{"id":65033,"date":"2001-12-12T00:00:00","date_gmt":"2001-12-12T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/12\/12\/derriere-le-b-2-vs-le-f-22-le-jsf\/"},"modified":"2001-12-12T00:00:00","modified_gmt":"2001-12-12T00:00:00","slug":"derriere-le-b-2-vs-le-f-22-le-jsf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/12\/12\/derriere-le-b-2-vs-le-f-22-le-jsf\/","title":{"rendered":"Derri\u00e8re le B-2 vs le F-22, le JSF"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">R\u00e9forme au Pentagone, contestation du JSF<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit de l&rsquo;enseignement principal du conflit de l&rsquo;Afghanistan, qui est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 fortement discut\u00e9 au Pentagone, <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2001\/12\/11\/politics\/11BOMB.html?toda ysheadlines=&#038;page\">comme nous l&rsquo;indique un article du New York Times du 11 d\u00e9cembre<\/a>: le conflit entre les partisans des armes strat\u00e9giques de projection de force, dont le bombardier B-2 est un exemple-type et l&rsquo;exemple le plus volontiers mis en \u00e9vidence, et les partisans du maintien d&rsquo;une composante a\u00e9rienne tactique en l&rsquo;\u00e9tat. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, on trouve les r\u00e9formateurs civils du Pentagone, avec Andrew Marshall et autour du secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Rumsfeld, qui sont partisans d&rsquo;une relance de la production du B-2 ; de l&rsquo;autre, on trouve l&rsquo;USAF, l&rsquo;arme super-puissante au Pentagone mais qui est terroris\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de perdre la moindre de ses pr\u00e9rogatives. Le passage particuli\u00e8rement int\u00e9ressant de l&rsquo;article est celui-ci:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>\u00a0\u00bbAir Force strike fighters played a small role in the Afghan war,\u00a0\u00bb said one advocate of the B-2. \u00a0\u00bbYet the Air Force is scheduled to buy 2,200 short- range tactical aircraft in the coming decades, and zero bombers. For some of us, their portfolio seems unbalanced.\u00a0\u00bb But the Air Force has staunchly opposed buying more B-2&rsquo;s, in large part because the immense cost would almost certainly force it to slash other programs, including its highest-priority acquisition, the F-22 Raptor stealth fighter jet. Even the secretary of the Air Force, James Roche, a former Northrop executive, has strongly opposed buying more B-2&rsquo;s.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces tensions au Pentagone ont \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9es d&rsquo;autre part par un discours du pr\u00e9sident Bush, aujourd&rsquo;hui 12 novembre, o&ugrave; la n\u00e9cessit\u00e9 de transformer les forces arm\u00e9es est mise en \u00e9vidence. Selon la transcription qu&rsquo;en a faite le American Force Press Service (service officiel), le pr\u00e9sident a mis l&rsquo;accent sur les nouvelles priorit\u00e9s apparues avec le \u00ab\u00a0nouveau monde\u00a0\u00bb d&rsquo;apr\u00e8s le 11 septembre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>The first priority is to speed the transformation of the U.S. military. Actions in Afghanistan are pointing the way, he said. \u00a0\u00bbThese past two months have shown that innovative doctrine and high-tech weaponry can shape and then dominate an unconventional conflict,\u00a0\u00bb Bush said. <\/em>[&#8230;] <em>Even before Sept. 11, Bush and Defense Secretary Donald Rumsfeld urged transforming the military. \u00a0\u00bbWhat&rsquo;s different today is this sense of urgency: The need to build this future force while fighting this present war,\u00a0\u00bb Bush said. \u00a0\u00bbIt&rsquo;s like overhauling a car engine while you&rsquo;re going at 80 miles an hour. Yet we have no other choice. Our military has a new and essential mission. For states that support terror, it&rsquo;s not enough that the consequences are costly, they must be devastating.