l&rsquo;on est fond\u00e9 \u00e0 se demander si les gens ne sont pas eux-m\u00eames, par intermittences pour certains et d\u00e9finitivement pour d&rsquo;autres, en guerre contre ce syst\u00e8me qui les gouverne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame pour la crainte de l'\u00a0\u00bbinvasion culturelle\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine. L&rsquo;expression est trompeuse. Ce que nous craignons n&rsquo;est pas tant une invasion de la culture am\u00e9ricaine qu&rsquo;une invasion de cette non-culture pr\u00e9datrice de la culture \u00e0 force de vulgarit\u00e9 et de stupidit\u00e9 ; syst\u00e8me fait d&rsquo;argent, d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, de d\u00e9magogie et d&rsquo;ab\u00eatissement, dont la cons\u00e9quence est de tuer la qualit\u00e9, l&rsquo;exp\u00e9rience, l&rsquo;attention, l&rsquo;intuition, le talent, toutes ces vertus n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est moins l&rsquo;expression de ce qui serait le \u00ab\u00a0g\u00e9nie mal\u00e9fique\u00a0\u00bb de l&rsquo;Am\u00e9rique, que la cons\u00e9quence d&rsquo;une bataille qui se livre outre-Atlantique. L\u00e0-bas aussi la culture est en danger, et plus que chez nous. L&rsquo;\u00e9crivain Philip Roth exprime cette id\u00e9e lorsqu&rsquo;il dit :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Les enfants de mes amis, qui viennent de milieux intellectuellement privil\u00e9gi\u00e9s, sont d\u00e9sormais des Am\u00e9ricains tr\u00e8s isol\u00e9s. Je ne dis pas qu&rsquo;ils vont \u00eatre pers\u00e9cut\u00e9s, <\/em>(&#8230;) <em>mais ils sont dans une sorte de guetto intellectuel : la partie se joue sans eux, sans les gens cultiv\u00e9s. Il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire pour arr\u00eater cela. Alors, que nous soyons les derniers romanciers me para&icirc;t \u00e9vident. Au moins dans ce pays<\/em> &raquo;. (1)<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nous r\u00e9sumerions cette id\u00e9e initiale par ce constat : si nous \u00e9tions vraiment menac\u00e9 d&rsquo;une invasion culturelle am\u00e9ricaine, nous n&rsquo;aurions rien \u00e0 craindre pour notre qualit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre. Etre menac\u00e9 de voir nos libraries se remplir de livres de Thomas Wolfe, de Fitgzerald, de Henry Miller, de Norman Mailer, de Paul Auster, de Gore Vidal, n&rsquo;a rien d&rsquo;effrayant ni de dangereux. Quelle richesse suppl\u00e9mentaire nous serait promise ! Et comme toute richesse de l&rsquo;esprit, \u00e9minemment respectueuse des qualit\u00e9s diff\u00e9rentes que sont nos propres cultures.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au contraire m\u00eame : cette \u00ab\u00a0invasion\u00a0\u00bb nous donnerait la disposition, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art, d&rsquo;un formidable outil dans la bataille contre l&rsquo;am\u00e9ricanisme, pour mieux conna&icirc;tre ses caract\u00e8res et l&rsquo;affronter plus efficacement. En ces temps o&ugrave; le probl\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme repara&icirc;t au premier plan, il nous para&icirc;t alors essentiel de nous arr\u00eater \u00e0 la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, qui est par nature, &mdash; comme une chose de nature <strong>va de soi<\/strong> &mdash;, la manifestation de communication (au sens le plus noble du terme) la plus hostile qui soit \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La tromperie originelle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On doit d&rsquo;abord ne pas ignorer ce qu&rsquo;est l&rsquo;Am\u00e9rique. Au d\u00e9part, il y eut tromperie et substitution. L&rsquo;id\u00e9e originelle am\u00e9ricaine, celle qui fut exprim\u00e9e dans la Constitution initiale par Thomas Jefferson, a \u00e9t\u00e9 <strong>kidnapp\u00e9e<\/strong> par le parti des int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s r\u00e9alistes de la finance et de l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine, par les Hamilton et les Madison qui introduisirent des amendements d\u00e9cisifs en 1787 (2). Laissons le d\u00e9bat politique et philosophique sur les m\u00e9rites respectifs des id\u00e9alistes \u00ab\u00a0jeffersoniens\u00a0\u00bb et des r\u00e9alistes \u00ab\u00a0hamiltoniens\u00a0\u00bb ; nous importe seulement de rappeler