{"id":65073,"date":"2002-04-24T00:00:00","date_gmt":"2002-04-24T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/04\/24\/afghanistan-nos-contre-lecons-analyse-de-defensa-volume-17-n11-du-25-fevrier-2002\/"},"modified":"2002-04-24T00:00:00","modified_gmt":"2002-04-24T00:00:00","slug":"afghanistan-nos-contre-lecons-analyse-de-defensa-volume-17-n11-du-25-fevrier-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/04\/24\/afghanistan-nos-contre-lecons-analyse-de-defensa-volume-17-n11-du-25-fevrier-2002\/","title":{"rendered":"<strong><em>Afghanistan : nos contre-le\u00e7ons<\/em><\/strong> \u2014 <em>Analyse, de defensa Volume 17, n\u00b011, du 25 f\u00e9vrier 2002<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Afghanistan : nos contre-le\u00e7ons<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre d&rsquo;Afghanistan ou ce qui en tient lieu est finie et ne l&rsquo;est pas vraiment (pour les Fran\u00e7ais Alain Bauer et Xavier Raufer, \u00ab <em>la guerre ne fait que commencer<\/em> \u00bb,  titre de leur livre paru le 23 janvier 2002 ; on ne leur donne pas tort). Le point de vue g\u00e9n\u00e9ral est que, durant cette guerre, une nouvelle fa\u00e7ons de faire la guerre est arriv\u00e9e \u00e0 maturit\u00e9 (\u00ab <em>comes of age<\/em> \u00bb, disent les Am\u00e9ricains). Des choses nombreuses sont \u00e9num\u00e9r\u00e9es, qui marquent les grandes le\u00e7ons de cette nouvelle guerre moderne. Le cat\u00e9chisme en est l&rsquo;impressionnante puissance am\u00e9ricaine, &mdash; pas une sup\u00e9riorit\u00e9, non, encore plus, une puissance \u00e9voluant sur une autre plan\u00e8te ou tout comme ; et le cat\u00e9chisme de ce cat\u00e9chisme, comme un double sas quasi-mystique s\u00e9parant l&rsquo;Am\u00e9rique de ROW (<em>\u00ab\u00a0Rest Of the World\u00a0\u00bb, UK included<\/em>), c&rsquo;est le triomphe de la technologie la plus avanc\u00e9e dans les rudes paysages de l&rsquo;Afghanistan, au milieu des rudes cavaliers \u00e0-la-Kessel (mais pas insensibles aux dollars, comme la CIA et les Special Forces ont pu s&rsquo;en apercevoir, \u00a0et on y viendra). Tout cela passe par le triomphe de la puissance a\u00e9rienne, qui est, par excellence, la dimension mythique de la guerre am\u00e9ricaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire la guerre sans vraiment qu&rsquo;un seul pied am\u00e9ricain foule la poussi\u00e8re afghane, dans tous les cas pas avant que les choses soient bien s\u00e9curis\u00e9es, verrouill\u00e9es, aseptis\u00e9es, en un mot am\u00e9ricanis\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons une autre fa\u00e7on de voir. (\u00c9videmment.)<\/p>\n<h3>D&rsquo;abord (pour rappel) notre m\u00e9thodologie: nous proc\u00e9dons en compl\u00e8te subjectivit\u00e9, convaincu que l&rsquo;information est aujourd&rsquo;hui un instrument de manipulation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous proc\u00e9dons de mani\u00e8re diff\u00e9rente de ce qu&rsquo;il est traditionnellement recommand\u00e9 de faire dans le m\u00e9tier de l&rsquo;information et, par cons\u00e9quent, du commentaire. Nous nous en sommes expliqu\u00e9 de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale (voir <em>dd&#038;e<\/em>, Vol17, n\u00b008, rubrique <em>Contexte<\/em>). Pour nous, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;information n&rsquo;existe plus en tant que telle, pour autant qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;information de source officielle, et, particuli\u00e8rement, de l&rsquo;information des sources officielles am\u00e9ricaines, jusqu&rsquo;ici pourvoyeuses d&rsquo;un volume important des informations qui nous int\u00e9ressent, dans le domaine de la s\u00e9curit\u00e9, de la d\u00e9fense, de la strat\u00e9gie, etc. Depuis le 11 septembre 2001, de fa\u00e7on gradu\u00e9e mais sans la moindre ambigu\u00eft\u00e9 et sans beaucoup de nuances, \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine disons, les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines, particuli\u00e8rement le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Donald Rumsfeld, nous ont dit <em>in fine<\/em> que les informations \u00e9taient devenues une mati\u00e8re de combat et que celles qu&rsquo;ils nous communiqueraient d\u00e9sormais seraient trafiqu\u00e9es, transform\u00e9es, modifi\u00e9es, cach\u00e9es, pour correspondre au sens du combat men\u00e9. C&rsquo;est-\u00e0-dire que, d\u00e9sormais, on nous ment en toute franchise, sans dissimuler le moins du