{"id":65344,"date":"2002-11-18T00:00:00","date_gmt":"2002-11-18T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/11\/18\/semaine-du-7-au-13-octobre-2002\/"},"modified":"2002-11-18T00:00:00","modified_gmt":"2002-11-18T00:00:00","slug":"semaine-du-7-au-13-octobre-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/11\/18\/semaine-du-7-au-13-octobre-2002\/","title":{"rendered":"<strong><em>Semaine du 7 au 13 octobre 2002<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Semaine du 7 au 13 octobre 2002<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tCela pourrait \u00eatre un titre de film, ou un titre de <em>best-seller<\/em> de gare : la v\u00e9rit\u00e9, la puissance et le conformisme &#8230;. On ajouterait alors un mot de notre cru, qui brouillerait tout, qui fait qu&rsquo;on abandonnerait tout projet de film et que le <em>best-seller<\/em> serait un flop : la v\u00e9rit\u00e9, la puissance et le conformisme &#8230;\u00e9gale le virtualisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela se passe \u00e0 Washington, cette semaine. O\u00f9 voudrait-on que cela se passe, aujourd&rsquo;hui, sinon \u00e0 Washington ? Pour autant, ce n&rsquo;est pas seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne washingtonien (on veut dire : pour ce cas-l\u00e0, on pourra peut-\u00eatre,  peut-\u00eatre, on ne peut rien dire de plus,  \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;accusation terrifiante d&rsquo;antiam\u00e9ricain. On verra.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe dont on veut parler concerne, notamment, l&rsquo;\u00e9change \u00e9tonnant qu&rsquo;il y a eu entre le pr\u00e9sident, notre ami GW, et la CIA, sur la question de l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;attaquer l&rsquo;Irak. Il est assez manifeste que la CIA est contre, \u00e0 pas tr\u00e8s loin de 100% ; il est bien connu que GW est pour, \u00e0 150% et m\u00eame bien au-del\u00e0. Voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes, et cela est apparu d&rsquo;une fa\u00e7on bien \u00e9vidente durant ces quelques jours. Mais le fond de ces \u00e9changes, ce n&rsquo;est pas ce qui nous arr\u00eate. (Nous avons tent\u00e9 de d\u00e9finir cet aspect \u00e9trange dans <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=413\" class=\"gen\">un texte F&#038;C sur un incident plus mineur, mais r\u00e9v\u00e9lateur<\/a>, o\u00f9 il appara\u00eet que l&rsquo;information, ou la v\u00e9rit\u00e9 si l&rsquo;on veut, est une question d&rsquo;affirmation, de r\u00e9p\u00e9tition, une question de puissance de l&rsquo;information plus qu&rsquo;une question de v\u00e9racit\u00e9 de l&rsquo;information.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSavoir qui a raison, et pourquoi, et les manigances qui vont avec, l\u00e0 n&rsquo;est pas le propos ici. M\u00eame la question du mensonge de l&rsquo;un ou de l&rsquo;autre sur laquelle nous revenons plus loin, \u00e9cartons cela pour l&rsquo;instant. Ce qui nous int\u00e9resse c&rsquo;est le ton, c&rsquo;est l&rsquo;allure, c&rsquo;est l&rsquo;aplomb. C&rsquo;est la fa\u00e7on dont les preuves de ceci et les preuves de cela, ici de la culpabilit\u00e9 de Saddam, l\u00e0 de l&rsquo;imprudence militaire qu&rsquo;il y aurait \u00e0 l&rsquo;attaquer maintenant,  la fa\u00e7on dont tout cela est mani\u00e9, d\u00e9plac\u00e9, transform\u00e9, chambard\u00e9. Litt\u00e9ralement, les arguments sont d\u00e9plac\u00e9s \u00e0 la pelle, mesur\u00e9s au poids, vant\u00e9s \u00e0 leur couleur, d\u00e9form\u00e9s pour les faire entrer \u00e0 leur place, charcut\u00e9s pour qu&rsquo;ils conviennent \u00e0 la phrase du moment. A aucun moment, il ne semble y avoir le plus petit int\u00e9r\u00eat pour ceci : cet argument est-il vrai ? Rencontre-t-il la v\u00e9rit\u00e9 ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNon, nous ne sommes pas ici pour r\u00e9clamer qu&rsquo;on dise la v\u00e9rit\u00e9, ni quoi que ce soit qui se rapproche d&rsquo;une certitude absolue de ce qu&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9. Le probl\u00e8me a son importance mais ce n&rsquo;est pas celui qui nous int\u00e9resse. Plus simplement, on s&rsquo;inqui\u00e8te de constater que cela (v\u00e9rit\u00e9 ou pas, que vaut en r\u00e9alit\u00e9 cet argument) ne semble plus avoir la moindre importance. On s&rsquo;interroge : que se passe-t-il ?.