qu&rsquo;il y eut substitution d&rsquo;abord, qu&rsquo;il y eut dissimulation pour cacher celle-ci ensuite, et par cons\u00e9quent affirmation continuelle de vertus id\u00e9ales dont la poursuite de l&rsquo;accomplissement a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e depuis longtemps, et dont l&rsquo;exaltation servit souvent de \u00ab\u00a0paravent\u00a0\u00bb \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s moins \u00e9lev\u00e9es. Juste ou injuste, efficace ou pas, peu nous importe : il y eut v\u00e9ritablement tromperie, et depuis, mensonge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;abord, la litt\u00e9rature ignora l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Elle exaltait les valeurs id\u00e9ales am\u00e9ricaines et, au XIX\u00e8me si\u00e8cle, en tout cas jusqu&rsquo;aux trois-quarts du si\u00e8cle, le n\u00e9ologisme \u00ab\u00a0am\u00e9ricanisme\u00a0\u00bb avait implicitement un sens contraire \u00e0celui qu&rsquo;on lui donnerait aujourd&rsquo;hui. Le po\u00e8te Walt Whitman fut salu\u00e9 comme \u00ab\u00a0le chantre de l&rsquo;am\u00e9ricanisme\u00a0\u00bb, alors que les vertus qu&rsquo;il chantait n&rsquo;avait rien de commun avec les fortunes et les agissements des grands capitalistes et des grands <em>trusts<\/em> de la Standard Oil ou de le Pennsylvania Railways.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis les r\u00e9alit\u00e9s s&rsquo;impos\u00e8rent. Les \u00e9crivains et les po\u00e8tes observaient avec une inqui\u00e9tude grandissante l&rsquo;\u00e9volution du grand pays. L&rsquo;on en eut des \u00e9chos chez Melville, Poe, et m\u00eame Mark Twain. Sur la fin de sa vie, Whitman exprima des doutes s\u00e9rieux sur l&rsquo;orientation prise par l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Il expliquait d&rsquo;abord (en 1892) :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Je le r\u00e9p\u00e8te, la seule vraie nationalit\u00e9 des Etats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique, leur union profonde, si nous devons un jour affronter une crise, ne se trouvera pas dans la loi \u00e9crite (comme on le suppose g\u00e9n\u00e9ralement) ni dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier de chaque citoyen, ni dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel et p\u00e9cuniaire commun \u00e0 tous, mais dans l'\u00a0\u00bbid\u00e9e\u00a0\u00bb fervente et exaltante qui, dans sa flamme puissante, fondra les \u00e9l\u00e9ments divers de ce grand pays et les transformera en force spirituelle<\/em> &raquo; (3).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Puis il fixait le dilemme am\u00e9ricain, croyant d\u00e9sormais \u00e0 cette \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb qu&rsquo;il semblait d&rsquo;abord n&rsquo;\u00e9voquer que comme simple hypoth\u00e8se :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Les &Eacute;tats-Unis sont destin\u00e9s \u00e0 remplacer et \u00e0 surpasser l&rsquo;histoire merveilleuse des temps f\u00e9odaux ou ils constitueront le plus retentissant \u00e9chec que le monde ait jamais connu<\/em> &raquo;. On devine o&ugrave; penchait son jugement<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La litt\u00e9rature am\u00e9ricaine bascula essentiellement avec Th\u00e9odore Dreiser, naturaliste et peintre minutieux de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, sa cupidit\u00e9, sa cruaut\u00e9, sa s\u00e9cheresse, l&rsquo;omnipotence de l&rsquo;argent, bref du r\u00e9sultat quotidien de l&rsquo;am\u00e9ricanisme appliqu\u00e9 \u00ab\u00a0industriellement\u00a0\u00bb depuis la fin de la Guerre de S\u00e9cession. Son premier livre, <em>Sister Currie<\/em>, publi\u00e9 en 1900, fut un tournant. Norman Mailer disait de Dreiser : &laquo; <em>Il s&rsquo;est plus approch\u00e9 de la compr\u00e9hension totale de la machine sociale qu&rsquo;aucun autre \u00e9crivain am\u00e9ricain<\/em> &raquo; (4). Son ami Henry Mencken, lui, notait que &laquo; <em>la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine avant et apr\u00e8s Dreiser est aussi diff\u00e9rente que la biologie avant et apr\u00e8s Darwin<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dreiser fut en butte aux attaques de la \u00ab\u00a0censure \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb : des d\u00e9cisions d&rsquo;interdiction dans les &Eacute;tats, des campagnes des ligues de vertu, d&rsquo;associations diverses, des rumeurs, des mots d&rsquo;ordre, etc. Henry Mencken sonna l&rsquo;alarme, rassembla les intellectuels, il monta une grande action dans le pays pour venir au secours de Dreiser et \u00e9carter les forces de l&rsquo;hypocrisie am\u00e9ricaine. