{"id":65080,"date":"2002-04-30T00:00:00","date_gmt":"2002-04-30T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/04\/30\/le-reformisme-militaire-americain-et-lotan-un-basculement-vers-lest-du-centre-de-gravite\/"},"modified":"2002-04-30T00:00:00","modified_gmt":"2002-04-30T00:00:00","slug":"le-reformisme-militaire-americain-et-lotan-un-basculement-vers-lest-du-centre-de-gravite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/04\/30\/le-reformisme-militaire-americain-et-lotan-un-basculement-vers-lest-du-centre-de-gravite\/","title":{"rendered":"<strong><em>Le r\u00e9formisme militaire am\u00e9ricain et l&rsquo;OTAN : un basculement vers l&rsquo;est du centre de gravit\u00e9<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le r\u00e9formisme militaire am\u00e9ricain et l&rsquo;OTAN : un basculement vers l&rsquo;est du centre de gravit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tLes Am\u00e9ricains ont des grands projets de r\u00e9forme de leurs forces arm\u00e9es, dont on parle depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de GW, en janvier 2001. (On a abord\u00e9 ce sujet \u00e0 diverses reprises sur ce site.) L&rsquo;attaque 9\/11 a sembl\u00e9 freiner ou faire oublier ces projets, mais ils reviennent au premier plan. En m\u00eame temps s&rsquo;impose une nouvelle n\u00e9cessit\u00e9 : l&rsquo;adaptation des forces arm\u00e9es \u00e0 la guerre contre le terrorisme, dans un contexte strat\u00e9gique o\u00f9 le terrorisme est devenu la premi\u00e8re et quasi-unique pr\u00e9occupation des Am\u00e9ricains. Ces diverses \u00e9volutions ont des effets secondaires souvent tr\u00e8s importants. Nous parlons ici des effets de l&rsquo;\u00e9volution am\u00e9ricaine sur l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne d\u00e9cision sp\u00e9cifique a derni\u00e8rement concern\u00e9 l&rsquo;OTAN, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment pr\u00e9sent\u00e9 comme une d\u00e9cision r\u00e9formiste : la d\u00e9cision de nommer le g\u00e9n\u00e9ral James Jones, des Marines, comme nouveau SACEUR. On rappelle ici quelques \u00e9l\u00e9ments de cette d\u00e9cision, publi\u00e9s <a href=\"http:\/\/www.washingtonpost.com\/wp-dyn\/articles\/A29137-2002Apr10.html\" class=\"gen\">le 11 avril dernier dans le Washington Post<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>In the most significant move, Gen. James Jones, the Marine commandant, is slated to become Supreme Allied Commander in Europe, a position once held by Dwight D. Eisenhower and currently occupied by Air Force Gen. Joseph Ralston. Jones was picked, said a senior defense official, because \u00a0\u00bbhe dared to be different.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The selection of Jones is not expected to be announced for several months and, like the other positions, requires congressional approval. His nomination is unusual for three reasons. It will be the first time a Marine has held the position. It will be the first time a Marine commandant has moved on to another top job in the U.S. military. And it will be the first time that the U.S. military commander in Europe will be someone born there. Jones was born in Paris and \u00a0\u00bbspent his formative years\u00a0\u00bb there, according to his official biography.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>By picking a general from the Marines, the service most comfortable with being \u00a0\u00bbexpeditionary\u00a0\u00bb &#8212; that is, being able to deploy quickly to Third World hot spots and engage in a variety of missions, from full-scale combat to peacekeeping &#8212; Rumsfeld also may be seeking to shake up the U.S. military in Europe. There are few Marines based in Europe, but there are several major Army headquarters there, and Pentagon officials have hinted that those offices will be cut or abolished in the coming years.