monde. Dont acte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut bien se faire \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution du monde. Nous proc\u00e9dons donc d\u00e9sormais selon nos propres sources, que nous \u00e9valuons \u00e0 l&rsquo;estime de notre jugement et de notre exp\u00e9rience, voire de notre bon sens, s&rsquo;il y en a ; selon les sources qu&rsquo;Internet peut nous fournir, selon l&rsquo;estime que nous en avons l\u00e0 aussi, parce qu&rsquo;il est manifeste que nombre de sources d&rsquo;information install\u00e9es sur Internet ne d\u00e9pendent  pas de ces sources qui nous mentent avec autant d&rsquo;aplomb ; selon notre exp\u00e9rience, notre bon sens, notre intuition, selon ce que nous avons pr\u00e9cis\u00e9ment de ces attributs psychologiques de la vie sociale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est notre M\u00e9thode. Nous tenons \u00e0 la pr\u00e9senter de fa\u00e7on cat\u00e9gorique, sans dissimulation, par souci de coh\u00e9rence avec nous-m\u00eames. Le lecteur se fait sa religion selon la connaissance qu&rsquo;il a de nous, selon ce que nous lui avons d\u00e9j\u00e0 apport\u00e9, selon la confiance qu&rsquo;il peut nous faire et ainsi de suite. Nous menons notre enqu\u00eate en permanence pour r\u00e9unir les \u00e9l\u00e9ments sur lesquels appuyer notre travail. Nous recommandons \u00e0 nos lecteurs de faire de m\u00eame quand ils nous lisent (et quand ils lisent les autres, et comment). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela est un excellent apprentissage permanent, une saine gymnastique de l&rsquo;esprit et nous ne manquerons pas de remercier le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense des \u00c9tats-Unis de nous avoir engag\u00e9s, involontairement mais qu&rsquo;importe, \u00e0 suivre cette voie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre ton peut para\u00eetre l\u00e9ger, nous assurons le lecteur que notre d\u00e9termination est pourtant enti\u00e8re et la mati\u00e8re que nous pr\u00e9sentons ici, d&rsquo;une particuli\u00e8re importance. C&rsquo;est avec cette M\u00e9thode que nous allons tenter de d\u00e9gager les le\u00e7ons du conflit afghan, de la p\u00e9riode approximativement qui va du 7 octobre au 15-30 novembre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous allons d\u00e9gager plusieurs le\u00e7ons, quatre exactement, qui seront toutes le produit d&rsquo;une appr\u00e9ciation extr\u00eamement critique de notre part, qui sont en r\u00e9alit\u00e9 des contre-le\u00e7ons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0La premi\u00e8re concerne l&#8217;emploi de la puissance a\u00e9rienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0La seconde concerne l&rsquo;usage et l&rsquo;utilit\u00e9 des armes de haute pr\u00e9cision.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0La troisi\u00e8me concerne la m\u00e9thodologie am\u00e9ricaine, telle qu&rsquo;elle a \u00e9volu\u00e9e et qu&rsquo;elle s&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9e durant ce conflit, notamment du point de vue du renseignement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La quatri\u00e8me concerne la r\u00e9alit\u00e9: qu&rsquo;est-ce que la guerre aujourd&rsquo;hui?<\/p>\n<h3>Premi\u00e8re contre-le\u00e7on, \u00a0\u00e0 propos de l&#8217;emploi de la puissance a\u00e9rienne, pourquoi, comment et avec quels effets dans la r\u00e9alit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsqu&rsquo;on se rappelle du probl\u00e8me de la d\u00e9fense a\u00e9rienne dans les ann\u00e9es 1960 (\u00e0 partir de la guerre du Viet-n\u00e2m) jusque dans les ann\u00e9es 1980 ; lorsqu&rsquo;on sait que l&rsquo;un des arguments, outre celui de la r\u00e9ciprocit\u00e9 face aux SS-20, pour l&rsquo;installation des <em>euromissiles<\/em> type-<em>Pershing<\/em> II en Europe, \u00e9tait l&rsquo;affirmation de l&rsquo;impossibilit\u00e9 pour des avions occidentaux type F-111, <em>Tornado<\/em>, B-52 et B-1B, de franchir les d\u00e9fenses a\u00e9riennes sovi\u00e9tiques malgr\u00e9 l&rsquo;arsenal de la guerre \u00e9lectronique (EF-111A, EA-6B, avions de suppression type <em>Wild Weasel<\/em>, AWACS, etc), on reste stup\u00e9faits devant les \u00e9v\u00e9nements des ann\u00e9es 1991-2001, et plus stup\u00e9faits encore que nul ne songe \u00e0 les relever dans ce sens pour en faire une le\u00e7on majeure de la guerre moderne. (On parle de la guerre r\u00e9elle, non pas de la guerre hypoth\u00e9tique contre une puissance hypoth\u00e9tique : cette id\u00e9e existe constamment derri\u00e8re notre propos.