{"id":65140,"date":"2002-06-21T00:00:00","date_gmt":"2002-06-21T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/06\/21\/la-guerre-contre-le-terrorisme-ou-le-stade-ultime-du-virtualisme-analyse-de-defensa-volume-17-n15\/"},"modified":"2002-06-21T00:00:00","modified_gmt":"2002-06-21T00:00:00","slug":"la-guerre-contre-le-terrorisme-ou-le-stade-ultime-du-virtualisme-analyse-de-defensa-volume-17-n15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/06\/21\/la-guerre-contre-le-terrorisme-ou-le-stade-ultime-du-virtualisme-analyse-de-defensa-volume-17-n15\/","title":{"rendered":"<strong><em>La guerre contre le terrorisme, ou le stade ultime du virtualisme<\/em><\/strong> \u2014 <em>Analyse, de defensa Volume 17, n\u00b015<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><p>Rubrique <em>Analyse<\/em>, extrait de <em>de defensa<\/em>, Volume 17, n\u00b015<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La guerre contre le terrorisme, stade ultime du virtualisme<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>Nous sommes en guerre depuis le 11 septembre. Quelle guerre ? Contre le terrorisme ? Ah bon. Il est donc possible d&rsquo;\u00eatre en guerre contre le terrorisme ?<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa premi\u00e8re phrase de la pr\u00e9face de <em>Au-dessus de la m\u00eal\u00e9e<\/em>, de Romain Rolland, est celle-ci : \u00ab <em>Un grand peuple assailli par la guerre n&rsquo;a pas seulement ses fronti\u00e8res \u00e0 d\u00e9fendre. Il a aussi sa raison.<\/em> \u00bb Rolland ne connaissait pas la Grande Guerre contre la Terreur, la guerre ultime de l&rsquo;humanit\u00e9. Cette guerre-l\u00e0 ne ressemble \u00e0 aucune autre et bien plus qu&rsquo;en aucune autre la raison y est menac\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe tous les temps, pour toutes les guerres, il y a toujours eu d\u00e9bat, contestation, trahison, etc. Des soldats mettaient crosse en l&rsquo;air, des conscrits refusaient de servir, des journalistes \u00e9taient accus\u00e9s d&rsquo;intelligence avec l&rsquo;ennemi parce qu&rsquo;ils recommandaient de n\u00e9gocier la paix plut\u00f4t que de continuer la guerre. La censure, qu&rsquo;on surnomma un temps Anastasia, avait les ciseaux faciles. Peu importe, l&rsquo;on comprend ce que l&rsquo;on veut dire : dans tous les cas, il y avait une guerre. M\u00eame l&rsquo;\u00e9norme et surprenante Guerre froide, qui dura un demi-si\u00e8cle et o\u00f9 l&rsquo;essentielle r\u00e8gle du jeu \u00e9tait de ne tirer aucun coup de feu sur un soldat du camps ennemi, c&rsquo;\u00e9tait tout de m\u00eame une guerre, avec ses uniformes diff\u00e9rents, ses espions dans chaque camp, ses fronti\u00e8res infranchissables, ses th\u00e9oriciens de l&rsquo;apocalypse qui parlaient d&rsquo;armes qui existaient et qu&rsquo;on pouvait compter. M\u00eame l&rsquo;\u00e9trange guerre du Kosovo, o\u00f9 l&rsquo;on inventa un diable des dimensions d&rsquo;un Hitler l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un aventurier de passage, c&rsquo;\u00e9tait tout de m\u00eame une guerre, avec ses bombes, ses alertes, ses victimes civiles par erreur. (Dire de telles \u00e9vidences semble relever de la sornette. On va voir aussit\u00f4t que ce n&rsquo;est pas le cas.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui frappe dans la guerre actuelle, et encore, sept mois apr\u00e8s qu&rsquo;elle ait d\u00e9but\u00e9, c&rsquo;est que le d\u00e9bat porte finalement et avant tout, c&rsquo;est-\u00e0-dire avant toute autre consid\u00e9ration politique, et encore, de plus en plus profond\u00e9ment et de fa\u00e7on de plus en plus pol\u00e9mique chaque jour, sur le fait de savoir s&rsquo;il y a une guerre. D\u00e8s le premier jour se posa la question (au soir du 11 septembre, le g\u00e9n\u00e9ral Haig s&rsquo;exclame : \u00ab <em>We are at war<\/em> \u00bb) ; d\u00e8s le premier jour, cette question de savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit ou non d&rsquo;une guerre, et cette question non en raison de la gravit\u00e9 de l&rsquo;acte mais en raison de la diff\u00e9rence de substance entre ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de la guerre et ce que furent les conditions de l&rsquo;agression. L&rsquo;administration GW Bush n&rsquo;en a plus d\u00e9mordu et, au contraire, n&rsquo;a fait qu&rsquo;en rajouter, proclamant de fa\u00e7on p\u00e9remptoire : il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une guerre. Les partisans de cette appr\u00e9ciation ont argument\u00e9 que l&rsquo;importance et la gravit\u00e9 de l&rsquo;acte justifiaient totalement de nommer \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui \u00e9tait survenu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;autre