{"id":64959,"date":"2001-06-28T00:00:00","date_gmt":"2001-06-28T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/06\/28\/la-russie-aux-portes-de-leurope-et-de-lalliance-atlantique\/"},"modified":"2001-06-28T00:00:00","modified_gmt":"2001-06-28T00:00:00","slug":"la-russie-aux-portes-de-leurope-et-de-lalliance-atlantique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/06\/28\/la-russie-aux-portes-de-leurope-et-de-lalliance-atlantique\/","title":{"rendered":"<strong><em>La Russie aux portes de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;Alliance atlantique<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><p><strong><em>Avertissement : l&rsquo;\u00e9tude ci-dessous a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e dans le cadre de la Commission AAIHEDN-Luxembourg. Elle a \u00e9t\u00e9 achev\u00e9e en juin 2001.<\/em><\/strong><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La Russie aux portes de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;Alliance atlantique<\/h2>\n<h3>I. &#8211; Cadre g\u00e9n\u00e9ral de la question<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe sujet qui nous est propos\u00e9 part de constats dont les composantes g\u00e9ographiques sont mal appr\u00e9ci\u00e9es alors qu&rsquo;elles sont \u00e9videntes et contraignantes. La Pologne dans l&rsquo;OTAN &#8211; qui a une fronti\u00e8re commune avec la Russie dans un secteur strat\u00e9giquement tr\u00e8s sensible, fournit une illustration \u00e9clairante de cette dimension. Ce sera encore plus le cas si les \u00e9largissements envisag\u00e9s de l&rsquo;Union et de l&rsquo;OTAN se r\u00e9alisent dans les tr\u00e8s prochaines ann\u00e9es. Que ce soit avec la Pologne dans l&rsquo;UE, avec les pays baltes ou certains d&rsquo;entre eux dans l&rsquo;Union ou dans l&rsquo;OTAN, la situation physique et g\u00e9ographique, sera celle d&rsquo;une Russie effectivement aux portes de l&rsquo;Europe (l&rsquo;Union) et de l&rsquo;Alliance Atlantique : \u00e9largissement de l&rsquo;Union ou de l&rsquo;OTAN ? Ou \u00e9largissement de la Russie ? Il semble que la sym\u00e9trie ne soit pas aussi ais\u00e9e que cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette nouvelle donne physique et g\u00e9ographique aura des effets psychologiques, strat\u00e9giques et politiques d&rsquo;une importance capitale. On peut m\u00eame avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que les adh\u00e9sions en cours de n\u00e9gociation ou simplement \u00e9tudi\u00e9es par l&rsquo;Union et l&rsquo;OTAN ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9ployer leurs effets dans les relations des pays occidentaux avec la Russie d&rsquo;une part, dans l&rsquo;attitude de la Russie d&rsquo;autre part. C&rsquo;est dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation qui fait quasiment partie, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, de notre actualit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe sujet qui nous est propos\u00e9, tel qu&rsquo;il nous est propos\u00e9 et par les perspectives qu&rsquo;il sugg\u00e8re, se veut \u00eatre un sujet de prospective. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, nous dirons qu&rsquo;il s&rsquo;agit, pour paraphraser l&rsquo;expression russe fameuse, d&rsquo;une \u00abprospective proche\u00bb, une prospective qui n&rsquo;en est plus tout \u00e0 fait une : la mati\u00e8re est, d\u00e8s aujourd&rsquo;hui, en constant changement ; l&rsquo;actualit\u00e9 influe d\u00e9j\u00e0 de fa\u00e7on directe sur la prospective. Pour prendre un exemple qui nous para\u00eet tr\u00e8s d\u00e9monstratif, le discours annuel du pr\u00e9sident Poutine du 3 avril 2001 \u00a0\u00bbsur l&rsquo;\u00e9tat de la Russie\u00a0\u00bb pr\u00e9sentait la particularit\u00e9 de faire de nombreuses allusions (tr\u00e8s constructives) \u00e0 l&rsquo;Union europ\u00e9enne et aucune aux USA. Le fait est compl\u00e8tement nouveau dans cette sorte d&rsquo;intervention. Il fut tr\u00e8s rapidement relev\u00e9 par la presse internationale et interpr\u00e9t\u00e9 politiquement  : ici pour souligner la perception positive de l&rsquo;Union par la Russie ; l\u00e0 pour fustiger les vieilles recettes russes de d\u00e9couplage strat\u00e9gique euro-am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela sugg\u00e8re dans quel sens nous envisageons notre travail : \u00e0 la fois d&rsquo;une fa\u00e7on prospective et parfois en envisageant des hypoth\u00e8ses inhabituelles ; mais \u00e9galement en nous appuyant sur la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;actualit\u00e9 : une actualit\u00e9 extr\u00eamement volatile. Sur ce point, un autre \u00e9l\u00e9ment doit \u00eatre gard\u00e9 \u00e0 l&rsquo;esprit : l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;administration GW Bush et le lancement d&rsquo;une importante \u00e9tude sur la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine qui va conduire sans doute \u00e0 des orientations strat\u00e9giques diff\u00e9rentes de la politique ext\u00e9rieure am\u00e9ricaine. Nous croyons qu&rsquo;on peut envisager l&rsquo;hypoth\u00e8se que nous entrons dans une p\u00e9riode \u00e0 la fois changeante et incertaine pour l&rsquo;ensemble des relations internationales et fonder l&rsquo;esprit de notre d\u00e9marche sur cette hypoth\u00e8se.