{"id":64972,"date":"2002-01-30T00:00:00","date_gmt":"2002-01-30T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/01\/30\/la-hollande-le-jsf-et-le-destin-de-leurope-1\/"},"modified":"2002-01-30T00:00:00","modified_gmt":"2002-01-30T00:00:00","slug":"la-hollande-le-jsf-et-le-destin-de-leurope-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/01\/30\/la-hollande-le-jsf-et-le-destin-de-leurope-1\/","title":{"rendered":"La Hollande, le JSF et le destin de l&rsquo;Europe"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">La Hollande, le JSF et le destin de l&rsquo;Europe<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le cabinet hollandais devrait se prononcer vendredi 1er f\u00e9vrier sur la question des avions de combat, et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur la question de la participation au programme am\u00e9ricain JSF (F-35). Diverses indications, retrouv\u00e9es par ailleurs dans le ton g\u00e9n\u00e9ral de la presse hollandaise comme dans nombre de commentaires, font penser que l&rsquo;attitude du cabinet pourrait \u00eatre positive. (Parmi les \u00e9l\u00e9ments nouveaux, un arrangement comptable qui fait que l&rsquo;industrie hollandaise prendrait \u00e0 sa charge 50% de la participation demand\u00e9e par les Am\u00e9ricains, qui serait de $800 millions, le reste \u00e9tant pris en charge par le gouvernement. Cette participation au programme de d\u00e9veloppement n&rsquo;implique aucune garantie de retour pour l&rsquo;industrie hollandaise.)La d\u00e9cision du cabinet hollandais, si elle est prise, n&rsquo;en serait pas pour autant d\u00e9finitive puisque commencerait alors l&rsquo;examen de cette participation hollandaise au JSF devant le Parlement hollandais. La date du 1er mars est avanc\u00e9e comme d\u00e9lai pour le Parlement, ou bien un peu plus avant dans le mois de mars, les Am\u00e9ricains attendant (exigeait?) une r\u00e9ponse pour le mois d&rsquo;avril.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 les \u00e9l\u00e9ments nouveaux d&rsquo;un dossier dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 sur ce site, dans <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=122\">notre analyse d&rsquo;octobre dernier.<\/a> Ainsi expos\u00e9s, ces \u00e9l\u00e9ments ne nous disent pas grand&rsquo;chose de la r\u00e9alit\u00e9 de ce dossier, de son importance et, surtout, des conditions \u00e9tranges et qui semblent parfois irr\u00e9elles o&ugrave; se d\u00e9roule le processus en cours. On croirait \u00eatre en pr\u00e9sence d&rsquo;un processus de s\u00e9lection entre quatre candidats, puisque la Royal Netherland Air Force (RNethAF) les a not\u00e9s et, par cons\u00e9quent, class\u00e9s; on croirait que les quatre candidats ont \u00e9t\u00e9 minutieusement examin\u00e9s, test\u00e9s, essay\u00e9s, \u00e9valu\u00e9s; mais pas du tout puisque trois de ces quatre candidats n&rsquo;existent pas tout \u00e0 fait ou pas du tout, c&rsquo;est selon, et qu&rsquo;un seul a \u00e9t\u00e9 essay\u00e9, et que pourtant la RNethAF s&rsquo;est fait une religion de fer. Enfin, si l&rsquo;on rappelle que les chasseurs n\u00e9erlandais devront \u00eatre remplac\u00e9s vers 2010-2012, ce qui exigerait, selon toutes les normes de prudence \u00e9conomique et op\u00e9rationnelles, un choix vers 2006-2007, on est conduit \u00e0 observer que cette pr\u00e9cipitation d\u00e9fie les normes de bon sens, de mesure et de prudence, qui sont des qualit\u00e9s qu&rsquo;on s&rsquo;est habitu\u00e9es \u00e0 voir accol\u00e9es \u00e0 la r\u00e9putation des Hollandais. Encore, se dirait-on, les Hollandais, qui sont bons Europ\u00e9ens, ont-ils choisi pr\u00e9cipitamment pour renforcer le processus europ\u00e9en, donc choisi