{"id":65074,"date":"2002-04-24T00:00:00","date_gmt":"2002-04-24T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/04\/24\/semaine-du-15-au-21-avril-2002\/"},"modified":"2002-04-24T00:00:00","modified_gmt":"2002-04-24T00:00:00","slug":"semaine-du-15-au-21-avril-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/04\/24\/semaine-du-15-au-21-avril-2002\/","title":{"rendered":"<strong><em>Semaine du 15 au 21 avril 2002<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h3>Deux fa\u00e7ons de voir le vote extraordinaire du 21 avril 2002 en France, &mdash; la premi\u00e8re, de France m\u00eame<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a deux fa\u00e7ons de voir les r\u00e9sultats du premier tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles en France. La premi\u00e8re est de se placer du point de vue fran\u00e7ais. On constate alors qu&rsquo;il y a deux ans, un an, six mois, quatre mois, 12 ou 10 semaines, Le Pen \u00e9tait politiquement mort  et le FN d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9. Un peu plus proche de nous, on suivait la pitoyable com\u00e9die de ce m\u00eame Le Pen cherchant \u00e0 r\u00e9unir ses 500 signataires de maires pour pouvoir \u00eatre candidat, avec tous les coups fourr\u00e9s qu&rsquo;on imagine, et dans tous les sens. C&rsquo;est-\u00e0-dire que, de toutes les fa\u00e7ons et jusqu&rsquo;alors, ce candidat n&rsquo;\u00e9tait pas grand&rsquo;chose. Brusquement, c&rsquo;est un des deux pr\u00e9tendants \u00e0 la fonction pr\u00e9sidentielle. On a coutume de jouer sur le mot fameux en disant doctement que la politique est comme la nature, qu&rsquo;elle a horreur du vide. Il faut prendre la mesure du vide presque aussi grand que les \u00ab <em>espaces infinis<\/em> \u00bb de Pascal dans la vie politique fran\u00e7aise pour que soit finalement survenu ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9risoire et politiquement monstrueux du 21 avril, &mdash; et l&rsquo;on veut dire par l\u00e0 toutes les caract\u00e9ristiques du 21 avril, des 16 candidatures \u00e0 la deuxi\u00e8me place de Le Pen et \u00e0 la premi\u00e8re de Chirac (qui sera suivie sans doute de son \u00e9lection \u00e0-la-de Gaulle, un raz-de-mar\u00e9e \u00e9lectoral, comble de l&rsquo;imposture et pourtant imposture in\u00e9vitable, voire n\u00e9cessaire puisqu&rsquo;elle seule nous laisse quitte de Le Pen).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe premier tour mesure l&rsquo;effondrement de la vie politique fran\u00e7aise, effondrement o\u00f9 les acteurs principaux, quoiqu&rsquo;ils en aient et quelques qualit\u00e9s humaines qu&rsquo;ils aient, &mdash; car il se trouve qu&rsquo;ils en ont, &mdash; ont toutes les responsabilit\u00e9s. En d&rsquo;autres mots, le candidat unique de la r\u00e9publique et de la d\u00e9mocratie durant la campagne du premier tour, Chirac-Jospin ou Jospin-Chirac,  a toutes les responsabilit\u00e9s de cette situation surr\u00e9aliste du 21 avril 2002. Le geste de dignit\u00e9 de Jospin, quittant le tandem Chirac-Jospin pour annoncer, une fois les r\u00e9sultats connus, qu&rsquo;il se retirait de la vie politique, n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gale que son indignit\u00e9 \u00e0 n&rsquo;avoir pas mesur\u00e9, un peu comme on sent le roussi d&rsquo;un incendie qui couve, la situation extraordinairement indigne o\u00f9 se trouvait son pays, au niveau o\u00f9 lui-m\u00eame exer\u00e7ait sa fonction. Quant \u00e0 l&rsquo;autre partie du tandem (Chirac), sans doute ne s&rsquo;est-il aper\u00e7u de rien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout dans cette \u00e9lection ressembla donc \u00e0 cette folie que constitue l&rsquo;arriv\u00e9e en deuxi\u00e8me position du candidat du FN, rescap\u00e9 de luttes internes et de manoeuvres indignes pendant 20 ans. Le Pen lui-m\u00eame, estomaqu\u00e9 par un succ\u00e8s qui n&rsquo;est que la cons\u00e9quence de l&rsquo;\u00e9chec des autres et de l&rsquo;exercice par les Fran\u00e7ais de leur droit de citoyens \u00ab\u00a0pour le <em>fun<\/em>\u00a0\u00bb (pour