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, comme on l&rsquo;a vu avec la guerre du Golfe, celle du Kosovo, et encore plus, r\u00e9cemment, en Afghanistan, le probl\u00e8me de la d\u00e9fense a\u00e9rienne, et par cons\u00e9quent l&rsquo;hypoth\u00e8que de la bataille pour la sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne n&rsquo;existe plus. D\u00e9sormais, il y a ceux qui peuvent tout dans ce domaine et les autres, qui ne sont pas int\u00e9ress\u00e9s d&rsquo;y figurer. Ceux qui peuvent tout sont en nombre tr\u00e8s limit\u00e9 et ils font partie du m\u00eame monde, aux int\u00e9r\u00eats entrecrois\u00e9s et dont les querelles entre eux se vident, dans tous les cas jusqu&rsquo;\u00e0 nouvel ordre, sans faire usage des armes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[Ceux qui peuvent tout en fait d&rsquo;action militaire a\u00e9rienne sont les  \u00c9tats-Unis principalement, certains seraient tent\u00e9s de dire \u00ab\u00a0exclusivement\u00a0\u00bb ; un peu en arri\u00e8re, des pays comme la France, le Royaume-Uni, l&rsquo;Allemagne et le Japon peut-\u00eatre ; en arri\u00e8re encore, quelques restes de la Russie et quelques balbutiements de la Chine, avec quelques situations r\u00e9gionales o\u00f9 les acteurs poss\u00e8dent des capacit\u00e9s a\u00e9riennes respectables, mais tr\u00e8s loin des plus puissants \u00e0 cet \u00e9gard, comme l&rsquo;Inde et le Pakistan. Les seules hypoth\u00e8ses de guerre a\u00e9rienne structur\u00e9e se sont d\u00e9plac\u00e9es vers des situations r\u00e9gionales tr\u00e8s sp\u00e9cifiques, qui doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des exceptions \u00e0 la situation g\u00e9n\u00e9rale actuelle. Le cas exemplaire serait un conflit entre l&rsquo;Inde et le Pakistan.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut convenir que le triomphe de la puissance a\u00e9rienne (un peu dans le Golfe, au Kosovo, en Afghanistan) n&rsquo;est pas le r\u00e9sultat d&rsquo;un affrontement (guerre a\u00e9rienne) mais plut\u00f4t ce qu&rsquo;on d\u00e9finirait comme l&rsquo;utilisation maximale d&rsquo;un espace laiss\u00e9 compl\u00e8tement libre par l&rsquo;abdication de l&rsquo;autre bellig\u00e9rant, cet espace \u00e9tant utilis\u00e9 par une puissance d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 effectuer l&rsquo;essentiel de son action dans cette seule dimension. Il nous para\u00eet extraordinaire, dans ce cas, qu&rsquo;aucune exploration s\u00e9rieuse des cons\u00e9quences g\u00e9n\u00e9rales de ce ph\u00e9nom\u00e8ne au niveau technique, au niveau des \u00e9quipements notamment, n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 entreprise. Il nous para\u00eet extraordinaire que les seules le\u00e7ons que va tirer l&rsquo;U.S. Air Force d&rsquo;un tel conflit vont \u00eatre d&rsquo;envisager la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un nouvel avion de guerre \u00e9lectronique ; la n\u00e9cessit\u00e9 confirm\u00e9e d&rsquo;un avion de sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne tel que le F-22 <em>Raptor<\/em> (puisque nous avons eu une telle sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne, dit l&rsquo;USAF, il faut encore l&rsquo;accentuer avec le F-22) ; la n\u00e9cessit\u00e9 confirm\u00e9e d&rsquo;un avion d&rsquo;appui tactique tel que le JSF\/F-35 (puisque nous n&rsquo;avons pu nous servir de notre aviation tactique \u00e0 cause du manque de bases ad\u00e9quates pour cela, eh bien employons-nous \u00e0 continuer \u00e0 d\u00e9velopper cette aviation tactique). En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;USAF ne r\u00e9agit pas selon les r\u00e9alit\u00e9s et les n\u00e9cessit\u00e9s de cette guerre d&rsquo;Afghanistan et de ses effets d&rsquo;enseignement pour les prochaines guerres mais selon les r\u00e9alit\u00e9s et les n\u00e9cessit\u00e9s de sa programmation et de son statut au sein du Pentagone. Cela n&rsquo;a rien pour nous \u00e9tonner. La \u00ab\u00a0vraie guerre\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine est bien entendu celle des bureaucraties et des groupes de pression \u00e0 Washington, pas celle des paysages tourment\u00e9s et d\u00e9sertiques d&rsquo;Afghanistan. Pour l&rsquo;heure, la guerre washingtonienne ne nous int\u00e9resse pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar contre, il nous appara\u00eet que cette situation d\u00e9gag\u00e9e par les conflits