{"id":65261,"date":"2002-09-24T00:00:00","date_gmt":"2002-09-24T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/09\/24\/semaine-du-26-aout-au-1er-septembre-2002\/"},"modified":"2002-09-24T00:00:00","modified_gmt":"2002-09-24T00:00:00","slug":"semaine-du-26-aout-au-1er-septembre-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/09\/24\/semaine-du-26-aout-au-1er-septembre-2002\/","title":{"rendered":"<strong><em>Semaine du 26 ao\u00fbt au 1er septembre 2002<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Semaine du 26 ao\u00fbt au 1er septembre 2002<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Europ\u00e9ens se d\u00e9chirent-ils \u00e0 propos de l&rsquo;Irak et de la politique irakienne des \u00c9tats-Unis ? M\u00eame pas. On dirait qu&rsquo;ils \u00e9vitent le sujet. Non seulement ne d\u00e9sirent-ils pas confronter leurs positions qui divergent souvent de fa\u00e7on appr\u00e9ciable,  mais non, cela, encore, nous para\u00eet accessoire. La v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;il y a ceci, il y a ce trouble immense qui a saisi les Europ\u00e9ens, et Tony Blair lui-m\u00eame quand il y pense, devant l&rsquo;\u00e9volution de la politique am\u00e9ricaine. Nous avons d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 cet article et nous le citons \u00e0 nouveau, celui de Ian Black, du <em>Guardian<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/elsewhere\/journalist\/story\/0,7792,783654,00.html\" class=\"gen\">qui constate \u00e0 ce propos, le 30 ao\u00fbt<\/a> : \u00ab <em>Europe unites in doubt<\/em> \u00bb (c&rsquo;est le titre de l&rsquo;article). Nous citons \u00e0 nouveau ce passage qui nous a tant frapp\u00e9s &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The mood is one of disarray and dismay. Rarely have the terms of the transatlantic debate  crudely summarised as wimps versus warriors, law-based multilateralism versus the raw military might of the world&rsquo;s only superpower  been so acrimonious.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The genuine solidarity expressed by Europeans after the September 11 attacks last year seems a thing of the distant past. Unease over Afghanistan has given way to deep anxiety about Iraq.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tComment voudrait-on s&rsquo;y reconna\u00eetre, comment voudrait-on entendre quelque chose qui ressemblerait \u00e0 une voix europ\u00e9enne et voir quelque chose qui ressemblerait \u00e0 une voie europ\u00e9enne ? Rien qui y ressemble. Il n&rsquo;y a d&rsquo;europ\u00e9en, de collectivement europ\u00e9en que les d\u00e9sarrois, les abstentions, les l\u00e2chet\u00e9s. (Cela ne signifie pas,  certes non,  que les manifestations diverses des c\u00f4t\u00e9s nationaux soient glorieuses par contraste et qu&rsquo;on laisse les d\u00e9chets \u00e0 l&rsquo;Europe ; cela signifie que l&rsquo;Europe n&rsquo;est pour l&rsquo;instant que le r\u00e9ceptacle et le miroir sans fard des impuissances nationales additionn\u00e9es.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela ne signifie pas non plus qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien d&rsquo;int\u00e9ressant \u00e0 commenter que ces constats fun\u00e8bres. Certaines manifestations individuelles valent un peu d&rsquo;attention. C&rsquo;est le cas, pour cette fois, du ministre belge des affaires \u00e9trang\u00e8res, Louis Michel.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Le cas du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res de Belgique, un exemple int\u00e9ressant d&rsquo;une politique influenc\u00e9e par l&rsquo;humeur et par le tronc culturel<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tLouis Michel est qualifi\u00e9 glorieusement par Ian Black selon le commentaire qui suit (extrait du m\u00eame article d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9) : \u00ab <em>the most instinctively anti-American member of the EU, the outspoken foreign minister, Louis the lip Michel<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;o\u00f9 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 renouvel\u00e9e du ministre belge Louis Michel. On pourrait croire, si l&rsquo;on avait l&rsquo;esprit soup\u00e7onneux, qu&rsquo;il juge tenir un bon cheval de bataille pour les \u00e9lections nationales (en juin 2003) avec son activisme europ\u00e9en, c&rsquo;est-\u00e0-dire anti-am\u00e9ricain et (surtout) anti-britannique, pour une fois en toute impunit\u00e9. <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/Iraq\/Story\/0,2763,781678,00.html\" class=\"gen\">M\u00eame les Anglais commencent \u00e0 s&rsquo;en inqui\u00e9ter<\/a>, et les Belges seront les premiers \u00eatre \u00e9tonn\u00e9s (et secr\u00e8tement ravis ?) qu&rsquo;on prenne d\u00e9sormais au s\u00e9rieux le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res de la Belgique. (Non, ces supputations \u00e9lectoralistes nous semblent \u00e0 la r\u00e9flexion d\u00e9plac\u00e9es, ou alors quelle surprise si la Belgique d\u00e9battait effectivement d&rsquo;une question si grave de politique ext\u00e9rieure pour ses prochaines \u00e9lections.