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Remarques sur les conditions psychologiques de la dynamique de l&rsquo;\u00e9largissement<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes conditions historiques de la dynamique de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN &#8211; \u00e9largissement d\u00e9j\u00e0 en partie r\u00e9alis\u00e9 &#8211; sont int\u00e9ressantes. C&rsquo;est un point important dans la mesure o\u00f9 les premi\u00e8res mesures effectives dans un tel processus ont souvent de grandes chances de fixer le climat psychologique o\u00f9 l&rsquo;ensemble du processus est install\u00e9. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tContrairement aux grandes th\u00e8ses strat\u00e9giques qui sont \u00e9nonc\u00e9es apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, pour lui donner une apparence de coh\u00e9sion qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas, l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN est d&rsquo;abord d\u00fb \u00e0 une circonstance int\u00e9rieure am\u00e9ricaine, d&rsquo;ailleurs assez mineure. Au printemps 1994, un incident \u00e9lectoral dans le district de Chicago (disparition de la sc\u00e8ne politique d&rsquo;un repr\u00e9sentant d\u00e9mocrate tr\u00e8s puissant, d&rsquo;origine polonaise, convaincu de pratiques frauduleuses) a conduit le Parti D\u00e9mocrate du Pr\u00e9sident en exercice W. Clinton \u00e0 utiliser la perspective de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN comme une promesse \u00e9lectorale, dans le but de garder un \u00e9lectorat qu&rsquo;il craignait de perdre (l&rsquo;\u00e9lectorat vis\u00e9 \u00e9tait d&rsquo;origine polonaise et l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN concernerait essentiellement la Pologne). Les pr\u00e9occupations de l&rsquo;administration ayant \u00e9t\u00e9 constamment, et notamment dans cette occasion, d&rsquo;ordre politicien et \u00e9lectoral, la perspective de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN fut \u00e0 partir de l\u00e0 envisag\u00e9e de fa\u00e7on extr\u00eamement d\u00e9termin\u00e9e. Si le r\u00e9flexe est aujourd&rsquo;hui d&rsquo;omettre cette origine un peu exotique de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;Alliance, la r\u00e9alit\u00e9 historique est l\u00e0. Rappelons que jusqu&rsquo;\u00e0 cette date, la politique suivie \u00e9tait celle du Partenariat pour la Paix (PpP), con\u00e7u \u00e0 l&rsquo;automne 1993 par les Am\u00e9ricains (State Department et DoD) comme un substitut \u00e0 un \u00e9largissement dont eux-m\u00eames ne voulaient pas, alors que les pressions des pays candidats \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es. A l&rsquo;\u00e9poque de cette volte-face politique en faveur de l&rsquo;\u00e9largissement, une source haut plac\u00e9e au NSC nous confiait : \u00abIl n&rsquo;y a pas un analyste, pas un strat\u00e8ge, pas un fonctionnaire s\u00e9rieux \u00e0 Washington qui ne souscrive \u00e0 l&rsquo;opinion que l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN est une absurdit\u00e9. Le pouvoir politique a cependant d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il y aura \u00e9largissement. Le d\u00e9bat est donc clos.\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConservons donc ceci \u00e0 l&rsquo;esprit : si l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN fut une improvisation strat\u00e9gique, il devenait possible d&rsquo;\u00e9laborer apr\u00e8s coup une interpr\u00e9tation strat\u00e9gique partisane et int\u00e9ress\u00e9e de cette d\u00e9cision. Que cette interpr\u00e9tation f\u00fbt per\u00e7ue de la sorte du c\u00f4t\u00e9 russe devenait par ailleurs plausible : c&rsquo;est ainsi que, notamment, les th\u00e8ses agressives d&rsquo;un Zbigniew Brzesinski sur un \u00e9largissement-encerclement de la Russie furent effectivement prises comme argent comptant, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme inspiratrices de l&rsquo;\u00e9largissement, par nombre de Russes.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Appr\u00e9ciation de l\u00a0\u00bb&rsquo;Ouest\u00a0\u00bb (USA + Europe) par les Russes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre \u00e9l\u00e9ment \u00e0 consid\u00e9rer est l&rsquo;\u00e9tat de la Russie et, encore plus que l&rsquo;\u00e9tat politique ou \u00e9conomique : l&rsquo;\u00e9tat psychologique du pays. La Russie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec la Russie de 1989-91 qui sort du communisme avec une sensation de lib\u00e9ration. C&rsquo;est une Russie victime et complice des deux agressions qu&rsquo;elle vient de subir : trois-quarts de si\u00e8cle de communisme, marqu\u00e9s par une terreur polici\u00e8re et \u00e9conomique sans pr\u00e9c\u00e9dent ; La d\u00e9vastation \u00e9conomique du \u00a0\u00bbcapitalisme