{"id":65102,"date":"2002-05-22T00:00:00","date_gmt":"2002-05-22T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/05\/22\/les-presidentielles-francaises-2002-sur-de-defensa-de-defensa-vol17-n16-du-10-mai-2002\/"},"modified":"2002-05-22T00:00:00","modified_gmt":"2002-05-22T00:00:00","slug":"les-presidentielles-francaises-2002-sur-de-defensa-de-defensa-vol17-n16-du-10-mai-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/05\/22\/les-presidentielles-francaises-2002-sur-de-defensa-de-defensa-vol17-n16-du-10-mai-2002\/","title":{"rendered":"<strong><em>Les pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises 2002 sur de defensa<\/em><\/strong> &#8211; <em>de defensa, Vol17, n\u00b016 du 10 mai 2002<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Les pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises 2002 sur de defensa<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tDans une pr\u00e9c\u00e9dente publication sur ce site de textes extraits de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>dd&#038;e<\/em> (papier), <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=209\" class=\"gen\">nous annon\u00e7ions la publication tr\u00e8s rapide<\/a> de notre analyse des pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises, que nous faisons \u00e0 partir du point de vue que qualifions de virtualiste. Nous tenons notre promesse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous publions donc le texte complet de la rubrique <em>de defensa<\/em> du Vol17 n\u00b016, du 10 mai 2002, de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em>. Cette rubrique est enti\u00e8rement consacr\u00e9e aux pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SURTITRE = L&rsquo;eau qui dort<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = La France exemplaire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = C&rsquo;est par son d\u00e9sordre et par la fa\u00e7on qu&rsquo;elle l&rsquo;exprime, c&rsquo;est par sa r\u00e9volte contre ce d\u00e9sordre que la France est exemplaire. Elle est exemplaire parce qu&rsquo;elle est un miroir du monde tel qu&rsquo;il est.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne fois de plus, la France est exemplaire. Ce constat n&rsquo;a rien d&rsquo;une prise de position ni d&rsquo;une appr\u00e9ciation partisane, ni de l&rsquo;expression d&rsquo;une quelconque satisfaction. Si la France peut encore servir \u00e0 quelque chose, c&rsquo;est bien en \u00e9tant exemplaire m\u00eame des choses les plus graves et les plus inqui\u00e9tantes, exemplaire de rien moins que la crise du monde. La France a offert au monde, durant ces \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, une crise qui illustre et exprime parfaitement la crise g\u00e9n\u00e9rale de notre temps. Elle a montr\u00e9 que les directions politiques occidentales, dont la faiblesse ontologique dans l&rsquo;exercice de leur fonction atteint des bornes inimaginables jusqu&rsquo;alors, ne sont pas et ne seront plus quittes des revendications fondamentales des populations dont elles ont la charge. L&rsquo;\u00e9conomie n&rsquo;a pas \u00e9touff\u00e9 la politique selon la logique de la globalisation, contrairement \u00e0 ce que croient la plupart de ces dirigeants. (\u00ab <em>Mais qu&rsquo;est-ce que tu crois ? La politique c&rsquo;est fini. Ca ne sert plus \u00e0 rien.<\/em> \u00bb, &mdash; Chirac \u00e0 Fran\u00e7ois Bayrou selon Eric Zemmer, dans <em>L&rsquo;homme qui ne s&rsquo;aimait pas<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFaut-il s&rsquo;acharner \u00e0 tenter de comprendre les causes de cette crise, \u00e0 d\u00e9rouler de longues et laborieuses explications ou \u00e0 mobiliser toutes les grandes causes de notre imaginaire, si pratiques, si rassurantes, si r\u00e9confortantes ? Et d&rsquo;abord, y a-t-il eu crise au sens classique du mot ? (Il y a eu le d\u00e9roulement classique d&rsquo;une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, \u00e0 partir d&rsquo;un r\u00e9sultat initial du premier tour dont l&rsquo;aspect fortuit a \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9montr\u00e9 et qui s&rsquo;explique ais\u00e9ment de fa\u00e7on comptable.) La r\u00e9alit\u00e9 est que, plus qu&rsquo;en aucun autre cas encore, et c&rsquo;est aussi en cela que la France est exemplaire, la cause fondamentale de la crise est apparue de fa\u00e7on lumineuse et parfois aveuglante (certains se voilent le regard, c&rsquo;est naturel), au travers des explications donn\u00e9es, ici et l\u00e0, dans telle enqu\u00eate ou telle autre, notamment par ceux qui ont vot\u00e9 Le Pen, et surtout par la simple observation logique et ce qu&rsquo;on sent de fa\u00e7on \u00e9vidente de ces \u00e9v\u00e9nements. Il n&rsquo;y a aucune difficult\u00e9 dans ce cas. Il ne peut y avoir de doute \u00e0 propos de cette cause et de l&rsquo;explication de la crise, sauf \u00e0 sacrifier au montage massif organis\u00e9 m\u00e9caniquement par le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral qui contr\u00f4le notre soci\u00e9t\u00e9, qui est le seul v\u00e9ritable myst\u00e8re de la p\u00e9riode, &mdash; ce montage massif que nous nommons virtualisme et auquel nous allons principalement nous attacher. La crise n&rsquo;est sp\u00e9cifiquement ni dans les r\u00e9sultats du premier tour, ni dans la pr\u00e9sence de Le Pen au second, ni dans l&rsquo;agitation qui a secou\u00e9 l&rsquo;entre-deux tours, ni dans l&rsquo;extraordinaire mobilisation stalinienne qui a touch\u00e9 le camp m\u00e9diatico-lib\u00e9ral (\u00ab <em>On se croirait dans une d\u00e9mocratie populaire<\/em> \u00bb, disait le m\u00eame Zemmour \u00e0<em>Arr\u00eat sur image<\/em>, le 28 avril). La crise est dans le fait m\u00eame, dans le processus et le m\u00e9canisme psychologique, dans cette agitation fr\u00e9n\u00e9tique pour un \u00e9v\u00e9nement dont chacun s&rsquo;accorde \u00e0 juger du caract\u00e8re fortuit, dans cette tension stup\u00e9fiante que le r\u00e9sultat du premier tour, les interpr\u00e9tations \u00e9videmment sollicit\u00e9es de ce r\u00e9sultat, les effets de ce r\u00e9sultat, etc., ont aussit\u00f4t amen\u00e9. La crise est dans cette fragilit\u00e9 psychologique aussit\u00f4t apparue apr\u00e8s l&rsquo;oc\u00e9an d&rsquo;indiff\u00e9rence et de sarcasme qu&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 la campagne \u00e9lectorale.<\/p>\n<h3>La France est exceptionnelle dans le sens que sa crise, au contraire d&rsquo;\u00eatre un accident, exprime en r\u00e9alit\u00e9 la crise mondiale qui nous assaille<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa manifestation de la crise est tout enti\u00e8re psychologique. Ce sont l&rsquo;angoisse, la col\u00e8re, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, et cela dans tous les sens et dans tous les camps, caus\u00e9es par la perception d&rsquo;une perte massive de l&rsquo;appartenance \u00e0 une identit\u00e9 collective, et cela, dans ce cas \u00e9galement, quelle que soit la perception qu&rsquo;on a de cette identit\u00e9. Dans le contexte qu&rsquo;on conna\u00eet et avec tous les pr\u00e9jug\u00e9s qu&rsquo;on imagine, qu&rsquo;y a-t-il de plus significatif, de plus symbolique \u00e0 la fa\u00e7on qu&rsquo;affectionnent les petits marquis des salons m\u00e9diatiques parisiens, que cette r\u00e9ponse, rapport\u00e9e par <em>The Guardian<\/em> du 26 avril, de Joe Goldenberg, 79 ans, juif fran\u00e7ais dont les parents ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s dans un camp allemand parce qu&rsquo;ils \u00e9taient juifs, dont le restaurant kacher tr\u00e8s connu du Marais fut victime d&rsquo;une attaque terroriste \u00e0 la bombe, et qui explique son vote pour Le Pen au premier tour ? (Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;un des moindres ph\u00e9nom\u00e8nes, et l&rsquo;un des moindres signes de la crise, ce vote pour Le Pen d&rsquo;une \u00ab <em>sad and mistaken but we think quite sizeable minority<\/em> \u00bb des 700.000 juifs fran\u00e7ais, selon les mots de l&rsquo;avocat Michel Zaoui, du CRIF, rapport\u00e9s par le m\u00eame <em>Guardian<\/em>.) Voici, toujours selon le <em>Guardian<\/em>, les mots de Joe Goldenberg : Le Pen \u00ab <em>repr\u00e9sente par-dessus tout la d\u00e9fense de la France, un sens du patriotisme, un d\u00e9sir de restaurer l&rsquo;ordre, c&rsquo;est ce qui compte pour moi.<\/em> \u00bb Ce vieux juif fran\u00e7ais (aussit\u00f4t soup\u00e7onn\u00e9 de s\u00e9nilit\u00e9 par les voix autoris\u00e9es qu&rsquo;on imagine, chagrin\u00e9es de voir bouscul\u00e9s les sch\u00e9mas conformistes), ce veux juif fran\u00e7ais meurtri par l&rsquo;Holocauste, qui donne en quelques mots une le\u00e7on d&rsquo;int\u00e9gration fran\u00e7aise en parlant de patriotisme, qui donne une explication lumineuse de la crise en notifiant que ce patriotisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;identit\u00e9 collective par d\u00e9finition (et la simple s\u00e9curit\u00e9 du citoyen patriote dans son cas), est aujourd&rsquo;hui menac\u00e9 affreusement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pourrait \u00e9videmment trouver des argumentations aussi fortes pour t\u00e9moigner de leur d\u00e9sarroi consid\u00e9rable dans le chef de ceux qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre ce qu&rsquo;ils percevaient comme une menace pour les fondements de cette R\u00e9publique qui leur est si ch\u00e8re, dans la pr\u00e9sence de Le Pen au second tour alors que, refrain, tout disait que cette pr\u00e9sence \u00e9tait fortuite dans le processus \u00e9lectoral. Dans tous les cas, il s&rsquo;agit bien de psychologies press\u00e9es, bouscul\u00e9es, d\u00e9couvertes dans leur angoisse, outrant leur perception des p\u00e9rils ext\u00e9rieurs jusqu&rsquo;\u00e0 les fabriquer. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe malaise identitaire fran\u00e7ais est trop vif pour qu&rsquo;on s&rsquo;y attache dans sa d\u00e9finition. Jamais crise ne fut plus \u00e9vidente. Et il faut encore en rajouter dans ce qu&rsquo;on a dit, pour bien comprendre le fait : la France est exceptionnelle dans ce cas, moins dans sa diff\u00e9rence que dans sa ponctualit\u00e9 de repr\u00e9sentation, parce qu&rsquo;elle est la plus ardente dans notre univers virtualis\u00e9 et encha\u00een\u00e9 \u00e0 exprimer si droitement une douleur aujourd&rsquo;hui universelle, &mdash; crise fran\u00e7aise mais, par cons\u00e9quent, surtout un \u00e9v\u00e9nement avant-coureur du reste, car nous n&rsquo;en sommes pas quitte avec un vote suivi d&rsquo;un autre vote. Ce qui importe ici, maintenant, c&rsquo;est de tenter de d\u00e9monter le m\u00e9canisme de la crise, pour en bien comprendre l&rsquo;\u00e9volution, pour bien appr\u00e9cier la situation g\u00e9n\u00e9rale. Cette situation-l\u00e0, qui est celle de notre crise g\u00e9n\u00e9rale, nous avons coutume de la nommer virtualisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Anatomie de la tromperie<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Nous sommes nerveux et angoiss\u00e9s. Nous savons que l&rsquo;on nous trompe et que nous nous trompons nous-m\u00eames. Reste \u00e0 voir comment. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous nous int\u00e9ressons \u00e0 la crise fran\u00e7aise comme nous nous int\u00e9ressons \u00e0 la situation am\u00e9ricaine, qui est elle-m\u00eame une crise, dans la mesure de son \u00e9cho et de son prolongement g\u00e9n\u00e9ral, dans la communaut\u00e9 des nations et dans notre situation g\u00e9n\u00e9rale. Dans cette crise fran\u00e7aise, le v\u00e9ritable myst\u00e8re n&rsquo;est pas son fondement et sa cause fondamentale. On a vu combien ce fondement et cette cause fondamentale sont \u00e9vidents et combien ils nous semblent \u00eatre \u00e9vidents depuis un temps assez long : c&rsquo;est la crise identitaire massive dont nous pensons, et craignons, qu&rsquo;elle soit la caract\u00e9ristique m\u00eame d&rsquo;une \u00e9poque, d&rsquo;un temps historique qui date d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(En 1879, le professeur am\u00e9ricain Beard identifia la neurasth\u00e9nie, qu&rsquo;il nomma \u00a0\u00bbla maladie am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;il estimait que cette affection \u00e9tait d&rsquo;abord une affection am\u00e9ricaine, due au mode de vie am\u00e9ricain en ce sens que ce mode de vie \u00e9tait la parfaite transcription du modernisme. Beard liait la neurasth\u00e9nie et le mode de vie am\u00e9ricain \u00e0 la perte des r\u00e9f\u00e9rences historiques, &mdash; l&rsquo;Am\u00e9rique est effectivement l&rsquo;arch\u00e9type du cas, &mdash; qui entra\u00eene la crise identitaire, qui en est la d\u00e9finition temporelle la plus satisfaisante. Les Am\u00e9ricains ont \u00a0\u00bbr\u00e9solu\u00a0\u00bb le probl\u00e8me en le niant, ce qui est une autre fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre en crise et une fa\u00e7on diablement am\u00e9ricaine. \u00ab <em>La nervosit\u00e9 am\u00e9ricaine est le produit de la civilisation am\u00e9ricaine, <\/em>\u00e9crivait Beard, puis il poursuivait plus loin &#8230; <em>Notre immunit\u00e9 contre la nervosit\u00e9 et les maladies nerveuses, nous l&rsquo;avons sacrifi\u00e9e \u00e0 la civilisation. En effet nous ne pouvons avoir la civilisation et tout le reste : dans notre marche en avant, nous perdons de vue, et perdons en effet, la r\u00e9gion que nous avons travers\u00e9e.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat de la crise fran\u00e7aise n&rsquo;est pas dans la situation politique, celle qui existait, qui existe et qui existera. Le v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat n&rsquo;est pas dans ce que cette crise a de fran\u00e7ais mais dans ce sens qu&rsquo;elle est une fa\u00e7on fran\u00e7aise d&rsquo;interpr\u00e9ter la crise g\u00e9n\u00e9rale. C&rsquo;est la d\u00e9finition qu&rsquo;il faut donner de cette p\u00e9riode des pr\u00e9sidentielles, qui n&rsquo;est alors pas autre chose que l&rsquo;interpr\u00e9tation fran\u00e7aise du th\u00e8me central de la crise g\u00e9n\u00e9rale, qui est la crise de notre identit\u00e9 collective, avec les r\u00e9actions diverses, en sens contraires, antagonistes, qui vont naturellement avec. C&rsquo;est pourquoi un Tony Judt, auteur am\u00e9ricain connaisseur de l&rsquo;Europe (de la France surtout), diagnostique (le 28 avril) que la crise fran\u00e7aise, \u00e0 l&rsquo;instar des autres situations nationales europ\u00e9ennes o\u00f9 l&rsquo;on voit la mont\u00e9e de l&rsquo;extr\u00eame-droite, d\u00e9place la tension vers d&rsquo;autres domaines. Elle para\u00eet comme l&rsquo;avertissement que l&rsquo;Europe va \u00eatre un formidable adversaire de ce mouvement d\u00e9structurant et anti-identitaire qu&rsquo;est la globalisation lanc\u00e9e par l&rsquo;Am\u00e9rique (mais mena\u00e7ante pour les structures m\u00eame de l&rsquo;Am\u00e9rique), pas tant par sa politique qui est inexistante ou soumise \u00e0 Washington que par la dynamique de sa substance m\u00eame. Ainsi parle-t-on d&rsquo;une crise globale : \u00ab <em>Les Europ\u00e9ens voient le monde tr\u00e8s diff\u00e9remment <\/em>[de nous], \u00e9crit Judt, <em>et c&rsquo;est une dangereuse illusion de croire que la logique de la globalisation nous oblige \u00e0 nous rapprocher. Les r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements en Europe sugg\u00e8rent que le contraire pourrait arriver.<\/em> \u00bb (On s&rsquo;\u00e9tonne simplement qu&rsquo;ayant explicitement diagnostiqu\u00e9 cet affrontement \u00e0 propos de la globalisation, Judt n&rsquo;aille plus loin et ne nous dise son sentiment, disons son sentiment d&rsquo;humaniste, sur la valeur et le sens par rapport \u00e0 la civilisation qu&rsquo;il faut accorder \u00e0 cette globalisation. Voil\u00e0 la question essentielle.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le v\u00e9ritable myst\u00e8re, qui m\u00e9rite une enqu\u00eate, est celui du m\u00e9canisme de la psychologie qui a dissimul\u00e9 la crise (qui a vu venir cette crise, pas dans les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux et dans leur interpr\u00e9tation id\u00e9ologique mais dans l&rsquo;ampleur et selon le caract\u00e8re bouleversant pour la psychologie o\u00f9 on l&rsquo;a vue ?) ; le myst\u00e8re est \u00e9galement dans le m\u00e9canisme syst\u00e9matique qui l&rsquo;a mise \u00e0 jour en en transformant l&rsquo;apparence (une crise id\u00e9ologique \u00e0 la place d&rsquo;une crise identitaire) ; le myst\u00e8re est enfin dans ce m\u00eame m\u00e9canisme syst\u00e9matique qui fournit gracieusement le moyen de r\u00e9soudre apparemment la crise, ce moyen qui ne r\u00e9sout rien du tout, qui pr\u00e9pare d&rsquo;autres crise, qui fait de la crise fran\u00e7aise un maillon d&rsquo;une cha\u00eene et confirme la France comme un avant-poste de la civilisation, m\u00eame si c&rsquo;est pour souffrir plus que d&rsquo;autres de son agonie.<\/p>\n<h3>Il est inutile de chercher les causes de la crise, nous les connaissons depuis longtemps, au moins depuis pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne sommes plus dans le temps historique classique de la sp\u00e9culation intellectuelle sur les causes de la crise de la modernit\u00e9, dont la Grande Guerre de 1914-18 fut le premier soubresaut. D&rsquo;autres l&rsquo;ont fait pour nous, avant nous, et ils l&rsquo;ont fait si bien, avec tant de talent et de libert\u00e9 que nous serions bien incapables de retrouver, parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui talent et libert\u00e9 deviennent des vertus suspectes lorsqu&rsquo;elles sont profondes et non convenues. (Les d\u00e9bats passionn\u00e9s des ann\u00e9es 1920, en Europe, en France et en Allemagne principalement, nous pr\u00e9sentaient tous les probl\u00e8mes que nous affrontons aujourd&rsquo;hui. Ils nous  confrontaient au principal d\u00e9fi d&rsquo;\u00eatre une civilisation au sommet de son expression et de sa puissance temporelle, avec une conscience quasi-instantan\u00e9e de cette situation, et en m\u00eame temps se voyant transform\u00e9e si radicalement, se voyant pas loin d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9e dans sa chute, se voyant d\u00e9j\u00e0 en d\u00e9cadence, comme \u00e9crivait un journal am\u00e9ricain pour son compte en 1933 [\u00ab <em>les \u00c9tats-Unis sont le seul pays \u00e0 \u00eatre pass\u00e9 directement de la barbarie \u00e0 la d\u00e9cadence<\/em> \u00bb]. Comme ouverture de ces r\u00e9flexions des ann\u00e9es 1920, certes, le sempiternel \u00ab <em>Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles<\/em> \u00bb, de Paul Val\u00e9ry, premi\u00e8re phrase d&rsquo;un texte intitul\u00e9 <em>La crise de l&rsquo;esprit<\/em>, donn\u00e9 \u00e0 la revue anglaise <em>Athenaeum<\/em> du 11 avril 1919.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous sommes dans ce temps historique exceptionnel o\u00f9 nous avons \u00e0 d\u00e9battre des modalit\u00e9s et des artifices mis en place pour conduire ou transformer l&rsquo;apparence de cette \u00e9volution de la civilisation, pour dissimuler que sa marche en avant est aussi une chute sans fond, o\u00f9 nous avons \u00e0 mesurer \u00e0 quel point l&rsquo;on farde la vieille dame indigne, \u00e0 quel point on lui obscurcit l&rsquo;esprit avec les drogues diverses qu&rsquo;on conna\u00eet, \u00e0 quel point nous sommes tous \u00e0 la fois victimes et complices, en bons lecteurs postmodernes du <em>Discours de la servitude volontaire<\/em> de La Bo\u00e9tie remis au go\u00fbt des capacit\u00e9s technologiques (communication) de notre \u00e9poque. Nous sommes dans un temps historique bien rude pour l&rsquo;esprit, et pour l&rsquo;esprit fran\u00e7ais encore plus, o\u00f9 nous avons \u00e0 observer les modalit\u00e9s d&rsquo;un m\u00e9canisme, ses sp\u00e9cificit\u00e9s, ses rouages, pour tenter de comprendre ce qui modifie, transforme, dissimule, d\u00e9forme une situation de crise dont pourtant notre psychologie per\u00e7oit chaque jour les effets d&rsquo;une puissance si grande, et en est compl\u00e8tement boulevers\u00e9e. Nous sommes dans une situation extraordinaire o\u00f9 notre devoir intellectuel n&rsquo;est pas de d\u00e9couvrir si l&rsquo;on nous trompe, et pourquoi l&rsquo;on nous trompe, car tout cela est si \u00e9vident depuis un si\u00e8cle, mais simplement de mettre en \u00e9vidence comment l&rsquo;on nous trompe et comment l&rsquo;on se trompe et comment nous collaborons avec entrain \u00e0 cette tromperie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SURTITRE = Abracadabrantesque<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une nation <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Les conditions de la pr\u00e9sence de Le Pen au deuxi\u00e8me tour et les r\u00e9actions gigantesques qui ont suivi constituent une formidable incursion dans une autre r\u00e9alit\u00e9 construite par le virtualisme. Une exp\u00e9rience qui fera date. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque, fin 1998, Bruno M\u00e9gret fit scission et fonda son propre parti \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une bataille de chiffonniers, coltin\u00e9 avec Jean-Marie Le Pen devant les cam\u00e9ras complaisantes, dans les invectives et les menaces d&rsquo;une bande qui r\u00e8gle ses comptes, il apparut de fa\u00e7on quasi-\u00e9vidente, pour l&rsquo;unanimit\u00e9 des commentateurs fran\u00e7ais, que le Front National (FN) avait v\u00e9cu (nous parlons ici de la menace qu&rsquo;avait constitu\u00e9 ou qu&rsquo;avait sembl\u00e9 constituer le FN, pour la r\u00e9publique, pour la d\u00e9mocratie). L&rsquo;analyse des faits \u00e9tait acceptable, m\u00eame si elle aurait pu, voire aurait du \u00eatre prolong\u00e9e par une question pas si innocente : en r\u00e9alit\u00e9, le FN, en tant que menace contre la d\u00e9mocratie, contre la r\u00e9publique, contre les institutions, contre l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;un nation comme la France et peut-\u00eatre plus que cela, ce FN-l\u00e0 a-t-il jamais exist\u00e9 ? La campagne hyper-<em>soft<\/em> de Le Pen avant ces pr\u00e9sidentielles, la mod\u00e9ration du vieux brigand de la politique, le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat des sondeurs pour lui (la psychologie des sondeurs est aussi un cas int\u00e9ressant), tout poussait \u00e0 garder cette question de la menace-FN au fond des poubelles de l&rsquo;histoire, comme si elle n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e. Puis, comme soudainement, comme on sort un lapin d&rsquo;un chapeau, comme par magie enfin, trois ans apr\u00e8s l&rsquo;enterrement sans tambours ni trompettes du FN, voil\u00e0 son chef r\u00e9apparu, le 21 avril, et encore, comme l&rsquo;un des deux candidats du deuxi\u00e8me tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. Mais de quelles \u00e9lections nous parle-t-on ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu lendemain du premier tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, une fiche de synth\u00e8se d&rsquo;un fonctionnaire europ\u00e9en destin\u00e9e \u00e0 sa hi\u00e9rarchie contenait cette remarque : \u00ab <em>L&rsquo;\u00e9lection devait se jouer entre deux candidats <\/em>[Chirac et Jospin, dont on attendait la victoire] <em>tellement soucieux de capter les voix qu&rsquo;ils semblaient avoir oubli\u00e9 que des enjeux centraux sont face au pays, \u00e0 l&rsquo;Europe et au monde (qui a parl\u00e9 d&rsquo;une \u00a0\u00bbguerre\u00a0\u00bb en cours au Etats-Unis ?).<\/em> \u00bb Cette remarque, comme d&rsquo;autres encore, faisait part de l&rsquo;\u00e9tonnement devant un ph\u00e9nom\u00e8ne politique qui l&rsquo;\u00e9tait si peu, politique, tant on semblait si peu pr\u00e9occup\u00e9 des probl\u00e8mes qui constituent l&rsquo;enjeu et tout le poids de notre avenir. <em>In illo tempore<\/em>, notamment du temps de la Guerre froide, ce comportement, quand il existait, n&rsquo;amenait que des implications mineures, nul n&rsquo;ignorant la r\u00e9alit\u00e9 ou l&rsquo;apparente r\u00e9alit\u00e9 des grands enjeux politiques (entre est et ouest principalement) et, par cons\u00e9quent, les positions des candidats.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;o\u00f9 la question que nous sommes conduits \u00e0 nous poser : cette \u00e9lection a-t-elle beaucoup \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9 ? N&rsquo;est-elle pas, dans nombre de ses tenants et de ses aboutissants, un ph\u00e9nom\u00e8ne renvoyant \u00e0 ce que nous nommons le virtualisme ? C&rsquo;est la voie que nous empruntons pour conduire cette analyse, et, en passant, la replacer dans le seul contexte qui vaille, &mdash; le contexte global de la crise de notre temps, qui est la crise du modernisme rendue plus vive et exprim\u00e9e par le ph\u00e9nom\u00e8ne du post-modernisme, dont la principale caract\u00e9ristique est d&rsquo;avoir achev\u00e9 l&rsquo;installation du ph\u00e9nom\u00e8ne du virtualisme. (Nous r\u00e9interpr\u00e9tons tout cela plus loin, pour \u00e9clairer \u00e0 notre fa\u00e7on la crise fran\u00e7aise.) Il va sans dire qu&rsquo;ainsi, en analysant un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9crit comme colossal et qui appara\u00eet si peu politique et si totalement virtualiste, donc totalement d\u00e9tach\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 pour s&rsquo;installer dans une autre r\u00e9alit\u00e9, on rencontre, de fa\u00e7on impromptue mais tr\u00e8s puissante, la v\u00e9ritable r\u00e9alit\u00e9 que ces montages aussi divers qu&rsquo;inconscients tentent \u00e0 toute force d&rsquo;\u00e9carter.<\/p>\n<h3>Dans ses modalit\u00e9s, la crise fran\u00e7aise du 21 avril renvoie \u00e0 la crise am\u00e9ricaine Clinton-Lewinski de  janvier 1998-janvier 1999<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons tent\u00e9 de synth\u00e9tiser la substance de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement dans le titre de notre \u00e9ditorial du num\u00e9ro du 25 avril (\u00ab <em>La souris a accouch\u00e9 d&rsquo;une montagne<\/em> \u00bb), pour repr\u00e9senter ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;une p\u00e9riode d&rsquo;un vide politique complet conduisant \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement politique aussit\u00f4t compar\u00e9 \u00e0 un \u00ab <em>tremblement de terre<\/em> \u00bb (nous citons l&rsquo;image puisque c&rsquo;est celle qui courait sur toutes les bouches conformistes de notre <em>establishment<\/em>, le soir du 21, et le lendemain dans les journaux, fid\u00e8les reflets de ce conformisme). Ce cheminement des \u00e9v\u00e9nements, qui est le contraire de la logique historique, o\u00f9, du rien, du n\u00e9ant na\u00eet un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable, nous rappelle une autre circonstance. Il s&rsquo;agit de la crise Clinton-Lewinski o\u00f9 une amourette plut\u00f4t prudente et de type carabin du pr\u00e9sident, et un travestissement maladroit de la v\u00e9rit\u00e9, aboutirent \u00e0 ce qui ressembla \u00e0 une crise de r\u00e9gime, pour s&rsquo;\u00e9vanouir aussit\u00f4t, cette crise d\u00e9nou\u00e9e tant bien que mal. A l&rsquo;\u00e9poque, nous avions observ\u00e9 cette pseudo-crise comme un \u00e9v\u00e9nement fondamentalement virtualiste, qui renvoie au virtualisme, en constatant que cette \u00e9norme crise \u00e0 propos de rien, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, indirectement, exprimait tout de m\u00eame un formidable malaise cach\u00e9 des Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous proposons la m\u00eame approche analytique pour l&rsquo;affaire fran\u00e7aise du 21 avril. Notre analyse est qu&rsquo;il existe une approche compl\u00e8tement virtualiste de la crise, celle qui, d&rsquo;une autre situation de n\u00e9ant (celle de l&rsquo;effondrement du FN et ce qui suivit depuis trois ans) arrive \u00e0 nous pr\u00e9senter, surgissant comme un \u00e9clair dans un ciel bleu, le 21 avril 2002 \u00e0 20H00 pr\u00e9cises, une menace \u00a0\u00bbfasciste\u00a0\u00bb sans aucun pr\u00e9c\u00e9dent historique contre la France. Cette approche a tous les avantages du monde pour l&rsquo;<em>establishment<\/em> politique (y compris Le Pen d&rsquo;ailleurs), en r\u00e9activant le terrain glorieux du sempiternel affrontement entre la d\u00e9mocratie et le fascisme ; pour les Fran\u00e7ais eux-m\u00eames, y compris chez les partisans de Le Pen, cette fabulation n&rsquo;est pas sans effets apaisants, dans tous les cas sur l&rsquo;instant, en r\u00e9introduisant dans la perception du champ politique une notion d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme qui en \u00e9tait totalement absente. Hors cela, qui est du domaine de la construction intellectuelle pure, la fabulation en est bien une, elle est sans la moindre r\u00e9alit\u00e9, pur r\u00e9cit de fiction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela ne signifie pas qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement(s). Il s&rsquo;en est fallu d&rsquo;assez peu que Clinton soit destitu\u00e9, ce qui n&rsquo;est pas rien dans la vie politique am\u00e9ricaine ; et l&rsquo;on peut avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;offensive de trois jours contre l&rsquo;Irak en d\u00e9cembre 1998, qui fit un certain nombre de victimes, eut la violence qu&rsquo;on lui vit dans la mesure de sa capacit\u00e9 \u00e0 contenir, voire \u00e0 dissimuler les ennuis du pr\u00e9sident dont la proc\u00e9dure d&rsquo;<em>impeachment<\/em> commen\u00e7ait devant la Chambre. Dans le cas fran\u00e7ais, il reste que Le Pen aurait pu \u00eatre \u00e9lu, qu&rsquo;on se serait trouv\u00e9 devant un \u00e9v\u00e9nement \u00ab <em>abracadabrantesque<\/em> \u00bb, comme dit Chirac-Rimbaud, qui aurait pu d\u00e9boucher sur des troubles civils tr\u00e8s graves en France et avec le potentiel d&rsquo;une politique ext\u00e9rieure compl\u00e8tement d\u00e9cha\u00een\u00e9e, conduisant \u00e0 un  bouleversement europ\u00e9en sans pr\u00e9c\u00e9dent. Mais, on le comprend, ces \u00e9v\u00e9nements n&rsquo;ont plus rien \u00e0 voir avec la logique historique. Ils ont \u00e0 voir avec la logique entropique du d\u00e9sordre qu&rsquo;implique la brutale rencontre de l&rsquo;univers construit du virtualisme avec la r\u00e9alit\u00e9 &#8230; En l&rsquo;occurrence, l&rsquo;univers construit du virtualisme est l&rsquo;image du surgissement extraordinaire par sa soudainet\u00e9 d&rsquo;une menace