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tLa nomination de Jones est indicative de la d\u00e9marche am\u00e9ricaine de l&rsquo;OTAN : pousser \u00e0 la r\u00e9forme, dans tous les cas r\u00e9former de fond en comble la pr\u00e9sence am\u00e9ricaine en Europe au sein de l&rsquo;OTAN. Cette r\u00e9forme se fera dans le sens d&rsquo;une adaptation des forces aux nouvelles n\u00e9cessit\u00e9s de la lutte contre le terrorisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire, du point de vue des modes de stationnement en Europe, un all\u00e9gement des stationnement des forces qui prendra in\u00e9luctablement, du point de vue politique, l&rsquo;apparence d&rsquo;un d\u00e9sengagement. Tr\u00e8s vite, selon un processus souvent observ\u00e9 aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;apparence de la mesure au d\u00e9part technique, si fortement proclam\u00e9e au travers des canaux de communication selon une interpr\u00e9tation politique, finira par acqu\u00e9rir de la substance. C&rsquo;est-\u00e0-dire que ces mesures techniques am\u00e9ricaines finiront effectivement par appara\u00eetre comme des mesures politiques de d\u00e9sengagement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, cette nomination de James Jones, comme nous l&rsquo;interpr\u00e9tons ici, prend place dans un courant g\u00e9n\u00e9ral qui nourrit l&rsquo;\u00e9volution am\u00e9ricaine actuelle vis-\u00e0-vis de cette question de l&rsquo;OTAN. Nous allons tenter de sugg\u00e9rer une appr\u00e9ciation de cette \u00e9volution en citant les remarques diverses que nous a faites une source proche de l&rsquo;OTAN qui, plac\u00e9e dans la position qu&rsquo;elle occupe, peut suivre cette marche des affaires otaniennes, surtout dans son volet am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La source nous indique qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, \u00ab <em>les Am\u00e9ricains sont devenus extr\u00eamement s\u00e9rieux dans leurs pressions pour faire avancer une r\u00e9forme de l&rsquo;OTAN, qu&rsquo;ils consid\u00e8rent comme compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e et inadapt\u00e9e. Pour eux, cette r\u00e9forme ne peut aller que dans le sens d&rsquo;une adaptation de l&rsquo;Alliance \u00e0 la menace du terrorisme, selon leurs propres conceptions de cette menace et de la fa\u00e7on de s&rsquo;y adapter. Aujourd&rsquo;hui ils appr\u00e9cient absolument tout \u00e0 la lumi\u00e8re de cette menace du terrorisme, c&rsquo;est leur r\u00e9f\u00e9rence constante.<\/em> \u00bb La source indique que des mesures ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre prises \u00e0 l&rsquo;OTAN, par exemple au niveau de l&rsquo;all\u00e9gement des \u00e9tats-majors, partout dans le sens d&rsquo;une tentative d&rsquo;assouplir et de donner une capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation aux instruments existants. Par ailleurs, tout cela se fait selon la m\u00e9thode am\u00e9ricaine et il n&rsquo;est pas s\u00fbr que cela constitue la voie parfaite, ni m\u00eame, \u00e0 la limite, que le r\u00e9sultat ne puisse pas \u00eatre \u00e0 l&rsquo;inverse de ce qu&rsquo;on en attend. Il y a beaucoup de pr\u00e9c\u00e9dents historiques avec les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La plus importante question qui reste pos\u00e9e est de savoir quelle va \u00eatre la r\u00e9ponse de la bureaucratie otanienne \u00e0 cette sollicitation am\u00e9ricaine. La source est tr\u00e8s pessimiste. \u00ab <em>La bureaucratie est lourde, lente \u00e0 se r\u00e9former, voire r\u00e9tive \u00e0 toute r\u00e9forme. Peut-\u00eatre m\u00eame pourrait-on faire l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;elle ne peut pas, qu&rsquo;elle ne sait pas se r\u00e9former.<\/em> \u00bb La source estime que la bureaucratie otanienne pourrait tr\u00e8s bien \u00e9chouer et se retrouver dans une situation d&rsquo;impasse, il y a m\u00eame une majorit\u00e9 de chances pour cela. \u00ab <em>On pourrait se retrouver dans une situation o\u00f9, si l&rsquo;UE sait s&rsquo;organiser dans le domaine de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9, ce sera elle qui, dans cinq ans, aura remplac\u00e9 l&rsquo;OTAN dans sa position centrale de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, dans tous les cas en Europe occidentale.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;autre \u00e9l\u00e9ment, qui est d&rsquo;une certaine fa\u00e7on li\u00e9 au pr\u00e9c\u00e9dent, et qui doit \u00eatre li\u00e9 au pr\u00e9c\u00e9dent dans tous les cas selon notre interpr\u00e9tation, est la marche vers l&rsquo;est de l&rsquo;OTAN, par l&rsquo;\u00e9largissement. A Prague, au sommet de l&rsquo;OTAN de novembre prochain, un nouvel \u00e9largissement de l&rsquo;OTAN sera d\u00e9cid\u00e9, portant les limites de l&rsquo;Organisation vers l&rsquo;est, dans les \u00c9tats baltes au nord et, surtout, aux confins de la Mer Noire dans une pouss\u00e9e en direction de l&rsquo;Asie centrale au sud. Ce dernier axe sudiste int\u00e9resse essentiellement les Am\u00e9ricains, beaucoup plus int\u00e9ress\u00e9s d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN depuis le 11 septembre. \u00ab <em>Cet \u00e9largissement est per\u00e7u comme un moyen de stabiliser les pays de la r\u00e9gion. Les Am\u00e9ricains veulent \u00e9tablir un r\u00e9seau d&rsquo;alliances avec ces pays, pour s\u00e9curiser la Mer Noire, soit des alliances par l&rsquo;OTAN, soit des alliances bilat\u00e9rales. Cela doit compl\u00e9ter leur dispositif en cours de formation, avec leurs nouveaux liens avec la G\u00e9orgie puis les pays \u00a0\u00bbstan\u00a0\u00bb vers et autour de l&rsquo;Afghanistan.