les candidats \u00ab\u00a0exotiques\u00a0\u00bb), n&rsquo;eut que la possibilit\u00e9, d\u00e8s son \u00e9lection assur\u00e9e, d&rsquo;\u00e9grener les id\u00e9es d&rsquo;un programme qui commence par l&rsquo;annonce qu&rsquo;\u00e9lu, il retirerait la France de l&rsquo;Union europ\u00e9enne et de l&rsquo;euro. On aime ou on n&rsquo;aime pas l&rsquo;UE et l&rsquo;euro, certes, mais cette proposition nous indique bien que nous nous trouvons dans une situation qui est comme une sorte de <em>no man&rsquo;s land<\/em> de l&rsquo;histoire et de la politique, un <em>no man&rsquo;s land<\/em> de la pens\u00e9e responsable et de la pens\u00e9e tout court.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes seuls \u00e0 avoir bien r\u00e9sum\u00e9 la situation furent donc les divers manifestants, en g\u00e9n\u00e9ral de gauche puisque la gauche croyait ainsi \u00eatre redevenue la gauche, qui cri\u00e8rent d\u00e8s le dimanche soir : \u00ab <em>Plut\u00f4t un escroc qu&rsquo;un facho<\/em> \u00bb. (Ou bien, cette d\u00e9claration du juge Halphen, partisan de Chev\u00e8nement, \u00e0 qui l&rsquo;on demandait pour qui il voterait et qui r\u00e9pondait, entendant par l\u00e0 qu&rsquo;il voterait donc pour l&rsquo;homme qu&rsquo;il chercha en vain \u00e0 entendre l\u00e9galement dans le cadre de ses enqu\u00eates : \u00ab <em>Entre Charybde et Scylla, il faudra bien que je choisisse Charybde<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans un mois, une fois la fausse frayeur pass\u00e9e, nous en serons \u00e0 \u00e9chafauder les habituelles combinaisons \u00e9lectorales et nous aurons oubli\u00e9 cette folie du 21 avril 2002. Sachons-le tout de m\u00eame : ce m\u00eame 21 avril, le voile s&rsquo;est lev\u00e9 un instant sur le vide abyssal de notre \u00e9poque et nous avons bien vu que le roi est nu.<\/p>\n<h3>La deuxi\u00e8me fa\u00e7on de voir le vote du 21 avril 2002 : deux \u00e9trangers observent le ph\u00e9nom\u00e8ne pour en tirer des conclusions g\u00e9n\u00e9rales<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a l&rsquo;autre fa\u00e7on, la deuxi\u00e8me, somme toute plus mesur\u00e9e, plus rationnelle, de l&rsquo;observation de la France \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9tranger. \u00c9cartons les sarcasmes et les moqueries sans int\u00e9r\u00eat, \u00e0-la-Berlusconi, lequel montre que ni la fortune ni la fonction supr\u00eame lorsqu&rsquo;elle est achet\u00e9e ne donnent la grandeur de l&rsquo;esprit. Deux textes \u00e9trangers parmi ceux que nous avons consult\u00e9s m\u00e9ritent de retenir l&rsquo;attention comme commentaires mesur\u00e9s de l&rsquo;\u00e9lection du 21 avril, &mdash; car enfin, au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9tonnement profond o\u00f9 plonge cet \u00e9v\u00e9nement, il y a aussi les r\u00e9alit\u00e9s humaines qu&rsquo;ils recouvrent. Entendons-nous bien : nous ne croyons pas que ces deux textes embrassent toute l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne, toutes ses subtilit\u00e9s, toutes ses r\u00e9alit\u00e9s ; non ils donnent une appr\u00e9ciation mesur\u00e9e et un jugement acceptable des grandes lignes de cette \u00e9lection du 21 avril, telle qu&rsquo;on peut l&rsquo;appr\u00e9cier de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe premier texte est <a href=\"http:\/\/www.thescotsman.co.uk\/opinion.cfm?id=428282002\" class=\"gen\">un commentaire du quotidien The Scotman,<\/a> qui nous donne une appr\u00e9ciation mesur\u00e9e et juste de ce que le vote du 21 avril repr\u00e9sente, encore plus que pour la France seule, &mdash; de ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente pour l&rsquo;Europe enti\u00e8re, pour sa classe politique, pour les rapports de ses citoyens avec leur classe politique. Ce texte a en effet l&rsquo;avantage de se placer r\u00e9solument d&rsquo;un point de vue europ\u00e9en et de dire que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fran\u00e7ais ne peut en aucun cas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 la France. Il signale ainsi que