{"id":64997,"date":"2001-10-14T00:00:00","date_gmt":"2001-10-14T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/10\/14\/semaine-du-8-octobre-au-14-octobre-2001\/"},"modified":"2001-10-14T00:00:00","modified_gmt":"2001-10-14T00:00:00","slug":"semaine-du-8-octobre-au-14-octobre-2001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/10\/14\/semaine-du-8-octobre-au-14-octobre-2001\/","title":{"rendered":"Semaine du 8 octobre au 14 octobre 2001"},"content":{"rendered":"<p><h3>L&rsquo;OTAN \u00e0 l&rsquo;ombre du nouveau monde de l&rsquo;apr\u00e8s-9\/11<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis le d\u00e9but de la crise du 11 septembre 2001, on n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans noter combien l&rsquo;OTAN se trouvait en marge de l&rsquo;action. Le 26 septembre, \u00e0 la r\u00e9union des ministres de la d\u00e9fense, l&rsquo;Am\u00e9ricain Paul Wolfowitz \u00e9tait venu dire \u00e0 ses coll\u00e8gues que le Pentagone n&rsquo;avait pas besoin de l&rsquo;OTAN. A la suite de cette prise de position, qui avait eu un \u00e9cho public consid\u00e9rable et consid\u00e9rablement f\u00e2cheux, l&rsquo;OTAN avait fait d&rsquo;urgence le si\u00e8ge de Washington. Le pr\u00e9sident GW Bush avait alors, dans un discours, affirm\u00e9 que l&rsquo;OTAN restait \u00ab <em>the cornerstone<\/em> \u00bb de la politique am\u00e9ricaine de s\u00e9curit\u00e9. Cela ne mange pas beaucoup de pain. Ensuite, bons princes et habiles manoeuvriers (il se rappellent tout de m\u00eame que l&rsquo;OTAN leur fut utile), les Am\u00e9ricains avaient rectifi\u00e9 et fait quelques demandes d'\u00a0\u00bbaide\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;OTAN, dont la plus spectaculaire et la plus d\u00e9risoirement spectaculaire fut l&rsquo;envoi de quatre avions de surveillance AWACS dans le ciel du continent nord-am\u00e9ricain, pour surveiller le <em>home front<\/em>, \u00e0 plus de 10.000 kilom\u00e8tres de v\u00e9ritable front. Ces quatre avions envoy\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re\u00a0\u00bb, cela ressemblait effectivement \u00e0 un symbole de ce qui appara\u00eet de plus en plus comme la chute de l&rsquo;OTAN, et cela t\u00e9moignait de la psychologie sommaire de ceux qui sont charg\u00e9s des relations publiques (donc, on le suppose, de l'\u00a0\u00bbimage\u00a0\u00bb de l&rsquo;OTAN).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors, il faut pr\u00eater attention <a href=\"http:\/\/argument.independent.co.uk\/commentators\/story.jsp?story=99633\" class=\"gen\">\u00e0 l&rsquo;article que Charles Grant<\/a> a publi\u00e9 le 16 octobre dans <em>The Independent<\/em>. Grant, ancien journaliste de <em>The Economist<\/em>, depuis reconverti en expert \u00e0 la mode, directeur d&rsquo;un centre de r\u00e9flexion (Center for European Reform) \u00e9galement \u00e0 la mode, passe avec beaucoup de raisons diverses et circonstanci\u00e9s pour assez proche de Tony Blair. C&rsquo;est Grant qui, en septembre 1998, avait diffus\u00e9 sur le mode semi-confidentiel une \u00e9tude sur l&rsquo;Europe avec un important volet d\u00e9fense, qui annon\u00e7ait l&rsquo;\u00e9volution britannique sur la question et le sommet de Saint-Malo de d\u00e9cembre 1998. Grant explique dans son article du 16 octobre, sous le chapeau d&rsquo;un titre provocateur (\u00ab <em>Does this war show that Nato no longer has a serious military role ?