{"id":65299,"date":"2002-10-20T00:00:00","date_gmt":"2002-10-20T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/10\/20\/je-taime-neither-do-i\/"},"modified":"2002-10-20T00:00:00","modified_gmt":"2002-10-20T00:00:00","slug":"je-taime-neither-do-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/10\/20\/je-taime-neither-do-i\/","title":{"rendered":"<strong><em>Je t&rsquo;aime, \u2014 neither do I<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Je t&rsquo;aime,  neither do I<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t20 octobre 2002  Hier 19 octobre, <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/usa\/story\/0,12271,815049,00.html\" class=\"gen\">le Guardian a publi\u00e9 un article de John Henley \u00e0 la gloire de la France<\/a>, avec comme titre : \u00ab <em> France wins friends in east, respect in US<\/em> \u00bb. L&rsquo;argumentation, largement renforc\u00e9e d&rsquo;avis venus des Fran\u00e7ais eux-m\u00eames et, semble-t-il, de confirmations du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, m\u00e9rite beaucoup d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. (On doit signaler que d&rsquo;autres articles type-\u00e0 la gloire de la France fleurissent dans la presse anglo-saxonne,  <a href=\"http:\/\/www.msnbc.com\/news\/820725.asp\" class=\"gen\">autre exemple, celui de Newsweek du 21 octobre,<\/a> sous le titre \u00ab <em>A Place in the Sun<\/em> \u00bb.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa gloire de la France est un sujet dans l&rsquo;air du temps, qui s&rsquo;accompagne et s&rsquo;appuie sur un paradoxe absolument cart\u00e9sien : cette gloire de la France est fond\u00e9e sur la r\u00e9sistance fran\u00e7aise au bullldozer US \u00e0 l&rsquo;ONU (voir <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=422\" class=\"gen\">notre F&#038;C \u00abFalling in Line\u00bb<\/a>), et en m\u00eame temps explicit\u00e9e par les soi-disant bien meilleures relations fran\u00e7aises avec les USA. Comprenne qui pourra ? C&rsquo;est bien l\u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du propos, d&rsquo;autant que nous avons pour nous aider la fameuse et redoutable intelligence fran\u00e7aise, au mieux de sa forme et aussi nuanc\u00e9e que de la dentelle ces temps derniers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici un passage qui se veut tout de substance puisqu&rsquo;il nous explicite le processus qu&rsquo;il pr\u00e9tend nous pr\u00e9senter (\u00ab <em>Je t&rsquo;aime,  so do I<\/em> \u00bb), qui r\u00e9v\u00e8le une substance aussi transparente qu&rsquo;une dentelle us\u00e9e, qui nous ram\u00e8ne aussit\u00f4t au processus que nous pr\u00e9tendons, quant \u00e0 nous, d\u00e9voiler (\u00ab <em>Je t&rsquo;aime,  neither do I<\/em> \u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Since its election last June, France&rsquo;s new centre-right government has launched a diplomatic bridge-building exercise aimed at repairing the damage done to relations with Washington by its predecessor.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Remarks like those of the former Socialist foreign minister, Hubert Vedrine, who described America as a hyper-power, US foreign policy as unilateral and the US president as simplistic, have been banished from the French discourse and one US official acknowledged yesterday that relations between the two capitals are radically improved  like night and day.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The exception remains the question of what is to be done about Saddam Hussein. The success so far of France&rsquo;s insistence that disarmament is the only legitimate objective (and that the Iraqi leader&rsquo;s good faith must at least be tested before sending in the troops) has exasperated state department and Pentagon hawks set on a change of regime in Baghdad.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tTout est charmant dans cette analyse. Par exemple : \u00ab <em>the damage done to relations with Washington by its predecessor<\/em> \u00bb. Quel dommage ? Passons au paragraphe suivant, il nous fait comprendre la r\u00e9ponse puisqu&rsquo;on nous expose les mesures formidables qui ont \u00e9t\u00e9 prises pour r\u00e9parer ce fameux dommage : \u00ab <em>Remarks like those of the former Socialist foreign minister, Hubert Vedrine, who described America as a hyper-power, US foreign policy as unilateral and the US president as simplistic, have been banished<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn d&rsquo;autres termes, car c&rsquo;est bien une question de termes : quelques termes, repris \u00e0 l&rsquo;envie et qui n&rsquo;ont jamais eu l&rsquo;intention insultante qu&rsquo;on croit (V\u00e9drine faisait remarquer que <em>hyperpower<\/em> est un terme d&rsquo;origine am\u00e9ricaine, qu&rsquo;il n&rsquo;a aucune nuance de jugement mais est seulement descriptif, et