{"id":65151,"date":"2002-06-29T00:00:00","date_gmt":"2002-06-29T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/06\/29\/krugman-5-mois-plus-tard\/"},"modified":"2002-06-29T00:00:00","modified_gmt":"2002-06-29T00:00:00","slug":"krugman-5-mois-plus-tard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/06\/29\/krugman-5-mois-plus-tard\/","title":{"rendered":"Krugman, 5 mois plus tard"},"content":{"rendered":"<p><h3>Krugman, 5 mois plus tard<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t29 juin 2002 \u00a0Paul Krugman avait-il raison? C&rsquo;est ce qu&rsquo;il affirme dans <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2002\/06\/28\/opinion\/28KRUG.html?pagewanted=print&#038;position=top\" class=\"gen\">sa chronique du New York Times du 28 juin 2002<\/a>, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une autre chronique de lui-m\u00eame, du 29 janvier 2002. Krugman, bien s\u00fbr, nous parle des derniers scandales (WorldCom) et de l&rsquo;\u00e9branlement de tout le syst\u00e8me capitaliste am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>&#8230; Meanwhile the revelations keep coming. Six months ago, in a widely denounced column, I suggested that in the end the Enron scandal would mark a bigger turning point for America&rsquo;s perception of itself than Sept. 11 did. Does that sound so implausible today?<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(La chronique \u00e0 laquelle Krugman fait r\u00e9f\u00e9rence n&rsquo;est <a href=\"http:\/\/query.nytimes.com\/search\/abstract?res=F70D13FE385E0C7A8EDDA80894DA404482\" class=\"gen\">disponible sur le site du New York Times que sous forme d&rsquo;abstract, avec offre d&rsquo;achat<\/a>. La chronique \u00e9tait titr\u00e9 \u00ab <em>The Great Divide<\/em> \u00bb, et le r\u00e9sum\u00e9 nous dit ceci : \u00ab <em>Paul Krugman Op-Ed column on collapse of Enron Corp and lessons Americans can learn from it; says it taught us things about ourselves that we probably should have known, but managed not to see; holds that in years ahead Enron debacle will turn out to represent greater turning point in US society than September 11 terrorist attacks.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA l&rsquo;\u00e9poque de la publication de cette chronique, nous avions publi\u00e9 dans notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em> une analyse de l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;avan\u00e7ait Krugman (Enron et les scandales plus graves que 9\/11). Ci-dessous, nous publions cette analyse, en date du 19 f\u00e9vrier 2002, Vol17 n\u00b010. <\/p>\n<h2 class=\"common-article\">L&rsquo;hypoth\u00e8se Krugman<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Encore un tournant, va-t-on dire. La Grande Guerre \u00e0 outrance, l&rsquo;Iran en prime parmi les m\u00e9chants, Bush super-hawk, le Pentagone arros\u00e9 de dizaines de milliards, Colin Powell au mus\u00e9e, les d\u00e9mocrates qui ren\u00e2clent,  y a-t-il dans tout cela de quoi diagnostiquer un grand tournant am\u00e9ricain? Paul Krugman nous propose une autre interpr\u00e9tation: oubliez 9\/11, l&rsquo;essentiel est le scandale Enron. Le scandale Enron, dit Krugman, r\u00e9v\u00e8le les Am\u00e9ricains \u00e0 eux-m\u00eames. Examen de cette th\u00e8se.<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tKrugman commence par nous la faire classique, par ces temps de 11 septembre, de la sorte que nul ne peut laisser passer sans aussit\u00f4t s&rsquo;activer \u00e0 quelques d\u00e9votions. \u00ab <em>Ce fut un choc terrible. A une vitesse incroyable, la perception du monde et d&rsquo;eux-m\u00eames des Am\u00e9ricains changea. Il sembla que nous avions v\u00e9cu jusqu&rsquo;alors dans une sorte d&rsquo;innocence aveugle, sans conscience du danger qui r\u00f4dait.<\/em> \u00bb Puis Krugman va \u00e0 la ligne, au deuxi\u00e8me paragraphe de son article dans le New York <em>Times<\/em> du 29 janvier 2002, pour poursuivre, comme s&rsquo;il avait retenu son souffle, attendant peut-\u00eatre que nous reprenions le n\u00f4tre : \u00ab <em>Non, je ne parle pas du 11 septembre. Je parle du scandale Enron.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 la th\u00e8se de Paul Krugman, th\u00e8se inattendue et, en un sens qu&rsquo;on devine tr\u00e8s pressant, th\u00e8se extr\u00eamement sacril\u00e8ge. L&rsquo;attaque du 11 septembre et, surtout, la r\u00e9action am\u00e9ricaine, colossale, inou\u00efe, extraordinairement disproportionn\u00e9e (c&rsquo;est l\u00e0 notre propre sentiment), ne sont pas des \u00e9v\u00e9nements essentiels pour l&rsquo;Am\u00e9rique. \u00ab <em>Le 11 septembre en dit beaucoup \u00e0 propos du wahabisme, mais bien peu \u00e0 propos de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/em> \u00bb Par contre, soutient Krugman, Enron, qui est dans sa cat\u00e9gorie \u00e9galement un \u00e9v\u00e9nement colossal, en dit long, il dit m\u00eame l&rsquo;essentiel aux