un avion europ\u00e9en? On sait qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien et que c&rsquo;est le contraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La RNethAF et les quatre candidats<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Mais toutes les remarques de bon sens que nous avons propos\u00e9es ci-dessus semblent contredire l&rsquo;affirmation initiale que nous avons faite, selon laquelle le cabinet hollandais se pronon\u00e7ait &laquo;<em>plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur la question de la participation au programme am\u00e9ricain JSF<\/em>&raquo;. Cette affaire Pays-Bas\/JSF contraint le commentateur \u00e0 des d\u00e9marches et des observations bien contradictoires. Ce sont les Am\u00e9ricains qui forcent les Pays-Bas (et d&rsquo;autres pays pour le m\u00eame cas) \u00e0 se prononcer avec une telle pr\u00e9cipitation et une telle avance, sur un avion qui n&rsquo;existe pas (le leur), dans des conditions \u00e9conomiques et op\u00e9rationnelles purement th\u00e9oriques, sinon une pure rh\u00e9torique de <em>marketing<\/em>, dans une atmosph\u00e8re politique dont on nous dit, depuis le 11 septembre 2001, que \u00ab\u00a0rien ne sera plus jamais comme avant\u00a0\u00bb et dont, par cons\u00e9quent, il faut attendre bien du changement par rapport \u00e0 ce que nous promettent ces m\u00eames sp\u00e9cialistes du <em>marketing<\/em> de l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;avant. On ignore, dans tous les cas pr\u00e9cis\u00e9ment, ce que les Hollandais, et notamment les ministres hollandais, gagneraient \u00e0 une telle d\u00e9cision pr\u00e9cipit\u00e9e, mais on comprend que les Pays-Bas risquent d&rsquo;y perdre leur vertu de prudence, de mesure et d&rsquo;objectivit\u00e9 luth\u00e9rienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La RNethAF a donc du examiner quatre pr\u00e9tendus-candidat qui sont \u00e0 des stades divers de d\u00e9veloppement, et certains \u00e0 un stade m\u00eame pas initial.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le constructeur (Lockheed Martin) du JSF vient d&rsquo;\u00eatre s\u00e9lectionn\u00e9, en octobre 2001, et la premi\u00e8re version de cet avion, la version ADAC-V \u00e0 d\u00e9collage vertical qui n&rsquo;est pas celle que veut la RNethAF, devrait atteindre le stade de l&rsquo;entr\u00e9e en service dans le Marine Corps en 2007. La version USAF, celle qu&rsquo;examinait la RNethAF, est pr\u00e9vue pour 2009-2010. On comprend que toutes les donn\u00e9es concernant le JSF op\u00e9rationnel aujourd&rsquo;hui ne peuvent \u00eatre que pure projection th\u00e9orique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;Eurofighter <em>Typhoon<\/em> (Allemagne, Espagne, Italie, UK) est dans sa phase ultime de d\u00e9veloppement. La RNethAF n&rsquo;a pu l&rsquo;essayer parce que l&rsquo;appareil n&rsquo;est pas encore compl\u00e8tement au point. Le <em>Typhoon<\/em> doit entrer en service autour de 2005.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le Dassault <em>Rafale<\/em> commence \u00e0 entrer en service dans sa version Marine et quelques exemplaires sont d\u00e9j\u00e0 op\u00e9rationnels sur le <em>Charles-de-Gaulle<\/em>, dans la zone de l&rsquo;Oc\u00e9an Indien. (Ce d\u00e9ploiement se fait au sein de l&rsquo;infrastructure am\u00e9ricaine qui contr\u00f4le les op\u00e9rations autour de l&rsquo;Afghanistan. Il se passe \u00e0 merveille et les Am\u00e9ricains peuvent donc, eux-m\u00eames, \u00e9valuer l&rsquo;avion fran\u00e7ais, et constater notamment l&rsquo;absence de probl\u00e8me d&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9. Il serait int\u00e9ressant d&rsquo;avoir les avis des Am\u00e9ricains sur le <em>Rafale<\/em>.) Les Fran\u00e7ais proposent aux Hollandais une version avanc\u00e9e en coop\u00e9ration. (Bien entendu, les Hollandais ont essay\u00e9 et test\u00e9 le <em>Rafale<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Lockheed Martin F-16C-60 (Block 60) semble l\u00e0 pour la figuration. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 en bonne part \u00ab\u00a0sur papier\u00a0\u00bb, ou, disons, en simulation, puisque ce mod\u00e8le (command\u00e9 par les EAU) n&rsquo;existe pas encore.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et voil\u00e0 que la RNethAF, dans un acc\u00e8s de transparence inattendu et qui laisse \u00e0 penser \u00e0 certains, a laiss\u00e9 filer dans le domaine public (dans la presse n\u00e9erlandaise) les \u00ab\u00a0cotations\u00a0\u00bb des candidats, &ndash; dans les domaines technologiques et op\u00e9rationnels essentiellement. Les r\u00e9sultats, quantifi\u00e9s \u00e0 partir des crit\u00e8res de la RNethAF, dont on conna&icirc;t le s\u00e9rieux et le professionnalisme, sont les suivants: 6,97 pour le JSF, 6,95 pour le <em>Rafale<\/em>, 5,83 pour le <em>Typhoon<\/em>, 5,80 pour le F-16C-60.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation est sans pr\u00e9c\u00e9dent: trois des quatre candidats sont jug\u00e9s selon des donn\u00e9es th\u00e9oriques plus ou moins avanc\u00e9es, un seul a \u00e9t\u00e9 essay\u00e9. Que penser de la \u00ab\u00a0note\u00a0\u00bb donn\u00e9e au <em>Typhoon<\/em>, dont les r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques sont proches de la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un avion presque achev\u00e9, par rapport \u00e0 la \u00ab\u00a0note\u00a0\u00bb donn\u00e9e au JSF, dont les r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques sont autant \u00e9loign\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 que possible? Que penser de la quasi-\u00e9galit\u00e9 entre un \u00ab\u00a0avion de papier\u00a0\u00bb (le JSF) et un avion qui commence \u00e0 entrer en service (le <em>Rafale<\/em>), &ndash; sinon que c&rsquo;est, du point de vue des Europ\u00e9ens et des Fran\u00e7ais, une extraordinaire performance: les Fran\u00e7ais font donc, aujourd&rsquo;hui, un avion quasiment aussi bon que ceux que feront, dans quatre ou cinq ans, les Am\u00e9ricains&#8230; Que penser, sinon l&rsquo;\u00e9vidence en forme de lapalissade, \u00e0 savoir que plus on s&rsquo;\u00e9loigne de la r\u00e9alit\u00e9 dans cette sorte de jugement moins on est dans la r\u00e9alit\u00e9. Si l&rsquo;on peut appr\u00e9cier fermement le jugement sur le <em>Rafale<\/em>, par contre celui qui est fait sur le JSF ne vaut que ce que nous vaudra la politique capricieuse, incertaine et compl\u00e8tement unilat\u00e9raliste de Washington et du DoD, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui il ne vaut pas tripette.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Les incertitudes sur le co&ucirc;t du JSF <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Mais, pourraient r\u00e9torquer les Hollandais, il s&rsquo;agirait finalement, dans le cas d&rsquo;un choix pro-JSF, du choix d&rsquo;entrer dans un programme de d\u00e9veloppement et non du choix d&rsquo;un avion. Ce choix-l\u00e0 (d&rsquo;un avion) se ferait dans trois, quatre, cinq ans, lorsqu&rsquo;on en saura plus sur le JSF, et alors les concurrents (europ\u00e9ens) du JSF seront toujours l\u00e0. Personne, ni aux Pays-Bas, ni en Europe, ne croit une seconde \u00e0 ce qui para&icirc;t \u00eatre une fable compl\u00e8te. Le choix hollandais, \u00e0 ce niveau d&rsquo;entr\u00e9e dans le programme JSF semblerait engager, quasi-automatiquement, une future commande de JSF. Curieusement, les