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, d\u00e8s ces ann\u00e9es 1910, Mencken occupait une place centrale dans la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine. Il faut s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 ce personnage.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le sarcasme de Mencken<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Mencken \u00e9tait journaliste, essayiste, \u00e9diteur, traducteur (il effectua en 1908 les premi\u00e8res traductions de Nietzsche en anglais). Il laissa une oeuvre nombreuse et vari\u00e9e, o&ugrave; l&rsquo;on trouve autant de livres de pol\u00e9mique (<em>Pr\u00e9jug\u00e9s<\/em>, <em>Notes on Democracy<\/em>) que d&rsquo;oeuvres de linguiste (<em>The American Language<\/em>), ou de livres de m\u00e9morialistes (<em>Happy Days<\/em>, <em>Newspaper Days<\/em>, <em>Heathen Days<\/em>). Il \u00e9dita deux revues qui marqu\u00e8rent la vie litt\u00e9raire am\u00e9ricaine pendant pr\u00e8s de vingt ans (<em>The Smart Set<\/em> et <em>American Mercury<\/em>). Il aida de nombreux jeunes auteurs, fut le mentor de Sinclair Lewis autant que de Theodore Dreiser, patronna Eugene O&rsquo;Neill, James McCain, John Fente. Le critique Mike Davies en fait le \u00ab\u00a0parrain\u00a0\u00bb du mouvement <em>noir<\/em> de Los Angeles, dans les ann\u00e9es trente (5). Mencken ne fut pas loin d&rsquo;\u00eatre, \u00e0 peu pr\u00e8s de 1915 \u00e0 1935, le personnage-cl\u00e9 de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Son influence \u00e9tait consid\u00e9rable. Il \u00e9tait dou\u00e9 d&rsquo;un style exceptionnel, d&rsquo;une ironie mordante, et d&rsquo;une violence froide pleine de sarcasme qui en faisait un pol\u00e9miste redout\u00e9. Il exer\u00e7ait principalement ses talents contre les institutions am\u00e9ricaines, le conformisme, l&rsquo;hypocrisie, ce qu&rsquo;on nommerait aujourd&rsquo;hui la \u00ab\u00a0bienpensance\u00a0\u00bb. Ainsi \u00e9crivait-il, exemple de son style et de ses fa\u00e7ons :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>C&rsquo;est, par exemple, une de mes convictions les plus fermes et les plus sacr\u00e9es, acquise apr\u00e8s une enqu\u00eate s&rsquo;\u00e9tendant sur plus d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, et soutenue par la pri\u00e8re et la m\u00e9ditation continuelle, que le gouvernement des Etats-Unis, tant au l\u00e9gislatif qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cutif, est ignorant, incomp\u00e9tent, corrompu et veule, et, de ce jugement, je n&rsquo;excepte pas plus de vingt l\u00e9gislateurs vivants et vingt ex\u00e9cuteurs des lois<\/em> &raquo; (6).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Nul dans l&rsquo;<em>establishment<\/em> ne s&rsquo;y trompa : avec son habilet\u00e9 \u00e0 user du syst\u00e8me, Mencken \u00e9tait un dynamiteur efficace, une institution m\u00e9diatique paradoxalement subversive. &laquo; <em>Il se r\u00e9pandait en sarcasmes contre la religion, la respectabilit\u00e9, le sentimentalisme et le conformisme des arts de l&rsquo;\u00e8re victorienne, les r\u00e9formateurs et les politiciens en g\u00e9n\u00e9ral<\/em> &raquo;, \u00e9crivait plaintivement en 1952 l&rsquo;historien Frederick Lewis Allen (7), qui montrait qu&rsquo;il avait bien compris son r\u00f4le en ajoutant qu&rsquo;il \u00e9tait &laquo; <em>un entra&icirc;neur pour des \u00e9crivains intr\u00e9pides comme Dreiser<\/em> &raquo;. Esprit \u00e9clair\u00e9 plus lib\u00e9ral qu&rsquo;Allen, Arthur Schlesinger Jr. laissait pourtant percer une pr\u00e9occupation r\u00e9elle :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Avec sa superbe nonchalance, son merveilleux style pol\u00e9mique et le bruyant m\u00e9pris qu&rsquo;il affichait \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la culture du \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb, Mencken exprimait ce que les jeunes gens souhaitaient pouvoir formuler eux-m\u00eames : la vie am\u00e9ricaine \u00e9tait impossible. <\/em>(&#8230;) <em>Les pressions contre lesquelles Mencken fulminait au nom de la libert\u00e9 individuelle lui apparurent, en les examinant de pr\u00e8s, comme ins\u00e9parables de la d\u00e9mocratie.