Am\u00e9ricains sur ce qu&rsquo;ils sont, sur la fa\u00e7on dont ils voient le monde, dont ils le pratiquent, sur le comportement de ces capitaines d&rsquo;entreprise parfaitement respectables qui sont des Am\u00e9ricains typiques sortis du rang pour faire fortune, accomplir l&rsquo;<em>american dream<\/em> raisonnable. (Les cadres dirigeants d&rsquo;Enron n&rsquo;ont rien de ces <em>yippees<\/em> \u00e9chevel\u00e9s qui lan\u00e7aient en trois jours des soci\u00e9t\u00e9s-bidon sur Internet.) \u00ab <em>Avant que Enron s&rsquo;effondre, <\/em>\u00e9crit encore Krugman, <em>notre histoire \u00e9conomique semblait plus une com\u00e9die qu&rsquo;une trag\u00e9die. Certes, nombre de personnes perdaient de l&rsquo;argent, mais c&rsquo;\u00e9tait parce qu&rsquo;ils se conduisaient follement,  ils achetaient des actions parce qu&rsquo;ils croyaient que le Nouvel Age \u00e9conomique \u00e9tait arriv\u00e9. D\u00e9sormais, l&rsquo;histoire appara\u00eet bien plus sombre. Les gens ne se trompent pas eux-m\u00eames; ils ont \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9s.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question centrale que soul\u00e8ve la th\u00e8se de Krugman est bien celle-ci: le scandale Enron ouvre-t-il une \u00e9poque tragique pour l&rsquo;Am\u00e9rique ? Avant d&rsquo;envisager directement une r\u00e9ponse, il faut examiner la situation de l&rsquo;Am\u00e9rique sur l&rsquo;autre front, sur le front dont Krugman nie qu&rsquo;il soit le front central, sur le front qui est celui, selon lui, o\u00f9 les Am\u00e9ricains \u00ab<em>se trompent eux-m\u00eames<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>Tout est calme sur le front central<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEh bien, le front soi-disant central n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi actif, du moins \u00e0 Washington. Ailleurs, pas du tout. Le probl\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;ailleurs est l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se passe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa campagne en Afghanistan se boucle dans une certaine confusion, nouveau gouvernement install\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00ab\u00a0respectabilis\u00e9\u00a0\u00bb avec un Premier ministre parfaitement dans son r\u00f4le de marionnette washingtonienne, situation stabilis\u00e9e du point de vue virtualiste et m\u00e9diatique mais beaucoup moins dans la r\u00e9alit\u00e9, on le sait, avec les \u00ab\u00a0seigneurs de la guerre\u00a0\u00bb-gangsters qui en prennent \u00e0 leur aise (certains justifiant leurs pillages et la mise \u00e0 sac de zones diverses par l&rsquo;affirmation qu&rsquo;ils sont des \u00ab <em>Am\u00e9ricains locaux<\/em> \u00bb et que tous leurs actes ont en fait comme finalit\u00e9 la chasse \u00e0 Al Qa\u00efda) ; avec Ben Laden envol\u00e9 dans la nature, talibans et guerriers d&rsquo;Al Qa\u00efda recycl\u00e9s ou disparus on ne sait o\u00f9, avec divers points de tension autour de l&rsquo;Afghanistan apais\u00e9s et\/ou pr\u00eats \u00e0 red\u00e9marrer, avec une querelle USA-Arabie o\u00f9 le vinaigre coule \u00e0 flots mais o\u00f9 personne ne tient \u00e0 rompre compl\u00e8tement, avec une zone isra\u00e9lo-palestinienne emport\u00e9e dans un d\u00e9sordre sanglant dans personne ne voit la fin, ni la moindre esp\u00e9rance d&rsquo;une approche raisonnable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa somme de ces observations donne une impression \u00e0 la fois de complet inaccomplissement et \u00e0 la fois de \u00ab\u00a0moindre des maux\u00a0\u00bb dans une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;accommode vite des situations approximatives. Ce n&rsquo;est pas le d\u00e9sordre complet mais ce n&rsquo;est pas l&rsquo;ordre non plus, loin de l\u00e0. \u00c7a aurait pu \u00eatre pire et \u00e7a pourrait \u00eatre mieux, beaucoup mieux. Ce qui est remarquable, par-dessus tout, c&rsquo;est l&rsquo;absence de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment tragique que semblaient nous promettre les dirigeants am\u00e9ricains entre le 15 septembre et le 7 octobre, alors qu&rsquo;ils pr\u00e9paraient l&rsquo;attaque contre les talibans, et cette promesse sugg\u00e9rait la pr\u00e9vision d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement immense, la pr\u00e9vision d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 la hauteur de ce qu&rsquo;on avait fait de l&rsquo;attaque 9\/11. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(C&rsquo;est notre th\u00e8se, dans notre <em>Analyse<\/em> du Vol17, n<198>08 du 10 janvier 2002, selon laquelle la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb d&rsquo;Afghanistan aurait du durer plus longtemps, \u00eatre plus \u00e2pre, plus dure, plus co\u00fbteuse, pour justifier le th\u00e9\u00e2tre extravagant mont\u00e9 autour des ambitions affich\u00e9es initialement de partir pour la Grande Guerre du XXIe si\u00e8cle.