{"id":65316,"date":"2002-10-29T00:00:00","date_gmt":"2002-10-29T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/10\/29\/semaine-du-23-au-29-septembre-2001\/"},"modified":"2002-10-29T00:00:00","modified_gmt":"2002-10-29T00:00:00","slug":"semaine-du-23-au-29-septembre-2001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/10\/29\/semaine-du-23-au-29-septembre-2001\/","title":{"rendered":"<strong><em>Semaine du 23 au 29 septembre 2001<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Semaine du 23 au 29 septembre 2002<\/h2>\n<h3>A propos d&rsquo;un colosse emp\u00eatr\u00e9 et inquiet<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;avoue (confie l&rsquo;auteur de cette chronique) que je n&rsquo;aurais pas \u00e9crit ces commentaires sur le moment (cette chronique \u00e9crite un mois apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;elle pr\u00e9tend commenter) ; commentaires sur cette situation o\u00f9 l&rsquo;affaire irakienne s&rsquo;est retrouv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ONU, avec les Am\u00e9ricains par cons\u00e9quent, depuis le si fameux 12 septembre (discours de GW). On n&rsquo;aurait pas os\u00e9 \u00e9crire ces commentaires bien qu&rsquo;ils fussent \u00e9videmment \u00e9crits dans la logique des choses. On n&rsquo;aurait pas os\u00e9 envisager un tel d\u00e9veloppement pour la puissante Am\u00e9rique bien que tout dans les circonstances y men\u00e2t. On est trop sous le charme de la puissance am\u00e9ricaine pour croire qu&rsquo;effectivement, au moment o\u00f9 cela s&rsquo;amorce, alors que cela se fait sous vos yeux, elle se trouve pr\u00e9cipit\u00e9e dans un processus o\u00f9 elle perdrait force et influence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien qu&rsquo;on se trouve l\u00e0 devant un ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9currence, dans ces moments qui surgissent brusquement, en contraste complet, on est toujours \u00e0 nouveau \u00e9tonn\u00e9s par ce que ces moments d\u00e9couvrent de la fragilit\u00e9 des arguments am\u00e9ricains, de l&rsquo;absence de vision strat\u00e9gique de la diplomatie am\u00e9ricaine, de l&rsquo;absence de conviction profonde et lucide derri\u00e8re le bruit sourd de l&rsquo;\u00e9norme m\u00e9canique qui tourne, de l&rsquo;absence de capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui ne cesse de nous rappeler que la diplomatie am\u00e9ricaine est une machine de force qui se nourrit effectivement de sa seule dynamique, revient aujourd&rsquo;hui avec une force plus grande que jamais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa diplomatie am\u00e9ricaine, ou ce qu&rsquo;il en reste (elle a perdu tellement par rapport \u00e0 son lustre d&rsquo;antan), a atteint ce point \u00e9trange o\u00f9, finalement, elle semble gaspiller sa force immense, o\u00f9, finalement, elle ne semble plus s&rsquo;exercer qu&rsquo;en fonction de ses propres faiblesses psychologiques ; elle est comme un esprit malade, d&rsquo;une puissance extraordinaire mais qui semble avoir perdu le go\u00fbt du sens ; elle semble n&rsquo;\u00eatre plus rien sans la force des armes, elle semble n&rsquo;y plus rien comprendre si le moindre obstacle, sur sa route, fait mine de r\u00e9sister (elle ne sait plus ce que c&rsquo;est que contourner l&rsquo;obstacle ou \u00e9carter l&rsquo;obstacle). Ce spectacle d&rsquo;une force aussi consid\u00e9rable aussi rapidement r\u00e9duite par des accidents somme toute anodins, ou \u00e9videmment pr\u00e9visibles, ne cesse pas de surprendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourquoi avoir fait cela ? (Curieux, une semaine apr\u00e8s et sur un sujet assez proche, la m\u00eame question revient \u00e0 propos de la politique am\u00e9ricaine. Non, pas curieux, logique.) Pourquoi s&rsquo;\u00eatre emp\u00eatr\u00e9 dans cette affaire onusienne et, en m\u00eame temps, refuser de jouer le jeu qu&rsquo;il faut savoir jouer pour l&#8217;emporter ? Voici, par exemple, la d\u00e9claration qui nous a tant frapp\u00e9s du secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat Colin Powell, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=386\" class=\"gen\">que nous nommions \u00abcolombe d&rsquo;occasion\u00bb pour l&rsquo;occasion,<\/a> affirmant aux s\u00e9nateurs (am\u00e9ricains, bien s\u00fbr) que, de toutes les fa\u00e7ons, si le Conseil de S\u00e9curit\u00e9 d\u00e9cide d&rsquo;envoyer des inspecteurs en Irak, les Am\u00e9ricains feront tout ce qu&rsquo;il faudra pour saboter la mission.