{"id":65126,"date":"2002-06-12T00:00:00","date_gmt":"2002-06-12T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/06\/12\/les-deux-otan-analyse-de-defensa-volume-17-n16-du-10-mai-2002\/"},"modified":"2002-06-12T00:00:00","modified_gmt":"2002-06-12T00:00:00","slug":"les-deux-otan-analyse-de-defensa-volume-17-n16-du-10-mai-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/06\/12\/les-deux-otan-analyse-de-defensa-volume-17-n16-du-10-mai-2002\/","title":{"rendered":"<strong><em>Les deux OTAN<\/em><\/strong> \u2014<em> Analyse, de defensa, Volume 17 n\u00b016 du 10 mai 2002<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><p>L&rsquo;OTAN conna\u00eet de multiples agitations ces derni\u00e8res semaines. Ce n&rsquo;est ni la premi\u00e8re, ni la derni\u00e8re fois, mais saluons tout de m\u00eame l&rsquo;importance de la p\u00e9riode puisque la Russie, ex-URSS, est quasiment entr\u00e9e dans l&rsquo;Organisation. Outre que cela \u00e9tait envisag\u00e9e comme un \u00e9v\u00e9nement quasi-in\u00e9luctable par divers commentateurs, depuis plusieurs ann\u00e9es, admettons que l&rsquo;effet de l&rsquo;importance de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est l\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on un peu paradoxale, notre appr\u00e9ciation est que l&rsquo;OTAN est \u00e9videmment en train de changer,  certains disent : de rena\u00eetre, d&rsquo;autres : d&rsquo;\u00eatre d\u00e9finitivement d\u00e9natur\u00e9e  mais que ce changement est d&rsquo;abord marqu\u00e9e par un basculement vers l&rsquo;est, o\u00f9 l\u00a0\u00bb&rsquo;entr\u00e9e\u00a0\u00bb de la Russie a certes son importance, mais beaucoup moins qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait pu en avoir avant le 11 septembre. Les Am\u00e9ricains, ma\u00eetres du jeu \u00e0 l&rsquo;OTAN, ne pensent plus en termes europ\u00e9ens, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;entr\u00e9e de la Russie dans l&rsquo;OTAN aurait eu une r\u00e9elle importance, mais en termes de guerre contre la terreur. Dans ce cas, OTAN ou pas qu&rsquo;importe, le rapprochement avec la Russie est d&rsquo;abord celui de l&rsquo;Am\u00e9rique qui se cherche un maximum d&rsquo;alli\u00e9s \u00e0 ses conditions. (Ses conditions ? C&rsquo;est-\u00e0-dire, des alli\u00e9s utiles mais qui n&rsquo;entravent en rien la politique totalement unilat\u00e9ralistes des USA, disons des \u00a0\u00bballi\u00e9s-Kleenex\u00a0\u00bb comme nous avions parl\u00e9, \u00e0 propos de l&rsquo;OTAN justement, d&rsquo;une \u00a0\u00bballiance-Kleenex\u00a0\u00bb, qu&rsquo;on jette apr\u00e8s s&rsquo;en \u00eatre servi.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cadre de r\u00e9flexion, il nous semble int\u00e9ressant de proposer \u00e0 nos lecteurs la lecture de l&rsquo;<em>Analyse<\/em> parue dans <em>de defensa<\/em>, Volume 17, n\u00b016, du 10 mai 2002, qui a pour titre \u00ab <em>Les deux OTAN<\/em> \u00bb.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Les deux OTAN<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est pas courant d&rsquo;entendre un Britannique, ancien g\u00e9n\u00e9ral (jusqu&rsquo;en 1999), rest\u00e9 tr\u00e8s au fait des questions de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 cause d&rsquo;activit\u00e9s post-militaires qui l&rsquo;y confrontent quotidiennement, avec tous les acc\u00e8s que lui donnent son grade et sa carri\u00e8re, vous dire apr\u00e8s une matin\u00e9e pass\u00e9e en visite officielle d&rsquo;information \u00e0 l&rsquo;OTAN : \u00ab <em>Il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 faire avec ces gens-l\u00e0. Ils s&rsquo;agitent beaucoup et ils ne produisent rien.<\/em> \u00bb Puis, apr\u00e8s un moment de silence : \u00ab <em>C&rsquo;est simple, nous allons devoir faire quelque chose de tr\u00e8s s\u00e9rieux en Europe, du point de vue de la d\u00e9fense. Je ne sais pas comment ni quoi, mais c&rsquo;est in\u00e9vitable.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet ancien g\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;est pas le seul Britannique \u00ab\u00a0inform\u00e9\u00a0\u00bb qui, aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;\u00e9prouve pas la moindre g\u00eane et ne marque aucune h\u00e9sitation pour vous dire cela, m\u00eame (et surtout ?) si vous \u00eates Fran\u00e7ais, et cela qui ne peut se comprendre autrement que comme l&rsquo;annonce \u00e0 peine dissimul\u00e9e de l&rsquo;acte de d\u00e9c\u00e8s de l&rsquo;OTAN. C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui une opinion courante chez les Britanniques, s&rsquo;ils gardent par ailleurs la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre les plus farouches d\u00e9fenseurs de l&rsquo;OTAN, et d&rsquo;ailleurs autant, voire beaucoup plus, par habilet\u00e9 que par engagement id\u00e9ologique. (Pour s&rsquo;en expliquer : les Britanniques ont toujours \u00e9t\u00e9 habiles pour s&rsquo;approprier les postes lucratifs de l&rsquo;OTAN, en tirer tous les avantages, etc. Incomparables manoeuvriers bien s\u00fbr, avec de multiples fers au feu.