{"id":65258,"date":"2002-09-22T00:00:00","date_gmt":"2002-09-22T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/09\/22\/de-ladmiration-eperdue-au-contre-pied\/"},"modified":"2002-09-22T00:00:00","modified_gmt":"2002-09-22T00:00:00","slug":"de-ladmiration-eperdue-au-contre-pied","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/09\/22\/de-ladmiration-eperdue-au-contre-pied\/","title":{"rendered":"De l&rsquo;admiration \u00e9perdue au contre-pied"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">De l&rsquo;admiration \u00e9perdue au contre-pied<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avions remarqu\u00e9, le 17 septembre, apr\u00e8s l&rsquo;annonce de l&rsquo;acceptation de l&rsquo;Irak des inspecteurs de l&rsquo;ONU, combien les Am\u00e9ricains \u00e9taient peu int\u00e9ress\u00e9s par la nouvelle. Peu d&rsquo;articles, peu ou pas de commentaires. M\u00eame des sites mi-oppositionnels, mi-dissidents (Antiwar, Cursor, etc), mentionnaient la chose en citant un ou deux articles, puis passaient \u00e0 autre chose, ou bien n&rsquo;y venaient qu&rsquo;apr\u00e8s deux ou trois autres sujets d&rsquo;abord trait\u00e9s. Le 17 au soir (le matin pour les USA), CNN ne parlait quasiment pas de cette affaire. Cette indiff\u00e9rence alla m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 nous troubler : n&rsquo;aurions pas mal compris les nouvelles ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous n&rsquo;avions pas mal compris. L&rsquo;acceptation de Saddam, le 16 septembre, repr\u00e9sente dans le jeu tactique en cours, quoiqu&rsquo;il en soit des intentions, des vertus diverses et des pens\u00e9es d\u00e9testables des uns et des autres, un coup favorable \u00e0 l&rsquo;Irak et (surtout) aux adversaires dissimul\u00e9s (ils sont l\u00e9gion \u00e0 l&rsquo;ONU) de la guerre am\u00e9ricaine. Nous dirions m\u00eame que, depuis l&rsquo;invasion du Kowe\u00eft le 1er ao\u00fbt 1990, c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que Saddam semble faire preuve d&rsquo;un peu de jugeotte politique. Depuis, comme on le sait, le regroupement que les USA avaient forc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ONU sous la pression de menaces et promesses diverses a connu une fortune diverse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDonc, nous n&rsquo;avions pas mal compris. Reste le myst\u00e8re am\u00e9ricain de ce silence, de cette indiff\u00e9rence du 17 septembre. <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/Iraq\/Story\/0,2763,794135,00.html\" class=\"gen\">Un article du Guardian du 18 septembre<\/a>,  entre autres, mais celui-ci est remarquablement disert et clair sur le sujet  nous en donnait une description et tentait de la compl\u00e9ter par une explication vague et g\u00e9n\u00e9rale. Voici une citation :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The word from the White House was that they had expected this all along. The offer from Iraq to re-admit weapons inspectors was no surprise, according to the usual, anonymous, administration sources in their early morning response yesterday. Much of the US media took them at their word: one of the network breakfast shows decided it was such a mundane development that its headline was about the death sentence passed on a California child killer.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>There followed a period of strange silence, not just from George Bush but from opposition politicians. In truth, everyone was trying to digest the implications.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The president did appear in the White House rose garden after breakfast, but only to mark the 215th anniversary of the signing of the US constitution and lecture the country&rsquo;s schoolchildren on the importance of learning history. As his own presidency has shown most dramatically, this might include a lesson on expecting the unexpected.