{"id":64970,"date":"2002-02-20T00:00:00","date_gmt":"2002-02-20T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/02\/20\/de-gaulle-et-les-usa-1961-69-toujours-des-choses-interessantes-a-apprendre\/"},"modified":"2002-02-20T00:00:00","modified_gmt":"2002-02-20T00:00:00","slug":"de-gaulle-et-les-usa-1961-69-toujours-des-choses-interessantes-a-apprendre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/02\/20\/de-gaulle-et-les-usa-1961-69-toujours-des-choses-interessantes-a-apprendre\/","title":{"rendered":"<strong><em>De Gaulle et les USA, 1961-69 &#8211; toujours des choses int\u00e9ressantes \u00e0 apprendre<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">De Gaulle et les USA, 1961-69<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tLe 17 janvier 2002, France 3 t\u00e9l\u00e9vision a diffus\u00e9 une \u00e9mission intitul\u00e9e <em>L&rsquo;Ami am\u00e9ricain, les Am\u00e9ricains contre de Gaulle<\/em>, sur les rapports entre de Gaulle et les Am\u00e9ricains, entre 1961 et 1969. Cette \u00e9mission, r\u00e9alis\u00e9 en octobre 2001, s&rsquo;appuie sur un livre publi\u00e9 en octobre 2000 (<em>L&rsquo;Am\u00e9rique contre de Gaulle &mdash; Histoire secr\u00e8te, 1961-1969<\/em>, de Vincent Jauvert), auquel nous avions consacr\u00e9 une <em>Analyse<\/em> dans notre n\u00b006 du Volume 16 (25 novembre 2000) de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em> .(Ci-dessous, nous publions le texte de cette <em>Analyse<\/em>, qui s&rsquo;attache \u00e0 traiter du livre et des documents qu&rsquo;il rend publics, et qui tente de mettre ces documents et leurs contenus dans une perspective historique, en s&rsquo;attachant particuli\u00e8rement \u00e0 un point : le pro-am\u00e9ricanisme des Fran\u00e7ais pendant la pr\u00e9sidence de De Gaulle, de 1958 \u00e0 1969, dans tous les cas le pro-am\u00e9ricanisme dans les \u00e9lites  politiques fran\u00e7aises, dans certaines couches de la population, dans les milieux de la communication, dans la jeunesse, dans les milieux intellectuels, etc.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9mission a apport\u00e9 quelques pr\u00e9cisions int\u00e9ressantes sur certains aspects des probl\u00e8mes trait\u00e9s dans le livre, essentiellement, voire exclusivement \u00e0 partir des interventions de t\u00e9moins ou participants de la politique de la p\u00e9riode (Pierre Messmer, Michel Jobert, le g\u00e9n\u00e9ral Gallois c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, Arthur Schlesinger, Jr, Henry Kissinger, Walt Rostow, Pierre Salinger, Arthur Sorensen, le g\u00e9n\u00e9ral Vernon Walters, etc, du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain). On verra que ces pr\u00e9cisions historiques restent d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat certain, pour l&rsquo;\u00e9poque actuelle \u00e9galement.<\/p>\n<h3>Les \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb fran\u00e7ais des Am\u00e9ricains<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;un des aspects int\u00e9ressants du livre, dont il est essentiellement question dans le texte que nous donnons ci-dessous, est de constituer une source de d\u00e9tails int\u00e9ressants sur le climat anti-gaulliste et pro-am\u00e9ricain qui r\u00e9gnait en France, dans certaines couches de l&rsquo;\u00e9lite et de la direction politico-militaire fran\u00e7aise. Le document de France 3 aborde cette question.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0L&rsquo;un des intervenants est Pierre Messmer, ministre fran\u00e7ais des arm\u00e9es (puis de la d\u00e9fense) pendant la p\u00e9riode. Messmer confirme que les Am\u00e9ricains avaient recrut\u00e9 nombre d'\u00a0\u00bbamis\u00a0\u00bb dans les structures de la haute administration fran\u00e7aise, voire dans les cadres militaires. Il donne quelques pr\u00e9cisions. Il dit notamment ceci du g\u00e9n\u00e9ral Paul Stehlin, chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;Arm\u00e9e de l&rsquo;Air fran\u00e7aise jusqu&rsquo;en 1964 : \u00ab <em>Je n&rsquo;ai pas de preuve mais il y a des indices assez s\u00e9rieux. Quand le g\u00e9n\u00e9ral Stehlin, chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;Arm\u00e9e de l&rsquo;Air, quitte ses fonctions <\/em>[en 1964,] <em>par limite d&rsquo;\u00e2ge, on s&rsquo;aper\u00e7oit six mois apr\u00e8s qu&rsquo;il devient vice-pr\u00e9sident d&rsquo;une grande soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;armement am\u00e9ricaine. Si cette proposition lui est faite, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il avait auparavant, dans ses fonctions, d&rsquo;excellents rapports avec les Am\u00e9ricains.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(La soci\u00e9t\u00e9 en question est Northrop. En 1974, Stehlin se rendit c\u00e9l\u00e8bre en communiquant au pr\u00e9sident de la r\u00e9publique Giscard d&rsquo;Estaing, qui l&rsquo;utilisait effectivement comme conseiller occasionnel, une fiche expliquant qu&rsquo;il fallait pr\u00e9f\u00e9rer que les quatre pays de l&rsquo;OTAN, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norv\u00e8ge, ach\u00e8te un avion am\u00e9ricain (dont le Northrop YF-17, en concurrence avec le General Dynamics YF-16) de pr\u00e9f\u00e9rence au <em>Mirage<\/em> F.1E fran\u00e7ais. Cette \u00e9tonnante recommandation d&rsquo;un expert fran\u00e7ais pour un pr\u00e9sident de la r\u00e9publique fran\u00e7aise \u00e9tait bas\u00e9e sur le jugement de Stehlin que, pour la survie de l&rsquo;Occident face \u00e0 l&rsquo;URSS, il fallait plut\u00f4t chercher \u00e0 investir dans la sup\u00e9riorit\u00e9 technologique am\u00e9ricaine que dans une technologie fran\u00e7aise d\u00e9pass\u00e9e\/ L\u00a0\u00bbon voit que le <em>technological gap<\/em> est une sorte de serpent de mer pour toutes les saisons et toutes les \u00e9poques.