{"id":65187,"date":"2002-07-27T00:00:00","date_gmt":"2002-07-27T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/07\/27\/les-fondements-du-souverainisme-par-damien-arnaud\/"},"modified":"2002-07-27T00:00:00","modified_gmt":"2002-07-27T00:00:00","slug":"les-fondements-du-souverainisme-par-damien-arnaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/07\/27\/les-fondements-du-souverainisme-par-damien-arnaud\/","title":{"rendered":"<strong><em>Les fondements du souverainisme \u2014 par Damien Arnaud<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Les fondements du souverainisme<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tPar <strong>Damien Arnaud<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>On ne b\u00e2tit pas impun\u00e9ment sur l&rsquo;erreur.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tH. Le Caron<\/p>\n<h3>INTRODUCTION<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe souverainisme revient, en France comme ailleurs, et c&rsquo;est une excellente chose. La raison principale en est que la dissolution de l&rsquo;autorit\u00e9 a un effet tellement pervers sur toutes les structures que nombre de pouvoirs constitu\u00e9s militent en faveur de sa restauration; pour la mener \u00e0 bien, il faut qu&rsquo;un souverain existe et qu&rsquo;il incarne l&rsquo;autorit\u00e9. Le grand d\u00e9fi auquel va faire face la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avenir est la r\u00e9novation du souverainisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe concept de souverainet\u00e9 a introduit l&rsquo;Etat moderne et toute la politique moderne s&rsquo;est ensuite construite sur ces bases philosophiques et historiques. Au fil du temps, le souverainisme s&rsquo;est corrompu, pour toutes sortes de raisons qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de l&rsquo;ambition de cet article de traiter. Le r\u00e9sultat aujourd&rsquo;hui? La libert\u00e9 des peuples et des individus et leur \u00e9panouissement, est au plus bas depuis des d\u00e9cennies sinon des si\u00e8cles. Une mise \u00e0 jour s&rsquo;impose donc, parce que les racines du souverainisme, les racines de l&rsquo;Etat moderne, r\u00e9sident dans un terreau compl\u00e8tement dat\u00e9: Marsile de Padoue (1275-1343), Nicolo Machiavelli (1469-1527), Jean Bodin (1520-1596). En 2002, il ne reste de ce terreau appauvri que des contradictions et des paradoxes; une inertie, aussi, certes, mais, malgr\u00e9 tout, l&rsquo;impression chaque jour confirm\u00e9e que le changement doit \u00eatre enfin pens\u00e9 et imagin\u00e9. Il faut une remise en terre, une refondation du concept de souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe propose ici une r\u00e9flexion en trois temps:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t1.\tD&rsquo;abord, la description et l&rsquo;explication du vide actuel qui attire les grands retours qu&rsquo;on annonce plus haut; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2.\tEnsuite la mise au jour de ce que sont les racines du souverainisme moderne et l&rsquo;explication de l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle ce souverainisme est fondamentalement inadapt\u00e9;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t3.\tEnfin ce qu&rsquo;un souverainisme catholique, d\u00e9fini au pr\u00e9alable dans ses grandes lignes, a de moderne et d&rsquo;adapt\u00e9 \u00e0 la situation de la France et de l&rsquo;Europe d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<h3>I  LE VIDE ACTUEL<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut dans un premier temps d\u00e9finir les concepts, \u00e0 l&rsquo;aide de philosophes et d&rsquo;analystes ayant r\u00e9fl\u00e9chi longuement sur ces questions, et proposer ensuite une explication du vide actuel. Nous disions plus haut que si le souverainisme revient, c&rsquo;est parce que les promoteurs d&rsquo;une incarnation plus marqu\u00e9e de l&rsquo;autorit\u00e9 le souhaitent et y travaillent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous proposons trois d\u00e9finitions de l&rsquo;autorit\u00e9: celle de Michel Gu\u00e9naire , avocat international et ancien ma\u00eetre de conf\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes politiques de Paris, de Jacques Maritain , \u00e9crivain catholique du milieu du XX\u00e8me si\u00e8cle, et de Guglielmo Ferrero , historien italien contemporain. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tGu\u00e9naire: ni \u00e9tat, ni puissance publique organis\u00e9e, ni pouvoir du plus fort, l&rsquo;autorit\u00e9 est la facult\u00e9 d&rsquo;entra\u00eenement ou de regroupement du Prince qui est \u00e0 l&rsquo;origine de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMaritain: le droit de diriger et de commander, d&rsquo;\u00eatre \u00e9cout\u00e9 ou ob\u00e9i d&rsquo;autrui. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFerrero: le droit de commander, soit l&rsquo;autorit\u00e9, est \u00e9tabli par la conformit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de quatre principes possibles du pouvoir et des proc\u00e9d\u00e9s qu&rsquo;il emploie: l&rsquo;\u00e9lectif, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9ditaire, l&rsquo;aristo-monarchique et le d\u00e9mocratique, aucun des quatre n&rsquo;\u00e9tant sup\u00e9rieur aux autres. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pourrait conclure, donc, que pour qu&rsquo;il y ait autorit\u00e9, il faut un prince, un souverain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\tL&rsquo;autorit\u00e9 n&rsquo;est quasiment plus, au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Sans doute, comme le sugg\u00e8re Ferrero, le pouvoir n&rsquo;est-il plus conforme aux principes. Gu\u00e9naire, lui, sugg\u00e8re que le sujet de l&rsquo;Etat moderne n&rsquo;a plus de relation d\u00e9termin\u00e9e avec le Prince: Dans l&#8217;empire l\u00e2che de la soci\u00e9t\u00e9, il n&rsquo;y a pas de lien concret avec une autorit\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 regarde l&rsquo;autorit\u00e9. Elle ne s&rsquo;agr\u00e8ge plus \u00e0 partir d&rsquo;elle. L&rsquo;autorit\u00e9 lui parle cependant encore, mais c&rsquo;est de mani\u00e8re insignifiante. Ses gestes commandent l&rsquo;ordre, ou le d\u00e9sordre. Sa conduite inspire la confiance, ou la d\u00e9fiance. Son action inspire l&rsquo;engouement, ou l&rsquo;apathie. Platon expliquait, lui, qu&rsquo;il \u00e9tait possible de consid\u00e9rer la d\u00e9mocratie comme corrompue lorsque les gouvernants perdent le sens de l&rsquo;autorit\u00e9 et font de mani\u00e8re exag\u00e9r\u00e9e la cour aux gouvern\u00e9s. Plus r\u00e9cemment, Raymond Aron pr\u00e9venait apr\u00e8s la guerre que la d\u00e9mocratie se pr\u00eatait plus particuli\u00e8rement \u00e0 ce qu&rsquo;il appelait la dissolution de l&rsquo;autorit\u00e9 parce que sa faiblesse premi\u00e8re \u00e9tait de pousser trop loin l&rsquo;esprit de compromis. Bref, l&rsquo;autorit\u00e9 n&rsquo;est quasiment plus parce que les structures sont corrompues.