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>Une bouff\u00e9e de fascination admirative <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe premier fait \u00e9tabli sans avancer d&rsquo;explication (on verra plus loin), passons \u00e0 un second que le <em>Guardian<\/em> r\u00e9sume pour nous dans le m\u00eame article (nous recommandons d&rsquo;avoir \u00e0 l&rsquo;esprit ce qualificatif rapide qui vaut un long discours : \u00ab <em>masterful speech<\/em> \u00bb) :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>If Mr Bush really had anticipated this, he would have handled things a little differently. For four and a half days, since his masterful speech last Thursday, he has dominated the global diplomatic agenda in a manner he has not managed since this time last year, in the days after the September 11 attacks.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Suddenly, with what Colin Powell dismissively described as just a one and a quarter page letter, the picture has changed yet again, in a manner that must inevitably delay the administration&rsquo;s plan to topple Saddam Hussein  perhaps only for days if Iraq should suddenly reveal its ifs and buts, but perhaps indefinitely.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe discours du 12 septembre fut assez \u00e9trange. Chacun y vit ce qui l&rsquo;arrangeait. Les Europ\u00e9ens et les Arabes y virent un retour des USA dans le circuit multilat\u00e9raliste\/ONU, donc une concession notable de l&rsquo;administration GW m\u00e9ritant par cons\u00e9quent de leur part une \u00e9volution vers la th\u00e8se am\u00e9ricaine (ce qui fut fait promptement). Les Am\u00e9ricains y virent pour l&rsquo;essentiel une habile manoeuvre pour placer l&rsquo;ONU devant ses responsabilit\u00e9s et l&rsquo;\u00e9liminer d\u00e9finitivement du chemin qui m\u00e8ne \u00e0 la guerre  ce que l&rsquo;institut Stratfor, <a href=\"http:\/\/www.worldnetdaily.com\/news\/article.asp?ARTICLE_ID=28925\" class=\"gen\">qui d\u00e9veloppa cette th\u00e8se,<\/a> d\u00e9finit de la sorte : \u00ab <em>Bush issues veiled ultimatum to U.N.  Assembly must enforce Iraq resolutions or lose influence on U.S.<\/em> \u00bb. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn trouve dans ce titre la principale remarque qui nous conduit \u00e0 juger \u00e9trangement irr\u00e9elle cette interpr\u00e9tation US,  c&rsquo;est-\u00e0-dire, ontologiquement irr\u00e9elle, avec cette mani\u00e8re surprenante de personnaliser les organisations et de les cr\u00e9diter d&rsquo;une vie propre, d&rsquo;une politique propre, etc. Nul n&rsquo;ignore que, lorsqu&rsquo;on on parle de l&rsquo;OTAN on parle des USA parce que les USA manipulent l&rsquo;OTAN \u00e0 leur guise ; et, par les temps qui courent plus que jamais, lorsqu&rsquo;on parle de l&rsquo;ONU on parle des USA parce que l&rsquo;influence US sur l&rsquo;ONU est absolument consid\u00e9rable aujourd&rsquo;hui (les quatre jours entre le discours et la lettre de Saddam l&rsquo;ont montr\u00e9). Alors, comment est-ce possible : \u00ab >MI>Bush issues veiled ultimatum to U.N.<D> \u00bb ? Cela signifie-t-il que Bush s&rsquo;adresse un ultimatum \u00e0 lui-m\u00eame ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux ou trois jours apr\u00e8s, le conformisme des commentaires avait pris le dessus. Le discours de GW \u00e9tait devenu une formidable habilet\u00e9 diplomatique (voir le <em>Guardian<\/em>), notamment parce qu&rsquo;il permettait soi-disant de regrouper le reste de la communaut\u00e9 internationale et de le regrouper derri\u00e8re les \u00c9tats-Unis. Peu importe \u00e0 ce jugement que cette issue soit connue d&rsquo;avance, ONU ou pas ONU (tout le monde sait bien qu&rsquo;il n&rsquo;existe pratiquement aucun pays qui veuille r\u00e9sister \u00e0 un ultimatum des USA pour le soutien \u00e0 son offensive irakienne, que ce soit par le canal ONU ou ailleurs) ; peu importe que le ralliement des pays alli\u00e9s et autres ait \u00e9t\u00e9 obtenu par des moyens qui ont \u00e0 voir avec tout ce qu&rsquo;on veut,  pressions terroristes, marchandages, etc,  sauf l&rsquo;habilet\u00e9 diplomatique, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=378\" class=\"gen\">comme en t\u00e9moignent diverses appr\u00e9ciations document\u00e9es sur ce point<\/a>. La seule version qui demeurait \u00e9tait bien celle du \u00ab <em> masterful speech<\/em> \u00bb, qui permettait un regroupement g\u00e9n\u00e9ral dans une attitude connue de fascination devant toute initiative am\u00e9ricaine. Le r\u00e9flexe est d&rsquo;ailleurs humain : ceux qui s&rsquo;abaissent devant une force qu&rsquo;ils craignent et qui les fascinent ont la tendance de grandir et de glorifier cette force, ce qui est bon pour leurs relations avec elle et les grandit eux-m\u00eames, \u00e0 leurs propres yeux. (Seuls les Fran\u00e7ais \u00e9chappent \u00e0 ce travers, avec leur foutue raison : ils se rallient mais avec une moue sceptique, en laissant \u00e0 penser qu&rsquo;ils n&rsquo;en pensent pas moins.