de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es devrait conduire \u00e0 certaines remarques et interrogations concernant l&rsquo;avenir des forces a\u00e9riennes dans ce contexte o\u00f9 la guerre a\u00e9rienne a pris cette singuli\u00e8re dimension. Ces remarques valent essentiellement pour l&rsquo;Europe, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;Europe est (avec les USA) l&rsquo;autre principale partie prenante dans la conception et la production de syst\u00e8mes et de doctrines d&#8217;emploi de syst\u00e8mes dans la guerre a\u00e9rienne, et dans la mesure o\u00f9 la premi\u00e8re partie prenante (les USA) est elle-m\u00eame verrouill\u00e9e dans des enseignements qui renvoient \u00e0 la bataille bureaucratique du Pentagone plus que dans la guerre r\u00e9elle. Ces enseignements sont les suivants :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La composante de la guerre a\u00e9rienne est aujourd&rsquo;hui, du point de vue op\u00e9rationnel et \u00e0 moins d&rsquo;adopter le point de vue am\u00e9ricain (voir plus loin sur la conception de la guerre), une composante annexe. Par contre, cette composante est plus que jamais porteuse de puissance au niveau technologique, politique et commercial (voire culturel), notamment dans son r\u00f4le unificateur lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9tablir des alliances ou d&rsquo;avancer au niveau des exportations.  (Les Am\u00e9ricains ont compris cela, d&rsquo;instinct dirait-on, avec le JSF, en en faisant d&rsquo;abord une machine apte \u00e0 l&rsquo;exportation et en appelant des partenaires ext\u00e9rieurs \u00e0 participer au d\u00e9veloppement. A mesure que la bureaucratie militaire affirmera sa main-mise op\u00e9rationnelle sur le d\u00e9veloppement du programme, cette dimension se r\u00e9duira jusqu&rsquo;\u00e0 dispara\u00eetre. Ne resteront que les inconv\u00e9nients, comme la d\u00e9pendance compl\u00e8te des acheteurs \u00e9trangers du F-35 de l&rsquo;architecture de commandement et de contr\u00f4le US.) Par cons\u00e9quent, il reste essentiel de maintenir une activit\u00e9 de production \u00ab\u00a0de veille\u00a0\u00bb de syst\u00e8mes tr\u00e8s avanc\u00e9s qui affirment et maintiennent un statut politique, de les exporter en les consid\u00e9rant comme des outils politiques d&rsquo;influence et d&rsquo;alliance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Ces syst\u00e8mes tr\u00e8s avanc\u00e9s doivent accessoirement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s pour l&#8217;emploi, y compris, comme moyens de dissuasion \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;une puissance \u00e9galement \u00e9quip\u00e9e de tels syst\u00e8mes, dans l&rsquo;hypoth\u00e8se de situations extr\u00eames. Cette sorte de compromis implique la n\u00e9cessit\u00e9, pour \u00e9viter le plus possible la mise en place d&rsquo;une infrastructure tr\u00e8s co\u00fbteuse et dont l&rsquo;inutilit\u00e9 est quasiment garantie, de produire autant que possible des syst\u00e8mes autonomes charg\u00e9s d&rsquo;autant de fonctions autonomes que possibles (syst\u00e8mes polyvalents, pouvant effectuer des missions sol-air et sol-sol, syst\u00e8mes int\u00e9grant des sous-syst\u00e8mes de protection et de guerre \u00e9lectronique, etc). Il va de soi que le d\u00e9veloppement maximal et tr\u00e8s co\u00fbteux, pour des r\u00e9sultats bien douteux, de syst\u00e8mes d&rsquo;arme sp\u00e9cialis\u00e9s et de technologies comme la technologie de la furtivit\u00e9 dans leur d\u00e9veloppement le plus radicale, constitue une d\u00e9marche peu raisonnable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Les moyens d&rsquo;appui strat\u00e9gique de ces capacit\u00e9s de guerre a\u00e9rienne (moyens de guerre \u00e9lectronique, moyens de ravitaillement en vol, moyens de transport strat\u00e9giques) devraient \u00e9videmment \u00eatre rassembl\u00e9s dans des ensembles collectifs, cela valant essentiellement pour le cas europ\u00e9en. Cela constituerait un cas int\u00e9ressant de mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, d&rsquo;une part d&rsquo;un cas de transfert de souverainet\u00e9 aux moindres risques, d&rsquo;autre part des engagements pour les pays qui r\u00e9clament des transferts de souverainet\u00e9 de la part des grands pays mais refusent eux-m\u00eames des engagement politico-militaires significatifs.