{"id":65128,"date":"2002-06-13T00:00:00","date_gmt":"2002-06-13T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/06\/13\/derriere-livresse-contexte-de-defensa-volume-17-numero-14-du-10-avril-2002\/"},"modified":"2002-06-13T00:00:00","modified_gmt":"2002-06-13T00:00:00","slug":"derriere-livresse-contexte-de-defensa-volume-17-numero-14-du-10-avril-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/06\/13\/derriere-livresse-contexte-de-defensa-volume-17-numero-14-du-10-avril-2002\/","title":{"rendered":"<strong><em>Derri\u00e8re l&rsquo;ivresse<\/em><\/strong> \u2014 <em>Contexte, de defensa, Volume 17, num\u00e9ro 14 du 10 avril 2002<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h3>Derri\u00e8re l&rsquo;ivresse,  de defensa, Volume 17 n\u00b014 du 10 avril 2002<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est un des probl\u00e8mes actuels les plus importants pour mesurer la puissance am\u00e9ricaine, facteur essentiel des relations internationales. C&rsquo;est aussi l&rsquo;un des probl\u00e8mes actuels les moins \u00e9voqu\u00e9s. C&rsquo;est la raison pour laquelle nous jugeons n\u00e9cessaire d&rsquo;alimenter son traitement avec le plus grand nombre de donn\u00e9es possibles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit de la question de la puissance militaire am\u00e9ricaine. Des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents, ou plut\u00f4t des r\u00e9v\u00e9lations r\u00e9centes dont l&rsquo;\u00e9cho a \u00e9t\u00e9 extraordinairement faible en Europe, ont donn\u00e9 la mesure de ce que vaut aujourd&rsquo;hui cette puissance. <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=234\" class=\"gen\">(Nous en avons parl\u00e9 le 25 mai.)<\/a> D&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements, \u00e9galement significatifs et, \u00e9galement, extraordinairement ignor\u00e9s en Europe, avaient attir\u00e9 l&rsquo;attention. C&rsquo;est \u00e0 ce dernier propos que nous publions ici le texte de la rubrique <em>Contexte<\/em> de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em>, du 10 avril 2002. La question trait\u00e9e repose notamment sur divers t\u00e9moignages de chefs militaires am\u00e9ricains, et d&rsquo;autre part certains constats sur les diverses interventions militaires de ces derniers mois. (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=158\" class=\"gen\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de certains de ces aspects.)<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici donc le texte de notre rubrique <em>Contexte<\/em>, extrait de <em>de defensa<\/em>, Volume 17 n\u00b014 du 10 avril 2002.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Derri\u00e8re l&rsquo;ivresse<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a une certaine lassitude \u00e0 revenir sempiternellement sur le m\u00eame sujet, pour tenter d&rsquo;\u00e9carter les pressions constantes d&rsquo;une psychologie soumise au conformisme. Il le faut parce que les informations y poussent, parce que c&rsquo;est notre r\u00f4le apr\u00e8s tout. Le point central de cette d\u00e9marche est qu&rsquo;il faut comprendre et envisager d&rsquo;admettre l&rsquo;\u00e9tat r\u00e9el de l'\u00a0\u00bbextraordinaire puissance\u00a0\u00bb militaire am\u00e9ricaine, dont la c\u00e9l\u00e9bration, chez ceux qui l&rsquo;acclament et chez ceux qui la craignent, est proche de l&rsquo;ivresse de l&rsquo;esprit. Il n&rsquo;y a dans cette proposition aucune satisfaction fondamentale dans la mesure o\u00f9 cette r\u00e9alit\u00e9 peut g\u00e9n\u00e9rer une crise grave, naissant de la confrontation entre la repr\u00e9sentation qu&rsquo;on se fait de la puissance militaire am\u00e9ricaine, et que s&rsquo;en font \u00e9galement les dirigeants am\u00e9ricains, et la r\u00e9alit\u00e9. Des signes, des faits, des analyses montrent que cette puissance militaire va se trouver confront\u00e9e \u00e0 des limitations strat\u00e9giques sans nombre et d&rsquo;une importance grandissante. On peut parler d&rsquo;une