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tPour rappel, le Washington <em>Times<\/em> du 21 septembre : \u00ab <em>The secretary of state went so far as to say the existing inspections regime  flouted by Saddam for years before he kicked U.N. inspectors out of Iraq in 1998  is so unacceptable that if somebody tried to move the team in now, we would find ways to thwart that.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tPowell, l&rsquo;excellent Colin Powell, partout c\u00e9l\u00e9br\u00e9, et pourtant faisant comme les autres, foulant aux pieds les principes dont son pays se pr\u00e9tend le plus \u00e9minent porteur et d\u00e9tenteur. Est-ce parce qu&rsquo;il se trouve devant les s\u00e9nateurs ou est-ce parce que les choses sont devenues comme \u00e7a ? Ainsi les Am\u00e9ricains d\u00e9clenchent-ils eux-m\u00eames des processus dont ils s&#8217;empressent aussit\u00f4t d&rsquo;avertir qu&rsquo;ils en violeront \u00e9videmment les r\u00e8gles, par leurs moyens habituels. La conviction am\u00e9ricaine est l\u00e0, lourde du poids de l&rsquo;arsenal, et elle nous r\u00e9p\u00e8te : de toutes les fa\u00e7ons, quoi que nous fassions, quand nous le voudrons ils se mettront tous au garde-\u00e0-vous (traduction approximative de l&rsquo;expression, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par tous les experts et dirigeants politiques US, comme autant de perroquets dont il faut au moins reconna\u00eetre qu&rsquo;ils retiennent leur le\u00e7on : \u00ab <em>They will fall in line.<\/em> \u00bb) &#8230; Jusqu&rsquo;ici, et c&rsquo;est bien le pire de l&rsquo;indignit\u00e9 de cette trag\u00e9die, ou de cette tragi-com\u00e9die, jusqu&rsquo;ici ce n&rsquo;\u00e9tait pas faux.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Le colosse d\u00e9pourvu d&rsquo;esprit critique qui s&rsquo;engage dans l&rsquo;imbroglio onusien <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, il y a quelque chose d&rsquo;enti\u00e8rement fascinant,  toujours ce mot, in\u00e9vitable, lorsque nous parlons des Am\u00e9ricains  de voir ce colosse qui clame depuis des mois sa volont\u00e9 d&rsquo;agir seul (puisqu&rsquo;il en a la puissance il en a le droit, dit-on sans vergogne), qui crache son m\u00e9pris pour les enceintes type-ONU, dont le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 est \u00e9videmment l&rsquo;arch\u00e9type et le coeur, il est fascinant de voir ce colosse s&rsquo;enfoncer peu \u00e0 peu dans la proc\u00e9dure onusienne, dans la bataille de tranch\u00e9es consistant \u00e0 tenter de convaincre l&rsquo;un, \u00e0 tenter de convaincre l&rsquo;autre, \u00e0 m\u00e9goter, \u00e0 compter avec les petits, les sans-importance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn aucune fa\u00e7on le colosse ne s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 ce qui pourrait sembler \u00eatre ce qu&rsquo;on nomme un esprit critique, dont la premi\u00e8re fonction, dans la civilisation, est de s&rsquo;exercer \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard et, \u00e9ventuellement, \u00e0 l&rsquo;encontre de soi-m\u00eame. En aucune fa\u00e7on il ne semble daigner apprendre (on parle de l&rsquo;exp\u00e9rience et des fruits qu&rsquo;elle apporte) ; pire d&rsquo;ailleurs, en aucune fa\u00e7on le colosse ne semble pouvoir apprendre. Il avance avec sa force incroyable, et seul compte l&rsquo;instant pr\u00e9sent, l&rsquo;instant de sa force, et l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;hier est aussit\u00f4t r\u00e9pudi\u00e9e alors qu&rsquo;elle est si n\u00e9cessaire pour pr\u00e9venir les obstacles qu&rsquo;on rencontrera demain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe colosse s&rsquo;est engag\u00e9 dans les d\u00e9dales onusiens qu&rsquo;il conna\u00eet bien, dont il sait qu&rsquo;ils sont pleins de chausse-trappes, dont il faut pr\u00e9voir que certains de ces chausse-trappes puissent fonctionner contre lui,  sans douter un instant qu&rsquo;il n&rsquo;en ferait qu&rsquo;une bouch\u00e9e. D&rsquo;ailleurs, nous y avons tous cru, fascin\u00e9s par sa force.