position, la position inverse, fut de nier qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une guerre. Il ne s&rsquo;agit pas de nier l&rsquo;importance de l&rsquo;acte, sa gravit\u00e9, etc, mais bien de refuser son identification comme \u00e9tant l&rsquo;acte d&rsquo;une guerre. Ce groupe s&rsquo;appuyait sur la d\u00e9finition de la guerre qui est qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9tat de bellig\u00e9rance entre \u00ab <em>groupes sociaux, et sp\u00e9cialement entre \u00c9tats, <\/em>[et un \u00e9tat de bellig\u00e9rance qui est] <em>consid\u00e9r\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne social et historique<\/em> \u00bb (Robert). Le terrorisme est-il \u00ab <em>un groupe social<\/em> \u00bb, sans parler d&rsquo;\u00eatre un \u00ab <em>\u00c9tat<\/em> \u00bb ? Non, naturellement non, r\u00e9pond cette autre interpr\u00e9tation, car c&rsquo;est lui pr\u00eater bien plus qu&rsquo;il n&rsquo;est et, surtout, lui pr\u00eater une substance qui le transforme. D\u00e8s lors qu&rsquo;il est un groupe social et encore plus un \u00c9tat, le terrorisme acquiert une l\u00e9gitimit\u00e9 et, alors, il ne s&rsquo;agit plus de terrorisme, quasiment par d\u00e9finition. Autrement dit, si l&rsquo;on dit qu&rsquo;on fait la guerre au terrorisme, au sens juridique de l&rsquo;expression, on dit un non-sens parce que faire la guerre implique par d\u00e9finition que l&rsquo;adversaire n&rsquo;est pas, ne peut pas \u00eatre un terroriste\/le terrorisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que le terrorisme ? Un acte de terreur ne fait pas de vous un terroriste et un acte de terreur ne fait pas d&rsquo;un terroriste un bellig\u00e9rant poss\u00e9dant une l\u00e9gitimit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPremi\u00e8re d\u00e9finition, \u00e0 partir de ce qu&rsquo;on a vu pr\u00e9c\u00e9demment : seul peut d\u00e9clencher et\/ou mener une guerre celui qui repr\u00e9sente une l\u00e9gitimit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire s&rsquo;exprimant au nom d&rsquo;un groupe social selon un lien l\u00e9gitim\u00e9 par la coutume, l&rsquo;histoire, la loi, etc. (L&rsquo;expression la plus achev\u00e9e du groupe social \u00e9tant l&rsquo;\u00c9tat ou la nation, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement, l&rsquo;\u00c9tat-nation). Si cette l\u00e9gitimit\u00e9 est absente, aucun acte juridique n&rsquo;est possible : ni d\u00e9claration de guerre, ni armistice ou cessez-le-feu, ni trait\u00e9 de paix. C&rsquo;est alors du maintien de l&rsquo;ordre, de la chasse au bandit, s&rsquo;achevant par la capture ou la liquidation du bandit, \u00e9ventuellement son jugement si vous poss\u00e9dez vous-m\u00eame la l\u00e9gitimit\u00e9 et l&rsquo;ensemble juridique prescrivant que toute sanction doit \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e par un jugement. Nous sommes dans le domaine du droit commun, rien d&rsquo;autre. La guerre n&rsquo;y a pas sa place.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAllons plus avant dans le domaine des d\u00e9finitions. Un acte de terreur, &mdash; le 11 septembre en est un, sans aucun doute &mdash; ne fait pas n\u00e9cessairement de vous un terroriste ; <em>a contrario<\/em>, un acte de terreur per\u00e7u et subi comme un acte de guerre, &mdash; c&rsquo;est encore le cas du 11 septembre &mdash; ne fait pas n\u00e9cessairement de vous une personnalit\u00e9 l\u00e9gitime qui, seule, peut \u00eatre charg\u00e9e de la responsabilit\u00e9 collective de d\u00e9clencher une guerre. En r\u00e9alit\u00e9, un acte de terreur, per\u00e7u ou non comme un acte de guerre, ne porte en lui aucune l\u00e9gitimit\u00e9. L&rsquo;acte en lui-m\u00eame ne cr\u00e9e pas une l\u00e9gitimit\u00e9 ; il tue, il enrage, il d\u00e9sesp\u00e8re, il rend fou, il donne le d\u00e9sir de la vengeance, il donne du plaisir, etc, &mdash; mais de l\u00e9gitimit\u00e9, point. A l&rsquo;inverse et selon cette m\u00eame logique de l&rsquo;incapacit\u00e9 de l&rsquo;acte de se r\u00e9aliser dans le domaine de la l\u00e9gitimit\u00e9, un acte de terreur ne d\u00e9fait pas une l\u00e9gitimit\u00e9 : les auteurs d&rsquo;un acte de terreur, s&rsquo;ils sont eux-m\u00eames des repr\u00e9sentants d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9, n&rsquo;en sont pas d\u00e9chus par l&rsquo;acte lui-m\u00eame, &mdash; ils ne deviennent pas terroristes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl existe des exemples nombreux d&rsquo;actes qui peuvent sans aucun doute \u00eatre qualifi\u00e9s d&rsquo;actes de terreur, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une guerre ou sans le cadre d&rsquo;une guerre, qui sont commis par des autorit\u00e9s