{"id":64998,"date":"2001-10-21T00:00:00","date_gmt":"2001-10-21T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/10\/21\/semaine-du-15-octobre-au-21-octobre-2001\/"},"modified":"2001-10-21T00:00:00","modified_gmt":"2001-10-21T00:00:00","slug":"semaine-du-15-octobre-au-21-octobre-2001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/10\/21\/semaine-du-15-octobre-au-21-octobre-2001\/","title":{"rendered":"Semaine du 15 octobre au  21 octobre 2001"},"content":{"rendered":"<p><h3>Avec l&rsquo;attaque bioterroriste, le d\u00e9bat s&rsquo;\u00e9largit : d\u00e9sormais, il y a un front int\u00e9rieur et un lien avec la crise fondamentale de notre \u00e9poque<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;\u00e9tait un bruit qui courait depuis une grosse semaine. D\u00e9sormais, les choses se pr\u00e9cisent, notamment avec <a href=\"http:\/\/www.washingtonpost.com\/wp-dyn\/articles\/A59509-2001 Oct 26.html\" class=\"gen\">cet article du Washington Post du 26 octobre<\/a>, co-sign\u00e9 par un journaliste du calibre de Bob Woodward (un des deux journalistes du Watergate), et manifestement aliment\u00e9 par des sources officielles, \u00e0 la CIA et au FBI. Pour une fois, les deux agences qui ne cessent de se tirer dans les pattes sont d&rsquo;accord : pour l&rsquo;offensive bioterroriste de l&rsquo;anthrax, il devient de plus en plus n\u00e9cessaire d&rsquo;envisager la piste int\u00e9rieure (l&rsquo;offensive lanc\u00e9e \u00e0 partir des USA eux-m\u00eames). C&rsquo;est-\u00e0-dire que, brusquement, dans tous les cas pour l&rsquo;analyse g\u00e9n\u00e9rale et officielle, on doit prendre en compte le fait qu&rsquo;il y a d\u00e9sormais un front int\u00e9rieur aux USA. Les \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre et ce qui suit prennent une nouvelle dimension, qui est une dimension d&rsquo;une logique dont l&rsquo;un des termes, d\u00e9sormais, pourrait \u00eatre une situation de d\u00e9stabilisation g\u00e9n\u00e9rale des USA. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est \u00e9videmment facilit\u00e9 par la strat\u00e9gie inepte (c&rsquo;est-\u00e0-dire, l&rsquo;absence de strat\u00e9gie) suivie en Afghanistan, avec l&rsquo;absence de r\u00e9sultats qui en d\u00e9coule, et l&rsquo;ensemble donne une indication significative de la st\u00e9rilit\u00e9 et l&rsquo;impuissance o\u00f9 est parvenue la composante militaire du syst\u00e8me : une \u00e9norme masse hyper-sophistiqu\u00e9e et de plus en plus incapable de peser sur les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;elle d\u00e9clenche et pr\u00e9tend contr\u00f4ler.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa piste int\u00e9rieure pour le bioterrorisme, c&rsquo;est \u00e9videmment un retour et une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette situation chronique des ann\u00e9es 1990, o\u00f9 des incidents graves, attentats, interventions f\u00e9d\u00e9rales, etc, signalaient \u00e9pisodiquement l&rsquo;existence d&rsquo;un malaise profond aux \u00c9tats-Unis. La chose avait \u00e9t\u00e9 act\u00e9e avec la fameuse carte bleu-rouge : la carte des r\u00e9sultats \u00e9lectoraux 50-50 si contest\u00e9s de l&rsquo;\u00e9lection de novembre 2000, avec la partie en bleu du centre et du sud des USA compl\u00e8tement acquise \u00e0 GW Bush, et la partie en rouge des c\u00f4tes est et ouest acquise \u00e0 Al Gore. Bien s\u00fbr, les r\u00e9sultats politiques, notamment l&rsquo;\u00e9quivalence contestable des courants exprim\u00e9s et des candidats, n&rsquo;avaient d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que dans la mesure o\u00f9 ils fixaient la fracture extraordinairement brutale de l&rsquo;Am\u00e9rique en deux. Ben Laden a d\u00fb beaucoup regarder cette carte avant de d\u00e9cider son attaque, si l&rsquo;on en croit les interpr\u00e9tations disant que son but \u00e9tait de provoquer un choc initial, qui conduirait \u00e0 une r\u00e9action en cha\u00eene mettant \u00e0 nu, et brutalement, la division interne des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;une des manifestations visibles de cette situation de division du pays, ce