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe comble est \u00e0 mettre du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, pour r\u00e9sumer l&rsquo;\u00e9pisode. Il vient du commentateur am\u00e9ricain Thomas Friedman, dans <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/70764.html\" class=\"gen\">un article du 16 septembre<\/a>. Parmi diverses consid\u00e9rations, il nous livre, en ouverture, celle-ci sur le discours de GW et l&rsquo;atmosph\u00e8re qui l&rsquo;accueillit :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>President George W. Bush made a strong case at the United Nations for why the world community should not allow Iraq to go on flouting UN weapons inspections. But what struck me most about the scene was how intently the UN delegates were waiting for, and listening to, the president&rsquo;s speech. We should listen to their listening  because it is telling us some important things about our world.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>First, for all the noise out there about rising anti-Americanism, America remains the unrivaled leader of the world  the big power, which makes its share of mistakes, but without which nothing good happens.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, voil\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de la r\u00e9flexion : tout le monde \u00e9coute avec une extr\u00eame attention le discours du pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis \u00e0 l&rsquo;ONU et Friedman en conclut que \u00ab <em>tout le tintamarre fait \u00e0 propos de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme montant<\/em> \u00bb est d\u00e9plac\u00e9, que les USA restent cette grande puissance \u00ab <em>sans laquelle rien de bon ne peut arriver<\/em> \u00bb. Friedman sait-il que le monde entier \u00e9coutait Adolf Hitler lorsqu&rsquo;il faisait un discours, que cela ne signifiait pas pour autant que l&rsquo;antinazisme \u00e9tait en recul, qu&rsquo;on ne croyait pas pour autant que l&rsquo;Allemagne de Hitler \u00e9tait cette puissance \u00ab <em> sans laquelle rien de bon ne peut arriver<\/em> \u00bb. Bien entendu, la comparaison est d\u00e9plac\u00e9e avec l&rsquo;honorable pr\u00e9sident am\u00e9ricain mais elle est l\u00e0 pour mettre en \u00e9vidence le sentimentalisme du propos et sa fausset\u00e9 lorsqu&rsquo;on conna\u00eet les r\u00e9alit\u00e9s de la politique. Quoiqu&rsquo;il en soit, le sentiment de Friedman, bien qu&rsquo;extr\u00eame sans aucun doute dans sa fa\u00e7on de sch\u00e9matiser les choses, est compl\u00e8tement exemplaire de la sorte de r\u00e9flexion que nous entend\u00eemes dans cet intervalle GW-Saddam. Puis intervint la d\u00e9cision de Saddam.<\/p>\n<h3>Une erreur strat\u00e9gique consid\u00e9rable<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tRevenons sur terre. M\u00eame s&rsquo;il para\u00eet \u00e0 certains d&rsquo;une habilet\u00e9 tactique \u00e9blouissante alors qu&rsquo;il n&rsquo;est que le coup d&rsquo;envoi \u00e0 une campagne massive de pression et d&rsquo;intimidation \u00e0 l&rsquo;ONU, le discours du 12 septembre appara\u00eet \u00e9galement comme une fameuse erreur strat\u00e9gique. On pr\u00e9dit ici que Tony Blair, qui a beaucoup insist\u00e9 pour que GW fasse des amabilit\u00e9s conditionnelles \u00e0 l&rsquo;ONU, rencontrera sur sa propre route de l&rsquo;alignement inconditionnel sur les USA plus d&rsquo;un faucons\/<em>chickenhaw<\/em> furieux de son influence. Certains d&rsquo;entre ces guerriers s&rsquo;exprim\u00e8rent cr\u00fbment l\u00e0-dessus, apr\u00e8s que Saddam ait accept\u00e9 l&rsquo;inspection de l&rsquo;ONU, notamment <a href=\"http:\/\/sfgate.com\/cgi-bin\/article.cgi?file=\/c\/a\/2002\/09\/18\/MN10547.DTL\" class=\"gen\">dans un article du San Francisco Chronicle du 18 septembre<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>But many U.S. hawks fumed about being, in the words of one, disarmed in the current predicament. Some contend that Bush made a key strategic error in reaching out to the United Nations instead of proceeding alone in a war against Iraq. Bush addressed the world body Thursday after a chorus of international and domestic leaders urged him to build a broad base of support before resorting to war.