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBon prince et d&rsquo;ailleurs pas du tout faussement, Messmer pr\u00e9cise \u00e0 propos de ces gens qui informaient les Am\u00e9ricains durant cette \u00e9poque gaulliste qu&rsquo;\u00ab <em>ils n&rsquo;avaient pas du tout mauvaise conscience. En transf\u00e9rant des informations aux Am\u00e9ricains, ils n&rsquo;avaient pas l&rsquo;impression de s&rsquo;opposer aux int\u00e9r\u00eats de la France mais \u00e0 la politique du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle<\/em> \u00bb. Cette remarque est compl\u00e8tement exacte, elle constitue d&rsquo;ailleurs une caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des Fran\u00e7ais qui d\u00e9cident de collaborer avec l&rsquo;\u00e9tranger, et, certainement, de fa\u00e7on syst\u00e9matique lorsque l&rsquo;\u00e9tranger est l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<h3>Chronique de l&rsquo;incompr\u00e9hension US du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tQui est Charles de Gaulle ?, s&rsquo;interrogent les Am\u00e9ricains. En 1963, de Gaulle refuse la proposition de vente de <em>Polaris<\/em> nucl\u00e9aires, qui mettrait une capacit\u00e9 nucl\u00e9aire fran\u00e7aise sous contr\u00f4le US. \u00ab <em>Washington \u00e9tait estomaqu\u00e9, <\/em>s&rsquo;exclame Schlesinger.<em>Je ne comprenais pas pourquoi Washington \u00e9tait estomaqu\u00e9. Tout \u00e9tait \u00e9crit dans les m\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral.<\/em> \u00bb Et Schlesinger, pas historien pour rien, note avec un rien de condescendance, mais pour le cas on lui pardonne volontiers : \u00ab >MI>Mais qui avait lu les m\u00e9moires de De Gaulle ? Tr\u00e8s peu de gens au d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat avaient lu les m\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<D> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCultivant avec constance l&rsquo;ignorance culturelle \u00e0 propos du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, les diplomates am\u00e9ricains sont horripil\u00e9s par ce personnage qui les d\u00e9route, qui sort des moules qu&rsquo;on met \u00e0 leur disposition. De Gaulle, c&rsquo;est s\u00fbr, n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0dans la ligne\u00a0\u00bb, et l&rsquo;on veut moins parler ici de la \u00ab\u00a0ligne\u00a0\u00bb politique que de la ligne de m\u00e9thode, de la ligne conceptuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes conceptions am\u00e9ricaines fondamentales transparaissent au travers m\u00eame de ces t\u00e9moins qui montrent un certain agacement, et au travers de cet agacement m\u00eame des fonctionnaires am\u00e9ricains dont tout le monde nous instruit. Henry Kissinger lui-m\u00eame, bien qu&rsquo;il ne dissimule en aucune mani\u00e8re son admiration d&rsquo;historien pour de Gaulle, nous livre une cl\u00e9 pour expliquer cette appr\u00e9ciation des fonctionnaires et des dirigeants am\u00e9ricains : \u00ab <em>Si, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, sous la pr\u00e9sidence Kennedy, j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat et si, moi aussi, j&rsquo;avais eu affaire \u00e0 de Gaulle, j&rsquo;aurais pu moi aussi tr\u00e8s vite moi aussi perdre patience. En tant que professeur d&rsquo;histoire, je l&rsquo;admirais mais je ne sais pas comment j&rsquo;aurais r\u00e9agi en tant que secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat.<\/em> \u00bb. Il ne semble pas venir \u00e0 l&rsquo;esprit de Kissinger, \u00e0 cet instant, que, en tant que secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat, il aurait pu conserver toute son admiration \u00e0 de Gaulle, appr\u00e9cier en connaisseur ses prises de position, et, \u00e9ventuellement, utiliser ces liens pour arriver \u00e0 des arrangements plus \u00e9quilibr\u00e9s entre les USA et la France . (On se prend \u00e0 r\u00eaver \u00e0 ce que les Am\u00e9ricains auraient obtenu de De Gaulle s&rsquo;ils avaient admis sa l\u00e9gitimit\u00e9, la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, etc ; par aveuglement et par pr\u00e9jug\u00e9s qui renvoient \u00e0 leur culture de l&rsquo;affrontement et de la concurrence antagoniste, ils ont rat\u00e9 de superbes occasions.) Kissinger sacrifie \u00e0 l&rsquo;obsession des hauts fonctionnaires am\u00e9ricains pour la ligne politique des \u00c9tats-Unis ax\u00e9e sur l&rsquo;appr\u00e9ciation exclusif et unilat\u00e9ral des seuls int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains. (Assez curieusement, la fin de l&rsquo;\u00e9mission, qui concerne les quelques mois o\u00f9 les pr\u00e9sidences de Gaulle et Nixon co\u00efncid\u00e8rent, montrent un rapport entre de Gaulle et Kissinger (lors d&rsquo;une visite \u00e0 Paris du pr\u00e9sident Nixon), alors que Kissinger dirigeait le NSC aupr\u00e8s de Nixon, certainement pas marqu\u00e9 par l&rsquo;agacement. Kissinger re\u00e7oit des conseils de De Gaulle et en prend bonne note, d&rsquo;autant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;excellents conseils.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIncompr\u00e9hension am\u00e9ricaine, toujours &#8230; Arthur Schlesinger : \u00ab <em>Je partage le point de vue courant chez les Anglo-Saxons. De Gaulle \u00e9tait un homme remarquable mais il pouvait \u00eatre une v\u00e9ritable peste.<\/em> \u00bb Et Walt Rostow, qui aime appr\u00e9cie certainement moins de Gaulle que Schlesinger et, surtout, que Kissinger : \u00ab <em>Un jour, Kennedy m&rsquo;a demand\u00e9 : \u00ab\u00a0pourquoi de Gaulle se comporte-t-il comme \u00e7a?\u00a0\u00bb Je lui ai r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Il ne peut pas faire grand&rsquo;chose contre les Russes. C&rsquo;est un nationaliste fran\u00e7ais. Alors il se retourne contre nous.\u00a0\u00bb Alors Kennedy a dit : \u00ab\u00a0C&rsquo;est lamentable, c&rsquo;est lamentable\u00a0\u00bb.<\/em> \u00bb La r\u00e9ponse de Rostow, qu&rsquo;on a vu et lu plus avis\u00e9, est l&rsquo;arch\u00e9type de l&rsquo;incompr\u00e9hension am\u00e9ricaine du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et, d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, de l&rsquo;incompr\u00e9hension de la politique traditionnelle de la France qu&rsquo;il a d\u00e9velopp\u00e9e. De Gaulle ne \u00ab\u00a0jouait\u00a0\u00bb pas l&rsquo;Am\u00e9rique parce qu&rsquo;il ne pouvait \u00ab\u00a0jouer\u00a0\u00bb soi-disant l&rsquo;URSS, il jouait simplement le jeu de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise qui est fond\u00e9 sur l&rsquo;absence n\u00e9cessaire, \u00e0 la fois d&rsquo;antagonisme et d&rsquo;alignement, et par cons\u00e9quent de Gaulle \u00e9vitait l&rsquo;antagonisme avec l&rsquo;URSS et l&rsquo;alignement sur les USA. (A part cela, de Gaulle donnait de temps en temps des le\u00e7ons de fermet\u00e9 et d&rsquo;intransigeance aux Am\u00e9ricains, face aux Sovi\u00e9tiques.