{"id":64971,"date":"2002-01-08T00:00:00","date_gmt":"2002-01-08T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/01\/08\/richard-perle-hard-line\/"},"modified":"2002-01-08T00:00:00","modified_gmt":"2002-01-08T00:00:00","slug":"richard-perle-hard-line","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/01\/08\/richard-perle-hard-line\/","title":{"rendered":"Richard Perle &#8211; <em>Hard Line<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Un neocon sur le sentier de la guerre bureaucratique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Dans les ann\u00e9es 1981-86\/87, il y eut \u00e0 Washington la \u00ab\u00a0guerre des deux Richard\u00a0\u00bb. Richard Burt, au State department, Richard Perle au DoD (Pentagone), encore jeunes hommes (pas encore la quarantaine ou un peu plus), chacun brillant \u00e0 sa fa\u00e7on, chacun occupant des postes strat\u00e9giques un peu en-dessous de leurs ministres, chacun avec une prise directe sur la politique la plus essentielle du moment (les relations avec l&rsquo;URSS et les probl\u00e8mes politico-strat\u00e9giques en Europe). Dans un pays normal, un na\u00eff serait tent\u00e9 de dire : eh bien, la belle \u00e9quipe. A Washington, on dit : sacr\u00e9e bagarre en perspective. Burt et Perle se ha\u00efssaient, pas d&rsquo;autre mot. Washington palpitait aux p\u00e9rip\u00e9ties de l&rsquo;affrontement, qui faisait usage ample et sans vergogne de tous les chausse-trappes, les pi\u00e8ges, les coups en douce et en tra&icirc;tre, les fuites vers la presse, les allusions, les notes confidentielles, les manoeuvres sans fin, bref tout ce que l&rsquo;univers bureaucratique am\u00e9ricain (le mieux outill\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard) fournit de moyens pour d\u00e9truire un homme et faire triompher la pr\u00e9pond\u00e9rance d&rsquo;un service et d&rsquo;une administration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Puis ils s&rsquo;en all\u00e8rent. Burt passa par l&rsquo;ambassade des USA \u00e0 Bonn avant de se fondre dans la masse confortable des hauts fonctionnaires recycl\u00e9s dans le secteur priv\u00e9. Perle fit de m\u00eame mais resta en contact avec le monde strat\u00e9gique. Aux derni\u00e8res nouvelles, avant qu&rsquo;on le voit repara&icirc;tre aux avant-postes, il \u00e9tait consultant et lobbyiste. Aujourd&rsquo;hui, Perle est \u00e0 nouveau en pleine lumi\u00e8re, le cheveu blanchi, avec les m\u00eames valoches sous les yeux, plus incisif que jamais, celui qui ne m\u00e2che pas ses mots. Il occupe une place strat\u00e9gique \u00e0 la pr\u00e9sidence du Defense Policy Board qui conseille directement GW Bush sur les questions de s\u00e9curit\u00e9 nationale. C&rsquo;est lui l&rsquo;\u00e2me et l&rsquo;inspirateur de la fraction <em>neo-conservative<\/em> de l&rsquo;administration, l&rsquo;homme de tous les extr\u00eames, de l&rsquo;attaque sur l&rsquo;Irak, sur la Somalie, sur le Soudan et bien d&rsquo;autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La guerre sans fin entre Waterman-Perle et Bennet-Burt<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 le tableau ext\u00e9rieur, voyons maintenant le livre. A la fin des ann\u00e9es 1980, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le service public, Perle eut l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9crire un \u00ab\u00a0roman \u00e0 cl\u00e9\u00a0\u00bb sur la \u00ab\u00a0guerre des deux Richard\u00a0\u00bb. Ce fut <em>Hard Line<\/em>, publi\u00e9 en 1992. Waterman-Perle s&rsquo;explique de ce choix de la fausse-fiction dans la pr\u00e9face de <em>Hard Line<\/em> (qui joue le jeu du roman \u00e0 cl\u00e9 jusqu&rsquo;au bout : cette \u00ab\u00a0pr\u00e9face de l&rsquo;auteur\u00a0\u00bb est sign\u00e9e Michael Waterman et non Richard Perle) : on peut en dire plus, beaucoup plus que dans des m\u00e9moires classiques, on craint moins de froisser les uns et les autres, on s&rsquo;arrange mieux de ce qu&rsquo;il reste du devoir de r\u00e9serve et ainsi de suite (il aurait pu nous dire \u00e9galement qu&rsquo;on am\u00e9nage des \u00e9v\u00e9nements qui sont souvent une r\u00e9f\u00e9rence au r\u00e9el un peu \u00e0 sa sauce, mais passons pour l&rsquo;instant).