situation de crise potentielle au niveau des moyens militaires am\u00e9ricains, compl\u00e8tement insuffisants par rapport aux ambitions et \u00e0 la strat\u00e9gie am\u00e9ricaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA c\u00f4t\u00e9 de cette crise potentielle des moyens, on distingue une autre situation de crise d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 active, bien s\u00fbr li\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re, qui est la crise de l&rsquo;utilisation de ces moyens. Notre explication g\u00e9n\u00e9rale est que la puissance militaire am\u00e9ricaine dans son \u00e9tat actuel est le cas le plus stup\u00e9fiant de l&rsquo;histoire d&rsquo;une capacit\u00e9 militaire tr\u00e8s puissante et extr\u00eamement co\u00fbteuse, et totalement, syst\u00e9matiquement inadapt\u00e9e \u00e0 la guerre qu&rsquo;elle est conduite \u00e0 mener \u00e0 cause de la r\u00e9alit\u00e9 du monde. L&rsquo;inadaptation est non seulement technique, strat\u00e9gique et tactique, mais surtout, cela est bien plus grave, psychologique et structurelle. Nous citons trois faits r\u00e9cents pour \u00e9tayer cette analyse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les d\u00e9clarations, dans <em>The Telegraph<\/em> du 22 mars, du g\u00e9n\u00e9ral (\u00e0 la retraite) Wesley Clark, ancien SACEUR, qui conduisit l&rsquo;attaque militaire de l&rsquo;OTAN contre la Serbie en mars-juin 1999. Clark trace un parall\u00e8le troublant entre l&rsquo;engagement sovi\u00e9tique en Afghanistan de 1979-88, et l&rsquo;actuel engagement alli\u00e9 (am\u00e9ricain). \u00ab <em>Il y a des signes de plus en plus pr\u00e9occupants que les alli\u00e9s se trouvent dans une position <\/em>[semblable \u00e0 celle des Sovi\u00e9tiques au d\u00e9but de leur invasion. Les Sovi\u00e9tiques] <em>remport\u00e8rent de grandes victoires pour commencer. Il fallut un an ou deux pour que l&rsquo;opposition se regroupe.<\/em> \u00bb Clark juge tr\u00e8s possible une implication similaire, menant \u00e0 ce qui ne peut \u00eatre d\u00e9fini autrement que par une d\u00e9faite, des alli\u00e9s en Afghanistan : \u00ab <em>Je pense r\u00e9ellement  que c&rsquo;est possible. La chose qui nous est indispensable, c&rsquo;est la sup\u00e9riorit\u00e9 au niveau du renseignement et cela signifie le renseignement humain, et cela signifie des gens engag\u00e9s au sol.<\/em> \u00bb Clark estime que la seule issue pour gagner la guerre est de convaincre des \u00ab\u00a0chefs de guerre\u00a0\u00bb afghans de rallier la cause am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Un avertissement s\u00e9v\u00e8re a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 le 20 mars par les deux commandants am\u00e9ricains de th\u00e9\u00e2tre, en Europe et dans le Pacifique, le g\u00e9n\u00e9ral Ralston (CINCEUR) et l&rsquo;amiral Blair (CINCPAC), lors d&rsquo;un t\u00e9moignage devant la Commission des Forces Arm\u00e9es de la Chambre. Ce t\u00e9moignage peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9 par cette phrase de Blair, la situation en Europe valant celle du Pacifique : \u00ab <em>Nous n&rsquo;avons pas les forces ad\u00e9quates pour conduire nos missions dans le Pacifique si les op\u00e9rations en Afghanistan continuent \u00e0 leur rythme actuel.<\/em> \u00bb Blair indique que l&rsquo;U.S. Navy s&rsquo;est trouv\u00e9e sans un seul porte-avions dans le Pacifique occidental dans la premi\u00e8re phase de la guerre. Ralston n&rsquo;a plus de porte-avions sous son commandement (dans l&rsquo;Atlantique oriental et dans la M\u00e9diterran\u00e9e) depuis pr\u00e8s d&rsquo;un an, ni de groupe amphibie du Corps des Marines depuis octobre 2001, \u00ab <em>\u00e0 part les quelques jours o\u00f9 <\/em>[de telles unit\u00e9s] <em>ont transit\u00e9 en M\u00e9diterran\u00e9e<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le journaliste et analyste Jason Vest a publi\u00e9 un article, dans <em>American Prospect<\/em>, Vol13, n<198>7 du 8 avril, qui repr\u00e9sente une somme tr\u00e8s instructive, \u00e0 partir d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;interviews de militaires am\u00e9ricains, de l&rsquo;inadaptation compl\u00e8te de l&rsquo;U.S. Army \u00e0 sa mission en Afghanistan. Vest r\u00e9sume cette position critique par cette phrase, d&rsquo;une ironie am\u00e8re, du capitaine Bob Krumm, du Training and Doctrine Command (TRADOC) de l&rsquo;U.S. Army : \u00ab <em>we have the world&rsquo;s fastest strategically immobile Army.