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Am\u00e9rique contre de Gaulle &#8211; Histoire secr\u00e8te, 1961-1969, de Vincent Jauvert, Seuil, l&rsquo;Histoire imm\u00e9diate, Paris 2000.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Anti-am\u00e9ricaine, la France?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tPubli\u00e9 dans <em>de defensa<\/em>, Volume 16, n<198>06 du 25 novembre 2000, rubrique <em>Analyse<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn livre (<em>L&rsquo;Am\u00e9rique contre de Gaulle<\/em>) vient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9, qui fait conna\u00eetre un mat\u00e9riel int\u00e9ressant r\u00e9cemment d\u00e9classifi\u00e9 par le State department ; il s&rsquo;agit d&rsquo;archives am\u00e9ricaines des relations entre l&rsquo;Am\u00e9rique et la France, entre 1961 et 1969 qui est l&rsquo;essentiel de la p\u00e9riode du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle au pouvoir. Ces archives sont int\u00e9ressantes pour des raisons diverses. Certaines de ces raisons apparaissent \u00e9videntes, \u00e0 la lecture des documents, comme autant d&rsquo;appr\u00e9ciations et d&rsquo;analyses relevant des domaines classiques de politique ext\u00e9rieure. D&rsquo;autres raisons que nous rel\u00e8verons apparaissent moins \u00e9videntes parce que ce n&rsquo;est qu&rsquo;indirectement qu&rsquo;elles viennent \u00e0 \u00eatre mises en lumi\u00e8re, \u00e0 partir de r\u00e9flexions, de sp\u00e9culations et de confrontations avec ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 connu, et parfois avec ce qui \u00e9tait devin\u00e9 ; ces raisons ne sont pas loin d&rsquo;\u00eatre pour nous les plus importantes. Nous retiendrons les deux aspects, mais \u00e9videmment en insistant sur le second avec l&rsquo;\u00e9clairage du premier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes documents d\u00e9classifi\u00e9s ne pr\u00e9tendent pas donner une vision compl\u00e8te de la p\u00e9riode, notamment une vision du point de vue des Am\u00e9ricains sur l&rsquo;attitude de la direction fran\u00e7aise vis-\u00e0-vis d&rsquo;eux-m\u00eames. L&rsquo;\u00e9chantillonnage est pourtant assez significatif pour conduire \u00e0 avancer qu&rsquo;il illustre de fa\u00e7on v\u00e9ridique un climat qui fut assez exceptionnel concernant un des \u00e9v\u00e9nements remarquables de la p\u00e9riode. La richesse des r\u00e9flexions qu&rsquo;on est conduit \u00e0 en tirer renvoie \u00e0 la richesse d&rsquo;une p\u00e9riode o\u00f9, \u00e0partir d&rsquo;une circonstance (transformation de l&rsquo;Am\u00e9rique de combattante de la guerre froide en \u00ab\u00a0empire du monde\u00a0\u00bb) et d&rsquo;un personnage (de Gaulle), on d\u00e9bouche sur une confrontation mettant en \u00e9vidence des questions fondamentales et qui apparaissent encore plus fondamentales \u00e0 la lumi\u00e8re de notre \u00e9poque. C&rsquo;est de cette fa\u00e7on qu&rsquo;\u00e0 notre sens, si l&rsquo;on veut en tirer le plus grand profit possible, il faut lire les documents pr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSuivons le livre dans la voie qu&rsquo;il nous montre. On fait d&rsquo;abord un compte-rendu rapide, succinct, des caract\u00e9ristiques les plus \u00e9videntes qui marqu\u00e8rent cet aspect des ann\u00e9es 1960, des \u00ab\u00a0ann\u00e9es de Gaulle\u00a0\u00bb pour ce cas, qui apparaissent \u00e0 notre sens \u00e0 la lecture des documents.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;Am\u00e9rique de Kennedy et de Johnson n&rsquo;aimait pas de Gaulle. Cela n&rsquo;est pas une surprise : les d\u00e9mocrates am\u00e9ricains sont des universalistes \u00e0 la mode am\u00e9ricaine. (Ils transforment l&rsquo;Am\u00e9rique, effectivement \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 et de Kennedy, en \u00ab\u00a0empire du monde\u00a0\u00bb d&rsquo;abord en d\u00e9niant aux autres leur souverainet\u00e9. Sur leur route il y a un obstacle style-menhir, il y a de Gaulle.) Ce qui est une surprise, par contre, c&rsquo;est la crudit\u00e9, la violence de cette hostilit\u00e9, en quelque sorte son caract\u00e8re \u00ab\u00a0primaire\u00a0\u00bb, avec parfois des \u00e9lans d&rsquo;une haine presque irrationnelle. On n&rsquo;aime pas de Gaulle pour ce qu&rsquo;on a dit, mais \u00e9galement parce qu&rsquo;on est effray\u00e9, impressionn\u00e9, fascin\u00e9 par lui, &mdash; parce qu&rsquo;on ne le comprend pas, parce qu&rsquo;au fond, comme du temps de Roosevelt, de Gaulle n&rsquo;entre pas dans les sch\u00e9mas rationnels, qu&rsquo;il grippe compl\u00e8tement la m\u00e9canique am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; &#8230; Par cons\u00e9quent, on n&rsquo;aime pas de Gaulle mais on \u00e9prouve pour lui une secr\u00e8te fascination et, par moments, on l&rsquo;imite, parfois comiquement, tout cela sur fond d&rsquo;intrigues. En mars 1964, de Gaulle entreprend un voyage en Am\u00e9rique latine, qui commence par le Mexique. La CIA obtient copie du discours fameux (\u00ab &#8230;<em>Francia y Mexico marchamos mano en la mano<\/em> \u00bb) que de Gaulle va prononcer \u00e0 Mexico. Elle le transmet au NSC, qui le fait remonter jusqu&rsquo;\u00e0 McGeorge Bundy (patron du NSC et conseiller de Johnson) avec le conseil de le \u00ab\u00a0pomper\u00a0\u00bb un tantinet pour la visite du pr\u00e9sident mexicain Lopez Mateos : \u00ab <em>le pr\u00e9sident <\/em>[Johnson] <em>devrait inclure <\/em>[&#8230;] <em>un peu de ce parfum latin que de Gaulle exploite si magnifiquement.<\/em> \u00bb (Finalement, non, McGeorge Bundy a laiss\u00e9 tomber et il nous est effectivement difficile d&rsquo;imaginer un Johnson y allant de sa phrase en espagnol).