{"id":65176,"date":"2002-07-18T00:00:00","date_gmt":"2002-07-18T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/07\/18\/the-american-conservative-est-ce-un-signe-du-retour-possible-de-la-droite-paleo-aux-usa\/"},"modified":"2002-07-18T00:00:00","modified_gmt":"2002-07-18T00:00:00","slug":"the-american-conservative-est-ce-un-signe-du-retour-possible-de-la-droite-paleo-aux-usa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/07\/18\/the-american-conservative-est-ce-un-signe-du-retour-possible-de-la-droite-paleo-aux-usa\/","title":{"rendered":"<strong><em>The American Conservative, est-ce un signe du retour possible de la \u00a0\u00bbdroite-pal\u00e9o\u00a0\u00bb aux USA ?<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">The American Conservative, est-ce un signe du retour possible de la \u00a0\u00bbdroite-pal\u00e9o\u00a0\u00bb aux USA ? <\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tPr\u00e9c\u00e9dant pour une fois la lecture dont nous sommes cens\u00e9s rendre compte dans cette rubrique, nous signalons rapidement une initiative tr\u00e8s r\u00e9cente dans le domaine journalistique et de l&rsquo;\u00e9dition, initiative int\u00e9ressante parce qu&rsquo;elle a une signification notable dans le contexte de la situation politique am\u00e9ricaine. Il s&rsquo;agit du lancement du bimensuel <em>The American Conservative<\/em>, une publication de la vieille droite US, ou \u00a0\u00bbdroite-pal\u00e9o\u00a0\u00bb (\u00a0\u00bbpal\u00e9o\u00a0\u00bb pour \u00a0\u00bbpal\u00e9olitique\u00a0\u00bb, qualificatif ironique dont on affuble cette tendance), renvoyant aux courants traditionnels du conservatisme US,  isolationnisme, non-interventionnisme, avec l&rsquo;accent plus r\u00e9cent d&rsquo;une opposition \u00e0 l&rsquo;immigration. La nouvelle publication, qui doit commencer \u00e0 para\u00eetre en septembre, a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 son site, <a href=\"http:\/\/www.amconmag.com\" class=\"gen\"> http:\/\/www.amconmag.com<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien entendu, Patrick J. Buchanan est de la partie et le titre de son plus r\u00e9cent ouvrage, <em>A Republic, Not An Empire<\/em>, pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la devise du magazine. Avec Buchanan, on trouve les chroniqueurs Taki Theodoracopulos et Scott McConnell, deux partisans av\u00e9r\u00e9s du m\u00eame courant d&rsquo;id\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;initiative a \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t attaqu\u00e9e par la gauche lib\u00e9rale institutionnelle, repr\u00e9sent\u00e9e notamment par l&rsquo;hebdomadaire <em>The New Republic<\/em>. <a href=\"http:\/\/www.newsmax.com\/archive\/print.shtml?a=2002\/7\/11\/224108\" class=\"gen\">Un article paru sur le site NewsMax.com<\/a> pr\u00e9sente le nouveau magazine et l&rsquo;attaque lanc\u00e9e contre lui par Franklin Foer, de <em>The New Republic<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The new magazine, Foer informs us, is doomed. The Buchanan-Taki-McConnell triumvirate is \u00a0\u00bban odd match,\u00a0\u00bb he writes, noting that \u00a0\u00bbWhile Buchanan venerates the working class, Taki is an unabashed yacht-owning, nightclub-going social snob with homes in the Swiss Alps, London, and Manhattan&rsquo;s Upper East Side.\u00a0\u00bb Foer describes McConnell as an heir to the Avon cosmetics fortune.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>All of which, of course, casts the three into the outer darkness inhabited solely by political and social troglodytes presumably left over from the robber baron era and well past their prime. It is Foer&rsquo;s contention that traditional conservatives have been forced out of the political right wing and replaced by the neoconservatives (neocons), who he describes as \u00a0\u00bbthe largely Jewish group of former leftists who migrated right after the Vietnam War.\u00a0\u00bb<\/em> [&#8230;] <em>\u00a0\u00bbBuchanan and his rich friends [there he goes again, invoking the left&rsquo;s favorite class warfare tactic] couldn&rsquo;t have chosen a worse time to start a journal of the isolationist right,\u00a0\u00bb Foer decides.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe ton employ\u00e9 par NewsMax.com, largement favorable \u00e0 <em>The American Conservative<\/em>, doit \u00eatre not\u00e9. Ce site, situ\u00e9 tr\u00e8s \u00e0 droite, est jusqu&rsquo;ici un soutien inconditionnel de l&rsquo;\u00e9quipe GW. L&rsquo;initiative de Buchanan et compagnie est largement hostile \u00e0 l&rsquo;administration GW, notamment l&rsquo;aspect hyper-interventionniste de la politique \u00e9trang\u00e8re. L&rsquo;appr\u00e9ciation favorable de NewsMax.com signifie-t-elle que la tendance de la droite US que repr\u00e9sente le site pourrait r\u00e9appr\u00e9cier son soutien \u00e0 GW ? La question a toute sa justification. Cette incertitude rejoint celle qu&rsquo;on ressent dans d&rsquo;autres milieux conservateurs, et jusqu&rsquo;aux chr\u00e9tiens int\u00e9gristes, de plus en plus irrit\u00e9s par l&rsquo;hyper-interventionnisme de l&rsquo;administration (voir la r\u00e9action de James Farah, de WorldNetDaily, dans <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=301\" class=\"gen\">notre rubrique Faits et Commentaires, de ce jour, 18 juillet 2002<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est d\u00e9plac\u00e9 et pr\u00e9matur\u00e9 d&rsquo;envisager des commentaires sur les perspectives de cette initiative. Observons qu&rsquo;elle vient \u00e0 un moment o\u00f9 le climat de confusion grandit aux USA, concernant l&rsquo;action de l&rsquo;administration, l&rsquo;\u00e9tat des crises diverses, les positions des uns et des autres par rapport \u00e0 ces questions, la possibilit\u00e9 de d\u00e9veloppement de tendances oppositionnelles. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;initiative vient \u00e0 son heure, ni plus ni moins.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, observons encore que cette initiative constitue un nouveau soubresaut d&rsquo;une pouss\u00e9e qu&rsquo;on observe depuis quelques ann\u00e9es, qui est une pouss\u00e9e de tentative de renaissance du mouvement isolationniste, dans ce cas plut\u00f4t mouvement n\u00e9o-isolationniste. En m\u00eame temps que cette pouss\u00e9e n\u00e9o-isolationniste encore ou toujours potentielle, d&rsquo;autres pouss\u00e9es aussi peu concr\u00e9tis\u00e9es se font jour, venant d&rsquo;autres courants politiques, notamment de la gauche non-institutionnelles ; il existe une perspective, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres occasions, o\u00f9 ces diff\u00e9rents courants, s&rsquo;ils se concr\u00e9tisaient, pourraient s&rsquo;unir malgr\u00e9 l&rsquo;apparent antagonisme de leurs \u00e9tiquettes. Cette situation dure depuis plusieurs ann\u00e9es, en fait depuis la fin de la Guerre froide, sans qu&rsquo;elle se soit concr\u00e9tis\u00e9e jusqu&rsquo;ici d&rsquo;une mani\u00e8re s\u00e9rieuse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour alimenter la r\u00e9flexion, nous avons pens\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait utile de publier sur le site, ci-dessous, un article qui envisageait une situation assez analogue, \u00e0 une autre occasion, lors de la guerre du Kosovo. Dans ce cas, \u00e9galement, les forces politiques se trouvaient dans une situation g\u00e9n\u00e9rale de grande confusion, plac\u00e9es devant un \u00e9v\u00e9nement brutal, atypique et inattendue. On retrouvera les r\u00e9flexions faites \u00e0 cette \u00e9poque, les possibilit\u00e9s envisag\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque et plus ou moins d\u00e9menties, certaines d\u00e9pass\u00e9es, d&rsquo;autres pouvant utilement \u00eatre envisag\u00e9es \u00e0 nouveau pour la situation pr\u00e9sente, qui \u00e9voquent une \u00e9ventuelle pouss\u00e9e n\u00e9o-isolationniste, une \u00e9ventuelle pouss\u00e9e de la gauche hors-syst\u00e8me, une \u00e9ventuelle convergence des deux, etc. On y trouvera des analyses, des suggestions qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9es. On y verra tout de m\u00eame le signe que ces pressions, par leur persistance,  rendent compte d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCi-dessous,  il s&rsquo;agit du texte de la rubrique <em>Analyse<\/em>, extrait de <MI>De defensa, Volume 14, n\u00b017 du 25 mai 1999.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">L&rsquo;\u00e9tonnante incertitude am\u00e9ricaine<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tCette guerre du Kosovo est tellement paradoxale. Chez opposants et partisans, les appr\u00e9ciations se rencontrent sur ce point : la guerre est un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable. Les justifications d&rsquo;un tel jugement, par contre, diff\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;opposer. Pour les uns, il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00a0\u00bb\u00e9v\u00e9nement moral\u00a0\u00bb, \u00ab <em>la premi\u00e8re grande guerre progressiste<\/em> \u00bb (<em>dixit<\/em> \u00e0 peu pr\u00e8s Tony Blair) ; pour les autres, il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9testable tentative de prise en main de la situation de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, et, peut-\u00eatre, au-del\u00e0, de la situation mondiale, par l&rsquo;OTAN, agissant en tant que courroie de transmission arm\u00e9e des \u00c9tats-Unis ; pour d&rsquo;autres encore, la guerre est l&rsquo;occasion de mettre en \u00e9vidence combien nous sommes comptables d&rsquo;un comportement de l&rsquo;OTAN, qui s&rsquo;av\u00e8re en r\u00e9alit\u00e9 \u00eatre une m\u00e9canique bureaucratique incontr\u00f4lable, qui s&rsquo;impose d&rsquo;autant plus que les \u00c9tats-Unis n&rsquo;ont aucune strat\u00e9gie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe d\u00e9bat est intense, parfois tendu et explosif, et il oppose \u00e9galement, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des interpr\u00e9tations mentionn\u00e9es, des conceptions du monde diverses, notamment l&rsquo;internationalisme interventionniste et le \u00a0\u00bbsouverainisme\u00a0\u00bb exigeant le respect des souverainet\u00e9s des Nations. L&rsquo;activisme autour de cette guerre est tout en contrastes : tr\u00e8s fort, novateur, peut-\u00eatre r\u00e9volutionnaire, sur des canaux jusqu&rsquo;ici inexplor\u00e9s et inexploit\u00e9s comme ceux d&rsquo;Internet ; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, un activisme tr\u00e8s r\u00e9duit au niveau du public et du grand public, que ce soit les repr\u00e9sentations parlementaires de la plupart des pays europ\u00e9ens, endormies dans un suivisme confortable, que ce soit les opinions publiques, qui donnent leurs opinions du bout des l\u00e8vres (sondages) et continuent \u00e0 vaquer \u00e0 leurs occupations (vacances estivales).