qu&rsquo;il est plut\u00f4t laudatif selon les normes de l&rsquo;<em>hubris<\/em> US courante), sont soudainement \u00e9rig\u00e9s en causes fondamentales de d\u00e9saccord ; alors, certes, il suffit de ne plus les dire et les relations peuvent \u00eatre d\u00e9crites comme exceptionnellement bonnes. (La l\u00e9g\u00e9ret\u00e9 de l&rsquo;analyse est d&rsquo;ailleurs visible dans le terme employ\u00e9 de \u00ab <em>Socialist foreign minister<\/em> \u00bb pour V\u00e9drine ; il n&rsquo;y a pas de ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res socialiste, ou gaulliste, dans la France de la Ve R\u00e9publique, ni m\u00eame, souvent, dans les pr\u00e9c\u00e9dentes ; les conceptions gaullistes, et fran\u00e7aises \u00e9videmment, ne permettent de parler que de ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res de la France, ce que fut V\u00e9drine et rien d&rsquo;autre. C&rsquo;est une r\u00e9alit\u00e9 tangible.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre aspect du raccommodement franco-am\u00e9ricain, de l&rsquo;idylle franco-am\u00e9ricaine, de l&rsquo;entente exceptionnelle entre les Fran\u00e7ais et les Am\u00e9ricains, ce sont les d\u00e9penses militaires de la France. La chose est \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9e dans l&rsquo;article, \u00e9galement de fa\u00e7on fort ironique, si l&rsquo;on go\u00fbte l&rsquo;ironie involontaire au moins au deuxi\u00e8me degr\u00e9, sinon au troisi\u00e8me, au quatri\u00e8me, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tFrance \u00ab <MI>has not earned the gratitude of the US, but it has at least earned their respect, the French defence minister, Michele Alliot-Marie, said yesterday after a two day visit to Washington. We are certainly taken more into consideration now because the US feels that our efforts on defence have made us a credible partner again, and because in the diplomatic arena our attitude  which is supported by a great many countries  makes us a very credible interlocutor. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>France recently announced a 6.1% increase in its 2003 military spending budget to some 40bn euros (\u00a325bn), making it, Ms Alliot-Marie said, in America&rsquo;s eyes the only European country besides Great Britain to be making a big financial effort in terms of defence.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>French officials believe it is precisely because Paris has engaged &quot;positively and constructively&quot; on issues as important to Washington as defence spending that it is no longer sidelined as it so often has been in the past.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tCes sympathiques personnages sont engag\u00e9s dans une d\u00e9monstration d&rsquo;enfer sur la r\u00e9invention de la roue. Ce n&rsquo;est pas sans r\u00e9jouir le coeur des observateurs, s&rsquo;ils veulent bien \u00e9carter le s\u00e9rieux qui leur fait habituellement fonction d&rsquo;expertise. Voyons le cas des d\u00e9penses de d\u00e9fense fran\u00e7aise, puisque c&rsquo;est celui-ci que nous pr\u00e9sentent les extraits ci-dessus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Voil\u00e0 donc l&rsquo;id\u00e9e que toute diplomatie doit s&rsquo;appuyer sur une puissance militaire cr\u00e9dible, id\u00e9e qui guiderait les id\u00e9ologues de Washington et justifierait leur satisfaction des nouveaux rapports avec la France, et leur consid\u00e9ration nouvelle pour sa diplomatie. On dirait que Washington, et le Washington 2001-2002 de GW et de ses <em>chickenhawks<\/em>, vient de d\u00e9couvrir ce principe comme une p\u00e9pite d&rsquo;or jusqu&rsquo;ici ignor\u00e9e. Cette id\u00e9e, aussi vieille qu&rsquo;Alexandre et que C\u00e9sar, est l&rsquo;id\u00e9e simple qui sous-tend la d\u00e9marche gaulliste de constitution d&rsquo;une force militaire fran\u00e7aise autonome et ind\u00e9pendante, laquelle n&rsquo;eut pas toujours la vertu de r\u00e9jouir les Am\u00e9ricains. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les Fran\u00e7ais auraient acquis le respect des Am\u00e9ricains parce qu&rsquo;ils d\u00e9cident d&rsquo;augmenter leurs d\u00e9penses militaires. La chose est si chaleureusement pr\u00e9sent\u00e9e qu&rsquo;on en arrive \u00e0 croire que la d\u00e9cision fran\u00e7aise est d\u00e9pendante du cadre des relations franco-am\u00e9ricaines, donc, \u00e0 la limite, qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 prise plut\u00f4t pour satisfaire les exigences am\u00e9ricaines, que c&rsquo;est presque une concession fran\u00e7aise, qu&rsquo;ainsi la France devient bon \u00e9l\u00e8ve de la classe transatlantique et ainsi de suite (d&rsquo;o\u00f9 am\u00e9lioration des relations, bons rapports, etc). Cette forme de pr\u00e9sentation est, comme disent nos amis anglo-saxons, <em>pure spin<\/em> ; en d&rsquo;autres mots, une sornette de