fut, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, d\u00e8s l&rsquo;attaque de la secte de Waco en 1993 (une centaine de morts \u00e0la suite de l&rsquo;attaque des forces f\u00e9d\u00e9rales contre un rassemblement de la secte des Davidiens), l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;existence d&rsquo;un courant anti-f\u00e9d\u00e9ral tr\u00e8s fort quoique restant souvent souterrain, avec diverses organisations extr\u00e9mistes, des milices priv\u00e9es arm\u00e9es, des causes d&rsquo;apparence mercantiles ou de vie pratique mais \u00e0 forte signification politique indirecte (comme le droit de poss\u00e9der une arme), etc. Ce serait faire montre d&rsquo;une affligeante pauvret\u00e9 intellectuelle que de renvoyer cet ensemble d&rsquo;activit\u00e9s, d&rsquo;incidents, d&rsquo;incertitudes, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tiquette convenue des analyses de salon de \u00ab\u00a0fascisme\u00a0\u00bb ou d'\u00a0\u00bbextr\u00eame-droite\u00a0\u00bb. Ce mouvement s&rsquo;inscrit indiscutablement dans la bataille fondamentale de notre temps, entre les forces d\u00e9structurantes de la globalisation, anti-nationales, pr\u00e9datrices des souverainet\u00e9s et des diff\u00e9rences, et la r\u00e9sistance et\/ou la contre-attaque des structures en place ou en \u00e9volution, des traditions structurantes, etc. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne rassemble dans un combat similaire des forces totalement \u00e9trang\u00e8res et m\u00eame antagonistes selon les crit\u00e8res des \u00e9poques anciennes (fascisme et extr\u00eame-droite, convoqu\u00e9s pour \u00e9tiqueter les mouvements internes US, font partie du lot). Quelque forme qu&rsquo;elle prenne selon l&rsquo;interpr\u00e9tation des offices de propagande virtualiste du syst\u00e8me o\u00f9 l&rsquo;on ranime r\u00e9guli\u00e8rement et opportun\u00e9ment le cadavre du fascisme pour r\u00e9aliser des rassemblements retardateurs, cette bataille interne US se r\u00e9f\u00e8re, elle, \u00e0 une bataille ancienne et fondamentale de l&rsquo;Am\u00e9rique, &mdash; entre les tenants de la tradition constitutionnelle am\u00e9ricaine du droit p\u00e9riph\u00e9rique contre le pouvoir \u00e0 tendance dictatoriale du centre (on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ce courant comme \u00e0 celui des jeffersoniens, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Thomas Jefferson), et, d&rsquo;autre part, les tenants du centralisme \u00e9conomique adversaire des droits des \u00c9tats contre le centre f\u00e9d\u00e9ral (les hamiltoniens, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0Alexander Hamilton). Ainsi, le conflit interne fondamental des USA rejoint-il la crise centrale de notre temps, qui n&rsquo;est pas le terrorisme malgr\u00e9 9\/11, mais bien l&rsquo;affrontement autour de la globalisation. Du coup, en d\u00e9bouchant sur le front int\u00e9rieur US, si cela se fait effectivement, la crise 9\/11 gagnerait des dimensions diff\u00e9rentes qui lui donnerait une importance nouvelle en la faisant entrer dans la probl\u00e9matique de cette crise centrale de notre temps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e9sormais, il ne faut plus se dissimuler que les r\u00e9sultats des activit\u00e9s militaires am\u00e9ricaines \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur auront des effets sur la stabilit\u00e9 int\u00e9rieure des \u00c9tats-Unis. En d&rsquo;autres mots, non seulement il y a deux fronts, un front int\u00e9rieur et un front ext\u00e9rieur, mais il y a d\u00e9sormais un lien entre les deux fronts. Plus encore, la situation \u00e9volue dans un sens o\u00f9 l&rsquo;on doit commencer \u00e0 admettre que la crise est en train de se modifier fondamentalement : \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la crise conjoncturelle (le terrorisme, ses causes, ses cons\u00e9quences) se tient, tapie, une crise bien plus grave et qui est structurelle, qui est la crise originelle de l&rsquo;Am\u00e9rique, qui correspond point par point \u00e0 la crise de d\u00e9structuration que conna\u00eet notre \u00e9poque.  <\/p>\n<h3>Le d\u00e9bat th\u00e9orique, m\u00e9diatique et impuissant sur la dur\u00e9e de la guerre &#8230;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le pragmatique et mod\u00e9r\u00e9 secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat Colin Powell, qui veut voir au plus vite <a href=\"http:\/\/asia.cnn.com\/2001\/US\/10\/21\/ret.afghanistan.attacks \/in dex.html\" class=\"gen\">la fin de la guerre en Afghanistan, avant la fin de l&rsquo;hiver<\/a> ; de l&rsquo;autre, un Cheney, moins pragmatique, qui annonce que <a href=\"http:\/\/www.online.ie\/news\/latest_world\/viewer.adp?article =15 50854\" class=\"gen\">la guerre peut durer \u00ab plus que notre vie \u00bb<\/a>. Puis Rumsfeld y va de sa pr\u00e9vision, qui est bien entendu apocalyptique et porte sur des g\u00e9n\u00e9rations ; puis l&rsquo;amiral Sir Michael Boyce, chef d&rsquo;\u00e9tat-major des forces arm\u00e9es britanniques, qui parle d&rsquo;un demi-si\u00e8cle et d&rsquo;une nouvelle Guerre froide. Et ainsi de suite. Ces d\u00e9clarations sont symboliques du blocage de la situation en Afghanistan, alors que la dur\u00e9e et le peu de r\u00e9sultats des op\u00e9rations a\u00e9riennes am\u00e9ricaines (sinon beaucoup de victimes civiles) ne cessent d&rsquo;accro\u00eetre la pression sur la situation au Pakistan, de plus en plus menac\u00e9 d&rsquo;une d\u00e9stabilisation interne catastrophique. Ces d\u00e9clarations sont surtout significatives d&rsquo;un sentiment d&rsquo;impuissance et d&rsquo;une certaine panique qui gagne les dirigeants am\u00e9ricains, avec, en flanc-garde, les dirigeants britanniques qui sont sur la m\u00eame gal\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre d&rsquo;Afghanistan est la premi\u00e8re vraie confrontation du monde compl\u00e8tement virtualis\u00e9 du Pentagone (du complexe militaro-industriel am\u00e9ricain) de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide. Le Golfe ne fut pas une vraie guerre, face \u00e0 un Saddam Hussein qui sembla manoeuvrer pendant six mois comme s&rsquo;il \u00e9tait le complice de la coalition ; le Kosovo ne fut pas une vraie guerre, parce que les Russes \u00e9taient l\u00e0 et forc\u00e8rent Milosevic \u00e0capituler. L&rsquo;Afghanistan, au contraire, est une vraie guerre de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide, une de ces \u00ab\u00a0guerres asym\u00e9triques\u00a0\u00bb insaisissables, o\u00f9 il faut bien se d\u00e9cider, \u00e0 un moment ou l&rsquo;autre, \u00e0 mettre pied \u00e0 terre, pour aller chercher ce qu&rsquo;on veut prendre et obtenir ce qui est le but de la guerre. D&rsquo;o\u00f9 cette campagne a\u00e9rienne, qui est une campagne d&rsquo;attente, une campagne d&rsquo;impuissance, dans ce cas des forces anglo-saxonnes (am\u00e9ricaines) qui veulent \u00e0 tout prix \u00e9viter des engagements qui peuvent tourner au d\u00e9sastre. Les r\u00e9actions r\u00e9elles ne concernent pas la guerre, mais l&rsquo;image de la guerre. On les reconna\u00eet dans l&rsquo;attitude de <a href=\"http:\/\/asia.cnn.com\/2001\/US\/10\/22\/ret.rumsfeld.media\/inde x.h tml\" class=\"gen\">Rumsfeld <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tvis-\u00e0-vis des m\u00e9dias<\/a>, qui s&rsquo;est brutalement durcie parce que les m\u00e9dias donnent une image de moins en moins affriolante (la r\u00e9alit\u00e9, apr\u00e8s tout) de la guerre ; ou encore, dans des projets inhabituels <a href=\"http:\/\/www.mediamonitors.net\/solomon49.html\" class=\"gen\">de propagande d\u00e9guis\u00e9s en relations publiques,<\/a> recherch\u00e9s par le Pentagone aupr\u00e8s d&rsquo;organisation de relations publiques, et dont on attendrait qu&rsquo;ils transformassent la r\u00e9alit\u00e9, simplement parce qu&rsquo;ils seraient une virtualit\u00e9 bien r\u00e9alis\u00e9e.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec l&rsquo;attaque bioterroriste, le d\u00e9bat s&rsquo;\u00e9largit : d\u00e9sormais, il y a un front int\u00e9rieur et un lien avec la crise fondamentale de notre \u00e9poque C&rsquo;\u00e9tait un bruit qui courait depuis une grosse semaine. 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