\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Derri\u00e8re le B-2 vs le F-22, le JSF<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans l&rsquo;article du New York <em>Times<\/em>, on mentionne essentiellement le F-22 en face du B-2, parce que ce chasseur est une sorte de <em>sacred cow<\/em> pour l&rsquo;USAF et que l&rsquo;attention va dans ce cas au plus spectaculaire. Ce n&rsquo;est l\u00e0 que la premi\u00e8re apparence du d\u00e9bat, le F-22 \u00e9tant un appareil qui pourrait \u00e9ventuellement pr\u00e9tendre \u00e0 des missions strat\u00e9giques qui le mettraient dans l&rsquo;architecture de combat comprenant \u00e9galement le B-2 et les autres bombardiers strat\u00e9giques (B-52 et B-1B). Le fondement du d\u00e9bat, et on le comprend bien avec le chiffre de 2.200 avions tactiques qui est \u00e9voqu\u00e9, c&rsquo;est \u00e9videmment le F-35, le Joint Strike Fighter, dont l&rsquo;USAF doit commander plus de 1.800 exemplaires (le reste des 2.200 \u00e9tant du F-22).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette bataille au Pentagone concernant la question des forces a\u00e9riennes paraissait in\u00e9vitable au vu de la structure de l&rsquo;offensive a\u00e9rienne sur l&rsquo;Afghanistan, comme nous le notions dans l&rsquo;analyse parue dans <em>de defensa<\/em> le 25 novembre et reproduite ci-dessous. Elle ne fait \u00e9videmment que commencer et va devenir l&rsquo;un des centres d&rsquo;attraction de la bataille pour la r\u00e9forme des forces arm\u00e9es, interrompue un temps avec la crise du 11 septembre, qui reprend plus forte que jamais, aliment\u00e9e par les arguments techniques et strat\u00e9giques n\u00e9s de cette crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il nous appara&icirc;t \u00e9vident que, dans cette question des forces a\u00e9riennes qui a pris encore plus d&rsquo;importance avec la campagne de l&rsquo;Afghanistan, le Joint Strike Fighter va devenir un enjeu fondamental et ce sera \u00e0 plus ou moins long terme un enjeu politique. L&rsquo;\u00e9volution qu&rsquo;on pr\u00e9voit devrait en effet fortement interf\u00e9rer dans le d\u00e9bat, \u00e9galement en cours, autour du choix possible du JSF par certains pays non-US, notamment europ\u00e9ens (<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=122\">voir notre analyse, sur ce site<\/a>, abordant cette question). Toutes ces p\u00e9rip\u00e9ties n&rsquo;ont rien d&rsquo;\u00e9tonnant. Elles confirment, en une nouvelle occasion, que les batailles inter-bureaucratiques de Washington tiennent une place essentielle dans la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale des &Eacute;tats-Unis et, par cons\u00e9quent, dans les relations internationales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>____________________<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[Ci-dessous, en compl\u00e9ment de cette analyse, nous pr\u00e9sentons le texte d&rsquo;une autre de nos analyses sur ce probl\u00e8me, paru pr\u00e9c\u00e9demment, le 25 novembre 2001, dans la rubrique <em>Contexte<\/em> du volume 17, n&deg;06 de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em>.]<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Le JSF <em>out-of-area<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9but 1991, une grave crise \u00e9clata entre le Royaume-Uni et la Belgique. Ce fut \u00ab\u00a0l&rsquo;affaire des obus\u00a0\u00bb : la Belgique refusait de livrer des obus au Royaume-Uni, qui en avait besoin pour sa campagne en Irak, les Belges ayant d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00eatre impliqu\u00e9s dans le conflit. Le Royaume-Uni prit tr\u00e8s mal la chose. L&rsquo;on parla de \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb de la solidarit\u00e9 occidentale. Les relations entre le Royaume-Uni en souffrirent durablement et l&rsquo;on dit que le veto britannique de 1995 \u00e0 la d\u00e9signation du Belge Jean-Luc Dehanne \u00e0 la pr\u00e9sidence de l&rsquo;UE doit tout \u00e0 la solide rancoeur de l&rsquo;\u00e9quipe John Major \u00e0 la suite de