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\tConfront\u00e9s \u00e0 la d\u00e9liquescence \u00e0 peu pr\u00e8s achev\u00e9e du concept d&rsquo;autorit\u00e9, les hommes ont le sentiment diffus que ce concept \u00e9tait n\u00e9cessaire malgr\u00e9 tout. Son absence a cr\u00e9\u00e9 des probl\u00e8mes in\u00e9dits, elle appauvrit tout un ensemble de choses sur quoi, in fine, la libert\u00e9 des peuples et des personnes doit pouvoir s&rsquo;appuyer. La ruine de l&rsquo;autorit\u00e9 et du principe d&rsquo;autorit\u00e9 au profit du pouvoir sans autorit\u00e9, sans fondement de droit et sans limite, se consomme dans l&rsquo;Etat totalitaire. C&rsquo;est Maritain qui le dit. Quant \u00e0 Gu\u00e9naire, il rappelle que le d\u00e9fi de survie des groupes est la premi\u00e8re cause de leur adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9. On en conclut que l&rsquo;autorit\u00e9 est n\u00e9cessaire, du moins \u00e0 la vie du corps politique autonome que nous connaissons aujourd&rsquo;hui encore sous le nom d&rsquo;Etat-Nation, et que certaines forces politiques recherchent dans le souverainisme le v\u00e9hicule pour introduire le retour de l&rsquo;autorit\u00e9. Sans elle, en effet, le d\u00e9sordre doit r\u00e9gner et la libert\u00e9 s&rsquo;\u00e9tioler.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3>II  LES RACINES DU SOUVERAINISME MODERNE<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAvant d&rsquo;envisager un souverainisme propre aux enjeux de l&rsquo;avenir, il faut d&rsquo;abord comprendre ce qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 la souverainet\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. En cherchant un peu, l&rsquo;on trouve ainsi des d\u00e9finitions r\u00e9centes que l&rsquo;on est ensuite amen\u00e9 \u00e0 valider par les racines, dans les d\u00e9cennies du milieu du XVI si\u00e8cle (1513-1576), celles-l\u00e0 m\u00eame qui ont introduit l&rsquo;\u00e8re moderne dans l&rsquo;Histoire. Bertrand de Jouvenel (4), au XX\u00e8me si\u00e8cle, d\u00e9finit la souverainet\u00e9 comme un concept juridique  l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y a quelque part un droit auquel tous les autres c\u00e8dent. Ce peut \u00eatre le droit de Dieu, Sa volont\u00e9; ou le droit de la communaut\u00e9, la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale.  Il d\u00e9finit aussi la souverainet\u00e9 comme un concept m\u00e9taphysique  une volont\u00e9 supr\u00eame ordonne et r\u00e9git la communaut\u00e9 humaine, une volont\u00e9 bonne par nature et \u00e0 quoi il serait coupable de s&rsquo;opposer, volont\u00e9 Divine ou volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe choix face \u00e0 cette alternative entre une souverainet\u00e9 divine et une souverainet\u00e9 populaire a \u00e9t\u00e9 fait, pour ce qui concerne notre \u00e8re moderne, par deux personnes, suivies ensuite de plusieurs autres comme Rousseau, Hobbes et Locke: Nicolo Machiavelli dans <em>Le Prince<\/em> (1513), et Jean Bodin dans les 6 Livres de <em>La R\u00e9publique<\/em> (1576). Comme nous l&rsquo;a dit la source acad\u00e9mique principale \u00e0 laquelle nous nous r\u00e9f\u00e9rons (nous allons beaucoup nous appuyer sur G. Mairet) (5), le principe de souverainet\u00e9 tel qu&rsquo;il est \u00e9tabli par Machiavel et Bodin est le principe moderne de la politique profane. Voyons bri\u00e8vement l&rsquo;apport philosophique de chacun des deux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Machiavel<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe projet machiavellien, d&rsquo;apr\u00e8s Mairet, lib\u00e8re la politique de la tutelle philosophico-th\u00e9ologique o\u00f9 elle se trouve. Pour lui, la v\u00e9rit\u00e9 en politique est qu&rsquo;elle est historique et non hors du devenir: Machiavel appelle cela la n\u00e9cessit\u00e9. Mairet dit que la liaison entre la n\u00e9cessit\u00e9 et la souverainet\u00e9 procure le cadre de la modernit\u00e9 politique. La motivation premi\u00e8re et profonde du pouvoir est la n\u00e9cessit\u00e9, non la vertu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe premier principe machiavellien, dans ce cadre de la souverainet\u00e9 \/ n\u00e9cessit\u00e9, c&rsquo;est que la politique est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;\u00eatre, non du devoir \u00eatre. On ne construit pas un ordre politique avec des id\u00e9es; la philosophie n&rsquo;est pas le guide de l&rsquo;action et le monde n&rsquo;est pas gouvern\u00e9 par les id\u00e9es. Le monde de la politique historique est celui de la force. (6)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe deuxi\u00e8me principe machiavellien est que le juste, et g\u00e9n\u00e9ralement la morale, proc\u00e8de de l&rsquo;action, non l&rsquo;inverse. L&rsquo;action politique n&rsquo;est pas orient\u00e9e par la vertu morale, ni fond\u00e9e sur elle; elle repose au contraire sur la \u00a0\u00bbvirt\u00f9\u00a0\u00bb du prince, c&rsquo;est \u00e0 dire sur sa capacit\u00e9 intellectuelle et tactique \u00e0 s&rsquo;approprier la n\u00e9cessit\u00e9. (6) Autrement dit, le juste est un effet de la force. Ou autrement encore, la vertu proc\u00e8de de la loi, non la loi de la vertu. Or, la loi proc\u00e8de de la souverainet\u00e9, elle proc\u00e8de de la volont\u00e9 du souverain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour Machiavel, donc, l&rsquo;Etat, ou l&rsquo;autorit\u00e9, est fond\u00e9 par un homme et une volont\u00e9, \u00e0 l&rsquo;aide de la force, qui lui permet de donner des lois. Le danger que rel\u00e8ve Mairet est que le juste d\u00e9pende de la loi alors que celle-ci d\u00e9pend de la force. Il y a donc toujours la possibilit\u00e9 que la force devienne loi sous la contrainte de la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autres politologues ont dit sensiblement la m\u00eame chose sur Machiavel. Voyons par exemple Jean-Jacques Chevallier, qui confirme Mairet et l&rsquo;enrichit d&rsquo;autres perspectives. Ainsi pour Chevallier, trois choses sont importantes \u00e0 retenir: s\u00e9paration, autonomie et priorit\u00e9. Le nouvel Etat est s\u00e9par\u00e9 de l&rsquo;Eglise, le monde politique du monde moral; sa politique, ensuite, est autonome, elle est sa propre fin; et enfin, la priorit\u00e9 va au politique, non au reste. Grand pessimiste, Machiavel s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;Etat davantage qu&rsquo;aux fins individuelles: les hommes \u00e9tant ce qu&rsquo;ils sont, l&rsquo;Etat ne repr\u00e9sente-t-il pas ce qui a pu \u00eatre trouv\u00e9 de mieux, ou de moins mauvais, pour les utiliser en ce qu&rsquo;ils ont de bien et les contenir en ce qu&rsquo;ils ont de mal, pour r\u00e9gulariser leurs relations mutuelles? (6)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMachiavel est celui qui refuse la malhonn\u00eatet\u00e9 de dire vrai ce qui ne l&rsquo;est pas. Il veut agir sur la base de r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues, non sur des dogmes que les hommes n&rsquo;appliquent pas. En ce sens, son apport n&rsquo;est pas n\u00e9gatif. Je pense en particulier \u00e0 l&rsquo;importance qu&rsquo;il accorde \u00e0 l&rsquo;action, et nous pourrions trouver une appr\u00e9ciation catholique de l&rsquo;action sans trop de difficult\u00e9. Il y a donc sans doute dans Machiavel une partie saine. Mais il faut voir aussi ce qu&rsquo;il y a de probl\u00e9matique dans son d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour les destins individuels par rapport au r\u00f4le de l&rsquo;Etat, grand r\u00e9gulateur des relations entre les hommes. Supposons qu&rsquo;il n&rsquo;a peut-\u00eatre rien \u00e0 dire sur le salut des hommes pris chacun dans leur