<\/p>\n<h3>Deuxi\u00e8me le\u00e7on, \u00a0de l&rsquo;usage et de l&rsquo;utilit\u00e9 des armes air-sol de haute pr\u00e9cision, avec l&rsquo;apparition du nouveau concept du ratage de haute pr\u00e9cision<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl a \u00e9t\u00e9 fait grand cas de l&rsquo;utilisation et du succ\u00e8s des armes air-sol de haute pr\u00e9cision, avec ce point suppl\u00e9mentaire, particuli\u00e8rement <em>sexy<\/em>, de soldats des Special Forces guidant ces armes \u00e0 bon port, gr\u00e2ce \u00e0 des d\u00e9signateurs laser ou autre, braqu\u00e9s sur les objectifs. Notre m\u00e9fiance \u00e0 propos de ces affirmations est infinie. Notre premier argument est celui de l&rsquo;\u00e9vidence, celui de l&rsquo;absence d&rsquo;objectifs. L&rsquo;Afghanistan est par essence un pays \u00ab\u00a0sans objectifs\u00a0\u00bb et les Talibans avaient organis\u00e9 un pouvoir sans \u00c9tat, sans structures, fond\u00e9 sur le seul radicalisme id\u00e9ologique. Cette absence d&rsquo;objectifs est confirm\u00e9 par une d\u00e9claration de Rumsfeld, particuli\u00e8rement agac\u00e9, d\u00e8s le 9 octobre (deux jours apr\u00e8s le d\u00e9but de l&rsquo;offensive !), \u00e0 une question d&rsquo;un journaliste qui \u00e9voquait la possibilit\u00e9 que l&rsquo;offensive e\u00fbt bien peu d&rsquo;objectifs \u00e0 se mettre sous la dent, \u00a0Rumsfeld, exc\u00e9d\u00e9, comme on l&rsquo;a vu souvent depuis, et r\u00e9pondant : \u00ab <em>We&rsquo;re not running out of fixing targets. Afghanistan is.<\/em> \u00bb (Conf\u00e9rence de presse du 9 octobre 2001.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourtant, le pilonnage va se poursuivre et la d\u00e9pense en munitions guid\u00e9es va \u00eatre consid\u00e9rable, \u00e0 un point o\u00f9 la Navy demandera \u00e0 l&rsquo;USAF, sans gu\u00e8re de succ\u00e8s au d\u00e9but, qu&rsquo;elle lui procure ce type de syst\u00e8mes parce qu&rsquo;elle craint d&rsquo;\u00eatre \u00e0 court. Alors, comment conna\u00eetre le r\u00e9sultat de cette offensive qui a tout de m\u00eame eu lieu ? La meilleure indication est donn\u00e9e par les pertes civiles. On observe que les bombardements par bombes inertes (les B-52 principalement) ont \u00e9t\u00e9 concentr\u00e9s sur les lignes de front, contre les forces talibans, dans des zones de combat d&rsquo;o\u00f9 les civils \u00e9taient absents. Cela permet de consid\u00e9rer qu&rsquo;une majorit\u00e9 \u00e9crasante des pertes civiles a \u00e9t\u00e9 le fait d&rsquo;attaques contre des objectifs ponctuels, dans des zones hors des abords imm\u00e9diats du front, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;attaques dites strat\u00e9giques \u00e0 l&rsquo;aide de munitions guid\u00e9es. Entre le 7 octobre et le 7 d\u00e9cembre, un comptage tr\u00e8s pr\u00e9cis et mod\u00e9r\u00e9 du professeur am\u00e9ricain Marc W. Herold indique 3767 civils tu\u00e9s par des bombardements US. Sur une p\u00e9riode plus longue (2 mois et 10 jours), lors du conflit du Kosovo, il y avait eu entre 500 et 1.000 tu\u00e9s civils, pour une activit\u00e9 a\u00e9rienne beaucoup plus intense (11.000 missions de guerre, la plupart des missions tactiques ponctuelles avec armes guid\u00e9es de pr\u00e9cision, contre autour de 4.000-6.000 missions de ce type, Navy et USAF combin\u00e9s). Cette augmentation vertigineuse des pertes civiles en Afghanistan, dans un pays beaucoup plus d\u00e9sertique que le Kosovo\/la Serbie, indique un nombre beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 de ratages de tirs de missiles \u00e0 guidage de haute pr\u00e9cision. Mais nous parlerons plus pr\u00e9cis\u00e9ment (!) de \u00ab\u00a0ratages de haute pr\u00e9cision\u00a0\u00bb : on ne rate pas la cible, on se trompe de cible ou bien c&rsquo;est une mauvaise cible qui est prise pour une bonne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre d&rsquo;Afghanistan a cr\u00e9\u00e9 par cons\u00e9quent ce concept nouveau de \u00ab\u00a0ratage de haute pr\u00e9cision\u00a0\u00bb. Avec une bombe inerte qui rate sa cible, deux choses sont possibles : le plus souvent, la munition explose n&rsquo;importe o\u00f9, elle est perdue sans grands d\u00e9g\u00e2ts ; parfois, elle touche un autre \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb et am\u00e8ne des d\u00e9g\u00e2ts injustifi\u00e9s et graves. Avec l&rsquo;arme de haute pr\u00e9cision, la situation devient plus claire : quand elle \u00ab\u00a0rate\u00a0\u00bb, \u00e0 part le cas d&rsquo;un incident m\u00e9canique, elle touche de plein fouet un autre \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb, un faux objectif. C&rsquo;est l\u00e0 une limitation consid\u00e9rable, dramatique de l&#8217;emploi des armes de haute pr\u00e9cision. Les Am\u00e9ricains ne songent pas \u00e0 s&rsquo;en pr\u00e9occuper parce qu&rsquo;ils ne font pas partie de notre monde, de ce monde o\u00f9 il y a des pertes civiles.