cette affaire des obus. Que dirait-on aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;affaire des <em>smart bombs<\/em> qui a oppos\u00e9 tr\u00e8s m\u00e9chamment l&rsquo;USAF et l&rsquo;U.S. Navy ? L&rsquo;affaire vaut d&rsquo;\u00eatre cont\u00e9e, telle que l&rsquo;a rapport\u00e9e le Washington <em>Times<\/em> du 7 novembre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;USAF ne peut utiliser ses forces tactiques en Afghanistan. Les avions qu&rsquo;elle utilise, des bombardiers B-1, B-2 et B-52, sont des syst\u00e8mes strat\u00e9giques \u00e0 tr\u00e8s grandes capacit\u00e9s pouvant intervenir \u00e0 partir de bases lointaines (des USA pour les B-2). Mais sa force a\u00e9rienne tactique (F-15E et F-16 principalement) est en g\u00e9n\u00e9ral peu, si pas utilis\u00e9e parce qu&rsquo;elle ne peut disposer de bases proches de l&rsquo;Afghanistan. Les pays voisins de l&rsquo;Afghanistan acceptent en g\u00e9n\u00e9ral de soutenir diplomatiquement les USA, voire de permettre le transit de forces terrestres et d&rsquo;un pont a\u00e9rien, mais ils ne permettent gu\u00e8re ou pas du tout \u00e0 des avions d&rsquo;armes am\u00e9ricains d&rsquo;effectuer des missions tactiques offensives. Le mieux que pourrait faire l&rsquo;USAF, et qu&rsquo;elle ne fait pas effectivement, serait d&rsquo;op\u00e9rer avec ses F-15E \u00e0 partir du Koweit, dans des missions de 12-14 heures de dur\u00e9e, avec multiples ravitaillements en vol, qui constitueraient un cauchemar logistique pour des r\u00e9sultats tr\u00e8s al\u00e9atoires. L&rsquo;essentiel des missions tactiques est laiss\u00e9 \u00e0 la Navy, qui d\u00e9ploie trois porte-avions dans l&rsquo;Oc\u00e9an Indien, au large du Pakistan, et intervient avec des missions offensives qui restent tr\u00e8s longues (plus de 1.500 kilom\u00e8tres), avec de nombreux ravitaillements en vol.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette situation tr\u00e8s \u00ab\u00a0tendue\u00a0\u00bb en termes tactiques et g\u00e9ographiques, diverses difficult\u00e9s sont apparues. Il y a eu la question des ravitailleurs en vol avec l&rsquo;incompatibilit\u00e9 entre les avions tactiques de la Navy et les ravitailleurs de l&rsquo;USAF (voir <em>dd&#038;e<\/em>, Vol17, n&lt;198&gt;05) ; il y a eu le constat de l&rsquo;insuffisance des moyens de la Navy avec trois porte-avions, et la difficult\u00e9 extr\u00eame pour elle d&rsquo;envisager d&rsquo;en faire venir un quatri\u00e8me &laquo; <em>La Navy est en train de chercher ce qu&rsquo;elle peut sacrifier, <\/em>disait au Washington <em>Times<\/em> du 7 novembre un officiel du Pentagone. <em>Elle a 12 porte-avions dans une guerre o&ugrave; nous en aurions besoin de 15.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Enfin, l&rsquo;affaire du manque de la Navy de munitions guid\u00e9es (<em>smart bombs<\/em>) pour ses missions tactiques. La Navy s&rsquo;est adress\u00e9e \u00e0 l&rsquo;USAF, dont les arsenaux sont bien fournis puisqu&rsquo;elle ne bouge pas. Mais l&rsquo;USAF a rechign\u00e9. Selon le terme, assez peu ordinaire si l&rsquo;on songe que l&rsquo;on est en temps de guerre et qu&rsquo;il s&rsquo;agit de services des m\u00eames forces arm\u00e9es, USAF et Navy &laquo; <em>n\u00e9gociaient<\/em> &raquo; (au moment du 7 novembre) pour envisager la cession d&rsquo;armes offensives de la premi\u00e8re \u00e0la seconde. (On ajoutera que la Lettre d&rsquo;Information <em>Inside the Pentagon<\/em> cite ses sources pour d\u00e9mentir l&rsquo;information du Washington <em>Times<\/em>. Manoeuvre de d\u00e9sinformation classique et particuli\u00e8rement rapide &mdash; il s&rsquo;agit du num\u00e9ro du 8 novembre de <em>Inside the Pentagon<\/em> &mdash; pour d\u00e9samorcer en catastrophe l&rsquo;information du Washington <em>Times<\/em>. Celle-ci est tout \u00e0 fait fond\u00e9e.