seuls \u00e0 croire \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;un choix non-JSF malgr\u00e9 un engagement dans le programme JSF, on les trouve du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, et cela pourrait \u00eatre un signe qui nous conduit \u00e0 la question du co&ucirc;t, autre argument important des Hollandais. On cite ici un commentaire de Richard Aboulafia, et on le cite parce que Aboulafia est un homme s\u00e9rieux, pas un de ces porte-plumes au service des firmes qui tiennent le haut du pav\u00e9. Dans une page qu&rsquo;il a faite pour <em>Aviation Week &#038; Space Technology<\/em> du 14 janvier 2002, Aboulafia identifie comme la premi\u00e8re des &laquo;<em>looming questions for the JSF program<\/em>&raquo;:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>First, although the F-35 (and Boeing&rsquo;s X-32) development efforts successful validated many of the technical challenges presented by the project, the issue of cost remains unsolved. A combat aircraft with the features capabilities and weights of the F-35 typically costs at least $50 millions, particularly if the U.S. military services follow their historical pattern of making numerous requirements changes along the way. After all, the F-22 began life with a $35-million price goal, and now costs multiples more. And, if Lockheed Martin is eventually forced, for political reasons, to share work, the price could further increase as production arrangements grow more complicated.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et, plus loin, apr\u00e8s avoir mentionn\u00e9 encore, \u00e0 plusieurs reprises, cette question du co&ucirc;t, Aboulafia en vient \u00e0 envisager la question du march\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exportation. Il mentionne les pays \u00e9trangers d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s dans la phase de d\u00e9veloppement et\/ou sur le point de le faire et expose enfin:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>But will these and other customers sign up for production? In October 2001, a Netherlands government report indicated that although JSF involvement would generate skills and business for the country&rsquo;s aerospace companies, it might be prohibitively expensive if the nation is locked into a fighter procurement choice for the next fighter acquisition. If JSF costs rise (or if valuable workshares fail to materialize) participating countries will have few alternatives.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, on comprend combien la question du co&ucirc;t du JSF est un point essentiel. Il est actuellement \u00ab\u00a0promis\u00a0\u00bb \u00e0 40 millions d&rsquo;euros (plus ou moins $35 millions). Ce point est pr\u00e9sent\u00e9 comme un avantage d\u00e9cisif, puisque les autres concurrents importants (les Europ\u00e9ens) seraient pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 un prix plus \u00e9lev\u00e9 (sans qu&rsquo;il soit gu\u00e8re fait mention de la qualit\u00e9 des avantages industriels accompagnant ces offres, par rapport \u00e0 la proposition am\u00e9ricaine). L\u00e0-dessus s&rsquo;ajoute un autre argument, lui aussi pr\u00e9sent\u00e9 comme d\u00e9cisif, et ainsi exprim\u00e9 dans la presse hollandaise: le JSF est le seul avion qui permette aux Pays-Bas, dans l&rsquo;avenir, d&rsquo;\u00eatre inter-op\u00e9rable avec les Am\u00e9ricains. Cette affirmation n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9 (voir plus haut le cas actuel du <em>Rafale<\/em> \u00e0 bord du <em>Charles-de-Gaulle<\/em>), d&rsquo;autant que le serpent de mer de l&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9 se r\u00e9duit \u00e0 un processus \u00e9lectronique de communication commun, selon les normes OTAN, install\u00e9 \u00e0 volont\u00e9 sur tout avion de combat moderne, et qui l&rsquo;est effectivement sur les avions de combat occidentaux. Par contre, l&rsquo;argument-JSF est int\u00e9ressant <em>a contrario<\/em>: comme on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit dans notre analyse d&rsquo;octobre dernier, le JSF propos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exportation \u00e0 l&rsquo;excellent prix dont les Hollandais font des gorges chaudes est d\u00e9pourvu ce syst\u00e8mes internes qui lui permettraient d&rsquo;\u00e9voluer hors des structures op\u00e9rationnelles am\u00e9ricaines (la fameuse structure am\u00e9ricaine dite <em>system of systems<\/em>). Pour avoir un avion complet \u00e0 cet \u00e9gard, avec \u00e9quipements rajout\u00e9s, on aurait un mod\u00e8le au prix largement major\u00e9 (les \u00e9valuations allant autour de $60 millions, certaines atteignant d\u00e9sormais $80 millions). Le mod\u00e8le propos\u00e9 aujourd&rsquo;hui aux Pays-Bas a cette \u00e9trange caract\u00e9ristique, dans nos temps de d\u00e9veloppement des structures de d\u00e9fense europ\u00e9ennes (PESD et compagnie), de n&rsquo;\u00eatre pas utilisable dans un environnement europ\u00e9en, avec des partenaires europ\u00e9ens (sans les Am\u00e9ricains).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour clore le chapitre du co&ucirc;t, un autre facteur doit \u00eatre ajout\u00e9. C&rsquo;est peut-\u00eatre la plus int\u00e9ressant et il expliquerait encore mieux certaines des craintes d&rsquo;Aboulafia (&laquo;&#8230;<em> if the U.S. military services follow their historical pattern of making numerous requirements changes along the way<\/em>&#8230;&raquo;). Il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9volution de la situation \u00e0 Washington.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Parano\u00efa \u00e0 Washington<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il y a un nouveau \u00ab\u00a0paysage\u00a0\u00bb \u00e0 Washington. Non seulement depuis le 11 septembre mais depuis quelques jours, depuis qu&rsquo;il s&rsquo;est confirm\u00e9 que l&rsquo;administration GW a ouvert toute grande les vannes budg\u00e9taires pour le DoD (premi\u00e8re mesure: un budget FY2003 <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=158\">augment\u00e9 de $48 milliards par rapport au pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>). Cela signifie une chose, essentiellement: le principe institu\u00e9 sous l&rsquo;administration Clinton est renvers\u00e9. L&rsquo;administration Clinton avait impos\u00e9 la r\u00e8gle selon laquelle, pour les programmes de d\u00e9fense et contrairement \u00e0 la coutume tout le long de la Guerre froide, la priorit\u00e9 \u00e9conomique l&#8217;emporterait sur la priorit\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 nationale. (On sait de quoi l&rsquo;on parle: la priorit\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 nationale, qui est de ne reculer devant aucun argument \u00e9conomique pour int\u00e9grer \u00e0 un syst\u00e8me les meilleures technologies possibles, est la cause principale de tous les d\u00e9passements de co&ucirc;t dont l&rsquo;histoire du Pentagone depuis 1947-48 est pleine.) La d\u00e9cision de GW, dans le climat de Grande Guerre contre la Terreur qu&rsquo;on conna&icirc;t, implique massivement ce renversement de priorit\u00e9s. On en revient \u00e0 la priorit\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 nationale, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on passe de Clinton \u00e0 Reagan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9sormais, il faut avoir