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>I don&rsquo;t think we underestimated Saddam; I think we overestimated the world community, said Meyrav Wurmser, director of the Center for Middle East Policy at the Hudson Institute in Washington. There is a fundamental question: Why was this necessary to go to the United Nations?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>If American citizens are killed in an attack, then it&rsquo;s a question of sovereignty; you are obliged to protect your citizens, Wurmser said. Why it is right to ask Europeans for permission? Why ask Syria for permission?<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFinalement, l&rsquo;affaire est simple :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; quoiqu&rsquo;on pense sur le fond,  et il y a beaucoup \u00e0 penser,  GW avait choisi une strat\u00e9gie d&rsquo;action unilat\u00e9raliste pour sa guerre en Irak, en refusant toute implication de l&rsquo;ONU ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; toute la logique de son dessein d\u00e9pend de cette strat\u00e9gie et s&rsquo;y inscrit ; c\u00e9der sur la logique, c&rsquo;est irr\u00e9m\u00e9diablement affaiblir le dessein qui ne vaut que par sa conception unilat\u00e9raliste et qui se trouve alors soumis \u00e0 l&rsquo;observation critique des multilat\u00e9ralistes proposant une logique diff\u00e9rente ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; en allant \u00e0 l&rsquo;ONU et en parlant comme il fit (chargez-vous de Saddam sans quoi je m&rsquo;en charge), GW reconnaissait la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;ONU et son droit \u00e0 traiter en priorit\u00e9 de l&rsquo;affaire Saddam,  il abandonnait ainsi sa logique unilat\u00e9raliste ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; alors que la perspective de la guerre \u00e9tait droite et belle, selon le sentiment des <em>chickenhawks<\/em> qui ne se trompent pas pour ce cas, alors que tout le monde aurait fini par suivre, voil\u00e0 les USA oblig\u00e9s de g\u00e9rer l&rsquo;interf\u00e9rence onusienne, avec sa bureaucratie, sa machinerie diverse, les raisonnements apaisants de ceux qui susurrent \u00e0 la tribune qu&rsquo;il faut voir jusqu&rsquo;o\u00f9 Saddam ira dans sa coop\u00e9ration ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; doit-on douter pour autant que les USA r\u00e9cup\u00e9reront la main, si ce n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait, et que, dans tous les cas, ils m\u00e8neront tout de m\u00eame leur guerre comme ils l&rsquo;entendent ? C&rsquo;est sans doute ce qui se passera (c&rsquo;est dans tous les cas l&rsquo;avis le plus g\u00e9n\u00e9ral). Ils devront le faire, si c&rsquo;est le cas, en for\u00e7ant une d\u00e9cision de l&rsquo;ONU d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, en s&rsquo;imposant un peu plus dans ce nouveau r\u00f4le que d\u00e9finit ainsi William Pfaff : \u00ab <em>the United States turns itself into a generator of international tension and conflict.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un mot, l&rsquo;\u00e9pisode onusien a eu comme effet de remettre l&rsquo;ONU en selle, c&rsquo;est-\u00e0-dire de banaliser l&rsquo;affaire irakienne, dans tous les cas pour un temps. Jusqu&rsquo;ici, comme l&rsquo;explique Wurmser en quelques mots, l&rsquo;affaire irakienne \u00e9tait purement am\u00e9ricaine ; elle d\u00e9pendait de l&rsquo;unilat\u00e9ralisme am\u00e9ricain, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;exceptionnalisme am\u00e9ricain, et \u00e9chappait aux encombrantes lois internationales, et les autres n&rsquo;avaient qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;y rallier et ils s&rsquo;y rallieraient. Le cas n&rsquo;est plus aussi simple. Si les USA ne parviennent pas \u00e0 manipuler l&rsquo;ONU vers la position de la n\u00e9cessit\u00e9 inconditionnelle de la guerre et d\u00e9cident de partir en guerre hors de son cadre, ils appara\u00eetront comme op\u00e9rant volontairement hors du cadre de ce qu&rsquo;on nomme la l\u00e9galit\u00e9 internationale. Pour l&rsquo;instant, ce fait importe peu aux dirigeants am\u00e9ricains et aux commentateurs am\u00e9ricains, persuad\u00e9s de leur puissance et du droit que leur conf\u00e8re cette puissance. En d&rsquo;autres occasions, ils pourraient regretter d&rsquo;avoir \u00e9tabli, au sein des nations dites civilis\u00e9es, cette jurisprudence-l\u00e0, de fa\u00e7on aussi \u00e9clatante.