dimension unique. Malheureusement, de sa part de v\u00e9rit\u00e9 partielle va sortir un dogme politique qui informera cette discipline cinq si\u00e8cles durant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJacques Maritain est pour sa part tr\u00e8s critique. Pour lui, Machiavel aurait seulement fait \u00e9merger dans la sph\u00e8re de la conscience les moeurs propres \u00e0 son temps et des pratiques communes aux politiciens de puissance de tous les temps. (6)  Maritain l&rsquo;accuse d&rsquo;avoir mal agi en ayant \u00e9rig\u00e9 la politique de puissance au rang du droit: Ce qui \u00e9tait simple fait, avec toute la faiblesse et l&rsquo;inconsistance qui affecte, m\u00eame dans le mal, les choses accidentelles et contingentes, apr\u00e8s Machiavel est devenu droit, avec toute la fermet\u00e9 et la solidit\u00e9 propres aux choses n\u00e9cessaires. (6)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour conclure la s\u00e9paration entre l&rsquo;Eglise et l&rsquo;Etat nous semble avoir \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s, car la politique, comme toute autre activit\u00e9 humaine, n&rsquo;est pas exempt\u00e9e des cons\u00e9quences in\u00e9vitables de l&rsquo;immoralit\u00e9; ensuite, la politique n&rsquo;est pas sa propre fin; et enfin, elle n&rsquo;est peut-\u00eatre pas prioritaire. Bref, la caract\u00e9risation utile de Chevallier nous fournit trois cat\u00e9gories pour contrer Machiavel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Bodin<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJean Bodin intervient dans le d\u00e9bat soixante-trois ans seulement apr\u00e8s Machiavel, en 1576. G\u00e9rard Mairet nie d&rsquo;abord que Bodin soit l&rsquo;anti-Machiavel, comme le pense peut-\u00eatre Maritain qui dit que Bodin a critiqu\u00e9 <em>Le Prince<\/em> avec sagacit\u00e9 et profondeur. (6) D&rsquo;apr\u00e8s Mairet, la souverainet\u00e9, en ses origines, est l&rsquo;\u00e9limination m\u00eame de toute fondation chr\u00e9tienne de l&rsquo;autorit\u00e9. (6) De mani\u00e8re similaire \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Bodin pense que l&rsquo;Etat est d&rsquo;origine historique et humaine et qu&rsquo;il est fond\u00e9 sur la force. La souverainet\u00e9, elle, est la puissance de donner loi, soit la volont\u00e9 du souverain. Ecoutons Mairet: Produit de la volont\u00e9, r\u00e9sultat de la force, l&rsquo;Etat est pour ainsi dire cause de soi et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette autonomie de la politique humaine qu&rsquo;exprime le principe de souverainet\u00e9. [] La souverainet\u00e9 est donc, \u00e0 y bien voir, le principe du fondement profane de la puissance. (6)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn premier principe \u00e0 tirer de Bodin est la place qu&rsquo;il accorde \u00e0 la loi divine. Le souverain doit s&rsquo;y conformer, mais il est seul \u00e0 juger ce qu&rsquo;il faut entendre par loi naturelle et divine. La souverainet\u00e9 de Bodin est absolue. Respecter la loi naturelle et divine, une recommandation que Bodin fait toujours au souverain, est donc un acte de souverainet\u00e9 qui ne d\u00e9pend que de la pure et franche volont\u00e9 souveraine du prince. Bien loin de construire le concept de souverainet\u00e9 en la soumettant \u00e0 la loi naturelle, la souverainet\u00e9 [de Bodin], au contraire, est la th\u00e9orie d&rsquo;un fondement profane de la puissance de l&rsquo;Etat. Et Mairet de conclure: ce qui, chez Machiavel, \u00e9tait une ruse impos\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 du salut de l&rsquo;Etat est, avec Bodin, une structure interne au principe de souverainet\u00e9 lui-m\u00eame. (6)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn deuxi\u00e8me principe \u00e0 tirer de Bodin est la fin, le but, de la souverainet\u00e9. Mairet explique que la souverainet\u00e9 n&rsquo;est pas le principe de l&rsquo;autorit\u00e9 dans l&rsquo;Etat mais qu&rsquo;il est le principe de l&rsquo;Etat, dont tout pouvoir proc\u00e8de. (4) Le souverain a la fondation de la R\u00e9publique pour fin. Ainsi, Mairet explique que Bodin a institu\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que le souverain est seul, qu&rsquo;il fonde l&rsquo;Etat, et qu&rsquo;il n&rsquo;exerce le pouvoir qu&rsquo;en direction de l&rsquo;Etat, non de soi. C&rsquo;est le sens qu&rsquo;il faut donner \u00e0 cette id\u00e9e fondamentale de la modernit\u00e9, selon laquelle la r\u00e9publique se d\u00e9finit comme telle par la souverainet\u00e9 et par rien d&rsquo;autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJacques Chevallier traite aussi de Bodin (5), et ajoute \u00e0 la souverainet\u00e9 une autre id\u00e9e majeure, le naturel des peuples, selon son expression. Pour ce qui est de la souverainet\u00e9, la puissance souveraine de Bodin est pour Chevallier caract\u00e9ris\u00e9e par deux aspects: elle est perp\u00e9tuelle et absolue. Perp\u00e9tuelle dans le sens o\u00f9 le souverain l&rsquo;exerce durant sa vie enti\u00e8re, en son nom propre; absolue dans le sens o\u00f9 le souverain est exempt des lois de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et des siennes propres qui ne peuvent le lier quand bien m\u00eame il le voudrait. Bodin d\u00e9finit la souverainet\u00e9 mais il ne ressent pas le besoin de l&rsquo;expliquer. Elle est inh\u00e9rente \u00e0 la nature des choses. Chevallier explique que Bodin a peut-\u00eatre pr\u00e9par\u00e9 la monarchie absolue, mais qu&rsquo;il voulait d&rsquo;abord proposer en mod\u00e8le \u00e0 Henri IV le r\u00e8gne de Fran\u00e7ois Ier. Et il reconna\u00eetra dans une \u00e9dition de 1578 l&rsquo;existence de limites li\u00e9es \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et \u00e0 certaines lois imprescriptibles, telle la loi salique de succession au tr\u00f4ne, et la loi de l&rsquo;inali\u00e9nabilit\u00e9 du domaine national.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tChevallier traite, bri\u00e8vement il est vrai, un aspect de Bodin que ne rel\u00e8ve pas Mairet et qui est le naturel des peuples. Il entend par l\u00e0 la discussion de l&rsquo;influence g\u00e9ographique et du climat sur le caract\u00e8re des peuples et sur les formes de gouvernement qu&rsquo;il est possible d&rsquo;envisager pour chacun d&rsquo;eux. Cela lui permet d&rsquo;expliquer, entre autres, que la France n&rsquo;a pas un penchant naturel pour la d\u00e9mocratie mais bien pour la royaut\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Pas d&rsquo;Actualit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourquoi dire, comme nous entendons le faire, que les racines du souverainisme ne peuvent pas \u00eatre d&rsquo;une grande aide pour affronter les d\u00e9fis de demain et qu&rsquo;il faut les revisiter? Deux approches sont possibles: juger l&rsquo;\u00e9cart des contextes historiques et de l&rsquo;\u00e9tat de la science politique  le leur et le n\u00f4tre; ou proposer une vision de l&rsquo;avenir et consid\u00e9rer si les id\u00e9es de Bodin et de Machiavel sont bien adapt\u00e9es pour inspirer le pr\u00e9sent et pr\u00e9parer cet avenir. La premi\u00e8re est valable mais requiert des connaissances approfondies du XVI\u00e8me si\u00e8cle. C&rsquo;est donc \u00e0 la deuxi\u00e8me approche que les lignes qui suivent correspondent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMachiavel et Bodin correspondent \u00e0 une p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9mancipation, de prise de conscience individuelle et de d\u00e9sordres politiques issus d&rsquo;une certaine effervescence des structures de la soci\u00e9t\u00e9. N&rsquo;oublions pas, par exemple, que la R\u00e9forme a lieu au XVI\u00e8me si\u00e8cle  grand chamboulement s&rsquo;il en est dans les rep\u00e8res institutionnels tant des peuples que des \u00e9lites. Les deux auteurs correspondent \u00e0 une \u00e9poque qui se croit forte et s&rsquo;essaie \u00e0 la r\u00e9bellion, tout imbue des connaissances et des avanc\u00e9es fantastiques dans tous les domaines que lui a l\u00e9gu\u00e9es le Moyen Age finissant. La chute de Constantinople n&rsquo;est pas loin (1453) et le renouveau dans l&rsquo;ordre monarchique qui na\u00eetra en France au XVII\u00e8me si\u00e8cle n&rsquo;est pas encore l\u00e0 et devra attendre le pardon du Pape \u00e0 Henri IV. L&rsquo;\u00e9poque de Machiavel et de Bodin tend vers l&rsquo;ordre politique mais ne conna\u00eet que d\u00e9sordres; dans le domaine des moeurs et de la pi\u00e9t\u00e9, l&rsquo;homme du XVI\u00e8me sort de la pi\u00e9t\u00e9 soumise qui ne connait pas de choix et entre dans l&rsquo;insoumission, gris\u00e9 par la prise de conscience qu&rsquo;un choix existe et que l&rsquo;homme est libre. Ecoutons, \u00e0 ce sujet, un biographe d&rsquo;Erasme, grande personnalit\u00e9 du XVI\u00e8me si\u00e8cle d\u00e9butant:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tau cours d&rsquo;une seule g\u00e9n\u00e9ration, les donn\u00e9es primitives d&rsquo;appr\u00e9ciation, l&rsquo;espace et le temps, ont totalement chang\u00e9 de valeur et de mesure. [] quand l&rsquo;\u00e2me perd brusquement sa mesure habituelle, quand elle sent glisser les lois et les normes ordinaires, il se produit tout d&rsquo;abord chez elle une confusion in\u00e9vitable, faite d&rsquo;inqui\u00e9tude et d&rsquo;ivresse. (6)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn 1516 s&rsquo;achevaient deux si\u00e8cles de conflits entre la France et la Papaut\u00e9. Philippe le Bel et Boniface VIII s&rsquo;\u00e9taient oppos\u00e9s en 1300. En 1516, la France signait un concordat avec le Vatican qui dura jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9volution fran\u00e7aise et intervint un an avant Luther et sa r\u00e9forme, donnant ainsi \u00e0 la France des garanties d&rsquo;ordre religieux. Pourtant, le XVI\u00e8me si\u00e8cle resta confus, et ce n&rsquo;est que le 17 septembre 1595, plusieurs mois apr\u00e8s la conversion d&rsquo;Henri IV, que le pape Cl\u00e9ment VIII accorda au roi fran\u00e7ais le pardon de l&rsquo;Eglise et que put commencer le tr\u00e8s grand si\u00e8cle chr\u00e9tien et fran\u00e7ais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCeci est en contraste assez marqu\u00e9 avec la p\u00e9riode du XX\u00e8me si\u00e8cle finissant. Notre \u00e9poque est en effet moins similaire \u00e0 celle du d\u00e9but du XV\u00e8me si\u00e8cle que ne le croit Zweig,  qui \u00e9crit d&rsquo;ailleurs en 1935 , du moins sur le point qui importe ici, c&rsquo;est \u00e0 dire des moeurs et de la relation avec le pouvoir et l&rsquo;autorit\u00e9. Le si\u00e8cle de Machiavel gardait un corpus de r\u00e9f\u00e9rence religieuse extr\u00eamement riche, corpus qui irriguait tout le tissu social et qui est tr\u00e8s largement diminu\u00e9 aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le moins que l&rsquo;on puisse dire. Sur les sujets pertinents \u00e0 notre propos, nous allons donc \u00e0 l&rsquo;encontre des tendances propres au XV\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans la sph\u00e8re politique, nous allons de l&rsquo;ordre de la guerre froide au d\u00e9sordre des structures sap\u00e9es et \u00e9clat\u00e9es d&rsquo;une part, aggrav\u00e9 par les efforts acharn\u00e9s de certains de constituer un nouvel ordre  les id\u00e9ologues de l&rsquo;ONU, les \u00e9lites financi\u00e8res, le complexe militaro-industriel des Etats-Unis, etc. En d\u00e9pit de cela, le d\u00e9sordre a de beaux jours devant lui, et, paradoxalement, c&rsquo;est peut-\u00eatre une bonne chose. Car actuellement la politique n&rsquo;est pas fluide comme dans l&rsquo;Italie du XVI\u00e8me si\u00e8cle mais fossilis\u00e9e et conformiste \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame. Il est int\u00e9ressant d&rsquo;\u00e9couter \u00e0 cet \u00e9gard les commentaires r\u00e9cents d&rsquo;un Russe quittant l&rsquo;Occident, Alexandre Zinoviev, qui a toujours su garder une grande ind\u00e9pendance d&rsquo;esprit (7):<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe syst\u00e8me de pouvoir des Etats occidentaux fait l&rsquo;objet d&rsquo;un partage de fonctions selon l&rsquo;axe vertical: une part du gouvernement, comprenant en g\u00e9n\u00e9ral le chef de l&rsquo;ex\u00e9cutif, assume le r\u00f4le d&rsquo;acteur et de repr\u00e9sentant du m\u00e9canisme financier. Le syst\u00e8me effectif du pouvoir et de l&rsquo;\u00e9conomie du monde occidental est ainsi fait que le gouvernement et l&rsquo;\u00e9conomie des pays pris s\u00e9par\u00e9ment se transforme de plus en plus en des rouages de ce syst\u00e8me, mais sous une forme d\u00e9pouill\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pr\u00e9sume qu&rsquo;une main invisible gouverne le march\u00e9 et l&rsquo;\u00e9conomie occidentaux. En r\u00e9alit\u00e9, aussi bien le march\u00e9 que l&rsquo;\u00e9conomie, le gouvernement et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble sont gouvern\u00e9s par la main bien visible, quoique d\u00e9guis\u00e9e du supragouvernement \/supra\u00e9conomie, dont l&rsquo;organe ex\u00e9cutif r\u00e9side dans le m\u00e9canisme financier. Le m\u00e9canisme du totalitarisme financier est constitu\u00e9 par le syst\u00e8me financier g\u00e9ant de la soci\u00e9t\u00e9, qui est d\u00e9sormais conditionn\u00e9 avant tout par le nombre infini des \u00e9changes financiers s&rsquo;\u00e9tendant sur tous les aspects de la vie des hommes et de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, et notamment tout ce qui est li\u00e9 au capitalisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[] D&rsquo;outil de l&rsquo;\u00e9conomie, le m\u00e9canisme financier s&rsquo;est transform\u00e9, dans l&rsquo;Occident contemporain, en facteur pr\u00e9dominant de l&rsquo;\u00e9conomie. De ce fait, la sph\u00e8re \u00e9conomique a englob\u00e9 celles de la culture, de l&rsquo;instruction, des loisirs, du sport ainsi que toutes les autres, qui auparavant n&rsquo;en faisaient pas partie.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn sent dans le court essai d&rsquo;o\u00f9 sont tir\u00e9es ces citations que l&rsquo;homme de la rue occidental n&rsquo;est pas en train d&rsquo;entrer dans la libert\u00e9 et dans la conscience de lui-m\u00eame, tel que ce fut le cas au XVI\u00e8me si\u00e8cle. Bien au contraire, l&rsquo;individu est moins libre aujourd&rsquo;hui et, m\u00eame s&rsquo;il en a le pressentiment, il ne peut bien souvent en deviner les raisons historiques et politiques. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans la sph\u00e8re des moeurs, l&rsquo;\u00e9poque est \u00e0 l&rsquo;insoumission achev\u00e9e et elle cherche sans plus de boussole les certitudes plut\u00f4t que la libert\u00e9, ce qui n&rsquo;est pas sans risques et sans danger d&rsquo;ailleurs. L&rsquo;homme du XXI\u00e8me si\u00e8cle commence \u00e0 sortir de l&rsquo;incroyance douloureuse qui ne conna\u00eet aucune certitude et cherche un homme devant qui plier le genou, ne connaissant plus Dieu; il est pris de vertige \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que la libert\u00e9 de l&rsquo;homme lui requiert de choisir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFace \u00e0 cette d\u00e9sorientation achev\u00e9e, notre conviction est que le souverainisme inchang\u00e9 est inadapt\u00e9. Consid\u00e9rons alors ce que pourrait \u00eatre l&rsquo;autre souverainisme, non pas le populaire mais le divin, celui empreint de la tradition catholique. L&rsquo;on reconna\u00eetra peut-\u00eatre qu&rsquo;il y a l\u00e0 mati\u00e8re bien plus moderne que toute l&rsquo;\u00e9poque moderne, et ambition bien plus exaltante que tout progr\u00e8s d\u00e9j\u00e0 maintes fois promis.<\/p>\n<h3>III  LE SOUVERAINISME CATHOLIQUE<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tQue propose l&rsquo;Eglise catholique et les chr\u00e9tiens plus g\u00e9n\u00e9ralement en mati\u00e8re de souverainisme, ou, autrement dit, en mati\u00e8re d&rsquo;organisation politique? Je me suis arr\u00eat\u00e9 sur J. Ousset, directeur, en son temps, de \u00a0\u00bbLa Cit\u00e9 Catholique\u00a0\u00bb, et sur Donoso Cort\u00e8s, diplomate, homme politique et \u00e9crivain catholique de l&rsquo;Espagne du XIX si\u00e8cle. Ce dernier date un peu mais il s&rsquo;est beaucoup exprim\u00e9, et merveilleusement bien, sur la relation entre l&rsquo;Eglise et le lib\u00e9ralisme et la modernit\u00e9; ses propos nous int\u00e9ressent donc tout particuli\u00e8rement. Enfin, j&rsquo;ai aussi \u00e9tudi\u00e9 un auteur catholique plus r\u00e9cent et exposerai donc l&rsquo;apport de W. Cavanaugh, professeur de th\u00e9ologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de St. Thomas \u00e0 Saint Paul, Minnesota.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa doctrine catholique sur la politique se nomme plus g\u00e9n\u00e9ralement la doctrine sociale de l&rsquo;Eglise, car c&rsquo;est une doctrine qui tend \u00e0 expliquer le r\u00f4le et l&rsquo;ambition du chr\u00e9tien dans la cit\u00e9 terrestre, en position de responsabilit\u00e9s politiques comme en position de simple citoyen. Elle est donc compl\u00e8te et forme un tout; ce n&rsquo;est pas la moindre de ses caract\u00e9ristiques de base. Elle propose entre autres choses des r\u00e9ponses \u00e0 deux questions, importantes pour notre propos  les fins de la politique, et l&rsquo;exercice de l&rsquo;autorit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Les fins de la politique<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ. Ousset \u00e9crit qu&rsquo;un sens aigu de la fin de l&rsquo;homme, autant dire de son v\u00e9ritable \u00e9panouissement, est indispensable \u00e0 une saine intelligence de l&rsquo;ordre politique. [] car il serait inconcevable que la r\u00e9ponse apport\u00e9e au probl\u00e8me de notre fin (de notre v\u00e9ritable \u00e9panouissement) n&rsquo;ait aucun int\u00e9r\u00eat au chapitre o\u00f9 l&rsquo;on se pr\u00e9occupe de promouvoir cet \u00e9panouissement humain par la vertu d&rsquo;un ordre social judicieux. (8)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDonoso Cort\u00e8s parle aussi de la fin de l&rsquo;homme mais indirectement, en montrant ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPuis, il faut tourner nos regards vers l&rsquo;Histoire et constater de quelle merveilleuse mani\u00e8re Dieu dispose les \u00e9v\u00e9nements humains, []sans que l&rsquo;homme soit moins ma\u00eetre de ses actions parce que Lui est ma\u00eetre des \u00e9v\u00e9nements. Pour cela, il faut appr\u00e9cier comment Dieu suscite en temps opportun les conqu\u00e9rants et les conqu\u00eates, les capitaines et les guerres, et comment sans transition il restaure et apaise toutes choses en terrassant les guerriers et en pliant l&rsquo;orgueil des conqu\u00e9rants; comment il permet que s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent des tyrans contre un peuple p\u00e9cheur et comment il consent que les peuples rebelles deviennent \u00e0 l&rsquo;occasion le fl\u00e9au des tyrans []. Il faut, enfin, voir les hommes errer en aveugles dans ce labyrinthe de l&rsquo;Histoire que les g\u00e9n\u00e9rations humaines construisent sans qu&rsquo;aucune d&rsquo;entre elles puisse dire quelle est sa structure, o\u00f9 se trouve son entr\u00e9e, ni en quoi consiste sa sortie. (9)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn discerne chez ces deux auteurs quelques points \u00e0 relever par rapport aux modernes que nous introduisions plus haut:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; d&rsquo;abord, la politique est au service d&rsquo;une fin qui la d\u00e9passe et qu&rsquo;il faut identifier;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCeci est en contradiction avec le premier principe de Machiavel que nous relevions plus haut et qui affirmait que la politique est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;\u00eatre, non du devoir \u00eatre. Ousset dit qu&rsquo;il faut s&rsquo;interroger sur la fin ultime de l&rsquo;homme pour promouvoir un ordre social judicieux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Ensuite, Cort\u00e8s dit que la politique doit moins tenter de conduire les \u00e9v\u00e9nements que d&rsquo;y puiser les occasions de faire son salut et de conformer les actes individuels et des groupes, ceux de son pays, par exemple, au plan divin et \u00e0 la volont\u00e9 divine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn voit l\u00e0 une distinction d&rsquo;avec le deuxi\u00e8me principe de Machiavel qui sugg\u00e9rait que l&rsquo;action d\u00e9finissait ce qui est juste. Cort\u00e8s dit plut\u00f4t que ce qui est juste existe et que l&rsquo;action humaine permet de s&rsquo;y rallier, au del\u00e0 des \u00e9v\u00e9nements en quelque sorte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus pr\u00e9cis\u00e9ment, la fin de l&rsquo;homme est donn\u00e9e par Saint Ignace, dans la premi\u00e8re semaine de ses Exercices spirituels: L&rsquo;homme est cr\u00e9\u00e9 pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son \u00e2me. L\u00e0 est l&rsquo;essentiel, mais le paragraphe se poursuit: et les autres choses qui sont sur la terre sont cr\u00e9\u00e9es \u00e0 cause de l&rsquo;homme et pour l&rsquo;aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marqu\u00e9e en le cr\u00e9ant. D&rsquo;o\u00f9 il suit qu&rsquo;il doit en faire usage autant qu&rsquo;elles le conduisent vers sa fin, et qu&rsquo;il doit s&rsquo;en d\u00e9gager autant qu&rsquo;elles l&rsquo;en d\u00e9tournent. (10)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn touche l\u00e0 \u00e0 un point important de distinction entre les modernes et les catholiques. Les modernes ne proposent pas de fin pour l&rsquo;homme mais demandent que chacun puisse la chercher pour lui-m\u00eame; pour les modernes, l&rsquo;ordre politique consiste \u00e0 cr\u00e9er des institutions suffisamment fortes et \u00e9quilibr\u00e9es pour donner \u00e0 chacun la libert\u00e9 d&rsquo;une recherche personnelle authentique et l&rsquo;ordre d&rsquo;une vie sociale r\u00e9gl\u00e9e pour que cette