{"id":65305,"date":"2002-10-24T00:00:00","date_gmt":"2002-10-24T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/10\/24\/cest-la-vie\/"},"modified":"2002-10-24T00:00:00","modified_gmt":"2002-10-24T00:00:00","slug":"cest-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/10\/24\/cest-la-vie\/","title":{"rendered":"<strong><em>C&rsquo;est la vie<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p><p>\t25 octobre 2002  Nous nous arr\u00eatons \u00e0 un petit commentaire du journal britannique <em>The Independent<\/em>, un <em>Leader<\/em> comme les journalistes britanniques nomment cela : une sorte d&rsquo;\u00e9dito non sign\u00e9, qui pr\u00e9sente le point de vue du journal sur tel ou tel sujet, m\u00eame le plus futile en apparence. Cela pourrait sembler le cas. Au contraire, et c&rsquo;est pourquoi nous nous y arr\u00eatons. Il nous semble qu&rsquo;il y a derri\u00e8re son apparence futilit\u00e9 et ce ni\u00e8me essai d&rsquo;humour britannique un peu sarcastique lorsqu&rsquo;il se fait aux d\u00e9pens des Fran\u00e7ais toute la substance du drame britannique,  bien plus que de la trag\u00e9die fran\u00e7aise dont il pr\u00e9tend traiter. Nous en apprenons plus sur l&rsquo;auteur que sur le sujet qu&rsquo;il traite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<a href=\"http:\/\/argument.independent.co.uk\/leading_articles\/story.jsp?story=344765\" class=\"gen\">Voici ce texte du 22 octobre,<\/a> dont le titre est : \u00ab <em>The French mentality<\/em> \u00bb (nous aurions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 : \u00ab <em>C&rsquo;est la vie.<\/em> \u00bb). Nous le citons en entier ; il est fort bref et, d&rsquo;autre part, il est n\u00e9cessaire de le lire en entier, pour mieux en saisir la substance et surtout mieux en sentir le ton, et ainsi mieux comprendre notre commentaire :<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>This may be difficult to believe, but the French are having better sex than ever (although with fewer affairs). They are also better fed, better educated, taller (what would Napoleon say?) and healthier than ever before. How do we know? Because of the e-publication of a new edition of &quot;Francoscopie&quot;, an apparently infallible guide to the state of la France complied by the sociologist G\u00e9rard Mermet.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>And yet there is a riddle in Monsieur Mermet&rsquo;s work. Why, if they are so sexually and culinarily fulfiled, even by their own high standards, are the French, as a whole, in the words of Mr Mermet, so ill at ease, dissatisfied, and frustrated? Anxiety about the future is at record levels. It is almost as if they sense the triumph of globalisation and the destruction of so much of the French way of life just at the moment when they were enjoying it most.<\/em> <strong><em>C&rsquo;est la vie.<\/em><\/strong> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<em>The Independent<\/em> est un journal lib\u00e9ral, nettement pro-europ\u00e9en, dont les positions sur les crises en cours (l&rsquo;Irak, par exemple) sont bien plus proches des positions et de la diplomatie fran\u00e7ais que de celles du Premier Ministre Tony Blair. Cela nous autorise \u00e0 \u00e9carter les effets des tensions courantes, m\u00e9diatiques et d\u00e9magogiques, n\u00e9cessairement \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Nous sommes, entre les lignes, dans le fondamental. En d&rsquo;autres mots, la culture et la race parlent (par piti\u00e9, qu&rsquo;on prenne le mot race pour ce qu&rsquo;il faut, et non pour ce qu&rsquo;en font les id\u00e9ologues de service : un ensemble de caract\u00e8res, acquis, transmis et appris, qui caract\u00e9risent une communaut\u00e9 forte, identifiable, tr\u00e8s sp\u00e9cifique, et c&rsquo;est la britannique pour ce qui nous occupe).