fasciste qui n&rsquo;existe pas, concr\u00e9tis\u00e9e artificiellement par une addition des effets d\u00e9plorables d&rsquo;une situation, elle, r\u00e9ellement inqui\u00e9tante et tr\u00e8s r\u00e9elle, et par ailleurs tr\u00e8s fond\u00e9e, de m\u00e9pris du politique. Ces deux facteurs soudain confront\u00e9s cr\u00e9ent une menace de d\u00e9sordre \u00e9galement extraordinaire par sa soudainet\u00e9. Au bout du compte, il y a une v\u00e9racit\u00e9 historique mais l&rsquo;appr\u00e9ciation officielle, suivie par le sentiment du public qui trouve son compte dans les artifices h\u00e9ro\u00efques d&rsquo;une d\u00e9fense contre un danger fabriqu\u00e9, en donne une interpr\u00e9tation compl\u00e8tement fausse. Les gens sont dans la rue, hurlant contre un Le Pen qui se retrouve dans le jeu par cet accident extraordinaire, \u00e0 cause de leur propre m\u00e9pris du monde politique. Ce m\u00e9pris est tout \u00e0 fait fond\u00e9 dans notre r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 tous mais il entra\u00eene des effets gigantesques qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = \u00ab\u00a0Grand Soir\u00a0\u00bb virtualiste <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = L&rsquo;observation de ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le premier tour et de ce qui accompagn\u00e9 ses r\u00e9sultats montre une cohabitation parfois m\u00e9lang\u00e9e entre r\u00e9alit\u00e9 virtualiste et r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que nous estimons \u00eatre un \u00a0\u00bbtemps post-moderne\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 ces circonstances, que nous avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crites \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre occasion (voir <em>dd&#038;e<\/em>, Vol17, n<198>01, rubrique <em>de defensa<\/em>), o\u00f9 l&rsquo;on agit et o\u00f9 l&rsquo;on vit une situation et, en m\u00eame temps, o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;observe agir et vivre cette situation gr\u00e2ce aux extraordinaires moyens de la communication et au fameux ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00a0\u00bben temps r\u00e9el\u00a0\u00bb. Le post-modernisme, pour nous, est un temps compl\u00e8tement mari\u00e9 avec la \u00a0\u00bbr\u00e9alit\u00e9 virtualiste\u00a0\u00bb, le couple \u00e9tant adjoint \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 tout court sous le r\u00e9gime de ce d\u00e9doublement de la perception qui se r\u00e9alise dans ce que nous nommons le virtualisme. Pour tenter de mieux expliciter notre propos, nous empruntons un extrait d&rsquo;une r\u00e9flexion que nous sommes en train de r\u00e9aliser, qui doit d\u00e9boucher sur une \u00e9tude historique (le titre provisoire est <em>1941-2001<\/em>). Nous exposons de cette fa\u00e7on notre conception du post-modernisme, et l&rsquo;on voit qu&rsquo;elle se rapproche \u00e9videmment de la situation pr\u00e9sente :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Le paradoxe de nos \u00a0\u00bbtemps exceptionnels\u00a0\u00bb tient \u00e0 ce que l&rsquo;histoire est d\u00e9sormais faite par des forces dont la principale fonction, et l&rsquo;ambition affirm\u00e9e, est de s&rsquo;en lib\u00e9rer, et, par cons\u00e9quent, d&rsquo;en nier l&rsquo;existence : elles qui pr\u00e9tendent refaire l&rsquo;histoire finissent par proclamer que l&rsquo;histoire n&rsquo;existe plus.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;aurait pu exister auparavant parce que seules les techniques d\u00e9sormais existantes de communication  et de diffusion permettent \u00e0 une pression aussi nihiliste de se manifester et de se d\u00e9velopper avec la force qu&rsquo;on lui voit, tout en dissimulant les aspects les plus pr\u00e9occupants de ce nihilisme. Gr\u00e2ce \u00e0 la pression extraordinaire qu&rsquo;il exerce sur son \u00e9poque elle-m\u00eame, ce ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9cha\u00eenement des moyens de communication impose \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne o\u00f9 cette force d\u00e9structurante se d\u00e9veloppe (toute \u00e9poque v\u00e9cue par les contemporains est per\u00e7ue n\u00e9cessairement comme \u00a0\u00bbmoderne\u00a0\u00bb) de sembler se d\u00e9passer elle-m\u00eame, de para\u00eetre, en m\u00eame temps qu&rsquo;elle existe dans le pr\u00e9sent, \u00eatre le futur d&rsquo;elle-m\u00eame. La pression de ces forces d\u00e9structurantes fait para\u00eetre post-moderne l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 elles se d\u00e9veloppent, au m\u00eame moment qu&rsquo;elle existe normalement comme modernit\u00e9. L&rsquo;\u00e9poque se d\u00e9double. Il y a \u00e9galement d\u00e9structuration du temps historique. On retrouvera [&#8230;] cette id\u00e9e qui est presque un \u00a0\u00bbconcept\u00a0\u00bb selon le langage du show-biz sous une forme id\u00e9ologique fondamentale : le post-modernisme inh\u00e9rent aux forces <\/em>[de] <em>d\u00e9structuration du temps historique entre son pr\u00e9sent et le futur de ce pr\u00e9sent implique une pr\u00e9f\u00e9rence manifeste pour ce futur qui est porteur de toutes les esp\u00e9rances, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;illusion; ainsi na\u00eet la certitude quasi-sensorielle de quelque chose d&rsquo;autre, qui est la n\u00e9gation de la r\u00e9alit\u00e9, qui est le fondement de ce que nous nommerons virtualisme.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que, dans la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant le 21 avril, un ph\u00e9nom\u00e8ne semblable s&rsquo;est pass\u00e9, atteignant sans vraiment de remous ni d&rsquo;interf\u00e9rences un stade de quasi-perfection et r\u00e9v\u00e9lant en m\u00eame temps combien ce stade rec\u00e8le d&rsquo;effets de perversion \u00e0 cause des contraintes impos\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 par le virtualisme, et \u00e0 cause de la croyance des citoyens \u00e0 cette situation virtualiste, et, au-dessus de tout cela, \u00e0 cause de la persistance et de l&rsquo;ent\u00eatement de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 exister. Le d\u00e9compte est assez simple :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; D&rsquo;une part, la fausse-r\u00e9alit\u00e9 telle qu&rsquo;elle \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 la vision virtualiste s&rsquo;\u00e9talait chaque jour dans les sondages, aussi bien que dans les mesures pratiques. Chirac-Jospin, conformes jusqu&rsquo;\u00e0 ne plus faire qu&rsquo;un, passerait au second tour. On pr\u00e9parait d\u00e9j\u00e0 les conditions du face-\u00e0-face t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Les \u00e9tats-majors travaillaient sur les rassemblements du 2e tour sans s&rsquo;attacher vraiment au premier tour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Personne parmi les citoyens ne doutait de cette quasi-r\u00e9alit\u00e9, que chacun jugeait m\u00e9diocre, ennuyeuse, vide, comme la campagne elle-m\u00eame l&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessairement (puisqu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun enjeu, le r\u00e9sultat \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 connu). La r\u00e9action du citoyen fut donc de ne pas voter ou de voter \u00ab\u00a0exotique\u00a0\u00bb, la multitude de candidats permettant cela et l&rsquo;assurance de la situation du second tour rendant cette attitude sans risque, et ces votes dispers\u00e9s permettant effectivement d&rsquo;esquisser une situation \u00e9lectorale correspondant aux aspirations des citoyens, exprimant leurs \u00e9lans, leurs convictions et leurs angoisses, et leur r\u00e9volte. Des circonstances fortuites ont conduit \u00e0 une situation d&rsquo;utilisation maximale des opportunit\u00e9s ainsi cr\u00e9\u00e9es, mais inconsciemment, de fa\u00e7on m\u00e9canique. Les imperturbables bataillons lep\u00e9nistes qui vivent assi\u00e9g\u00e9s et mobilis\u00e9s depuis toujours ont suscit\u00e9 l&rsquo;attraction n\u00e9cessaire pour que Le Pen retrouve ses voix en m\u00eame temps que sa fonction d&rsquo;expression d&rsquo;une r\u00e9volte et d&rsquo;une col\u00e8re (voir l&rsquo;explication de Joe Goldenberg), dans des conditions g\u00e9n\u00e9rales marqu\u00e9es par l&rsquo;\u00e9clatement des voix (40% des voix de gauche r\u00e9partis entre 7 candidats !) et l&rsquo;abstention.<\/p>\n<h3>Discuter de la refondation des partis bouscul\u00e9s par le scrutin alors que la plus grande menace fasciste est sous nos murs, c&rsquo;est faire cohabiter la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9elle et la r\u00e9alit\u00e9 virtualiste <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCes conditions m\u00eame nous encouragent dans notre interpr\u00e9tation d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement partag\u00e9 entre une r\u00e9alit\u00e9, o\u00f9 le Front National n&rsquo;existait plus en tant que cette menace qui avait \u00e9t\u00e9 pendant des ann\u00e9es sa repr\u00e9sentation (elle aussi virtualiste, mais dans des conditions diff\u00e9rentes), et une fabulation virtualiste o\u00f9 le FN appara\u00eet comme une menace centrale contre la d\u00e9mocratie. Le fait m\u00eame de la situation permettant au FN d&rsquo;\u00eatre deuxi\u00e8me (les 16 candidatures, l&rsquo;abstention) alimente cette th\u00e8se. Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 aussit\u00f4t apr\u00e8s, de fa\u00e7on parall\u00e8le, le confirme. La pr\u00e9occupation essentielle de la gauche, dont la d\u00e9faite, elle, est bien r\u00e9elle, a \u00e9t\u00e9 de se d\u00e9fausser des causes de cette d\u00e9faite sur une mise en cause des institutions et l&rsquo;on a vu fleurir, d\u00e8s le 21 avril au soir, des attaques contre les institutions, des propositions pour aller vers une \u00ab\u00a0VIe R\u00e9publique\u00a0\u00bb, des rassemblement plus ou moins dissidents ou marginaux pour d\u00e9terminer des propositions dans ce sens, etc. C&rsquo;est-\u00e0-dire que la pr\u00e9sence de Le Pen, qui allait in\u00e9vitablement conduire au choix de soutenir Chirac et de susciter une mobilisation anti-Le Pen pour l&rsquo;\u00e9lection du second tour, n&rsquo;a, dans un premier temps, absolument pas provoqu\u00e9 le sursaut fondamental de mobilisation quasi-r\u00e9volutionnaire qu&rsquo;aurait n\u00e9cessit\u00e9 une menace de la dimension de celle qu&rsquo;on d\u00e9crivait, si elle avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9elle. Ce n&rsquo;\u00e9tait certainement pas l&rsquo;ambiance du Front Populaire de 1936 ou la mobilisation pour la Guerre d&rsquo;Espagne. Apr\u00e8s, certes, lorsque la rue fut investie sous l&rsquo;oeil \u00e9mu des cam\u00e9ras, on \u00e9voqua ces grands souvenirs car on se trouvait \u00e0 nouveau en pleine repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que d\u00e9montrent simplement ces divers encha\u00eenements dont certains peuvent appara\u00eetre contradictoires et d\u00e9phas\u00e9s (discute-t-on de la refondation d&rsquo;un parti ou d&rsquo;un changement dans les textes de la loi constitutionnelle alors que la plus grande menace fasciste qu&rsquo;ait eue \u00e0 appr\u00e9hender la France est sous nos murs ?), c&rsquo;est que le r\u00e9alit\u00e9 virtualiste et la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9elle se c\u00f4toient et, parfois, interf\u00e8rent l&rsquo;une dans l&rsquo;autre ou se substituent l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre. Le m\u00e9canisme, m\u00eame parfait, a des effets pervers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = <strong><em>Background<\/em><\/strong> virtualiste<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Dans la pratique, comment s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9 l\u00a0\u00bb&rsquo;arrangement\u00a0\u00bb entre la r\u00e9alit\u00e9-virtualiste qu&rsquo;on a impos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle, celle qui continue \u00e0 \u00eatre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 (voir notre site <em>dedefensa.org<\/em>, rubrique <em>Faits et Commentaires<\/em>, sous le titre \u00ab <em>Hypoth\u00e8ses de campagne<\/em> \u00bb du 27 avril) deux interventions int\u00e9ressantes dans <em>Le vrai Journal<\/em> de Karl Z\u00e9ro, sur Canal +, le 26 avril. Nous rappelons bri\u00e8vement ces deux interventions, avec l&rsquo;essentiel pour notre propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La premi\u00e8re intervention est de Lorrain de Saint Affrique, ancien conseiller en communication de Jean-Marie Le Pen, devenu depuis, nous semble-t-il, anti-lep\u00e9niste. Saint-Affrique affirme que Le Pen ne voulait pas \u00eatre pr\u00e9sent au second tour (\u00ab <em>Le Pen a peur. C&rsquo;est un homme seul, il n&rsquo;a personne avec lui. Son r\u00eave, \u00e7&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 de terminer \u00e018.000 voix derri\u00e8re Jospin, mais surtout pas de figurer au deuxi\u00e8me tour.<\/em> \u00bb). Et Saint Affrique interpr\u00e8te de cette fa\u00e7on le r\u00e9sultat de Le Pen et sa pr\u00e9sence au second tour : \u00ab <em> le peuple fran\u00e7ais s&rsquo;est empar\u00e9 de lui, dans un \u00e9lan r\u00e9volutionnaire, pour mettre en cause le syst\u00e8me \u00e0 travers lui. Le peuple fran\u00e7ais a instrumentalis\u00e9 Jean-Marie Le Pen pour en faire une machine contre le syst\u00e8me.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Apr\u00e8s cette interview de Saint-Affrique, une interview de Daniel Cohn-Bendit, \u00e0 Bruxelles, recommandant de voter Chirac, balayant toutes les objections des \u00e9lecteurs de gauche. \u00ab <em>Il faut voter Chirac, parce que voter Chirac, ce n&rsquo;est pas voter Chirac. C&rsquo;est voter dans un r\u00e9f\u00e9rendum contre la haine. S&rsquo;il y a 80 ou 90% de voix pour Chirac, ce sera en r\u00e9alit\u00e9 contre Le Pen. Il faut instrumentaliser Chirac pour battre Le Pen.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;on comprend que ce qui nous int\u00e9resse ici est l&#8217;emploi de ce m\u00eame terme d&rsquo;\u00ab <em>instrumentaliser<\/em> \u00bb, par les deux personnes cit\u00e9es, pour deux orientations politiques contradictoires <em>stricto sensu<\/em> mais similaires dans la d\u00e9marche et, peut-\u00eatre, on peut se poser la question, dans le sens. L&rsquo;on comprend aussit\u00f4t que nous sommes inclin\u00e9s \u00e0 une interpr\u00e9tation virtualiste de l&#8217;emploi de ces deux termes, de la situation dont ils rendent compte implicitement. L&rsquo;on comprend que le contenu de prospective politique et \u00e9ventuellement id\u00e9ologique des deux interventions (Saint Affrique annonce une victoire possible de Le Pen, Cohn-Bendit 80 \u00e0 90% pour Chirac) ne nous importe en rien. L\u00e0 aussi, comme dans toute cette analyse, c&rsquo;est le m\u00e9canisme qui est le myst\u00e8re, et nullement le contenu des d\u00e9marches, celles-ci sans gu\u00e8re d&rsquo;originalit\u00e9, qui sont m\u00eame dans tous les esprits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Effectivement, ce qu&rsquo;il nous importe de montrer dans ce cas, autour du verbe \u00ab <em>instrumentaliser<\/em> \u00bb appliqu\u00e9 au profit des \u00e9lecteurs vis-\u00e0-vis des deux candidats port\u00e9s au second tour, exactement comme s&rsquo;ils \u00e9taient des marionnettes, c&rsquo;est effectivement une de ces situations r\u00e9elles dans une situation d&rsquo;apparat virtualiste d\u00e9ploy\u00e9e autour des explications interpr\u00e9tatives et symbolis\u00e9es (d\u00e9mocratie <em>versus<\/em> fascisme) donn\u00e9es \u00e0 ce m\u00eame second tour. Et l&rsquo;on notera, pour ce cas, combien cette situation est int\u00e9ressante. La r\u00e9alit\u00e9 devient alors que ces \u00e9lections constituent de puissantes expressions des sentiments des \u00e9lecteurs, sentiments d&rsquo;ailleurs changeants  selon les circonstances (il est \u00e9vident que certains \u00e9lecteurs de Le Pen au premier tour sont pass\u00e9s contre lui, il est \u00e9vident que des \u00e9lecteurs qui ne sont pas lep\u00e9nistes ont vot\u00e9 pour lui au second tour, la m\u00eame chose pour Chirac, etc : puisque les politiques nous expliquent que \u00ab <em>la politique c&rsquo;est fini<\/em> \u00bb, il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner que pour l&rsquo;appr\u00e9ciation qu&rsquo;on a d&rsquo;eux en tant qu&rsquo;hommes politiques, cela soit fini \u00e9galement).<\/p>\n<h3>Le 4\/21 de Chirac vaut bien le 9\/11 de GW, et la mobilisation contre la grande menace fasciste, la Grande Guerre \u00e9ternelle contre le terrorisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce registre des rapports entre r\u00e9alit\u00e9-virtualiste et r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle, il y a encore le domaine de la manoeuvre politicienne, disons la tactique qui, en ce moment, est plut\u00f4t pi\u00e8tre que glorieuse. Ainsi avancerions-nous que le 21 avril constitua, pour Jacques Chirac, l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;une puissante manoeuvre politique qui nous rappelle celle qu&rsquo;a op\u00e9r\u00e9e George W. Bush \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;attaque du 11 septembre. (Nous n&rsquo;avons pas r\u00e9sist\u00e9 au \u00ab\u00a0jeu de chiffres\u00a0\u00bb et, sur notre site <em>dedefensa.org<\/em>, nous avons baptis\u00e9 4\/21 &mdash; comme on dit 9\/11 pour l&rsquo;attaque du 11 septembre, chiffre du mois et du jour selon l&rsquo;ordre am\u00e9ricain &mdash; cette op\u00e9ration tactique de Chirac.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes r\u00e9sultats du premier tour et l&rsquo;interpr\u00e9tation virtualiste qui en fut faite, puis la r\u00e9alit\u00e9 ainsi cr\u00e9\u00e9e car il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un candidat d&rsquo;extr\u00eame-droite avec Le Pen, ont conduit Chirac \u00e0 se poser en d\u00e9fenseur de la d\u00e9mocratie. L&rsquo;affaire a \u00e9t\u00e9 si rondement men\u00e9e que le parti du pr\u00e9sident a, pour ce deuxi\u00e8me tour, rev\u00eatu des atours somptueux. Le lourd passif qu&rsquo;on conna\u00eet a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 au second plan. Entre \u00ab <em>plut\u00f4t l&rsquo;escroc que le facho<\/em> \u00bb et \u00ab <em>le grand combat moral<\/em> \u00bb de sa vie, le choix qu&rsquo;imposait la situation virtualiste \u00e0 laquelle tout le monde avait contribu\u00e9 \u00e9tait vite fait. Le candidat Chirac, quelque crissement de dents qu&rsquo;on entend\u00eet, fut pendant cette quinzaine le porte-drapeau de la vertu r\u00e9publicaine. On peut mesure \u00e0 quelles situations proprement abracadabrantesques nous conduit cette application colossale du virtualisme dans un \u00e9v\u00e9nement comme l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Quelque r\u00e9serve qu&rsquo;on puisse apporter \u00e0 cette op\u00e9ration, force est de reconna\u00eetre qu&rsquo;elle est fond\u00e9e, du moins si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re aux crit\u00e8res du virtualisme (la grande menace fasciste). Il devrait donc rester un reliquat de cette exp\u00e9rience, qui est une couronne de vertu r\u00e9publicaine m\u00eame temporaire, pour servir comme puissant argument \u00e0 la constitution d&rsquo;une base parlementaire du nouveau pr\u00e9sident, lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives du mois prochain. Si c&rsquo;est le cas, Chirac aurait r\u00e9ussi une op\u00e9ration semblable \u00e0 celle de GW avec le 11 septembre, la correspondance des deux situations amenant \u00e0 celle des menaces, et la grande menace fasciste contre la France valant bien en substance la Grande Guerre \u00e9ternelle contre le terrorisme. (Cela \u00e9crit, certes, avec \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il ne doit y avoir aucun soup\u00e7on de complot pour autant. Les deux hommes ont \u00e9t\u00e9 plong\u00e9s dans une situation inattendue. Ils ont r\u00e9agi avec les moyens du bord, c&rsquo;est-\u00e0-dire le moyen fondamental du virtualisme, et selon les capacit\u00e9s tacticiennes d&rsquo;eux-m\u00eames et de leurs \u00e9quipes bien r\u00f4d\u00e9es.  