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est un sentiment assez r\u00e9pandu dans les milieux europ\u00e9ens et de la d\u00e9fense, ce jugement sur l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;OTAN. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat est que ce sentiment, comme ce point de vue britannique qu&rsquo;on a pr\u00e9sent\u00e9, appara\u00eet toujours en se pla\u00e7ant dans un contexte tr\u00e8s europ\u00e9en, et m\u00eame tr\u00e8s ouest-europ\u00e9en, ou si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, \u00e0 partir du contexte \u00ab\u00a0ouest-ouest\u00a0\u00bb des rapports transatlantiques qui concernent essentiellement, sinon exclusivement la sph\u00e8re euro-atlantique, soit l&rsquo;Europe occidentale du temps de la Guerre froide et l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConsid\u00e9r\u00e9e de cette fa\u00e7on \u00e0 la fois historique et g\u00e9ographique, la question de l&rsquo;OTAN n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e en rien par l&rsquo;\u00e9largissement d&rsquo;avril 1999 et elle ne le sera pas par l&rsquo;\u00e9largissement qui s&rsquo;annonce. Ce sentiment est, \u00e0 notre sens, un signe s\u00e9rieux de l&rsquo;\u00e9chec de toutes les tentatives de transformation de l&rsquo;OTAN depuis 1989-91. Les Am\u00e9ricains ont, vis-\u00e0-vis du probl\u00e8me de l&rsquo;OTAN classique, choisi d&rsquo;appliquer ce qui est souvent reconnu comme \u00e9tant leur philosophie favorite (<em>dixit<\/em> un g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain : \u00ab <em>Chez nous, on ne r\u00e9sout pas un probl\u00e8me, on l&rsquo;\u00e9crase<\/em> \u00bb).<\/p>\n<h3>Faisons une hypoth\u00e8se : en r\u00e9alit\u00e9, il y aurait \u00ab\u00a0deux OTAN\u00a0\u00bb, la traditionnelle, celle de la Guerre froide, et la nouvelle, l&rsquo;OTAN \u00e9largie,   OTAN-I et OTAN-II<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a donc une sorte de \u00ab\u00a0deuxi\u00e8me OTAN\u00a0\u00bb qui est en train de se mettre en place, une OTAN-II si l&rsquo;on veut, qui est une OTAN de l&rsquo;\u00e9largissement, des probl\u00e8mes qui lui sont li\u00e9s, de l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;on peut donner du ph\u00e9nom\u00e8ne propre de l&rsquo;\u00e9largissement, qui est consid\u00e9r\u00e9e par ceux qui en sont les inspirateurs d\u00e9sormais (les Am\u00e9ricains principalement) d&rsquo;une fa\u00e7on compl\u00e8tement, substantiellement s\u00e9par\u00e9e de ce qui est l&rsquo;OTAN initiale (OTAN-I, disons). Cette OTAN-II est diff\u00e9rente de la premi\u00e8re, g\u00e9ographiquement certes, dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit \u00e9galement et m\u00eame encore plus. Les commentaires autour de cette OTAN-II sont fondamentalement diff\u00e9rents de ceux de notre g\u00e9n\u00e9ral britannique, et l&rsquo;on peut m\u00eame dire pour les d\u00e9finir mieux qu&rsquo;ils en sont l&rsquo;exact contraire. On peut en donner un exemple, avec cette appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de la Lettre d&rsquo;Information <em>Intelligence Online<\/em>, selon laquelle l&rsquo;\u00ab <em>OTAN <\/em>[est] <em>sur le point de conqu\u00e9rir l&rsquo;Europe de l&rsquo;est<\/em> \u00bb, avec ce commentaire : \u00ab <em>le prochain Sommet de l&rsquo;OTAN, les 21 et 22 novembre 2002 \u00e0 Prague, pr\u00e9sentera une nouvelle strat\u00e9gie de l&rsquo;organisation privil\u00e9giant l&rsquo;axe Berlin\/Moscou, pour mieux s&rsquo;enraciner au centre de l&rsquo;Europe.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne parlons pas ici du contenu et de la valeur \u00e9ventuelle de cette sorte de pr\u00e9vision strat\u00e9gique, type-grand dessein strat\u00e9gique ou \u00ab\u00a0Grand Jeu\u00a0\u00bb ni\u00e8me formule. (Ce n&rsquo;est ni la premi\u00e8re ni la derni\u00e8re de cette sorte d&rsquo;analyse strat\u00e9gique d\u00e9velopp\u00e9e pour l&rsquo;OTAN depuis dix ans, il y en eu tant\u00f4t vers les Balkans, tant\u00f4t vers la M\u00e9diterran\u00e9e, tant\u00f4t vers l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est et contre la Russie, et ainsi de suite. C&rsquo;est assez dire le scepticisme o\u00f9 nous laissent ces pr\u00e9visions). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;important ici est de consid\u00e9rer dans quelle mesure importante il existe une nouvelle sorte d&rsquo;appr\u00e9ciation correspondant \u00e9videmment \u00e0 cette nouvelle orientation de l&rsquo;OTAN, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 ce que nous appelons OTAN-II. Il faut aussi noter que ces appr\u00e9ciations viennent de milieux bien diff\u00e9rents de ceux qui appr\u00e9cient d&rsquo;habitude l&rsquo;OTAN, et qu&rsquo;aussi ils viennent de pays diff\u00e9rents (en g\u00e9n\u00e9ral les pays nouveaux membres ou futurs nouveaux membres, pour lesquels l&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;OTAN appara\u00eet comme une sorte de panac\u00e9e universelle pour tous les maux possibles et imaginables). En g\u00e9n\u00e9ral, ces milieux et ces pays ont une vision tr\u00e8s diff\u00e9rente de l&rsquo;OTAN parce qu&rsquo;ils n&rsquo;y recherchent pas du tout la m\u00eame chose que ce qu&rsquo;y trouvaient les membres occidentaux. Pour eux, l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN est un signe de puissance, une marque de conqu\u00eate comme le dit l&rsquo;appr\u00e9ciation cit\u00e9e plus haut ; ils vont y trouver non seulement la s\u00e9curit\u00e9 mais une place de choix dans un mouvement de puissance. A la limite, cette OTAN-II se caract\u00e9rise presque exclusivement par cette tendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9largissement et l&rsquo;appr\u00e9ciation qu&rsquo;on en donne en vient \u00e0 se fixer sur ce seul fait. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;une alliance mais d&rsquo;une machine en marche et, bien entendu, une machine anim\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e par les Am\u00e9ricains. (L\u00e0 encore, nous nous contentons d&rsquo;une description de cette  appr\u00e9ciation, sans nous prononcer sur le fond.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn en arrive, assez naturellement, \u00e0 opposer la \u00ab\u00a0premi\u00e8re OTAN\u00a0\u00bb (OTAN-I) et l&rsquo;OTAN-II. L&rsquo;expansion de la seconde, ou son succ\u00e8s si l&rsquo;on veut, devient par contrepoint la marque de la d\u00e9cadence et de la paralysie de la premi\u00e8re. Cette id\u00e9e rencontre une critique initiale qu&rsquo;on entendit beaucoup dans les premi\u00e8res ann\u00e9es o\u00f9 il fut question de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN, en 1992-93 notamment, o\u00f9 l&rsquo;on craignait que l&rsquo;\u00e9largissement se fit aux d\u00e9pens d&rsquo;une perte de substance de l&rsquo;alliance (l&rsquo;\u00e9largissement diluant l&rsquo;approfondissement, si l&rsquo;on veut). La r\u00e9alit\u00e9 confirme le bien-fond\u00e9 de cette critique. Le r\u00e9sultat de cette opposition bien r\u00e9elle entre l&rsquo;OTAN-I et l&rsquo;OTAN-II est que l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN vers l&rsquo;est, qui promet d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9rable, s&rsquo;accompagne de son affaiblissement \u00e0 l&rsquo;ouest, comme si l&rsquo;on observait un transfert de gravit\u00e9.<\/p>\n<h3>Le r\u00f4le d\u00e9stabilisant consid\u00e9rable des Am\u00e9ricains : depuis le 11 septembre, ils se sont mis \u00e0 d\u00e9molir l&rsquo;OTAN-I avec un allant remarquable<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Am\u00e9ricains tiennent un r\u00f4le consid\u00e9rable dans cette \u00e9volution de l&rsquo;OTAN, et il ne peut \u00eatre question de s&rsquo;en \u00e9tonner. Ils ont adopt\u00e9 une attitude tr\u00e8s particuli\u00e8re, tr\u00e8s remarquable depuis l&rsquo;attaque du 11 septembre. Le 26 septembre 2001, Paul Wolfowitz, l&rsquo;adjoint du secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Rumsfeld, est venu \u00e0 Bruxelles signifier aux autres pays de l&rsquo;OTAN que les USA se passeraient de l&rsquo;Organisation dans leur guerre contre le terrorisme. Depuis, l&rsquo;OTAN est op\u00e9rationnellement marginalis\u00e9e. En m\u00eame temps, elle est prise \u00e0 son propre pi\u00e8ge. Ayant d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 depuis le milieu des ann\u00e9es 1990 qu&rsquo;elle allait se reconvertir dans la gestion des nouveaux conflits, \u00e9tant pass\u00e9e \u00e0 l&rsquo;acte essentiellement depuis le conflit du Kosovo, elle s&rsquo;est mise dans une position de \u00ab\u00a0tout ou rien\u00a0\u00bb lorsque effectivement surgit l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de ces nouveaux conflits : elle doit en \u00eatre le coeur ou bien elle est marginalis\u00e9e. Avec