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A part cela, bien s&ucirc;r, nul n&rsquo;est dupe et l&rsquo;on s&rsquo;y retrouve aussit\u00f4t, entre Waterman-Perle, le petit juif pauvre et bosseur venu de San Francisco et qui s&rsquo;est impos\u00e9 \u00e0 Washington, au Congr\u00e8s comme assistant du s\u00e9nateur Arthur Winter (en fait le s\u00e9nateur d\u00e9mocrate et super-faucon <em>Scoop<\/em> Jackson) puis au rude Pentagone ; et d&rsquo;autre part Bennet-Burt, l&rsquo;h\u00e9ritier d&rsquo;une famille WASP de la haute, avec maison priv\u00e9e \u00e0 Long Beach, qui a trouv\u00e9 tout chaud sa position privil\u00e9gi\u00e9e au sein du State department super-chic apr\u00e8s avoir s\u00e9duit le secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat sur un tour de passe-passe un peu douteux (r\u00e9daction pour le secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;un discours \u00e0 pr\u00e9tention intellectuelle pomp\u00e9 d&rsquo;un obscur bouquin fran\u00e7ais, <em>The Growth of Philosophy Radicalism<\/em>, &mdash; mais c&rsquo;est comme cela tout du long : Bennet-Burt a vraiment le r\u00f4le du sale type dans cette affaire).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e8s ces d\u00e9tails, on a compris qu&rsquo;il y aura entre les deux, s&rsquo;il le faut, des motifs sociologiques, des motifs \u00ab\u00a0de classe\u00a0\u00bb comme on disait du temps du p\u00e8re Marx, voire des motifs ethniques, pour entretenir et attiser cette haine capitale qui s&rsquo;exprime dans les d\u00e9dales de la guerre bureaucratique sans fin de Washington. Pour faire bon poids, la nature et la descendance s&rsquo;y sont mis, et Bennet-Burt est beau gosse, un peu dragueur apr\u00e8s un mariage rat\u00e9, puis revenu de \u00e7a pour s&rsquo;ab&icirc;mer dans l&rsquo;insupportable arrogance type-State department ; Waterman-Perle est petit, sans doute pas tr\u00e8s beau mais loyal comme pas un, travailleur et m\u00eame bosseur, mari aimant quoique sa femme commence \u00e0 en avoir assez des semaines de 100 heures et plus et des week-ends de son mari au Pentagone, jusqu&rsquo;\u00e0 le quitter et rentrer temporairement chez ces parents \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un week-end parisien, pourtant en tout bien tout honneur nul n&rsquo;en doute, de Waterman-Perle. (Au poste qu&rsquo;occupe Waterman-Perle, impossible de ramener du boulot \u00e0 a maison, tout est hyper-<em>classified<\/em>\/<em>For Your Eyes Only<\/em>, pas question de sortir ces documents du bureau).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le roman est le r\u00e9cit de deux batailles superpos\u00e9es, r\u00e9cit passionnant, haletant, etc. La premi\u00e8re bataille est celle du sommet qui va r\u00e9unir dans une rencontre historique le pr\u00e9sident des &Eacute;tats-Unis et le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PC de l&rsquo;URSS, en Finlande (l\u00e0 aussi, rencontre \u00ab\u00a0\u00e0 cl\u00e9\u00a0\u00bb : il s&rsquo;agit en fait de la rencontre au sommet entre Reagan et Gorbatchev de Reykjavik, \u00e0 l&rsquo;automne 1987) ; bataille \u00e0 Washington, entre <em>hawks<\/em> et <em>doves<\/em>, entre le Pentagone et State, pour pr\u00e9parer ce sommet, savoir de quoi on parlera, jusqu&rsquo;o&ugrave; on ira ; r\u00e9cit jusqu&rsquo;au sommet lui-m\u00eame et la formidable surprise qui transforme la rencontre en \u00e9v\u00e9nement inimaginable lorsque le pr\u00e9sident am\u00e9ricain propose la d\u00e9nucl\u00e9arisation totale (la destruction de toutes les armes nucl\u00e9aires), et les manigances extraordinaires qui accompagnent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et conduisent enfin au sauvetage <em>in extremis<\/em> (selon Perle-Waterman) de la s\u00e9curit\u00e9 du monde libre, cela au prix de la disgr\u00e2ce de Bennett-Burt, devenu entre temps, par passion (pour ses automatismes bureaucratiques plus que pour ses convictions), un quasi-tra&icirc;tre \u00e0 son pays. La seconde bataille, qui s&rsquo;ins\u00e8re dans la premi\u00e8re, est celle qui d\u00e9chira Washington et l&rsquo;Occident dans les premi\u00e8res ann\u00e9es quatre-vingts, derri\u00e8re la crise du d\u00e9ploiement des Intermediate Nuclear Forces en Europe, ce qu&rsquo;on nomma \u00ab\u00a0la crise des euromissiles\u00a0\u00bb (SS-20 sovi\u00e9tiques et <em>Pershing<\/em> II et Cruise Missiles am\u00e9ricains). Cette bataille oppose, <em>one more time<\/em>, Bennet, partisan \u00e0 tout prix, comme le State department, de n\u00e9gociations avec les Sovi\u00e9tiques, m\u00eame au prix, selon Waterman, des capitulations les plus honteuses ; et Waterman, arc-bout\u00e9 contre ces n\u00e9gociations, partisan d&rsquo;une ligne super-dure, pour prot\u00e9ger l&rsquo;Occident et emp\u00eacher qu&rsquo;elle ne tombe dans les rets des Sovi\u00e9tiques, avec l&rsquo;aide du State department.