l\u00e9gitimes. Pour s&rsquo;en tenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, on peut citer les actes incontestablement terroristes des arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires fran\u00e7aises en Vend\u00e9e, puis de celles de Napol\u00e9on (en Espagne, notamment) ; certaines actions militaires contre les populations locales lors des guerres de colonisation ; certaines op\u00e9rations de guerre totale des arm\u00e9es, essentiellement nordistes, pendant la Guerre Civile am\u00e9ricaine ; certaines op\u00e9rations des arm\u00e9es am\u00e9ricaines contre les Indiens ; on peut citer \u00e9galement les grandes controverses des \u00ab\u00a0bombardements de terreur\u00a0\u00bb pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, allemands, britanniques et am\u00e9ricains ; des actions diverses durant les guerres d&rsquo;Indochine, de Cor\u00e9e, d&rsquo;Alg\u00e9rie, du Viet-n\u00e2m, d&rsquo;Afghanistan &#8230; On peut y ajouter la politique g\u00e9n\u00e9rale de terreur polici\u00e8re et de liquidation des grandes dictatures comme la Russie sovi\u00e9tique, l&rsquo;Allemagne nazie, la Chine mao\u00efste &#8230; La liste para\u00eet sans fin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui importe ici est bien la classification juridique et non l&rsquo;horreur de l&rsquo;acte : tous ces exemples portent sur des actes terroristes et, en aucun cas ces actes n&rsquo;ont d\u00e9-l\u00e9gitim\u00e9 leurs auteurs. Qu&rsquo;on le regrette ou pas, c&rsquo;est ainsi, et d&rsquo;ailleurs le regret n&rsquo;a rien \u00e0 voir ici ; si l&rsquo;on ne r\u00e9siste pas \u00e0 cette froide r\u00e9alit\u00e9 et si l&rsquo;on manipule l&rsquo;\u00e9tiquette \u00ab\u00a0l\u00e9gitim\u00e9e\u00a0\u00bb selon des jugements de valeur, alors nous faisons de la morale et la classification \u00ab\u00a0terroriste\u00a0\u00bb ou pas n&rsquo;a plus aucune importance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes horribles r\u00e9alit\u00e9s des guerres men\u00e9es par des autorit\u00e9s l\u00e9gitimes expliquent qu&rsquo;il y a toujours eu une tendance pour r\u00e9glementer et \u00e9ventuellement punir les actes de guerre (que ce soit par des r\u00e8gles religieuses ou strictement juridiques). Le fait que nous ayons invent\u00e9 des expressions comme \u00ab\u00a0crime de guerre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0criminel de guerre\u00a0\u00bb, qui peuvent sembler \u00e0 certains pacifistes autant de pl\u00e9onasmes indignes, dans tous les cas si l&rsquo;on se place du point de vue moral, montre bien qu&rsquo;on se trouve juridiquement devant une cat\u00e9gorie d&rsquo;actes relevant d&rsquo;autorit\u00e9s l\u00e9gitimes et pourtant r\u00e9pondant \u00e0 la classification d&rsquo;actes terroristes, et qu&rsquo;il fallait bien trouver un moyen de \u00ab\u00a0concilier\u00a0\u00bb (?) les deux.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Au d\u00e9part de la crise du 11 septembre,  l&rsquo;\u00e9motion gouvernait tout, puis la raison a repris le dessus,  mais pas pour tout le monde<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;affaire est plus s\u00e9rieuse qu&rsquo;une simple querelle de termes ou de d\u00e9finition entre le juridique et le moral, parce que cette querelle de termes et de d\u00e9finitions recouvre effectivement une situation r\u00e9elle. Au bout du compte elle oriente nos choix, d\u00e9termine nos politiques et conditionne nos actes. Il y a une diff\u00e9rence immense entre une guerre et une action de droit commun dans le domaine des faits et de la politique, surtout \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les moyens de faire la guerre et la communication pour soutenir cette guerre peuvent mener \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements apocalyptiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu d\u00e9part, dans la grande \u00e9motion des manifestations de peine et de solidarit\u00e9 qui marqu\u00e8rent l&rsquo;appr\u00e9ciation de l&rsquo;acte du 11 septembre 2001, les unes et les autres excessives par rapport \u00e0 la consid\u00e9ration accord\u00e9e au sort habituel des tristes \u00e9v\u00e9nements du monde et du reste de l&rsquo;humanit\u00e9, on pouvait appr\u00e9cier l&rsquo;identification d&rsquo;une guerre comme la cons\u00e9quence de cette \u00e9motion justement. On pouvait attendre que cette confusion se dissip\u00e2t avec l&rsquo;\u00e9motion, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;une fois l&rsquo;\u00e9motion manifest\u00e9e la raison repr\u00eet le dessus. Il n&rsquo;en fut rien. La raison a repris sa place mais elle n&rsquo;a pas n\u00e9cessairement repris le dessus, dans tous les cas pas pour tout le monde. La situation conceptuelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire la situation des conceptions en pr\u00e9sence, a \u00e9volu\u00e9 radicalement. Les conceptions de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement en pr\u00e9sence ont diverg\u00e9 radicalement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa querelle a chang\u00e9 de substance, subtilement, comme se fait le passage de l&rsquo;\u00e9motion \u00e0 la raison, mais de fa\u00e7on d\u00e9cisive comme c&rsquo;est normal quand on passe de l&rsquo;\u00e9motion \u00e0 la raison. De l&rsquo;impression n\u00e9e de l&rsquo;urgence de la repr\u00e9sentation dramatique et de l&rsquo;\u00e9motion, nous sommes pass\u00e9s aux r\u00e9alit\u00e9s qui r\u00e9pondent \u00e0 la raison. Le domaine est compl\u00e8tement diff\u00e9rent. Tr\u00e8s vite, la diff\u00e9rence est apparue de plus en plus importante entre ce que signifiait le fait de nommer \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb, sous le coup de l&rsquo;\u00e9motion, l&rsquo;acte du 11 septembre au soir du 11 septembre, et le fait, raison revenue, de persister \u00e0 parler d&rsquo;une guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e9sormais, la classification que nous avons esquiss\u00e9e ci-dessus joue \u00e0 plein. Ceux qui n&rsquo;acceptent pas d&rsquo;\u00eatre gouvern\u00e9s dans leur raison par le <em>diktat<\/em> d&rsquo;une \u00e9motion ressentie le 11 septembre et qui n&rsquo;a plus aucune raison d&rsquo;\u00eatre aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;acceptent pas l&rsquo;assimilation terrorisme-guerre : ou bien il s&rsquo;agit de terroristes, fussent-ils monstrueux, et il n&rsquo;y a pas de guerre ; ou bien il s&rsquo;agit d&rsquo;une guerre, et alors il n&rsquo;est pas question de terroristes mais de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre autorit\u00e9 l\u00e9gitim\u00e9e &#8230; Les autres, ceux qui persistent \u00e0 accorder une place pr\u00e9pond\u00e9rante \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion, ou \u00e0 la conception qu&rsquo;a dict\u00e9e l&rsquo;\u00e9motion, se moquent de cette argutie juridique qu&rsquo;au fond d&rsquo;eux-m\u00eames ils jugent d\u00e9plac\u00e9e, sans s&rsquo;expliquer pr\u00e9cis\u00e9ment sinon par les m\u00eames anath\u00e8mes (assimilation guerre-terroriste) qui ne r\u00e9sistent pas \u00e0 l&rsquo;examen de la raison.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Nous sommes aujourd&rsquo;hui dans une situation surr\u00e9aliste, avec deux interpr\u00e9tations diam\u00e9tralement oppos\u00e9es de la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;une situation qu&rsquo;il faudrait qualifier, par exemple, de surr\u00e9aliste. Sept mois apr\u00e8s le d\u00e9but du \u00ab\u00a0conflit\u00a0\u00bb, le monde est partag\u00e9 en deux, &mdash; deux parties du monde confront\u00e9es \u00e0 la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 : l&rsquo;une dit \u00ab <em>c&rsquo;est la guerre<\/em> \u00bb, et m\u00eame, la guerre \u00e9ternelle, la Guerre Ultime et ainsi de suite ; et l&rsquo;autre dit : il n&rsquo;y a pas de guerre (cela ne signifie pas que tout va bien, qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire ni d&rsquo;alarme \u00e0 sonner, etc, mais ce n&rsquo;est pas une guerre avec tout ce que cela suppose de lev\u00e9e en armes, d&rsquo;appel aux armes, d&rsquo;obligation de solidarit\u00e9, et du caract\u00e8re absolu acquis par la situation).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 l&rsquo;expos\u00e9 de la situation. Ici, nous quittons notre position d&rsquo;apparente objectivit\u00e9 (on aura devin\u00e9 ce qu&rsquo;il fallait en attendre) et nous poursuivons par une d\u00e9marche d&rsquo;appr\u00e9ciation critique. La r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9rite une telle d\u00e9marche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est temps d&rsquo;observer directement le ph\u00e9nom\u00e8ne : y a-t-il une guerre ? Ne faut-il pas \u00eatre (au moins) deux pour faire une guerre ? O\u00f9 est l&rsquo;autre ? O\u00f9 est l&rsquo;ennemi l\u00e9gitime et l\u00e9gitim\u00e9 ? Depuis septembre, en v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est notre grand probl\u00e8me, le fond du d\u00e9bat qui oppose les deux grands alli\u00e9s, les deux \u00ab\u00a0partenaires\u00a0\u00bb en r\u00e9alit\u00e9 de cette immense partie post-9\/11,  car on a bien compris que le d\u00e9bat oppose les Am\u00e9ricains, pour qui la guerre existe d\u00e8s le premier jour et nous est promise pour bien longtemps, et les Europ\u00e9ens qui, sans le dire vraiment, ne croient pas une seule seconde qu&rsquo;il y ait une guerre. (Peut-\u00eatre parce que les Europ\u00e9ens savent ce qu&rsquo;est une guerre, qu&rsquo;ils l&rsquo;ont subie sur leurs sols respectifs \u00e0 maintes et maintes reprises ? Tandis que les Am\u00e9ricains l&rsquo;ignorent, ne connaissant que les exp\u00e9ditions outre-mer, l&rsquo;effort industriel de guerre et la planification bureaucratique, et la propagande pour couronner le tout.