libert\u00e9 soit effective. Pour les catholiques, la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est pas une fin en soi mais un moyen essentiel pour arriver \u00e0 Dieu, le louer et sauver son \u00e2me, comme l&rsquo;explique Saint Ignace; d&rsquo;o\u00f9 il ressort que le type de soci\u00e9t\u00e9 importe grandement. Le pape Pie XII expliqua dans un discours du 11 juin 1941 que de la forme donn\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 conforme ou non aux lois divines, d\u00e9pend et d\u00e9coule le bien ou le mal des \u00e2mes, c&rsquo;est-\u00e0-dire le fait que les hommes, appel\u00e9s tous \u00e0 \u00eatre vivifi\u00e9s par la gr\u00e2ce divine, respirent, dans les contingences terrestres du cours de la vie, l&rsquo;air sain et vivifiant de la v\u00e9rit\u00e9 et des vertus morales ou, au contraire, le microbe morbide et souvent mortel de l&rsquo;erreur et de la d\u00e9pravation. (11)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDonc de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il faut retenir que la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est pas le bonheur, mais qu&rsquo;elle doit et peut y conduire, selon qu&rsquo;elle est ordonn\u00e9e en fonction de la fin des individus. Cort\u00e8s va plus loin et d\u00e9fend l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle il faut que la soci\u00e9t\u00e9 soit catholique pour qu&rsquo;elle soit paisible et puisse ainsi conduire l&rsquo;homme \u00e0 son \u00e9panouissement et \u00e0 sa fin:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est qu&rsquo;il est impossible, d&rsquo;une totale impossibilit\u00e9, d&#8217;emp\u00eacher le d\u00e9cha\u00eenement des r\u00e9volutions et l&rsquo;av\u00e8nement des tyrannies, qui ne sont qu&rsquo;une et m\u00eame chose, puisqu&rsquo;elles se ram\u00e8nent toutes \u00e0 la domination de la force, d\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 l&rsquo;on a rel\u00e9gu\u00e9 l&rsquo;Eglise dans le sanctuaire et Dieu dans le ciel. Vouloir combler l&rsquo;\u00e9norme vide que leur absence laisse dans la soci\u00e9t\u00e9, en cherchant \u00e0 distribuer les pouvoirs publics de fa\u00e7on artificielle et \u00e9quilibr\u00e9e, n&rsquo;est que folle pr\u00e9somption et que vain propos (12)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;italien G. Ferrero, dans un autre livre, avait identifi\u00e9 le probl\u00e8me majeur de la politique comme \u00e9tant la peur des dirigeants envers la r\u00e9bellion toujours possible des administr\u00e9s, et la peur des administr\u00e9s envers la tyrannie toujours possible des dirigeants. Or, Cort\u00e8s explique que l&rsquo;Eglise a toujours condamn\u00e9 les r\u00e9bellions et sanctifi\u00e9 l&rsquo;ob\u00e9issance, comme l&rsquo;obligation commune \u00e0 tous les hommes, d&rsquo;une part; et qu&rsquo;elle a toujours enseign\u00e9 aux peuples qu&rsquo;aucun homme n&rsquo;a de droit sur l&rsquo;homme, parce que toute autorit\u00e9 vient de Dieu, que ne peut \u00eatre grand que celui qui est petit \u00e0 ses propres yeux, que les pouvoirs ne sont institu\u00e9s que pour le bien, que commander \u00e9gale servir, et que toute primaut\u00e9 est un myst\u00e8re et, en cons\u00e9quence, un sacrifice. (13) Les catholiques professent qu&rsquo;un ordre social juste ne peut pas m\u00eame exister si l&rsquo;on rel\u00e8gue l&rsquo;Eglise dans le sanctuaire et Dieu dans le ciel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tS&rsquo;il est av\u00e9r\u00e9 que le souverainisme catholique est diff\u00e9rent de celui des modernes, il convient, en traitant de l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;autorit\u00e9, de savoir ce qu&rsquo;il propose de positif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>L&rsquo;exercice de l&rsquo;autorit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux moments de l&rsquo;Ecriture sainte traitent de l&rsquo;autorit\u00e9: la parole de J\u00e9sus \u00e0 Pilate (tu n&rsquo;aurais sur Moi aucun pouvoir s&rsquo;il ne t&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;en haut) (14), et la parole de Paul aux Romains (aucun pouvoir qui ne vienne de Dieu) (15).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;autorit\u00e9 vient de Dieu, et pour le pr\u00e9ciser, Ousset explique d&rsquo;abord que lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sportive, d&rsquo;un club de lecture ou autre chose de ce genre, l&rsquo;autorit\u00e9 se manifeste selon les modalit\u00e9s de ce contrat libre entre personnes; mais que lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de la soci\u00e9t\u00e9 humaine qui n&rsquo;est pas un contrat libre mais qui est naturelle, l&rsquo;autorit\u00e9 sociale vient n\u00e9cessairement de Dieu, auteur de la nature, suivant les modalit\u00e9s de l&rsquo;ordre naturel. (16)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;autorit\u00e9 ne r\u00e9side donc pas dans le peuple, comme Rousseau voudrait nous le faire penser, mais en Dieu. On voit l\u00e0 les deux options de B. de Jouvenel (souverainet\u00e9 populaire ou divine). Pour que l&rsquo;autorit\u00e9 puisse appartenir au peuple, au sens plein du mot, il faudrait que le peuple ait le pouvoir de modifier cet ordre naturel des choses dont les dispositions ne sont que les moyens dont Dieu se sert pour gouverner ordinairement les \u00eatres libres que nous sommes. (17) Or, le peuple ne peut rien changer \u00e0 l&rsquo;ordre naturel des choses. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu plus donc, le peuple peut \u00eatre, entre autres moyens, l&rsquo;organe de d\u00e9signation de ceux qui d\u00e9tiennent l&rsquo;autorit\u00e9. Et la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;autorit\u00e9 ne r\u00e9sulte pas de l&rsquo;adh\u00e9sion des assujettis, [mais] du fait qu&rsquo;elle correspond bien \u00e0 ce qui la fonde et fait sa raison d&rsquo;\u00eatre. (18)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 pour l&rsquo;origine. Quant \u00e0 son exercice, quelques traits caract\u00e9ristiques tir\u00e9s de J. Ousset sont  \u00e0 m\u00eame de nous \u00e9clairer:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; elle peut devenir l&rsquo;objet d&rsquo;une appropriation l\u00e9gitime, n\u00e9cessaire par ailleurs pour qu&rsquo;elle se manifeste dans le concret;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; elle demeure pr\u00e9caire; sa l\u00e9gitimit\u00e9 est successive et jamais d\u00e9finitive, ni acquise une fois pour toutes;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; elle doit \u00eatre renouvel\u00e9e \u00e0 tout moment;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; elle perd son titre aussit\u00f4t qu&rsquo;elle cesse de remplir sa fonction, qui est d&rsquo;\u00eatre au service de tous les assujettis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, Ousset explique que l&rsquo;autorit\u00e9 peut \u00eatre absolue, ce qui ne veut pas dire qu&rsquo;elle soit sans limite ni frein:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAutorit\u00e9 absolue signifie: autorit\u00e9 qui est justifi\u00e9e et qui n&rsquo;a \u00e0 \u00eatre justifi\u00e9e que par son objet m\u00eame. Bien loin de signifier qu&rsquo;elle soit sans frein et sans limites, c&rsquo;est sous-entendre, au contraire, qu&rsquo;elle se limite \u00e0 son objet; et que son exercice cesse