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Au contraire de l&rsquo;Am\u00e9rique d\u00e9mocrate, l&rsquo;Am\u00e9rique r\u00e9publicaine ne cachait pas son admiration et aussi son estime pour de Gaulle. Il s&rsquo;agit d&rsquo;Eisenhower et de Nixon (surtout Nixon dans le cas qui nous occupe). Pourquoi ? Parce que les r\u00e9publicains conservent une vieille tendance unilat\u00e9raliste (venue du courant isolationniste, qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la caricature r\u00e9trograde qu&rsquo;on en fait), et\/ou, comme on dirait aujourd&rsquo;hui, souverainiste. Ils reconnaissent en de Gaulle, qui appuie toute sa pens\u00e9e et son action politiques sur la sp\u00e9cificit\u00e9 fondamentale de la souverainet\u00e9 nationale, un mod\u00e8le exceptionnel pour leurs propres conceptions. <\/p>\n<h3>L&rsquo;origine de l&rsquo;antagonisme de Gaulle-USA : la question de la souverainet\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;appr\u00e9ciation \u00e0 laquelle conduit l&rsquo;exploration de ce mat\u00e9riel confirme d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, en l&rsquo;aggravant, le jugement qu&rsquo;on peut avoir pour s&rsquo;en expliquer sur l&rsquo;antagonisme entre de Gaulle et l&rsquo;Am\u00e9rique existante du temps de De Gaulle. (Pr\u00e9cisement, comme on l&rsquo;a vu, l&rsquo;Am\u00e9rique d\u00e9mocrate de Kennedy et de Johnson, comme, auparavant, de Gaulle s&rsquo;\u00e9tait heurt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique d\u00e9mocrate de Roosevelt-Truman : de Gaulle n&rsquo;a gu\u00e8re connu qu&rsquo;une Am\u00e9rique d\u00e9mocrate et son opposition s&rsquo;explique d&rsquo;autant mieux, comme on l&rsquo;a compris plus haut. L&rsquo;on comprend alors que les diff\u00e9rences entre d\u00e9mocrates et r\u00e9publicains am\u00e9ricains, de ce point de vue des philosophies du droit des \u00c9tats et des nations, sont loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeables.) Le cas de l&rsquo;antagonisme de Gaulle-USA, \u00e9vident et confirm\u00e9 par l&rsquo;histoire, suit une constante historique quant au terrain de l&rsquo;affrontement. L&rsquo;opposition entre de Gaulle et les Am\u00e9ricains de Roosevelt va s&rsquo;exprimer durant la guerre mondiale sur les mati\u00e8res qui concernent la question de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe premier incident, qui r\u00eagle finalement le reste des relations entre de Gaulle et Washington, est l'\u00a0\u00bbannexion\u00a0\u00bb de Saint&#64979;Pierre-et-Miquelon par les Fran\u00e7ais libres dirig\u00e9s par l&rsquo;amiral Muselier, en d\u00e9cembre 1941. L&rsquo;incident est tr\u00e8s vif et frise l&rsquo;affrontement, sur une mati\u00e8re qui para\u00eet, dans ses r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques, bien d\u00e9risoire. On est alors conduit \u00e0 bien comprendre que, d\u00e8s cette origine, les deux adversaires ont compris l&rsquo;enjeu de leur affrontement : c&rsquo;est bien la question de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour les Fran\u00e7ais libres de De Gaulle, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9vidence dans le cas de Saint-Pierre-et-Miquelon (de Gaulle jugeait repr\u00e9senter la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, il la d\u00e9niait par cons\u00e9quent \u00e0 Vichy, il intervint donc l\u00e0 o\u00f9 sa faible puissance le lui permettait, pour proclamer la r\u00e9elle souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, et c&rsquo;est Saint&#64979;Pierre-et-Miquelon). Pour les Am\u00e9ricains, c&rsquo;est plus complexe mais non moins explicite : l&rsquo;intervention gaulliste \u00e0 Saint&#64979;Pierre-et-Miquelon repr\u00e9sentait une intervention dans la zone d&rsquo;influence am\u00e9ricaine selon la doctrine de Monro\u00eb, id\u00e9e toujours en vigueur malgr\u00e9 son apparente v\u00e9tust\u00e9 (dans la logique de son argumentation, Kennedy en appela d&rsquo;abord explicitement \u00e0 la doctrine de Monro\u00eb pour justifier l&rsquo;action am\u00e9ricaine d&#8217;embargo contre Cuba et l&rsquo;URSS dans la crise des fus\u00e9es d&rsquo;octobre 1962). Dans son <em>Origines de la discorde : de Gaulle, la France libre et les Alli\u00e9s<\/em>, Dorothy Shipley White note que \u00ab <em>l&rsquo;incident <\/em>[de Saint-Pierre] <em>int\u00e9ressait la doctrine de Monro\u00eb, nettement hostile \u00e0 tout changement de souverainet\u00e9 dans le Nouveau Monde<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;antagonisme de Gaulle-USA ne quitta plus ce terrain, et c&rsquo;est certes un terrain essentiel qui explique \u00e0 la fois la constance et la vigueur de l&rsquo;affrontement. Le tournant d\u00e9finitif \u00e0 cet \u00e9gard eut lieu en novembre 1942, lors de l&rsquo;invasion de l&rsquo;Afrique du Nord, territoire fran\u00e7ais, d\u00e9cid\u00e9e sans consultation des Fran\u00e7ais libres. De Gaulle laissa entendre \u00e0 Churchill cette orientation lors de leurs explications sur cette question. Sa fa\u00e7on montrait bien qu&rsquo;il \u00e9tablissait une diff\u00e9rence entre l&rsquo;attitude am\u00e9ricaine et l&rsquo;attitude britannique. Pour lui, l&rsquo;attitude am\u00e9ricaine devait \u00eatre jug\u00e9e comme une attaque contre la souverainet\u00e9 ; l&rsquo;attitude britannique, elle, devait \u00eatre jug\u00e9e plut\u00f4t comme une capitulation devant les exigences am\u00e9ricaines, et, dans ce cas, de Gaulle reprochait plut\u00f4t \u00e0Churchill, comme chef d&rsquo;un pays europ\u00e9en en pleine puissance, de ne pas assurer la d\u00e9fense des droits des pays europ\u00e9ens \u00e0 leur souverainet\u00e9 contre l&rsquo;expansionnisme am\u00e9ricain, et cela contre les int\u00e9r\u00eats des Britanniques eux-m\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn trouve, plus loin dans l&rsquo;histoire de la guerre, cette m\u00eame constance de l&rsquo;affrontement entre de Gaulle et Roosevelt, notamment lors de l&rsquo;invasion du 6 juin 1944, lorsque les Am\u00e9ricains voulaient imposer une administration de territoire occup\u00e9 \u00e0 la France. A cette lumi\u00e8re, ce n&rsquo;est pas un hasard si de Gaulle trouve chez les Am\u00e9ricains un alli\u00e9 de poids dans un g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9publicain, et un futur pr\u00e9sident : le g\u00e9n\u00e9ral Eisenhower fut tr\u00e8s actif pour \u00e9carter le projet rooseveltien d&rsquo;administration de la France, c&rsquo;est lui encore qui fit en sorte que la 2e DB fran\u00e7aise soit la premi\u00e8re unit\u00e9 alli\u00e9e \u00e0 entrer dans Paris lib\u00e9r\u00e9 en ao\u00fbt 1944, puissant acte symbolique et militaro-politique pour r\u00e9affirmer la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise. Eisenhower comprenait parfaitement la logique \u00ab\u00a0souverainiste\u00a0\u00bb du Fran\u00e7ais de Gaulle.