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>La puissance am\u00e9ricaine est-elle \u00ab <strong><em>secr\u00e8tement inqui\u00e8te<\/em><\/strong> \u00bb ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCar, \u00e0 la fin du fin, pourquoi sont-ils all\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ONU ? On dit que Tony Blair a convaincu GW de le faire, ce qui permet \u00e0 l&rsquo;Anglais de garder comme en survie artificielle sa version idyllique d&rsquo;une diplomatie \u00e0 la fois h\u00e9ro\u00efque et subtile, faite pour contenir et canaliser le buffle d\u00e9cha\u00een\u00e9. Mais cette explication n&rsquo;est pas satisfaisante \u00e0 elle seule, en plus qu&rsquo;elle est suspecte comme tout ce que Blair fait et dit aujourd&rsquo;hui. Le meilleur signe qu&rsquo;il y a aussi un argument du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain pour jouer la carte onusienne, c&rsquo;est que personne, ni le <em>Weekly Standard<\/em> qui continue \u00e0 baver d&rsquo;admiration devant l&rsquo;habilet\u00e9 de GW, ni Rumsfeld qu&rsquo;on n&rsquo;entend plus gu\u00e8re, ni Cheney qu&rsquo;on n&rsquo;entend pas comme d&rsquo;habitude, n&rsquo;ont \u00e9mis la moindre r\u00e9serve \u00e0 l&rsquo;encontre de cette escapade onusienne. Tout juste si les <em>chickenhawks<\/em> de service ont mis quelques b\u00e2tons dans les roues de Powell, histoire de garder la main. Cela veut dire que tout le monde, \u00e0 Washington, est plus ou moins d&rsquo;accord ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est qu&rsquo;alors, il y a une autre explication. Il y a, dans l&#8217;emportement unilat\u00e9raliste am\u00e9ricain de ces huit derniers mois d\u00e9bouchant sur la saga onusienne qui en est son contraire, quelque chose qui r\u00e9v\u00e8le un tourment des plus secrets. Tout comme ce d\u00e9sir effr\u00e9n\u00e9 et fort singulier de partir en guerre, pour n&rsquo;importe quel motif, contre un pays si faible et d\u00e9j\u00e0 \u00e9cras\u00e9, et de n&rsquo;en pas finir dans les pr\u00e9paratifs, les plans, les supputations. Les th\u00e9oriciens am\u00e9ricains (les Kagan et cie) vous parlent de la conqu\u00eate du monde,  vous citent Hobbes et Kant, et l&rsquo;on en est toujours \u00e0 supputer l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak et \u00e0 jeter ces supputations en p\u00e2ture au <em>Rest Of the world<\/em>. Sur ce laps de temps, C\u00e9sar \u00e9tait parti \u00e0 la conqu\u00eate de l&rsquo;Europe et Alexandre galopait vers l&rsquo;Inde. (Quant aux Am\u00e9ricains qui observent tout cela, leur approbation de l&rsquo;aventure irakienne est \u00e0 un bon niveau si leur pays est soutenu par <em>the Rest Of the World<\/em>, et s&rsquo;effondre de la moiti\u00e9 ou des deux tiers si ce soutien n&rsquo;existe pas.) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Am\u00e9rique, cette puissance formidable, cet optimisme et ces certitudes affich\u00e9s comme autant d&rsquo;\u00e9tendards presque ind\u00e9cents \u00e0 force de claquer, l&rsquo;Am\u00e9rique a un secret. Peut-\u00eatre nous a-t-il \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 par cet esprit subtil d&rsquo;artiste paillard et anarchiste qu&rsquo;\u00e9tait Henry Miller, lorsqu&rsquo;il parlait de \u00ab <em>l&rsquo;Am\u00e9rique secr\u00e8tement inqui\u00e8te<\/em> \u00bb. Miller parlait des Am\u00e9ricains sans doute, et c&rsquo;est dans ce sens qu&rsquo;on cite souvent le mot, mais la citation vaut aussi pour la machinerie qui les emm\u00e8ne et les force dans un destin qu&rsquo;ils ne veulent pas. Les Am\u00e9ricains sont \u00ab <em>secr\u00e8tement inquiets<\/em> \u00bb de cette \u00e9norme puissance qui les emporte et cette puissance elle-m\u00eame, cette machinerie folle, soudain devenue humaine, \u00e9prouve \u00e0 son tour cette inqui\u00e9tude secr\u00e8te. Peut-\u00eatre m\u00eame l&rsquo;\u00e9prouve-t-elle, simplement, parce qu&rsquo;elle d\u00e9couvre ce qu&rsquo;elle est.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Semaine du 23 au 29 septembre 2002 A propos d&rsquo;un colosse emp\u00eatr\u00e9 et inquiet J&rsquo;avoue (confie l&rsquo;auteur de cette chronique) que je n&rsquo;aurais pas \u00e9crit ces commentaires sur le moment (cette chronique \u00e9crite un mois apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;elle pr\u00e9tend commenter) ; commentaires sur cette situation o\u00f9 l&rsquo;affaire irakienne s&rsquo;est retrouv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ONU, avec les&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[7],"tags":[857,3478,1391,2804],"class_list":["post-65316","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal","tag-irak","tag-onu","tag-powell","tag-usa"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65316","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65316"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65316\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65316"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65316"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65316"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}