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, on a per\u00e7u, depuis le 11 septembre et \u00e0 plus d&rsquo;une reprise, l&#8217;embarras gouvernant les conceptions des Am\u00e9ricains, coinc\u00e9s entre l&rsquo;\u00e9motion initiale \u00e0 laquelle ils se tiennent comme \u00e0 une bou\u00e9e de sauvetage et l&rsquo;apparence de raison qu&rsquo;ils entendent donner \u00e0 leur d\u00e9marche. Les Am\u00e9ricains ont tent\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la l\u00e9gitimation de l'\u00a0\u00bbennemi\u00a0\u00bb, pour justifier la situation de guerre qu&rsquo;ils proclament.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;Afghanistan a \u00e9t\u00e9 une circonstance r\u00e9v\u00e9latrice. Partis pour affronter et liquider Al Qa\u00efda et son chef Ben Laden, les Am\u00e9ricains (en fait, surtout leurs alli\u00e9s de l&rsquo;Alliance du Nord) ont principalement affront\u00e9 dans la premi\u00e8re phase le r\u00e9gime des Talibans. Avec le succ\u00e8s  qu&rsquo;on sait. Succ\u00e8s ? Nous r\u00e9p\u00e9tons ici l&rsquo;analyse que nous avons faite (<MI>dd&#038;e, <M>Vol17<MI>, <M>n<198>8, rubrique<em> Analyse<\/em>) : il aurait fallu que la guerre contre les Talibans dur\u00e2t plus longtemps, bien plus longtemps. Dans le champ du sujet que nous examinons, cela aurait renforc\u00e9 la tentative de l\u00e9gitimation de l&rsquo;action US, par le biais d&rsquo;une bataille contre un pouvoir l\u00e9gitime, le sophisme de la confusion Talibans-terrorisme servi par une extraordinaire campagne de communication (qui s&rsquo;apparente plus au virtualisme qu&rsquo;\u00e0 la propagande) permettant de renforcer l&rsquo;argument am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;Afghanistan s&rsquo;\u00e9tant r\u00e9v\u00e9l\u00e9e d\u00e9cevante (guerre trop courte, transformation ultra-rapide dans un m\u00e9lange suspect de gu\u00e9rilla, de <em>peace-keeping<\/em> et de <em>nation-building<\/em>, bref le bordel afghan), diverses tentatives d&rsquo;\u00e9tablir de nouveaux th\u00e9\u00e2tres ont \u00e9t\u00e9 faites, sans succ\u00e8s : Philippines, Somalie, Y\u00e9men. Une pinc\u00e9e de Forces Sp\u00e9ciales ici, une pinc\u00e9e l\u00e0, cela ne fait pas une guerre, surtout de la dimension d&rsquo;une Guerre froide r\u00e9chauff\u00e9e et promise \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;Irak est un plus gros morceau et cela devrait, aurait du faire l&rsquo;affaire : un pays pouilleux, pressur\u00e9, exsangue, accus\u00e9 de tous les maux avec un affreux dictateur \u00e0 sa t\u00eate, condamn\u00e9 pour tout et n&rsquo;importe quoi, et notamment, \u00e9pisodiquement selon les r\u00e9unions des analystes du DoD, de liens sans nombre avec les terroristes, &mdash; et pourtant, une autorit\u00e9 l\u00e9gitim\u00e9e tout de m\u00eame. L&rsquo;Irak devait \u00eatre la cerise sur le g\u00e2teau, c&rsquo;est plut\u00f4t un noyau sur lequel on risque \u00e0 chaque instant de se casser une dent. Nous ne parlons pas (seulement) du probl\u00e8me militaire mais du probl\u00e8me conceptuel. La campagne pour lier l&rsquo;Irak au terrorisme 9\/11 n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 brillante et la r\u00e9cente (le 31 mars) d\u00e9cision de reporter la publication des \u00ab\u00a0preuves\u00a0\u00bb impliquant l&rsquo;Irak par le gouvernement Blair n&rsquo;a fait qu&rsquo;ajouter \u00e0 cette d\u00e9route. (Un parlementaire britannique, hostile \u00e0 l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Irak et convi\u00e9 \u00e0 examiner ces \u00ab\u00a0preuves\u00a0\u00bb, a comment\u00e9 apr\u00e8s examen : \u00ab <em>Si c&rsquo;est avec \u00e7a qu&rsquo;ils esp\u00e8rent nous convaincre.