<\/em> (&#8230;) <em>La prohibition, la censure, le Klu Klux Klan, qu&rsquo;ils fussent soutenus par les nababs aux dents longues ou par la racaille anthropo\u00efde, \u00e9taient l&rsquo;in\u00e9vitable cons\u00e9quence de la doctrine d\u00e9mocratique.<\/em> (&#8230;) <em>L&rsquo;influence de Mencken fut d\u00e9vastatrice. S&rsquo;int\u00e9resser aux questions sociales devint par sa faute grotesque et incongru ; d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie ne se concevait que comme une farce<\/em> &raquo; (8).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Peu importe les proc\u00e8s qu&rsquo;on pourrait lui faire : le principal est que Mencken \u00e9tait plus adversaire de l&rsquo;am\u00e9ricanisme que de la d\u00e9mocratie. Aux valeurs mat\u00e9rielles, \u00e0 la comptabilit\u00e9 affairiste, \u00e0 la morale du marchand, \u00e0 la philosophie du \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb, il opposait la force du verbe, la puissance de la litt\u00e9rature, la noblesse de l&rsquo;art et de l&rsquo;esth\u00e9tique. D&rsquo;origine allemande (comme Dreiser), il soutint le <em>kaiser<\/em> durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale et s&rsquo;opposa \u00e0 l&rsquo;engagement am\u00e9ricain durant la Seconde. On l&rsquo;accusa d&rsquo;\u00eatre antis\u00e9mite et raciste, quoique ses d\u00e9nonciations du <em>Ku Klux Klan<\/em> et d&rsquo;autres faits (son amiti\u00e9 et son travail de plus de vingt ans avec George Nathan, co-\u00e9diteur du <em>Smart Set<\/em> et de <em>American Mercury<\/em>) indiquent que l&rsquo;affaire est plus complexe qu&rsquo;elle ne para&icirc;t et renvoie aussi bien \u00e0 la propagande de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Mais l&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas l\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Un ph\u00e9nom\u00e8ne politique fondamental<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En conservant l&rsquo;exemple de Mencken, l&rsquo;essentiel \u00e0 consid\u00e9rer pour comprendre en quoi la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine est un ph\u00e9nom\u00e8ne politique fondamental par son refus du jeu politique classique, c&rsquo;est que ce r\u00e9actionnaire avec des tendances d&rsquo;extr\u00eame-droite soutint une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re d&rsquo;\u00e9crivains dont la plupart \u00e9taient de gauche, sinon socialistes, voire communistes et \u00ab\u00a0gauchistes\u00a0\u00bb. Le mouvement <em>noir<\/em> de Los Angeles qu&rsquo;il aida \u00e9tait, dans les ann\u00e9es trente, tout \u00e0 fait radical, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;extr\u00eame-gauche.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>La litt\u00e9rature se voit continuellement malmen\u00e9e par les partisans de la \u00ab\u00a0kultur\u00a0\u00bb puritaine et chaque manifestation d&rsquo;un talent v\u00e9ritable est attaqu\u00e9e avec violence, <\/em>\u00e9crivait Mencken en 1931. <em>Les critiques officiels du pays furent tous contre Po\u00eb en son temps ; ils furent ensuite contre Whitman, puis essay\u00e8rent de ravaler Mark Twain au rang de clown. De nos jours, ils ont f\u00e9rocement donn\u00e9 l&rsquo;assaut \u00e0 Sinclair Lewis, apr\u00e8s avoir agi de m\u00eame envers Dreiser<\/em> &raquo; (7).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ces mots tracent le sens du combat de Mencken ; nulle part n&rsquo;appara&icirc;t la moindre restriction politique pour des hommes qu&rsquo;on d\u00e9crirait, vus d&rsquo;Europe, comme de ses adversaires politiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, au travers de Mencken peut-on mieux appr\u00e9cier les caract\u00e9ristiques de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, \u00e0 la fois apolitiques selon la r\u00e9f\u00e9rence \u00ab\u00a0politicienne\u00a0\u00bb courante, et paradoxalement comptable d&rsquo;un engagement politique fondamental. Lorsqu&rsquo;un critique am\u00e9ricain faisait en 1948 ces remarques douloureuses sur la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, il n&rsquo;attaquait pas celle de droite en \u00e9pargnant celle de gauche, ou