Bien jou\u00e9, pourrait-on \u00eatre tent\u00e9 de commenter, et ce serait effectivement le cas pour le court terme. Pour le terme plus long, c&rsquo;est \u00e0 voir. Les parties \u00e9voqu\u00e9es ne sont pas finies et, dans ce genre d&rsquo;activit\u00e9, on touche les dividendes sur le court mais quand la r\u00e9alit\u00e9 se signale \u00e0 nouveau, on peut avoir \u00e0 affronter des contre-coups s\u00e9v\u00e8res.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi s&rsquo;achevait la p\u00e9riode, le 5 mai au soir \u00e0 20H00 (sauf pour ceux qui captent la radio ou la TV belge qui a toujours la projection des r\u00e9sultats autour d&rsquo;une heure d&rsquo;avance). Par ironie du sort, le r\u00e9sultat de Le Pen \u00e9tait assez proche en pourcentage de celui du premier tour, assez proche de celui que pr\u00e9disaient les sondeurs d\u00e8s le soir du 21 avril (on communiquait approximativement un rapport de 80-20), en un mot comme si rien ne s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 entre les deux tours. C&rsquo;est effectivement le cas. Nous avons eu une p\u00e9riode o\u00f9 notre montage virtualiste ponctuel, pour ce cas, s&rsquo;est achev\u00e9 en une sorte d&rsquo;apoth\u00e9ose o\u00f9 une mobilisation stalinienne fut proclam\u00e9e \u00e0 un point qui nous permit de mesurer les capacit\u00e9s d&rsquo;intol\u00e9rance infinie d&rsquo;une \u00e9lite qui se caract\u00e9rise par des le\u00e7ons de morale sur la tol\u00e9rance, o\u00f9 un \u00e9norme abri contre les temp\u00eates fut \u00e9difi\u00e9e en toute h\u00e2te contre une temp\u00eate de ciel bleu (dans tous les cas \u00e0 cet \u00e9gard, car le fascisme est bien mort depuis un demi-si\u00e8cle), o\u00f9 fut solennellement proclam\u00e9e une promesse de refondation de la R\u00e9publique qui n&rsquo;a pas une seconde perdu ses fondations, comme le prouve justement cette \u00e9lection, o\u00f9 une \u00e9norme et h\u00e9ro\u00efque <em>loft story<\/em> fut jou\u00e9e de bout en bout, avec la participation active et <em>live<\/em> des t\u00e9l\u00e9spectateurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = La fin du commencement ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Les \u00e9lections type-4\/21 constituent un pas de plus dans la d\u00e9sint\u00e9gration de la politique officielle, la politique classique, la politique des hommes politiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes \u00e9lections pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises de 2002 sont un \u00e9v\u00e9nement de cette sorte nouvelle dont la d\u00e9finition est tr\u00e8s difficile \u00e0 tracer, parce que sa signification est toute enti\u00e8re soumis \u00e0 interpr\u00e9tation, et que les interpr\u00e9tations, naturellement, peuvent varier et n&rsquo;ont aucun point de r\u00e9f\u00e9rence fixe. (En ce sens \u00e9galement, nous inclinons \u00e0 le rapprocher de la saga Lewinski-<em>impeachment<\/em>de Clinton.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; est-ce un \u00e9v\u00e9nement politique, alors que la substance m\u00eame, ce qui fait la puissance de cet \u00e9v\u00e9nement, est uniquement d\u00e9finissable par un rejet massif de la politique ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; d&rsquo;autre part et peut-\u00eatre <em>a contrario<\/em>, sachant comme nous le savons que cette \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb-l\u00e0, rejet\u00e9e si massivement, ne l&rsquo;est plus que de nom, que les acteurs eux-m\u00eames n&rsquo;y croient plus, alors l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement n&rsquo;est-il pas fondamentalement politique par une logique contraire, selon une d\u00e9finition compl\u00e8tement nouvelle de la politique, dans la mesure o\u00f9 il rejette la politique corrompue de ceux qui pensent que \u00ab [l]<em>a politique c&rsquo;est fini, <\/em>[\u00e7]<MI>a ne sert plus \u00e0 rien.<D  \u00bb ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa complexit\u00e9 de notre constat se mesure dans le fait que  l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;on peut donner d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement contredit totalement son apparence, ce qui trouble les sens (ce n&rsquo;est pas rien \u00e0 notre \u00e9poque o\u00f9 la \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb est principalement appr\u00e9hend\u00e9e en termes sentimentaux, avec l&rsquo;\u00e9motion au premier chef). Dans le cas des pr\u00e9sidentielles, cette id\u00e9e envisag\u00e9e plus haut que, dans cette \u00e9lection, ce sont les \u00e9lecteurs qui ont manipul\u00e9 les candidats, est un exemple de cette complexit\u00e9 : d&rsquo;une part on est accoutum\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inverse qui semble relever d&rsquo;une logique imp\u00e9rative, la logique de la puissance organis\u00e9e et centralis\u00e9e du pouvoir ; d&rsquo;autre part, c&rsquo;est rejoindre le cas mentionn\u00e9 plus haut o\u00f9 l&rsquo;on identifie comme \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb une interpr\u00e9tation qui semble le contraire de la politique organis\u00e9e. Le catalogue des appr\u00e9ciations officielles, &mdash; autant du monde politique que du monde des experts, que du monde des m\u00e9dias, &mdash; est qu&rsquo;il y a un affrontement id\u00e9ologique, essentiellement entre un camp d\u00e9mocratique et une attaque vicieuse du camp non-d\u00e9mocratique. Toutes les observations de bon sens et d&rsquo;\u00e9vidence qu&rsquo;on peut faire font bon march\u00e9 de cette analyse, la renvoient au conformisme standard et tournent en ridicule une interpr\u00e9tation qui se veut politique, et, par cons\u00e9quent, tournent en ridicule ce qui serait la dimension politique de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Au contraire, ces m\u00eames observations obligent \u00e0 des analyses non-conventionnelles qui d\u00e9finissent les parties en pr\u00e9sence selon des \u00e9tiquettes en apparence non-politiques, dont la raison d&rsquo;\u00eatre est la mise en cause des standards de la politique officielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 dans sa totalit\u00e9, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement doit \u00eatre observ\u00e9 selon des r\u00e9f\u00e9rences qui \u00e9chappent effectivement aux d\u00e9finitions habituelles de la politique, qui \u00e9chappent disons \u00e0 la politique officielle. Leur caract\u00e8re non-politique devient une couverture ou bien un simple reliquat des appr\u00e9ciations officielles.<\/p>\n<h3>Des candidats compl\u00e8tement \u00ab <strong><em>instrumentalis\u00e9s<\/em><\/strong> \u00bb par des \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;ils d\u00e9clenchent mais qu&rsquo;il ne contr\u00f4lent pas<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, le constat doit \u00eatre fait du naufrage de cette \u00ab\u00a0politique officielle\u00a0\u00bb au cours de ces \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, une politique officielle constamment prise \u00e0 contre-pied, constamment forc\u00e9e \u00e0 changer de registre sous la pression des \u00e9v\u00e9nements. (Campagne avant le premier tour compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toute id\u00e9e de menace d&rsquo;extr\u00eame-droite, campagne entre les deux tours uniquement ax\u00e9e l\u00e0-dessus, retour \u00e0 une campagne dans les bornes de la politique courante apr\u00e8s le deuxi\u00e8me tour.) A c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;hypoth\u00e8se des candidats \u00ab <em>instrumentalis\u00e9s<\/em> \u00bb par leurs \u00e9lecteurs, il y a l&rsquo;hypoth\u00e8se, beaucoup plus \u00e9vidente encore, des candidats instrumentalis\u00e9s par des \u00e9v\u00e9nements, au d\u00e9clenchement et \u00e0 l&rsquo;alimentation desquels ils participent puissamment, sinon exclusivement, mais sur lesquels ils n&rsquo;ont plus aucun contr\u00f4le. Tout se passe comme si les candidats, c&rsquo;est-\u00e0-dire les repr\u00e9sentants de la politique officielle, devenaient les spectateurs d&rsquo;un affrontement des \u00e9v\u00e9nements entre virtuel et r\u00e9el qu&rsquo;ils ont d\u00e9clench\u00e9s, s&rsquo;adaptant plus ou moins bien aux effets des \u00e9v\u00e9nements qui en d\u00e9coulent. Ces hommes politiques sont,  dans cet affrontement, bien moins des acteurs malgr\u00e9 leur r\u00f4le de d\u00e9tonateur que ne le sont, d\u00e9sormais, des \u00e9lecteurs devenus impr\u00e9visibles, m\u00eame pour les sondages, et qui ont appris \u00e0 agir de fa\u00e7on indirecte, ou pour des buts indirects, ou d&rsquo;une mani\u00e8re symbolique plus qu&rsquo;active. Les pr\u00e9sidentielles de 2002 marquent une \u00e9tape de plus dans la d\u00e9sint\u00e9gration de la politique officielle, et de la fa\u00e7on classique et devenue archa\u00efque de faire de la politique. La mobilisation anti-fasciste d&rsquo;entre les deux tours a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement puisqu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9e contre un objet qui n&rsquo;existait pas, une menace qui n&rsquo;en \u00e9tait pas une, dans ce tourbillon d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 les hommes politiques ont \u00e9t\u00e9 contraints de figurer. (Mais pouvaient-ils faire autrement ? Ils \u00e9taient pris dans l&rsquo;engrenage virtualiste qu&rsquo;ils avaient suscit\u00e9, qui faisait effectivement que, brutalement, Le Pen pouvait gagner et qu&rsquo;alors s&rsquo;installait une situation politique bien r\u00e9elle, compl\u00e8tement nouvelle. Cette n\u00e9cessit\u00e9 in\u00e9vitable de l&rsquo;action anti-fasciste, faite au prix de l&rsquo;installation d&rsquo;un climat d&rsquo;intol\u00e9rance quasi-stalinien, ach\u00e8ve l&rsquo;\u00e9chec de cette virtualisation de la vie publique : l&rsquo;\u00e9chec de Le Pen n&rsquo;\u00e9carte aucune menace puisque lui-m\u00eame n&rsquo;existait pas en tant que menace, et par ailleurs la mobilisation anti-fasciste n\u00e9cessaire pour \u00e9viter que la non-menace devienne menace a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re dramatique le discr\u00e9dit de la politique officielle, \u00e0 laquelle la quasi-totalit\u00e9 des \u00e9lites, devenues \u00e9lites officielles comme dans une d\u00e9mocratie