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe commentaire concerne <a href=\"http:\/\/news.independent.co.uk\/europe\/story.jsp?story=344801\" class=\"gen\">un texte paru dans la m\u00eame \u00e9dition de The Independent<\/a>, de John Lichfield, correspondant \u00e0 Paris : \u00ab <em>France has never had it so good, or been so miserable<\/em> \u00bb. Passons sur l&rsquo;aspect ironie-sarcasme qu&rsquo;affectionnent les Britanniques lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des Fran\u00e7ais, qui affleure ici et l\u00e0. Ce n&rsquo;est pas grave, c&rsquo;est la tradition. Quant \u00e0 l&rsquo;objet du forfait, il s&rsquo;agit d&rsquo;un livre du sociologue G\u00e9rard Mermet, <em>Francoscopie<\/em>, qui nous dit deux chose :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; les Fran\u00e7ais n&rsquo;ont jamais affirm\u00e9 tant jouir de la vie, ce qui serait para\u00eet-il l&rsquo;art de vivre fran\u00e7ais ; (ajoutons une r\u00e9serve : faire de la description h\u00e9doniste des plaisirs fran\u00e7ais actuels une quintessence de l&rsquo;art de vivre, cela laisse \u00e0 penser et cela se discute ; mais passons, apr\u00e8s avoir not\u00e9 que l&rsquo;Anglais de <em>The Independent<\/em> qui a \u00e9crit le petit \u00e9dito, lui, nous parle bien de l&rsquo;art de vivre fran\u00e7ais, et que c&rsquo;est de cela que nous parlons) ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; les Fran\u00e7ais n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi anxieux, d\u00e9sorient\u00e9s et inquiets de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourquoi ?, s&rsquo;interroge <em>The Independent<\/em>. Et la r\u00e9ponse n&rsquo;est pas sotte, elle n&rsquo;est pas pol\u00e9mique ni agressivement sarcastique (elle aurait pu l&rsquo;\u00eatre), elle est m\u00eame judicieuse, elle est m\u00eame absolument juste, et m\u00eame puissante et lucide : \u00ab <em>Anxiety about the future is at record levels. It is almost as if they sense the triumph of globalisation and the destruction of so much of the French way of life just at the moment when they were enjoying it most.<\/em> <strong><em>C&rsquo;est la vie.<\/em><\/strong> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui nous chagrine, c&rsquo;est que cette puissance et cette lucidit\u00e9 que nous croyons distinguer dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de l&rsquo;auteur du billet sont utilis\u00e9es pour une conclusion implicite qui refl\u00e8te bien plus la crise anglaise que la crise fran\u00e7aise (ou la version anglaise de la crise bien plus que la version fran\u00e7aise de la crise). Cet \u00e9tat d&rsquo;esprit nous para\u00eet parfaitement rendu par l&#8217;emploi de l&rsquo;expression fran\u00e7aise \u00ab <em>C&rsquo;est la vie<\/em> \u00bb, que les Anglo-Saxons emploient couramment (pensez au tube de Sonny &#038; Cher dans les ann\u00e9es 1960 : \u00ab<D><em>Sing c&rsquo;est la vie<\/em> \u00bb), qui est employ\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral par eux dans le sens d&rsquo;un fatalisme passif alors qu&rsquo;elle illustrerait plut\u00f4t, du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, le pessimisme r\u00e9aliste de l&rsquo;esprit fran\u00e7ais qui ne s&rsquo;interdit ni la r\u00e9volte ni l&rsquo;espoir sans illusion. \u00ab <em>C&rsquo;est la vie<\/em> \u00bb, pour les Anglais, c&rsquo;est plut\u00f4t : c&rsquo;est comme \u00e7a, on n&rsquo;y peut rien ; pour les Fran\u00e7ais, c&rsquo;est plut\u00f4t : voil\u00e0, c&rsquo;est fait, pas de surprise, passons \u00e0 la suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu c\u00f4t\u00e9 des Fran\u00e7ais, ce que nous dit la <em>Francoscopie<\/em> n&rsquo;est pas, ni pour nous surprendre, ni pour nous d\u00e9plaire. M\u00eame si les Fran\u00e7ais ne se comprennent pas eux-m\u00eames (ils n&rsquo;ont plus de grands hommes d&rsquo;\u00c9tat ni de grands \u00e9crivains pour les interpr\u00e9ter), leurs r\u00e9actions nous parlent : pour ce peuple dont les racines sont \u00e0 la fois celtes et latines, dont l&rsquo;enseignement est catholique, le pessimisme est une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre. La jouissance imm\u00e9diate, l&rsquo;h\u00e9donisme fix\u00e9 \u00e0 l&rsquo;heure qui passe, ne peuvent en aucun cas ne pas susciter l&rsquo;angoisse du lendemain et du jour d&rsquo;apr\u00e8s. Selon les consignes, les