la Grande Guerre contre le terrorisme, elle est radicalement marginalis\u00e9e puisqu&rsquo;elle n&rsquo;en est pas le coeur du tout, comme est venu lui dire Wolfowitz, et que cette guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e comme radicale, devant durer des d\u00e9cennies, voire des si\u00e8cles, voire sans qu&rsquo;on puisse percevoir son terme, comme la guerre ultime entre le Bien et le Mal, selon la doctrine GW. (Toute cette imagerie un peu boursoufl\u00e9e est am\u00e9ricaine certes mais l&rsquo;on sait que l&rsquo;OTAN ne peut vivre qu&rsquo;au rythme de la pens\u00e9e am\u00e9ricaine, ou plut\u00f4t des \u00ab\u00a0concepts\u00a0\u00bb am\u00e9ricains et de la repr\u00e9sentation imaginaire que cela enfante. L\u00e0 aussi, elle est prise \u00e0 son propre pi\u00e8ge de n&rsquo;\u00eatre jamais qu&rsquo;une cr\u00e9ature de l&rsquo;Am\u00e9rique et de ne jamais pouvoir devenir autre chose que cela.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu bout de quelques mois, les Am\u00e9ricains ont commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;ils risquaient par leur attitude de d\u00e9truire cette Organisation qui est par ailleurs, ou plut\u00f4t principalement, la courroie de transmission de leur influence en Europe. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00e9carter cette douloureuse perspective, \u00e0 leur mani\u00e8re, en \u00e9tant s\u00fbr de tout et en ne doutant de rien. Les Am\u00e9ricains ont donc pouss\u00e9 \u00e0 son terme cette \u00e9trange double attitude qu&rsquo;ils entretiennent dans toute leur politique et particuli\u00e8rement avec l&rsquo;OTAN, d&rsquo;exiger toute chose et son contraire simultan\u00e9ment : exercer un contr\u00f4le absolu sur cette Organisation et donc la contraindre dans des bornes dont eux-m\u00eames ont la ma\u00eetrise et, en m\u00eame temps, exiger de cette Organisation qu&rsquo;elle ait une politique propre, une dynamique propre, comme si elle \u00e9tait totalement libre d&rsquo;agir de fa\u00e7on autonome. D&rsquo;une part, les Am\u00e9ricains font en sorte, par leur strat\u00e9gie, que l&rsquo;OTAN ne serve \u00e0 rien, d&rsquo;autre part ils exigent avec des accents absolument dramatiques, qui terrorisent la bureaucratie otanienne, que l&rsquo;OTAN se r\u00e9forme pour qu&rsquo;elle serve \u00e0 quelque chose. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est bien le cas : apr\u00e8s avoir totalement marginalis\u00e9 l&rsquo;OTAN et la tenant serr\u00e9e dans ce coin, ils exigent d&rsquo;elle qu&rsquo;elle se r\u00e9forme de fond en comble, qu&rsquo;elle s&rsquo;adapte \u00e0 ce nouveau conflit, qu&rsquo;elle devienne exemplairement l&rsquo;enfant d&rsquo;une exp\u00e9rience qu&rsquo;elle ne peut pas acqu\u00e9rir, et cela en quatri\u00e8me vitesse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Am\u00e9ricains ont nomm\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral James Jones pour succ\u00e9der (en janvier 2003) au terne g\u00e9n\u00e9ral Ralston, qui avait convaincu l&rsquo;administration Clinton de lui donner ce poste pour une fin de carri\u00e8re acceptable. (L&rsquo;administration Clinton, et le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Cohen en particulier, avaient saut\u00e9 sur l&rsquo;occasion, puisque leur but \u00e9tait de liquider Wesley Clark qui s&rsquo;\u00e9tait montr\u00e9 bien indocile vis-\u00e0-vis de Cohen pendant le conflit du Kosovo. C&rsquo;est dire si le terme de Ralston n&rsquo;a pas apport\u00e9 grand chose \u00e0 l&rsquo;OTAN.) James Jones est un num\u00e9ro : ce g\u00e9n\u00e9ral des Marines, actuellement chef d&rsquo;\u00e9tat-major du Marine Corps, est n\u00e9 \u00e0 Villefranche-sur-mer, d&rsquo;un p\u00e8re amiral de l&rsquo;U.S. Navy, du temps o\u00f9 la VIe Flotte avait comme port d&rsquo;attache ce ravissant port de la C\u00f4te d&rsquo;Azur ; Jones a fait toutes ses \u00e9tudes \u00e0 Villefranche, il parle le fran\u00e7ais comme si c&rsquo;\u00e9tait sa langue maternelle. Jones est le contraire de la caricature du Marine : il est diplomate, habile, patient ; mais, comme nombre de Marines, et notamment comme un de ses coll\u00e8gues John Shenahan, g\u00e9n\u00e9ral des Marines qui avait failli \u00eatre SACEUR en 1994 (on lui avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 Shalikashvili), Jones a la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre un r\u00e9formiste, un novateur. Comme Marine, il a le concept de projection de force dans sa culture, au contraire des d\u00e9ploiements structur\u00e9s et install\u00e9s. Enfin, comme Marine, il viendra \u00e0 son poste