d&rsquo;\u00eatre justifi\u00e9 s&rsquo;il le d\u00e9passe ou ne l&rsquo;atteint pas. (19)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe Donoso Cort\u00e8s, il faut retenir deux grandes le\u00e7ons: qu&rsquo;il n&rsquo;est pas d&rsquo;ordre politique qui ne soit catholique, d&rsquo;abord; que les erreurs d&rsquo;ordre politique rel\u00e8vent toutes d&rsquo;erreurs d&rsquo;ordre religieux, ensuite. Pour l&rsquo;ordre, l&rsquo;Eglise recherche un certain \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels et les int\u00e9r\u00eats moraux et religieux afin que chaque chose soit \u00e0 sa place et qu&rsquo;il y ait une place pour chaque chose. (20) Elle souhaite que les int\u00e9r\u00eats moraux et religieux occupent la premi\u00e8re place et que les int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels ne viennent qu&rsquo;apr\u00e8s. Quand aux erreurs, Cort\u00e8s s&rsquo;arr\u00eate sur la souverainet\u00e9, la volont\u00e9 et les app\u00e9tits:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Premi\u00e8re erreur: le principe de l&rsquo;ind\u00e9pendance et de la souverainet\u00e9 de la raison humaine, qui conduit, en politique, \u00e0 la souverainet\u00e9 de l&rsquo;intelligence;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Deuxi\u00e8me erreur: l&rsquo;affirmation selon laquelle la volont\u00e9 peut incliner au bien sans l&rsquo;appel et sans l&rsquo;impulsion de la gr\u00e2ce, qui conduit, en politique, \u00e0 d\u00e9fendre que puisque toute volont\u00e9 est droite, on ne doit pr\u00e9tendre en diriger aucune, mais bien les laisser toutes diriger;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Troisi\u00e8me erreur: l&rsquo;affirmation selon laquelle les app\u00e9tits des hommes sont bons, qui conduit, en politique, \u00e0 d\u00e9fendre que les gouvernements doivent oeuvrer principalement \u00e0 satisfaire toutes les concupiscences.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais Cort\u00e8s nous fournit aussi un exemple de description positive de ce qu&rsquo;est un ordre catholique:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuand les commandements de Dieu sont exactement observ\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire quand les princes font preuve de mansu\u00e9tude et les peuples d&rsquo;ob\u00e9issance, une mansu\u00e9tude et une ob\u00e9issance \u00e9galement amoureuses, de cette soumission simultan\u00e9e \u00e0 tous les commandements divins r\u00e9sulte un certain ordre social, un certain \u00e9tat de choses, un certain bien-\u00eatre, \u00e0 la fois individuel et commun, qui est ce que j&rsquo;appelle l&rsquo;\u00e9tat de libert\u00e9, et qui l&rsquo;est vraiment, parce que c&rsquo;est un \u00e9tat o\u00f9 r\u00e8gne la justice, et que la justice est ce qui nous rend libres. [] la libert\u00e9 catholique est le r\u00e9sultat g\u00e9n\u00e9ral de la bonne ordonnance de l&rsquo;ensemble des organes; le r\u00e9sultat g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;harmonie et de l&rsquo;entente de l&rsquo;ensemble des institutions. (21)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous voici mieux arm\u00e9s pour comprendre et juger de ce qu&rsquo;est l&rsquo;ordre souverain en politique pour la Tradition catholique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA toutes les \u00e9poques, il incombe \u00e9videmment aux catholiques de se battre pour annoncer l&rsquo;Evangile et d&rsquo;uvrer pour l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;un ordre social juste, c&rsquo;est-\u00e0-dire catholique. A notre \u00e9poque, les d\u00e9fis auxquels sont confront\u00e9s les pouvoirs publics en France et en Europe semblent \u00e0 un catholique comme une justification a contrario de la doctrine de l&rsquo;Eglise. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;heure est en effet au combat, celui de toujours, mais aujourd&rsquo;hui particuli\u00e8rement \u00e2pre, entre les forces destructurantes et les forces structurantes; entre, d&rsquo;une part, nous semble-t-il, la globalisation, diff\u00e9rente de la mondialisation qui est neutre alors que la globalisation est avant tout destructuration, et d&rsquo;autre part, l&rsquo;ordre construit, qui permet \u00e0 chacun d&rsquo;\u00eatre lui-m\u00eame et qui, s&rsquo;il n&rsquo;est pas profane, comme les deux ou quatre cent derni\u00e8res ann\u00e9es nous l&rsquo;ont montr\u00e9, doit donc \u00eatre catholique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous voulons donc conclure ce trop bref essai par quelques citations de W. Cavanaugh qui r\u00e9fl\u00e9chit de mani\u00e8re f\u00e9conde, nous semble-t-il, sur le probl\u00e8me malheureux de l&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;Eglise de la sph\u00e8re politique et publique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe moment de la distinction du sacr\u00e9 et du s\u00e9culier en politique, deux ordres jusque-l\u00e0, dit-on, ind\u00fbment confondus, est habituellement tenu pour l&rsquo;acte de naissance de la politique moderne. A l&rsquo;encontre de cette vision de l&rsquo;histoire, j&rsquo;essaierai de d\u00e9montrer que la conception politique moderne fut non pas con\u00e7ue mais imagin\u00e9e, invent\u00e9e, en m\u00eame temps que notre concept moderne de religion, qui au culte public rendu \u00e0 Dieu dans la liturgie substitua une religiosit\u00e9 tout int\u00e9rieure et individuelle. (22)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCavanaugh consid\u00e8re que la religion a \u00e9t\u00e9 ind\u00fbment privatis\u00e9e et sa place dans le d\u00e9bat public cantonn\u00e9e hors de la politique dans la sph\u00e8re r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile, et ce sous le pr\u00e9texte que l&rsquo;Etat seul pouvait esp\u00e9rer maintenir la paix civile et la s\u00e9curit\u00e9 des personnes que les discordes religieuses mena\u00e7aient sans cesse. Il explique que cette vision est fausse historiquement et que la religion n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 la cause des guerres du XVI\u00e8me et XVII\u00e8me si\u00e8cles. L&rsquo;Etat a men\u00e9 un combat pour enlever \u00e0 la religion sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 et asseoir ainsi sa souverainet\u00e9 sans partage sur les individus; l&rsquo;Etat moderne \u00e9tait n\u00e9. Par les victoires qu&rsquo;ont constitu\u00e9, selon Cavanaugh, pour la France le concordat de Bologne en 1516, et pour l&rsquo;Espagne les concessions de l&rsquo;Eglise envers la couronne entre 1482 et 1508, l&rsquo;Etat gagna en ind\u00e9pendance par rapport au pouvoir spirituel. L\u00e0 o\u00f9 ne furent pas sign\u00e9s de tels concordats, en Angleterre, en Allemagne, en Scandinavie notamment, l&rsquo;Eglise et les souverains s\u00e9culiers entr\u00e8rent dans des conflits qui tous contribu\u00e8rent de fa\u00e7on significative au succ\u00e8s de la R\u00e9forme et cela d\u00e8s avant l&rsquo;apparition de Luther. (23)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn lisant Cavanaugh, on voit que l&rsquo;Etat a tendu des si\u00e8cles durant \u00e0 s&rsquo;arroger une place toujours plus grande pour \u00eatre bient\u00f4t l&rsquo;unique interlocuteur de l&rsquo;individu. Pour le professeur de th\u00e9ologie am\u00e9ricain, le d\u00e9but du processus est dans la d\u00e9finition moderne de la loi, con\u00e7ue comme un