celle de gauche en privil\u00e9giant celle de droite ; Mencken \u00e9tait vis\u00e9 comme Lewis, comme Upton Sinclair, comme Hemingway, comme Steinbeck &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Les romanciers am\u00e9ricains contemporains doivent \u00eatre extr\u00eamement g\u00ean\u00e9s (du moins je l&rsquo;esp\u00e8re) quand on leur dit qu&rsquo;ils ont produit la seule litt\u00e9rature significative d&rsquo;entre les deux guerres. Rentrant d&rsquo;Europe, ma premi\u00e8re, ma plus forte et ma plus durable impression fut qu&rsquo;aucun ensemble d&rsquo;oeuvres litt\u00e9raires, \u00e0 aucune \u00e9poque et en aucun pays, n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 aussi uniform\u00e9ment d\u00e9primant. C&rsquo;est pour moi une source d&rsquo;\u00e9tonnement perp\u00e9tuel que la nation qui a dans le monde la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre la plus optimiste, la plus unanime et la plus libre sur la terre puisse se voir elle-m\u00eame, \u00e0 travers les yeux de ses repr\u00e9sentants les plus sensibles, comme une collection de victimes sans espoir, de gens tristes et louches, de personnes d\u00e9chues. De roman en roman, on ne rencontre que des h\u00e9ros sans honneur et sans \u00e9clat ; <\/em>(&#8230;) <em>des h\u00e9ros dont la seule vertu est une sto\u00efque endurance devant les souffrances et les d\u00e9sastres<\/em> &raquo; (9).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le reproche <strong>politique<\/strong> fait ici aux \u00e9crivains est bien de n&rsquo;\u00eatre pas convenable, de n&rsquo;\u00eatre pas conforme au courant officiel, de ne pas soutenir et confirmer &laquo; <em>la r\u00e9putation <\/em>(de cette nation) <em>d&rsquo;\u00eatre la plus optimiste, la plus unanime et la plus libre sur la terre<\/em> &raquo;. Accusation finalement de type stalinien, quoique plus habilement, sans trop de brutalit\u00e9 (le \u00ab\u00a0non-conformisme\u00a0\u00bb \u00e9tait l&rsquo;accusation la plus constante de l&rsquo;appareil communiste contre ses opposants et ses dissidents, au premier rang desquels il fallait mettre les \u00e9crivains).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi le paradoxe de Mencken appara&icirc;t-il comme illustratif du paradoxe de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine. Ses attaques contre la d\u00e9mocratie (&laquo; <em>Cette culture et ces points de vue am\u00e9ricains sont fond\u00e9s sur des id\u00e9es essentiellement d\u00e9mocratiques et sont de ce fait brutaux, ignorants, vulgaires et m\u00eame barbares<\/em> &raquo;, \u00e9crivait-il) sont d&rsquo;abord des attaques contre le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme dont il estime, souvent avec tant de raisons, qu&rsquo;il use et abuse de la d\u00e9mocratie. M\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;en expliqua par l&rsquo;ironie et le sarcasme (&laquo; <em>Moi j&rsquo;aime l&rsquo;Am\u00e9rique parce qu&rsquo;elle m&rsquo;amuse. Je ne me lasse jamais du specacle. Il vaut cent fois ce qu&rsquo;il co&ucirc;te<\/em> &raquo;), Mencken a toujours choisi de rester Am\u00e9ricain, et de d\u00e9fendre la vraie culture du grand pays. Il fut le chef de file de ces \u00e9crivains dont Paul Morand \u00e9crivit dans une pr\u00e9face \u00e0 <em>Babbitt<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Sinclair Lewis, comme Babbitt, trouve le Middle-West affreux, mais il ne saurait s&rsquo;en passer. Il ne peut vivre ni avec lui ni sans lui. <\/em>(&#8230;) <em>Sinclair Lewis ne d\u00e9serte pas ; il reste pour aider l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 conqu\u00e9rir ses derni\u00e8res libert\u00e9s<\/em> &raquo; (10).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le tournant des ann\u00e9es 1930<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans le contexte d&rsquo;une crise int\u00e9rieure si profonde qu&rsquo;elle aurait pu appeller une r\u00e9forme r\u00e9volutionnaire, les ann\u00e9es 30 aurait d&ucirc; constituer un temps remarquable pour l&rsquo;expansion de l&rsquo;esprit critique, et peut-\u00eatre d&rsquo;un changement radical aux &Eacute;tats-Unis, accompagn\u00e9 et renforc\u00e9 d&rsquo;un courant de connaissance et d&rsquo;investigation venu d&rsquo;Europe (de France en particulier) (11). On distinguait les pr\u00e9misses d&rsquo;une telle situation