aur\u00e9ol\u00e9 de la performance des Marines en Afghanistan, au contraire de l&rsquo;U.S. Army, qui s&rsquo;y est montr\u00e9e lente, terne, incapable de s&rsquo;adapter. En d&rsquo;autres mots, Jones vient en Europe pour modifier de fond en comble le dispositif am\u00e9ricain, dans un sens qui fera penser \u00e0 beaucoup, si l&rsquo;on pense politique, \u00e0 un d\u00e9sengagement : moins de d\u00e9ploiement fixe, moins d&rsquo;\u00e9tat-major pesants et implant\u00e9s \u00e0 demeure, moins de poids et de lourdeur, plus de souplesse et de rapidit\u00e9. L&rsquo;Europe va devenir pour le Pentagone une base avanc\u00e9e occasionnelle et plus du tout une base fixe. Par temps calme et absence de crise, cela signifie que le nombre de soldats et de bases US devrait \u00eatre consid\u00e9rablement r\u00e9duit. Voil\u00e0 o\u00f9, politiquement, cette r\u00e9forme op\u00e9rationnellement n\u00e9cessaire devient une image du d\u00e9sengagement de l&rsquo;Am\u00e9rique et prend \u00e9videmment une signification politique dramatique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;interpr\u00e9tation peut para\u00eetre sollicit\u00e9e mais ne l&rsquo;est pas du tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa r\u00e9forme que va probablement entreprendre James Jones va dans le sens de la r\u00e9forme g\u00e9n\u00e9rale voulue par Donald Rumsfeld d&rsquo;adaptation des forces am\u00e9ricaines aux conditions nouvelles de la guerre, c&rsquo;est-\u00e0-dire la grande guerre contre le terrorisme. Cela signifie un changements des priorit\u00e9s g\u00e9ostrat\u00e9giques aux d\u00e9pens de l&rsquo;Europe (et au profit de la zone de l&rsquo;Asie Centrale) ; un changement structurel avec une plus grande capacit\u00e9 de projection de forces aux d\u00e9pens des stationnements statiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger ; finalement, un changement politique avec une conception unilat\u00e9raliste qui fait d\u00e9pendre beaucoup plus les forces am\u00e9ricaines du centre washingtonien. (Ce dernier point est facilit\u00e9 par l&rsquo;\u00e9volution des technologies telles que les d\u00e9veloppent les Am\u00e9ricains. Encore une fois, il y a l&rsquo;exemple significatif de la campagne en Afghanistan, conduite par le g\u00e9n\u00e9ral Franks, commandant en chef du th\u00e9\u00e2tre, sans quitter son quartier-g\u00e9n\u00e9ral de Tampa, en Floride, gr\u00e2ce aux capacit\u00e9s en communication.) Tout cela est couronn\u00e9, pour ce qui est du probl\u00e8me envisag\u00e9 ici, par la perception \u00e9vidente depuis plusieurs mois d&rsquo;un divorce des conceptions politiques et strat\u00e9giques entre les Europ\u00e9ens et les Am\u00e9ricains. M\u00eame si les changements \u00e0 venir de l&rsquo;OTAN ne sont pas justifi\u00e9s par cela, il est difficile de n&rsquo;y pas voir une correspondance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;arriv\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Jones et de ce que cela suppose comme nouveaut\u00e9s probables, de s\u00e9rieux efforts de r\u00e9forme sont entrepris au sein de l&rsquo;OTAN. Une source au secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral nous explique que \u00ab <em>les Am\u00e9ricains ne se cachent plus pour affirmer que l&rsquo;OTAN est d\u00e9pass\u00e9e. Ils sont tr\u00e8s, tr\u00e8s s\u00e9rieux. Ils r\u00e9\u00e9valuent tout \u00e0 la lumi\u00e8re de la menace du terrorisme, et cela prend des aspects techniques bien pr\u00e9cis. On r\u00e9duit les quartiers g\u00e9n\u00e9raux dans l&rsquo;espoir de les rendre plus souples, plus adaptables, c&rsquo;est-\u00e0-dire, bien entendu, adaptables \u00e0 la menace du terrorisme.<\/em> \u00bb Pour autant, cet effort est-il n\u00e9cessairement promis au succ\u00e8s ? La prudence est de r\u00e8gle, voire le scepticisme, voire, plus platement encore, le pessimisme complet. \u00ab <em>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, <\/em>nous dit notre source, <em>il y a la bureaucratie bien s\u00fbr. Elle n&rsquo;aime pas le changement, et peut-\u00eatre m\u00eame ne veut-elle pas de changement. Elle r\u00e9siste. Elle r\u00e9sistera. Il est m\u00eame \u00e0 craindre qu&rsquo;elle ne c\u00e9dera pas.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQui l&#8217;emportera ? On serait tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire que poser la question, c&rsquo;est y r\u00e9pondre. La bureaucratie de l&rsquo;OTAN a \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 l&rsquo;image de la bureaucratie am\u00e9ricaine. Les Am\u00e9ricains le savent bien, Rumsfeld en premier : c&rsquo;est du b\u00e9ton.