<\/p>\n<h3>La fragilit\u00e9 extr\u00eame de la politique anti-am\u00e9ricaine de De Gaulle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que montrent les documents pr\u00e9sent\u00e9s par <em>L&rsquo;Am\u00e9rique contre de Gaulle<\/em>, c&rsquo;est l&rsquo;extr\u00eame fragilit\u00e9 de la d\u00e9marche politique de De Gaulle d&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;influence h\u00e9g\u00e9monique am\u00e9ricaine durant les ann\u00e9es 1960. Les documents montrent que les Am\u00e9ricains ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de diverses complicit\u00e9s fran\u00e7aises dans leur surveillance de De Gaulle et de sa politique, notamment une source au plus haut niveau de l&rsquo;administration au Quai d&rsquo;Orsay (\u00ab <em>un diplomate de carri\u00e8re qui travaille, \u00e0 Paris, au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res dont il est l&rsquo;un des principaux cadres. Il discute souvent avec le ministre, Maurice Couve de Murville, et a acc\u00e8s aux documents diplomatiques les plus secrets<\/em> \u00bb). La d\u00e9cision de cette \u00ab\u00a0source am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb de renseigner les Am\u00e9ricains, prise en toute conscience \u00e0 partir de 1964, est bas\u00e9e sur une vision courante dans les milieux conservateurs et lib\u00e9raux fran\u00e7ais, et aussi dans les milieux de la gauche anti-communiste : \u00ab <em>Je suis horrifi\u00e9 par la politique fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique, <\/em>dit la \u00ab\u00a0source\u00a0\u00bb \u00e0 ses contacts am\u00e9ricains. <em>Il peut en r\u00e9sulter une catastrophe. L&rsquo;URSS joue avec la France.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe climat se traduit par la perception, du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, de ce qui apparaissait pour eux comme une r\u00e9elle ill\u00e9gitimit\u00e9 de De Gaulle. Cette vision n&rsquo;est pas \u00e9loign\u00e9e de nombre d&rsquo;appr\u00e9ciations d&rsquo;hommes politiques fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9poque, de droite comme de gauche. (Le titre d&rsquo;un livre fameux de Fran\u00e7ois Mittterrand sur de Gaulle \u00e0 cette \u00e9poque dit tout \u00e0 cet \u00e9gard : <em>Le coup d&rsquo;\u00c9tat permanent<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette situation \u00e9tait si fortement ressentie par les Am\u00e9ricains que toute leur politique vis-\u00e0-vis de De Gaulle en fut influenc\u00e9e, comme le montrent encore les documents. Pour le secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat Dean Rusk, le plus farouche anti-gaulliste des cabinets Kennedy et Johnson, \u00ab <em>nous devons accorder peu d&rsquo;importance aux opinions gaullistes. Nous devons agir avec l&rsquo;id\u00e9e que le leadership de De Gaulle en France est temporaire, qu&rsquo;il sera remplac\u00e9 par un gouvernement plus attentif aux souhaits de l&rsquo;opinion publique, et donc plus favorable \u00e0 l&rsquo;OTAN<\/em> \u00bb. M\u00eame chose pour Dean Acheson, charg\u00e9 par Johnson de contrer la politique anti-OTAN de De Gaulle, qui veut \u00ab <em>faire peur aux Fran\u00e7ais pour qu&rsquo;ils votent contre les gaullistes aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, l&rsquo;ann\u00e9e suivante, en 1967<\/em> \u00bb ; m\u00eame chose pour Charles Bohlen, ambassadeur r\u00e9solument anti-gaulliste \u00e0 Paris, qui \u00e9crit que \u00ab <em>moins de 50% des Fran\u00e7ais soutiennent de Gaulle dans cette affaire <\/em>\u00bb, et qui recommande de m\u00e9nager la France (le peuple fran\u00e7ais) \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des attaques contre de Gaulle. On comprend que l&rsquo;explosion de mai 68 provoque chez Bohlen une explosion de joie.<\/p>\n<h3>La r\u00e9alit\u00e9 fran\u00e7aise des ann\u00e9es 1960 : une p\u00e9n\u00e9tration de l&rsquo;ivresse am\u00e9ricaniste<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela n&rsquo;est pas vraiment infond\u00e9. La France des ann\u00e9es 1960, m\u00eame si elle vote de Gaulle, est loin d&rsquo;\u00eatre hostile \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, et surtout au processus d&rsquo;am\u00e9ricanisation qui est le fondement de la politique am\u00e9ricaine. Au contraire, on pourrait appr\u00e9cier cette p\u00e9riode comme une p\u00e9riode d\u00e9cisive de changement de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise vers une voie am\u00e9ricanis\u00e9e, avec l&rsquo;argumentation intellectuelle pour appuyer et justifier ce changement. L&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme depuis 1945 (fond\u00e9 sur une proximit\u00e9 des th\u00e8ses du PCF) et celui des ann\u00e9es 1960 (fond\u00e9 plut\u00f4t sur une approche \u00ab\u00a0tiers-mondiste\u00a0\u00bb proche des th\u00e8ses anti-imp\u00e9rialistes de lib\u00e9ration nationale) ne sont pas vraiment fondamentaux ; il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;aspects id\u00e9ologiques et oppositionnels qui se retrouvent historiquement au niveau int\u00e9rieur am\u00e9ricain et donc \u00e9cartent l&rsquo;analyse d&rsquo;un anti&#64979;am\u00e9ricanisme fondamental. (Le mouvement pour sauver les Rosenberg en 1953 existait aussi bien aux USA qu&rsquo;en Europe, et, bien entendu, qu&rsquo;en France ; dans les ann\u00e9es 1960, les anti&#64979;imp\u00e9rialistes \u00ab\u00a0tiers-mondistes\u00a0\u00bb fran\u00e7ais pouvaient \u00eatre ais\u00e9ment confondus avec les contestataires des universit\u00e9s de Berkeley ou de Stanford, et les relations, les proximit\u00e9s entre ces diff\u00e9rents mouvements \u00e9taient connus de tous.