<\/em> \u00bb Les diff\u00e9rents critiques portent un regard extr\u00eamement pr\u00e9occup\u00e9 sur la fa\u00e7on dont la bataille est men\u00e9e en Afghanistan, notamment avec la crainte constante du mouvement, de l&rsquo;engagement, de l&rsquo;initiative. R\u00e9trospectivement, l&rsquo;une des sources, le major Donald Vandergift de l&rsquo;U.S. Army, d\u00e9crit la phase de l&rsquo;effondrement des Talibans en novembre dernier comme un \u00e9chec. Les Talibans install\u00e9s sur leurs lignes \u00e9taient tr\u00e8s faibles, sans d\u00e9fense a\u00e9rienne, donc promis \u00e0 c\u00e9der d\u00e8s lors qu&rsquo;une offensive a\u00e9rienne massive les frapperait et que l&rsquo;Alliance du Nord serait pr\u00eate \u00e0 exploiter cette situation. Mais pour devenir une victoire majeure, voire d\u00e9cisive, \u00ab <em>il aurait fallu au moins deux brigades a\u00e9roport\u00e9es pr\u00eates, pour les larguer sur les arri\u00e8res des Talibans, bloquer leur retraite et an\u00e9antir leurs forces<\/em> \u00bb. Mais l&rsquo;U.S. Army n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00eate \u00e0 faire cela et sans doute ne tenait-elle pas \u00e0 d\u00e9clencher une telle op\u00e9ration qui repr\u00e9sentait un risque, au demeurant normal en temps de guerre, de pertes humaines. Des conditions psychologiques et mat\u00e9rielles semblables,  &mdash; refus de risquer des forces, manque de pr\u00e9paration, &mdash; ont marqu\u00e9 l&rsquo;op\u00e9ration Anaconda.<\/p>\n<h3>Les faiblesses dissimul\u00e9es de la puissance militaire am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tTranscrivons ces faits divers, dont la vari\u00e9t\u00e9 est telle qu&rsquo;on doit se convaincre qu&rsquo;ils donnent une bonne image des faiblesses dissimul\u00e9es de la puissance militaire am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Cette puissance est strat\u00e9giquement insuffisante, et de fa\u00e7on dramatique, par rapport \u00e0 ses missions. (Imagine-t-on l&rsquo;\u00e9tat de CINCEUR et CINCPAC si, en plus de l&rsquo;Afghanistan, une attaque contre l&rsquo;Irak \u00e9tait lanc\u00e9e, si les moyens existent pour cette attaque ?) Cette insuffisance est inscrite dans les faits (il faut un budget repr\u00e9sentant 4 \u00e0 4,5% du PNB pour maintenir les forces actuelles avec leurs mission ; il approche \u00e0 peine les 3,5%). Elle ne pourra \u00eatre redress\u00e9e que sur le long terme (il faut 5-7 ans pour construire un porte-avions).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Cette puissance est compl\u00e8tement inadapt\u00e9e \u00e0 la guerre qui lui est impos\u00e9e. L&rsquo;accent mis totalement sur la technologie implique d&rsquo;\u00e9normes faiblesses au niveau humain, avec d&rsquo;\u00e9normes cons\u00e9quences. Les structures tr\u00e8s lourdes sont h\u00e9rit\u00e9es de la Guerre froide.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Cette puissance est marqu\u00e9e par des faiblesses psychologiques extr\u00eamement contraignantes : la crainte de l&rsquo;initiative, par peur de l&rsquo;\u00e9chec, par peur des pertes humaines, etc ; une lourdeur structurelle de la conception, correspondant \u00e0 la lourdeur des structures et aux pesanteurs bureaucratiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa tableau g\u00e9n\u00e9ral, pour que la situation soit bien comprise, doit \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 de la magie des chiffres et des images, qui sert en g\u00e9n\u00e9ral de guide \u00e0 nos \u00e9valuations (et provoque nos