comme r\u00e9f\u00e9rence la p\u00e9riode du r\u00e9armement Reagan (1981-86), en plus excessif et moins contr\u00f4l\u00e9e \u00e9conomiquement en raison du climat de mobilisation. Pour savoir ce qu&rsquo;a produit l&rsquo;\u00e9poque du r\u00e9armement Reagan, il suffit de rappeler le d\u00e9tail des co&ucirc;ts du d\u00e9veloppement des syst\u00e8mes d&rsquo;arme a\u00e9ronautiques de la p\u00e9riode :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le B-1B, bombardier strat\u00e9gique, version de relance dite \u00ab\u00a0\u00e9conomique\u00a0\u00bb (sans la g\u00e9om\u00e9trie variable) du bombardier B-1A de 1974, abandonn\u00e9 par Carter en 1977. En 1974, le B-1A \u00e9tait pr\u00e9vu \u00e0 $45 millions l&rsquo;unit\u00e9. Le B-1B, produit en 1981-85, a d\u00e9pass\u00e9 largement les $300 millions l&rsquo;unit\u00e9 (autour de $33 milliards pour 100 exemplaires), avec en plus l&rsquo;abandon de l&rsquo;ensemble ECM (contre-mesures \u00e9lectroniques) qui ne marchait pas et qui mena\u00e7ait d&rsquo;atteindre des co&ucirc;ts pharaoniques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;ATB\/B-2, bombardier strat\u00e9gique furtif, pass\u00e9 de 132 exemplaires \u00e0 $280 millions l&rsquo;exemplaire en 1982 \u00e0 21 exemplaires \u00e0 $2,2 milliards l&rsquo;exemplaire en 1991.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le chasseur ATF (actuel F-22 <em>Raptor<\/em>), d\u00e9marr\u00e9 en 1981, fix\u00e9 \u00e0 $37 millions l&rsquo;exemplaire en 1987, toujours en d\u00e9veloppement aujourd&rsquo;hui et dont le prix unitaire est situ\u00e9, aujourd&rsquo;hui encore, entre $180 et $200 millions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;ATA\/A-12, d\u00e9marrant en 1984, bas\u00e9 sur la technologie furtive, abandonn\u00e9 en 1991 \u00e0 cause des d\u00e9lais et des d\u00e9passements de co&ucirc;t, ainsi que des difficult\u00e9s techniques dans le domaine de la furtivit\u00e9. Ce dernier point est int\u00e9ressant pour ceux, non-Am\u00e9ricains, qui attendent d&rsquo;une participation au JSF des transferts de technologies : dans le cas du A-12, l&rsquo;USAF refusa de transf\u00e9rer sa technologie furtive \u00e0 l&rsquo;US Navy.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[Sur cette question, voici un extrait de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em>, Vol17, n&deg;08 (voir aussi notre rubrique <em>Contexte<\/em>, dans le prochain num\u00e9ro, Volume 17, n&deg;10, de <em>de defensa<\/em>) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <strong><em>Addendum : une pr\u00e9cision sur les perspectives du transfert de technologies<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>L&rsquo;un des arguments des coop\u00e9rations avec les &Eacute;tats-Unis, c&rsquo;est l&rsquo;avantage (pour les Europ\u00e9ens) du transfert de technologies US vers l&rsquo;Europe. Une r\u00e9cente pr\u00e9cision, qui est une r\u00e9v\u00e9lation dans ce domaine, permet d&rsquo;en tracer les limites d&rsquo;une fa\u00e7on draconienne. Dans le livre \u00a0\u00bbThe $5 billion Misunderstanding\u00a0\u00bb (Naval Institute Press, Annapolis, Maryland, 2001), l&rsquo;analyste de d\u00e9fense James P. Stevenson pr\u00e9sente une enqu\u00eate d\u00e9taill\u00e9e sur l&rsquo;histoire du General Dynamics A-12, avion de p\u00e9n\u00e9tration \u00e0 technologie furtive d\u00e9velopp\u00e9 pour l&rsquo;U.S. Navy \u00e0 partir de 1984 et abandonn\u00e9 en 1991. Le pr\u00e9facier Herbert L. Fenster (avocat qui a jou\u00e9 un r\u00f4le dans le proc\u00e8s General Dynamics versus l&rsquo;U.S. Navy \u00e0 propos de l&rsquo;abandon du A-12) pr\u00e9sente rapidement les causes de ce d\u00e9sastre bureaucratique. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est que ce projet devait utiliser des technologies (furtives) en possession de l&rsquo;USAF et que l&rsquo;USAF refusa de transf\u00e9rer \u00e0 la Navy (\u00a0\u00bbthe necessary technologies, [&#8230;] to the extent available, were under the close control of the air force, which was not about to share those technologies with the navy.\u00a0\u00bb). Cette situation de 1984-91 s&rsquo;est \u00e9videmment aggrav\u00e9e, comme on le constate avec les tensions entre armes aujourd&rsquo;hui (voir dd&#038;e, Vol17, n&deg;06, rubrique \u00a0\u00bbContexte\u00a0\u00bb). On imagine, avec cette r\u00e9f\u00e9rence, quel peut \u00eatre le sort des promesses et des espoirs de transferts de technologies des USA vers l&rsquo;Europe.<\/em> &raquo;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le JSF \u00e9tait (emploi du pass\u00e9 n\u00e9cessaire) un programme-Clinton, con\u00e7u par l&rsquo;\u00e9quipe Clinton selon le principe que la priorit\u00e9 \u00e9conomique l&#8217;emporterait sur la priorit\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 nationale (pour cette raison \u00e9galement, le principe <em>joint<\/em> &ndash; une m\u00eame cellule pour toutes les versions, USAF, Navy, Marines &ndash; fut adopt\u00e9e). C&rsquo;est dans ce cadre qu&rsquo;on envisagea la possibilit\u00e9 miraculeuse que le JSF renvers\u00e2t la tendance du Pentagone de l&rsquo;augmentation syst\u00e9matique des co&ucirc;ts des syst\u00e8me (l&rsquo;inversion de la fameuse \u00ab\u00a0loi d&rsquo;Augustine\u00a0\u00bb, d&rsquo;apr\u00e8s Norman Augustine ancien CEO de Lockheed Martin, qui nous dit qu&rsquo;en 2050, tout le budget DoD servira \u00e0 acheter un avion de combat, qui servira chaque semaine trois jours avec l&rsquo;USAF, trois jours avec la Navy et un avec le Marine Corps). Cette bonne intention de l&rsquo;\u00e9quipe Clinton de renverser l&rsquo;inflation des co&ucirc;ts ne vaut plus rien aujourd&rsquo;hui puisque nous voil\u00e0 de retour \u00e0 la m\u00e9thode Reagan : priorit\u00e9 absolue \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale et plus aucune consid\u00e9ration d&rsquo;\u00e9conomie n&rsquo;arr\u00eatera la bureaucratie du DoD d&rsquo;ajouter encore et encore, tel et tel syst\u00e8me, avec les millions de dollars d&rsquo;augmentation qui d\u00e9filent. Devant cela, les Europ\u00e9ens n&rsquo;auront qu&rsquo;\u00e0 se taire et \u00e0 d\u00e9compter les miettes du d\u00e9sastre, comme ils le firent <em>il illo tempore<\/em> (comme ils firent pour le F-111, autre programme am\u00e9ricain <em>joint<\/em>, que la RAF britannique dut abandonner en 1966 \u00e0 cause des augmentations de co&ucirc;t, alors qu&rsquo;elle avait abandonn\u00e9 en 1964 son beau TSR-2 pour l&rsquo;avion am\u00e9ricain).<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La corruption de l&rsquo;esprit europ\u00e9en<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Est-il n\u00e9cessaire de noter que cette affaire JSF\/Pays-Bas a une dimension politique, qu&rsquo;elle n&rsquo;a en fait que cette dimension-l\u00e0 pour la rendre digne d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et particuli\u00e8rement importante? Le choix du JSF par les Pays-Bas serait un coup mortel port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique militaire europ\u00e9enne, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;industrie strat\u00e9gique qui conditionne la puissance. On a vu qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucun argument \u00e9conomique et op\u00e9rationnel s\u00e9rieux pour le choix du JSF, qu&rsquo;au contraire il y a des arguments \u00e9conomiques et op\u00e9rationnels s\u00e9rieux contre ce choix. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;argument politique doit jouer un r\u00f4le essentiel ? Oui et non.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est caract\u00e9ristique de noter, comme par contraste, comme par contre-pied si l&rsquo;on veut, que nombre de sources europ\u00e9ennes certainement peu suspectes d&rsquo;indulgence pour les Pays-Bas notent que ce pays est, de loin, le plus exigeant dans le processus de constitution d&rsquo;une Force de R\u00e9action Rapide europ\u00e9enne cr\u00e9dible. Il n&rsquo;y a donc pas de politique hollandaise anti-europ\u00e9enne syst\u00e9matique, en ce qui concerne la d\u00e9fense, et m\u00eame au contraire. C&rsquo;est une bonne nouvelle et une heureuse surprise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce contexte, le choix du JSF pourrait appara&icirc;tre d&rsquo;autant moins compr\u00e9hensible politiquement. Ce ne serait pas si \u00e9tonnant. La faveur dont jouit le JSF dans certains quartiers du monde politique hollandais est une \u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb tout court plus qu&rsquo;une r\u00e9elle affaire politique, &ndash; et l&rsquo;on comprend bien ce que cela veut dire, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il faut placer cette \u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb dans la logique du choix de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re (US) <em>Apache<\/em> par les Hollandais, en 1997, et des r\u00e9seaux d&rsquo;influence \u00e9tablis par les Am\u00e9ricains \u00e0 cette occasion. La question du choix \u00e9ventuel du JSF n&rsquo;est une r\u00e9elle affaire politique que lorsqu&rsquo;on la consid\u00e8re du point de vue europ\u00e9en. C&rsquo;est alors qu&rsquo;elle prend toute sa dimension et qu&rsquo;un tel choix appara&icirc;t \u00e0 sa vraie lumi\u00e8re, un choix si catastrophique qu&rsquo;il serait, s&rsquo;il \u00e9tait fait, historiquement jug\u00e9 comme une trahison de la logique et de la puissance europ\u00e9enne. C&rsquo;est une lourde et malheureuse responsabilit\u00e9 pour les Pays-Bas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les commentateurs s&#8217;emploient \u00e0 tenter de nous d\u00e9montrer que notre \u00e9poque est compliqu\u00e9e. Ils n&rsquo;ont pas raison. Cette \u00e9poque n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que celle d&rsquo;une corruption si compl\u00e8te de l&rsquo;esprit et de sa psychologie qu&rsquo;on la jugerait presque comme parfaite et achev\u00e9e, et l&rsquo;on sait bien qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de plus simple au monde, de moins complexe politiquement, que la corruption en toutes choses. Cette affaire JSF\/Pays-Bas est un exemple de cette situation, &ndash; un exemple, voulons-nous dire, et l&rsquo;on s&rsquo;en doute, de la corruption absolue de l&rsquo;esprit europ\u00e9en que l&rsquo;on constate aujourd&rsquo;hui dans nombre de ces milieux politiques des pays europ\u00e9ens qui ne parlent que d&rsquo;Europe. Une d\u00e9finition de notre \u00e9poque, de notre \u00e9poque si simple, est mieux rendue par ce mot de Jacques Maritain, qui l&rsquo;appliquait \u00e0 sa propre \u00e9poque (la fin des ann\u00e9es 1920, des temps qui ressemblent tant aux n\u00f4tres) : &laquo; <em>un d\u00e9sordre \u00e9tabli.<\/em> &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Hollande, le JSF et le destin de l&rsquo;Europe Le cabinet hollandais devrait se prononcer vendredi 1er f\u00e9vrier sur la question des avions de combat, et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur la question de la participation au programme am\u00e9ricain JSF (F-35). 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