sauvage\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1992-98. Diverses humiliations ext\u00e9rieures, s&rsquo;ajoutant elles-m\u00eames \u00e0 l&rsquo;effondrement de sa puissance arm\u00e9e, rendent le tableau particuli\u00e8rement volatile. La fa\u00e7on dont la Russie fut trait\u00e9e \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN et pendant le conflit du Kosovo sont les points marquants de cette humiliation. Il y a un fort ressentiment russe, dont Poutine est n\u00e9cessairement le l\u00e9gataire : si ce ressentiment est en mesure un jour d&rsquo;\u00eatre exprim\u00e9 et relay\u00e9 par des d&rsquo;initiatives politiques qui renforceraient en m\u00eame temps les int\u00e9r\u00eats russes, il suffira sans nul doute \u00e0 rendre ces initiatives possibles, voire \u00e0 justifier leur v\u00e9h\u00e9mence. La population russe semble par exemple s&rsquo;accommoder de la radicalisation des m\u00e9thodes de gouvernement de M Putin, la reprise en main du pays formant le pr\u00e9alable au retour \u00e0 une politique \u00e9trang\u00e8re cr\u00e9dible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn point particulier \u00e0 signaler est le sentiment russe vis-\u00e0-vis des USA. Ce sentiment n&rsquo;est pas &#8211; ou plus &#8211; n\u00e9cessairement le moteur exclusif d&rsquo;une pratique politique russe vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Occident car les Russes semblent de plus en plus conduits \u00e0 diff\u00e9rencier l&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest des Etats-Unis. Le fait semble s&rsquo;imposer ces derniers mois. Les Russes sont en voie de s&rsquo;apercevoir que l\u00a0\u00bb&rsquo;Ouest\u00a0\u00bb est plus complexe que le communisme avait coutume de le repr\u00e9senter. Nous avons eu des indications nettes, de source russe, indiquant que l&rsquo;analyse russe de la situation actuelle des USA est celle d&rsquo;un \u00abempire \u00e0 peu pr\u00e8s au stade o\u00f9 \u00e9tait l&rsquo;URSS des ann\u00e9es Brejnev\u00bb, un empire donc tr\u00e8s fragile, derri\u00e8re sa formidable puissance. Les \u00e9v\u00e9nements actuels aux USA confortent sans doute les experts russes (notamment \u00e0 l&rsquo;Institut des Etats-Unis et du Canada, \u00e0 Moscou) dans cette analyse. A un sentiment de fascination pour les USA de la p\u00e9riode Eltsine a succ\u00e9d\u00e9 un sentiment beaucoup plus nuanc\u00e9, assorti d&rsquo;un jugement de plus en plus s\u00e9v\u00e8re (justifi\u00e9 ou pas, c&rsquo;est une autre question). Le corollaire est une \u00e9volution du sentiment russe vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Europe (cf. le discours Poutine du 3 avril 2001) : recherche d&rsquo;un partenariat teint\u00e9 d&rsquo;une nostalgie \u00e9vidente pour les vieux desseins d&rsquo;absorber l&rsquo;Europe occidentale. Les rapports de force r\u00e9els et l&rsquo;hiatus de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social euro-russe rendent ces desseins illusoires. Nous devons tenir compte pourtant de ces analyses russes dans l&rsquo;\u00e9valuation de la situation de ce tr\u00e8s grand pays \u00abaux portes de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;Alliance Atlantique\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Remarques sur la situation prospective<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Russie \u00abaux portes de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;Alliance Atlantique\u00bb : cette proposition de r\u00e9flexion prospective implique logiquement quatre sc\u00e9narios, dont on verra que nous les jugeons probables et improbables. Tout naturellement, nous en identifions quatre:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t1). La Russie est \u00e0 la porte de l&rsquo;Europe mais ne veut pas y entrer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2). La Russie est \u00e0 la porte de l&rsquo;Alliance mais ne veut pas y entrer<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t3). La Russie est \u00e0 la porte de l&rsquo;Europe et veut y entrer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t4). La Russie est \u00e0 la porte de l&rsquo;Alliance et veut y entrer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour mieux pr\u00e9parer la r\u00e9flexion principale, nous indiquerons ici le cr\u00e9dit qu&rsquo;il faut, selon nous, accorder \u00e0 ces sc\u00e9narios. Ce \u00a0\u00bbclassement\u00a0\u00bb par ordre de probabilit\u00e9 prospective fixera mieux le cadre de la r\u00e9flexion. Il sera naturellement retrouv\u00e9, au fil de la r\u00e9flexion, celle-ci se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des situations tenant aux sc\u00e9narios que nous jugeons probables, les autres \u00e9tant d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat plus secondaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes sc\u00e9narios que nous estimons improbables sont les sc\u00e9narios 2 et 3.