{"id":65041,"date":"2001-09-10T00:00:00","date_gmt":"2001-09-10T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/09\/10\/henri-massis-defense-de-loccident\/"},"modified":"2001-09-10T00:00:00","modified_gmt":"2001-09-10T00:00:00","slug":"henri-massis-defense-de-loccident","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2001\/09\/10\/henri-massis-defense-de-loccident\/","title":{"rendered":"Henri Massis &#8211;<strong><em>D\u00e9fense de l&rsquo;Occident<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><p>Henri Massis  D\u00e9fense de l&rsquo;Occident<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Entre Est et Ouest<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tA sa parution, en 1926, ce livre de Henri Massis eut un certain \u00e9cho. A l&rsquo;aide de conceptions \u00e9labor\u00e9es mais claires, et avec une documentation prodigieuse en citations et r\u00e9f\u00e9rences (c&rsquo;est un de ces livres dont on se demande si le texte des notes ne d\u00e9passe pas en volume le texte principal), il pr\u00e9sentait clairement et substantiellement un probl\u00e8me fondamental: l&rsquo;orientation de plus en plus extra-europ\u00e9enne de l&rsquo;Allemagne, ses accointances grandissantes avec des mouvements venus de l&rsquo;Est, comme le bolch\u00e9visme et l&rsquo;irrationnalisme asiatique. Massis d\u00e9finissait l&rsquo;un des facteurs fondamentaux de la r\u00e9flexion des ann\u00e9es 1920, d\u00e9cennie beaucoup plus riche et beaucoup plus \u00ab\u00a0ouverte\u00a0\u00bb que la d\u00e9cennie suivante, fig\u00e9e dans l&rsquo;antagonisme conceptuel des id\u00e9ologies, avec les totalitarismes et leur affrontement avec les d\u00e9mocraties qui allaient d\u00e9boucher sur la guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les ann\u00e9es 1920, deux courants critiques se d\u00e9veloppaient en Europe Occidentale (l&rsquo;Allemagne mise \u00e0 part), particuli\u00e8rement en France. Ils r\u00e9pondaient, chacun selon son orientation, \u00e0 la question: le v\u00e9ritable danger vient-il de l&rsquo;Ouest ou de l&rsquo;Est? La premi\u00e8re th\u00e8se \u00e9tait illustr\u00e9e par un fort courant de r\u00e9flexion qui touchait aussi bien les esprits sp\u00e9culatifs (Paul Valery, Roland Dorgel\u00e8s) que les romanciers (Louis-Ferdinand C\u00e9line et le passage sur les usines Ford de Detroit dans <em>Le Voyage au bout de la nuit<\/em>), voire des domaines plus populaires comme la bande dessin\u00e9e (<em>Tintin en Am\u00e9rique<\/em>). Cette th\u00e8se posait la question de savoir si l&rsquo;Am\u00e9rique, re-d\u00e9couverte \u00e0 l&rsquo;occasion de son entr\u00e9e en guerre dans la conflit europ\u00e9en en 1917, ne constituait pas un danger fondamental pour la civilisation, avec sa sauvagerie sociale et ses doctrines d\u00e9shumanisantes dont le \u00ab\u00a0fordisme\u00a0\u00bb (le travail \u00e0 la cha\u00eene d\u00e9velopp\u00e9 par Henry Ford) est l&rsquo;exemple le plus connu. Au contraire, la seconde th\u00e8se, illustr\u00e9e par le <em>D\u00e9fense de l&rsquo;Occident<\/em> de Massis, d\u00e9signait l&rsquo;Est comme source de tous les dangers: la d\u00e9rive irrationnelle de l&rsquo;Allemagne, sa collusion <em>de facto<\/em> avec le bolch\u00e9visme per\u00e7ue par Massis comme une resuc\u00e9e du panslavisme irrationnaliste, et, au-del\u00e0, les doctrines non moins irrationnalistes selon lui de l&rsquo;Asie, comme le bouddhisme. On voit la richesse de ce d\u00e9bat des ann\u00e9es 1920, combien il r\u00e9sume \u00e0 lui seul le XXe si\u00e8cle, combien il reste, dans une de ses composantes dans tous les cas, compl\u00e8tement d&rsquo;actualit\u00e9 aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien, Massis avait r\u00e9pondu: le danger vient de l&rsquo;Est. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de son analyse est de nous rafra\u00eechir la m\u00e9moire sur l&rsquo;Allemagne de la d\u00e9faite, principalement de 1918 \u00e0 1925. On garde de cette Allemagne des images de d\u00e9sarroi et de malheur (les tentatives r\u00e9volutionnaires, la r\u00e9pression, la crise \u00e9conomique, l&rsquo;hyper-inflation). Massis nous en propose une autre, qui vient s&rsquo;ajouter \u00e0 notre collection, et qui, peut-\u00eatre, y prendra la premi\u00e8re place. Il montre cette Allemagne vaincue, totalement an\u00e9antie psychologiquement, connaissant une p\u00e9riode de d\u00e9sarroi absolu (\u00ab<em>Le peuple allemand en 1918, <\/em>\u00e9crivait