<\/em> \u00bb. Dans ce cas, le mouvement d&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN devient un compl\u00e9ment du nouveau dispositif strat\u00e9gique am\u00e9ricain dans la zone depuis le 11 septembre, \u00e9videmment compl\u00e8tement orient\u00e9 sur la question du terrorisme, sans la moindre nuance. Dans ce cadre, les r\u00e9gions autour de la Mer Noire, vers l&rsquo;Asie centrale et le sous-continent indien, constituent la zone strat\u00e9gique essentielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConclusion ? Nous ne dirons pas une seconde que l&rsquo;OTAN s&rsquo;\u00e9tend vers l&rsquo;est ni qu&rsquo;elle s&rsquo;agrandit, ce qui est une description g\u00e9ographique neutre pour un \u00e9v\u00e9nement politique qui demande \u00e0 \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9. Nous dirons que son centre de gravit\u00e9 se d\u00e9place vers l&rsquo;est, que l&rsquo;alliance initiale euro-atlantique perd de plus en plus d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les Am\u00e9ricains (et, indirectement, pour les Europ\u00e9ens, plus int\u00e9ress\u00e9s par l&rsquo;UE), qu&rsquo;elle perd son dynamisme et sa n\u00e9cessit\u00e9 (ou, disons, ce qui lui en restait). Une nouvelle alliance se forme plus \u00e0 l&rsquo;est, qui n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec l&rsquo;originale, qui int\u00e9resse beaucoup moins les Europ\u00e9ens et qui est compl\u00e8tement la chose des Am\u00e9ricains, beaucoup plus encore que l&rsquo;OTAN originelle. Il y a d\u00e9sengagement US d&rsquo;Europe autant par l&rsquo;ouest (la r\u00e9forme \u00e0 venir de James Jones) que par l&rsquo;est (\u00e9largissement). Il y a d\u00e9doublement de l&rsquo;Alliance, en une fraction ouest (originelle) qui semble promise au d\u00e9p\u00e9rissement et une fraction est (nouvelle), qui jouera un r\u00f4le quasi-exclusif de courroie de transmission de la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine.<\/p>\n<h3>Nota Bene et compl\u00e9ment<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour renforcer ce dossier, nous publions ci-apr\u00e8s un texte paru dans la rubrique <em>de defensa<\/em> de La Lettre d&rsquo;Analyse <em>dd&#038;e<\/em>, Vol17, n\u00b010 du 10 f\u00e9vrier 2002, sur la question des rapports des Am\u00e9ricains avec l&rsquo;OTAN. [Il faut noter que nous d\u00e9veloppons l&rsquo;analyse de cette question, telle que nous l&rsquo;esquissons ici, dans <em>de defensa<\/em>, Vol17, n\u00b016 \u00e0 para\u00eetre le 10 mai, rubrique <em>Analyse<\/em>, sous le titre \u00ab <em>les deux OTAN<\/em> \u00bb.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SURTITRE = Alliances-Kleenex<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = &#8230; \u00e0 jeter apr\u00e8s usage<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = L&rsquo;histoire de l&rsquo;OTAN ces six derniers mois est \u00e0 couper le souffle, lorsqu&rsquo;on observe ce qu&rsquo;il reste, aujourd&rsquo;hui, dans la dialectique US de ce qui \u00e9tait encore, en ao\u00fbt 2001, la plus grande r\u00e9ussite de l&rsquo;histoire du monde en mati\u00e8re d&rsquo;alliance militaire fond\u00e9e sur des \u00abvaleurs communes\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on avait quelque constance dans la pens\u00e9e, quelque attention pour la m\u00e9moire, quelque respect pour l&rsquo;histoire, quelque int\u00e9r\u00eat pour les discours dont on nous rebat les oreilles, on devrait avoir le souffle encore coup\u00e9 de la d\u00e9sinvolture, de l&rsquo;inattention, de l&rsquo;irrespect, de l&rsquo;inconscience extraordinaires montr\u00e9es par les Am\u00e9ricains dans le cas de l&rsquo;OTAN. M\u00eame les adversaires de l&rsquo;Organisation, en fait, n&rsquo;en reviennent pas, au point o\u00f9 ils ont du mal \u00e0 y croire, o\u00f9 ils seraient tent\u00e9s de chercher une manigance l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y a que le comportement