jusqu&rsquo;en 1932-33, et l&rsquo;on jugerait alors, contrairement \u00e0 Schlesinger, que la critique engendr\u00e9e par la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente avait \u00e9t\u00e9 f\u00e9conde \u00e0 cet \u00e9gard. Mais non, tout bascula dans le sens inverse. L&rsquo;affrontement id\u00e9ologique fasciste-antifasciste, puis communiste-anticommuniste, l&rsquo;\u00e9pouvantable manich\u00e9isme droite-gauche brouill\u00e8rent les pistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Depuis les ann\u00e9es trente, la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine s&rsquo;est ab&icirc;m\u00e9e enferm\u00e9e dans cette classification sommaire. Ceux qui ont voulu y \u00e9chapper ont finalement \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb (ce fut d&rsquo;abord le cas de la <em>Beat Generation<\/em> de Kerouac, Ginsberg, Burrough). Les temps de l&rsquo;opposition manich\u00e9enne sont attristants, avec un Steinbeck soutenant l&rsquo;engagement am\u00e9ricain au Viet-n\u00e2m, ce sommet de sottise politique et de cruaut\u00e9s humaines, et Norman Mailer cautionnant les jacasseries des intellectuels radicaux de gauche des ann\u00e9es soixante. Cela n&#8217;emp\u00eachait pas la lucidit\u00e9. Mailer \u00e9crivait en 1967 :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Les universitaires lib\u00e9raux <\/em>(N.B. : progressistes et radicaux de gauche) <em>ne nourrissaient en r\u00e9alit\u00e9 aucune opposition de principe \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;&Eacute;tat technologique en tant que tel, non ! Plus que vraisemblablement, ils seraient les dirigeants naturels du futur abri climatis\u00e9, o&ugrave; ce qui restera de la vie humaine continuera d&rsquo;exister<\/em> &raquo; (12).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Cela n&rsquo;\u00e9cartait pas non plus cette estime apolitique des \u00e9crivains, et l&rsquo;on vit l&rsquo;antifasciste c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par l&rsquo;<em>establishment<\/em> Hemingway faire dans <em>Paris est une F\u00eate<\/em> (\u00e9crit en 1960) un portrait chaleureux et \u00e9mu du fasciste Ezra Pound \u00e0 Paris, dans les ann\u00e9es vingt (r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s ses ann\u00e9es pass\u00e9es dans l&rsquo;Italie mussolinienne, Pound fut d\u00e9tenu un temps dans une cage, par les soins de l&rsquo;U.S. Army, avant d&rsquo;\u00eatre exp\u00e9di\u00e9 dans un h\u00f4pital psychiatrique aux &Eacute;tats-Unis).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les \u00e9crivains am\u00e9ricains avaient abandonn\u00e9 la \u00ab\u00a0ligne Mencken\u00a0\u00bb. Le moyen de faire autrement ? Les pouss\u00e9es hyst\u00e9riques de ces ann\u00e9es-l\u00e0, du radicalisme antinazi de la guerre aux campagnes mccarthyste de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre qui \u00e9taient plus des manifestations de la \u00ab\u00a0bienpensance\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine que des ph\u00e9nom\u00e8nes politiques, ne laissaient aucun choix. Le FBI de J. Edgar Hoover mettait Faulkner et Hemingway en fiche. On comprend qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question d&rsquo;espionnage : l&rsquo;Am\u00e9rique bienpensante prenait sa revanche en m\u00eame temps que ses pr\u00e9cautions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend \u00e9galement qu&rsquo;au sortir d&rsquo;une telle p\u00e9riode de st\u00e9rilit\u00e9 impos\u00e9e, avec l&rsquo;immense manich\u00e9isme de la guerre froide o&ugrave; les \u00e9crivains durent se soumettre ou se d\u00e9mettre, o&ugrave; ils poursuivirent certes leur oeuvre critique mais en la voyant priv\u00e9e de son sens profond, ils se retrouvent d\u00e9sorient\u00e9s et amers, comme on l&rsquo;a vu avec Philip Roth.