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les ann\u00e9es 1960, au contraire, la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb et tout ce qui forme les forces d&rsquo;influence par excellence allaient dans le sens de l&rsquo;am\u00e9ricanisation. La popularit\u00e9 de Kennedy fut consid\u00e9rable, et toutes les modes am\u00e9ricaines marqu\u00e8rent la jeunesse. La musique am\u00e9ricaine inspirait laborieusement les <em>ye ye<\/em>, le cin\u00e9ma am\u00e9ricain (en version originale) \u00e9tait une r\u00e9f\u00e9rence intellectuelle. La presse se transforma \u00e0 l&rsquo;image de la presse am\u00e9ricaine (<em>L&rsquo;Express<\/em> devenu <em>newsmagazine<\/em> en 1966) et l&rsquo;esprit fran\u00e7ais r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 l&rsquo;ombre des 600.000 exemplaires du <em>D\u00e9fi am\u00e9ricain<\/em> de Jean-Jacques Servan-Schreiber (JJSS comme Kennedy \u00e9tait JFK, \u00e0 la mode US). La France d\u00e9collait \u00e9conomiquement gr\u00e2ce au Plan voulu par un homme qui croyait en l&rsquo;\u00c9tat, pour lancer la France sur la pente \u00e9conomico-lib\u00e9rale. L&rsquo;ivresse fran\u00e7aise \u00e9tait d\u00e9sormais am\u00e9ricanis\u00e9e. Jean-Fran\u00e7ois Revel conclut la d\u00e9cennie (<em>Ni Marx ni Jesus<\/em>) en annon\u00e7ant que \u00ab <em>la r\u00e9volution du XXIe si\u00e8cle aura<\/em>[it] <em>lieu aux \u00c9tats-Unis<\/em> \u00bb et que celle-ci entra\u00eenerait sans doute, \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;une interpr\u00e9tation bien comprise du mod\u00e8le am\u00e9ricain, \u00ab <em>l&rsquo;\u00e9limination des \u00c9tats et de la notion de souverainet\u00e9 nationale<\/em> \u00bb. Le d\u00e9part de De Gaulle, en avril 1969, avait \u00e9t\u00e9 color\u00e9, pour ceux qui s&rsquo;y reconnaissaient, d&rsquo;une infinie tristesse.<\/p>\n<h3>La r\u00e9alit\u00e9 fran\u00e7aise des ann\u00e9es 1990 : une n\u00e9cessit\u00e9 de la vertu am\u00e9ricaniste<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tTrente ans plus tard, le pro-am\u00e9ricanisme fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1990 existe bel et bien. Il est m\u00eame dans une sant\u00e9 resplendissante. Il est d&rsquo;abord appuy\u00e9, si l&rsquo;on veut, sur la n\u00e9cessit\u00e9 de se garder d&rsquo;une maladie redoutable, nomm\u00e9e vulgairement \u00ab\u00a0anti-am\u00e9ricanisme primaire\u00a0\u00bb, l&rsquo;aspect \u00ab\u00a0primaire\u00a0\u00bb t\u00e9moignant de la gravit\u00e9 de l&rsquo;affection. La chasse \u00e0 l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme (comme celle de l&rsquo;anticommunisme hier) s&rsquo;appuie sur une vision r\u00e9ductionniste. La m\u00e9thode est celle de la \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb, appliqu\u00e9e contre tout ce qui ressemble et tout ce qui est assimil\u00e9 imp\u00e9rativement \u00e0 ce qui pourrait \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 comme un alli\u00e9, conscient, objectif, inattendu, par inadvertance, involontaire, inconscient, qui s&rsquo;ignore lui-m\u00eame et ainsi de suite, d&rsquo;un danger intellectuel fondamental, &mdash; dans ce cas l'\u00a0\u00bbanti-am\u00e9ricanisme primaire\u00a0\u00bb, mis \u00e0 cette occasion pas loin du niveau des attitudes de fascisme ou de racisme. Le soup\u00e7on d'\u00a0\u00bbanti-am\u00e9ricanisme primaire\u00a0\u00bb est effectivement le mat\u00e9riel de base de cette contre-offensive g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;appuie sur l&rsquo;accusation d&rsquo;une tradition anti-am\u00e9ricaine des milieux intellectuels fran\u00e7ais qui est une totale construction virtuelle, mais qui sert d&rsquo;argument pour exiger qu&rsquo;au nom de la raison on \u00e9carte ce travers pass\u00e9iste pour en juger \u00e9quitablement, c&rsquo;est-\u00e0-dire favorablement, de l&rsquo;Am\u00e9rique. Chaque mise en \u00e9vidence des travers am\u00e9ricains est aussit\u00f4t d\u00e9nonc\u00e9e comme la manifestation de cet \u00ab\u00a0anti-am\u00e9ricanisme primaire\u00a0\u00bb qui n&rsquo;existe pas et est r\u00e9duit \u00e9videmment \u00e0 ce mat\u00e9riau primaire. (Le vice am\u00e9ricain est r\u00e9serv\u00e9 dans ce syst\u00e8me \u00e0 un seul usage : il est la preuve antinomique mais imp\u00e9rative de l&rsquo;existence de la vertu am\u00e9ricaine). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une pens\u00e9e si compl\u00e8tement sophistique qu&rsquo;elle produit une construction virtuelle du monde, \u00a0nous sommes effectivement en plein virtualisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tInversement et de fa\u00e7on asym\u00e9trique, le pro-am\u00e9ricanisme fran\u00e7ais de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide qui est l&rsquo;antidote du mal ainsi identifi\u00e9 rel\u00e8ve d&rsquo;un r\u00e9flexe finalement classique dans sa forme rationnelle, un r\u00e9flexe globalisant qui est le contraire du r\u00e9ductionnisme. Il s&rsquo;agit d&rsquo;accorder la vision cart\u00e9sienne et rationaliste &mdash; raison utilis\u00e9e pour affirmer une id\u00e9e abstraite, ou utopique &mdash; de la correspondance du droit avec la force. C&rsquo;est l&rsquo;engagement utopique g\u00e9n\u00e9ral et dominateur dans l&rsquo;<em>intelligentsia<\/em> fran\u00e7aise, qui assure par ailleurs la \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb d\u00e9mocratique ; engagement utopique pour la d\u00e9mocratie, les droits de l&rsquo;homme, etc. C&rsquo;est \u00e9videmment, par d\u00e9finition puisque n\u00e9 d&rsquo;une approche globalisante, un engagement global. La nation de r\u00e9f\u00e9rence est bien entendu les \u00c9tats-Unis dans la mesure o\u00f9 elle repr\u00e9sente la principale force derri\u00e8re ce courant utopique qui est son principal aliment id\u00e9ologique. Le travail de l&rsquo;esprit cart\u00e9sien est par cons\u00e9quent de r\u00e9concilier le droit et la force pour authentifier le courant utopique et le d\u00e9gager de tout soup\u00e7on d&rsquo;int\u00e9r\u00eat v\u00e9nal, de soumission id\u00e9ologique, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est manifeste que, dans le soutien \u00e0 la guerre du Kosovo, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;action de l&rsquo;OTAN, c&rsquo;est-\u00e0-dire (bis) \u00e0 l&rsquo;action de l&rsquo;Am\u00e9rique quasi-exclusivement dans ce cas, le principal \u00ab\u00a0travail dialectique\u00a0\u00bb des milieux fran\u00e7ais qui en furent partisans fut d&rsquo;\u00e9tablir la