populaire, a pr\u00eat\u00e9 main-forte.) Chirac a raison (\u00ab <em>la politique, c&rsquo;est fini<\/em> \u00bb), mais en partie, pour ce qui est de sa fa\u00e7on \u00e0 lui, et \u00e0 ses pairs, de faire de la politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e9sormais, ce qu&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb a quitt\u00e9 les structures qui en avaient habituellement la charge, qui deviennent d&rsquo;une fragilit\u00e9 extr\u00eame en  n&rsquo;\u00e9tant plus tenue que par un assemblage de capacit\u00e9s de gestion et d&rsquo;entretien de privil\u00e8ges, \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qui est laiss\u00e9 aux politiques. La politique se r\u00e9pand dans diff\u00e9rents domaines et diverses activit\u00e9s, difficiles \u00e0 situer, \u00e0 identifier. C&rsquo;est comme une sorte de r\u00e9volution furieuse mais souterraine dont on ne voit pas encore o\u00f9 elle pourrait nous conduire. D\u00e9sormais, ce qu&rsquo;on nomme la \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb et qui ne l&rsquo;est plus, qui est rel\u00e9gu\u00e9e au rang des attributs utilitaires, attend \u00e9ventuellement son r\u00e9volutionnaire, celui qui saura la ranimer d&rsquo;en-dedans elle et retrouver les attributs de sa fonction d\u00e9sormais dispers\u00e9s. Rien n&rsquo;indique qu&rsquo;il sera au rendez-vous, ni d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il y ait un rendez-vous. Peut-\u00eatre l&rsquo;histoire va-t-elle cr\u00e9er quelque chose de nouveau. Le temps du virtualisme est aussi celui des hypoth\u00e8ses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SURTITRE = L&rsquo;oeil \u00e9coute (suite)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = ROW retient son souffle<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = C&rsquo;est comme si, depuis le 21avril, &mdash; m\u00eame pour certains Am\u00e9ricains, c&rsquo;est dire, &mdash; la France avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 part, et le reste (Rest Of the World) oblig\u00e9 de l&rsquo;observer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn dit qu&rsquo;entre les deux tours, certains repr\u00e9sentants europ\u00e9ens de grosses soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines, notamment certaines soci\u00e9t\u00e9s li\u00e9es au complexe militaro-industriel, cherchaient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 obtenir quelques analyses et commentaires sur la situation fran\u00e7aise, pour tenter d&rsquo;y comprendre quelque chose et y distinguer des opportunit\u00e9s d&rsquo;intervention au coeur de la puissance industrielle europ\u00e9enne de l&rsquo;\u00e9lectronique et de l&rsquo;armement. Certains d&rsquo;entre eux posaient cette question qui para\u00eetrait compl\u00e8tement folle en temps normal : \u00ab <em>Et si Le Pen gagnait ?<\/em> \u00bb D\u00e8s le 21 avril, sans aucun doute, la France a tir\u00e9 la couverture \u00e0 elle. Elle est devenue le centre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat du monde et le reste, <em>the Rest Of the World<\/em> (ROW), bien oblig\u00e9 de se pencher sur ce cas surprenant. D&rsquo;abord, bien s\u00fbr, et essentiellement, &mdash; d&rsquo;abord l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe mani\u00e8re indirecte mais certaine et pr\u00e9cise la mesure a \u00e9t\u00e9 prise, durant ces quelques jours, du poids formidable que repr\u00e9sente la France dans le dispositif et la structure europ\u00e9ens, dans le m\u00e9canisme europ\u00e9en, et, tout simplement, dans la g\u00e9ographie europ\u00e9enne. Une \u00ab <em>hauteur b\u00e9ante<\/em> \u00bb, selon le mot d&rsquo;Alexandre Zinoviev, s&rsquo;est d\u00e9couverte. La France a paru \u00e0 nombre de Fran\u00e7ais plus que jamais en-dehors du monde, mais ils n&rsquo;ont pas raison de croire cela ; la r\u00e9alit\u00e9 est que, plus que jamais, la France appara\u00eet en r\u00e9alit\u00e9 comme une repr\u00e9sentation exacerb\u00e9e des tensions et des forces souterraines qui guettent le monde, et m\u00eame, qui, l&rsquo;agitent subrepticement. (On cherche les raisons de ces agitations dans des explications alambiqu\u00e9es qui inculpent la France et disculpent les autres, la cause se trouve dans nos psychologies secou\u00e9es et malades, y compris chez les causeurs les plus assur\u00e9s de soi. Cela n&rsquo;a pas de fronti\u00e8re.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertains en tirent des explications de circonstance, des explications tactiques, dans un sens ou dans l&rsquo;autre, parfois en sens compl\u00e8tement oppos\u00e9s. L&rsquo;institut am\u00e9ricain Stratfor juge que \u00ab <em>les gains \u00e9lectoraux mineurs du candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence Jean-Marie Le Pen pourraient affecter de fa\u00e7on disproportionn\u00e9e et profonde le processus d&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne. Ceux qui s&rsquo;opposent aux r\u00e9formes lanc\u00e9es au sein de l&rsquo;UE ont d\u00e9sormais une excuse pour freiner celles-ci : la peur d&rsquo;une mont\u00e9e de l&rsquo;extr\u00eame-droite.<\/em> \u00bb En sens contraire, une source fran\u00e7aise proche de milieux favorables \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne estime que \u00ab <em>les cons\u00e9quences vont \u00eatre la prise en otage des adversaires de l&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne. Ceux-ci sont bien entendu, pour un bon nombre, des d\u00e9mocrates irr\u00e9prochables. Ils seront d&rsquo;autant plus sensibles aux accusations qui vont \u00eatre lanc\u00e9es contre eux, qui sont d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9es contre eux, d&rsquo;\u00eatre assimil\u00e9s \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-droite dans la mesure o\u00f9 Le Pen s&rsquo;est oppos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Europe int\u00e9gr\u00e9 pendant sa campagne \u00e9lectorale.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[Dans la r\u00e9alit\u00e9 des choses et pour l&rsquo;imm\u00e9diat, et hors des supputations \u00e0 propos des choix tactiques \u00e0 faire et des orientations strat\u00e9giques \u00e0 d\u00e9terminer, le constat est que les \u00ab\u00a0r\u00e9alistes\u00a0\u00bb agissent comme si, effectivement, la  crise fran\u00e7aise serait d&rsquo;abord un motif de prudence (Schr\u00f6der qui, le 30 avril, d\u00e9clarait \u00e0 Bruxelles qu&rsquo;il faudrait freiner le processus de l&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne pour \u00e9viter d&rsquo;alimenter l&rsquo;extr\u00eame-droite).]<\/p>\n<h3>La crise donne ses effets en profondeur, par le biais des psychologies <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCes explications ne sont pas n\u00e9cessairement infond\u00e9es mais les contradictions qu&rsquo;elles montrent mesurent leur fragilit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire la fragilit\u00e9 de tenter d&rsquo;avancer un diagnostic des effets de la crise fran\u00e7aise sur l&rsquo;Europe qui ne soit que tactique. On dira : mais au moins l&rsquo;une d&rsquo;entre elles est bonne et c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 une chose importante. Nous ne sommes m\u00eame pas assur\u00e9s de cela, nous en doutons m\u00eame grandement. Les deux explications pr\u00e9sent\u00e9es d&rsquo;effets contraires sur la situation europ\u00e9enne, ou sur la situation du soutien \u00e0 la cause europ\u00e9enne, renvoient essentiellement au champ psychologique. (Stratfor parle assur\u00e9ment d&rsquo;une perception outranci\u00e8re du r\u00e9sultat du FN, la source que nous citons parle de pressions psychologiques appuy\u00e9es sur un habillage symbolique.) Ce champ psychologique n&rsquo;offre gu\u00e8re d&rsquo;effets durables et\/ou s\u00e9rieux sur l&rsquo;action imm\u00e9diate que constitue le volet tactique (ainsi le conseil de Schr\u00f6der de freiner le processus d&rsquo;int\u00e9gration ne renvoie pas \u00e0 l&rsquo;explication de Stratfor). Par d\u00e9finition, l&rsquo;effet psychologique est de type indirect, il oriente les perceptions, colore les \u00e9valuations et les analyses, il p\u00e8se, plus ou moins rapidement selon sa force et son fondement, sur la substance des choses, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur le champ strat\u00e9gique de la politique, sur le champ conceptuel le plus large possible. C&rsquo;est \u00e0 ce niveau, selon nous, que la crise fran\u00e7aise va avoir des effets sur la situation europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle n&rsquo;y changera rien dans l&rsquo;imm\u00e9diat, parce que, de toutes les fa\u00e7ons, la premi\u00e8re r\u00e9action des forces \u00e9tablies va \u00eatre de contenir tous les effets possibles (tactiques, justement) dont ces forces craignent, \u00e0 juste titre, qu&rsquo;ils soient incontr\u00f4lables. Le mot d&rsquo;ordre, apr\u00e8s un choc psychologique de cette ampleur qui n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement transcrit dans des faits politiques, c&rsquo;est \u00e9videmment <em>business as usual<\/em> ; tout faire pour que tout continue comme si rien ne s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9. Cette pesanteur contredit d\u00e9finitivement les efforts d&rsquo;exploitation tactique de la crise qui pourraient \u00eatre faits. Par contre, on ne peut emp\u00eacher l&rsquo;effet en profondeur de celle-ci, qui se r\u00e9alise de fa\u00e7on subreptice, indirectement, par le biais du caract\u00e8re impressionn\u00e9e et impressionnable des psychologies. Il se trouve qu&rsquo;il y, effectivement, un de ces effets en profondeur, sur la situation europ\u00e9enne, de la crise fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = \u00ab <strong><em>Thinking the unthinkable<\/em><\/strong> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Personne n&rsquo;avait jamais song\u00e9 \u00e0 penser que la France p\u00fbt consid\u00e9rer, m\u00eame pour la rejeter, l&rsquo;hypoth\u00e8se de son retrait de l&rsquo;UE. Pourtant, c&rsquo;est fait. C&rsquo;est un grand chambardement psychologique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y avait eu le r\u00e9f\u00e9rendum sur Maastricht. Le r\u00e9sultat tr\u00e8s serr\u00e9, apr\u00e8s des sondages qui avaient m\u00eame fait craindre un  r\u00e9sultat n\u00e9gatif, avait constitu\u00e9 un choc s\u00e9v\u00e8re. Cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 4\/21.