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe th\u00e9\u00e2tre \u00e9tonnant de ni-guerre ni-paix, ou de \u00a0\u00bbdr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb comme l&rsquo;on disait en d&rsquo;autres temps, permet d&rsquo;appr\u00e9hender mieux une situation qui pourrait \u00eatre en train de se d\u00e9velopper, ou en tout cas de germer. La guerre, avec ses particularit\u00e9s si inhabituelles, permet que s&rsquo;esquissent et se d\u00e9veloppent des recompositions politiques fondamentales. Ces amorces de mouvement ne sont possibles qu&rsquo;\u00e0 cause de la gravit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, l&rsquo;aspect localis\u00e9 de cette guerre, dans la pr\u00e9sentation comme dans la g\u00e9ographie, par cons\u00e9quent l&rsquo;absence de pression telle qu&rsquo;une mobilisation patriotique ou une mobilisation pacifiste d\u00e9stabilisante, \u00e9cartent toute entrave s\u00e9rieuse \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne de recomposition. C&rsquo;est \u00e0 cet aspect que nous voulons ici nous attacher, en choisissant l&rsquo;acteur le plus pesant de la guerre, et, \u00e0 la fois, le plus \u00e9loign\u00e9 et le moins concern\u00e9. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;Am\u00e9rique. Nous faisons ce choix parce que nous croyons,  on le verra au terme de cette analyse , que cet acteur-l\u00e0, bien que si \u00e9loign\u00e9 et si peu concern\u00e9 par le fondement m\u00eame du conflit, pourrait conna\u00eetre dans sa situation int\u00e9rieure des conditions compl\u00e8tement nouvelles, dont la cause circonstancielle serait ce conflit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e8s les premiers jours de guerre, l&rsquo;Am\u00e9rique a aussit\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9 un visage inhabituel, \u00e9videmment permis et accentu\u00e9 de jour en jour par l&rsquo;\u00e9chec otanien d&rsquo;y mettre un terme \u00a0\u00bbconform\u00e9ment au plan pr\u00e9vu\u00a0\u00bb, vite et victorieusement. L&rsquo;opposition \u00e0 la guerre se situe dans une petite partie de la gauche (plut\u00f4t la frange extr\u00eame, de type dissidente et radicale), et dans une assez large partie de la droite (exprim\u00e9e au niveau parlementaire par le scepticisme plus ou moins exprim\u00e9 d&rsquo;une bonne partie du Congr\u00e8s \u00e0 majorit\u00e9 r\u00e9publicaine). Le soutien \u00e0 la guerre se trouvait aussit\u00f4t au coeur de l&rsquo;<em>establishment<\/em> le plus install\u00e9, le plus m\u00e9diatique, et dans une frange d&rsquo;opinion allant du centre-droit \u00e0 la gauche lib\u00e9rale. Enfin, on compl\u00e8te ce tableau en rappelant simplement que le pr\u00e9sident est de centre-gauche, ou en tout cas on le dit et il laisse dire, et que c&rsquo;est assez inhabituel par rapport aux clich\u00e9s qu&rsquo;on colporte et aux croyances qu&rsquo;il a laiss\u00e9es filtrer (carri\u00e8re peu militariste de Clinton, son attachement aux causes de la paix d\u00e9crite dans ses campagnes \u00e9lectorales, etc).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu fait, est-ce vraiment inhabituel ? Justement, pas tant que \u00e7a. Ainsi commence notre d\u00e9bat.<\/p>\n<h3>Le paradoxe des r\u00e9publicains de droite derri\u00e8re leur image guerri\u00e8re<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut en effet noter,  rapide retour en arri\u00e8re , que les pr\u00e9sidents d\u00e9mocrates am\u00e9ricains n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 avares de guerres. Que ce soit justifi\u00e9 ou non, explicable ou pas, le constat qu&rsquo;il faut faire est que la plupart des guerres importantes de l&rsquo;Am\u00e9rique au XXe si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es sous la directions de pr\u00e9sidents d\u00e9mocrates : Wilson mena l&rsquo;Am\u00e9rique dans la Premi\u00e8re Guerre mondiale, Roosevelt dans la Seconde Guerre, Truman dans la guerre de Cor\u00e9e, JFK et LBJ dans la guerre du Viet-n\u00e2m, et Clinton aujourd&rsquo;hui ; Bush et la guerre du Golfe, c&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s la seule exception s\u00e9rieuse que nous voyons \u00e0 ce d\u00e9compte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette \u00e9tonnante constante belliciste des d\u00e9mocrates, qu&rsquo;on aurait tendance \u00e0 mettre dans le camp des adversaires des \u00a0\u00bbfauteurs de guerre\u00a0\u00bb divers, n&rsquo;est pas due aux seules circonstances. Wilson voulait la guerre, Roosevelt aussi, et Kennedy avait adopt\u00e9 un internationalisme messianique qui le poussait \u00e0 l&rsquo;affrontement (avec Cuba et au Viet-n\u00e2m), et ne s&rsquo;interrompit qu&rsquo;apr\u00e8s la crise de Cuba d&rsquo;octobre 1962 ; Johnson relan\u00e7a et prolongea l&rsquo;engagement au Viet-n\u00e2m ; quant \u00e0 Clinton, nul ne sait s&rsquo;il veut vraiment quelque chose, mais le r\u00f4le de chef de guerre lui para\u00eet souvent irr\u00e9sistible. Clinton ach\u00e8ve sa pr\u00e9sidence alors que les arm\u00e9es am\u00e9ricaines ont connu, essentiellement sous sa direction, 38 d\u00e9ploiements offensifs \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de 1991 \u00e01999, contre 10 entre 1948 et 1991.