<\/em> \u00bb), combien l&rsquo;OTAN va devoir changer tr\u00e8s profond\u00e9ment, se transformer radicalement sous peine de se voir d\u00e9finitivement confin\u00e9e \u00e0 sa marginalisation effective depuis le 11 septembre. Pour quelles raisons ? C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9vidence qui y r\u00e9pond, qui s&rsquo;est construite r\u00e9guli\u00e8rement depuis d\u00e9cembre 1998, sous les yeux extr\u00eamement inattentifs des atlantistes et des otaniens, persuad\u00e9s de la p\u00e9rennit\u00e9 presque magique de l&rsquo;institution qu&rsquo;ils ch\u00e9rissent. D\u00e9cembre 1998 : Saint-Malo et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une Europe de la d\u00e9fense (PESD), suite \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution d\u00e9cisive des Britanniques ; cela signifie que les missions de crise en Europe, au moins celles-l\u00e0, \u00e9chapperont de plus en plus, dans le futur, \u00e0 l&rsquo;OTAN pour \u00eatre transf\u00e9r\u00e9es aux Europ\u00e9ens ; mars-juin 1999 : la guerre du Kosovo, qui fut alors pr\u00e9sent\u00e9 comme la sauvegarde de l&rsquo;OTAN (l&rsquo;OTAN classique, militaire), et qui fut en r\u00e9alit\u00e9 son enterrement, parce que les Am\u00e9ricains, qui tiennent l&rsquo;OTAN sous perfusion depuis dix ans, sortirent du conflit avec l&rsquo;id\u00e9e simple du \u00ab\u00a0plus jamais \u00e7a\u00a0\u00bb : plus jamais une v\u00e9ritable guerre de coalition, o\u00f9 tous les participants ont un mot \u00e0 dire, o\u00f9 tel pays peut d&rsquo;un veto interdire aux g\u00e9n\u00e9raux am\u00e9ricains friands de plaies et de bosses de disposer d&rsquo;un objectif. [Sur ce dernier point, Charles Grant note joliment, et on appr\u00e9ciera surtout la parenth\u00e8se pour ce qu&rsquo;elle dit du sentiment r\u00e9el des Britanniques vis-\u00e0-vis des pratiques guerri\u00e8res des Am\u00e9ricains et des freins qui furent mis par certains, surtout les Fran\u00e7ais : \u00ab <em>For example, France annoyed the US Air Force by blocking the bombing of Belgrade&rsquo;s bridges (thank God for French stubborness, many of us will say)<\/em> \u00bb.] A partir de ces deux moments, l&rsquo;OTAN \u00e9tait priv\u00e9e de ses deux \u00e9chappatoires pour une reconversion : les crises de basse intensit\u00e9 en Europe, les grandes guerres conventionnelles partout dans le monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPragmatique, Grant laisse entendre que l&rsquo;OTAN, aujourd&rsquo;hui, si elle veut survivre, doit vite fait se reconvertir en grande organisation politique pan-europ\u00e9enne. Pour cela, elle doit en passer par la Russie, parce qu&rsquo;une telle orientation ne peut s&rsquo;envisager qu&rsquo;avec l&rsquo;active implication de la Russie, et cela veut dire au bout du compte qu&rsquo;il ne faudrait pas s&rsquo;\u00e9tonner qu&rsquo;on parle de plus en plus s\u00e9rieusement de la Russie dans l&rsquo;OTAN. Poutine n&rsquo;est pas contre et, aujourd&rsquo;hui, il y a peu de chose que Washington veuille refuser aux Russes. Il faut donc lire cet article avec int\u00e9r\u00eat, et avec d&rsquo;autant plus d&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il est sign\u00e9 Grant, que Grant est un proche de Blair, qui est Premier ministre du Royaume-Uni, et que le Royaume-Uni \u00e9tait jusqu&rsquo;aux derni\u00e8res nouvelles le plus ardent d\u00e9fenseur de l&rsquo;OTAN, ses ors et ses pompes.<\/p>\n<h3>L&rsquo;Afghanistan, c&rsquo;est \u00ab <em>the fog of the war<\/em> \u00bb plus la complication orientale<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre entre-t-elle dans sa phase d\u00e9cisive ? Les \u00e9missions radio et TV qui ont accompagn\u00e9, vendredi 19 et samedi 20 octobre, l&rsquo;annonce des premi\u00e8res incursions am\u00e9ricaines, t\u00e9moignaient bien du caract\u00e8re \u00e9trange o\u00f9 se m\u00e9langent le path\u00e9tique, le d\u00e9risoire et la complexit\u00e9. L&rsquo;annonce hautement m\u00e9diatis\u00e9e d&rsquo;op\u00e9rations qui devraient \u00eatre par d\u00e9finition secr\u00e8te, et qui se r\u00e9sument \u00e0des d\u00e9placements d&rsquo;unit\u00e9s qui comptent quelques dizaines d&rsquo;hommes, a bien du mal \u00e0 soutenir la comparaison avec la couverture m\u00e9diatis\u00e9e des attentats du 11 septembre, et, au-del\u00e0, avec la couverture d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre de la guerre du Golfe de 1990-91, voire avec celle du conflit du Kosovo du printemps 1999. Ainsi se poursuit cette guerre, entre les