{"id":65288,"date":"2002-10-13T00:00:00","date_gmt":"2002-10-13T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/10\/13\/nous-sommes-tous-des-jimmy-carter\/"},"modified":"2002-10-13T00:00:00","modified_gmt":"2002-10-13T00:00:00","slug":"nous-sommes-tous-des-jimmy-carter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/10\/13\/nous-sommes-tous-des-jimmy-carter\/","title":{"rendered":"<strong><em>Nous sommes tous des Jimmy Carter<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Nous sommes tous des Jimmy Carter<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t13 octobre 2002  Le Nobel peut \u00eatre remerci\u00e9, et m\u00eame il doit l&rsquo;\u00eatre. D&rsquo;abord pour avoir d\u00e9sign\u00e9 Jimmy Carter, ce qui n&rsquo;est pas rien dans ces temps de pressions bushistes et autres ; ensuite, pour avoir sauv\u00e9 les intellectuels fran\u00e7ais de plus en plus menac\u00e9s d&rsquo;antiam\u00e9ricanisme primaire. <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/article\/0,5987,3208--294024-,00.html\" class=\"gen\">L&rsquo;\u00e9dito du Monde<\/a> du 13 octobre 2002 en porte absolument t\u00e9moignage : sauv\u00e9 par le gong, c&rsquo;est-\u00e0-dire par le Nobel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 GW, \u00e0 son administration, aux tonnes d&rsquo;\u00e9ditoriaux de la presse d&rsquo;habitude la plus libre du monde (l&rsquo;am\u00e9ricaine, pour \u00eatre pr\u00e9cis), aux commentaires des professeurs et experts attach\u00e9s au gouvernement, des analystes, etc, il est devenu extr\u00eamement difficile pour un esprit lib\u00e9ral europ\u00e9en, parisien et germanopratin de rester raisonnablement et imperturbablement pro-am\u00e9ricain. <em>Le Monde<\/em>, depuis son \u00ab <em>Nous sommes tous Am\u00e9ricains<\/em> \u00bb du 12 septembre 2001, a publi\u00e9, ces derni\u00e8res semaines, quelques manchettes et \u00e9ditos tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res pour les \u00c9tats-unis officiels. Nous supposons que ce n&rsquo;est pas de gaiet\u00e9 de coeur et, d&rsquo;ailleurs, il n&rsquo;y a vraiment aucune raison pour que ce le soit ; mais cet exercice du type le roi est nu est particuli\u00e8rement p\u00e9nible aux esprits auxquels on s&rsquo;int\u00e9resse ici, attendu qu&rsquo;il s&rsquo;agit du roi am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tHeureusement, il y eut Jimmy Carter. Avec le Nobel, il sauve l&rsquo;<em>American Dream<\/em> des rives gauches de nos diverses capitales. Car Jimmy Carter est am\u00e9ricain et ancien pr\u00e9sident.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans l&rsquo;\u00e9ditorial d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, <em>Le Monde<\/em> note fort justement que \u00ab <em>Jimmy Carter incarne une autre Am\u00e9rique que l&rsquo;officielle. Et cette Am\u00e9rique-l\u00e0 m\u00e9ritait le Nobel de la paix.<\/em> \u00bb Il est incontestable que Carter a repr\u00e9sent\u00e9, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es Clinton, \u00e0 l&rsquo;occasion de ses missions \u00e0 Ha\u00efti et dans les Balkans notamment, une sorte d&rsquo;alternative officieuse-officielle dans des situations o\u00f9 une diplomatie US trop brutale se trouvait dans une impasse et conduite \u00e0 rien d&rsquo;autre qu&rsquo;\u00e0 recommander l&#8217;emploi de la force ; et une alternative officieuse-officielle qui montrait bon sens, mesure, respect des autres, l\u00e0 o\u00f9 la diplomatie US suit la voie inverse parce qu&rsquo;elle ne peut faire que cela. Carter est d\u00e9test\u00e9 par les r\u00e9publicains et toute l&rsquo;\u00e9quipe GW, ce qui est en soi une bonne indication pour accepter le classement que nous propose <em>Le Monde<\/em>, de mettre Carter dans ce que ce journal nomme \u00ab <em>une autre Am\u00e9rique<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien,  il ne fait nul doute que Carter est devenu aujourd&rsquo;hui un repr\u00e9sentant de plus de cette Am\u00e9rique dissidente qui existe depuis toujours, qui s&rsquo;est toujours trouv\u00e9e, par exemple, dans la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, et qui porte avec constance une critique extraordinairement s\u00e9v\u00e8re et explosive du syst\u00e8me am\u00e9ricain. C&rsquo;est une excellente chose de trouver un ancien pr\u00e9sident pas tr\u00e8s loin d&rsquo;un Gore Vidal, d&rsquo;un Norman Mailer, d&rsquo;un Noam Chomsky, mais aussi d&rsquo;un Ramsey Clark, ancien Attorney General de l&rsquo;administration Johnson. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn bref, Carter se range d\u00e9sormais dans ceux qu&rsquo;on a coutume aux USA de d\u00e9signer, lorsqu&rsquo;on se place du point de vue du syst\u00e8me, comme des anti-am\u00e9ricains (nous pr\u00e9f\u00e9rerions infiniment le terme d&rsquo;anti-am\u00e9ricanistes, impliquant une opposition au syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme). C&rsquo;est effectivement sous ce terme que, par exemple, le professeur Hollander d\u00e9taille l&rsquo;opposition (la dissidence) aux USA, dans son, livre <em>Anti-Americanism At Home and Abroad, 1960-1990<\/em>, o\u00f9 <em>At Home<\/em> prend les trois-quarts du livre et laisse le reste \u00e0 l&rsquo;introduction, \u00e0 la conclusion et \u00e0 l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme <em>Abroad<\/em>. Donc, les anti-am\u00e9ricains du <em>Rest Of the World<\/em>, certains d&rsquo;entre eux sans aucun doute (les anti-am\u00e9ricanistes), devraient se sentir confort\u00e9s par la d\u00e9signation de Jimmy Carter ? <em>Le Monde<\/em> dit \u00e0 peu pr\u00e8s le contraire : \u00ab <em>La le\u00e7on s&rsquo;adresse, peut-\u00eatre involontairement, aux anti-Am\u00e9ricains<\/em> \u00bb (La le\u00e7on \u00e9tant celle qu&rsquo;il faut tirer de la d\u00e9signation de Carter par les Nobel.) L&rsquo;explication :<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>La le\u00e7on s&rsquo;adresse, peut-\u00eatre involontairement, aux anti-Am\u00e9ricains. Elle vise ceux d&rsquo;entre eux qui d\u00e9monisent en r\u00e9duisant, en simplifiant, en gommant la pluralit\u00e9 et la diversit\u00e9 d&rsquo;un pays comme les Etats-Unis. Car, en distinguant Jimmy Carter, vendredi 11 octobre, ce sont bien les Etats-Unis que le comit\u00e9 Nobel a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;honorer. L&rsquo;homme que le jury d&rsquo;Oslo a choisi pour le Nobel de la paix 2002 incarne autant l&rsquo;Am\u00e9rique que George W. Bush. Il symbolise \u00e0 merveille l&rsquo;une des facettes de l&rsquo;Am\u00e9rique : l&rsquo;engagement militant, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l&rsquo;optimisme humaniste, l&rsquo;ouverture \u00e0 l&rsquo;Autre  le contraire d&rsquo;un hyper-patriotisme un tantinet parano\u00efaque, dont certains des tenants disent leur fiert\u00e9 de ne pas poss\u00e9der de passeport et ignorent superbement une sc\u00e8ne internationale \u00e0 laquelle, jurent-ils, les Etats-Unis n&rsquo;auraient pas \u00e0 rendre de comptes.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tLe d\u00e9bat est int\u00e9ressant. A partir de l&rsquo;exemple de Carter,  qui est pourtant un pr\u00e9sident US tourn\u00e9 anti-am\u00e9ricaniste selon la d\u00e9finition de Hollander et de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine en g\u00e9n\u00e9ral  <em>Le Monde<\/em>, et, d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, la pens\u00e9e lib\u00e9rale de salon qu&rsquo;il repr\u00e9sente, fustigent l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme. Mais on comprend le raisonnement : pour cette cat\u00e9gorie de pens\u00e9e, il n&rsquo;y a d&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme que primaire, comme l&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;anti-communisme qu&rsquo;on condamnait aussi vivement quand la chose se faisait. Cette pens\u00e9e \u00e9met l&rsquo;hypoth\u00e8se terrible que les anti-am\u00e9ricains ne r\u00eavent que de massacrer les pr\u00e8s de 300 millions d&rsquo;Am\u00e9ricains dans un immense holocauste vengeur, simplement parce qu&rsquo;ils sont Am\u00e9ricains, qu&rsquo;ils sont les Autres et ainsi de suite. Rassurons-les : ce n&rsquo;est pas le cas et l&rsquo;on voit m\u00eame le signe d&rsquo;une pens\u00e9e qui s&rsquo;abaisse, si elle a jamais \u00e9t\u00e9 haute, \u00e0 avancer implicitement d&rsquo;aussi sottes images.