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici quelques remarques du second article cit\u00e9, cette fois plus pr\u00e9cis\u00e9ment consacr\u00e9 au seul Louis Michel :<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Tony Blair got a fresh warning of trouble ahead from Europe yesterday when the Belgian foreign minister openly attacked him for submissively following the US lead on Iraq. Remarks by Louis Michel were shrugged off by British officials but found an echo in a wider Europe increasingly alarmed at signs of US determination to bring down Saddam Hussein.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Mr Michel told the Belgian daily Het Laatste Nieuws: Morally and politically we could take charge in the world. But the British are blocking that. They still don&rsquo;t understand that they could play a pioneer role in Europe instead of submissively following the US.<\/em> \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tS&rsquo;il y a un terme juste \u00e0 propos du personnage et de son attitude qualifi\u00e9e d&rsquo;antiam\u00e9ricaine (soyons prudents dans le propos, ce terme d&rsquo;antiam\u00e9ricanisme est de la dynamite s\u00e9mantique), c&rsquo;est le <em>instinctively<\/em> cit\u00e9 par Ian Black. Dans cette mati\u00e8re du jugement sur l&rsquo;Am\u00e9rique, Louis Michel est gouvern\u00e9 par son exp\u00e9rience instinctive et ses attitudes culturelles. Il y a, dans cette attitude qui est commune \u00e0 nombre d&rsquo;Europ\u00e9ens, et de plus en plus, une sorte d&rsquo;incompr\u00e9hension grandissante pour l&rsquo;Am\u00e9rique, et une incompr\u00e9hension qui manque de chaleur. Au d\u00e9part, cette incompr\u00e9hension a plus \u00e0 voir avec <em>Disneyland<\/em> et le tintamarre hollywoodien qu&rsquo;avec la politique de frappe pr\u00e9ventive de GW. (Ces derniers temps, cette nouvelle politique de GW n&rsquo;a pas arrang\u00e9 les choses, elle les a rendues plus dramatiques. En ce sens, pourtant, on ne peut dire qu&rsquo;elle vienne tout \u00e0 fait comme une surprise. Elle marque une courbe g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;aggravation du sentiment.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis qu&rsquo;il est ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res (1998), Louis Michel ne s&rsquo;est pas pr\u00e9cipit\u00e9 pour rencontrer ses homologues du gouvernement am\u00e9ricain, contrairement \u00e0 la coutume. (C&rsquo;est un peu une coutume d&rsquo;all\u00e9geance, c&rsquo;est vu aussi de cette fa\u00e7on.) Il a fallu d\u00e9ployer des tr\u00e9sors d&rsquo;adresse pour le faire rencontrer Madeleine Albright (quelques minutes en marge d&rsquo;une session \u00e0 l&rsquo;ONU) alors qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup amus\u00e9 \u00e0 plusieurs rencontres avec Vladimir Poutine. (Avec Powell, Louis Michel a eu plus de contacts, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 pendant 6 mois [juillet-d\u00e9cembre 2001] avec son pays \u00e0 la pr\u00e9sidence de l&rsquo;UE, et puis on \u00e9tait en plein 11 septembre, alors que les rapports USA-Europe \u00e9taient sous le coup de l&rsquo;\u00e9motion qui avait rapproch\u00e9 les deux partenaires transatlantiques.) D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale aujourd&rsquo;hui, les Belges pr\u00e9f\u00e8rent les Russes, voire les Chinois (sans parler des amis-cousins congolais) aux Am\u00e9ricains, pour leurs rencontres extra-europ\u00e9ennes. Le d\u00e9sordre russe, que les Russes ne cherchent m\u00eame pas \u00e0 cacher, leur para\u00eet sans doute une vieille connaissance, plus humaniste peut-\u00eatre, d&rsquo;un humanisme \u00e0 la belge,  plut\u00f4t que les certitudes robotis\u00e9es et arrogantes des Am\u00e9ricains, qui n&rsquo;en cachent pas moins un grand d\u00e9sordre, mais l\u00e0 d\u00e9sordre de l&rsquo;esprit et du jugement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a dans ces attitudes europ\u00e9ennes vis-\u00e0-vis des Am\u00e9ricains, dont les Belge et leur ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res sont un bon exemple, \u00e0 la fois une question d&rsquo;humeur et un constat de culture. L&rsquo;humeur est peut-\u00eatre la cons\u00e9quence de la culture. (On veut dire l&rsquo;humeur agac\u00e9e devant des incompr\u00e9hensions culturelles si profondes.) C&rsquo;est beaucoup plus s\u00e9rieux que toutes les analyses politiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Le cas de la Belgique, ou l&rsquo;exemple m\u00eame du compromis \u00e0 la belge : comment une politique alternative peut \u00eatre \u00e9galement compl\u00e9mentaire,  et vice-versa<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a pas que cela,  l&rsquo;homme et son humeur. Louis Michel, avec son attitude vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Am\u00e9rique, repr\u00e9sente, m\u00eame si on peut juger que c&rsquo;est plut\u00f4t accidentel ou personnel, une grande tendance qui est naturelle \u00e0 la Belgique. Cette tendance passe par la politique du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res Harmel en 1966-67, par celle du ministre de la d\u00e9fense Guy Co\u00ebme en 1988-91. C&rsquo;est une tendance alternative, mais souvent compl\u00e9mentaire, \u00e0 la politique traditionnelle, totalement align\u00e9e sur l&rsquo;axe anglo-saxon, de la Belgique. Les Belges \u00e9tant ce qu&rsquo;ils sont, on en a tant dit l\u00e0-dessus, chez eux l&rsquo;alternatif fait souvent office de compl\u00e9mentaire et vice-versa. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle le compromis \u00e0 la belge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a du gaullisme dans cette politique alternative\/compl\u00e9mentaire, mais sans les ors et la pompe des Fran\u00e7ais, sans l&rsquo;esprit, le verbe et la ferveur mystique du grand Fran\u00e7ais. Certains diront, avec la condescendance qui sied \u00e0 ces appr\u00e9ciations, que les Belges font parfois du gaullisme \u00e0 la belge ; on dira qu&rsquo;ils font du gaullisme \u00e0 leur mesure et \u00e0 leur mani\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;int\u00e9rieur (par exemple, en restant dans la structure int\u00e9gr\u00e9e de l&rsquo;OTAN) plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Ces gens peuvent appara\u00eetre avoir une politique tr\u00e8s audacieuse (Harmel, Co\u00ebme) s&rsquo;apparentant \u00e0 la recherche d&rsquo;une troisi\u00e8me voie du temps de la Guerre froide (et la Guerre froide finissante) tout en ayant une politique extr\u00eamement conformiste, d&rsquo;un atlantisme m\u00e2tin\u00e9 d&rsquo;une grande proximit\u00e9 des Britanniques qui coupait parfois le souffle par son conformisme (r\u00e9p\u00e9tons le mot) d\u00e9clar\u00e9 et pr\u00e9sent\u00e9 comme une vertu ind\u00e9l\u00e9bile. Cette ambigu\u00eft\u00e9 fut r\u00e9chauff\u00e9e et entretenue \u00e0 plusieurs occasions pendant la Guerre froide, et v\u00e9cue parfaitement comme une ambigu\u00eft\u00e9 (l\u00e0 aussi, le gaullisme belge n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec l&rsquo;original), comme une tendance et une habilet\u00e9 belges, comme on parvient \u00e0 \u00eatre Belge tout en \u00e9tant Flamand ou Wallon (ou Bruxellois, ne pas oublier, SVP).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes derniers temps (on parle du laps de temps depuis 1989-91), la Belgique a commenc\u00e9 \u00e0 prendre ses malheurs au s\u00e9rieux. Le fameux \u00e9clatement de la Belgique, annonc\u00e9e au moins depuis 1967-68 pour demain matin, a pris des allures de probl\u00e8me europ\u00e9en chronique. (Certains Belges, pas des moindres, vous chuchotent que c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait, que la Belgique a d\u00e9j\u00e0 \u00e9clat\u00e9, mais que personne ne s&rsquo;en est officiellement avis\u00e9 ; encore une habilet\u00e9 belge.)  La fameuse crise de 1996-97 (affaire Dutroux et le reste) a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue sur un fond d&rsquo;\u00e9clatement de la Belgique annonc\u00e9, programm\u00e9, c&rsquo;est comme si c&rsquo;\u00e9tait fait. Le probl\u00e8me est toujours \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, immuable, urgent, pressant, sans fin, toujours report\u00e9 car il peut attendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, c&rsquo;est tout de m\u00eame s\u00e9rieux. Cela vous explique que la Belgique est le pays le plus fondamentalement et sinc\u00e8rement europ\u00e9en, et certainement du point de vue institutionnel. La Belgique s&rsquo;est persuad\u00e9e qu&rsquo;elle ne tient ensemble que parce que l&rsquo;Europe existe et qu&rsquo;elle pourra \u00e0 la fois \u00e9clater tranquillement et \u00e9viter les affres de l&rsquo;\u00e9clatement quand l&rsquo;Europe existera compl\u00e8tement. Ambigu\u00eft\u00e9, compromis \u00e0 la belge. Cela vous explique que Louis Michel se permet d&rsquo;apostropher Tony Blair parce que l&rsquo;Anglais emp\u00eache, para\u00eet-il, l&rsquo;Europe d&rsquo;avoir une vraie politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 commune. Cette n\u00e9cessit\u00e9 extraordinaire du compromis vous explique que ce pays du compromis peut parfois avoir une politique qui peut \u00eatre objectivement per\u00e7ue comme extraordinairement audacieuse et non-conformiste dans une \u00e9poque si conformiste. Tout est relatif.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Semaine du 26 ao\u00fbt au 1er septembre 2002 Les Europ\u00e9ens se d\u00e9chirent-ils \u00e0 propos de l&rsquo;Irak et de la politique irakienne des \u00c9tats-Unis ? M\u00eame pas. On dirait qu&rsquo;ils \u00e9vitent le sujet. Non seulement ne d\u00e9sirent-ils pas confronter leurs positions qui divergent souvent de fa\u00e7on appr\u00e9ciable, mais non, cela, encore, nous para\u00eet accessoire. 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