le plus grossier, le plus brutal qu&rsquo;on puisse imaginer, mis \u00e0 nu pour l&rsquo;occasion. Le cas de ce comportement am\u00e9ricain vis-\u00e0-vis de l&rsquo;OTAN devrait nous rester comme si caract\u00e9ristique des conceptions du monde de l&rsquo;Am\u00e9rique, de son comportement quotidien jusqu&rsquo;au plus haut niveau, de sa vision de ROW (<em>Rest Of the World<\/em>, effectivement le reste du monde r\u00e9duit \u00e0 un acronyme qui va bien), en r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;extraordinaire inexistence du monde pour l&rsquo;Am\u00e9rique et le monde r\u00e9duit aux seules conceptions am\u00e9ricaines, au seul comportement am\u00e9ricain, &mdash; et quel comportement ! L&rsquo;OTAN est, litt\u00e9ralement, la premi\u00e8re de ces alliances dont Rumsfeld puis Wolfowitz \u00e0 Munich (\u00e0 la <em>Wehrkunde<\/em>, les 2-3 f\u00e9vrier), nous disent qu&rsquo;elles doivent \u00eatre souples, changeantes, faites sur mesure et selon les \u00e9v\u00e9nements, une de ces alliances dont tous les fonctionnaires am\u00e9ricains r\u00e9p\u00e8tent comme des automates la phrase-Kleenex (elle aussi), &mdash; la fameuse phrase \u00ab <em>C&rsquo;est la mission qui d\u00e9termine la coalition et non le contraire<\/em> \u00bb, qui renvoie aux oubliettes, aux poubelles inf\u00e2mes de l&rsquo;histoire un demi-si\u00e8cle de dialectique enflamm\u00e9e, am\u00e9ricaniste, transatlantiste, qui r\u00e9sonne encore \u00e0 nos oreilles <em>ad nauseam<\/em>, sur les \u00ab <em>valeurs communes<\/em> \u00bb justifiant l&rsquo;OTAN, faisant de cette alliance quelque chose d&rsquo;unique dans l&rsquo;histoire du monde, la plus grande r\u00e9ussite en mati\u00e8re militaire et morale jamais vue, et ainsi de suite. Bref, comment  trouver un autre terme, plus sarcastique, plus m\u00e9prisant, plus incons\u00e9quent, que celui d'\u00a0\u00bballiance-Kleenex\u00a0\u00bb, \u00e0 jeter apr\u00e8s emploi, pour bien rendre compte de l&rsquo;esprit qui pr\u00e9side \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt, du coup, ce sont les Europ\u00e9ens, et m\u00eame les Fran\u00e7ais, les in\u00e9narrables Fran\u00e7ais avec leur cart\u00e9sianisme, qui ont un probl\u00e8me si paradoxal avec l&rsquo;OTAN. Comme le dit Arthur Paecht, lors des r\u00e9centes Rencontres parlementaires de Paris d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9es, \u00ab <em>l&rsquo;OTAN cherche d\u00e9sormais une raison d&rsquo;\u00eatre et les Europ\u00e9ens que faire de l&rsquo;OTAN<\/em> \u00bb. Puisque, en effet, le probl\u00e8me est r\u00e9gl\u00e9 pour les Am\u00e9ricains &#8230; Les Europ\u00e9ens se trouvent donc devant l&rsquo;exploit, eux qui tentent de s&rsquo;organiser militairement sous les sarcasmes entendus des commentateurs transatlantiques et anglo-saxons, de se retrouver en plus avec, sur les bras, la plus belle <em>success story<\/em> de l&rsquo;histoire des alliances militaires, fleuron il y a encore cinq mois du soi-disant empire am\u00e9ricain sur le monde, et sur l&rsquo;Europe atlantiste et am\u00e9ricanis\u00e9e en particulier. Ce comble d&rsquo;une situation politique qui rel\u00e8ve ici du vaudeville ne semble gu\u00e8re int\u00e9resser les esprits, qui continuent \u00e0 discourir sur les liens transatlantiques, l&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9 et le <em>technological gap<\/em> (en faveur des USA, on l&rsquo;a compris).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, puisqu&rsquo;il le fallait bien, les Am\u00e9ricains ont finalement consenti \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser au sort de l&rsquo;OTAN. Les voil\u00e0 donc, en ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e, avec des conseils sur la fa\u00e7on de sauver l&rsquo;OTAN ; des conseils qui s&rsquo;adressent \u00e9videmment aux Europ\u00e9ens, puisqu&rsquo;il ne peut \u00eatre question d&rsquo;envisager d&rsquo;autres responsables qu&rsquo;eux-m\u00eames (les Europ\u00e9ens) pour le tr\u00e8s piteux \u00e9tat o\u00f9 se trouve aujourd&rsquo;hui l&rsquo;OTAN<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = La formule Lugar<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Il est possible que les Am\u00e9ricains consentent \u00e0 examiner une autre issue que la formule Rumsfeld, dite \u00ab\u00a0alliance-Kleenex\u00a0\u00bb, pour l&rsquo;OTAN. Demandez au s\u00e9nateur Lugar, inamovible sp\u00e9cialiste US de l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDonc, il s&rsquo;av\u00e8re