{"id":64999,"date":"2001-10-28T00:00:00","date_gmt":"2001-10-28T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/10\/28\/semaine-du-22-octobre-au-28-octobre-2001\/"},"modified":"2001-10-28T00:00:00","modified_gmt":"2001-10-28T00:00:00","slug":"semaine-du-22-octobre-au-28-octobre-2001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/10\/28\/semaine-du-22-octobre-au-28-octobre-2001\/","title":{"rendered":"Semaine du 22 octobre au 28 octobre 2001"},"content":{"rendered":"<p><h3>UK au centre de toute la r\u00e9flexion (et au centre de la crise occidentale), &mdash; d&rsquo;abord par ses r\u00eaveries imp\u00e9riales<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette semaine a finalement mis en pleine lumi\u00e8re le r\u00f4le particulier que joue le Royaume-Uni dans la crise. Tout s&rsquo;y trouve, &mdash; les tentations, les contradictions, les dures retrouvailles avec la r\u00e9alit\u00e9, et ainsi de suite, et, au bout du compte, les fameuses <em>special relationships<\/em> dont on ne cesse, \u00e0 Londres, depuis un demi-si\u00e8cle, et m\u00eame depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle si l&rsquo;on rappelle les premi\u00e8res tentatives de Cecil Rhode qui datent de 1875, d&rsquo;attendre monts et merveilles. L&rsquo;aspect le plus particulier, le plus exotique disons, de cette mise en \u00e9vidence du probl\u00e8me britannique dans la crise est certainement la mise en \u00e9vidence des ambitions que certains, au Royaume-Uni, entretiennent \u00e0 cet \u00e9gard. A la conf\u00e9rence du <em>Guardian<\/em> et du Royal United Services Institute (RUSI), le 31 octobre, l&rsquo;historien Nial Ferguson, qui a su se m\u00e9nager une r\u00e9putation de non-conformiste pour habiller une position assez classique de n\u00e9o-imp\u00e9rialiste britannique, a fait <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/waronterror\/story\/0,1361,58 3902,00.html\" class=\"gen\">une d\u00e9claration tonitruante,<\/a> &mdash; dans tous les cas, dont nous croyons qu&rsquo;on devrait la juger tonitruante. Ferguson invite les Am\u00e9ricains \u00e0 abandonner leur attitude classique d&rsquo;\u00ab <em>informal Empire<\/em> \u00bb, pour le r\u00f4le plus conforme \u00e0 la tradition historique de \u00ab <em>formal Empire<\/em> \u00bb. Ferguson est de cette cat\u00e9gorie assez inattendue aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;on qualifierait d&rsquo;isolationnisme britannique, c\u00e9l\u00e8bre pour sa th\u00e8se sur la guerre 14-18 selon laquelle les Britanniques auraient d\u00fb laisser les Fran\u00e7ais en d\u00e9coudre seuls avec les Allemands, se faire \u00e9craser par eux (aucun doute dans l&rsquo;esprit de Ferguson l\u00e0-dessus, quant \u00e0 la d\u00e9faite fran\u00e7aise, ce qui est vision tr\u00e8s anglo-conformiste de ce conflit), et s&rsquo;arranger d&rsquo;un empire allemand sur l&rsquo;Europe. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;isolationnisme de Ferguson (passant par un euroscepticisme de la plus belle eau) passe (cela n&rsquo;\u00e9tonnera personne) par des liens serr\u00e9s avec les USA, selon la th\u00e8se que le Royaume-Uni doit savoir orienter les USA vers l\u00e0 o\u00f9 il faut, bref \u00eatre le cerveau de cette masse \u00e9norme que sont les USA, avec les avantages qui en d\u00e9couleraient. (La th\u00e8se \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9labor\u00e9e, telle quelle, en 1944 ; au Foreign Office, notamment dans une note interne de mars 1944 rendue c\u00e9l\u00e8bre par la publication qu&rsquo;en fit John Charmley dans son excellent <em>Churchill&rsquo;s Grand Alliance<\/em> de 1994.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes arguments de Ferguson rel\u00e8vent de l&rsquo;analyse extr\u00e9miste qu&rsquo;on trouve chez les <em>neo-conservatives<\/em> (<em>neocons<\/em>) am\u00e9ricains, comme Wolfowitz, Perle, le s\u00e9nateur McCain et les collaborateurs de <em>Weekly Standard<\/em>. Ferguson demande des engagements arm\u00e9s des USA, des invasions, des occupations <em>manu militari<\/em>, etc, dans des pays exotiques comme l&rsquo;Irak, le Soudan, la Cor\u00e9e du Nord, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;habituelle liste des <em>rogue states<\/em>. Il fait une comparaison budg\u00e9taire, arguant que l&rsquo;Empire britannique, pour maintenir son domaine mondial au XIXe si\u00e8cle, ne d\u00e9pensa en pourcentage gu\u00e8re plus que ce que les USA consacrent \u00e0 la d\u00e9fense. L&rsquo;argument est s\u00e9duisant par sa promptitude, mais aussi extr\u00eamement court. D&rsquo;abord, et d\u00e9j\u00e0 de fa\u00e7on p\u00e9remptoire, avec le fait que ce que d\u00e9pensent les USA aujourd&rsquo;hui, transcrit en capacit\u00e9s militaires r\u00e9elles, est totalement insuffisant pour seulement amorcer les premi\u00e8res mesures vers une concr\u00e9tisation des projets de Ferguson. On oublie souvent, dans le d\u00e9bat sur les engagements que devraient ou non envisager les USA aujourd&rsquo;hui, que ce pays n&rsquo;a plus, tant s&rsquo;en faut, les moyens d&rsquo;une telle politique militaire. Actuellement, les USA ne pourraient d\u00e9ployer plus de huit divisions sur pied de guerre, apr\u00e8s un nombre respectable de semaines (de mois) de pr\u00e9paration, et ce serait encore insuffisant pour lancer une invasion massive conventionnelle de l&rsquo;Afghanistan. Il faudrait passer \u00e0 la mobilisation de r\u00e9serves, c&rsquo;est-\u00e0-dire commencer \u00e0 \u00e9tablir un v\u00e9ritable pied de guerre. Cela ne fait pas partie du sch\u00e9ma de l&rsquo;historien Ferguson, qui ne parle que d&rsquo;un fonctionnement guerrier\/imp\u00e9rial de temps de paix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe concept connu aujourd&rsquo;hui comme \u00ab <em>The New Imperialism<\/em> \u00bb, <a href=\"http:\/\/www.atimes.com\/c-asia\/CK06Ag01.html\" class=\"gen\">dont on parle beaucoup en ce moment<\/a> et dont Ferguson nous vante les m\u00e9rites, repose plus sur des nostalgies imp\u00e9riales que sur une vision post-moderne d&rsquo;un \u00ab\u00a0nouvel ordre mondial\u00a0\u00bb qui serait \u00e9videmment \u00e0 tr\u00e8s forte connotation anglo-saxonne, qui aurait l&rsquo;avantage, en passant, de ressusciter pour les Britanniques l&rsquo;ivresse de l&rsquo;\u00e9poque imp\u00e9riale. C&rsquo;est bien ce qui caract\u00e9rise cette crise, qui n&rsquo;a aucune borne, qui ne r\u00e9pond \u00e0 aucun crit\u00e8re connu : l&rsquo;exacerbation des esprits, l&rsquo;excitation des imaginations, le d\u00e9veloppement de grands projets th\u00e9oriques qui, \u00e0 d\u00e9faut de se concr\u00e9tiser, ont pour effet d&rsquo;alimenter la sp\u00e9culation des experts. Car cette crise est aussi, parmi ses multiples prolongements, l&rsquo;occasion d&rsquo;une tentative de r\u00e9surrection de la confr\u00e9rie des experts mise au ch\u00f4mage par la fin de la Guerre froide, d&rsquo;une tentative de r\u00e9surrection des grandes th\u00e8ses qui furent d\u00e9velopp\u00e9es par ces experts, bref l&rsquo;occasion d&rsquo;une tentative de re-conceptualisation du monde. On mesure, avec l&rsquo;exemple de Ferguson, \u00e0 quelle distance sid\u00e9rale la sp\u00e9culation se trouve d\u00e9sormais de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">UK au centre (suite) &#8230; &mdash; aussi et surtout, par les tourments face au comportement US.<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tA c\u00f4t\u00e9 de cela (\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la sp\u00e9culation Ferguson), il y a les r\u00e9alit\u00e9s. Cette semaine, au travers de diff\u00e9rents d\u00e9tails qui nous sont parvenus et\/ou ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s, la r\u00e9elle situation du Royaume-Uni appara\u00eet de plus en plus en pleine lumi\u00e8re. Hors des d\u00e9clarations et des descriptions dithyrambiques des agents de relations publiques de l&rsquo;\u00e9quipe Blair, on ne peut la qualifier autrement que par le qualificatif \u00ab\u00a0path\u00e9tique\u00a0\u00bb, principalement au travers du constat qu&rsquo;on peut faire de la fa\u00e7on dont les Am\u00e9ricains traitent les Britanniques. Du point de vue militaire, plusieurs textes, dont <a href=\"http:\/\/www.portal.telegraph.co.uk\/news\/main.jhtml?xml =\/news\/2001\/11\/04\/wwar104.xml&#038;sSheet=\/news\/2001\/11\/04\/ixhom e.html\" class=\"gen\">un du Daily Telegraph<\/a> publi\u00e9 le 4 novembre, qui contient des d\u00e9tails r\u00e9v\u00e9lateurs sur les rapports (ou, plut\u00f4t, les non-rapports) strat\u00e9giques entre Britanniques et Am\u00e9ricains, permettent de d\u00e9couvrir et de reconstituer une situation sans pr\u00e9c\u00e9dent : jamais les Britanniques n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 dans une telle situation de coalition o\u00f9 ils se trouvent compl\u00e8tement soumis \u00e0 une autorit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re, sans