<\/p>\n<h3>Troisi\u00e8me le\u00e7on,  La m\u00e9thodologie am\u00e9ricaine de la guerre, ou la poursuite de la cr\u00e9ation d&rsquo;un univers virtualiste<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est \u00e0 partir de  la remarque  que les Am\u00e9ricains \u00ab <em>ne font pas partie de notre monde<\/em> \u00bb que nous proposons la troisi\u00e8me contre-le\u00e7on. Loin de s&rsquo;adapter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 avec la pr\u00e9sence mesur\u00e9e de forces au sol, les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont fait qu&rsquo;ajouter dans cette dimension terrestre leurs conceptions virtualistes. Le nombre de fausses cibles nous invite \u00e0 consid\u00e9rer que l&rsquo;identification en g\u00e9n\u00e9ral, et, par cons\u00e9quent, la d\u00e9signation des cibles ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement d\u00e9ficientes, voire d\u00e9sastreuses. 4.000 tu\u00e9s par inadvertance dans une campagne d\u00e9crite comme compl\u00e8tement verrouill\u00e9e par l&rsquo;identification et la pr\u00e9cision, c&rsquo;est un si dramatique \u00e9chec qu&rsquo;une explication g\u00e9n\u00e9rale doit \u00eatre recherch\u00e9e. La m\u00e9thode constante du renseignement am\u00e9ricain, s&rsquo;appuyant sur des moyens automatiques qui pr\u00e9supposent une situation donn\u00e9e, correspondante aux conceptions am\u00e9ricaines, nous \u00e9claire l\u00e0-dessus. M\u00eame dans des pays et zones \u00e9trangers, ces conceptions am\u00e9ricaines continuent \u00e0 \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9es comme dominantes et irr\u00e9sistibles. Le travail de d\u00e9tection, de localisation et d&rsquo;identification de la CIA et des Special Forces s&rsquo;est appuy\u00e9 sur de puissants moyens de corruption. Les Am\u00e9ricains, dont on sait leur consid\u00e9ration pour leur propre dollar, n&rsquo;ont pas dout\u00e9 de la loyaut\u00e9 de leurs informateurs et de l&rsquo;exactitude de leurs renseignements. Ce mot d&rsquo;un chef de guerre pachtoune dit tout : \u00ab <em>Il suffit de dire aux Am\u00e9ricains qu&rsquo;il y a des combattants d&rsquo;Al Qa\u00efda dans tel village pour qu&rsquo;ils bombardent aussit\u00f4t.<\/em> \u00bb Cette attitude am\u00e9ricaine, pas vraiment nouvelle, est accentu\u00e9e par les moyens de communication permettant des r\u00e9actions tr\u00e8s rapides, un d\u00e9bat constant entre les seules sources am\u00e9ricaines avec introduction des donn\u00e9es ext\u00e9rieures dans la mesure o\u00f9 celles-ci s&rsquo;ins\u00e8rent dans le sch\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;appr\u00e9ciation de la guerre cr\u00e9\u00e9e par la machine de communication des Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes conclusions \u00e0 cet \u00e9gard ne font qu&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer une tendance fondamentale, observ\u00e9e tout au long des ann\u00e9es 1990 : la guerre, aujourd&rsquo;hui, est une quasi-exclusivit\u00e9 am\u00e9ricaine car il n&rsquo;y a que les Am\u00e9ricains qui semblent y trouver avantage, la survie de leur \u00e9norme syst\u00e8me \u00e9tant appuy\u00e9e sur la puissance du complexe militaro-industriel d&rsquo;une part et sur le maintien de la coh\u00e9sion et de la mobilisation de la population d&rsquo;autre part, et ces deux facteurs rencontr\u00e9s \u00e9videmment par la guerre. On ne pr\u00eatera ni dessein particulier ni machiav\u00e9lisme \u00e0 la direction am\u00e9ricaine : elle est autant asservie \u00e0 ce montage de la n\u00e9cessit\u00e9 de la guerre (le montage des causes apparentes telles que l&rsquo;expansion de l&rsquo;Empire, la d\u00e9fense de la <em>way of life<\/em> am\u00e9ricaine, l&rsquo;offensive de la culture, etc) qu&rsquo;elle n&rsquo;en est manipulatrice ; et lorsque les esprits sont du niveau du pr\u00e9sident GW, on comprend qu&rsquo;elle soit totalement asservie au montage qu&rsquo;elle r\u00e9alise. On comprend alors que le \u00ab\u00a0front\u00a0\u00bb d&rsquo;une guerre essentielle \u00e0 la survie am\u00e9ricaine est quasi-enti\u00e8rement <em>at home<\/em>. L\u00e0 se construisent les n\u00e9cessit\u00e9s de la guerre, s&rsquo;en fait la repr\u00e9sentation et en sont dress\u00e9s les n\u00e9cessit\u00e9s. La g\u00e9ographie du conflit s&rsquo;explique : c&rsquo;est moins en raison des capacit\u00e9s de communication (la fable techno habituelle) que des n\u00e9cessit\u00e9s politiques que le quartier-g\u00e9n\u00e9ral de la guerre se trouve \u00e0 plus de 10.000 kilom\u00e8tres du front, \u00e0 Tampa (si\u00e8ge du Central Command). Il importe d&rsquo;\u00eatre plus proche du Pentagone que de Kandahar car c&rsquo;est au Pentagone que tout se passe.