exclamations). Les chiffres des forces et les images des forces, si impressionnants dans l&rsquo;absolu, nous conduisent \u00e0 en juger \u00e9galement d&rsquo;une fa\u00e7on absolue : ces masses nous paraissent \u00e0 la fois irr\u00e9sistibles et, naturellement, bien suffisantes pour toutes les missions possibles. C&rsquo;est ignorer la valeur relative de ces appr\u00e9ciations qui, lorsqu&rsquo;elles sont consid\u00e9r\u00e9es dans l&rsquo;absolu, sont n\u00e9cessairement th\u00e9oriques. Les conceptions am\u00e9ricaines sont fond\u00e9es, d&rsquo;une fa\u00e7on structurelle et selon un processus intellectuel irr\u00e9pressible, dans la psychologie des planificateurs autant que dans le processus de d\u00e9cision, autant que dans la structure m\u00eame de la r\u00e9flexion, sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9norme sup\u00e9riorit\u00e9, tant mat\u00e9rielle qu&rsquo;humaine, et sur la n\u00e9cessit\u00e9 de la sup\u00e9riorit\u00e9 technologique, cela va de soi. Il est impossible \u00e0 un planificateur am\u00e9ricain d&rsquo;envisager un autre rapport d&rsquo;organisation que de trois \u00e0 quatre hommes de soutien pour un combattant, ni un autre rapport de confrontation qu&rsquo;une sup\u00e9riorit\u00e9 de 5 \u00e06 Am\u00e9ricains contre un ennemi sur le point de contact. L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;adversaire connu (par cons\u00e9quent des forces de combat et de soutien n\u00e9cessaires du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain) est en g\u00e9n\u00e9ral fortement exag\u00e9r\u00e9e. Les consid\u00e9rables missions confi\u00e9es aux forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines n\u00e9cessitent par cons\u00e9quent des moyens gigantesques, deux \u00e0 trois fois sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux qui seraient n\u00e9cessaires selon les conceptions europ\u00e9ennes. Pour les Am\u00e9ricains, aucune autre organisation n&rsquo;est possible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA ces facteurs qu&rsquo;on d\u00e9crirait comme \u00ab\u00a0m\u00e9caniques\u00a0\u00bb, y compris du point de vue psychologique, s&rsquo;ajoutent des facteurs plus sociologiques et politiques. Le poids du conformisme du monde bureaucratique washingtonien est consid\u00e9rable sur les forces arm\u00e9es. L&rsquo;unilat\u00e9ralisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;isolement am\u00e9ricain du reste du monde, la psychologie <em>inward-looking<\/em>, est, dans ce cas aussi consid\u00e9rable qu&rsquo;au niveau politique o\u00f9 l&rsquo;on a l&rsquo;habitude d&rsquo;en juger. La bureaucratie du Pentagone pr\u00e9pare ses op\u00e9rations ext\u00e9rieures en fonction des imp\u00e9ratifs politiciens et m\u00e9diatiques \u00e0 Washington. Elle ne veut aucune perte (doctrine dite du z\u00e9ro-mort), autant que faire se peut, pour \u00e9viter tout probl\u00e8me m\u00e9diatique, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout probl\u00e8me politique. Comme pour d&rsquo;autres domaines du gouvernement am\u00e9ricain, la bureaucratie du Pentagone a construit des forces arm\u00e9es qui correspondent aux n\u00e9cessit\u00e9s washingtoniennes, c&rsquo;est-\u00e0-dire des forces arm\u00e9es pr\u00eates \u00e0 se battre sur des th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;op\u00e9ration correspondant \u00e0 une conception virtualiste du monde. Tout cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9, quelle que soit la pr\u00e9sentation virtualiste qu&rsquo;on a fait par le moyen m\u00e9diatique. Un exemple \u00e0 cet \u00e9gard est le \u00ab\u00a0succ\u00e8s\u00a0\u00bb retentissant de la strat\u00e9gie US en octobre-d\u00e9cembre 2001 en Afghanistan, et ce qu&rsquo;en disent aujourd&rsquo;hui les sp\u00e9cialistes militaires am\u00e9ricains interrog\u00e9s par Jason Vest.