la moindre explication strat\u00e9gique, sans la moindre indication tactique d&rsquo;ensemble, alors que leur participation militaire est cons\u00e9quente et importante. Dans quelle position seront les militaires britanniques, et leur autorit\u00e9 politique, lorsque seront lanc\u00e9es des op\u00e9rations militaires \u00e0 terre, et que des contingents britanniques seront envoy\u00e9s en op\u00e9ration, avec les pertes in\u00e9vitables, selon une strat\u00e9gie sur laquelle ils n&rsquo;auront eu aucune influence, pour des buts de guerre dont ils ignoreront tout ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette position, autant que la position g\u00e9n\u00e9rale du Royaume-Uni aux c\u00f4t\u00e9s des USA dans un conflit de plus en plus impopulaire au Royaume-Uni m\u00eame, alimente et gonfle le m\u00e9contentement, dont on peut voir et mesurer les effets dans diff\u00e9rentes publications <a href=\"http:\/\/www.thetimes.co.uk\/article\/0,,262-2001372801,0 0.html\" class=\"gen\">dans la presse britannique<\/a>. C&rsquo;est toute la strat\u00e9gie de Tony Blair qui pourraient \u00eatre implicitement mise en question, avant d&rsquo;\u00eatre mise en cause. Blair d\u00e9veloppe une strat\u00e9gie de maximalisme, d&rsquo;alignement \u00e0100% sur les USA, parce qu&rsquo;il estime ainsi d\u00e9tenir deux cartes : une position d&rsquo;influence sans pareille sur les USA, qui permettrait \u00e9ventuellement de mod\u00e9rer ce pays dans certaines actions militaires qui peuvent \u00eatre d\u00e9stabilisantes ; un renforcement du statut du Royaume-Uni, notamment en Europe, par la position m\u00eame d&rsquo;alli\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9 et de \u00ab\u00a0brillant second\u00a0\u00bb des USA, donnant au Royaume-Uni un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 cette puissance. Cette logique s&rsquo;effondre si les USA traitent leur alli\u00e9 britannique en sous-fifre, tout juste bon \u00e0ex\u00e9cuter les ordres de l&rsquo;\u00e9tat-major de Central Command ; la logique est m\u00eame renvers\u00e9e et devient compl\u00e8tement n\u00e9gative. Ainsi, comme Tony Blair a pu le mesurer lors de ses d\u00e9placements dans les pays arabes (Arabie, Syrie, etc), la forte affirmation diplomatique du Royaume-Uni a surtout pour effet d\u00e9sormais que le Premier ministre britannique essuie dans ses visites toutes les rebuffades \u00e0 la limite de l&rsquo;humiliation que ces alli\u00e9s h\u00e9sitants et contraints de la coalition n&rsquo;osent infliger aux Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette position est \u00e9videmment d&rsquo;autant plus dramatique que l&rsquo;alternative est quasiment impensable : un d\u00e9gagement britannique, un desserrement de l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine dans ce conflit, dans ces moments de grande tension, reviendrait \u00e0 une rupture dramatique, aux cons\u00e9quences politiques incalculables. Le probl\u00e8me pos\u00e9 \u00e0 Blair est dramatique : comment arriver \u00e0 modifier le comportement am\u00e9ricain, pour que le Royaume-Uni retrouve une position plus digne et plus responsable, qui soit politiquement plus acceptable ? Probl\u00e8me d&rsquo;autant plus dramatique que les Britanniques n&rsquo;ont pas en face d&rsquo;eux une autorit\u00e9 politique solide et responsable. Le pouvoir am\u00e9ricain, dans cette crise, est de plus en plus \u00e9clat\u00e9. Chaque bureaucratie est ma\u00eetresse dans sa partie. Si les revendications britanniques d&rsquo;une position plus respectable dans la coalition sont soutenues par le State department de Powell, ce m\u00eame Powell n&rsquo;a quasiment aucun pouvoir sur le Pentagone. Les Britanniques sont dans cette position humiliante, face \u00e0 un Rumsfeld d\u00e9cha\u00een\u00e9 et tout entier absorb\u00e9 par les difficult\u00e9s qu&rsquo;il a \u00e0 convaincre ses g\u00e9n\u00e9raux d&rsquo;agir de fa\u00e7on plus d\u00e9cid\u00e9e et plus efficace. Les susceptibilit\u00e9s et les calculs soi-disant habiles des Britanniques sont le cadet de ses soucis.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UK au centre de toute la r\u00e9flexion (et au centre de la crise occidentale), &mdash; d&rsquo;abord par ses r\u00eaveries imp\u00e9riales Cette semaine a finalement mis en pleine lumi\u00e8re le r\u00f4le particulier que joue le Royaume-Uni dans la crise. 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