l\u00e9gitimit\u00e9 en droit de cette attaque, c&rsquo;est-\u00e0-dire la l\u00e9gitimit\u00e9 de la force, c&rsquo;est-\u00e0-dire (bis) la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique. Ainsi le pro-am\u00e9ricanisme fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1990 est-il d&rsquo;une substance diff\u00e9rente de celui des ann\u00e9es 1960 : la raison utopique a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ivresse, et l&rsquo;on comprend \u00e9videmment qu&rsquo;il y a sans aucune doute bien plus de passion dissimul\u00e9e dans la raison utopique qu&rsquo;il n&rsquo;y en a dans la passion apparente que montre l&rsquo;ivresse \u00e0 laquelle on c\u00e8de. D&rsquo;o\u00f9 ce fait que les arguments des pro-am\u00e9ricains fran\u00e7ais sont du style \u00ab <em>bilan globalement positif<\/em> \u00bb, qui est l&rsquo;habituelle couverture rh\u00e9torique dont use la raison utopique pour dissimuler l&rsquo;aspect passionnel de ses choix (nous nous r\u00e9f\u00e9rons ici au jugement du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCF Georges Marchais en 1980, lors d&rsquo;un voyage \u00e0 Moscou : plac\u00e9 devant les critiques lanc\u00e9es contre l&rsquo;URSS \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;invasion de l&rsquo;Afghanistan, il r\u00e9pondait par une g\u00e9n\u00e9ralisation soi-disant rationnelle en consid\u00e9rant l&rsquo;ensemble de l&rsquo;action de l&rsquo;URSS [du communisme] pour qualifier le bilan de \u00ab <em>globalement positif<\/em> \u00bb ; le tour \u00e9tait jou\u00e9, et l&rsquo;invasion de l&rsquo;Afghanistan sanctifi\u00e9e). Ainsi, lorsque <em>Le Monde<\/em>, qui excelle sans aucun doute dans cet exercice, s&rsquo;estime appel\u00e9 \u00e0 juger de la crise des \u00e9lections am\u00e9ricaines du 7 novembre, il passe aussit\u00f4t au g\u00e9n\u00e9ral lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de conclure en citant les bonnes sources \u00e0 propos de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine (\u00e9dito du 8 novembre 2000) : \u00ab <em>Cela s&rsquo;appelle la d\u00e9mocratie. C&rsquo;est \u00ab\u00a0imparfait\u00a0\u00bb mais, dit le Post, cela fait \u00ab\u00a0deux cents ans que \u00e7a marche\u00a0\u00bb. Et pas si mal.<\/em> \u00bb (S&rsquo;interroge-t-on sur ce que les Indiens, les Noirs, les Indon\u00e9siens de 1965, les divers Sud-Am\u00e9ricains depuis toujours, les enfants irakiens crevant de l&#8217;embargo am\u00e9ricain, ont \u00e0 dire sur ce jugement ? Tout cela sans parler du spectacle am\u00e9ricain\/floridien de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine. C&rsquo;est alors qu&rsquo;on r\u00e9pondrait comme Marchais, un peu navr\u00e9 et tout juste g\u00ean\u00e9 : \u00ab <em>bilan globalement positif<\/em> \u00bb.)<\/p>\n<h3>Perspective historique pour finir : une bien longue idylle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn vient de d\u00e9crire la m\u00e9thode, ou plut\u00f4t la m\u00e9thodologie, conduisant \u00e0 l&rsquo;attaque r\u00e9ductionniste de l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme, au nom de l&rsquo;affirmation globalisante du pro-am\u00e9ricanisme. D&rsquo;o\u00f9 cela vient-il en France ? Quelle d\u00e9marche id\u00e9ologique, et plut\u00f4t psychologique \u00e0 notre sens, a men\u00e9 \u00e0 ces attitudes ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa r\u00e9ponse se trouve en bonne part dans le XVIIIe si\u00e8cle, qui est \u00e9galement le si\u00e8cle o\u00f9 l&rsquo;on vit la naissance de la Grande r\u00e9publique am\u00e9ricaine (en 1776) et son affirmation ind\u00e9pendante gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide de la France. Les Fran\u00e7ais des Lumi\u00e8res ont d\u00e9pos\u00e9 sur le cimier vertueux de la grande R\u00e9publique le legs de la pens\u00e9e fran\u00e7aise des Lumi\u00e8res, celle des salons, d&rsquo;une noblesse lib\u00e9rale, d&rsquo;intellectuels prolif\u00e9rants et d&rsquo;une opinion publique naissante. Les belles dames des salons parisiens qui accueillaient le \u00ab\u00a0bonhomme Franklin\u00a0\u00bb dans leurs boudoirs, \u00e0 partir de 1776, le faisaient pour des raisons bien diff\u00e9rentes de celles qui poussaient Vergennes \u00e0 soutenir les <em>insurgents<\/em>. Vergennes faisait la politique traditionnelle de la France, la \u00ab\u00a0grande Nation\u00a0\u00bb en guerre perp\u00e9tuelle contre les entreprises h\u00e9g\u00e9moniques qui menacent le principe de souverainet\u00e9, qui est son fondement. Vergennes s&rsquo;alliait par cons\u00e9quent avec tout ce qui pouvait affaiblir l&rsquo;Angleterre qui \u00e9tait la force h\u00e9g\u00e9monique d&rsquo;alors (l&rsquo;Angleterre que Vergennes ha\u00efssait par ailleurs autant qu&rsquo;il aimait sa femme, comme le note Gilles Perrault, ce qui n&rsquo;est pas peu dire). Vergennes faisait comme Richelieu et comme, plus tard, ferait de Gaulle. Les belles dames et les philosophes n&rsquo;avaient rien \u00e0 faire de ces conceptions de politique. Leur d\u00e9marche est compl\u00e8tement diff\u00e9rente. Nous proposons l&rsquo;id\u00e9e que le soutien intellectuel des salons parisiens aux <em>insurgents<\/em> proc\u00e9dait d&rsquo;un v\u00e9ritable transfert psychanalytique. Il s&rsquo;imposait au moment o\u00f9 la r\u00e9forme de Turgot \u00e9chouait. La r\u00e9forme avait \u00e9chou\u00e9 parce qu&rsquo;elle demandait aux r\u00e9formistes (les classes poss\u00e9dantes, tr\u00e8s lib\u00e9ralis\u00e9es) un effort qui les rebutait : l&rsquo;abandon de leurs privil\u00e8ges. Les \u00e9pousailles de cette cause am\u00e9ricaine qui reprenait tant d&rsquo;arguments des Lumi\u00e8res fran\u00e7aises consistaient ainsi en une bataille par procuration : l&rsquo;\u00e9tablissement de la grande R\u00e9publique outre-Atlantique serait le triomphe par procuration de la r\u00e9forme que Turgot n&rsquo;avait pu imposer, c&rsquo;est-\u00e0&#64979;dire des Lumi\u00e8res. Depuis, ce courant de la pens\u00e9e fran\u00e7aise n&rsquo;a plus cess\u00e9 de soutenir \u00ab <em>globalement<\/em> \u00bb la d\u00e9marche am\u00e9ricaine dans sa pr\u00e9sentation progressiste (les Lumi\u00e8res) ; lorsqu&rsquo;il s&rsquo;opposa \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique (du temps du triomphe du soutien au progressisme communiste), c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;extension jug\u00e9e aberrante et perverse de la grande R\u00e9publique qu&rsquo;il s&rsquo;en prit, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme opposant int\u00e9rieur, au c\u00f4t\u00e9 des lib\u00e9raux am\u00e9ricains ; c&rsquo;est-\u00e0-dire, plus am\u00e9ricain et plus pro-am\u00e9ricain que jamais.