que l&rsquo;OTAN se bat (f\u00e9rocement ou pas ? C&rsquo;est \u00e0 voir) pour servir encore \u00e0 quelque chose. Il y a d\u00e9j\u00e0 presque 10 ans (c&rsquo;\u00e9tait en 1993), le s\u00e9nateur r\u00e9publicain Richard Lugar lui avait obligeamment livr\u00e9 la formule salvatrice, &mdash; parce que la question de l&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;OTAN \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9e, avec son gros point d&rsquo;interrogation. \u00ab <em>Out of area or out of business<\/em> \u00bb, nous avait dit Lugar. C&rsquo;\u00e9tait une fa\u00e7on, alors, de se r\u00e9f\u00e9rer au d\u00e9bat en cours \u00e0 l&rsquo;OTAN, principalement pour savoir s&rsquo;il fallait ou non intervenir \u00ab\u00a0hors-zone\u00a0\u00bb, ou <em>out of area<\/em>. (Il n&rsquo;\u00e9tait alors question que de la Yougoslavie, ce qui  \u00e9tait une d\u00e9rive bien modeste compar\u00e9e \u00e0 celle qu&rsquo;on envisage aujourd&rsquo;hui, mais il avait \u00e9t\u00e9 aussi question du Golfe, deux ans plus t\u00f4t, et cette situation-l\u00e0 faisait plus s\u00e9rieux pour les Am\u00e9ricains) Le s\u00e9nateur Lugar n&rsquo;a pas chang\u00e9 d&#8217;emploi ; il a blanchi sous le harnais mis il reste le s\u00e9nateur r\u00e9publicain attitr\u00e9 au sauvetage de l&rsquo;OTAN et toujours sa formule-recette  du <em>out of area<\/em> habite son esprit. Quoique, on s&rsquo;en doute, cette fois l&rsquo;affaire de l&rsquo;avenir de l&rsquo;OTAN a pris une telle ampleur que la formule para\u00eet \u00eatre devenue bien maigrelette.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe 18 janvier, Lugar intervenait \u00e0 une conf\u00e9rence organis\u00e9e par la mission am\u00e9ricaine \u00e0 l&rsquo;OTAN. Le titre de sa conf\u00e9rence est explicite : \u00ab <em>NATO&rsquo;s Role in the War on Terrorism<\/em> \u00bb. C&rsquo;est en effet dans ce sens qu&rsquo;il faut attendre la possibilit\u00e9 pour l&rsquo;OTAN de se transformer en quelque chose d&rsquo;utile pour les Am\u00e9ricains, &mdash; de si utile que les Am\u00e9ricains retrouveraient tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et la tendresse qu&rsquo;ils avaient pour l&rsquo;OTAN, avant l&rsquo;attaque du 11 septembre. En r\u00e9alit\u00e9, la d\u00e9marche de Lugar n&rsquo;est pas si rassurante que cela pour l&rsquo;OTAN, parce qu&rsquo;elle confirme indirectement (<em>a contrario<\/em>, si l&rsquo;on veut) la d\u00e9saffection des \u00c9tats-Unis pour l&rsquo;OTAN et, m\u00eame, dans une phrase ou l&rsquo;autre, elle le confirme bien directement et sans ambigu\u00eft\u00e9, dans le cadre d&rsquo;une attitude am\u00e9ricaine syst\u00e9matique qui laisse beaucoup \u00e0 penser sur ce que pensent vraiment les strat\u00e8ges et les experts am\u00e9ricains. (\u00ab <em>Toutes les alliances am\u00e9ricaines vont \u00eatre r\u00e9examin\u00e9es et reconsid\u00e9r\u00e9es en fonction de ce nouveau d\u00e9fi <\/em>[du terrorisme global], <em>y compris l&rsquo;OTAN<\/em> \u00bb, nous dit Lugar.) Il faut dire que la situation exige ces grands changements, telle qu&rsquo;elle est d\u00e9crite par Lugar, et o\u00f9 nous appara\u00eet ainsi combien la parano\u00efa washingtonienne et r\u00e9publicaine est entr\u00e9e dans la mouture g\u00e9n\u00e9rale des d\u00e9clarations des repr\u00e9sentants de l&rsquo;<em>establishment<\/em> ; car, comme dit Lugar, \u00ab <em>l&rsquo;Am\u00e9rique est en guerre et se sent plus vuln\u00e9rable qu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;importe quel moment depuis la fin de la Guerre froide et peut-\u00eatre depuis la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. La menace \u00e0 laquelle nous devons faire face est globale et existentielle.<\/em> \u00bb Fichtre, et voil\u00e0 bien la mesure de nos r\u00e9flexions : plus vuln\u00e9rable qu&rsquo;au moment de la crise de Cuba ou qu&rsquo;au bon temps du Viet-n\u00e2m, plus vuln\u00e9rables qu&rsquo;au temps complexe de la \u00a0\u00bbfen\u00eatre d&rsquo;opportunit\u00e9\u00a0\u00bb d&rsquo;une attaque strat\u00e9gique nucl\u00e9aire par surprise de l&rsquo;URSS ? De telles comparaisons, voil\u00e0 qui \u00e9claire le peu de cas que font les Am\u00e9ricains de leurs engagements coutumiers. Bref, on ne joue plus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt si l&rsquo;OTAN veut sauver sa peau, c&rsquo;est-\u00e0-dire conserver son statut, poursuit Lugar, elle doit se consid\u00e9rer comme \u00ab <em>le bras d\u00e9fensif naturel de la