communication. La d\u00e9cision fran\u00e7aise est compl\u00e8tement fran\u00e7aise et rien que fran\u00e7aise, elle est dans la logique de la protection de l&rsquo;ind\u00e9pendance et de la souverainet\u00e9, elle vient du coeur de la doctrine gaulliste qui n&rsquo;est rien que la doctrine fran\u00e7aise, ou, plus simplement dit,  la nature fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Et tout cela barbote dans la plus plaisante ambigu\u00eft\u00e9 : renforcer l&rsquo;outil militaire, c&rsquo;est renforcer la diplomatie, la souverainet\u00e9, l&rsquo;ind\u00e9pendance, etc ; c&rsquo;est permettre \u00e0 la France de compter \u00e0 l&rsquo;ONU, donc de freiner la pouss\u00e9e US (soyons prudents : freiner&#8230;), de rassembler les oppositions \u00e0 la politique am\u00e9ricaine, \u00e9ventuellement (si la France est habile) peser avec efficacit\u00e9 pour l&rsquo;affirmation d&rsquo;une politique europ\u00e9enne ind\u00e9pendante. Est-ce cela que veut Washington ? Si c&rsquo;est le cas, alors, effectivement, les relations franco-am\u00e9ricaines n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 meilleures.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet exercice de r\u00e9habilitation des relations franco-am\u00e9ricaines pr\u00e9sente un cas int\u00e9ressant et mirobolant de manipulation des r\u00e9alit\u00e9s. Puisque nous sommes dans un univers virtualiste o\u00f9 tout est n\u00e9cessairement manipulation, ce n&rsquo;est pas un mal puisque cela permet d&rsquo;officialiser les positions nouvelles, y compris celle du cr\u00e9dit retrouv\u00e9 de la France. Pour le reste, bien entendu, rien, absolument rien n&rsquo;est chang\u00e9, y compris l&rsquo;antagonisme naturel fondamental de la France et des \u00c9tats-Unis, qui s&rsquo;inscrit dans leur vision oppos\u00e9e des structures et des orientations du monde. Il suffit de le savoir, et si on ne veut pas le savoir la r\u00e9alit\u00e9 se chargera de le rappeler. Nous n&rsquo;aurons pas \u00e0 attendre longtemps.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Les dividendes de l&rsquo;humiliation,  suite<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on serait compl\u00e8tement fond\u00e9 \u00e0 croire que cet article du <em>Guardian<\/em> (et d&rsquo;autres) contredit le F&#038;C d&rsquo;hier <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=423\" class=\"gen\">sur Les dividendes de l&rsquo;humiliation<\/a>. L&rsquo;un ou l&rsquo;autre courrier re\u00e7u (voir le commentaire attach\u00e9 \u00e0 ce texte) s&rsquo;attache \u00e0 la cause de ce F&#038;C,  pour la mettre en cause. Cela vaut quelques mots d&rsquo;explication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous parlons beaucoup, dans ce F&#038;C, d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9s, de contradictions, d&rsquo;interpr\u00e9tations, etc, y compris pour la traduction des mots. (Nous nous offrons le luxe de nous citer : \u00ab <em> Il est significatif, notamment par les interpr\u00e9tations \u00e9tonnantes, et encore plus par les contradictions entre la pr\u00e9sentation des faits et les faits eux-m\u00eames, parfois sur la m\u00eame ligne, dans la m\u00eame phrase <\/em> \u00bb ; \u00ab <em>Du m\u00eame article, quelques extraits o\u00f9 l&rsquo;on trouve les m\u00eames fantaisies contradictoires<\/em> \u00bb.) C&rsquo;est-\u00e0-dire que nous ne d\u00e9non\u00e7ons pas une attaque frontale (des Britanniques contre la France). M\u00eame, ce <em>French-bashing<\/em> (que nous n&rsquo;aurions pas d\u00fb nommer de la sorte, c&rsquo;est incontestablement vrai) ne concerne pas du tout la France, mais se sert de la France pour tenter de rehausser, par des chemins tortueux que nous tentons d&rsquo;identifier, la diplomatie britannique engag\u00e9e dans une impasse, donc, \u00e0 certains moments en contredisant la France, \u00e0 d&rsquo;autres en utilisant \u00e0 son profit certains arguments qui sont normalement en faveur de la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe sujet n&rsquo;est d\u00e9finitivement pas la France, mais la recherche d&rsquo;une r\u00e9ponse \u00e0 cette question : sur ce sujet de la France dont il faut parler, comme utiliser les avantages actuels fran\u00e7ais, soit en les r\u00e9duisant, soit en les d\u00e9formant, soit en les arrangeant, pour indirectement rehausser la position britannique ? Notre avis est que les Britanniques n&rsquo;ont pas trouv\u00e9 de r\u00e9ponse satisfaisante, simplement parce qu&rsquo;il est impossible aujourd&rsquo;hui de rehausser la position britannique.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je t&rsquo;aime, neither do I 20 octobre 2002 Hier 19 octobre, le Guardian a publi\u00e9 un article de John Henley \u00e0 la gloire de la France, avec comme titre : \u00ab France wins friends in east, respect in US \u00bb. 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