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa perception g\u00e9n\u00e9rale de la situation fran\u00e7aise est, en Europe, que ce pays est une \u00ab\u00a0r\u00e9publique pr\u00e9sidentielle\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00ab\u00a0r\u00e9publique autoritaire\u00a0\u00bb parce que pr\u00e9sidentielle. La perception, depuis 1958 et la forte personnalit\u00e9 historique de Charles de Gaulle, est que tout le pouvoir est concentr\u00e9 dans les mains du pr\u00e9sident. Ce pouvoir est si fort, si \u00e9vident, que sa soumission au verdict des urnes a parfois quelque chose de choquant, qui am\u00e8ne des semi-surprises (ce fut le cas en 1965, lors du ballottage du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, comme c&rsquo;est le cas aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, avec l&rsquo;intrusion le 21 avril d&rsquo;un candidat qui n&rsquo;\u00e9tait pas per\u00e7u, avec toutes sortes de raisons, bonnes et mauvaises, comme \u00e9tant de la classe des \u00ab\u00a0pr\u00e9sidentiables\u00a0\u00bb). Dans cette mesure, le scrutin de Maastricht et sa possibilit\u00e9 de victoire du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb ne furent pas per\u00e7us comme la concr\u00e9tisation d&rsquo;une possibilit\u00e9 que la France refus\u00e2t l&rsquo;Europe, outre qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que d&rsquo;un \u00e9pisode europ\u00e9enne. L&rsquo;id\u00e9e, la perception psychologique justement, \u00e9tait que le pr\u00e9sident restait l&rsquo;arbitre de tout, m\u00eame devant un r\u00e9sultat n\u00e9gatif. (C&rsquo;est une perception politiquement et constitutionnellement erron\u00e9e, on en convient, mais psychologiquement tr\u00e8s forte.) En d&rsquo;autres termes, on n&rsquo;avait pas vraiment accept\u00e9, lors du r\u00e9f\u00e9rendum sur Maastricht et dans le cas fran\u00e7ais sp\u00e9cifiquement, de \u00ab\u00a0penser l&rsquo;impensable\u00a0\u00bb (<em>thinking the unthinkable<\/em>, disaient les Am\u00e9ricains \u00e0 propos d&rsquo;une guerre nucl\u00e9aire strat\u00e9gique) : que la France p\u00fbt s\u00e9rieusement consid\u00e9rer de refuser l&rsquo;Europe dans sa phase ult\u00e9rieure de consolidation. Imaginons aujourd&rsquo;hui de quel \u00ab  <em>thinking the unthinkable<\/em> \u00bb il s&rsquo;agit : que la France puisse envisager de quitter l&rsquo;Europe (l&rsquo;UE), comme l&rsquo;hypoth\u00e8se fut \u00e9voqu\u00e9e lorsqu&rsquo;on \u00e9voquait la possible victoire de Le Pen. (Nous ne parlons que de possibilit\u00e9s, m\u00eame si elles paraissent de peu de bon sens par rapport \u00e0 la comptabilit\u00e9 \u00e9lectorale ; et l&rsquo;on sait aujourd&rsquo;hui le r\u00f4le amoindri dans le domaine des certitudes de la comptabilit\u00e9 \u00e9lectorale) Cela, c&rsquo;est un choc psychologique extraordinaire, et c&rsquo;est bien l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fondamental, hors de tous les habillages divers sur une pr\u00e9tendue menace fasciste, sur ce FN qui n&rsquo;existait plus et qui r\u00e9apparut, soudain mena\u00e7ant, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertains Fran\u00e7ais ont pu \u00eatre choqu\u00e9s lorsque le Premier ministre Aznar, parlant \u00e8s qualit\u00e9 de pr\u00e9sident en exercice de l&rsquo;UE, a pris l&rsquo;initiative, apr\u00e8s le premier tour, de souhaiter publiquement la victoire de Chirac. Tout le monde pensait \u00e0 la \u00ab\u00a0menace fasciste\u00a0\u00bb. Nous avons pens\u00e9, essentiellement, \u00e0 la menace que le destin fran\u00e7ais, selon ce qu&rsquo;il serait, pourrait faire peser sur l&rsquo;Europe. Du coup, cette intervention pouvait \u00eatre aussi bien interpr\u00e9t\u00e9e comme une pri\u00e8re. (Par contraste, GW s&rsquo;est bien abstenu de faire le moindre souhait public pour le r\u00e9sultat au second tour, selon l&rsquo;argument \u00e9vident du respect de la souverainet\u00e9 nationale. Les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont pas per\u00e7u l&rsquo;enjeu europ\u00e9en de cette affaire, ce qui est logique : ils sont trop loin du continent.)<\/p>\n<h3>La France est per\u00e7ue comme le point de  structure central et la r\u00e9f\u00e9rence historique de l&rsquo;Europe.<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tQue cela lui plaise ou non, la France a une place \u00e0 part en Europe. Quoiqu&rsquo;elle-m\u00eame en veuille, quoiqu&rsquo;on lui d\u00e9nie le moindre fondement \u00e0 une ambition de cette sorte, quoiqu&rsquo;on lui fasse tant de proc\u00e8s d&rsquo;intention dans ce sens, il reste que la France est per\u00e7ue comme le pays central de l&rsquo;Europe, celui autour duquel, historiquement, se structure l&rsquo;Europe. La d\u00e9nonciation critique, l&rsquo;hostilit\u00e9 latente dont certaines attitudes fran\u00e7aises, en g\u00e9n\u00e9ral fort mal interpr\u00e9t\u00e9es, sont l&rsquo;objet de la part de ses partenaires viennent des pr\u00e9tentions fran\u00e7aises \u00e0 \u00ab\u00a0\u00eatre l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb que les autres voient chez elle. Que ces pr\u00e9tentions n&rsquo;existent pas vraiment importe peu, puisque la psychologie a cette perception, enracin\u00e9e dans le pass\u00e9 de la \u00ab <em>Grande Nation<\/em> \u00bb, cet \u00c9tat-nation qui s&rsquo;est fait avant tous les autres, qui s&rsquo;est b\u00e2ti sur un nationalisme mystique unique dans son genre et mariant l&rsquo;extraordinaire combinaison du patriotisme national et de l&rsquo;universalisme europ\u00e9en. En plus de ce riche sous-bassement psychologique, il existe des r\u00e9alit\u00e9 physiques et politiques qui rendent la France essentielle \u00e0 l&rsquo;Europe, et l&rsquo;Europe difficilement concevable sans la France :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; la place g\u00e9ographique et structurelle centrale de la France dans l&rsquo;ensemble europ\u00e9en ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb fran\u00e7aise de l&rsquo;autonomie et de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale, \u00e9vidente depuis de Gaulle, qui sert de r\u00e9f\u00e9rence implicite aux pays europ\u00e9ens (m\u00eame s&rsquo;ils ne semblent pas faire grand&rsquo;chose pour tendre vers ce mod\u00e8le, celui-ci doit exister comme r\u00e9f\u00e9rence d&rsquo;un discours qui s&rsquo;effondrerait sans elle) ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; la position fran\u00e7aise <em>de facto<\/em>, souvent contre son gr\u00e9, de \u00ab\u00a0contre-mod\u00e8le\u00a0\u00bb face \u00e0 la globalisation d\u00e9structurante, qui reste \u00e9galement une r\u00e9f\u00e9rence pour une Europe qui vit dans la contradiction d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9rale et proam\u00e9ricaine tout en cultivant un discours n\u00e9cessaire d&rsquo;affirmation d&rsquo;une diff\u00e9rence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela doit \u00eatre pris au s\u00e9rieux car tout cela fournit l&rsquo;essentiel du discours politique lorsque les \u00e9lites europ\u00e9ennes se voient dans l&rsquo;obligation de rameuter leurs \u00e9lecteurs sur quelque chose qui sorte de l&rsquo;ordinaire. La plaidoirie d&rsquo;une all\u00e9geance aveugle \u00e0 la globalisation d\u00e9structurante, et \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique par voie de cons\u00e9quence, ne fournit certainement pas cette exaltation parfois \u00e9lectoralement n\u00e9cessaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela fait que l&rsquo;Europe, qui a besoin d&rsquo;autant plus de se percevoir comme telle qu&rsquo;elle est loin de l&rsquo;\u00eatre, ne peut s&rsquo;imaginer sans la France comme r\u00e9f\u00e9rence, le plus souvent comme repoussoir, et parfois m\u00eame comme exemple indirect (mais cela, certes, n&rsquo;est jamais exprim\u00e9 comme tel). L&rsquo;escapade du 4\/21 a soudain mis en \u00e9vidence que les lointaines mal\u00e9dictions qu&rsquo;on \u00e9voque parfois pouvaient entrer dans le champ du r\u00e9el, et que l&rsquo;Europe, en v\u00e9rit\u00e9, pouvait soudain \u00eatre plac\u00e9e devant la possibilit\u00e9 de sa d\u00e9sint\u00e9gration \u00e0 cause de la d\u00e9fection de sa partie la plus n\u00e9cessaire. Il n&rsquo;y a l\u00e0 aucun enseignement politique \u00e0 tirer car cette \u00e9vocation reste \u00e9videmment <em>politically incorrect<\/em>, et m\u00eame politiquement de peu de sens. Il y a  l\u00e0, plus simplement, un choc psychologique profond \u00e0 r\u00e9aliser, toute la diff\u00e9rence entre l&rsquo;hypoth\u00e8se abstraite et l&rsquo;entr\u00e9e de cette possibilit\u00e9, m\u00eame ultra-minoritaire et d\u00e9raisonnable, dans le champ du r\u00e9el.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPeut-\u00eatre certains Europ\u00e9ens consid\u00e8reront-ils d\u00e9sormais la France d&rsquo;un oeil diff\u00e9rent : comme un pays qui n&rsquo;est plus \u00a0\u00bbconsid\u00e9r\u00e9 comme acquis\u00a0\u00bb (<em>taken for granted<\/em>) dans le concert europ\u00e9en, bien que l&rsquo;\u00e9vidence politique est que la France ne peut se sortir de l&rsquo;Europe parce qu&rsquo;on n&rsquo;\u00e9chappe ni \u00e0 sa g\u00e9ographie, ni \u00e0 son histoire. Dans le domaine europ\u00e9en, on pourrait bien, apr\u00e8s cette crise fran\u00e7aise, \u00eatre \u00e9galement entr\u00e9s dans le domaine o\u00f9 la psychologie joue un r\u00f4le essentiel.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises 2002 sur de defensa Dans une pr\u00e9c\u00e9dente publication sur ce site de textes extraits de notre Lettre d&rsquo;Analyse dd&#038;e (papier), nous annon\u00e7ions la publication tr\u00e8s rapide de notre analyse des pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises, que nous faisons \u00e0 partir du point de vue que qualifions de virtualiste. Nous tenons notre promesse. 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