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La Russie \u00abaux portes de l&rsquo;Alliance [et qui] ne veut pas y entrer\u00bb est une situation improbable parce qu&rsquo;elle recouvre une r\u00e9alit\u00e9 et une posture intentionnelle n\u00e9gative (et agressive) qu&rsquo;il n&rsquo;est pas dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la Russie d&rsquo;accoupler &#8211; \u00e0 moins d&rsquo;un bouleversement qui changerait l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es et inviterait \u00e0 une r\u00e9flexion compl\u00e8tement diff\u00e9rente. La Russie est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00abaux portes de l&rsquo;Alliance\u00bb; si elle ne souhaite pas modifier ses liens avec l&rsquo;Alliance, rien ne se passe, il n&rsquo;y a aucune n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;affirmer qu&rsquo;elle ne veut pas entrer dans l&rsquo;Alliance, c&rsquo;est-\u00e0-dire de r\u00e9pondre \u00e0 une question que, du c\u00f4t\u00e9 occidental, on se garde bien de poser. Le probl\u00e8me de la non-volont\u00e9 d&rsquo;entrer dans l&rsquo;OTAN est un non-probl\u00e8me, une r\u00e9ponse inutile \u00e0 une question qui n&rsquo;est pos\u00e9e. Le sc\u00e9nario n&rsquo;existe pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La Russie \u00abaux portes de l&rsquo;Europe [et qui] veut y entrer\u00bb nous semble \u00e9galement improbable parce que la Russie veut agir en partenaire de l&rsquo;Union. Le discours d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 de Poutine montre de fa\u00e7on appuy\u00e9e. Freud (et les nostalgiques du Parti) diraient : la Russie pr\u00e9f\u00e9rerait \u00e9ventuellement faire entrer l&rsquo;Union dans la Russie La prospective la plus probable des rapports de la Russie et de l&rsquo;UE est le contraire de celle qu&rsquo;on \u00e9carte ici : elle concerne la question du d\u00e9veloppement, de la forme, de l&rsquo;orientation, du contenu, de la coop\u00e9ration de la Russie avec l&rsquo;Europe (l&rsquo;UE).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar cons\u00e9quent, notre r\u00e9flexion renverra principalement aux deux autres hypoth\u00e8ses, les sc\u00e9narios class\u00e9s 1 et 4.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>II &#8211; Etude sp\u00e9cifique de la question<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui \u00e9chappe le plus souvent \u00e0 l&rsquo;analyse lorsqu&rsquo;il est question de la Russie, c&rsquo;est que ce pays est pass\u00e9 en quelques ann\u00e9es du statut de partenaire strat\u00e9gique principal \u00e0 celui d&rsquo;un acteur mineur. Cela est-il explicable et le processus est-il rationnel ? Ne sommes-nous pas, nous-m\u00eames, pass\u00e9s d&rsquo;une construction intellectuelle \u00e0 une autre construction intellectuelle, chacune d\u00e9pendant de perceptions contestables ? En d&rsquo;autres termes, et l&rsquo;on retrouvera souvent, sous-jacente, cette id\u00e9e : l&rsquo;un des probl\u00e8mes-cl\u00e9s, accentu\u00e9 aujourd&rsquo;hui dans \u00a0\u00bbmonde de la communication\u00a0\u00bb o\u00f9 nous vivons, est celui de la perception de l&rsquo;autre, exacerb\u00e9 et multipli\u00e9. Il joue un r\u00f4le \u00a0\u00bbfondateur\u00a0\u00bb, plus fondateur certainement que le fut l&rsquo;Acte fondateur des relations OTAN-Russie, tant du c\u00f4t\u00e9 de la Russie que de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 : occidental, am\u00e9ricain et europ\u00e9en.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Les malentendus historiques: la responsabilit\u00e9 occidentale<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tHistoriquement, la Russie est au centre depuis un si\u00e8cle. La r\u00e9volution bolchevique, a rendu progressivement plausible l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une aventure militaire russe vers l&rsquo;ouest aux yeux des responsables politiques. Le mat\u00e9rialisme dialectique a donn\u00e9 \u00e0 cette menace une ampleur accrue (on aurait pu dire en 1917 une \u00a0\u00bbdimension globale\u00a0\u00bb) : ce ne sont pas les fronti\u00e8res seules et les territoires qui \u00e9taient au cur de l&rsquo;enjeu russe ; c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;essence sociale, l&rsquo;identit\u00e9 politique du monde occidental qui \u00e9taient mis en cause. Lutte pour l&rsquo;existence donc, le face-\u00e0-face avec Moscou n&rsquo;a cess\u00e9, dans sa dimension mondiale (d\u00e9colonisation, mise en place des deux blocs apr\u00e8s 1947, etc.) de conf\u00e9rer \u00e0 ce pays le r\u00f4le de partenaire majeur dans un jeu diplomatico-strat\u00e9gique dont la propension \u00e9tait de se r\u00e9duire \u00e0 deux p\u00f4les. Cela a dur\u00e9 trois-quarts de si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe notre point de vue, le mod\u00e8le \u00e9tait effectivement caract\u00e9ris\u00e9 par un duopole au sein duquel jouaient, en s&rsquo;annulant, deux composantes essentielles de ce que fut la guerre froide : la diabolisation de l&rsquo;adversaire par la partie la plus radicale de l&rsquo;establishment militaro-industriel occidental, pour l&rsquo;essentiel am\u00e9ricaine, et la n\u00e9gation du caract\u00e8re