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Les conditions d&rsquo;une renaissance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pourtant, les conditions sont propices \u00e0 une renaissance, et plus encore, \u00e0 une retrouvaille d&rsquo;une situation assez proche de celle du d\u00e9but des ann\u00e9es trente. Le manich\u00e9isme mortellement r\u00e9ducteur a disparu et une crise s&rsquo;est install\u00e9e, certes diff\u00e9rente de celle des ann\u00e9es 30 mais bien aussi profonde, peut-\u00eatre plus m\u00eame si l&rsquo;on en juge par le d\u00e9sarroi et la col\u00e8re qu&rsquo;elle fait na&icirc;tre, et qui en est finalement la continuation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La litt\u00e9rature a-t-elle perdu sa verve contre l&rsquo;am\u00e9ricanisme ? On doit en douter. La litt\u00e9rature am\u00e9ricaine a toujours comme sujet principal et souvent exclusif l&rsquo;Am\u00e9rique, les Am\u00e9ricains et leurs rapports complexes, &mdash; et il s&rsquo;agit certes d&rsquo;un th\u00e8me universel. Elle per\u00e7oit que la crise am\u00e9ricaine est au coeur de la crise du monde et du modernisme, et en l&rsquo;observant avec son regard critique, en en parlant, elle porte un regard sur la condition humaine de notre temps. Paul Auster \u00e9crit ces mots qui r\u00e9sument la crise am\u00e9ricaine, cette tension grandissante et d\u00e9chirante :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Si de nombreux Am\u00e9ricains sont fiers de leur drapeau, de nombreux autres en sont honteux, et pour chaque personne qui le consid\u00e8re comme un objet sacr\u00e9 il y en a une qui aimerait lui cracher dessus, ou le br&ucirc;ler, ou le tra&icirc;ner dans la boue<\/em> &raquo; (13).<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>ore Vidal n&rsquo;est-il pas d&rsquo;une actualit\u00e9 br&ucirc;lante lorsqu&rsquo;il \u00e9crit \u00e0 propos de l&rsquo;Am\u00e9rique de Th\u00e9odore Roosevelt :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Ce peuple \u00e9tait atteint d&rsquo;une esp\u00e8ce de folie sectaire aggrav\u00e9e par une conception fanatique de la religion et d&rsquo;une sorte de racisme inconnue en Europe. Il y avait toujours quelque part un bouc \u00e9missaire \u00e0 d\u00e9busquer, une communaut\u00e9, un peuple, une race \u00e0 exterminer, si l&rsquo;on voulait retrouver la puret\u00e9 \u00e9d\u00e9nique du paradis originel<\/em> &raquo;? (14)<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On sera paradoxalement moins pessimiste que Philip Roth. Le pessimisme est la marque du litt\u00e9rateur am\u00e9ricain, et d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es trente, on s&rsquo;en aper\u00e7oit dans sa correspondance avec Fente, Mencken se d\u00e9solait de la fin de la litt\u00e9rature en Am\u00e9rique. Au contraire, elle est toujours vivante, toujours vigoureusement critique, toujours n\u00e9cessairement contre l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Notre \u00e9poque pr\u00e9sente des blocages \u00e9pouvantables. La communication politique confine \u00e0 la propagande et \u00e0 la langue de bois et se trouve paralys\u00e9e dans sa propre inconsistance, et la communication audiovisuelle ne laisse plus le choix qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;alternative entre l&rsquo;abrutissement complet et la r\u00e9volte grandissante. Dans un tel cadre, la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine peut retrouver une place centrale de critique. Elle peut ressusciter les ann\u00e9es trente et se replonger dans sa fonction naturelle qui est n\u00e9cessairement politique. Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire pour cela de \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb de la politique, mais de continuer \u00e0 exister comme elle existe d\u00e9j\u00e0. En d&rsquo;autres mots, l&rsquo;\u00e9poque est propice \u00e0 un nouveau Mencken, et la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine a son r\u00f4le \u00e0 jouer dans le d\u00e9bat immense qui vient de s&rsquo;ouvrir, autour de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et autour du modernisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>Philippe Grasset<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>(Texte publi\u00e9 dans <em>La Revue des Deux Mondes<\/em>, janvier 1994.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Notes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>(1) Entretien, \u00ab\u00a0Le Monde\u00a0\u00bb du 3 novembre 1992.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(2) Voir encore r\u00e9cemment le livre \u00ab\u00a0The Radicalism of the American Revolution\u00a0\u00bb, de Gordon Wood, dont Bernard Legendre a fait une recension r\u00e9cente (\u00ab\u00a0Le Monde\u00a0\u00bb, 21 mai 1993), o&ugrave; l&rsquo;on peut voir confirm\u00e9 que si la r\u00e9volution am\u00e9ricaine fut effectivement radicale dans son id\u00e9alisme, &laquo;las, elle prit rapidement un autre cours&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(3) Walt Whitman, \u00ab\u00a0Perspectives D\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb, extraits cit\u00e9s dans \u00ab\u00a0L&rsquo;Enigme du Nouveau Monde\u00a0\u00bb, de Charles Neveu, Flammarion, Paris 1946.