communaut\u00e9 transatlantique, et comme une institution qui devrait \u00e9voluer de telle fa\u00e7on qu&rsquo;elle contribue \u00e0 relever les  nouveaux d\u00e9fis tels que le terrorisme et les syst\u00e8mes de destruction de masse<\/em> \u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire, l&rsquo;OTAN transform\u00e9e en une alliance globale contre le terrorisme. L&rsquo;alternative, malgr\u00e9 l&rsquo;existence de diff\u00e9rentes \u00a0\u00bb\u00e9coles de pens\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 Washington vaticinant sur le r\u00f4le s\u00e9curitaire actuel de l&rsquo;OTAN et sur un r\u00f4le politique \u00e9tendu jusqu&rsquo;\u00e0 la Russie, c&rsquo;est laisser l&rsquo;OTAN \u00e0 un r\u00f4le de \u00ab <em>gardien de la paix dans une Europe de plus en plus en s\u00e9curit\u00e9. Faire cela au moment o\u00f9 nous avons affaire \u00e0 une nouvelle menace existentielle du terrorisme et des syst\u00e8mes de destruction de masse serait condamner <\/em>[l&rsquo;OTAN] <em>\u00e0 un r\u00f4le marginal dans l&rsquo;affrontement de d\u00e9fi majeur de notre temps.<\/em> \u00bb Ainsi, estime Lugar, on pourrait se retrouver \u00e0 Prague, \u00e0 l&rsquo;automne prochain, en pleine d\u00e9cision d&rsquo;\u00e9largissement qui devrait pourtant \u00eatre le triomphe de l&rsquo;OTAN, et percevoir pourtant que \u00ab <em>l&rsquo;OTAN est en train d&rsquo;\u00e9chouer, &#8212; oui, je dis bien \u00e9chouer, &#8212; \u00e0 moins qu&rsquo;elle ne commence \u00e0 se transformer elle-m\u00eame en une nouvelle force importante dans la guerre contre le terrorisme<\/em> \u00bb. C&rsquo;est dire la consid\u00e9ration o\u00f9 les strat\u00e8ges am\u00e9ricains tiennent ces d\u00e9cisions d&rsquo;\u00e9largissement qui excitent tant les candidats et \u00e0 propos desquelles Poutine ne prend m\u00eame plus la peine d&rsquo;exprimer quelques r\u00e9serves mena\u00e7antes.<\/p>\n<h3>Voil\u00e0 la formule de la survie pour l&rsquo;OTAN : pour ne pas \u00eatre une de ces alliance-Kleenex qu&rsquo;on jette apr\u00e8s emploi, il faut \u00eatre une alliance-cam\u00e9l\u00e9on, adaptable \u00e0 la mission exig\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLugar nous assure qu&rsquo;il ne parle pas au nom de l&rsquo;administration, mais qu&rsquo;il va effectivement travailler avec l&rsquo;administration, dans les mois qui viennent, sur cette question de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;OTAN. Il nous semble pourtant que la messe, somme toute, n&rsquo;est pas loin d&rsquo;\u00eatre dite. A Munich, \u00e0 la <em>Wehrkunde<\/em>, Paul Wolfowitz nous a apport\u00e9 le message de Washington. (On ne m\u00e9ditera jamais assez ceci : Wolfowitz, \u00a0\u00bbsecond couteau\u00a0\u00bb de bonnes dimensions, comme envoy\u00e9 sp\u00e9cial permanent du Pentagone et de Washington en g\u00e9n\u00e9ral pour les messages qui comptent sur l&rsquo;avenir de l&rsquo;OTAN, selon Washington. C&rsquo;est lui qui \u00e9tait venu le 26 septembre 2001 annoncer que Washington se passerait d\u00e9sormais des services de l&rsquo;OTAN. C&rsquo;est lui qui vient \u00e0 Munich. Rumsfeld n&rsquo;a pas de temps \u00e0 consacrer \u00e0 ces d\u00e9placements.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que dit Wolfowitz, c&rsquo;est tir\u00e9 du jargon habituel du Pentagone. Cela ne veut pas dire grand&rsquo;chose sauf que, dans les circonstances actuelles, avec les commentaires de Lugar, cela veut tout dire. Aux journalistes, Wolfowitz a dit que l&rsquo;OTAN avait fourni un support logistique de qualit\u00e9 dans la crise actuelle mais que le temps \u00e9tait venu de \u00ab <em>lancer une r\u00e9forme de l&rsquo;Alliance, de ses structures de commandement notamment, pour en faire un ensemble plus nerveux, plus efficace et  plus productif par rapport au co\u00fbt, et surtout plus flexible.