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">USAF paniqu\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, aucune r\u00e9elle surprise. L&rsquo;incident est significatif des rapports existant entre les trois services des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines, non pas de fa\u00e7on accidentelle justement, mais de fa\u00e7on structurelle. Un fait plus int\u00e9ressant est la signification de cet incident, dans le cadre strat\u00e9gique de l&rsquo;Afghanistan, alors que, dans le cadre plus large de la \u00ab\u00a0guerre contre le terrorisme\u00a0\u00bb, il est admis d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale que ce th\u00e9\u00e2tre g\u00e9opolitique du Sud-Ouest asiatique constitue un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;intervention qui aura tendance \u00e0devenir classique, sinon prioritaire. (L&rsquo;existence des questions autour du p\u00e9trole du Caucase, des ol\u00e9oducs pour le transit de ce p\u00e9trole, rend cette r\u00e9gion encore plus sensible et encore plus susceptible d&rsquo;\u00eatre un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9rations pour les forces am\u00e9ricaines.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les conceptions strat\u00e9giques am\u00e9ricaines sont aujourd&rsquo;hui \u00e0 la crois\u00e9e des chemins ; elles le sont d\u00e9sormais d&rsquo;un point de vue pratique et pressant avec le conflit de l&rsquo;Afghanistan, alors qu&rsquo;elles ne l&rsquo;\u00e9taient jusqu&rsquo;alors que d&rsquo;un point de vue th\u00e9orique. Jusqu&rsquo;\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le Pentagone se reposait sur des r\u00e9alit\u00e9s et des certitudes d&rsquo;hier, c&rsquo;est-\u00e0-dire du temps de la Guerre froide. A cause des pressions suppos\u00e9es des forces sovi\u00e9tiques et des pressions id\u00e9ologiques du communisme, les USA avaient organis\u00e9 un r\u00e9seau d&rsquo;alliances tr\u00e8s puissant, marqu\u00e9 notamment par un r\u00e9seau de bases, d&rsquo;organisations militaires, permettant de disposer de points d&rsquo;appui avanc\u00e9s pour des op\u00e9rations a\u00e9riennes de projection de force. Encore n&rsquo;\u00e9tait-il pas question, durant la Guerre froide, de conflits comme celui de l&rsquo;Afghanistan. Dans l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-Guerre froide, il fut tenu pour acquis que ce r\u00e9seau d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 en place servirait aussi bien pour les nouveaux conflits qui se dessinaient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette affirmation ne fut pas vraiment mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve avant l&rsquo;actuel conflit d&rsquo;Afghanistan. La r\u00e9alit\u00e9 des faits inflige un d\u00e9menti que certaines r\u00e9flexions d\u00e9j\u00e0 en cours laissaient pr\u00e9voir. Il appara&icirc;t que les conditions des nouveaux conflits sont beaucoup moins nettes, beaucoup moins mobilisatrices dans le sens voulu par les Am\u00e9ricains. Les accords et les alliances divers sont soumis \u00e0 des pressions nouvelles. Les engagements sont h\u00e9sitants, mesur\u00e9s, et souvent aboutissent \u00e0 des demi-mesures. La situation autour de l&rsquo;Afghanistan en est une illustration \u00e9clatante : soutien politique discret, acc\u00e8s \u00e0 des bases logistiques, mais acc\u00e8s refus\u00e9 \u00e0 des bases pouvant abriter des syst\u00e8mes de projection de forces offensives. Les conditions g\u00e9opolitiques et id\u00e9ologiques de l&rsquo;\u00e9poque disent que ce type de situation tendrait \u00e0devenir probable, sinon classique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le probl\u00e8me devient d&rsquo;autant plus pressant que la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine s&rsquo;est de plus en plus orient\u00e9e vers la projection de force a\u00e9rienne, \u00e0cause du refus quasi-syst\u00e9matique de l&rsquo;engagement terrestre am\u00e9ricain. La situation d\u00e9crite devient alors une crise d&#8217;emploi tactique qui se traduit par le r\u00f4le disproportionn\u00e9 donn\u00e9 aux capacit\u00e9s de projection de force de l&rsquo;U.S. Navy, qui s&rsquo;av\u00e8rent proches d&rsquo;\u00eatre insuffisantes. La querelle USAF-Navy, illustrative des sp\u00e9cificit\u00e9s am\u00e9ricaines de cloisonnement des forces politico-militaires, s&rsquo;inscrit dans ce cadre comme elle en est l&rsquo;expression ; un expert du Pentagone cit\u00e9 par le Washington <em>Times<\/em> l&rsquo;explique de cette fa\u00e7on : &laquo; <em>Les planificateurs croient que l&rsquo;Air Force devrait toujours assurer l&rsquo;essentiel des forces tactiques offensives. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;Air Force a beaucoup plus d&rsquo;avions et de munitions offensives que la Navy. Mais, dans cette guerre, les avions tactiques de l&rsquo;USAF ne peuvent pas aller au combat. Alors, nous devons essayer d&rsquo;utiliser d&rsquo;une autre fa\u00e7on les munitions que l&rsquo;Air Force aurait du larguer d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0.<\/em> &raquo; Et nous passons, pour expliquer la querelle, directement \u00e0 la lutte constante pour le pouvoir et la puissance au sein des forces en pr\u00e9sence \u00e0 Washington : &laquo; <em>La Navy fait tout le travail et l&rsquo;Air Force panique compl\u00e8tement. Cette incapacit\u00e9 d&rsquo;agir est un \u00e9norme probl\u00e8me et chacun sait bien que cela va \u00eatre d\u00e9sormais l&rsquo;obsession de l&rsquo;Air Force.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\"><em>Quid<\/em> du JSF ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Quelle peut \u00eatre la r\u00e9action de l&rsquo;USAF et du Pentagone en g\u00e9n\u00e9ral ? L&rsquo;argument de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement exceptionnel ne pouvant plus \u00eatre accept\u00e9, et admettant au contraire que la guerre d&rsquo;Afghanistan est plut\u00f4t le mod\u00e8le des conflits \u00e0 venir, par cons\u00e9quent la difficult\u00e9 voire l&rsquo;impossibilit\u00e9 de disposer de bases tactiques \u00e0 port\u00e9e d&rsquo;action sera \u00e9galement la r\u00e8gle. Ces circonstances vont constituer un formidable acc\u00e9l\u00e9rateur pour la r\u00e9forme, qui a toutes les chances d&rsquo;aller dans un seul sens :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; parce que l&rsquo;USAF &laquo; <em>panique<\/em> &raquo; et sent qu&rsquo;elle joue sa pr\u00e9pond\u00e9rance dans les op\u00e9rations a\u00e9riennes, et qu&rsquo;elle va devoir r\u00e9agir tr\u00e8s vite ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; parce que la Navy ne tient pas \u00e0 remplacer l&rsquo;USAF dans son r\u00f4le de soutien tactique (elle n&rsquo;en a pas les moyens) et ne s&rsquo;opposera pas aux r\u00e9actions de l&rsquo;USAF dans ce domaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, la campagne en Afghanistan, confirmant celle du Kosovo et celle du Golfe, nous montre que la grande mission de la sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne tend de plus en plus \u00e0 devenir secondaire parce qu&rsquo;il y a de moins en moins de forces a\u00e9riennes capables de s&rsquo;opposer \u00e0 la sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne US, et que les adversaires potentiels des Am\u00e9ricains ne sont plus int\u00e9ress\u00e9s par cette forme d&rsquo;action (il s&rsquo;agit d&rsquo;une attitude renvoyant compl\u00e8tement \u00e0 la forme de guerre dite \u00ab\u00a0asym\u00e9trique\u00a0\u00bb : on n&rsquo;affronte pas l&rsquo;adversaire dans le domaine o&ugrave; sa force est incomparablement sup\u00e9rieure). Le probl\u00e8me pour l&rsquo;USAF va aller dans un sens d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 th\u00e9oriquement, mais avec d\u00e9sormais l&rsquo;aiguillon de la r\u00e9alit\u00e9 pressante du conflit : d\u00e9velopper au maximum les missions \u00e0 longue et tr\u00e8s longue distance avec des syst\u00e8mes ultra-pr\u00e9cis, \u00e0 tr\u00e8s grande sophistication, pour la frappe \u00e0grande distance \u00e9galement (tout cela sans r\u00e9el souci des r\u00e9sultats \u00e0 cet \u00e9gard en Afghanistan, &ndash; il n&rsquo;est question ici que des int\u00e9r\u00eats internes des diff\u00e9rents groupes de pression au Pentagone). Tout