<\/p>\n<h3>Quatri\u00e8me le\u00e7on,  Que reste-t-il de la guerre ? La guerre est d\u00e9sormais sans fin et son arme principal est le dollar corrupteur<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn a observ\u00e9 plus haut, \u00e0 propos de la question de la guerre a\u00e9rienne, que le triomphe de la puissance a\u00e9rienne ou ce qui est affirm\u00e9 comme tel \u00ab <em>n&rsquo;est en fait que l&rsquo;utilisation maximale d&rsquo;un espace laiss\u00e9 compl\u00e8tement libre par l&rsquo;abdication d&rsquo;un des bellig\u00e9rants, cet espace \u00e9tant utilis\u00e9 par une puissance d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 effectuer l&rsquo;essentiel de son action dans cette seule dimension<\/em> \u00bb. Est-ce la recette de la victoire ? Techniquement, les experts s&#8217;empressent de r\u00e9pondre positivement parce qu&rsquo;ils sentent bien qu&rsquo;il est temps de clore le d\u00e9bat, tant ce d\u00e9bat porte de consid\u00e9rations qui pourraient \u00eatre d\u00e9stabilisantes pour leur cause. Cela implique, pour r\u00e9pondre d&rsquo;une fa\u00e7on satisfaisante \u00e0 cette question qui est \u00e9videmment essentielle, qu&rsquo;il faut \u00e9videmment et imp\u00e9rativement sortir de la seule probl\u00e9matique technique, la probl\u00e9matique des experts. Il faut passer au niveau politique (ce que craignent les experts par-dessus tout). Il faut passer \u00e0 la d\u00e9finition du mot \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb dans ce nouveau contexte qui nous est propos\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend aussit\u00f4t ce que cette d\u00e9marche a de logique. Il nous appara\u00eet aller de soi que, si la d\u00e9finition m\u00eame de la guerre doit \u00eatre remise en question par les conflits qui se d\u00e9roulent, cette remise en question affectera aussi tous les composants de ce qui constitue une guerre. C&rsquo;est notamment le cas du concept de \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb. Pour \u00eatre plus concret, il suffit de s&rsquo;interroger \u00e0 propos de situations existantes : la victoire, est-ce la situation existante aujourd&rsquo;hui en Irak et dans la r\u00e9gion, la situation existante au Kosovo et dans la r\u00e9gion, la situation existante en Afghanistan et dans la r\u00e9gion ? (La pr\u00e9cision \u00ab <em>et dans la r\u00e9gion<\/em> \u00bb, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e pour chaque cas, a une importance capitale.) Il y a du champ pour la discussion. Pour quelqu&rsquo;un qui habite Los Angeles et vit au rythme du monde par l&rsquo;interm\u00e9diaire du JT de la CBS ou des infos en continu de la CNN, ces \u00ab\u00a0victoires\u00a0\u00bb peuvent para\u00eetre satisfaisantes ; pour quelqu&rsquo;un qui habite la Maison-Blanche et a l&rsquo;habitude de regarder les matches de football am\u00e9ricain \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, idem. Pour notre part, on comprend que nous serons plus r\u00e9serv\u00e9s. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa substance du d\u00e9bat sur la guerre est l\u00e0 : il ne suffit pas de dire que la guerre a chang\u00e9, il faut admettre que cela implique que tous les \u00e9l\u00e9ments qui composent ce ph\u00e9nom\u00e8ne nomm\u00e9 \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb ont aussi chang\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 le spectacle g\u00e9n\u00e9ral que nous donne la guerre aujourd&rsquo;hui : une guerre qui, lorsqu&rsquo;elle est proclam\u00e9e finie, ne l&rsquo;est pas du tout et, au contraire, s&rsquo;installe dans la permanence du d\u00e9sordre. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;appara\u00eet un \u00e9l\u00e9ment essentiel, qui est rest\u00e9 <em>covert<\/em> auparavant et qui, en perspective, prend une dimension fondamentale. C&rsquo;est m\u00eame, \u00e0 notre sens, le principal enseignement de la guerre post-moderne : le r\u00f4le corrupteur fondamental du dollar (du dollar puisque c&rsquo;est la monnaie g\u00e9n\u00e9rale et que cette guerre post-moderne est essentiellement am\u00e9ricaine). On l&rsquo;a vu tout du long de l&rsquo;engagement de l&rsquo;Afghanistan, et ce fut l&rsquo;une des principales missions des \u00e9quipes de la CIA et des Special Forces : acheter des alli\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire, dans la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre post-moderne, acheter des hommes de main. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL'\u00a0\u00bballiance\u00a0\u00bb avec les forces sur le terrain, si joliment vant\u00e9e par les experts (Colin Powell nous explique que la r\u00e9volution de cette guerre, c&rsquo;est \u00ab <em>d&rsquo;avoir r\u00e9ussi \u00e0 coordonner des syst\u00e8mes de technologie avanc\u00e9es avec des combattants du niveau du quart-monde<\/em> \u00bb),  cette \u00ab\u00a0alliance\u00a0\u00bb revient \u00e0 la capacit\u00e9 de corruption des combattants terrestres, d&rsquo;ailleurs tout d\u00e9sign\u00e9s pour cela puisque brigands, chefs de guerre, etc. On nous a fait de grandes th\u00e9ories sur le d\u00e9lai entre le d\u00e9but du bombardements des lignes talibans et l&rsquo;offensive de l&rsquo;Alliance du Nord. La r\u00e9alit\u00e9 est que ce d\u00e9lai \u00e9tait du \u00e0 deux choses : mener des n\u00e9gociations pour acheter le maximum de talibans et les faire d\u00e9serter et trouver un artifice comptable pour que le Pentagone d\u00e9gage des fonds permettant d&rsquo;acheter aux Russes les blind\u00e9s dont l&rsquo;Alliance avait besoin pour l&rsquo;offensive. Rien d&rsquo;autre. Aujourd&rsquo;hui, tout le monde sait qu&rsquo;un chef de guerre de bon poids se paye $200.000 en Afghanistan (37 auraient \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s par la CIA) et qu&rsquo;une victime civile d&rsquo;une \u00ab\u00a0erreur pr\u00e9cise\u00a0\u00bb de bombardement de l&rsquo;U.S. Air Force se paye de dix billets de $100 dollars pour chaque proche de la victime. Le premier ministre afghan, tout en confirmant certaines victimes civiles r\u00e9centes des \u00ab\u00a0erreurs pr\u00e9cises\u00a0\u00bb de l&rsquo;USAF, pr\u00e9cisait d&rsquo;un air entendu que \u00ab <em>les \u00c9tats-Unis d\u00e9dommagent tr\u00e8s vite et tr\u00e8s bien les victimes<\/em> \u00bb. De ce point de vue de la pr\u00e9dominance du dollar et de l&rsquo;universalit\u00e9 de la corruption, tout est en ordre : il s&rsquo;agit sans aucun doute de la globalisation de la guerre, encore plus dans l&rsquo;esprit que dans la lettre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPas de surprise, au reste. Avec la guerre post-moderne, les facteurs classiques d&rsquo;incorruptibilit\u00e9 ont disparu : la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une nation et l&rsquo;engagement id\u00e9ologique. On en est revenu aux guerres de bandits, de chefs de guerre, qui ne font la guerre que pour leurs int\u00e9r\u00eats. Rien de plus facile \u00e0 acheter, ou \u00e0 corrompre (ce deuxi\u00e8me terme est un peu d\u00e9plac\u00e9, non ?). La technique est apparue avec la Somalie en 1992-94, elle s&rsquo;est poursuivie avec la Bosnie et le Kosovo. Les Am\u00e9ricains ont vite compris cela, eux qui ont toujours su faire (on peut rappeler comment ils ont achet\u00e9 le soutien de la Mafia sicilienne en 1943, par l&rsquo;interm\u00e9diaire du gangster Lucky Luciano). On en revient aux guerres pr\u00e9-modernes o\u00f9 l&rsquo;on achetait les combattants, des rudes arbal\u00e9triers suisses aux <em>condottiere<\/em> de la Renaissance. La diff\u00e9rence est certes que les <em>condottiere<\/em> vous avaient une autre allure. L&rsquo;\u00e9poque aussi, d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe v\u00e9ritable enseignement de cette guerre est le constat de l&rsquo;entente parfaite entre bandits, sauvages et barbares d&rsquo;une part, \u00ab\u00a0civilis\u00e9s\u00a0\u00bb am\u00e9ricains de l&rsquo;autre. Son arme nouvelle, c&rsquo;est le dollar corrupteur. Est-ce une guerre r\u00e9volutionnaire ? On a la r\u00e9volution qu&rsquo;on peut.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Afghanistan : nos contre-le\u00e7ons La guerre d&rsquo;Afghanistan ou ce qui en tient lieu est finie et ne l&rsquo;est pas vraiment (pour les Fran\u00e7ais Alain Bauer et Xavier Raufer, \u00ab la guerre ne fait que commencer \u00bb, titre de leur livre paru le 23 janvier 2002 ; on ne leur donne pas tort). 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