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis cette guerre qui s&rsquo;est termin\u00e9e trop vite, le moins qu&rsquo;on puisse dire est qu&rsquo;il y a eu cafouillage. Le 15 novembre, tout le monde \u00e9tait convaincu que la phase suivante allait encha\u00eener aussi vite que possible (autour de janvier 2002), que ce serait du s\u00e9rieux, autrement dit que ce serait la grande attaque contre l&rsquo;Irak, la liquidation d\u00e9finitive de Saddam. La pression am\u00e9ricaine \u00e9tait telle durant cette p\u00e9riode que la th\u00e8se fut r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, selon laquelle Saddam est vraiment, depuis dix ans, un probl\u00e8me mondial s\u00e9rieux et m\u00eame un probl\u00e8me fondamental de civilisation. Il y a des experts pour expliquer cela, sans aucun signe d&rsquo;une nuance, avec un s\u00e9rieux comme on n&rsquo;imagine pas et des intonations dramatiques dans la voix, comme ces experts parlaient hier des divisions sovi\u00e9tiques. (Au fait, existaient-elles, ces divisions? N&rsquo;\u00e9tait-ce pas du toc? Questions ouvertes.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPuis les choses ont tra\u00een\u00e9 et l&rsquo;attaque se fait attendre. Les d\u00e9bats \u00e0 Washington, dans les grands minist\u00e8res et dans les <em>think tanks<\/em> qui comptent se sont \u00e9largis, ont pris de l&rsquo;ampleur, sans \u00eatre jamais d\u00e9cisifs, au contraire, en s&rsquo;enlisant et en s&rsquo;enferrant. Les divergences \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;administration sont r\u00e9elles et, d&rsquo;autre part, et ce n&rsquo;est pas \u00e0 n\u00e9gliger tant s&rsquo;en faut, il est vrai que la fameuse \u00ab\u00a0hyperpuissance\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine dont tout le monde parle n&rsquo;a pas tant de moyens qu&rsquo;on croit, surtout avec le luxe de moyens dont elle a besoin pour entreprendre une campagne. Il nous para\u00eet probable qu&rsquo;elle en manque notablement pour lancer son attaque massive contre l&rsquo;Irak tout en conservant la pression en Afghanistan et en d&rsquo;autres lieux. Bref, depuis le 15 novembre, on pinaille. Les derni\u00e8res estimations occidentales (venues des capitales europ\u00e9ennes alli\u00e9es r\u00e9duites \u00e0 tenter de deviner l&rsquo;\u00e9nigme washingtonienne qui se garde bien de leur dire ses intentions, qu&rsquo;elle ignore d&rsquo;ailleurs elle-m\u00eame), c&rsquo;est que l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Irak pourrait avoir lieu autour d&rsquo;avril, ou bien \u00e0 la rentr\u00e9e, en septembre, et que, de toutes les fa\u00e7ons, selon le mot d&rsquo;un diplomate fran\u00e7ais en poste \u00e0 Washington, \u00ab <em>l&rsquo;attaque aura lieu, c&rsquo;est une certitude, car les Am\u00e9ricains sont totalement engag\u00e9s dans leur volont\u00e9 de liquider Saddam, c&rsquo;est une question fondamentale pour eux<\/em> \u00bb. Nous pensons que ces \u00e9valuations sont raisonnables, fond\u00e9es, justes mais que rien du tout, absolument rien ne prouve qu&rsquo;elles se v\u00e9rifieront jamais. Att\u00e9nuons notre propos : il nous semble, sans que nous ayons aucune information pr\u00e9cise \u00e0 ce propos (mais nul n&rsquo;en a, n&rsquo;est-ce pas, les gens de l&rsquo;administration Bush en premier) que ces \u00e9valuations n&rsquo;ont qu&rsquo;une possibilit\u00e9 assez r\u00e9duites d&rsquo;\u00eatre v\u00e9rifi\u00e9es.<\/p>\n<h3>La mobilisation de la rentr\u00e9e de janvier 2002<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, nous ne pouvons pas nier pour autant que l&rsquo;atmosph\u00e8re, \u00e0 Washington, depuis la rentr\u00e9e au d\u00e9but janvier, est \u00e0 la mobilisation. Toujours \u00e0 la mobilisation, dirait-on? Certes, mais avec des mesures, des d\u00e9clarations, des proclamations, des avertissements. (Jusqu&rsquo;\u00e0 ces annonces alarmistes d&rsquo;une attaque contre une centrale nucl\u00e9aire, r\u00e9percut\u00e9e par GW lui-m\u00eame dans son discours sur l&rsquo;\u00c9tat de l&rsquo;Union, et dont on nous disait quasi le plus officiellement du monde en m\u00eame temps que le pr\u00e9sident en parlait, notamment dans un article du New York <em>Times<\/em> du 1er f\u00e9vrier, qu&rsquo;elles \u00e9taient fond\u00e9es sur des informations d\u00e9pass\u00e9es de trois mois.). On go\u00fbtera un certain sel dans cette \u00e9trange situation : certes, on voudrait mobiliser les Am\u00e9ricains en m\u00eame temps que le monde washingtonien qu&rsquo;on ne s&rsquo;y prendrait pas autrement ; mais pourquoi faire? Pourquoi mobiliser la population am\u00e9ricaine, qui est \u00e0 80-90% derri\u00e8re le pr\u00e9sident, qui est archi-belliciste, qui d\u00e9ploie un patriotisme incroyable comme vous et moi d\u00e9ployons notre banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e chaque matin, qui veut qu&rsquo;on frappe les