<\/em> \u00bb Venus d&rsquo;un homme du Pentagone, dont on conna\u00eet les vertus d&rsquo;efficacit\u00e9, d&rsquo;\u00e9conomie et de flexibilit\u00e9, le conseil vaut de l&rsquo;or. Et encore plus lorsqu&rsquo;on le confronte aux mots essentiels de son discours, sur la nouvelle politique am\u00e9ricaine, le <em>leit-motiv<\/em> type-Kleenex lui aussi, sur la volont\u00e9 am\u00e9ricaine d&rsquo;utiliser \u00ab <em>non pas une seule coalition mais plut\u00f4t des coalitions diff\u00e9rentes selon les missions<\/em> \u00bb &#8230; Car, comme chacun doit le savoir d\u00e9sormais, \u00ab <em>la mission doit d\u00e9terminer la coalition, et non pas la coalition qui d\u00e9terminerait la mission<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que dit Wolfowitz et ce que nous explique Lugar revient au m\u00eame. Il s&rsquo;agit, du point de vue de la substance, d&rsquo;une injonction \u00e0 l&rsquo;OTAN : l&rsquo;OTAN doit changer, elle doit devenir ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas, se transformer en quelque chose de tout \u00e0 fait diff\u00e9rent, changer son \u00eatre, devenir souple l\u00e0 o\u00f9 elle est rigide, rapide l\u00e0 o\u00f9 elle est lente, adaptable l\u00e0 o\u00f9 elle ne l&rsquo;est pas, etc. L&rsquo;avenir est brillant pour l&rsquo;OTAN si elle n&rsquo;est plus l&rsquo;OTAN. Elle doit devenir la grande alliance contre le terrorisme, la grande alliance qui saura \u00eatre \u00e0 la fois unificatrice des destin\u00e9es transatlantiques dans la grande lutte contre le terrorisme, et \u00e0 la fois l&rsquo;alliance ad hoc, aussi changeante qu&rsquo;un cam\u00e9l\u00e9on selon les missions : pour ne pas \u00eatre une alliance-Kleenex, il faut \u00eatre une alliance-cam\u00e9l\u00e9on.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = L&rsquo;OTAN-souvenir<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Curieux, l&rsquo;OTAN a un concept qui sied \u00e0 merveille \u00e0 la situation, le Nouveau Concept Strat\u00e9gique. Qui s&rsquo;en soucie ? Mais, en fait, qui se souvient encore de l&rsquo;OTAN dans la psychologie am\u00e9ricaine ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tApr\u00e8s tout, le Nouveau Concept Strat\u00e9gique (NCS), inaugur\u00e9 en grande pompe en avril 1999, en pleine guerre du Kosovo, \u00e9tait con\u00e7u pour cela : embrigader tous les alli\u00e9s dans les missions lointaines, sous banni\u00e8re OTAN et inspiration am\u00e9ricaine. En a-t-on parl\u00e9, du NCS, \u00e0 cette \u00e9poque. On le voyait \u00eatre l&rsquo;instrument qui forcerait les Europ\u00e9ens \u00e0 se retrouver en rang, derri\u00e8re les Am\u00e9ricains, dans une exp\u00e9dition contre Pyong Yang. Qui s&rsquo;en soucie aujourd&rsquo;hui ? Wolfowitz, Rumsfeld ? Lugar lui-m\u00eame ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, soyons s\u00e9rieux. La proposition Lugar, explicit\u00e9e par Wolfowitz \u00e0 Munich, revient \u00e0 ceci, &mdash; sur le plan pratique, on veut dire : pour se transformer victorieusement, l&rsquo;OTAN doit choisir d&#8217;emm\u00e9nager dans un bureau, plut\u00f4t discret sans doute, attenant au p\u00e9rim\u00e8tre de s\u00e9curit\u00e9 de Central Command, \u00e0 Tampa, Floride. Dans ce cadre, l&rsquo;OTAN retrouverait toute son efficacit\u00e9 et serait applaudie et appr\u00e9ci\u00e9e par les experts de  l&rsquo;administration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBref, tout cela n&rsquo;a qu&rsquo;un int\u00e9r\u00eat restreint en r\u00e9alit\u00e9. Ce que proposent les Am\u00e9ricains, c&rsquo;est une OTAN irr\u00e9elle, une sorte d&rsquo;OTAN hollywoodienne ou une OTAN de bande dessin\u00e9e, brusquement transform\u00e9e en quelque chose de tout \u00e0 fait diff\u00e9rent, qui perdrait tous ses travers et qui transformerait ses qualit\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 elle en a, en des vertus am\u00e9ricanistes. On ne sait si les propositions de Richard Lugar ou les remarques de Paul Wolfowitz n\u00e9cessitent la moindre attention, voire la simple attention d&rsquo;une analyse critique. Les unes et les autres appartiennent \u00e0 un autre monde, celui de Washington, du Potomac, du b\u00e2timent du Pentagone, de George Bush \u00e0 la tribune du Congr\u00e8s, nous parlant du \u00ab <em>devil&rsquo;s axis<\/em> \u00bb. Il faut r\u00e9aliser cela, cette r\u00e9volution des conceptions et des discours. Il semble bien, tout simplement, que l&rsquo;OTAN telle qu&rsquo;on l&rsquo;a connue ne soit m\u00eame plus, pour les Am\u00e9ricains, un souvenir, qu&rsquo;en un sens on puisse se demander si elle a jamais exist\u00e9 telle qu&rsquo;on l&rsquo;a connue. \u00ab <em>Aujourd&rsquo;hui, ce qu&rsquo;on peut attendre de plus des Am\u00e9ricains pour l&rsquo;OTAN, c&rsquo;est qu&rsquo;ils s&rsquo;en servent comme d&rsquo;un outil, rien d&rsquo;autre, absolument rien d&rsquo;autre<\/em> \u00bb, estime une source au secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral. Il est caract\u00e9ristique que ce sentiment, aujourd&rsquo;hui, soit exprim\u00e9 sans ambages, qu&rsquo;il ait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les appr\u00e9ciations et les constats amers, au coeur m\u00eame de la bureaucratie.