<\/p>\n<h3>Post-scriptum : pourtant rien, absolument rien n&rsquo;est jou\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0-dessus subsiste un myst\u00e8re que nous avons bien souvent mis en \u00e9vidence dans ces colonnes. Malgr\u00e9 cet engagement si favorable \u00e0 la dialectique am\u00e9ricaniste, malgr\u00e9 ces p\u00e9riodes intens\u00e9ment pro&#64979;am\u00e9ricaines qui aboutissent \u00e0 un pro-am\u00e9ricanisme triomphant dans les ann\u00e9es 1990, la France reste per\u00e7ue comme l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment anti&#64979;am\u00e9ricain par excellence des relations internationales, et elle l&rsquo;est effectivement plus que jamais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a d&rsquo;abord une explication am\u00e9ricaine et historique, parce que la vision am\u00e9ricaine du monde est au moins aussi complexe, aussi psychanalytique disons, que la vision fran\u00e7aise. La France est per\u00e7ue, par la tradition du syst\u00e8me am\u00e9ricaniste, comme la r\u00e9f\u00e9rence des forces qui initi\u00e8rent la r\u00e9volution am\u00e9ricaine et furent ensuite brutalement \u00e9cart\u00e9es par les oligarchies appuy\u00e9es sur les th\u00e8ses d&rsquo;Alexander Hamilton, dans la p\u00e9riode (1786-89) menant \u00e0 la r\u00e9daction de la Constitution et la d\u00e9signation du premier pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis Georges Washington. Dans ce quiproquo gigantesque (les intellectuels fran\u00e7ais ne semblant pas s&rsquo;\u00eatre aper\u00e7us de cette victoire des hamiltoniens aux USA, mais ils \u00e9taient accapar\u00e9s par d&rsquo;autres occupations comme la R\u00e9volution), les intellectuels fran\u00e7ais montrent une indulgence g\u00e9n\u00e9rale pour une Am\u00e9rique officielle qui ne cesse de d\u00e9noncer la France. La d\u00e9nonciation est d&rsquo;autant plus forte que l&rsquo;Am\u00e9rique officielle voit dans les protestations fran\u00e7aises de pro&#64979;am\u00e9ricanisme raisonnable (le \u00ab <em>bilan globalement positif<\/em> \u00bb) rien de moins qu&rsquo;une manoeuvre tordue contre elle-m\u00eame, comme elle-m\u00eame sait en faire. En un sens, le pro&#64979;am\u00e9ricanisme volontairement raisonnables des intellectuels fran\u00e7ais appara\u00eet finalement suspect par sa ti\u00e9deur aux am\u00e9ricanistes am\u00e9ricains, et il pourrait finalement appara\u00eetre, au travers des r\u00e9f\u00e9rences historiques qu&rsquo;on a vues, comme une sorte de soutien aux plus virulents adversaires du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur ce quiproquo historique et intellectuel, dans le cadre intellectuel si pro-am\u00e9ricain, directement et indirectement, le gaullisme de De Gaulle s&rsquo;est fait sa place. Au fond, dans les ann\u00e9es 1960, peut-\u00eatre de Gaulle fut-il aussi seul qu&rsquo;il l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 Londres, en 1940. Peu importe, il mit en place ce qui importe, m\u00eame si lui-m\u00eame ne croyait pas n\u00e9cessairement \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de son oeuvre. Il \u00e9tablit des structures institutionnelles et diplomatiques et insuffla un \u00e9tat d&rsquo;esprit qui ont \u00e9trangement perdur\u00e9, et parfois paradoxalement (malgr\u00e9 son antigaullisme et son atlantisme, Mitterrand fut en plusieurs occasions, parce que l&rsquo;esprit de sa fonction l&rsquo;y poussait d\u00e9cisivement, un continuateur acceptable du g\u00e9n\u00e9ral). La politique \u00e9trang\u00e8re fran\u00e7aise a suivi et suit toujours sa voie naturelle, sa voie fatale dirait-on, avec le but simple et clair de l&rsquo;affirmation de la souverainet\u00e9 qui ne peut que l&rsquo;opposer aux ambitions am\u00e9ricaines, chaotiques, d\u00e9structurantes et ainsi de suite. Cette r\u00e9alit\u00e9 se retrouve aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur en France dans la solidit\u00e9 et la pugnacit\u00e9 des th\u00e8ses souverainistes, dont l&rsquo;adaptation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 europ\u00e9enne est en cours (avec un coup de main de l&rsquo;exemple des Britanniques, qui s&rsquo;y entendent pour marier \u00e0 leur avantage souverainet\u00e9 nationale et internationalisme). Cette situation faite \u00e0 la fois de tradition et d&rsquo;adaptation au monde moderne nourrit la fatalit\u00e9 fran\u00e7aise, l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;expansion globalisante et anti&#64979;souverainiste, de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Comme dirait l&rsquo;autre, \u00ab\u00a0le diable en rit encore\u00a0\u00bb, &mdash; cela, pour les irrespectueux qui feraient de De Gaulle une sorte de diable.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Gaulle et les USA, 1961-69 Le 17 janvier 2002, France 3 t\u00e9l\u00e9vision a diffus\u00e9 une \u00e9mission intitul\u00e9e L&rsquo;Ami am\u00e9ricain, les Am\u00e9ricains contre de Gaulle, sur les rapports entre de Gaulle et les Am\u00e9ricains, entre 1961 et 1969. Cette \u00e9mission, r\u00e9alis\u00e9 en octobre 2001, s&rsquo;appuie sur un livre publi\u00e9 en octobre 2000 (L&rsquo;Am\u00e9rique contre de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[2631,2685,3185,2866,1356,3212],"class_list":["post-64970","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notes-de-lectures","tag-de","tag-gaulle","tag-jfk","tag-johnson","tag-kennedy","tag-lbj"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64970","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64970"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64970\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64970"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64970"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64970"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}