terroristes l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal et ainsi de suite? C&rsquo;est une bien curieuse question pour une bien \u00e9trange situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuoi qu&rsquo;il en soit, d\u00e9taillons rapidement les \u00e9l\u00e9ments de cette situation de mobilisation de la rentr\u00e9e de janvier, non sans les assortir de l&rsquo;appr\u00e9ciation critique qui permettrait,  nous l&rsquo;esp\u00e9rons, de leur assigner leur vraie place  :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Lors de son discours sur l&rsquo;\u00c9tat de l&rsquo;Union, GW a montr\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait devenu super-<em>hawk<\/em>. Mais cet homme est-il vraiment quelque chose, existe-t-il vraiment ? L&rsquo;inconsistance de GW, son incroyable capacit\u00e9 \u00e0 parader alors que les d\u00e9cisions d\u00e9pendent du cercle dont on l&rsquo;a entour\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;origine, son inexistence politique propre aussi forte qu&rsquo;au premier jour (avec le r\u00f4le du vice-pr\u00e9sident Cheney, toujours imposant apr\u00e8s un an de pr\u00e9sidence, ce qui est tout simplement unique dans les annales de l&rsquo;histoire politique),  tout cela permet \u00e0 GW d&rsquo;\u00eatre un cam\u00e9l\u00e9on, un pr\u00e9sident sans substance qui peut changer de substance sans crier gare. Depuis le 30 janvier, GW a adopt\u00e9 le style maximaliste en \u00ab <em>d\u00e9clarant la guerre au monde<\/em> \u00bb (selon une analyse du site WSWS). C&rsquo;est une d\u00e9marche tellement sollicit\u00e9e, d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises courant septembre et octobre 2001, qu&rsquo;elle ne nous convainc pas quant \u00e0 l&rsquo;orientation r\u00e9elle de la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine. (Mais y a-t-il une strat\u00e9gie am\u00e9ricaine ? Non, bien s\u00fbr. Une strat\u00e9gie washingtonienne, sans doute.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0&#8230; Du coup, on ajoute l&rsquo;Iran \u00e0 la liste des \u00c9tats qui ne perdent rien pour attendre (avec l&rsquo;Irak et la Cor\u00e9e du Nord, tous les trois rassembl\u00e9s dans un ensemble baptis\u00e9 \u00ab <em>axe du diable<\/em> \u00bb, ce qui rappelle heureusement les images belli- queuses de la deuxi\u00e8me Guerre mondiale, avec l&rsquo;axe Berlin-Rome-Tokyo, et permet d&rsquo;en rajouter des tonnes dans le grossi\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;\u00e9valuation de la menace). Cela fait penser que ce discours n&rsquo;est pas tr\u00e8s s\u00e9rieux car l&rsquo;Iran, au contraire, c&rsquo;est quelque chose de vraiment tr\u00e8s s\u00e9rieux. Cet \u00e9largissement du spectre, non pas des suspects mais des condamn\u00e9s qu&rsquo;il va falloir faire payer, a quelque chose de suspect. Il est r\u00e9alis\u00e9 alors que les USA peinent \u00e0 remplir l&rsquo;engagement qu&rsquo;ils semblaient s&rsquo;\u00eatre donn\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames de r\u00e9gler le compte de l&rsquo;Irak vite fait bien fait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Les \u00e9valuations sont \u00e0 mesure. Le 29 janvier, la veille du discours, la Maison-Blanche a fait savoir que son \u00e9valuation du nombre de \u00ab\u00a0combattants-terroristes\u00a0\u00bb li\u00e9s \u00e0 Al Qa\u00efda avait vari\u00e9, et pas qu&rsquo;un peu : de 10.000-15.000 hommes \u00e0 100.000. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on pourrait d\u00e9signer comme l&rsquo;adaptation de la menace aux besoins de la r\u00e9ponse \u00e0 la menace. Il ne fait gu\u00e8re de doute que cette \u00e9valuation de 100.000 hommes, qu&rsquo;on peut juger virtuelle sans beaucoup s&rsquo;avancer, fait partie de la mise en sc\u00e8ne g\u00e9n\u00e9rale de cette rentr\u00e9e de janvier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Le Pentagone est couvert d&rsquo;une pluie de dizaines de milliards ($48 milliards en plus pour l&rsquo;ann\u00e9e fiscale 2003, voir notamment notre rubrique <em>Journal<\/em>). C&rsquo;est une mesure classique dans ces circonstances mais son importance doit nous para\u00eetre caract\u00e9ristique. Il s&rsquo;agit moins d&rsquo;\u00eatre efficace que d&rsquo;en imposer, alors que l&rsquo;on sait fort bien que ces $48 milliards sont tr\u00e8s loin de ce dont a r\u00e9ellement besoin le Pentagone pour continuer \u00e0 fonctionner. (Quant \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9, nous avons beaucoup \u00e0 penser. En attendant, m\u00e9diter cette remarque du vice-amiral \u00e0 la retraite Jack Shanahan, qui exer\u00e7ait le commandement de la IIe Flotte lorsque Rumsfeld \u00e9tait secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense pour la premi\u00e8re fois, en 1975-77 : \u00ab <em>Avec un peu de rigueur dans la gestion, on pourrait trouver ces $48 milliards dans  des \u00e9conomies sur le gaspillage, sans rien demander aux contribuables.