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(D\u00e9tail int\u00e9ressant, on trouve, racont\u00e9e par Perle-Waterman, la gen\u00e8se fiction\/fausse-fiction de l&rsquo;option-z\u00e9ro, apparue fugitivement en 1982 puis qui rena&icirc;tra en 1986 pour aboutir au fameux premier trait\u00e9 de d\u00e9sarmement nucl\u00e9aire Reagan-Gorbatchev de d\u00e9cembre 1987, ordonnant la disparition\/destruction de tous les INF am\u00e9ricains et sovi\u00e9tiques. Bien s&ucirc;r, c&rsquo;est Waterman-Perle qui trouve l&rsquo;id\u00e9e, en tombant sur un rapport auquel personne n&rsquo;avait pr\u00eat\u00e9 attention, qui encha&icirc;ne son raisonnement jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;option-z\u00e9ro, dans la solitude d&rsquo;un week-end pass\u00e9 \u00e0 son bureau du DoD. Ainsi, lui, le <em>hardliner<\/em>, a-t-il trouv\u00e9 la formule qui m\u00e8nera plus tard au premier trait\u00e9 de la fin de l&rsquo;affrontement strat\u00e9gique USA-URSS. Autant pour le verbeux Bennet-Burt, portant beau, avec son langage abscon de simili-intellectuel de la strat\u00e9gie, qui d\u00e9courage tout le monde d&rsquo;y comprendre quelque chose. En plus d&rsquo;\u00eatre juste et patriote, Waterman-Perle est homme du peuple, celui qui transcrit en termes strat\u00e9giques le bon sens populaire am\u00e9ricain.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette superposition des deux crises, des deux \u00e9v\u00e9nements, est un point int\u00e9ressant du livre. Il l&rsquo;est d&rsquo;autant plus que les deux crises renvoient \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els (le sommet de Reykjavik de 1987, entre Reagan et Gorbatchev, et la crise des euromissiles, en 1979\/81-83). Cette superposition est aussi un probl\u00e8me de taille.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Un roman \u00ab\u00a0\u00e0 cl\u00e9\u00a0\u00bb qui l&rsquo;est peut-\u00eatre un peu trop<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>En effet, apr\u00e8s avoir bien montr\u00e9, \u00e0 d\u00e9tailler le r\u00e9cit comme on l&rsquo;a fait, qu&rsquo;on n&rsquo;a aucune antipathie particuli\u00e8re pour Waterman-Perle, survient effectivement une r\u00e9serve de taille qu&rsquo;on doit d\u00e9velopper ici. On peut se demander si, en adoptant les r\u00e8gles les plus libres du roman \u00e0 cl\u00e9, r\u00e8gles qui ne vous obligent \u00e0 aucun respect de la r\u00e9alit\u00e9 chronologique notamment, comme pas plus des personnages eux-m\u00eames, Waterman-Perle ne montre pas le bout de l&rsquo;oreille. On se demande si, au bout du compte, pour plaider sa cause et l&#8217;emporter irr\u00e9sistiblement, Richard Perle (cette fois, son nom tout seul) ne fait pas oeuvre de faussaire, et de fa\u00e7on bien g\u00eanante, qui jette une ombre sur l&rsquo;ensemble de son travail.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En racontant l&rsquo;histoire \u00e0 peine romanc\u00e9e de Waterman-Perle comme s&rsquo;il \u00e9tait Waterman, c&rsquo;est-\u00e0-dire en s&rsquo;en lavant les mains, Perle en prend \u00e0son aise avec l&rsquo;histoire tout court. Mais son bouquin n&rsquo;est pas innocent \u00e0 cet \u00e9gard. On sait qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un r\u00e8glement de compte avec Bennet-Burt, dans le cadre d&rsquo;une p\u00e9riode historique connue, avec des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 deux r\u00e9alit\u00e9s historiques \u00e9galement tr\u00e8s connues. La premi\u00e8re chronologiquement (et c&rsquo;est l\u00e0 tout le probl\u00e8me), c&rsquo;est la \u00ab\u00a0crise des euromissiles\u00a0\u00bb qui secoua la coh\u00e9sion de l&rsquo;OTAN, au sommet de son intensit\u00e9, en 1982-83. Waterman-Perle prend cette crise et la replace dans le contexte historique de l&rsquo;ann\u00e9e 1987, lorsque eut lieu le fameux sommet de Reykjavik, sommet rest\u00e9 myst\u00e9rieux o&ugrave; les deux pr\u00e9sidents d&rsquo;alors, Reagan et Gorbatchev, s&rsquo;enferm\u00e8rent seul \u00e0 seul pour discuter de l&rsquo;\u00e9limination de toutes les armes nucl\u00e9aires ; non seulement p\u00e9riode rest\u00e9 fameuse \u00e0 cause du sommet de Reykjavik mais aussi p\u00e9riode o&ugrave; Gorbatchev avait d\u00e9j\u00e0 largement commenc\u00e9 \u00e0 bouleverser la situation en URSS (<em>perestro\u00efka<\/em> et surtout <em>glasnost<\/em>) et, par cons\u00e9quent, les relations strat\u00e9giques entre l&rsquo;est et l&rsquo;ouest. C&rsquo;est-\u00e0-dire que Waterman-Perle d\u00e9place chronologiquement une crise (les euromissiles) qui ne fut ce qu&rsquo;elle fut que parce qu&rsquo;elle eut lieu en 1981-83, avec une direction sovi\u00e9tique totalement paralys\u00e9e par une g\u00e9rontocratie glac\u00e9e et une corruption du r\u00e9gime qui galopait, et des rapports strat\u00e9giques USA-URSS \u00e9galement paralys\u00e9s ; comment cette crise peut-elle \u00eatre ce qu&rsquo;elle fut r\u00e9ellement dans une situation g\u00e9n\u00e9rale, celle de Gorbatchev au pouvoir depuis 18 mois, qui est si fondamentalement diff\u00e9rente, et m\u00eame totalement \u00e9trang\u00e8re, \u00e0 ce qu&rsquo;elle \u00e9tait en 1981-83 ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette superposition a un effet dans le roman, car la crise des euromissiles sert de justification \u00e9vidente \u00e0 la m\u00e9fiance que Waterman-Perle d\u00e9veloppe tout au long du r\u00e9cit pour Bennett-Burt et, au-del\u00e0, pour les Sovi\u00e9tiques. C&rsquo;est-\u00e0-dire que le r\u00e9cit que nous donne Waterman-Perle du sommet de Reykjavik, et notamment son d\u00e9nouement, n&rsquo;est v\u00e9ritablement acceptable que parce que la crise des euromissiles nous pr\u00e9pare \u00e0 l&rsquo;accepter. (Dans la r\u00e9alit\u00e9, nous ne sommes certainement pas suffisamment inform\u00e9s pour juger de la cl\u00e9 que nous propose Perle-Watermant pour le sommet de Reykjavik, \u00e0 savoir une manigance des Sovi\u00e9tiques couvertes par Bennett-Burt. La seule remarque qu&rsquo;on peut faire est que Burt n&rsquo;\u00e9tait plus en poste au d\u00e9partement d&rsquo;&Eacute;tat lorsque eut lieu le sommet, et que sa nomination pour l&rsquo;ambassade de Bonn ne repr\u00e9sente en aucun cas une disgr\u00e2ce au contraire de ce que sugg\u00e8re le r\u00e9cit avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une nomination \u00e0 l&rsquo;ambassade de Burkino Faso.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a l\u00e0 quelque chose de tr\u00e8s g\u00eanant. On sent que Perle a utilis\u00e9 le roman \u00e0 cl\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on qui n&rsquo;est pas loin de nous para&icirc;tre abusive. D&rsquo;un genre un peu funambulesque, aux r\u00e8gles fantasques mais auxquelles il faut se tenir d&rsquo;autant plus si l&rsquo;on veut pr\u00eater le moindre cr\u00e9dit \u00e0l&rsquo;oeuvre, il a fait quelque chose qui, \u00e0 la r\u00e9flexion, pourrait s&rsquo;av\u00e9rer \u00eatre un faux complet qui doit lui servir \u00e0 faire triompher intellectuellement sa cause, et il a fait finalement une oeuvre qui se rapproche plus de celle d&rsquo;un faussaire de l&rsquo;histoire. A ce point, on est oblig\u00e9 d&rsquo;\u00eatre plus s\u00e9v\u00e8re. En effet, les cl\u00e9s du roman sont transparentes, ainsi que les situations en g\u00e9n\u00e9ral, ce qui fait du livre un v\u00e9ritable t\u00e9moignage indirect sur la p\u00e9riode. Et ce t\u00e9moignage nous appara&icirc;t grossi\u00e8rement d\u00e9form\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On \u00e9pinglera, sur un point de d\u00e9tail qui a une importance qui d\u00e9passe le d\u00e9tail, une autre tricherie par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, toujours sous le couvert de l&rsquo;oeuvre de fiction, &mdash; une autre tricherie qui montre que Perle avait des intentions politiques en \u00e9crivant ce livre. Dans les pages 145-148 du livre, on voit le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Jim Ryder (en fait, Caspar Weinberger) t\u00e9moigner devant une Commission s\u00e9natoriale sur le co&ucirc;t de la SDI (la Strategic Defense Initiative, la fameuse Guerre des &Eacute;toiles), \u00e0 la suite d&rsquo;une fuite (certainement de Bennett-Burt, le monstre !) d&rsquo;un m\u00e9mo du Joint Chief of Staff mettant en cause divers aspects de la SDI. On interroge Ryder sur le co&ucirc;t de la SDI. Il s&#8217;empresse de pr\u00e9ciser : &laquo; <em>We were discussing how one could calculate cost &mdash; in dollars or rubles.