<\/em> \u00bb) L&rsquo;affaire irakienne, cet \u00e9chec du montage pour marier une l\u00e9gitimit\u00e9 avec le terrorisme et justifier l&rsquo;\u00e9tat de guerre, est le produit de l&rsquo;arrogance qui a suivi l&rsquo;ivresse de la soi-disant \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb sur l&rsquo;Afghanistan. Une pi\u00e8tre op\u00e9ration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; On ajoutera, pour faire bonne mesure, une tentative dans un autre domaine : la banalisation du nucl\u00e9aire, avec la NPR et les am\u00e9nagements faits \u00e0 la doctrine d&#8217;emploi du nucl\u00e9aire. La possibilit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e d&#8217;emploi du nucl\u00e9aire contre des terroristes constitue, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toutes les explications d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9es et sans les contredire, une mesure qui tend \u00e0 proposer une \u00ab\u00a0l\u00e9gitimation\u00a0\u00bb de cet adversaire : l&#8217;emploi de l&rsquo;arme nucl\u00e9aire reste li\u00e9, dans les consciences, au stade supr\u00eame de la guerre, n\u00e9cessairement une autorit\u00e9  l\u00e9gitime ; employer une arme nucl\u00e9aire est un acte tellement grave que celui qui justifie cet emploi doit \u00e9videmment \u00eatre de cette importance o\u00f9 il ne peut y avoir autre chose qu&rsquo;une autorit\u00e9 l\u00e9gitime, susceptible de justifier une guerre. C&rsquo;est une habituelle pirouette de la logique bureaucratique et am\u00e9ricaniste, cette confusion de la cause et des cons\u00e9quences : l&#8217;emploi d&rsquo;une arme qui ne se fait que dans les conflits supr\u00eames contre des autorit\u00e9s \u00ab\u00a0l\u00e9gitime\u00a0\u00bb, impliquerait n\u00e9cessairement que l&rsquo;adversaire aurait cette autorit\u00e9. C&rsquo;est le domaine de la grotesque distorsion de la raison.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela est bel et bon, sauf que personne n&rsquo;est convaincu, et, au d\u00e9but du printemps, la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette guerre contre le terrorisme restait toujours un probl\u00e8me majeur. Cette question est toujours un probl\u00e8me non-r\u00e9solu. Elle l&rsquo;est plus que jamais depuis l&rsquo;affaire du Moyen-Orient, depuis l&#8217;embrasement de la fin mars.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Le tournant, c&rsquo;est peut-\u00eatre l&#8217;embrasement du Moyen-Orient : il est absurde de traiter Arafat de terroriste d\u00e8s lors qu&rsquo;on a reconnu sa l\u00e9gitimit\u00e9, et pourtant comment faire autrement ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe Moyen-Orient, plus pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;affrontement isra\u00e9lo-palestinien est le r\u00e9sum\u00e9 de toutes les complications qui d\u00e9finissent l&rsquo;actuelle Grande Guerre am\u00e9ricaine. Il est le coeur de la question du terrorisme pour laquelle l&rsquo;Am\u00e9rique est en guerre et, \u00e0 la fois, l&rsquo;image de la complication de cette question du terrorisme qui contredit la notion de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb \u00e0 son propos. Enfin, pour r\u00e9sumer la question, il suffit de noter l&rsquo;aspect chronologique : le conflit isra\u00e9lo-palestinien existe bien avant qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 question de la Grande Guerre contre la Terreur et, jamais, il n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 une v\u00e9ritable guerre. C&rsquo;est une crise venue d&rsquo;avant le 11 septembre, venue de cet autre monde qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les Am\u00e9ricains r\u00e9pudient. C&rsquo;est un conflit o\u00f9 l&rsquo;action terroriste joue un r\u00f4le essentiel mais o\u00f9, jusqu&rsquo;ici, il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 question de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb au sens o\u00f9 les Am\u00e9ricains l&rsquo;entendent aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlac\u00e9s devant l&rsquo;aggravation du conflit de la fin mars et devant l&rsquo;invasion isra\u00e9lienne des territoires palestiniens qui suivit, les Am\u00e9ricains ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s devant des choix et des dilemmes extr\u00eamement pr\u00e9occupants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Fallait-il soutenir Sharon ?  Oui, bien s\u00fbr, puisque son pays est victime d&rsquo;une guerre terroriste venue de ces territoires. En ordonnant son offensive, Sharon est compl\u00e8tement dans la logique am\u00e9ricaine qui parle de guerre, et rien que de cela, face aux terroristes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Fallait-il abandonner Arafat, et m\u00eame le condamner ? Bien s\u00fbr que oui, puisqu&rsquo;il dirige l&rsquo;Autorit\u00e9 Palestinienne contr\u00f4lant les territoires palestiniens, et que c&rsquo;est de ces territoires que viennent les attaques terroristes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Mais soutenir Sharon, c&rsquo;est soutenir une campagne qui viole un nombre respectable de principes caract\u00e9risant la l\u00e9gitimit\u00e9 en termes de droit international, qui bafoue diff\u00e9rentes r\u00e9solutions de l&rsquo;ONU appuy\u00e9es par les \u00c9tats-Unis, qui pratique une offensive marqu\u00e9e par des actes qui peuvent tr\u00e8s ais\u00e9ment \u00eatre qualifi\u00e9s