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, les r\u00e9publicains sont traditionnellement situ\u00e9s \u00e0 droite, et m\u00eame souvent soup\u00e7onn\u00e9s d&rsquo;\u00eatre proches de l&rsquo;extr\u00eame-droite. Les r\u00e9publicains sont accus\u00e9s d&rsquo;\u00eatre des \u00a0\u00bbfauteurs de guerre\u00a0\u00bb, des froids r\u00e9alistes qui ne reculent devant aucun proc\u00e9d\u00e9, ou des id\u00e9ologues intraitables, parlant de \u00ab <em>l&rsquo;Empire du Mal<\/em> \u00bb et programmant des frappes nucl\u00e9aires pr\u00e9ventives, \u00e0 l&rsquo;image du g\u00e9n\u00e9ral Le May et ou de certains conseillers qu&rsquo;on trouvait dans l&rsquo;entourage de Reagan. Les r\u00e9publicains sont \u00e9galement assimil\u00e9s \u00e0 Joseph McCarthy, per\u00e7u comme un r\u00e9publicain classique (mais, \u00e0 ses d\u00e9buts, en 1944-47, McCarthy \u00e9tait un r\u00e9publicain lib\u00e9ral, partisan <em>newdealer<\/em> de Roosevelt et par cons\u00e9quent tr\u00e8s proche des d\u00e9mocrates). Une telle vision des r\u00e9publicains am\u00e9ricains finit par les faire confondre avec les lunatiques et les comploteurs pseudo-fascistes de la John Birch Society qui, en 1961-63, r\u00eavaient de renverser Kennedy et de d\u00e9clencher une attaque nucl\u00e9aire contre l&rsquo;URSS.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;histoire oblige \u00e0 manifester quelques nuances. En cette mati\u00e8re du bellicisme, les r\u00e9publicains am\u00e9ricains terminent les guerres plus qu&rsquo;ils ne les d\u00e9clenchent, m\u00eame si leur fa\u00e7on n&rsquo;est pas appr\u00e9ci\u00e9e unanimement (Eisenhower en 1954 en Cor\u00e9e, Nixon en 1972 au Viet-n\u00e2m) ; ils recommandent et effectuent des d\u00e9sengagements plus qu&rsquo;ils ne programment et pr\u00e9cipitent des engagements (Eisenhower resta jusqu&rsquo;au bout de son mandat partisan d&rsquo;un retrait des forces am\u00e9ricaines d&rsquo;Europe, et Nixon commen\u00e7a \u00e0 retirer les forces US du Viet-n\u00e2m en 1969). L&rsquo;exception qu&rsquo;est George Bush (guerre du Golfe) doit \u00eatre nuanc\u00e9e par le rappel qu&rsquo;il \u00e9tait un r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, plus centriste que conservateur, et par cons\u00e9quent assez peu repr\u00e9sentatif du courant droitier et conservateur caract\u00e9ristique du parti r\u00e9publicain, qu&rsquo;on veut ici \u00e9voquer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus encore, et l&rsquo;on aborde ainsi un autre point int\u00e9ressant : dans une Am\u00e9rique devenue un \u00a0\u00bb\u00c9tat de s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb \u00e0 partir de 1947 (sous Truman, d\u00e9mocrate), avec la mise en place d&rsquo;un formidable ensemble militaro-industriel, le tr\u00e8s fameux complexe militaro-industriel (CMI), ce sont encore des r\u00e9publicains qui ont tent\u00e9 de desserrer les griffes de cette puissance combin\u00e9e qui influence radicalement la politique de l&rsquo;Am\u00e9rique. Eisenhower est l&rsquo;exemple le plus caract\u00e9ristique. Ses deux pr\u00e9sidences furent, surtout \u00e0 partir de 1954, le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;un affrontement constant entre lui-m\u00eame et le CMI. Le d\u00e9part d&rsquo;Eisenhower fut l&rsquo;occasion de l&rsquo;un des plus fameux discours d&rsquo;adieu d&rsquo;un pr\u00e9sident (sans doute le plus fameux avec celui de George Washington, recommandant une politique isolationniste en 1797). Le 17 janvier 1961, Eisenhower d\u00e9non\u00e7a \u00ab <em>cette conjonction d&rsquo;une immense communaut\u00e9 militaire et d&rsquo;une puissante industrie d&rsquo;armement <\/em>[&#8230; dont] <em>l&rsquo;influence totale  \u00e9conomique, politique, m\u00eame spirituelle  est ressentie dans chaque ville, chaque Etat, chaque bureau du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral<\/em> \u00bb ; il y voyait un r\u00e9el danger pour la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine : \u00ab <em>Nous ne devrons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos processus d\u00e9mocratique et de libert\u00e9s.<\/em> \u00bb Par d\u00e9magogie \u00e9lectoraliste (sa campagne l&rsquo;avait conduit \u00e0 des promesses dans ce sens), par ignorance \u00e9galement (il s&rsquo;\u00e9tait inform\u00e9 \u00e0 de bien mauvaises sources, dont le s\u00e9nateur Symington du <em>lobby<\/em> de l&rsquo;Air Force), enfin par ambition internationaliste, le lib\u00e9ral Kennedy ne tint aucun compte de cet avertissement et relan\u00e7a la course aux armements. Nixon lui-m\u00eame fut le seul pr\u00e9sident de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre \u00e0 r\u00e9ussir \u00e0 lancer un programme de r\u00e9duction important des d\u00e9penses militaires, de 1972 \u00e0 1974 ; dans son film <em>Nixon<\/em>, Oliver Stone, bien peu suspect de complaisance nixonienne, fait dire \u00e0 son h\u00e9ros lors d&rsquo;une rencontre avec des \u00e9tudiants contestataires en 1971, et de mani\u00e8re assez juste sur le fond, qu&rsquo;il tente de \u00ab <em>dompter la B\u00eate<\/em> \u00bb (\u00ab <em>to tame the Beast<\/em> \u00bb), d\u00e9signant par l\u00e0 son affrontement feutr\u00e9 avec le CMI. On peut ajouter, pour le cas de Nixon, qu&rsquo;il fut l&rsquo;architecte d&rsquo;une \u00a0\u00bbd\u00e9tente\u00a0\u00bb qui parut paradoxale \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, en fonction de l&rsquo;image de \u00a0\u00bbfaucon\u00a0\u00bb r\u00e9publicain qu&rsquo;on avait de lui-m\u00eame, mais qui correspond mieux \u00e0 l&rsquo;image du r\u00e9publicanisme am\u00e9ricain qu&rsquo;on d\u00e9crit ici ; de m\u00eame, Eisenhower