fondamentalement criminel et chaotique (d\u00e9sordre sous l&rsquo;apparence de l&rsquo;ordre) du sovi\u00e9tisme par la gauche et l&rsquo;intelligentsia occidentale. Que ces deux composantes aient fini par s&rsquo;\u00e9quilibrer et s&rsquo;annuler en rendant la d\u00e9tente indispensable (parce que les Sovi\u00e9tiques \u00e9taient r\u00e9ellement devenus strat\u00e9giquement dangereux) et possible (parce que le sovi\u00e9tisme \u00e9tait un syst\u00e8me qui en \u00e9tait venu \u00e0 rechercher la stabilit\u00e9 pour durer), cela a fondamentalement masqu\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;aberration sovi\u00e9tique, \u00e0 travers elle de la r\u00e9alit\u00e9 russe et, derri\u00e8re elle, de nos responsabilit\u00e9s strat\u00e9giques et intellectuelles. Ce n&rsquo;est que progressivement que les historiens se mettent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;accord pour reconna\u00eetre que des Etats-Unis sont venus les ingr\u00e9dients actifs de la course aux armements, et que la caract\u00e9ristique premi\u00e8re du sovi\u00e9tisme \u00e9tait d&rsquo;ordre criminel et chaotique (acc\u00e8s aux sources en Europe, aux Etats-Unis et \u00e0 Moscou).<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Les malentendus de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre froide: la responsabilit\u00e9 occidentale (suite)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn filigrane appara\u00eet ainsi la question-cl\u00e9 du d\u00e9bat d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : n&rsquo;ayant plus de raisons pour reconna\u00eetre \u00e0 la Russie le statut de puissance puisqu&rsquo;elle a perdu sa force d&rsquo;attraction ou de r\u00e9pulsion existentielle (fin du communisme comme syst\u00e8me) et puisque sa machine militaire s&rsquo;est effondr\u00e9e, nous avons d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que ce pays a disparu et ne compte plus. Nous avons c\u00e9d\u00e9 \u00e0 une caract\u00e9ristique qui marque profond\u00e9ment nos comportements, particuli\u00e8rement depuis la fin de la Guerre froide : le refus des r\u00e9alit\u00e9s, la part belle faite \u00e0 nos conceptions et \u00e0 notre capacit\u00e9 de repr\u00e9sentation dans ce que nous croyons \u00eatre la r\u00e9alit\u00e9. De m\u00eame que nous avions repr\u00e9sent\u00e9 l&rsquo;URSS en une puissance \u00e9norme (et diabolique) qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment pendant la Guerre froide, de m\u00eame nous repr\u00e9sentons la Russie, dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre froide, en un reste n\u00e9gligeable d&rsquo;une puissance pass\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Russie est encore le plus grand pays du monde. C&rsquo;est une puissance nucl\u00e9aire, assise sur une situation domestique proche de l&rsquo;anarchie, ce qui constitue le m\u00e9lange le plus explosif qui soit. Elle est au contact proche de l&rsquo;Union europ\u00e9enne et cette proximit\u00e9 s&rsquo;accro\u00eet sur la ligne de ce que sont nos \u00e9largissements successifs vers ses fronti\u00e8res. A terme plus ou moins pr\u00e9visible, elle touchera l&rsquo;Union.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa succession des \u00e9v\u00e9nements qui ont conduit \u00e0 la dissolution de l&rsquo;organisation du Trait\u00e9 de Varsovie a, par voie de cons\u00e9quence, donn\u00e9 aux Etats-Unis, acteur-cl\u00e9 du processus, la dimension d&rsquo;une h\u00e9g\u00e9monie dont on conteste parfois la l\u00e9gitimit\u00e9 sans s&rsquo;interroger sur sa pertinence strat\u00e9gique. Accepter cette h\u00e9g\u00e9monie comme quasiment sans partage est dangereux : ce fut le cas pour le premier \u00e9largissement, ce fut le cas pour la crise des Balkans, particuli\u00e8rement dans l&rsquo;\u00e9pisode tr\u00e8s intense du Kosovo. Plus nous nous rapprochons de la Russie, plus elle sera importante. Si le rythme et les modalit\u00e9s de notre rapprochement g\u00e9ographique restent inchang\u00e9s, nous serons adversaires. Toute une classe de conseillers de M Putin et des \u00e9lus de la Douma est en embuscade doctrinale pour relancer la Russie vers une politique de puissance si nous contribuons \u00e0 alimenter ce retour aux \u00a0\u00bbblocs\u00a0\u00bb. La logique du d\u00e9placement de la ligne rouge de la d\u00e9fense collective alli\u00e9e vers l&rsquo;Est, d\u00e9cid\u00e9 sur fond de calcul \u00e9lectoral dans la r\u00e9gion de Chicago il y a six ans va dans ce sens. Aucun corps de doctrine autre que celui de \u00a0\u00bbl&rsquo;exportation de la stabilit\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;est venu inscrire ce d\u00e9placement dans une d\u00e9marche convaincante. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00a0\u00bb&rsquo;exportation de la stabilit\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;exportation de la d\u00e9mocratie et du march\u00e9 libre &#8211; lorsqu&rsquo;elle est confront\u00e9e aux r\u00e9alit\u00e9s du monde \u00a0\u00bbext\u00e9rieur\u00a0\u00bb &#8211; peut conduire \u00e0 des r\u00e9sultats inverses, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la d\u00e9stabilisation aggrav\u00e9e. La fin de la guerre froide sugg\u00e9rait l&rsquo;effacement de la politique des alliances et des blocs ; l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;Alliance la r\u00e9tablit d&rsquo;une mani\u00e8re expansionniste. Si personne ne pose la question du \u00a0\u00bbJusqu&rsquo;o\u00f9 ?\u00a0\u00bb la perspective d&rsquo;une adh\u00e9sion des pays baltes, de l&rsquo;Ukraine voire de la Serbie \u00a0\u00bbd\u00e9mocratique\u00a0\u00bb n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;occuper les fonctionnaires et politiques russes depuis dix ans.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Les causes de l&rsquo;incapacit\u00e9 de l&rsquo;Occident \u00e0 modifier son attitude vis-\u00e0-vis de la Russie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est tout \u00e0 fait remarquable aujourd&rsquo;hui que se regroupent \u00e0 la fois l&rsquo;ignorance dont nous avons fait preuve \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des pr\u00e9occupations strat\u00e9giques de la Russie et l&rsquo;existence, sur son territoire, d&rsquo;\u00e0 peu pr\u00e8s tous les ingr\u00e9dients constitutifs de la \u00a0\u00bbmenace globale\u00a0\u00bb telle que d\u00e9crite dans les milieux experts : prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire, balistique, chimique, r\u00e9seaux mafieux et terroristes, corruption internationale, blanchiment d&rsquo;argent, etc. Pourquoi ne se pose-t-on pas la question, en admettant cette co\u00efncidence pr\u00e9occupante, de la validit\u00e9 des politiques que nous avons choisies?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl semble que l&rsquo;une des raisons principales tienne \u00e0 la nature du processus en cours : de politiquement localis\u00e9 et fortement politicien (dans la r\u00e9gion de Chicago), il est devenu bureaucratique, sur la ligne de ce que sont aujourd&rsquo;hui les taches de l&rsquo;OTAN: Partenariat pour la Paix, Defense Capabilities Initiatives &#8211; grosses consommatrices de personnel et de temps et dont le dynamisme, r\u00e9el il y a cinq ans (PpP), s&rsquo;est effondr\u00e9. Le probl\u00e8me central qui aurait d\u00fb animer cette organisation, celui de la red\u00e9finition en profondeur du paysage strat\u00e9gique continental, celui de la relation de l&rsquo;Europe avec la grande Russie, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 pos\u00e9, malgr\u00e9 la subtilit\u00e9 des dispositions de l&rsquo;Acte fondateur des relations OTAN-Russie. En un mot, notre propre crise de red\u00e9finition et de restructuration dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre froide est certainement l&rsquo;explication centrale de notre incapacit\u00e9 \u00e0 appr\u00e9cier le probl\u00e8me russe et par cons\u00e9quent, les relations \u00e0 \u00e9tablir avec la Russie.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Un \u00e9l\u00e9ment nouveau: l&rsquo;orientation du d\u00e9bat europ\u00e9en\/transatlantique vers la question de la s\u00e9curit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une mani\u00e8re inattendue, le d\u00e9bat, en Europe occidentale et dans la sph\u00e8re transatlantique, s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9, de ce que nous appelions il y a encore quelques ann\u00e9es \u00a0\u00bble pilier europ\u00e9en dans l&rsquo;OTAN\u00a0\u00bb, vers la question de la d\u00e9fense europ\u00e9enne en soi (PESD). C&rsquo;est un fait essentiel de la situation europ\u00e9enne actuelle, tr\u00e8s novateur et qui doit tenir sa place dans notre d\u00e9marche vis-\u00e0-vis de la Russie. Parce que ce d\u00e9bat semble plus constitutif de l&rsquo;avenir europ\u00e9en que les autres, il appartient \u00e0 l&rsquo;Union d&rsquo;y inclure la dimension russe, plus que jamais fondamentale dans ce cadre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre froide, dans sa dimension existentielle comme dans ses aspects strat\u00e9giques, s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e sur un fond nucl\u00e9aire conduisant \u00e0 un antagonisme aliment\u00e9 par deux r\u00e9seaux d&rsquo;influence : l&rsquo;an\u00e9antissement de l&rsquo;autre \u00e9tait inenvisageable parce qu&rsquo;in\u00e9vitablement r\u00e9ciproque. Il en d\u00e9coulait un affrontement par substitution, une lutte d&rsquo;influences, pour la parit\u00e9 lorsqu&rsquo;on \u00e9tait distanc\u00e9 ; Pour la sup\u00e9riorit\u00e9 lorsqu&rsquo;on \u00e9tait \u00e0 parit\u00e9. Cette conception implicitement pr\u00e9datrice continue incontestablement \u00e0 impr\u00e9gner l&rsquo;esprit de l&rsquo;OTAN (et des USA), elle en impr\u00e8gne les conceptions, m\u00eame si cela est parfois par d\u00e9faut d&rsquo;un autre projet politique fondateur. La dynamique d&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN, en tout cas telle que per\u00e7ue \u00e0 Moscou et critiqu\u00e9e par certains chez nous, est une d\u00e9marche d&rsquo;exclusion : qui sera membre du club? Qui se verra interdire