imp\u00e9ratifs d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 compl\u00e8tement virtualis\u00e9e, avec ses imp\u00e9ratifs m\u00e9diatiques, ses imp\u00e9ratifs des discours politiques, ses imp\u00e9ratifs d&rsquo;affirmation d&rsquo;une guerre \u00ab\u00a0globale\u00a0\u00bb, d&rsquo;une guerre \u00ab\u00a0contre la Terreur\u00a0\u00bb, d&rsquo;une \u00ab\u00a0nouvelle guerre froide\u00a0\u00bb, et la r\u00e9alit\u00e9 platement vraie, sur le terrain. L&rsquo;anecdote mi-guerri\u00e8re, mi-politicienne (!), que rapporte <a href=\"http:\/\/www.smh.com.au\/news\/0110\/20\/world\/world4.html\" class=\"gen\">Christopher Kremmer, du Morning Herald de Sidney,<\/a> est significative : un chef de guerre taliban, avec 4.000 hommes, encercl\u00e9 par l&rsquo;Alliance du Nord, qui se rallie ; puis qui repasse aux Talibans deux jours plus tard, &mdash; fa\u00e7on comme une autre de briser un encerclement ; et fa\u00e7on comme une autre de proposer une illustration acceptable de complexit\u00e9 peu commune du conflit afghan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCombien de temps durera cette guerre ? Est-ce si important ? D&rsquo;ailleurs, s&rsquo;agit-il d&rsquo;une guerre ? Ne s&rsquo;agit-il pas, plut\u00f4t, de l&rsquo;illustration, saisissante de la r\u00e9alit\u00e9 du d\u00e9sordre complet qui, aujourd&rsquo;hui, caract\u00e9rise la situation internationale ? En Afghanistan, on trouve tout, les basses manoeuvres de la politique dans tous les sens, les int\u00e9r\u00eats secrets des grands et des moins grands, les enchev\u00eatrements des complexit\u00e9s tribales, les trafics de drogue et des armes, les magouilles des SR de tout poil et des chefs de guerre de sac et de corde, la si courte distance qui s\u00e9pare la fid\u00e9lit\u00e9 de la tra\u00eetrise, les manipulateurs \u00e9tiquet\u00e9s alli\u00e9s fid\u00e8les du jour au lendemain, les exc\u00e8s extraordinaires des emportements religieux et les exc\u00e8s non moins extraordinaires du monde virtualiste qui est la nouvelle religion de l&rsquo;Occident, la relativit\u00e9 des mots, des jugements, des politiques, l&rsquo;aspect path\u00e9tique et d\u00e9risoire de ce qui fait figure de trag\u00e9die dans notre \u00e9poque. Nous aurons bien du mal \u00e0 continuer \u00e0 repr\u00e9senter ce conflit tel que nous l&rsquo;avons con\u00e7u au d\u00e9part : le Bien contre le Mal, la modernit\u00e9 contre l&rsquo;archa\u00efsme, l&rsquo;esprit des Lumi\u00e8res contre l&rsquo;obscurantisme int\u00e9griste et ainsi de suite. Le chaudron afghan, le d\u00e9sordre afghan, l&rsquo;\u00e9trange guerre afghane o\u00f9 la mise en sc\u00e8ne virtualiste n&rsquo;a plus d\u00e9sormais le moindre lien avec la r\u00e9alit\u00e9, est une fid\u00e8le repr\u00e9sentation de la crise g\u00e9n\u00e9rale qui affecte non pas un syst\u00e8me, ni m\u00eame une civilisation, mais l&rsquo;ensemble des relations politiques, sociales et psychologiques de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. En d&rsquo;autres termes, et en tenant un compte rigoureux et pr\u00e9cis de la cascade d&rsquo;interdits et de conformisme o\u00f9 \u00e9volue d\u00e9sormais la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine et les piliers qui la sous-tendent, Hollywood aura bien du mal \u00e0 sortir de cette \u00e9trange aventure afghane quelques films h\u00e9ro\u00efques et financi\u00e8rement juteux, et o\u00f9 les susceptibilit\u00e9s et les int\u00e9r\u00eats de tous ne soient pas trop \u00e9gratign\u00e9s, et o\u00f9 il y a un Gentil qui triomphe \u00e0 la fin, et un M\u00e9chant qui est puni comme il se doit.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;OTAN \u00e0 l&rsquo;ombre du nouveau monde de l&rsquo;apr\u00e8s-9\/11 Depuis le d\u00e9but de la crise du 11 septembre 2001, on n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans noter combien l&rsquo;OTAN se trouvait en marge de l&rsquo;action. 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