avait cherch\u00e9 \u00e9galement \u00e0 \u00e9tablir des relations meilleures (dites de \u00a0\u00bbcoexistence pacifique\u00a0\u00bb) avec les Sovi\u00e9tiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[Les \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent aujourd&rsquo;hui au Kosovo\/en Serbie, et particuli\u00e8rement l&rsquo;\u00e9pisode des circonstances ayant men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;attaque par erreur de l&rsquo;ambassade de Chine, montrent que \u00ab <em>la B\u00eate<\/em> \u00bb n&rsquo;est pas dompt\u00e9e, qu&rsquo;au contraire il se pourrait bien qu&rsquo;elle ait rompu nombre des liens qui la retenaient encore. Plus que les questions morales qui ont si souvent retenu notre attention ces derni\u00e8res semaines, on pourrait d\u00e9couvrir que ce probl\u00e8me de contr\u00f4le et de m\u00e9canique de la puissance de l&rsquo;ensemble militaro-industriel occidental (am\u00e9ricain) est la v\u00e9ritable question, l&rsquo;angoissante question pos\u00e9e par cette guerre.] <\/p>\n<h3>Les r\u00e9publicains et le complexe militaro-industriel <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend que nous \u00e9tablissons un rapport net entre l&rsquo;existence et l&rsquo;activisme de ce complexe militaro-industriel et les tendances guerri\u00e8res qu&rsquo;on rel\u00e8ve par ailleurs. Cela n&rsquo;est que sacrifier \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence. Par contre, les rapports entre ces forces bellicistes et les tendances politiques, en tout cas par \u00e9tiquettes, telles qu&rsquo;elles se situent au coeur du pouvoir washingtonien, apparaissent moins \u00e9vidents. On devrait admettre pourtant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment fondamental de la probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;enchev\u00eatrement de crises qui caract\u00e9rise aujourd&rsquo;hui la zone euro-atlantique, entre la guerre du Kosovo et la crise de l&rsquo;OTAN. L\u00e0 aussi, il est beaucoup plus question de r\u00e9alit\u00e9s, de rapports de force, etc, que de morale et de politique humanitaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour l&rsquo;instant, seuls des commentaires venus de sources radicales, voire extr\u00e9mistes, mettent en \u00e9vidence cette question sp\u00e9cifique. Ainsi un article de Llewellyn H. Rockwell, Jr., pr\u00e9sident du Ludwig von Mises Institute, publi\u00e9 le 5 mai : \u00ab <em>The End of Buckleyism<\/em> \u00bb. (1) Le Ludwig von Mises Institute est un organisme favorable \u00e0 l&rsquo;hyper-lib\u00e9ralisme inspir\u00e9 des penseurs autrichiens Hayek et le professeur von Mises ; il s&rsquo;agit d&rsquo;une tendance libre-\u00e9changiste radicale, qui plaide \u00e9galement, et essentiellement d&rsquo;ailleurs, pour la r\u00e9duction maximale du volume et des capacit\u00e9s d&rsquo;intervention du gouvernement. Sans s&rsquo;attacher au fond de la position qui est ainsi pr\u00e9sent\u00e9e, il est int\u00e9ressant de noter le rappel de certaines r\u00e9alit\u00e9s politiques et historiques qui accompagnent l&rsquo;analyse du pr\u00e9sident du Ludwig von Misses Institute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRockwell rappelle cette phrase de Tocqueville : \u00ab <em>Tous ceux qui veulent d\u00e9truire les libert\u00e9s d&rsquo;une nation d\u00e9mocratique doivent savoir que la guerre est le moyen le plus s\u00fbr et le plus rapide d&rsquo;y parvenir.<\/em> \u00bb Cette id\u00e9e lui sert d&rsquo;argument pour rappeler ensuite que l&rsquo;une des principales tendances du parti r\u00e9publicain, avant la guerre froide, fut le refus d&rsquo;un gouvernement central puissant, et par cons\u00e9quent, le refus de la guerre ; d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;isolationnisme r\u00e9publicain, et particuli\u00e8rement celui d&rsquo;imm\u00e9diatement avant-1941, qui est alors implicitement pr\u00e9sent\u00e9, non pas comme une fa\u00e7on de prendre parti pour les r\u00e9gimes fascistes d&rsquo;Europe en ne venant pas \u00e0 l&rsquo;aide des d\u00e9mocraties attaqu\u00e9s par eux, mais comme un \u00a0\u00bbpacifisme\u00a0\u00bb pratique, appliqu\u00e9 pour prot\u00e9ger la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRockwell explicite en d\u00e9tails le rapport de cause \u00e0 effet entre refus d&rsquo;un gouvernement puissant et refus de la guerre (ce que nous d\u00e9crivons comme un \u00ab <em>\u00a0\u00bbpacifisme\u00a0\u00bb pratique<\/em> \u00bb) en citant <em>War and the Rise of the State<\/em> de Bruce Porter : \u00ab <em>Tout au long de l&rsquo;histoire des \u00c9tats-Unis, la guerre a \u00e9t\u00e9 le premier incitatif au d\u00e9veloppement et au renforcement de l&rsquo;\u00e9tat central. Elle a \u00e9t\u00e9 le levier par lequel les pr\u00e9sidents et les autres autorit\u00e9s officielles du gouvernement ont renforc\u00e9 la puissance de l&rsquo;\u00c9tat face \u00e0 la r\u00e9sistance populaire tenace.<\/em> \u00bbLe parti r\u00e9publicain abandonna son attitude anti-centralisme, en m\u00eame temps que son isolationnisme, avec la guerre froide. Rockwell attribue la responsabilit\u00e9 de ce tournant id\u00e9ologique fondamental, et le choix de l&rsquo;anti-sovi\u00e9tisme belliciste par les r\u00e9publicains, notamment \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologue William F. Buckley. Il \u00e9crit : \u00ab <em>Sous la direction de Buckley, la politique de la droite se transforma, passant de son ancienne adh\u00e9sion \u00e0 un gouvernement central contenu et limit\u00e9, \u00e0 une nouvelle adh\u00e9sion qui \u00e9leva au centre de ses convictions l&rsquo;anti-sovi\u00e9tisme et le soutien \u00e0 un complexe militaire et de renseignement formidable, pr\u00e9tendument n\u00e9cessaire pour combattre une Russie pourtant appauvrie.