corpus juridique \u00e9labor\u00e9 par l&rsquo;Etat et non, on l&rsquo;imagine, comme quelque chose de transcendant ou de r\u00e9v\u00e9l\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tl&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une unit\u00e9 nationale ouverte au pluralisme religieux devint ainsi la traduction moderne de l&rsquo;id\u00e9al chr\u00e9tien d&rsquo;unit\u00e9 et de paix. (24)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt plus loin,<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour prix de la libert\u00e9 religieuse, l&rsquo;Eglise, en abandonnant le corps des fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;Etat, a accept\u00e9 tacitement la conception moderne de la religion, qui s\u00e9pare pi\u00e9t\u00e9 int\u00e9rieure et conduite ext\u00e9rieure. Depuis lors, les croyants sont soumis \u00e0 une double all\u00e9geance, qui entretient un \u00e9tat de schizophr\u00e9nie dont seule nous d\u00e9livrera la red\u00e9couverte de l&rsquo;id\u00e9e thomiste de la religion comme vertu. Les vertus, en effet, impliquent la personne toute enti\u00e8re, corps et \u00e2me, et trouvent dans la liturgie le cadre naturel de leur exercice, destin\u00e9 \u00e0 former le chr\u00e9tien au service de Dieu. [] les vertus s&rsquo;acqui\u00e8rent donc collectivement, au sein d&rsquo;une communaut\u00e9 eccl\u00e9siale locale, membre du Corps du Christ, et dans cette communaut\u00e9, par la participation \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de l&rsquo;Eucharistie, sacrement de l&rsquo;unit\u00e9 et de la paix, qui est le creuset d&rsquo;une \u00e9thique politique authentiquement chr\u00e9tienne. <\/p>\n<h3>CONCLUSION<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe souverainisme est de retour, disions-nous en introduction, et cel\u00e0 est une excellente chose. Ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas tant que le souverainisme catholique est adapt\u00e9 \u00e0 la situation actuelle mieux que ne le serait le souverainisme des modernes, profane et anti-religieux. C&rsquo;est plut\u00f4t la situation actuelle qui nous donne une occasion renouvel\u00e9e de marquer la sup\u00e9riorit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 catholique ordonn\u00e9e \u00e0 Dieu et \u00e0 son plan pour l&rsquo;homme. Cette occasion, l&rsquo;Eglise en tant que telle et ses membres individuellement se doivent de la saisir et de d\u00e9noncer avec force et \u00e0 nouveau le souverainisme de l&rsquo;incroyant, de Machiavel  celui de l&rsquo;ind\u00e9pendence de l&rsquo;homme par rapport \u00e0 Dieu. Les modernes avaient sans aucun doute de bonnes raisons et un contexte propre qui rendent vain d&rsquo;essayer de juger aujourd&rsquo;hui la valeur de ce qu&rsquo;ils proposaient hier. Mais aujourd&rsquo;hui, il importe d&rsquo;identifier l&rsquo;importance grandissante du souverainisme comme seul ou dernier rempart contre les forces destructurantes et de lui donner l&rsquo;assise qui permettra sa p\u00e9rennit\u00e9; celle-ci est illusoire avec le bagage historique du souverainisme fond\u00e9 par Machiavel et Bodin. Mais compris dans son sens chr\u00e9tien, en effet, la souverainet\u00e9 est \u00e9videmment l&rsquo;id\u00e9e politique ma\u00eetresse du d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle puisque c&rsquo;est d&rsquo;elle que les hommes tireront les instruments dont ils ont besoin pour garder leur identit\u00e9, la retrouver aussi, parfois, et \u00eatre eux-m\u00eames, enfin, enfants de Dieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (1) Gu\u00e9naire, M. Le Prince Moderne, Paris: Flammarion, 1998.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (2) Maritain, J. Principes d&rsquo;une politique humaniste, New York: ed. de la Maison fran\u00e7aise, 1944<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (3) Ferrero, G. Pouvoir, Paris: librairie g\u00e9n\u00e9rale fran\u00e7aise, 1988.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (4) Jouvenel, B. de. Du Pouvoir, Paris: Hachette, 1972.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (5) Mairet, G. Le Principe de Souverainet\u00e9. Paris: Gallimard, 1997<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (6) Mairet, p. 25.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (7) Mairet, p. 27.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (8) Chevallier, J. Histoire de la pens\u00e9e politique (Paris: Payot, 1993), p. 230.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (9) Maritain, J. \u00a0\u00bbLa fin du machiavelisme\u00a0\u00bb dans Principes d&rsquo;une politique humaniste (New York: De la maison fran\u00e7aise, 1944), p. 174.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (10) Maritain, pp. 175-6.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (11) Maritain, 173<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (12) Mairet, p. 30.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (13) Mairet, p. 31.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (14) Mairet, p. 33.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (15) Mairet, p. 34.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (16) Chevallier, pp. 269-282.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (17) Zweig, S. Erasme. Paris: Grasset, 1935, p. 29.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (18) Zinoviev, A. La grande rupture. Paris: L&rsquo;Age d&rsquo;homme, 1999.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (19) Ousset, J. Fondements de la Cit\u00e9, (Paris: DMM-ICTUS, 1989), p. 86.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (20) Cort\u00e8s, Lettre au Cardinal Fornari, L&rsquo;\u00e2ge d Homme, p. 75.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (21) Ousset, p. 87.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (22) D. Sureau, Catholiques face \u00e0 la politique in La Pens\u00e9e catholique N. 267 (Nov-D\u00e9c 1993), p. 60.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (23) Cort\u00e8s, p. 77.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (24) Cort\u00e8s, p. 78.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (25) Jo XIX, 11.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (26)Rom, XIII, 1.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (27) Ousset, p. 198.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (28) Ousset, p. 198.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (29) Ousset, p. 199.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (30) Ousset, p. 204. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (31) Cort\u00e8s, p. 79.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (32) Cort\u00e8s, p. 100-101<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (33) Cavanaugh, W. Eucharistie et mondialisation, (Gen\u00e8ve: Ed. Ad solem, 2001), p. 8. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (34) Cavanaugh, p. 40.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (35) Cavanaugh, p. 79.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@NOTES = (36) Cavanaugh, p. 80.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les fondements du souverainisme Par Damien Arnaud On ne b\u00e2tit pas impun\u00e9ment sur l&rsquo;erreur. H. Le Caron INTRODUCTION Le souverainisme revient, en France comme ailleurs, et c&rsquo;est une excellente chose. 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