<\/p>\n<h3>Les risques que fait courir cette puissance d&rsquo;apparence consid\u00e9rable et menac\u00e9e de crise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec la puissance militaire am\u00e9ricaine, nous raisonnons comme \u00e0 l&rsquo;habitude en termes de victoire et de d\u00e9faite. C&rsquo;est mal raisonner. L&rsquo;Am\u00e9rique est d&rsquo;une telle puissance et elle manifeste cette puissance dans un champ o\u00f9 elle a si peu d&rsquo;adversaires \u00e0 sa mesure, et elle se trouve dans un monde o\u00f9 il y a si peu de pays organis\u00e9s qui aient le go\u00fbt et surtout le besoin de faire la guerre, qu&rsquo;une d\u00e9faite compl\u00e8te au sens militaire n&rsquo;est pas concevable. (M\u00eame le Viet-n\u00e2m, per\u00e7u aujourd&rsquo;hui comme une \u00ab\u00a0d\u00e9faite\u00a0\u00bb, n&rsquo;en est absolument pas une du point de vue militaire.) Une crise des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines ne s&rsquo;exprimerait donc pas par une d\u00e9faite <em>stricto sensu<\/em>. D&rsquo;un point de vue g\u00e9n\u00e9ral, ce terme de d\u00e9faite n&rsquo;a plus gu\u00e8re de r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 l&rsquo;on ne sait plus ce qu&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment une guerre, o\u00f9 la guerre conventionnelle, en ligne, celle dont r\u00eavent les g\u00e9n\u00e9raux du Pentagone, est une option qui appartient au pass\u00e9 \u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre provoqu\u00e9e de fa\u00e7on artificielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes risques que fait courir la crise des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines qui s&rsquo;amplifie sont dans d&rsquo;autres domaines. Ils tiennent \u00e0 l&rsquo;orientation et aux d\u00e9cisions d&rsquo;une politique washingtonienne presque exclusivement militaris\u00e9e aujourd&rsquo;hui \u00e0 Washington et soumise dans ses pr\u00e9visions \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation des capacit\u00e9s des forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines. Cette \u00e9valuation est fondamentalement biais\u00e9e par l&rsquo;ivresse dont nous parlons ci-dessus, qui n&rsquo;\u00e9pargne pas les dirigeants politiques am\u00e9ricains, bien au contraire. Elle explique pour une bonne part, <em>a contrario<\/em>, les h\u00e9sitations constat\u00e9es \u00e0 propos des projets d&rsquo;attaque de l&rsquo;Irak. Elle fait envisager dans le futur, d&rsquo;abord des erreurs d&rsquo;\u00e9valuation de la direction politique, for\u00e7ant la direction militaire \u00e0 des interventions aventureuses ou d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es par rapport aux capacit\u00e9s de leurs forces ; et, surtout, de fa\u00e7on plus pr\u00e9occupante, elle conduit \u00e0 envisager des tensions grandissantes entre militaires et dirigeants civils dans un r\u00e9gime qui dispose de moins en moins des freins d\u00e9mocratiques pour cette sorte de conflit.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Derri\u00e8re l&rsquo;ivresse, de defensa, Volume 17 n\u00b014 du 10 avril 2002 C&rsquo;est un des probl\u00e8mes actuels les plus importants pour mesurer la puissance am\u00e9ricaine, facteur essentiel des relations internationales. C&rsquo;est aussi l&rsquo;un des probl\u00e8mes actuels les moins \u00e9voqu\u00e9s. C&rsquo;est la raison pour laquelle nous jugeons n\u00e9cessaire d&rsquo;alimenter son traitement avec le plus grand nombre de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[5],"tags":[3236,3247,3289,705,3407,3168,3275,2671,2804],"class_list":["post-65128","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-afghanistan","tag-anaconda","tag-army","tag-blair","tag-cic","tag-clark","tag-ralston","tag-us","tag-usa"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65128","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65128"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65128\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65128"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65128"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65128"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}