<\/em> \u00bb Ainsi Rockwell, traduisant le sentiment d&rsquo;une droite r\u00e9publicaine traditionnelle d\u00e9faite avec la guerre froide et transform\u00e9e sous l&rsquo;inspiration de Buckley, pr\u00e9sente-t-il la conclusion que cette droite continue \u00e0 avoir des conceptions traditionnelles qui sont hostiles au complexe militaro-industriel, et au maintien de forces arm\u00e9es puissantes, et au-del\u00e0, bien entendu, aux engagements bellicistes. Il a d&rsquo;ailleurs ce jugement stup\u00e9fiant, en tous les cas pour les jugements occidentaux habitu\u00e9s au respect instinctif : \u00ab <em>Combien il est horrible de r\u00e9aliser, dix ans apr\u00e8s la guerre froide, que le v\u00e9ritable \u00a0\u00bbempire du mal\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas quelque r\u00e9gime \u00e9tranger, mais l&rsquo;\u00e9tat militariste am\u00e9ricain.<\/em> \u00bb(Rockwell ne dit pas autre chose, \u00e0 cet \u00e9gard, que Noam Chomsky, situ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre extr\u00eame de l&rsquo;\u00e9chiquier politique am\u00e9ricain.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[La p\u00e9riode Reagan elle-m\u00eame pourrait, et, m\u00eame, devrait \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re des appr\u00e9ciations qui sont faites ici. Reagan fut port\u00e9 au pouvoir par une vague id\u00e9ologique am\u00e9ricaine, d\u00e9sign\u00e9e comme la \u00a0\u00bbnouvelle droite\u00a0\u00bb r\u00e9publicaine, dont les racines plongeaient dans le seul anti-communisme et le lib\u00e9ralisme internationaliste am\u00e9ricain. Cette \u00a0\u00bbnouvelle droite\u00a0\u00bb se mit en place \u00e0 la suite d&rsquo;une pol\u00e9mique qu&rsquo;elle avait provoqu\u00e9e explicitement et qui se r\u00e9v\u00e9la infond\u00e9e, la r\u00e9\u00e9valuation des estimations de la CIA de la puissance sovi\u00e9tique, sous la pression du <em>Team B<\/em>, constitu\u00e9 en 1976 autour du professeur Richard Pipes. (2) C&rsquo;est cette \u00a0\u00bbnouvelle droite\u00a0\u00bb qui mena Reagan au pouvoir, et imprima \u00e0 sa pr\u00e9sidence, soi-disant de type r\u00e9publicain traditionnel, un processus de transformation officialisant en fait les tendances militaro-internationaliste (avec promotion de la d\u00e9mocratie et des droits de l&rsquo;homme) comme th\u00e8mes centraux du parti r\u00e9publicain, en rupture avec les racines traditionnelles am\u00e9ricaines. L&rsquo;\u00e8re Reagan fut \u00e0 cet \u00e9gard, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;est agi des traditions r\u00e9publicaines auxquelles il \u00e9tait fait r\u00e9f\u00e9rence, du pur montage (ainsi de la relance \u00e9conomique, r\u00e9alis\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 des d\u00e9penses gouvernementales suppl\u00e9mentaires dans le domaine de la d\u00e9fense, qui permirent d&rsquo;alimenter la recherche, mais creus\u00e8rent aussi le d\u00e9ficit ; ainsi du gouvernement lui-m\u00eame, qui devait \u00eatre r\u00e9duit et qui se trouva renforc\u00e9e en nombre de fonctionnaires durant l&rsquo;\u00e9poque Reagan).]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA la lumi\u00e8re de cette r\u00e9\u00e9valuation qui redonne toute son importance \u00e0 la p\u00e9riode d&rsquo;avant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, on comprend mieux certains comportements comme ceux que nous avons mentionn\u00e9s :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; le caract\u00e8re belliciste de plusieurs administrations d\u00e9mocrates, qui avaient besoin de forces militaires importantes pour leurs ambitions internationalistes ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; la m\u00e9fiance de certains pr\u00e9sidents r\u00e9publicains pour le CMI et les d\u00e9penses militaires, et \u00e9galement pour l&rsquo;<em>establishment<\/em> lib\u00e9ral-mod\u00e9r\u00e9 pr\u00f4nant certains engagements am\u00e9ricains depuis 1945. Ils surprennent par rapport aux \u00e9tiquettes et aux sch\u00e9mas que nous avons appliqu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique du temps de la guerre froide. Par contre, ils sont logiques si l&rsquo;on consid\u00e8re les racines et les situations historiques des diff\u00e9rentes forces politiques traditionnelles de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<h3>Les rapports ambigus entre Clinton et les r\u00e9publicains<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tJustifiant le titre de l&rsquo;article que nous citions (\u00ab <em>The end of Buckleyism<\/em> \u00bb), Rockwell mentionne la volte-face de William F. Buckley : le 24 mars, Buckley \u00e9crit un article conforme \u00e0 ses conceptions interventionnistes et favorables \u00e0 l&rsquo;action arm\u00e9e, o\u00f9 il approuve le conflit qui vient d&rsquo;\u00eatre lanc\u00e9 au Kosovo (\u00ab <em>Si je devais voter sur la question du Kosovo, je voterais oui. Allons-y avec les bombardements<\/em> \u00bb) ; un mois plus tard, le 28 avril, Buckley change d&rsquo;avis : \u00ab <em>Il y a quelque chose de repoussant dans toute cette op\u00e9ration. Autrement dit, elle n&rsquo;a pas du tout l&rsquo;effet d&rsquo;assurer la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 ces populations pour la protection desquelles nous sommes partis en guerre. <\/em>[&#8230;] <em>Nous trouvons notre satisfaction dans le fait de lancer des bombes ici et l\u00e0.