<\/em> &raquo; Plus loin, Ryder expose l&rsquo;argument que, si le co&ucirc;t de la SDI est un d\u00e9bat qui a ses m\u00e9rites bien s&ucirc;r, il faut garder \u00e0 l&rsquo;esprit que la SDI sera de toutes les fa\u00e7ons une bonne affaire car les Russes d\u00e9pensent d\u00e9j\u00e0 et vont d\u00e9penser encore plus pour renforcer leurs capacit\u00e9s offensives face au bouclier que va \u00e9tablir ce syst\u00e8me anti-missiles ; et ainsi, laisse entendre Ryder-Weinberger, nous mettrons les Russes \u00e0 genoux, \u00e9conomiquement s&rsquo;entend (et, conclusion qui nous est implicitement souffl\u00e9e : ce sera la fin de l&rsquo;URSS). C&rsquo;est cet argument qui, plus tard, \u00e0 partir de 1989-90, emplira les publications des extr\u00e9mistes reaganiens et autres <em>neo-conservatives<\/em>, affirmant que c&rsquo;est l&rsquo;effort d&rsquo;armement am\u00e9ricain, essentiellement avec la SDI \u00e0 partir de mars 1983, qui mit l&rsquo;URSS sur les genoux par la n\u00e9cessit\u00e9 o&ugrave; elle la conduisit de d\u00e9penser encore plus pour y r\u00e9pondre, et qui fut la cause centrale de son effondrement. (D&rsquo;o&ugrave; leur refrain, toujours actuel : d\u00e9pensons toujours plus pour le Pentagone, cela mettra \u00e0 genoux tous nos adversaires.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mettons ici notre gain de sel : quoiqu&rsquo;il en soit de l&rsquo;argument (et il est \u00e0 notre sens hautement contestable car le d\u00e9clin sovi\u00e9tique, le caract\u00e8re insupportable, tant budg\u00e9taire qu&rsquo;\u00e9conomique et technologique, des d\u00e9penses militaires, se fit sentir en URSS d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1970, sans rapport avec les d\u00e9penses US), quoiqu&rsquo;il en soit il y a une r\u00e9alit\u00e9 historique : jamais, au grand jamais cet argument ne fut employ\u00e9 aux USA par un fonctionnaire de l&rsquo;administration Reagan, devant le Congr\u00e8s, pour soutenir la SDI, dans la p\u00e9riode 1983-87, jusqu&rsquo;aux grandes n\u00e9gociations strat\u00e9giques. La raison en est simple : c&rsquo;\u00e9tait un argument de <em>bargaining ship<\/em>, impliquant que la SDI n&rsquo;\u00e9tait pas tellement l\u00e0 pour sa valeur op\u00e9rationnelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa valeur propre, que pour la pression indirecte qu&rsquo;elle exer\u00e7ait sur l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 ; c&rsquo;\u00e9tait un argument impie qui faisait bon march\u00e9 des qualit\u00e9s intrins\u00e8ques de la SDI, parce que la SDI se concevait, pour ses partisans, et Reagan en premier certes, \u00e0 la fois comme une croisade et comme une entreprise sacr\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Portrait sans concessions d&rsquo;un <em>cold warrior<\/em> &#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pass\u00e9s ces d\u00e9tails historiques qui en nous en disent tout de m\u00eame sur les mani\u00e8res du personnage, et une fois accept\u00e9s les d\u00e9tails biographiques qu&rsquo;on a mentionn\u00e9s plus haut, il y a encore ce fait int\u00e9ressant que <em>Hard Line<\/em> est un bon t\u00e9moignage <em>de facto<\/em> sur la personnalit\u00e9 de Perle, <em>cold warrior<\/em> et <em>super-hawk<\/em> s&rsquo;il en est. L&rsquo;histoire de Michael Waterman est une plong\u00e9e instructive dans la psychologie d&rsquo;un <em>cold warrior<\/em>, un de ces hommes qui, durant la Guerre froide, maintinrent bien haut l&rsquo;engagement de d\u00e9fendre \u00e0 tout prix l&rsquo;inconsciente Am\u00e9rique contre les entreprises sovi\u00e9tiques et communistes. Il y a chez Waterman-Perle une extraordinaire certitude de son bon droit, de son patriotisme, une sorte de conscience d&rsquo;un destin tragique parce qu&rsquo;il semble acquis que son destin sera un destin solitaire, &mdash; un homme perdu au milieu de ses ennemis par calcul ou par inconscience, qui sont \u00e9galement les ennemis de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la grande R\u00e9publique, ceux qui r\u00eavent de r\u00e9duire, de limiter la puissance de cette grande R\u00e9publique face au plus grand danger qui l&rsquo;ait jamais menac\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Waterman le sait bien : tous les autres (sauf quelques rares \u00e9lus, le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense, son adjoint Jay Parisi et le <em>The Old Man<\/em> [le pr\u00e9sident