la France, pi\u00e8ce centrale de l&rsquo;Europe, ne peut rien faire d&rsquo;important qui n&rsquo;engage l&rsquo;Europe, &mdash;>N>et cela est une r\u00e9alit\u00e9 du monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;elle plaise ou d\u00e9plaise, et \u00e0 certains Fran\u00e7ais, et \u00e0 certains Europ\u00e9ens hors de France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The result will spark huge controversy, for it gives respectability to a view of Europe that is utterly beyond the pale of its political establishment. What caused so many voters to stay away? The proximate cause of this debacle was the clear failure of either of the two main candidates to mount a campaign that captured voters&rsquo; hearts and minds. <\/em>[&#8230;] <em>For Europe, this signals a deeper problem at the heart: that there is still not a European demos around which people can rally with conviction and enthusiasm. This shocking result in France is an alarm bell across Europe.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;autre commentaire que nous retiendrons est <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2002\/04\/23\/opinion\/23KRUG.html\" class=\"gen\">celui de Paul Krugman, dans le New York Times du 23 avril.<\/a> Krugman a l&rsquo;avantage de nous rappeler, par le parall\u00e8le qu&rsquo;il trace avec les USA, que la crise fran\u00e7ais n&rsquo;a rien d&rsquo;unique si elle est exceptionnelle, qu&rsquo;elle suit \u00e0 peu pr\u00e8s l&rsquo;orientation de l&rsquo;\u00e9volution am\u00e9ricaine de crise qui s&rsquo;est achev\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9lection de GW Bush et dans la transformation de la pr\u00e9sidence Bush depuis le 11 septembre 2001. Plus encore, Krugman se montre plein d&rsquo;attention affectueuse pour la France, dont il ne doute pas qu&rsquo;elle battra Le Pen le 5 mai, tandis que les Am\u00e9ricains, et essentiellement le grand parti r\u00e9publicain, n&rsquo;a pas fait de la sorte. Krugman nous dit donc que les Am\u00e9ricains ont aussi leur Le Pen, mais le leur est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sident.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>What the French election revealed is that in France, as in the United States, there are a lot of angry people. They aren&rsquo;t a majority; Mr. Le Pen received about 17 percent of the vote, less than Ross Perot got here in 1992. But they are highly motivated, and can exert influence out of proportion to their numbers if moderates take a tolerant society for granted. What are the angry people angry about? Not economics; peace and prosperity did not reconcile them to Bill Clinton or to Mr. Jospin. Instead, it seems to be about traditional values. Our angry right rails against godless liberals; France&rsquo;s targets immigrants. In both cases, what really seems to bother them is the loss of certainty; they want to return to a simpler time, one without that disturbing modern mix of people and ideas.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[&#8230;] \u00bb <em>Now for the important difference. Mr. Le Pen is a political outsider; his showing in Sunday&rsquo;s election puts him into the second-round runoff, but he won&rsquo;t actually become France&rsquo;s president. So his hard-right ideas won&rsquo;t be put into practice anytime soon. In the United States, by contrast, the hard right has essentially been co-opted by the Republican Party &#8212; or maybe it&rsquo;s the other way around. In this country people with views that are, in their way, as extreme as Mr. Le Pen&rsquo;s are in a position to put those views into practice.<\/em> \u00bb<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux fa\u00e7ons de voir le vote extraordinaire du 21 avril 2002 en France, &mdash; la premi\u00e8re, de France m\u00eame Il y a deux fa\u00e7ons de voir les r\u00e9sultats du premier tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles en France. La premi\u00e8re est de se placer du point de vue fran\u00e7ais. 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