<\/p>\n<h3>Comme il y a les alliances-Kleenex et les politiques-Kleenex, il y a aussi les amis-Kleenex<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMais tout cela est-il si important ? Cette question n&rsquo;est ni ironique ni d\u00e9plac\u00e9e. Nous voulons dire : est-ce si important par rapport \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne simplement extraordinaire qui se d\u00e9roule sous nos yeux, ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 la fois sociologique et psychologique, voire pathologique, de l&rsquo;\u00e9radication compl\u00e8te, syst\u00e9matique, sans une h\u00e9sitation ni le moindre doute, du cerveau et du comportement de la classe am\u00e9ricaine des experts, strat\u00e8ges, <em>columnists<\/em>, ministres et sous-ministres divers, de l&rsquo;image et du \u00ab\u00a0concept\u00a0\u00bb de l&rsquo;OTAN comme pierre angulaire du syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;influence des \u00c9tats-Unis ? Chercher une explication rationnelle \u00e0 un tel ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;a aucun sens, tout comme, par exemple, chercher une logique strat\u00e9gique \u00e0 la soudaine d\u00e9nonciation de l&rsquo;Iran comme un parmi les trois diables de service (deux hier, quatre demain, un apr\u00e8s-demain et ainsi de suite, qu&rsquo;importe en r\u00e9alit\u00e9). Nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qui rel\u00e8ve de cette \u00e9trange situation, de l&rsquo;existence de la pens\u00e9e am\u00e9ricaine dans un univers totalement reconstruit, sans aucun lien avec la r\u00e9alit\u00e9 (virtualisme bien s\u00fbr, mais parvenu \u00e0 ce point d&rsquo;efficacit\u00e9 cela laisse \u00e0 penser \u00e0 ceux qui en ont encore le loisir).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComment terminer une analyse aussi d\u00e9solante, aussi  achev\u00e9e, aussi hypocritement constern\u00e9e (si l&rsquo;auteur est r\u00e9ellement anti-OTAN) devant ce g\u00e2chis qui est fait de l&rsquo;OTAN, sinon par cette remarque, presque hors de ses gonds \u00e0 force d&rsquo;agacement et d&rsquo;incompr\u00e9hension devant le comportement am\u00e9ricain, faite par un atlantiste fid\u00e8le et ami des Am\u00e9ricains, telle que nous la rapporte Thomas Friedman : \u00ab <em>\u00a0\u00bbDans les ann\u00e9es 1960, c&rsquo;\u00e9tait la France de Charles de Gaulle qui mena\u00e7ait la coh\u00e9sion de l&rsquo;OTAN, &#8212; en 2001, c&rsquo;est l&rsquo;Am\u00e9rique de Don Rumsfeld, estime Dominique Mo\u00efsi, expert fran\u00e7ais des relations internationales. Fondamentalement, la question qui nous est pos\u00e9e est celle-ci : qu&rsquo;arrive-t-il \u00e0 une cr\u00e9ature quand son cr\u00e9ateur ne lui fait plus confiance ? Quelle est la signification d&rsquo;une alliance si la r\u00e9action de son leader est de dire, &lsquo;Ne nous appelez pas parce que, fondamentalement, nous n&rsquo;avons plus confiance en vous ? \u00c9coutez, fondamentalement je suis pour l&rsquo;OTAN, mais si les Am\u00e9ricains ne le sont plus, qu&rsquo;est-ce que je suis suppos\u00e9 faire ?\u00a0\u00bb<\/em> \u00bb Toutes ces questions sont belles et bonnes, et aussi la comparaison qui fait de l&rsquo;Am\u00e9rique une sorte de docteur Frankenstein ayant cr\u00e9\u00e9 un monstre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, le docteur Frankenstein est occup\u00e9 \u00e0 autre chose. Aujourd&rsquo;hui, nombre de belles \u00e2mes et de coeurs purs des amis de l&rsquo;Am\u00e9rique, aujourd&rsquo;hui en Europe comme demain, plus tard, ailleurs, d\u00e9couvrent qu&rsquo;ils sont eux aussi des amis-Kleenex de l&rsquo;Am\u00e9rique. Il n&rsquo;est pas question de se d\u00e9soler de l&rsquo;ingratitude am\u00e9ricaine ; il est plut\u00f4t question de s&rsquo;inqui\u00e9ter de ce ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique si puissant, si \u00e9norme, qu&rsquo;il d\u00e9tache compl\u00e8tement l&rsquo;Am\u00e9rique du reste du monde.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r\u00e9formisme militaire am\u00e9ricain et l&rsquo;OTAN : un basculement vers l&rsquo;est du centre de gravit\u00e9 Les Am\u00e9ricains ont des grands projets de r\u00e9forme de leurs forces arm\u00e9es, dont on parle depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de GW, en janvier 2001. (On a abord\u00e9 ce sujet \u00e0 diverses reprises sur ce site.) 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