l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la protection militaire? La cons\u00e9quence de cela est un faisceau de frustrations politiques et d&rsquo;antagonismes certainement plus proches encore des tendances nihilistes que ne l&rsquo;\u00e9taient les antagonismes de la guerre froide. Non seulement ces r\u00e9alit\u00e9s sont contraires aux principes qui nous ont permis avec succ\u00e8s de d\u00e9passer les antagonismes japonais et allemand apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale ; non seulement ils sont \u00e9videmment contraires \u00e0 l&rsquo;essence de la construction europ\u00e9enne ; mais encore, ils risquent de donner \u00e0 la question &#8211; incontournable celle-ci &#8211; de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;Union, un caract\u00e8re qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas, fondamentalement, et dont elle ne doit en aucun cas, \u00eatre affubl\u00e9e : celle d&rsquo;une d\u00e9marche prioritairement centr\u00e9e sur la s\u00e9curit\u00e9 &#8211; et fondamentalement, d&rsquo;une d\u00e9marche exclusive, conduisant \u00e0 l&rsquo;isolement de certains.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Une candidature russe \u00e0 l&rsquo;OTAN: personne n&rsquo;en parle, tout le monde y pense<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0 se trouve tout le sens d&rsquo;une approche fortement diff\u00e9renci\u00e9e des deux \u00e9largissements : les refus, les retards (ou les renoncements, si l&rsquo;on sait bien manuvrer) de l&rsquo;un peuvent prendre appui sur les avanc\u00e9es de l&rsquo;autre pour apaiser les conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats ou pallier les effets d&rsquo;un \u00e9chec. Il y a peu, deux th\u00e8mes \u00e9taient sur chaque communiqu\u00e9 minist\u00e9riel ou dans chaque \u00e9change acad\u00e9mique : la d\u00e9nonciation radicale de la notion de l&rsquo;\u00e9tranger proche (near abroad) que les Russes avaient eu le front de revendiquer pour leurs limes et le d\u00e9veloppement d&rsquo;institutions se renfor\u00e7ant mutuellement (mutually reinforcing institutions). Le premier est devenu une politique de fait accompli (\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN) par ceux qui la d\u00e9non\u00e7aient chez les Russes ; le second th\u00e8me a produit son inverse et l&rsquo;on assiste aujourd&rsquo;hui au d\u00e9veloppement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 d&rsquo;une concurrence forte entre UE et OTAN pour organiser l&rsquo;avenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes conditions sont favorables \u00e0 une prises de gage venue de Moscou . Personne, dans les milieux alli\u00e9s, n&rsquo;avoue que cette hypoth\u00e8se est dans tous les esprits, alors qu&rsquo;elle s&rsquo;y trouve effectivement : il s&rsquo;agit de l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une candidature russe \u00e0 l&rsquo;OTAN, qui est bien cette \u00a0\u00bbprise de gage\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle nous faisons allusion. Si l&rsquo;on n&rsquo;y travaille pas, tout le monde y songe sans savoir quoi en faire, de la m\u00eame fa\u00e7on que personne ne sait encore qui mettre dans la \u00a0\u00bbseconde vague\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00e9largissement annonc\u00e9e. Une telle initiative russe serait consid\u00e9r\u00e9e comme bien d\u00e9stabilisante par les atlantistes conservateurs, qui n&rsquo;envisagent rien d&rsquo;autre que le maintien du statu quo ante &#8211; quitte \u00e0 l&rsquo;\u00e9largir \u00e0 quelques-uns. Elle aurait pourtant le m\u00e9rite paradoxal de placer l&rsquo;OTAN (et les Occidentaux) face \u00e0 ses responsabilit\u00e9s et \u00e0 forcer l&rsquo;OTAN \u00e0 consid\u00e9rer la r\u00e9forme fondamentale qu&rsquo;elle a mis toutes ses vertus bureaucratiques \u00e0 \u00e9viter et \u00e0 \u00e9carter depuis 1989.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Le jeu de la Russie avec l&rsquo;UE: la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une prise de conscience de l&rsquo;UE<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, comme on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 vu (discours de Poutine), les Russes veulent \u00e9tablir des relations particuli\u00e8res avec l&rsquo;Union. De sources russes bien inform\u00e9es (entourage du pr\u00e9sident Poutine), la tendance du pr\u00e9sident russe est celle d&rsquo;un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat progressif pour l&rsquo;OTAN, consid\u00e9r\u00e9e (mis \u00e0 part les nationalistes et l&rsquo;establishment militaire) comme sans grand avenir et celle d&rsquo;une concentration croissante sur l&rsquo;Union, qui se trouve, selon l&rsquo;analyse russe, au cur d&rsquo;enjeux \u00e9conomiques qui conditionnent la survie du pouvoir \u00e0 Moscou : que cela passe par des accords bilat\u00e9raux (surtout avec l&rsquo;Allemagne) ou par des n\u00e9gociations avec l&rsquo;Union. Ainsi la tendance russe semble \u00eatre de consid\u00e9rer les liens avec l&rsquo;Union comme de plus en plus fondamentaux (tandis qu&rsquo;une \u00e9ventuelle action vis-\u00e0-vis de l&rsquo;OTAN ne serait que pure tactique).