d'\u00a0\u00bbactes de terreur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Mais abandonner et condamner Arafat, c&rsquo;est abandonner et condamner une autorit\u00e9 l\u00e9gitime avec laquelle les USA ont pass\u00e9 des accords, qui est venue sur le perron de la Maison-Blanche serrer la main de Rabin, qui a parl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ONU, etc. C&rsquo;est-\u00e0-dire un homme, qui, selon les d\u00e9finitions que les Am\u00e9ricains donnent du terme \u00ab\u00a0terroriste\u00a0\u00bb, et quel que soit son pass\u00e9 par ailleurs (mais que ne dirait-on du pass\u00e9 d&rsquo;un Sharon, d&rsquo;un Shamir, d&rsquo;un Begin, d&rsquo;un Ben Gourion, etc ?), pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques qui en sont l&rsquo;exact contraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe reste, \u00e9videmment, n&rsquo;\u00e9tait que sp\u00e9culations qui ne convainquent que qui veut l&rsquo;\u00eatre : accuser Arafat de lancer en sous-main les terroristes-kamikaze, comme fait Sharon, n&rsquo;est pas plus convaincant, et pas moins du reste, que celui qui dit qu&rsquo;Arafat fait tout, absolument tout pour lutter contre ces attaques. Le domaine est celui de l&rsquo;incertitude par excellence, qui ach\u00e8ve de faire du conflit isra\u00e9lo-palestinien la chose la plus incertaine du monde. Ce titre du New York <em>Times<\/em> du 3 avril traduit cela : \u00ab <em>Bush Doctrine Begins to Blur  Mideast Complicates Good-vs-Evil Appoach.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Il est vrai qu&rsquo;un professeur de l&rsquo;Universit\u00e9 de Virginie nous avait affirm\u00e9, dans <em>The Weekly Standard<\/em>, sous le titre \u00ab <em>Bush vs Nietzsche<\/em> \u00bb, que GW, gr\u00e2ce \u00e0 sa doctrine du Mal contre le Bien [\u00ab <em>Good-vs-Evil<\/em> \u00bb, vous voyez ?], avait renvoy\u00e9 \u00e0 sa chambre de d\u00e9traqu\u00e9 mental, Nietzsche et son risible <em>Par-Del\u00e0 le Bien et le Mal<\/em>. Cela est \u00e9crit avec s\u00e9rieux. Le Moyen-Orient venait tout compliquer.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, que nous dit le conflit isra\u00e9lo-palestinien ? Qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un conflit o\u00f9 le terrorisme est partout, qui doit donc entrer de plain-pied dans le sch\u00e9ma bushien de la Grande Guerre contre la Terreur ; et que ce conflit, qui dure depuis plus de 30 ans, est tout ce qu&rsquo;on veut sauf une guerre, que le noir-blanc n&rsquo;existe pas, qu&rsquo;il y a au contraire une gamme infinie de gris, bref que c&rsquo;est le contraire de la d\u00e9finition d&rsquo;une guerre que nous donne l&rsquo;importante doctrine Bush (\u00ab <em>Good-vs-Evil<\/em> \u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Pour l&rsquo;instant, il y a blocage : le reste du monde, y compris le Moyen-Orient, ne s&rsquo;adapte pas \u00e0 la doctrine GW (\u00abGood-vs-Evil\u00bb), qui s&rsquo;\u00e9tait pourtant d\u00e9barrass\u00e9e de Nietzsche<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes des p\u00e9rip\u00e9ties de la Grande Guerre contre la Terreur selon la doctrine \u00ab <em>Good-vs-Evil<\/em> \u00bb). Nous n&rsquo;irons pas au-del\u00e0, nous gardant d&rsquo;anticiper quelque d\u00e9veloppement que ce soit. Cette contradiction due aux \u00e9v\u00e9nements du Moyen-Orient, au contraire, requiert toute notre attention et nous conduit \u00e0 dresser un bilan de la situation, sous la forme d&rsquo;une interpr\u00e9tation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQue se passe-t-il ? Dans cette crise, toute interpr\u00e9tation politique n&rsquo;a pas le moindre int\u00e9r\u00eat ni le moindre sens, non plus qu&rsquo;une interpr\u00e9tation strat\u00e9gique, ou g\u00e9opolitique. Quand on se trouve au coeur d&rsquo;un d\u00e9bat o\u00f9 l&rsquo;une des parties, et pas la moindre en puissance, fait dire partout que sa doctrine nouvelle, en cours d&rsquo;application, est celle du GvE (<em>Good-vs-Evil<\/em>), on doit comprendre qu&rsquo;il est temps de quitter le terrain de la raison, de la politique analys\u00e9e raisonnablement. Effectivement, GW a pris la voie de l&rsquo;\u00e9motion, le 11 septembre dernier, et il ne l&rsquo;a plus quitt\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConfort\u00e9s dans cette appr\u00e9ciation, nous pouvons aller plus loin car nous disposons, depuis longtemps, d&rsquo;un nombre consid\u00e9rable d&rsquo;indices. Aller plus loin, c&rsquo;est-\u00e0-dire en revenir \u00e0 une de nos hypoth\u00e8ses favorites, qui se nomme virtualisme, &mdash; un ensemble de techniques mises au service d&rsquo;une d\u00e9marche psychologique, selon une orientation sugg\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;\u00e9norme pesanteur de tous les moyens de la communication, des m\u00e9dias, de l&rsquo;information, etc. Nous avons toujours pris soin de s\u00e9parer dans notre approche g\u00e9n\u00e9rale cette hypoth\u00e8se centrale de la propagande. Le virtualisme est la reconstruction d&rsquo;une autre r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9, sans interf\u00e9rence entre l&rsquo;une et l&rsquo;autre ; la propagande est une agression contre la r\u00e9alit\u00e9, pour en modifier la perception qu&rsquo;on en a.