<\/p>\n<h3>Une nouvelle OTAN est en formation, selon le d\u00e9sir des Am\u00e9ricains : son centre de gravit\u00e9 s&rsquo;\u00e9loigne vers l&rsquo;est et son attention se porte sur l&rsquo;Asie Centrale <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela n&rsquo;est encore rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui se pr\u00e9pare avec le prochain (le second) \u00e9largissement de l&rsquo;OTAN qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, qui sera d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 Prague en novembre, et qui sera fondamentalement diff\u00e9rent du premier, d\u00e9cid\u00e9 en 1997 et finalis\u00e9 en 1999. D&rsquo;abord, on comprend que le climat \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ce second \u00e9largissement, \u00e0 Washington, a compl\u00e8tement chang\u00e9 entre avant et apr\u00e8s le 11 septembre 2001. Avant le 11 septembre, il \u00e9tait accept\u00e9 par automatisme, parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui on ne peut parler d&rsquo;\u00e9largissement sans susciter la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une sorte d&rsquo;unanimit\u00e9 contrainte (voir l&rsquo;UE), alors que chacun mesure l&rsquo;inutilit\u00e9 et les risques d&rsquo;une telle op\u00e9ration. Depuis le 11 septembre, pour les Am\u00e9ricains ce n&rsquo;est plus le cas lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas est assez simple, la consultation d&rsquo;une carte d&rsquo;\u00e9tat-major suffit \u00e0 nous renseigner l\u00e0-dessus. L&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN vers l&rsquo;est, notamment par l&rsquo;axe sud vers les r\u00e9gions de plus en plus proches de l&rsquo;Asie Centrale, ressemble pour beaucoup au mouvement de la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine faisant passer son centre de gravit\u00e9 de la r\u00e9gion ouest-europ\u00e9enne jusqu&rsquo;aux Balkans \u00e0 la r\u00e9gion proche des confins de l&rsquo;Asie, des Balkans \u00e0 l&rsquo;Asie Centrale, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Afghanistan, le Pakistan, etc. Cette correspondance est fortuite au d\u00e9part (avant le 11 septembre 2001, on n&rsquo;aurait sans aucun doute pas pu la formuler de la sorte) mais il nous semble qu&rsquo;elle va appara\u00eetre irr\u00e9sistible d\u00e9sormais, et s&rsquo;inscrivant dans une logique qui para\u00eetra compl\u00e8tement justifi\u00e9e aux Am\u00e9ricains. La m\u00eame source d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e confirme que les Am\u00e9ricains per\u00e7oivent d\u00e9sormais ce second \u00e9largissement comme \u00ab <em>un moyen de stabiliser les pays de la r\u00e9gion en m\u00eame temps qu&rsquo;ils envisagent de fa\u00e7on extr\u00eamement d\u00e9termin\u00e9 de passer des alliances avec les pays de la r\u00e9gion pour s\u00e9curiser la Mer Noire, que ce soit des alliances \u00e0 partir de l&rsquo;OTAN ou des alliances bilat\u00e9rales<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette \u00e9volution est typique des habitudes am\u00e9ricaines, de la fa\u00e7on de la diplomatie am\u00e9ricaine, et de la diplomatie militaire le plus souvent, de changer sur consigne d&rsquo;objectif en oubliant tout ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et au risque de porter un grave pr\u00e9judice \u00e0 ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Depuis le 11 septembre, tout acte de politique ext\u00e9rieure am\u00e9ricaine, de quelque ordre que ce soit, et particuli\u00e8rement de l&rsquo;ordre politico-militaire, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la seule dimension du terrorisme. Les alliances, les aides, les implantations militaires sont mesur\u00e9es en fonction de cette r\u00e9f\u00e9rence, et uniquement d&rsquo;elle. Le centre de l&rsquo;activit\u00e9 ext\u00e9rieure am\u00e9ricaine,  outre le Moyen-Orient o\u00f9 l&rsquo;implantation existe d\u00e9j\u00e0,  est devenue la r\u00e9gion de l&rsquo;Asie Centrale allant de la Mer Noire, du Caucase, jusqu&rsquo;aux limites septentrionales du sous-continent indien. La strat\u00e9gie am\u00e9ricaine a bascul\u00e9 de cette fa\u00e7on.