Thomas Mann, <em>\u00e9tait bris\u00e9 jusqu&rsquo;en ses profondeurs; il \u00e9tait mou comme un nouveau-n\u00e9<\/em>\u00bb); cette Allemagne disloqu\u00e9e trouvant pourtant la voie pour arriver \u00e0 extirper de la trag\u00e9die de la d\u00e9faite des causes indirectes et \u00e9tranges d&rsquo;exaltation, et donnant ainsi \u00e0 son \u00e2me des orientations nouvelles. Bien entendu, le fait que cette d\u00e9faite n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une demi-d\u00e9faite du point de vue op\u00e9rationnel (les troupes alli\u00e9es ne p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent pas en territoire allemand en temps de guerre), autant que le fait d&rsquo;un trait\u00e9 de Versailles apparu comme cette erreur aussit\u00f4t d\u00e9nonc\u00e9e par Keynes et par Bainville (trop dur ou pas assez dur), aident \u00e0 expliquer cette r\u00e9action si inattendue. Le romantisme de l&rsquo;esprit allemand, sa tendance \u00e0 la sp\u00e9culation extr\u00eame, fouett\u00e9s l&rsquo;un et l&rsquo;autre par l&rsquo;aspect tragique de la situation et par l&rsquo;effondrement psychologique surmont\u00e9, fournissent le reste de l&rsquo;explication, et justifient d&rsquo;autant d&rsquo;avancer l&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;une continuit\u00e9 r\u00e9tablie entre l&rsquo;Allemagne pangermaniste qui entre en guerre en 1914 et celle qui, au fond, se sort de son calvaire en niant la r\u00e9alit\u00e9 catastrophique de la d\u00e9faite de 1918. (L&rsquo;on rejoint ainsi compl\u00e8tement la th\u00e8se de Modris Eksteins avec son <em>Sacre du Printemps<\/em>, dont il est \u00e9galement rendu compte dans cette rubrique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMassis montre comment le catastrophisme de certains historien du d\u00e9clinisme (Spengler, Keyserling) est peu \u00e0 peu transf\u00e9r\u00e9 vers ce ph\u00e9nom\u00e8ne-concept que Spengler nomme <em>Le d\u00e9clin de l&rsquo;Occident<\/em>, qui est alors per\u00e7u comme quelque chose de diff\u00e9rent de l&rsquo;Allemagne et finalement d&rsquo;\u00e9tranger \u00e0l&rsquo;Allemagne qui se juge \u00e9pargn\u00e9e de ce d\u00e9clin gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9nergie, et qui conduit l&rsquo;Allemagne \u00e0 se tourner vers l&rsquo;Est pour en r\u00e9chapper et pour \u00e9chapper tout court \u00e0 ses pesanteurs occidentalles. Les hommes politiques eux-m\u00eames \u00e9pousent cette conception (\u00ab<em>Le soir tombe sur l&rsquo;Europe, <\/em>\u00e9crit Walter Rathenau, quelques mois avant d&rsquo;\u00eatre assassin\u00e9. <em>De plus en plus, tout nous oblige \u00e0 regarder vers l&rsquo;Est. Pour nous, Allemands, c&rsquo;est une question de vie ou de mort&#8230;<\/em>\u00bb). En r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;Allemagne sembla alors s&rsquo;exclure elle-m\u00eame de la communaut\u00e9 europ\u00e9enne et occidentale, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la civilisation europ\u00e9enne, comme on l&rsquo;en avait exclue en 1918. Elle reporta sur cette communaut\u00e9 \u00e0 laquelle elle tournait le dos la catastrophique situation qui l&rsquo;avait d&rsquo;abord affect\u00e9e, apr\u00e8s que l&rsquo;on lui en fait porter la responsabilit\u00e9 en m\u00eame temps que celle de la guerre \u00e0 la d\u00e9faite de 1918. Dans ce nouveau sch\u00e9ma, ce n&rsquo;\u00e9tait plus l&rsquo;Allemagne qui s&rsquo;effondrait, mais l&rsquo;Europe, et l&rsquo;Allemagne abandonnait l&rsquo;Europe \u00e0 son triste sort. Il n&rsquo;est \u00e9videmment pas surprenant que Hitler soit sorti de tout cela, bien qu&rsquo;il se soit agi, \u00e9videmment, du pire des prolongements possibles ; dans ce cas, et malgr\u00e9 la haine extraordinaire qui animait le nazisme \u00e0 l&rsquo;encontre du \u00ab\u00a0sous-homme\u00a0\u00bb slave, l&rsquo;appr\u00e9ciation de ceux qui consid\u00e8rent cette th\u00e8se est certes que Hitler \u00e9tait d&rsquo;abord un ph\u00e9nom\u00e8ne anti-occidental, ce que nourrit sa dimension anti-chr\u00e9tienne de quasi-Antechrist.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>D\u00e9fense de l&rsquo;Occident, 281 pages, Librairie Plon, Paris, 1926<\/em><\/strong><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Henri Massis D\u00e9fense de l&rsquo;Occident Entre Est et Ouest A sa parution, en 1926, ce livre de Henri Massis eut un certain \u00e9cho. 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