<\/em> \u00bb On sait par ailleurs que le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Rumsfeld ne dissimule pas que, dans les comptes actuels du Pentagone, on ne trouve pas trace d&rsquo;un volume de 25% des transactions effectu\u00e9s en th\u00e9orie par ce minist\u00e8re, soit la somme de $2.300 milliards.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Au sein du cabinet, Colin Powell est isol\u00e9, ou, plut\u00f4t, sa ligne est d\u00e9laiss\u00e9e et l&rsquo;homme est par cons\u00e9quent isol\u00e9. Powell n&rsquo;est pas marginalis\u00e9, c&rsquo;est un homme trop important pour le cabinet, mais sa ligne n&rsquo;a plus gu\u00e8re de cr\u00e9dit. Cela importe-t-il? Pas s\u00fbr. Powell montre en g\u00e9n\u00e9ral ce qu&rsquo;on a toujours su de lui  : excellent tacticien et pi\u00e8tre strat\u00e8ge. Il est un peu sorti de sa r\u00e9serve sur la question des prisonniers mais n&rsquo;a rien obtenu de d\u00e9cisif, et aussit\u00f4t rentr\u00e9 dans le rang.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Les tensions entre d\u00e9mocrates et r\u00e9publicains grandissent \u00e0 mesure qu&rsquo;on avance dans cette ann\u00e9e \u00e9lectorale. La majorit\u00e9 d\u00e9mocrate du S\u00e9nat veut des auditions sur le comportement des diff\u00e9rents services et agences de s\u00e9curit\u00e9 durant l&rsquo;attaque du 11 septembre. Cheney et Bush sont intervenus personnellement, d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s inhabituelle, pour exciper que, dans ces temps de guerre, il n&rsquo;est pas temps d&rsquo;exposer la s\u00e9curit\u00e9 nationale du pays avec des fariboles parlementaires. Pour les d\u00e9mocrates, ces pressions ont un aspect partisan et de manipulation, et cela rejoint leur accusation g\u00e9n\u00e9rale selon laquelle l&rsquo;administration GW veut utiliser la guerre comme son principal argument \u00e9lectoral pour les \u00e9lections <em>mid-term<\/em> de novembre prochain. Pour les d\u00e9mocrates, c&rsquo;est rompre le pacte tacite qui fait de la Grande Guerre une <em>bipartisan issue<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0. Et le dernier point mentionn\u00e9, justement, nous fait penser (et les autres ne contredisant nullement, sans aucun doute) que nous sommes en plein \u00ab\u00a0retour \u00e0 la normale\u00a0\u00bb \u00e0 Washington (voir aussi notre rubrique <em>de defensa<\/em>, dans notre num\u00e9ro pr\u00e9c\u00e9dent), que les bagarres internes reprennent le dessus et ainsi de suite. Dans ce sens, dont on conna\u00eet la puissance \u00e0 Washington, la mobilisation de ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e est d&rsquo;abord une mesure int\u00e9rieure et politicienne, dont on attend d&rsquo;abord des cons\u00e9quences au niveau politique int\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>Qu&rsquo;est-ce qui justifie la th\u00e8se de Paul <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0-dessus, voici la th\u00e8se Krugman. Ce talentueux \u00e9conomiste et non moins (encore plus) talentueux commentateur a pris, depuis quelques mois, une position critique en fl\u00e8che face aux \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre et ses cons\u00e9quences. Krugman pense qu&rsquo;il s&rsquo;agit essentiellement d&rsquo;un montage qui est \u00ab\u00a0offert\u00a0\u00bb au peuple am\u00e9ricain. Cette analyse nous int\u00e9resse, tant elle rejoint celle que nous faisons souvent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvant d&rsquo;en arriver \u00e0 sa th\u00e8se, il faut rapidement s&rsquo;attacher \u00e0 un retour en arri\u00e8re, disons aux conditions am\u00e9ricaines au moment de l&rsquo;attaque 9\/11. Dit en d&rsquo;autres termes cela donne cette question : la situation am\u00e9ricaine \u00e9tait-elle \u00e0 ce point qu&rsquo;elle n\u00e9cessitait qu&rsquo;on f\u00eet un montage pareil, tel que semble le dire Paul Krugman, et que nous-m\u00eame acceptons  comme une des explications fondamentales de la situation am\u00e9ricaine? La situation \u00e9tait-elle \u00e0 ce point qu&rsquo;elle expliquerait qu&rsquo;effectivement le scandale Enron est le grand \u00e9v\u00e9nement que dit Krugman, parce qu&rsquo;il dit aux Am\u00e9ricains \u00ab <em>beaucoup \u00e0 propos de l&rsquo;am\u00e9ricanisme<\/em> \u00bb et qu&rsquo;on comprend que ce n&rsquo;est pas triste?