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;OTAN doit suivre ou achever de perdre le dernier int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il peut encore avoir pour les Am\u00e9ricains. Con\u00e7ue primitivement pour s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;expansionnisme sovi\u00e9tique en Europe, ensuite devenue une ambition de se transformer en  organe de stabilisation et de s\u00e9curit\u00e9 en Europe avec une tendance \u00e0 poursuivre l&rsquo;antagonisme avec la Russie (premier \u00e9largissement aux pays de l&rsquo;Europe du centre en m\u00eame temps que l&rsquo;activisme dans les Balkans), cette organisation est d\u00e9sormais somm\u00e9e de se transformer en un syst\u00e8me orient\u00e9 vers l&rsquo;Asie Centrale avec pour mission de jouer \u00e0 la fois un r\u00f4le stabilisateur et un \u00e9ventuel r\u00f4le r\u00e9pressif vis-\u00e0-vis des foyers d&rsquo;instabilit\u00e9 et de terrorisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette orientation n&rsquo;est pas en train de transformer l&rsquo;OTAN. On ne peut \u00e9videmment transformer une organisation de s\u00e9curit\u00e9 plac\u00e9e en Europe occidentale et fortement arc-bout\u00e9e sur les membres ouest-europ\u00e9ens qui forment une communaut\u00e9 d&rsquo;une tr\u00e8s grande puissance, en une organisation anti-terroriste aux confins de l&rsquo;Asie Centrale. Le hiatus est trop grand, la diff\u00e9rence de substance trop \u00e9vidente. Alors il se passe ce que nous avons signal\u00e9 : l&rsquo;OTAN-II est en train de na\u00eetre avec l&rsquo;\u00e9largissement qui sera d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 Prague et se d\u00e9tachera de plus en plus irr\u00e9sistiblement de l&rsquo;OTAN-I, l&rsquo;OTAN classique, celle que nous connaissons depuis un demi-si\u00e8cle. Bien entendu, les Am\u00e9ricains seront du c\u00f4t\u00e9 de la nouveaut\u00e9. <\/p>\n<h3>Pour les Europ\u00e9ens, l&rsquo;OTAN divis\u00e9es en deux OTAN devient une concr\u00e9tisation de l&rsquo;\u00e9volution unilat\u00e9raliste des Am\u00e9ricains<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui se passe et va se passer pour les Europ\u00e9ens est de l&rsquo;ordre du psychologique, qui est, \u00e0 notre avis, le principal domaine o\u00f9 se d\u00e9terminent les facteurs menant \u00e0 des changements d&rsquo;appr\u00e9ciation politique puisque le domaine de la r\u00e9flexion consciente est totalement enferm\u00e9 dans des interdits conformistes d&rsquo;une puissance consid\u00e9rable. Les Europ\u00e9ens vont conna\u00eetre le sentiment de l&rsquo;abandon et de la rupture (pour certains de ces Europ\u00e9ens, disons les plus fragiles, ce sera le sentiment de devenir des orphelins). Lorsqu&rsquo;on reprend l&rsquo;appr\u00e9ciation du g\u00e9n\u00e9ral anglais, qui sonne si diff\u00e9rente de celle que font les z\u00e9l\u00e9s de l&rsquo;OTAN-II devant les perspectives de l&rsquo;\u00e9largissement, on a effectivement l&rsquo;impression d&rsquo;un constat comme devant un navire abandonn\u00e9 ; le g\u00e9n\u00e9ral cit\u00e9, qui est un vieux dur-\u00e0-cuire comme sont les g\u00e9n\u00e9raux britanniques, ne fait pas dans le sentiment pour d\u00e9crire le ph\u00e9nom\u00e8ne. Il nous signale simplement que le ph\u00e9nom\u00e8ne est perceptible de toutes les fa\u00e7ons, y compris par un dur-\u00e0-cuire qui ne fait pas de sentiments et, d&rsquo;habitude, est insensible aux aspects sentimentaux \u00e0 partir desquels certains autres, moins dur-\u00e0-cuire, tireraient de fa\u00e7on indue des conclusions dramatiques. Si les uns s&rsquo;en alarment et si les autres s&rsquo;en r\u00e9jouissent, si les uns en font un drame et si les autres constatent un fait, il reste que tous constatent un fait. Donc, les Am\u00e9ricains quittent l&rsquo;OTAN-I pour grimper \u00e0 bord de l&rsquo;OTAN-II. Les Europ\u00e9ens vont-ils les y rejoindre ? Rien n&rsquo;est moins s\u00fbr.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn serait tent\u00e9, parce qu&rsquo;on cultive dans notre \u00e9poque le go\u00fbt des sym\u00e9tries apparentes et des images vite-faites, d&rsquo;assimiler l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN et celui de l&rsquo;UE et de constater : \u00e7a colle. Ce fut d&rsquo;ailleurs et cela reste l&rsquo;id\u00e9e des plus fervents z\u00e9lateurs d&rsquo;un monde euro-atlantique \u00e9tendu aux confins : \u00e0 force de r\u00e9aliser des red\u00e9coupages similaires, tout cela finira par se fondre et supprimera d\u00e9finitivement tous ces probl\u00e8mes aga\u00e7ants d&rsquo;identit\u00e9s diff\u00e9rentes. Nous autres Europ\u00e9ens, nous serons tous Am\u00e9ricains (ce n&rsquo;est pas original), et les Am\u00e9ricains, eux, \u00f4 surprise divine, seront aussi de bons Europ\u00e9ens. C&rsquo;est aller vite en besogne, en m\u00e9langeant la m\u00e9canique des choses avec l&rsquo;esprit des choses. La cr\u00e9ation de l&rsquo;OTAN-II \u00e0 c\u00f4t\u00e9 (\u00e0 l&rsquo;est) de l&rsquo;OTAN-I, c&rsquo;est, comme on l&rsquo;a vu, un mouvement de rupture, et qui va d&rsquo;ouest en est, et