Fran\u00e7ais positivent mais leur pass\u00e9, leurs traditions, leur exp\u00e9rience de l&rsquo;histoire leur soufflent que cette attitude est une imposture totale et sans le moindre appel possible. D&rsquo;o\u00f9 leur angoisse, qui est signe qu&rsquo;il leur reste un peu de sant\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, les m\u00eames Fran\u00e7ais ont souvent marqu\u00e9 leur inqui\u00e9tude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la globalisation, qui est le nom chic, type-Davos, pour barbarie en marche. C&rsquo;est le moins qu&rsquo;ils puissent faire. Par cons\u00e9quent, jusqu&rsquo;ici, rien \u00e0 redire, ni \u00e0 l&rsquo;analyse du sociologue Mermet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui nous arr\u00eate, plut\u00f4t, c&rsquo;est le ton du billet de <em>The Independent<\/em>, o\u00f9 nous distinguons le sarcasme habituel \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Fran\u00e7ais nuanc\u00e9 d&rsquo;une certaine tendresse, que nous voyons termin\u00e9 par une analyse juste et par une conclusion d\u00e9testable. En quelques mots, <MI>The Independent>D> nous dit que les Fran\u00e7ais craignent de perdre leur art de vivre \u00e0 cause de la globalisation, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas tort de craindre cela, et que, tant pis, \u00ab <em>c&rsquo;est la vie<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui nous chagrine (suite) par cons\u00e9quent, c&rsquo;est ce fatalisme passif o\u00f9 n&rsquo;affleure aucune indignation, aucune volont\u00e9 de r\u00e9agir, devant ce qui est per\u00e7u comme la destruction de quelque chose que les Britanniques appr\u00e9cient eux-m\u00eames \u00e0 un point peu ordinaire pour quelque chose de non-anglais. Ce n&rsquo;est pas pour rien qu&rsquo;un million de Britanniques passent chaque ann\u00e9e leurs vacances en France, qu&rsquo;un TGV (technologie fran\u00e7aise) a \u00e9t\u00e9 mis en ligne directe entre Londres et Avignon, que les Britanniques ach\u00e8tent leur r\u00e9sidence secondaire dans le Bordelais et en Provence, que tant d&rsquo;ing\u00e9nieurs britanniques travaillant \u00e0 Toulouse (Airbus) pr\u00e9f\u00e8rent rester \u00e0 Toulouse, \u00e0 manger du cassoulet et observer sans fin les confins pyr\u00e9n\u00e9ens au loin, plut\u00f4t que rentrer au Royaume Uni, une fois leur retraite atteinte ; ce n&rsquo;est pas pour rien, c&rsquo;est parce que l&rsquo;art de vivre fran\u00e7ais touche \u00e9galement les Britanniques, que ce n&rsquo;est pas une futilit\u00e9 h\u00e9donique ni un vice national, que c&rsquo;est au contraire une part fondamentale de la civilisation europ\u00e9enne (nous insistons sur le qualificatif).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a une grande peine \u00e0 sentir qu&rsquo;en quelques mots, en fait en trois mots emprunt\u00e9s au peuple-cousin d&rsquo;Europe, et charg\u00e9s \u00e0 cette occasion du fatalisme et du nihilisme des grandes abdications historiques, on nous dit que, tant pis, cela aussi, cette part essentielle de notre civilisation, devra \u00eatre sacrifi\u00e9e aux saloperies qu&rsquo;on sait, qui vont du McDo aux b\u00e9n\u00e9fices ill\u00e9gaux de Enron et tout le reste du cort\u00e8ge de notre-barbarie postmoderne. Pour quelle autre raison sinon celle de l&rsquo;acquiescement \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement de la barbarie, sinon celle d&rsquo;abandonner tout espoir de r\u00e9sistance ? Aucune, absolument aucune. Nous avons peur parfois de penser qu&rsquo;il est peut-\u00eatre temps de pleurer les vertus perdues du grand peuple anglais. Si c&rsquo;est le cas, elles nous manqueront.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>25 octobre 2002 Nous nous arr\u00eatons \u00e0 un petit commentaire du journal britannique The Independent, un Leader comme les journalistes britanniques nomment cela : une sorte d&rsquo;\u00e9dito non sign\u00e9, qui pr\u00e9sente le point de vue du journal sur tel ou tel sujet, m\u00eame le plus futile en apparence. Cela pourrait sembler le cas. 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