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelles que soient les explications qu&rsquo;on avance apr\u00e8s coup, les citations pass\u00e9es qu&rsquo;on ressort fort \u00e0 propos, les rodomontades du s\u00e9nateur Lugar rappelant qu&rsquo;il avait fait trois <em>clips<\/em> t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s pour sa pr\u00e9-campagne \u00e9lectorale de 1996 o\u00f9 il avertissait du danger terroriste contre l&rsquo;Am\u00e9rique, ce danger terroriste n&rsquo;\u00e9tait en aucun cas au coeur des pr\u00e9occupations am\u00e9ricaines. Depuis, le th\u00e8me a \u00e9t\u00e9 repris en choeur parce qu&rsquo;il sied aux pr\u00e9occupations du temps, et qu&rsquo;il est finalement bien arrangeant par rapport \u00e0 d&rsquo;autres pr\u00e9occupations plus complexes. Cela ne justifie pas la m\u00e9moire courte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes pr\u00e9occupations am\u00e9ricaines auparavant (avant le 11 septembre 2001) \u00e9taient des pr\u00e9occupations de soci\u00e9t\u00e9 et des pr\u00e9occupations psychologiques toutes int\u00e9rieures, \u00e0 commencer par une \u00e9norme crise d&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique, non li\u00e9e sp\u00e9cifiquement \u00e0 la situation \u00e9conomique (qui fut en constante am\u00e9lioration \u00e0 partir du d\u00e9but 1992). Cette crise dura de fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de 1996, quasiment jusqu&rsquo;aux Jeux Olympiques d&rsquo;Atlanta o\u00f9, avec une explosion d&rsquo;enthousiasme nationaliste parfois bien d\u00e9plac\u00e9e, un optimisme d\u00e9brid\u00e9 s&rsquo;installa, dont Clinton fut imm\u00e9diatement le b\u00e9n\u00e9ficiaire avec sa r\u00e9\u00e9lection.  Ensuite suivit une p\u00e9riode d&rsquo;exub\u00e9rance et d&rsquo;affirmation de puissance, marqu\u00e9e aussi bien par des exp\u00e9ditions militaires que par une extraordinaire activit\u00e9 boursi\u00e8re, autour de la fameuse \u00ab\u00a0nouvelle \u00e9conomie\u00a0\u00bb. On alla m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 parler d&rsquo;un Nouvel Age, d&rsquo;une \u00e9conomie \u00ab <em>beyond history<\/em> \u00bb selon le mot fameux de Alan Greenspan, le 10 juin 1998 devant une Commission s\u00e9natoriale. Au printemps 2000, la \u00ab\u00a0bulle\u00a0\u00bb creva et la \u00ab\u00a0nouvelle \u00e9conomie\u00a0\u00bb se r\u00e9pandit fort lamentablement, et avec elle le <em>New Age<\/em> \u00e9conomique. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, les Am\u00e9ricains avaient atteint un stade \u00e9trange de leur sentiment national, o\u00f9 leur d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la politique et les hommes politiques, leur hostilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;<em>establishment<\/em> washingtonien, leur fa\u00e7on de se tenir de plus en plus en-dehors des pr\u00e9occupations politiques habituelles avec des taux d&rsquo;abstention record aux \u00e9lections, les \u00e9loignaient d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 les frasques de Clinton et l&rsquo;acharnement des adversaires de Clinton, tout cela \u00e0 propos de futilit\u00e9s extraordinaires, semblaient \u00eatre devenus l&rsquo;essentiel de la marche du monde \u00e0 Washington. Cette suite d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements inhabituels fut couronn\u00e9 par l&rsquo;\u00e9lection extraordinaire, \u00e0 50-50, dans un pays coup\u00e9 en deux (aussi bien g\u00e9ographiquement qu&rsquo;\u00e9lectoralement), suivie de p\u00e9rip\u00e9ties non moins extraordinaires, du 7 novembre jusqu&rsquo;au 15 d\u00e9cembre 2000, o\u00f9 l&rsquo;on put mesurer la d\u00e9cr\u00e9pitude et l&rsquo;aspect bien approximatif du fonctionnement \u00e9lectoral de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine. Bush fut l&rsquo;\u00e9lu par raccroc de la majorit\u00e9 d&rsquo;une minorit\u00e9, qui tint \u00e0 un fil, \u00e0 quelques bulletins de vote.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce bilan o\u00f9 se m\u00e9langent les tensions psychologiques, l&rsquo;amertume puis l&rsquo;enthousiasme de l&rsquo;humeur, l&rsquo;appr\u00e9ciation virtualiste du monde (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ignorance du monde au profit d&rsquo;une construction virtualiste), le d\u00e9veloppement enthousiaste des pratiques boursi\u00e8res les plus \u00e9chevel\u00e9es, il est difficile de voir la moindre pr\u00e9occupation pour le terrorisme. Pourtant, les actes de terrorisme symboliquement appr\u00e9ci\u00e9s et mesur\u00e9s n&rsquo;avaient pas manqu\u00e9, la \u00ab\u00a0qualit\u00e9\u00a0\u00bb suppl\u00e9ant largement \u00e0 la quantit\u00e9, entre l&rsquo;attentat contre le World Trade Center (d\u00e9j\u00e0) en 1993, l&rsquo;attentat d&rsquo;Oklahoma City de 1995, les faux-vrais attentats de la p\u00e9riode des Jeux Olympiques (la destruction du vol TWA, d&rsquo;abord appr\u00e9ci\u00e9 comme un attentat, l&rsquo;attentat artisanal dans le parc proche du stade olympique d&rsquo;Atlanta), les attentats contre la base de Dahran (1997) et contre le USS <em>Cole<\/em> dans le port d&rsquo;Aden (1999). Diverses mobilisations furent lanc\u00e9es, au nom de menaces diverses dont on n&rsquo;a jamais pu appr\u00e9cier le bien-fond\u00e9, notamment l&rsquo;alerte colossale aux USA durant les quelques jours de fin d&rsquo;ann\u00e9e de d\u00e9cembre 1999. Jamais, en aucune fa\u00e7on, n&rsquo;a-t-on pu enregistrer le moindre signe avant-coureur que ces \u00e9v\u00e9nements auraient pu d\u00e9clencher une quelconque mobilisation populaire, r\u00e9pondant \u00e0 une pr\u00e9occupation qu&rsquo;aurait eue la population am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn d&rsquo;autres termes, seul le \u00ab\u00a0choc\u00a0\u00bb du 11 septembre a pu provoquer ce basculement extraordinaire de toutes les priorit\u00e9s et les pr\u00e9occupations am\u00e9ricaines vers le terrorisme. Il n&rsquo;a pas effac\u00e9 le pass\u00e9 pour autant. On conna\u00eet la substance de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. En soi, au niveau de l&rsquo;organisation, l&rsquo;attaque du 11 septembre n&rsquo;est pas impressionnante et n&rsquo;implique aucune organisation extraordinaire malgr\u00e9 les mines entendues des experts \u00e0 cet \u00e9gard. La seule surprise de taille est que l&rsquo;attaque implique des jeunes gens riches, \u00e9duqu\u00e9s, occidentalis\u00e9s, qui ont v\u00e9cu en \u00ab\u00a0subversifs\u00a0\u00bb dissimul\u00e9s, parfaitement int\u00e9gr\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils d\u00e9testaient et se promettaient d&rsquo;attaquer. Cela ne fait que mesurer le ressentiment que les actes de l&rsquo;Am\u00e9rique causent chez certains ; si c&rsquo;est une surprise pour les Am\u00e9ricains, et encore quand ils s&rsquo;en avisent, cela ne devrait pas l&rsquo;\u00eatre pour nous. Pour autant, cela ne fait pas du terrorisme une menace disproportionn\u00e9e, justifiant cette mobilisation monstrueuse \u00e0 laquelle nous assistons, cette folle pr\u00e9diction d&rsquo;une quasi guerre \u00e9ternelle jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9radication du Mal de la face du monde. La destruction des tours du WTC n&rsquo;est pas plus un \u00e9v\u00e9nement qui change la face du monde, par son ampleur \u00e9v\u00e9nementielle. Cette dimension lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par l&rsquo;ampleur des pertes et l&rsquo;ampleur des destructions, mais l&rsquo;on devrait garder \u00e0 l&rsquo;esprit que tout cela est d&rsquo;abord le produit d&rsquo;une construction h\u00e2tive, pur produit de la sp\u00e9culation immobili\u00e8re de notre soci\u00e9t\u00e9 capitalistique, ne respectant pas les normes de s\u00e9curit\u00e9 si cela peut faire gagner des dollars, etc. (Bref, si les terroristes avaient frapp\u00e9 l&rsquo;Empire State Building construit solidement, ils auraient d\u00e9moli 4 \u00e0 5 \u00e9tages, fait autant de morts que lors de l&rsquo;attentat d&rsquo;Oklahoma City,  qui impliquait tout de m\u00eame la destruction d&rsquo;un b\u00e2timent entier, ce qui n&rsquo;a pas boulevers\u00e9 le monde  et la question se pose alors de savoir si cela aurait justifi\u00e9 l&rsquo;\u00e9tiquette  d&rsquo;\u00ab <em>\u00e9v\u00e9nement qui change la face du monde<\/em> \u00bb?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTous ces \u00e9l\u00e9ments sont implicitement dans la r\u00e9flexion de Paul Krugman, qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, dans des textes pr\u00e9c\u00e9dents, notamment \u00ab <em>Alternate Reality<\/em> \u00bb, du 25 novembre 2001 dans le New York <em>Times<\/em>, ce qu&rsquo;il pensait des \u00e9v\u00e9nements am\u00e9ricains depuis le 11 septembre 2001. Pour lui, il y a eu un montage colossal autour de cet \u00e9v\u00e9nement, relay\u00e9 par des moyens de communication d&rsquo;une puissance inou\u00efe, pour nous faire prendre 9\/11 comme un \u00e9v\u00e9nement fondateur de quelque chose de fondamentalement diff\u00e9rent. Nous compl\u00e8terions cette th\u00e8se en disant : certes, et les tourments psychologiques am\u00e9ricains, les exc\u00e8s, l&rsquo;humeur sombre de 1991-96, l&rsquo;hyst\u00e9rie boursi\u00e8re qui a suivi, l&rsquo;\u00e9vocation d&rsquo;une \u00e9conomie <em>beyond history<\/em>, etc, nous montrent une tension et une fuite devant les r\u00e9alit\u00e9s qui pr\u00e9parent parfaitement \u00e0 l&rsquo;acceptation du montage autour de 9\/11, de ce monde nouveau et monstrueux, fabriqu\u00e9 autour de l&rsquo;image du terrorisme comme affrontement ultime, l&rsquo;Armageddon que le complexe militaro-industriel a rat\u00e9 avec l&rsquo;effondrement du Mur et la dissolution de l&rsquo;URSS. Pour encore prolonger la pens\u00e9e de Krugman, et la nuancer \u00e9ventuellement, nous dirions que si 9\/11 \u00ab <em>en dit beaucoup \u00e0 propos du wahabisme, mais bien peu \u00e0 propos de l&rsquo;am\u00e9ricanisme<\/em> \u00bb, il nous en dit beaucoup, sans aucun doute, sur la psychologie am\u00e9ricaine.