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelque grand cas qu&rsquo;en fasse Rockwell, cette volte-face de Buckley ne constitue pas un ph\u00e9nom\u00e8ne absolument consid\u00e9rable en elle-m\u00eame. Mais elle doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme bien plus significative si on la consid\u00e8re dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;on a signal\u00e9 plus haut, o\u00f9 les r\u00e9publicains montrent des r\u00e9ticences pour l&rsquo;engagement am\u00e9ricain, et dans certains cas une hostilit\u00e9 certaine. On a d\u00e9j\u00e0 dit combien cette situation rompt avec le <em>bipartisanship<\/em> traditionnel en la mati\u00e8re, d\u00e8s que les combats sont engag\u00e9s. C&rsquo;est aussi la premi\u00e8re fois que se pr\u00e9sente cette situation o\u00f9, hors du contexte de la guerre froide qui constituait l&rsquo;imp\u00e9ratif contraignant qu&rsquo;on a vu, les r\u00e9publicains sont plac\u00e9s face \u00e0 un engagement ext\u00e9rieur de la dimension de la guerre du Kosovo sans en porter aucunement la responsabilit\u00e9, et sans l&rsquo;avoir express\u00e9ment voulu. C&rsquo;est dire qu&rsquo;ils retrouvent une certaine libert\u00e9 par rapport \u00e0 ce que fut leur position durant le dernier demi-si\u00e8cle. Cela constitue sans doute un point fondamental, notamment dans la mesure o\u00f9 les d\u00e9mocrates ne constituent pas un bloc uni derri\u00e8re le pr\u00e9sident, qu&rsquo;ils sont divis\u00e9s entre interventionnnistes et internationalistes d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part en lib\u00e9raux-populistes de gauche qui, comme on l&rsquo;a vu avec Jesse Jackson, sont plus int\u00e9ress\u00e9s par des perspectives de paix que par la poursuite du conflit, m\u00eame soutenu par un argument moral. Le soutien des r\u00e9publicains, et un soutien assez cons\u00e9quent, est n\u00e9cessaire \u00e0 Clinton, comme il est n\u00e9cessaire d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, pour toute politique interventionniste et internationaliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[Cette situation n&rsquo;est pas exceptionnelle. Elle existe \u00e9galement au niveau de la politique du libre-\u00e9change, qui est du point de vue \u00e9conomique assez parall\u00e8le \u00e0 la dynamique politico-militaire internationaliste. Les trois ou quatre derni\u00e8res ann\u00e9es ont montr\u00e9 que la politique libre-\u00e9changiste initi\u00e9e par la Maison-Blanche avait besoin d&rsquo;un fort soutien r\u00e9publicain (autour de 80% des \u00e9lus r\u00e9publicains \u00e0 la Chambre) pour \u00eatre approuv\u00e9e au niveau l\u00e9gislatif. Et justement, l&rsquo;incapacit\u00e9 de Clinton \u00e0 rallier cet appoint qui forme en fait l&rsquo;essentiel du soutien au libre-\u00e9change, explique le blocage de cette politique aux \u00c9tats-Unis depuis 1995.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe contexte est bel et bien remarquable \u00e0 tous ces \u00e9gards. Les doutes des r\u00e9publicains sur leur propre r\u00f4le, sur leur attitude vis-\u00e0-vis du Kosovo et, plus largement, vis-\u00e0-vis des engagements ext\u00e9rieurs, sont sans cesse sollicit\u00e9s ou potentiellement en situation de l&rsquo;\u00eatre par le soutien dont Clinton a besoin, et qu&rsquo;il ne peut trouver dans son seul parti. Continuellement, la situation vient rappeler aux r\u00e9publicains ces doutes qu&rsquo;ils \u00e9prouvent, ces interrogations auxquelles ils doivent faire face. Les mauvaises relations entre Clinton et les r\u00e9publicains, suite \u00e0 la bataille de l&rsquo;<em>impeachment<\/em> de 1998, ne font que rendre plus difficile une cohabitation de compromis sur la crise actuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe questionnement id\u00e9ologique \u00e0 tendance r\u00e9visionniste, qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 certaines des id\u00e9es r\u00e9publicaines d&rsquo;avant-1941, qui renvoient aux traditions de cette p\u00e9riode, ne concerne pour l&rsquo;instant que des franges radicales ou extr\u00e9mistes extr\u00eamement minoritaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; D&rsquo;une part, les radicaux hyper-lib\u00e9raux type Ludwig von Mises Institute, qu&rsquo;on retrouve \u00e9galement au sein du Cato Institute, plus connu comme un des <em>think tank<\/em> majeurs aux USA, ou au sein du parti libertarien auquel se r\u00e9f\u00e8rent certains parlementaires (le <em>leader<\/em> de la majorit\u00e9 r\u00e9publicaine \u00e0 la Chambre Dick Armey, par exemple). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; D&rsquo;autre part, les isolationnistes, ou disons \u00ab\u00a0n\u00e9o-isolationnistes\u00a0\u00bb type-Patrick Buchanan, candidat \u00e0 la d\u00e9signation r\u00e9publicaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe questionnement id\u00e9ologique est un paradoxe illustrant les d\u00e9calages multiples existant entre la r\u00e9alit\u00e9 du constat, de la r\u00e9flexion, du doute, de l&rsquo;interrogation, etc, et la rigidit\u00e9 des prises de position politiques. Il entretient ce climat d&rsquo;incertitude si inhabituel pour les \u00c9tats-Unis en temps de guerre. L&rsquo;incertitude, le d\u00e9calage et le paradoxe am\u00e8nent des situations volatiles et insaisissables, o\u00f9 les \u00e9tiquettes et les engagement traditionnels ne peuvent plus gu\u00e8re servir de r\u00e9f\u00e9rence. Alexander Coburn, c\u00e9l\u00e8bre militant trotskyste devenu un des piliers de la gauche radicale et dissidente am\u00e9ricaine, \u00e9crit dans sa Lettre d&rsquo;Information <em>Counter Punch<\/em>, en date du 22 avril : \u00ab <em>Peut-\u00eatre notre seul espoir maintenant se trouve-t-il dans la tradition isolationniste r\u00e9publicaine. La confusion est si grande aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il ne nous reste plus qu&rsquo;\u00e0 voter pour Pat Buchanan ou Dan Quayle, les seuls candidats \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 la guerre. Nous avons toujours ador\u00e9 Marilyn Quayle, avec ses merveilleuses grandes dents, assez grandes pour aller chercher une pomme au travers d&rsquo;une fente de machine \u00e0 poin\u00e7onner. Un vote pour Quayle est un vote pour la paix! L&rsquo;essence d&rsquo;une d\u00e9mocratie qui fonctionne bien est qu&rsquo;il y a n&rsquo;a pas de choix ais\u00e9 et agr\u00e9able.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>Une situation potentielle de bouleversements<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn n&rsquo;envisage pas ici, de fa\u00e7on ferme et affirmative, la perspective d&rsquo;un bouleversement radical de la politique am\u00e9ricaine que serait un retour du parti r\u00e9publicain \u00e0 ses appr\u00e9ciations traditionnelles. (A ce point, il est inutile de d\u00e9battre de l\u00a0\u00bb&rsquo;isolationnisme\u00a0\u00bb, et de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;y revenir. Certes, il est impossible de revenir \u00e0 l&rsquo;isolationnisme d&rsquo;avant-1941. Il existe par contre nombre de formules modernis\u00e9es s&rsquo;apparentant \u00e0 un \u00a0\u00bbn\u00e9o-isolationnisme\u00a0\u00bb, qui ram\u00e8nerait \u00e0 des options approchantes et produiraient des r\u00e9sultats approchants.) On n&rsquo;envisage rien de pr\u00e9cis, car le climat et les \u00e9volutions erratiques constat\u00e9s jusqu&rsquo;ici ne l&rsquo;autorisent pas. On ne fait que constater combien, soudain, des opportunit\u00e9s apparaissent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tApr\u00e8s deux mois d&rsquo;une guerre du Kosovo qui est en m\u00eame temps guerre d&rsquo;usure et guerre d\u00e9stabilisante (seule notre \u00e9poque arrive \u00e0 trouver la formule m\u00e9langeant ces deux inconv\u00e9nients extr\u00eames de conflit, qui sont normalement inconciliables), il devient tr\u00e8s difficile de croire que l&rsquo;administration actuelle, et, apr\u00e8s elle, l&rsquo;une ou l&rsquo;autre future administration, envisageraient d&rsquo;un coeur l\u00e9ger de tels engagements o\u00f9 la s\u00e9curit\u00e9 nationale des \u00c9tats-Unis n&rsquo;est pas directement engag\u00e9e. Il appara\u00eet probable que la p\u00e9riode des ann\u00e9es mil neuf cent quatre-vingt-dix, ouverte avec la guerre du Golfe, o\u00f9 l&rsquo;Am\u00e9rique envisage d&rsquo;intervenir partout o\u00f9 il lui importe de le faire, et peut-\u00eatre m\u00eame partout tout court,  il semble bien que cette p\u00e9riode s&rsquo;ach\u00e8ve. La guerre du Kosovo a m\u00eame montr\u00e9 ce qui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, paraissait impensable \u00e0 tant de commentateurs : que la puissance am\u00e9ricaine a des limites, et peut-\u00eatre m\u00eame des limites qui restreignent dramatiquement l&rsquo;action et l&rsquo;influence de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela constitue une situation et ouvre des perspectives possibles telles, qu&rsquo;on est effectivement amen\u00e9 \u00e0 appr\u00e9cier le principe m\u00eame de tels engagements, \u00e0 s&rsquo;interroger \u00e0 leur propos. Cela rencontre le grand besoin d&rsquo;un d\u00e9bat strat\u00e9gique post-guerre froide, que les \u00c9tats-Unis ont toujours \u00e9vit\u00e9 depuis 1989-90, et qu&rsquo;il para\u00eetra d\u00e9sormais beaucoup difficile d&rsquo;\u00e9carter. Il y a des chances s\u00e9rieuses pour que la campagne \u00e9lectorale des pr\u00e9sidentielles, qui commencera officiellement d&rsquo;ici la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, s&rsquo;int\u00e9resse effectivement \u00e0 cette question, parce que les candidats ne pourront pas ne pas s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la crise du Kosovo et \u00e0 ses cons\u00e9quences. Le d\u00e9bat y sera beaucoup plus contradictoire qu&rsquo;il y para\u00eetrait \u00e0 voir les positions initiales prises par les candidats, qui sont de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale des positions de convention.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (1) L&rsquo;article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 5 mai 1999 sur Internet, sur le site WorldNetDaily.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (2) Voir le livre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=47\" class=\"gen\">\u00a0\u00bbKilling the Detente: the Right Attacks the CIA\u00a0\u00bb, de Ann Hessing Cahn<\/a>.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The American Conservative, est-ce un signe du retour possible de la \u00a0\u00bbdroite-pal\u00e9o\u00a0\u00bb aux USA ? 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