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(4) Cit\u00e9 (ainsi que le jugement de Mencken) par Richard Lingeman, article \u00ab\u00a0The Titan\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0American Heritage\u00a0\u00bb, f\u00e9vrier-mars 1993.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(5) Le mouvement \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb (le mot fran\u00e7ais \u00e9tait employ\u00e9) regroupait des sc\u00e9naristes d&rsquo;Hollywood et de jeunes \u00e9crivains, en r\u00e9volte contre la vision aseptis\u00e9e et \u00ab\u00a0rose\u00a0\u00bb impos\u00e9e par le cin\u00e9me et le conformisme ambiant. Des livres tels que \u00ab\u00a0Le Facteur sonne toujours deux fois\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0On ach\u00e8ve bien les chevaux\u00a0\u00bb, le roman policier \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb (Chandler, Hammer) sont issus de ce mouvement, qui parviendra \u00e0 influencer le cin\u00e9ma dans les ann\u00e9es 40 (les films noirs).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(6) Extrait de \u00ab\u00a0Pr\u00e9jug\u00e9s\u00a0\u00bb, de Henry L. Mencken, Boivin &#038; Cie, \u00e9diteurs, Paris 1929.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(7) Frederick Lewis Allen, \u00ab\u00a0Le grand Changement de l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb, Amiot Dumond, Paris 1953.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(8) Arthur M. Schlesinger, Jr., \u00ab\u00a0L&rsquo;&Eacute;re de Roosevelt\u00a0\u00bb, Tome I, Deno\u00ebl, 1971 (publication originale en 1956).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(9) Cit\u00e9 par Allen, op. cit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(10) Paul Morand, pr\u00e9face de \u00ab\u00a0Babbit\u00a0\u00bb, de Sinclair Lewis, Les &Eacute;crits, Bruxelles 1931.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(11) Un tr\u00e8s puissant courant d&rsquo;investigation et d&rsquo;\u00e9tudes critiques sur l&rsquo;am\u00e9ricanisme, accompagn\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes avec la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, se d\u00e9veloppa en France dans les ann\u00e9es vingt et trente, jusqu&rsquo;aux \u00e9v\u00e9nements conduisant \u00e0 la guerre. Citons parmi les \u00e9crivains et essayistes qui s&rsquo;int\u00e9ress\u00e8rent au probl\u00e8me am\u00e9ricain : Roland Dorgel\u00e8s, Robert Aron, Paul Val\u00e9ry, etc &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(12) Norman Mailer, \u00ab\u00a0Les Arm\u00e9es de la Nuit\u00a0\u00bb, Grasset, Paris 1970.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(13) \u00ab\u00a0Leviathan\u00a0\u00bb, Actes Sud, 1992.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(14) \u00ab\u00a0Empire\u00a0\u00bb, Fallois\/L&rsquo;Age d&rsquo;Homme, Paris 1993.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une analyse de l&#39;antiam&eacute;ricanisme &#39;&#39;dissident&#39;&#39; de la litt&eacute;rature am&eacute;ricaine: ses racines, son poids politique, son influence, et les r&eacute;alit&eacute;s pr&eacute;sentes de ce ph&eacute;nom&egrave;ne toujours bien vivant.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[3],"tags":[2917,3120,34,3119,3121,3122],"class_list":["post-64949","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-americaine","tag-antiamericanisme","tag-jsf-bush","tag-litterature","tag-walt","tag-whitman"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64949","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64949"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64949\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":81867,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64949\/revisions\/81867"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64949"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64949"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64949"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}