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre hypoth\u00e8se historique est que, depuis le 11 septembre 2001, l&rsquo;Am\u00e9rique est entr\u00e9e dans la phase ultime du virtualisme, celle du virtualisme effectivement accompli. Les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont plus aucun contact avec ni int\u00e9r\u00eat pour la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9sormais. Il se trouve qu&rsquo;ils ont assez de puissance pour imposer cette fiction au reste du monde, &mdash; et nous parlons aussi bien de la puissance brute, celle qui fait peur (des porte-avions aux bombardiers) que de la puissance de la communication, directe avec les m\u00e9dias et les journalistes (US) soumis \u00e0 la force du conformisme, et indirecte avec la fascination du ph\u00e9nom\u00e8ne am\u00e9ricain. Depuis le soir du 11 septembre 2001 o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral Haig (ou n&rsquo;importe quel autre) s&rsquo;est exclam\u00e9 : \u00ab <em>We are at war<\/em> \u00bb, avec l&rsquo;approbation unanime, le cri repris et r\u00e9percut\u00e9, et la floraison de banni\u00e8res \u00e9toil\u00e9es qui va avec &mdash; nous sommes entr\u00e9s dans le monde et l&rsquo;univers du virtualisme, enfin parvenus \u00e0 ce dernier stade qui n&rsquo;accorde plus qu&rsquo;un int\u00e9r\u00eat distrait \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;acte du 11 septembre 2001, quelle que soit l&rsquo;horreur qu&rsquo;on en \u00e9prouve, n&rsquo;est pas un acte de guerre parce que le terrorisme n&rsquo;est pas la guerre. Les exclamations qu&rsquo;on pousse et les sentiments qu&rsquo;on peut en \u00e9prouver ne changent pas la substance du ph\u00e9nom\u00e8ne. Faire de l&rsquo;acte du 11 septembre 2001 un acte de guerre, dans les conditions qu&rsquo;on sait, dans la perception symbolique \u00e0 laquelle on assiste, avec les capacit\u00e9s de diffusion de toute cette repr\u00e9sentation dont on dispose, c&rsquo;est affirmer qu&rsquo;on se trouve dans la guerre ultime, \u00e0 la fois \u00e9ternelle et d\u00e9finitive, une sorte d&rsquo;Armageddon post-moderne. Cet ensemble de tromperies forme effectivement une construction g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;une puissance \u00e0 perdre la raison, f\u00fbt-elle celle d&rsquo;\u00ab <em>un grand peuple<\/em> \u00bb, comme dit Rolland. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCompte tenu de nos ant\u00e9c\u00e9dents de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de nos r\u00e9alit\u00e9s et de nos ambitions, il s&rsquo;agit certes du stade ultime du virtualisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cadre, effectivement, les \u00e9v\u00e9nements du Proche-Orient sont de l&rsquo;ordre du trouble-f\u00eate. Ils ont rompu le charme. Ils ont bris\u00e9 le montage virtualiste de l&rsquo;administration GW. On s&rsquo;en apercevra vite et l&rsquo;on commence m\u00eame \u00e0 le mesurer dans les embarras extraordinaires, ces derni\u00e8res semaines, de cette m\u00eame administration (le voyage de Powell auu Moyen-Orient, les volte-faces de GW) . Une nouvelle crise s&rsquo;est ouverte, celle de la confrontation de l&rsquo;univers virtualis\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique, et d&rsquo;un virtualisme tenu pour imbattable depuis le 11 septembre, avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rubrique Analyse, extrait de de defensa, Volume 17, n\u00b015 La guerre contre le terrorisme, stade ultime du virtualisme Nous sommes en guerre depuis le 11 septembre. Quelle guerre ? Contre le terrorisme ? Ah bon. Il est donc possible d&rsquo;\u00eatre en guerre contre le terrorisme ? La premi\u00e8re phrase de la pr\u00e9face de Au-dessus de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[3290,3265,868,3137,2774,3266,3073,3197,1267],"class_list":["post-65140","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-arafat","tag-ben","tag-bush","tag-haig","tag-israel","tag-laden","tag-nietzsche","tag-sharon","tag-terrorisme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65140"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65140\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}