lui-m\u00eame] pas tr\u00e8s malin mais touch\u00e9 par la gr\u00e2ce divine qui, au dernier moment, lui fera d\u00e9jouer les embuscades des ennemis de la nation), &mdash; tous les autres ne r\u00eavent que d&rsquo;une chose qui est de pactiser avec l&rsquo;ennemi. Ce sont des collaborateurs ! Collaborateurs conscients ou qui s&rsquo;ignorent, tous ces gens qui ne r\u00eavent que d&rsquo;une chose, cette chose impie, &mdash; n\u00e9gocier avec l&rsquo;ennemi, traiter avec l&rsquo;ennemi, signer un accord avec l&rsquo;ennemi ! Une phrase en dit long, presque une phrase inconsciente car elle englobe tous les autres, soudain devenus adversaires d&rsquo;un Waterman qui reste seul \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la R\u00e9publique, une phrase lors d&rsquo;une r\u00e9union en marge du sommet, o&ugrave; l&rsquo;on trouve le secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat, le conseiller pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale, l&rsquo;horrible Bennet et quelques comparses de haut vol, et le pr\u00e9sident lui-m\u00eame, le <em>Old Man<\/em>, soudain englob\u00e9 par inadvertance dans cette r\u00e9pulsion universelle qui met dans une solitude tragique le courageux <em>cold warrior<\/em> : Waterman &laquo; <em>looked around and saw a room full of blank faces. They don&rsquo;t give a damn, he thought. All they want is an agreement &mdash; and any agreement will do.<\/em> &raquo; Nous comprenons alors que, pour le <em>cold warrior<\/em>, au contraire de la plupart des Am\u00e9ricains, la trag\u00e9die existe. Elle ne se trouve pas dans les grandes manoeuvres de l&rsquo;histoire mais dans les d\u00e9dales bureaucratiques du Pentagone et de State, o&ugrave; les ennemis de l&rsquo;Am\u00e9rique attendent de pouvoir ass\u00e9ner un coup en tra&icirc;tre au combattant solitaire, car c&rsquo;est bien dans ces d\u00e9dales bureaucratiques que se trouvent les vrais ennemis de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La guerre bureaucratique, bien plus acharn\u00e9e que la vraie &#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent et d&rsquo;une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, ce que nous devenons retenir particuli\u00e8rement de ce livre est \u00e9galement ceci : la guerre bureaucratique est, \u00e0 Washington, d&rsquo;une intensit\u00e9 et d&rsquo;une violence inou\u00efes, \u00e0 un point o&ugrave; la substance des choses en est chang\u00e9e. Dans <em>Hard Line<\/em>, la question de la puissance de l&rsquo;URSS et de la menace sovi\u00e9tique qui est bien pr\u00e8s de submerger l&rsquo;Occident insouciant, tout cela suppos\u00e9 ou r\u00e9el et toujours objet de contestation, tout cela dont nous avons parl\u00e9 jusqu&rsquo;ici, &mdash; eh bien cette question est \u00e0 peine \u00e0l&rsquo;arri\u00e8re-plan, loin derri\u00e8re, dans l&rsquo;horizon incertain, et m\u00eame elle dispara&icirc;t. Elle n&rsquo;existe pas, sinon comme outil d&rsquo;affirmation de tel ou tel camp du monde bureaucratique (service, bureau, division, etc), pour affirmer sa pr\u00e9pond\u00e9rance sur l&rsquo;autre. La pr\u00e9occupation concernant le fondement de telle politique, de telle strat\u00e9gie, qui devrait \u00eatre la ligne de r\u00e9flexion de tous ces hommes et de toutes ces femmes, est inexistante. La r\u00e8gle de la guerre bureaucratique ne concerne que la bureaucratie, sa position, son pouvoir et rien d&rsquo;autre. Waterman note : &laquo; <em>This means, among other things, never allowing any diminution of the authority of one&rsquo;s department, &mdash; no matter how slight and how temporary and no matter what public interest might be served thereby.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On se trouve, avec la bureaucratie, dans un univers in\u00e9dit o&ugrave; les identit\u00e9s sont remplac\u00e9s par des programmes, des processus, des architectures artificiellement r\u00e9alis\u00e9es, des concurrences absurdes et sans merci entre les services et ceux qui s&rsquo;ins\u00e8rent dans leur organigramme. La bureaucratie est l&rsquo;arch\u00e9type du syst\u00e8me, la notion de syst\u00e8me \u00e9tant per\u00e7ue comme directement antagoniste des notions d&rsquo;organisations souveraines (qui repr\u00e9sentent et sont l&rsquo;expression d&rsquo;une communaut\u00e9 existante). La bureaucratie ne d\u00e9fend donc que les int\u00e9r\u00eats du syst\u00e8me o&ugrave; elle