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoyons les choses diff\u00e9remment : <em>Le Monde<\/em> et les salons, qui en viennent aujourd&rsquo;hui \u00e0 condamner Bush et Cie, caracolaient hautement avec les Am\u00e9ricains lorsque les Am\u00e9ricains pilonnaient le Kosovo et la Serbie. Pourtant les acteurs \u00e9taient les m\u00eames que ceux qu&rsquo;ils d\u00e9noncent aujourd&rsquo;hui : l&rsquo;U.S. Air Force, le Pentagone, l&rsquo;OTAN qui n&rsquo;y comprenait rien, les B-2 de Northrop-Grumman et les bombes JDAW de Raytheon qui r\u00e9ussissent les ratages les plus pr\u00e9cis du monde (en g\u00e9n\u00e9ral, sur les ambassades chinoises), les \u00e9ditorialistes <MI>neo-conservatives>D> qui veulent du sang, la gauche lib\u00e9rale am\u00e9ricaine reconvertie dans le \u00ab <em>humanitarian bombing<\/em> \u00bb (phrase de Vaclav Havel, autre humaniste reconverti, qui se r\u00e9jouit aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Irak),  enfin, il ne faut pas l&rsquo;oublier, le brave Tony Blair qui poursuit sa fine tactique comme d&rsquo;autres attendent les Tartares dans le d\u00e9sert. On rappelle qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque, <em>Le Monde<\/em> ne s&rsquo;attardait pas \u00e0 f\u00e9liciter Jimmy Carter, qui condamnait avec fermet\u00e9 l&rsquo;attaque de l&rsquo;OTAN et ces pilonnages syst\u00e9matiques, bien dans la mani\u00e8re de la \u00ab <MI>U.S. Way of War<D< \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que <em>Le Monde<\/em> et les salons ont du mal \u00e0 bien entendre, c&rsquo;est que les images d&rsquo;\u00c9pinal (l&rsquo;<em>American Dream<\/em>) sont sommaires, d\u00e9form\u00e9es et trompeuses ; que les pr\u00e9sidents n&rsquo;importent plus aux USA, qu&rsquo;il ne suffit pas d&rsquo;un brave Clinton un peu sympa et rigolard, et qui vous fait des clins d&rsquo;yeux lib\u00e9raux, voire progressistes, pour que tout soit chang\u00e9, et que GW, par contre, n&rsquo;a rien apport\u00e9 de nouveau, qu&rsquo;il ne fait que donner une caution un peu niaise \u00e0 une machine qui m\u00e8ne le monde et l&rsquo;Am\u00e9rique depuis des d\u00e9cennies et qui est d\u00e9cha\u00een\u00e9e depuis le 11 septembre 2001 (le \u00ab <em>nous sommes tous Am\u00e9ricains<\/em> \u00bb). La machine, ce que nous nommons le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, marche toute seule et impose ses consignes. M\u00eame le brave Jimmy Carter dut couvrir des choses pitoyables, par exemple lorsqu&rsquo;il laissa faire son conseiller Brzezinski qui alluma, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1979 en Afghanistan, bien avant que les Russes y soient, les feux de l&rsquo;islamisme int\u00e9griste d\u00e9nonc\u00e9 aujourd&rsquo;hui de fa\u00e7on un peu emphatique comme le danger supr\u00eame pour la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors, il importe \u00e9videmment d&rsquo;\u00eatre anti-am\u00e9ricaniste, comme le sont Gore Vidal et Noam Chomsky, comme l&rsquo;est Jimmy Carter bien s\u00fbr, comme l&rsquo;\u00e9taient Henry Miller, Eugene O&rsquo;Neill, Sinclair Lewis, Henry Mencken, Theodore Dreiser, Edgar Allan Poe et tant, tant d&rsquo;autres. Evidemment, les meilleurs alli\u00e9s du courant anti-am\u00e9ricaniste se trouvent en Am\u00e9rique m\u00eame, ce sont les Am\u00e9ricains eux-m\u00eames. Pas question que les anti-am\u00e9ricanistes du <em>Rest Of the World<\/em> les inqui\u00e8tent en quelque fa\u00e7on que ce soit puisque ce sont leurs meilleurs alli\u00e9s (il faut avouer : de bien meilleurs alli\u00e9s, et de bien plus dignes, que les grands esprits germanopratins).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJimmy Carter est la derni\u00e8re recrue de l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme et l&rsquo;Acad\u00e9mie Nobel vient de le couronner. Excellentes nouvelles.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes tous des Jimmy Carter 13 octobre 2002 Le Nobel peut \u00eatre remerci\u00e9, et m\u00eame il doit l&rsquo;\u00eatre. 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