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus favorables \u00e0 un dialogue \u00e9quilibr\u00e9 avec Moscou que les Am\u00e9ricains, les Europ\u00e9ens ont une carte \u00e0 jouer. Les agressions dont s&rsquo;estime victime la Russie sur le plan strat\u00e9gique ont \u00e9t\u00e9 coupl\u00e9es avec celle qui d\u00e9rive de l&rsquo;exportation d&rsquo;un capitalisme sauvage vers ce pays et per\u00e7u par lui comme responsable de son effondrement actuel. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;Union ne rectifie pas cette tendance par une politique propre (elle s&rsquo;y essaie avec un succ\u00e8s mitig\u00e9 dans l&rsquo;Accord de Partenariat et de Coop\u00e9ration, elle prendra une responsabilit\u00e9 historique : celle d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9e, \u00e0 part \u00e9gale avec l&rsquo;OTAN, \u00e0 l&rsquo;abaissement de la Russie. Ne pas tenter la distanciation ne permettra sans doute pas de profiter de la tendance russe vers l&rsquo;Union. Cela pourrait rendre \u00e0 l&rsquo;OTAN le r\u00f4le pivot si les tensions s&rsquo;exacerbent. M\u00eame sans ces tensions, l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une adh\u00e9sion russe dans l&rsquo;Alliance &#8211; plus facile politiquement et techniquement que celle d&rsquo;une adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;Union &#8211; change de nature par rapport \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se que nous avons envisag\u00e9e ci-dessus. Moscou n&rsquo;est plus candidat pour troubler l&rsquo;ordre atlantique de l&rsquo;int\u00e9rieur ; il reconna\u00eet \u00e0 l&rsquo;OTAN, faute d&rsquo;un interlocuteur europ\u00e9en \u00e0 sa hauteur, un r\u00f4le plus utile et nous laisse \u00e0 sa marge.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>III &#8211; Conclusion<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tParadoxalement (ou bien, finalement, fort logiquement ?), la question pos\u00e9e, qui concerne la Russie, concerne d&rsquo;abord l&rsquo;Europe. Devant la Russie qui se trouve \u00a0\u00bbaux portes de&#8230;\u00a0\u00bb, l&rsquo;Europe a des choix \u00e0 faire. De ces choix d\u00e9pendent l&rsquo;\u00e9tablissement de vrais liens avec la Russie, mais aussi, \u00e9ventuellement, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une transformation de l&rsquo;OTAN en une structure plus conforme aux int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Europe (la s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;Europe\/Union \u00e9tant alors implant\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 elle doit l&rsquo;\u00eatre : dans une structure politico-militaire n\u00e9e de l&rsquo;Union et d\u00e9velopp\u00e9e au sein de celle-ci, selon le processus PESD d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus encore, l&rsquo;\u00e9tablissement de liens v\u00e9ridiques et fond\u00e9s avec la Russie permet d&rsquo;\u00e9largir le champ des solidarit\u00e9s et des perceptions communes. Nous pensons \u00e0 la nouvelle probl\u00e9matique, tr\u00e8s inqui\u00e9tante, qui se met en place entre la Chine et les USA. La Russie a des liens particuliers avec la Chine. Pour l&rsquo;Europe, \u00e9tablir ses propres liens avec la Russie, c&rsquo;est peser indirectement, en ayant une voie d&rsquo;acc\u00e8s indirecte \u00e0 la Chine, sur cette situation de tension dans le sens de l&rsquo;apaisement . Il y a l\u00e0 une sorte de r\u00e9ciprocit\u00e9 : de meilleurs liens de l&rsquo;Europe avec la Russie. Il s&rsquo;agit certes d&rsquo;ouvrir la Russie \u00e0 l&rsquo;Europe. Il s&rsquo;agit \u00e9galement, si l&rsquo;affaire est men\u00e9e avec habilet\u00e9, d&rsquo;ouvrir l&rsquo;Europe sur l&rsquo;Asie par la voie terrestre naturelle qui deviendrait la voie de la concertation et de l&rsquo;apaisement et de ne pas laisser cette r\u00e9gion du monde \u00e0 la seule et inqui\u00e9tante perspective d&rsquo;une confrontation \u00e0 dominante navale avec les Etats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJuin 2001<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avertissement : l&rsquo;\u00e9tude ci-dessous a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e dans le cadre de la Commission AAIHEDN-Luxembourg. Elle a \u00e9t\u00e9 achev\u00e9e en juin 2001. La Russie aux portes de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;Alliance atlantique I. &#8211; Cadre g\u00e9n\u00e9ral de la question Le sujet qui nous est propos\u00e9 part de constats dont les composantes g\u00e9ographiques sont mal appr\u00e9ci\u00e9es alors&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[3],"tags":[584,2730,2609],"class_list":["post-64959","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-otan","tag-russie","tag-ue"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64959"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64959\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}