est inscrite et ses arguments ne rencontrent ceux de la communaut\u00e9 souveraine (en l&rsquo;occurrence la nation) qu&rsquo;accidentellement, jamais substantiellement. Ainsi, l&rsquo;accroissement des pouvoirs du Pentagone, de son budget, de ses programmes, etc, ne rencontrent pas n\u00e9cessairement, et m\u00eame loin de l\u00e0, les besoins de s\u00e9curit\u00e9 nationale de la nation en tant qu&rsquo;entit\u00e9 souveraine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[Actuellement, en 2002, nous nous trouvons dans une p\u00e9riode d&rsquo;extension bureaucratique maximale \u00e0 cause du climat de guerre. Nous allons assister \u00e0 des hausses gigantesques du budget du Pentagone, qui produiront des choses sans aucun rapport avec la s\u00e9curit\u00e9 nationale de la nation am\u00e9ricaine, qui d\u00e9boucheront sur des ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9passements de co&ucirc;ts, sur la production de programmes compl\u00e8tement inad\u00e9quats, etc. Nous sommes dans une p\u00e9riode caract\u00e9ristique de perte de contr\u00f4le du pouvoir cens\u00e9 (?) repr\u00e9senter les int\u00e9r\u00eats de la nation, sur la bureaucratie qui ne d\u00e9fend que les seuls int\u00e9r\u00eats du syst\u00e8me.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La guerre bureaucratique si intense, si forte \u00e0 Washington, \u00e0 notre avis bien plus forte \u00e0 Washington qu&rsquo;elle fut \u00e0 Moscou (et, cela va de soi, dans d&rsquo;autres capitales ext\u00e9rieures), marque de fa\u00e7on convaincante la tendance am\u00e9ricaine \u00e0 ne percevoir le monde que dans les bornes de l&rsquo;Am\u00e9rique, dans l&rsquo;espace am\u00e9ricain, dans la pens\u00e9e am\u00e9ricaine, selon les int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains. Lisez <em>Hard Line<\/em> avec cette id\u00e9e \u00e0l&rsquo;esprit et, tr\u00e8s vite, vous comprenez que rien n&rsquo;existe hors du d\u00e9dale des couloirs bureaucratiques, que tout le reste (<em>Rest Of the World<\/em>, pardi) n&rsquo;est que comparses et compagnie. Les Sovi\u00e9tiques, l\u00e0-dedans, avec leur quincaillerie incroyable, ne sont que des comparses, des figurants, tout juste int\u00e9ressants parce qu&rsquo;ils donnent l&rsquo;argument de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comparez avec aujourd&rsquo;hui : tout continue, \u00e0 part que c&rsquo;est pire encore, parce que le comparse-ennemi, un Ben Laden, un Taliban, un communiste nord-cor\u00e9en, est encore plus effac\u00e9 dans l&rsquo;imagerie washingtonienne qu&rsquo;un g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge avec ses batteries de d\u00e9corations et de missiles intercontinentaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">A Washington, n&rsquo;oubliez pas d&rsquo;aller d&icirc;ner chez les Waterman<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pour terminer, autre chose, un peu d&rsquo;humanisation du st\u00e9r\u00e9otype. Waterman-Perle est aussi, derri\u00e8re ces dehors rugueux et son parcours un peu trop typique dans le genre mis\u00e9rabiliste, sa carure de super-hawk, son discours intransigeant, sa vocation de chevalier blanc, un homme qui se distingue par l&rsquo;humour, un don pour les langues, une pr\u00e9dilection comme toujours pour la France et ses charmes. (On dit \u00ab\u00a0comme toujours\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;il semble toujours y avoir, dans la masse des strat\u00e8ges en vogue du temps, l&rsquo;un ou l&rsquo;autre strat\u00e8ge typique comme Waterman-Perle, pourtant Am\u00e9ricain hyper-Am\u00e9ricain, Am\u00e9ricain dur-de-dur et id\u00e9ologique, et par cons\u00e9quent anti-Fran\u00e7ais depuis toujours, et qui vous laisse voir un instant un petit espace r\u00e9serv\u00e9, comme une fleur bleue, qu&rsquo;on d\u00e9couvre allou\u00e9 \u00e0 une passion dissimul\u00e9e pour cette m\u00eame France, sa grandeur, son art de vivre, son \u00e9ternit\u00e9 parmi les hommes.) Waterman-Perle, ou bien est-ce Perle-Waterman, \u00e9maille donc son discours, quand il le faut, d&rsquo;expressions fran\u00e7aises, entretient des relations directes, officieuses et amicales avec quelques coll\u00e8gues du Quai ou de la rue Saint-Dominique, et surtout, surtout, s&rsquo;affirme comme le meilleur sp\u00e9cialiste\/ma&icirc;tre-queue priv\u00e9, <em>downtown Washington<\/em>, en cuisine fran\u00e7aise. (On ignore si Waterman a une r\u00e9sidence secondaire en Provence mais Perle, lui, on le sait, en a une.