cela rencontre et renforce avec bonheur, du moins comme on le pensera \u00e0 Washington, l&rsquo;attitude du refus d&rsquo;engagement terrestre et tout ce qui s&rsquo;en rapproche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela implique la probabilit\u00e9 d&rsquo;une certaine mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des sch\u00e9mas habituels des missions tactiques \u00e0 grande architecture, avec un luxe de moyens divers (avions de soutien, d&rsquo;appui, avions de contr\u00f4le et de commandement, avions de sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne, avions d&rsquo;appui tactique, etc), qui n\u00e9cessitent de disposer de nombreuses bases a\u00e9riennes \u00e0proximit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre ; cela, au profit d&rsquo;un renforcement des sch\u00e9mas tactiques plus autonomes (avec comme vecteurs centraux les bombardiers strat\u00e9giques). Au cas o&ugrave; cette hypoth\u00e8se serait d\u00e9velopp\u00e9e dans les d\u00e9marches r\u00e9formistes au Pentagone, des questions importantes devraient \u00eatre pos\u00e9es \u00e0 propos de la programmation de l&rsquo;aviation tactique, et notamment de sa modernisation, essentiellement dans le cas de l&rsquo;USAF. Celle-ci se trouverait devant la n\u00e9cessit\u00e9 (qui ne lui d\u00e9pla&icirc;t pas n\u00e9cessairement) de pousser le d\u00e9veloppement des plate-formes strat\u00e9giques et des armes \u00e0 grande pr\u00e9cision aux d\u00e9pens des syst\u00e8mes tactiques. Si le chasseur Lockheed Martin F-22 devrait \u00e9chapper \u00e0 cette remise en cause, \u00e0 cause de son poids symbolique et de l'\u00a0\u00bbhabillage\u00a0\u00bb strat\u00e9gique dont l&rsquo;a charg\u00e9 l&rsquo;USAF, par contre le r\u00f4le et l&rsquo;utilit\u00e9 du JSF\/F-35 seraient directement mis en cause.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est un point int\u00e9ressant \u00e0 suivre \u00e0 l&rsquo;heure o&ugrave; le JSF\/F-35 vient de se voir propuls\u00e9 m\u00e9diatiquement, avec le choix de son contractant principal (Lockheed Martin), et qu&rsquo;il est l&rsquo;objet de pressions US consid\u00e9rables sur diff\u00e9rents pays alli\u00e9s pour une participation en coop\u00e9ration. Les op\u00e9rations en Afghanistan, comme toute guerre aussi fondamentalement asym\u00e9trique, doivent conduire \u00e0 mettre en question la logique op\u00e9rationnelle du JSF, dans la mesure o&ugrave; le JSF est l&rsquo;avion le plus structurellement con\u00e7u selon la tactique et l&rsquo;architecture de combat am\u00e9ricaines qui se r\u00e9v\u00e8lent aujourd&rsquo;hui obsol\u00e8tes avec la d\u00e9monstration de l&rsquo;Afghanistan. Ce conflit pourrait mettre en \u00e9vidence, assez ironiquement, la nouvelle la plus inattendue pour les experts z\u00e9l\u00e9s de la puissance a\u00e9rienne, et particuli\u00e8rement de l&rsquo;am\u00e9ricaine : le JSF est un avion du pass\u00e9, et, par cons\u00e9quent, un avion d\u00e9pass\u00e9.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9forme au Pentagone, contestation du JSF Il s&rsquo;agit de l&rsquo;enseignement principal du conflit de l&rsquo;Afghanistan, qui est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 fortement discut\u00e9 au Pentagone, comme nous l&rsquo;indique un article du New York Times du 11 d\u00e9cembre: le conflit entre les partisans des armes strat\u00e9giques de projection de force, dont le bombardier B-2 est un exemple-type&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3233,249,250,569],"class_list":["post-65033","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-b-2","tag-f-22","tag-jsf","tag-rumsfeld"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65033","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65033"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65033\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65033"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65033"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65033"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}