de fa\u00e7on si d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e qu&rsquo;il en vient \u00e0 s\u00e9parer l&rsquo;est de l&rsquo;ouest. Le mouvement d&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;UE va dans le sens inverse, ainsi dans tous les cas le veulent ses promoteurs : amener, ou ramener c&rsquo;est selon, l&rsquo;est vers l&rsquo;ouest. Ici, le centre de gravit\u00e9 passe de l&rsquo;ouest \u00e0 l&rsquo;est, l\u00e0 on esp\u00e8re que le centre de gravit\u00e9 de l&rsquo;est se transportera vers l&rsquo;ouest. Nous restons immens\u00e9ment sceptiques sur la r\u00e9ussite de l&rsquo;op\u00e9ration UE\/est vers ouest, mais c&rsquo;est l\u00e0 un autre probl\u00e8me : le probl\u00e8me colossal d&rsquo;un \u00e9largissement de l&rsquo;UE qui va se faire et qui, selon toutes les probabilit\u00e9s, ne peut se faire de fa\u00e7on satisfaisante. Pour ce qui nous importe ici, dans tous les cas, cela suffit. L&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;UE est, dans son esprit, exactement l&rsquo;inverse de l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN : un rassemblement (une tentative de rassemblement) vers l&rsquo;ouest contre une rupture vers l&rsquo;est. Disons qu&rsquo;on se croisera, pour s&rsquo;\u00e9loigner irr\u00e9m\u00e9diablement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuant aux Europ\u00e9ens de l&rsquo;Ouest, confront\u00e9s au probl\u00e8me insoluble de l&rsquo;\u00e9largissement qu&rsquo;ils se sont cr\u00e9\u00e9s et qu&rsquo;ils ne pourront r\u00e9gler qu&rsquo;en accentuant les conditions de leur rassemblement occidental r\u00e9duit aux pays les plus occidentaux et les plus d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire cet exercice, ils ne pourront que constater combien ces immenses op\u00e9rations les \u00e9loignent encore un peu plus d&rsquo;un esprit communautaire transatlantique qui est d\u00e9sormais totalement \u00e9tranger aux Am\u00e9ricains, s&rsquo;ils l&rsquo;eurent jamais vraiment. Les Am\u00e9ricains lanc\u00e9s dans OTAN-II, c&rsquo;est l&rsquo;unilat\u00e9ralisme enfant\u00e9 par le 11 septembre 2001 qui devient majeur, qui s&rsquo;inscrit dans la g\u00e9opolitique mystique de l&rsquo;Ouest, pour mieux la briser, c&rsquo;est-\u00e0-dire la briser d\u00e9finitivement. Avant 9\/11, l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN \u00e9tait une inutilit\u00e9 monstrueuse ; apr\u00e8s 9\/11, c&rsquo;est l&rsquo;application g\u00e9ostrat\u00e9gique d&rsquo;une rupture existentielle entre Am\u00e9ricains et Europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa conclusion de ces diverses remarques est qu&rsquo;il y a de fortes chances pour que, dans les ann\u00e9es qui viennent, l&rsquo;OTAN perde non seulement les quelques capacit\u00e9s qu&rsquo;elle a eues \u00e0 jouer un r\u00f4le s\u00e9rieux dans le maintien de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, mais encore qu&rsquo;elle abandonne toute pr\u00e9tention \u00e0 le faire. Alors, ce sera le tour de l&rsquo;Europe de s&rsquo;organiser ? On ne dit pas cela, d&rsquo;abord pour ne pas d\u00e9clencher un torrent de sarcasmes, sp\u00e9cialement chez les Europ\u00e9ens eux-m\u00eames qui sont si habiles dans l&rsquo;art de s&rsquo;abaisser par tous les moyens possibles de la  dialectique ; ensuite parce que, apr\u00e8s tout, ce n&rsquo;est pas le propos. On n&rsquo;a fait que d\u00e9crire une situation qui nous para\u00eet in\u00e9luctable, comme nous para\u00eet in\u00e9luctable la dynamique de rupture entre l&rsquo;Europe et les USA. On ne parle pas des hommes, des politiciens, de leurs dialectiques diverses, de leurs discours pour meetings \u00e9lectoraux ; on parle des faits, seulement et simplement. Pour le reste, les Europ\u00e9ens verront bien ce qu&rsquo;ils pourront et, surtout, ce qu&rsquo;ils voudront faire. Il semble qu&rsquo;ils ne veulent pas admettre la force des r\u00e9alit\u00e9s. Il semble qu&rsquo;ils pensent qu&rsquo;\u00e0 ignorer la r\u00e9alit\u00e9, on en conjure le sort qu&rsquo;elle nous r\u00e9serve. C&rsquo;est un point de vue. On a les points de vue qu&rsquo;on peut et, en g\u00e9n\u00e9ral, qu&rsquo;on m\u00e9rite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<BVR><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;OTAN conna\u00eet de multiples agitations ces derni\u00e8res semaines. Ce n&rsquo;est ni la premi\u00e8re, ni la derni\u00e8re fois, mais saluons tout de m\u00eame l&rsquo;importance de la p\u00e9riode puisque la Russie, ex-URSS, est quasiment entr\u00e9e dans l&rsquo;Organisation. 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