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela n&rsquo;est pas faux d&rsquo;ailleurs. Richard Perle est un gourmet \u00e0 la fran\u00e7aise, il a des copinages secrets en France et une propri\u00e9t\u00e9 dans le pays de Brillat-Savarin, de Voltaire et de De Gaulle. Il lui arriva m\u00eame, pour rencontrer \u00e0 Paris un copain fran\u00e7ais occupant des fonctions int\u00e9ressantes, de donner des rendez-vous secrets, histoire de se donner le temps et l&rsquo;espace de semer ses gardes du corps\/espions de l&rsquo;ambassade am\u00e9ricaine. (Il faut dire, et tout s&rsquo;explique, que l&rsquo;ambassade d\u00e9pend, elle, du State department du maudit Richard Burt.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Tout s&rsquo;explique et la guerre continue, et, aujourd&rsquo;hui, Perle et ses copains ont, \u00e0 l&rsquo;encontre de Powell, une haine qui vaut bien celle qu&rsquo;\u00e9prouva Waterman pour Bennet. (Et vice-versa probablement, State contre DoD, car nul n&rsquo;est innocent dans ces guerres sans fin et il n&rsquo;y a pas de guerre bureaucratique \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb, contrairement \u00e0 celles que nous propose Richard Perle lorsqu&rsquo;il r\u00eave de cogner sur l&rsquo;Irak.) Retrouvez le livre de Perle, lisez-le, m\u00e9ditez-le en comparant ce que ces hommes en poste pensent et font par rapport \u00e0 ce que l&rsquo;histoire nous dit des \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;ils manipulent. Dites-vous bien enfin que notre sort et par cons\u00e9quent le sort de la civilisation se jouent plus, infiniment plus dans ces batailles feutr\u00e9es et sans merci, et dont l&rsquo;enjeu est plus ou moins d&rsquo;influence, plus ou moins de pouvoir et rien d&rsquo;autre, que dans les guerres sur le terrain dont on fait si grand cas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et pour en finir avec tout cela, avec la fourberie suppos\u00e9e d&rsquo;un Bennet-Burt et la soi-disant puret\u00e9 d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e d&rsquo;un Waterman-Perle, rappelez-vous ce discours du secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Rumsdfeld, qui ne put \u00eatre fameux parce qu&rsquo;il fut prononc\u00e9 le 10 septembre 2001, <em>in illo tempore<\/em> par cons\u00e9quent. Rumsfeld y d\u00e9crivait &laquo; <em>un adversaire qui constitue une menace, une menace s\u00e9rieuse pour la s\u00e9curit\u00e9 des &Eacute;tats-Unis. Un adversaire qui est l&rsquo;un des derniers bastions de la planification centralisatrice. Il gouverne en dictant des plans quinquennaux. A partir d&rsquo;une seule capitale, il tente d&rsquo;imposer ses exigences au-del\u00e0 des fuseaux horaires, des continents, des oc\u00e9ans.<\/em> &raquo; Et cet adversaire terrible des USA et du monde libre, cet adversaire &laquo; <em>qui ressemble \u00e0 ce que fut l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique<\/em> &raquo;, c&rsquo;\u00e9tait, selon Rumsfeld le 10 septembre, &laquo; <em>la bureaucratie du Pentagone. Non pas les gens mais le processus<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\"><strong><em>Hard Line<\/em>, 290 pages, Random House, New York, 1992<\/strong><\/h3><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un neocon sur le sentier de la guerre bureaucratique Dans les ann\u00e9es 1981-86\/87, il y eut \u00e0 Washington la \u00ab\u00a0guerre des deux Richard\u00a0\u00bb. Richard Burt, au State department, Richard Perle au DoD (Pentagone), encore jeunes hommes (pas encore la quarantaine ou un peu plus), chacun brillant \u00e0 sa fa\u00e7on, chacun occupant des postes strat\u00e9giques un&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[3214,3107,3216,3213,3215],"class_list":["post-64971","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notre-bibliotheque","tag-burt","tag-euromissiles","tag-neocon","tag-perle","tag-reagan"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64971","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64971"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64971\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64971"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64971"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64971"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}