<\/p>\n<h3>Pourquoi l&rsquo;hypoth\u00e8se de Krugman est acceptable<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPar contre, oui, tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de nous invite \u00e0 croire que l&rsquo;hypoth\u00e8se de Krugman selon laquelle le scandale Enron est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement essentiel de l&rsquo;\u00e9poque est assez justifi\u00e9e. Voici comment Krugman nous pr\u00e9sente son hypoth\u00e8se : \u00ab <em>Un des grands clich\u00e9s en vogue ces derniers mois est que le 11 septembre a tout chang\u00e9. Je ne l&rsquo;ai jamais cru. Un \u00e9v\u00e9nement change tout seulement s&rsquo;il change la fa\u00e7on dont vous vous voyez vous-m\u00eame. Le scandale Enron, par contre, nous concerne clairement nous-m\u00eame, directement. Il nous dit des choses \u00e0 propos de nous-m\u00eames que nous aurions probablement du savoir mais que nous nous sommes arrang\u00e9s pour ne pas voir. Je fais ici la pr\u00e9diction que, dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, ce sera Enron, et non le 11 septembre, qui sera appr\u00e9ci\u00e9 comme le grand tournant pour la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que nous dit Krugman, si on le comprend bien, et avec le prolongement de nos propres r\u00e9flexions, cela revient \u00e0 ceci: pr\u00e9sent\u00e9 comme il fut, avec cet \u00e9norme apparat, cette fantastique repr\u00e9sentation virtualiste, la formidable mobilisation qui suivit, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement 9\/11, cela s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0botter en touche\u00a0\u00bb ; ou, si l&rsquo;on veut, d\u00e9tourner l&rsquo;attention, crier au feu l\u00e0 o\u00f9 n&rsquo;est certainement pas l&rsquo;incendie principal et malgr\u00e9 une impressionnante explosion, pour qu&rsquo;on ne sente pas le roussi l\u00e0 o\u00f9 cela commen\u00e7ait \u00e0 sentir le roussi. Pourquoi pas? Nous avons assez dit et assez r\u00e9p\u00e9t\u00e9 combien le discours de Rumsfeld, le 10 septembre 2001, d\u00e9signant la bureaucratie du Pentagone, tombait de fa\u00e7on symbolique, la veille du 11 septembre, comme la d\u00e9signation du vrai ennemi par contraste avec le montage qui  commen\u00e7a le lendemain. (Dans notre num\u00e9ro pr\u00e9c\u00e9dent, dans notre rubrique <em>de defensa<\/em>, nous rappelions les r\u00e9f\u00e9rences de nos analyses sur ce discours et rappelions quelques phrases essentielles \u00e0 en extraire : \u00ab <em>un adversaire qui constitue une menace, une menace s\u00e9rieuse pour la s\u00e9curit\u00e9 des \u00c9tats-Unis. Un adversaire qui est l&rsquo;un des derniers bastions de la planification centralisatrice. Il gouverne en dictant des plans quinquennaux. A partir d&rsquo;une seule capitale, il tente d&rsquo;imposer ses exigences au-del\u00e0 des fuseaux horaires, des continents, des oc\u00e9ans.<\/em> \u00bb Cet adversaire \u00ab <em>qui ressemble \u00e0 ce que fut l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique<\/em> \u00bb, qui est \u00ab <em>la bureaucratie du Pentagone. Non pas les gens mais le processus<\/em> \u00bb.) La bureaucratie du Pentagone n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect du syst\u00e8me mais c&rsquo;est le syst\u00e8me pur, celui qui, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, engendre Enron et cet \u00e9norme scandale dont Krugman nous dit qu&rsquo;il est le vrai \u00e9v\u00e9nement de la p\u00e9riode. Bref, nous terminerions volontiers en conseillant de garder \u00e0 l&rsquo;esprit l&rsquo;hypoth\u00e8se de Paul Krugman, en se disant qu&rsquo;elle est loin d&rsquo;\u00eatre sotte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Et, en guise de <em>post-scriptum<\/em>, cette remarque que d&rsquo;autres en viennent \u00e0 des analyses et \u00e0 des conclusions proches de celle de Krugman, comme William Pfaff le 2 f\u00e9vrier : \u00ab <em>La cupidit\u00e9 et la corruption qui caract\u00e9risent l&rsquo;affaire Enron sont une menace bien plus grande pour les \u00c9tats-Unis que ne sera jamais Osama Ben Laden et je serais enclin \u00e0 penser que nombre d&rsquo;Am\u00e9ricains, au fond d&rsquo;eux-m\u00eames, le savent bien.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Krugman, 5 mois plus tard 29 juin 2002 \u00a0Paul Krugman avait-il raison? C&rsquo;est ce qu&rsquo;il affirme dans sa chronique du New York Times du 28 juin 2002, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une autre chronique de lui-m\u00eame, du 29 janvier 2002. Krugman, bien s\u00fbr, nous parle des derniers scandales (WorldCom) et de l&rsquo;\u00e9branlement de tout le&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[236,354,370,3245,898,3446,3099,569,2671],"class_list":["post-65151","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-236","tag-354","tag-370","tag-enron","tag-krugman","tag-malaise","tag-psychologie","tag-rumsfeld","tag-us"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65151","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65151"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65151\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65151"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65151"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65151"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}