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>L&rsquo;unit\u00e9ralisme washingtonien   <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tReste, au bout de cette r\u00e9flexion, \u00e0 tenter d&rsquo;expliquer le myst\u00e8re qu&rsquo;on a identifi\u00e9 \u00e0 son d\u00e9but, la description de la surprise, de l&rsquo;indiff\u00e9rence, du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, de l&rsquo;incompr\u00e9hension am\u00e9ricaines devant l&rsquo;annonce de la d\u00e9cision de Saddam d&rsquo;autoriser les inspections de l&rsquo;ONU. Cette \u00e9pisode est peut-\u00eatre une bonne illustration de ce qu&rsquo;est devenue l&rsquo;Am\u00e9rique post-9\/11, au contraire de tout ce qu&rsquo;on pr\u00e9voyait au moment o\u00f9 l&rsquo;attaque eut lieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe silence, ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, etc, sont le signe, simplement, de l&rsquo;inexistence du reste du monde (<em>Rest Of the world<\/em>) pour l&rsquo;Am\u00e9rique. La d\u00e9cision de Saddam est apparue si incongrue parce que, litt\u00e9ralement, elle venait rappeler aux analystes et aux hommes politiques de Washington que le reste du monde existe. M\u00eame Saddam n&rsquo;existe pas vraiment pour eux, ce pourquoi l&rsquo;on entend tant de choses incroyables et surr\u00e9alistes ; Saddam n&rsquo;existe pas parce que le Saddam qui est d\u00e9battu l\u00e0-bas est l&rsquo;image qui en est faite et rien d&rsquo;autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;est m\u00eame plus unilat\u00e9raliste ni m\u00eame isolationniste. Elle est devenue unique dans le sens d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qui se caract\u00e9rise par l&rsquo;uniprimaut\u00e9 (\u00ab <em>caract\u00e8re de ce qui est \u00e0 la fois unique et premier<\/em> \u00bb). Lorsque la nouvelle de la d\u00e9cision de Saddam est arriv\u00e9e le 16 septembre, elle n&rsquo;a rencontr\u00e9 qu&rsquo;incompr\u00e9hension, indiff\u00e9rence, etc, parce que c&rsquo;\u00e9tait comme si le monde faisait intrusion dans un espace et un univers qui ne sont pas les siens. Apr\u00e8s un moment de flottement, d&rsquo;ailleurs, les commentaires ont int\u00e9gr\u00e9 la d\u00e9cision de Saddam dans l&rsquo;<em>agenda<\/em> int\u00e9rieur washingtonien en lui niant la moindre importance de fond, en la r\u00e9duisant \u00e0 une manoeuvre habituelle \u00e0 laquelle il ne faut pas s&rsquo;attacher. La situation est rapidement rentr\u00e9e dans l&rsquo;ordre. On a donc tr\u00e8s vite compris, une fois d\u00e9barrass\u00e9 de la d\u00e9cision d&rsquo;acceptation de Saddam de laisser venir les inspecteurs de l&rsquo;ONU comme on se d\u00e9barrasse d&rsquo;une mouche aga\u00e7ante, que l&rsquo;essentiel \u00e9tait le d\u00e9bat au Congr\u00e8s sur la question de l&rsquo;autorisation donn\u00e9e \u00e0 GW de frapper l&rsquo;Irak.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet \u00e9pisode psychologique qui para\u00eet relever de l&rsquo;anecdote est peut-\u00eatre le plus important dans cette affaire. Il r\u00e9v\u00e8le la distance qui nous s\u00e9pare de Washington : litt\u00e9ralement, la distance qui s\u00e9pare deux mondes. Tout cela ne sera r\u00e9solu, ni par une motion de l&rsquo;ONU, ni par une guerre, f\u00fbt-elle celle du Bien contre le Mal.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De l&rsquo;admiration \u00e9perdue au contre-pied Nous avions remarqu\u00e9, le 17 septembre, apr\u00e8s l&rsquo;annonce de l&rsquo;acceptation de l&rsquo;Irak des inspecteurs de l&rsquo;ONU, combien les Am\u00e9ricains \u00e9taient peu int\u00e9ress\u00e9s par la nouvelle. Peu d&rsquo;articles, peu ou pas de commentaires. 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