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Comment le mensonge id\u00e9ologique, ou mensonge stalinien, n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le virtualisme de notre \u00e9poque<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMensonges ? Mais non, pour qu&rsquo;il y ait mensonges, il faut qu&rsquo;il y ait v\u00e9rit\u00e9, et, en v\u00e9rit\u00e9, il n&rsquo;y a plus rien qui y ressemble, de quelque c\u00f4t\u00e9 que l&rsquo;on se tourne. En d&rsquo;autre mot, qu&rsquo;est-ce signifie ce mot,  mensonge ? A-t-il encore une signification ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a deux sortes de mensonge. \u00c9cartons la premi\u00e8re sorte, le mensonge relatif, celui qu&rsquo;on fait dans son propre int\u00e9r\u00eat, pour le bien d&rsquo;autrui, pour \u00e9viter un choc \u00e0 une personne aim\u00e9e, pour \u00e9viter une r\u00e9primande pour soi-m\u00eame, pour laisser l&rsquo;\u00e9motion s&rsquo;\u00e9teindre et ainsi de suite. Le champ est infini et l&rsquo;on comprend ce qu&rsquo;on veut dire : ce mensonge est humain, quotidien, on y c\u00e8de ou pas, on le juge hautement condamnable ou non, c&rsquo;est \u00e0 d\u00e9battre. Nous restons dans le domaine de l&rsquo;activit\u00e9 humaine courante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a l&rsquo;autre mensonge et c&rsquo;est de lui dont nous parlons,  disons le mensonge id\u00e9ologique ou le mensonge pour une cause ou\/et un effet qu&rsquo;on ne distingue pas directement. Encore cela reste-t-il supportable quand cela s&rsquo;exerce sur des mati\u00e8res th\u00e9oriques, abstraites. Mais quand, au nom de la doctrine, de l&rsquo;id\u00e9ologie, puis au nom du syst\u00e8me que celle-ci engendre, il faut \u00e9mettre des appr\u00e9ciations sur la vie courante qui vont contre la perception imm\u00e9diate qu&rsquo;on en a, et les voir confirm\u00e9es par les autres soumis aux m\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s, le mensonge devient un acte terriblement excessif, une menace contre l&rsquo;\u00e9quilibre de la psychologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui rendait la vie folle en URSS, notamment dans l&rsquo;URSS stalinienne, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;obligation de mentir au nom de l&rsquo;id\u00e9ologie, pour rester dans les normes du syst\u00e8me. Chostakovitch, Boukovski quand il avait encore du bon sens, ont dit et \u00e9crit des choses magnifiques l\u00e0-dessus. L&rsquo;obligation de mensonge imposait \u00e0 la psychologie une tension absolument \u00e9puisante. Il y a quelque chose dans l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;un \u00eatre qui se refuse au mensonge syst\u00e9matique, au mensonge comme syst\u00e8me, au mensonge qui r\u00e9fute froidement la r\u00e9alit\u00e9 (par exemple, dire qu&rsquo;il fait beau parce que l&rsquo;Ing\u00e9nieur des \u00c2mes Staline l&rsquo;a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9, alors qu&rsquo;il pleut \u00e0 verse). Ce mensonge-l\u00e0 n&rsquo;est pas loin de ce que doit \u00eatre la folie. Certains devenaient fous dans l&rsquo;URSS, stalinienne et la suite. Boukovski, fourr\u00e9 dans un camp en 1976, \u00e9crivit qu&rsquo;il y connut paradoxalement une plus grande libert\u00e9 que lorsqu&rsquo;il \u00e9tait encore en libert\u00e9, parce que d\u00e9sormais sans l&rsquo;obligation du mensonge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela suppose au moins une chose : tous ces gens-l\u00e0, pour devenir fous ou presque de la n\u00e9cessit\u00e9 du mensonge, devaient savoir qu&rsquo;en \u00e9tant oblig\u00e9s de dire ceci et cela, ils mentaient. Ce en quoi, de ce point de vue, le syst\u00e8me communiste \u00e9tait fort imparfait, une \u00e9bauche grossi\u00e8re et mal faite, pleine de voies d&rsquo;eau, de ficelles crasseuses nou\u00e9es \u00e0 la diable, de pi\u00e8ces de m\u00e9taux rouill\u00e9s rajout\u00e9es. Rien \u00e0 voir avec ce syst\u00e8me que nous nommons virtualisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>L&rsquo;installation d&rsquo;une situation de virtualisme total, ou la r\u00e9alit\u00e9 du monde reconstruite \u00e0 travers CNN<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne devons pas, observant aujourd&rsquo;hui les sc\u00e8nes du pouvoir le plus puissant du monde, parler de mensonges et raisonner, avec l&rsquo;arri\u00e8re-plan moral qu&rsquo;on devine, selon de tels termes. L&rsquo;Am\u00e9rique a tent\u00e9 de r\u00e9soudre le probl\u00e8me du pouvoir et celui de l&rsquo;id\u00e9ologie de fa\u00e7on diff\u00e9rente qu&rsquo;avec le mensonge. Il devrait nous appara\u00eetre comme une \u00e9vidence, dans ce monde dont la puissance est fonction de la capacit\u00e9 de communication et \u00e0 partir de lui comme r\u00e9f\u00e9rence, que la voie du pouvoir communiste est une absurdit\u00e9 grossi\u00e8re, jet\u00e9e dans les poubelles de l&rsquo;histoire et qui doit y rester, et qu&rsquo;on n&rsquo;en parle plus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe syst\u00e8me washingtonien a mis le pouvoir qui le contr\u00f4le et l&rsquo;oriente \u00e0 l&rsquo;abri des risques du mensonge. Il a d\u00e9velopp\u00e9 et mis en place un syst\u00e8me total. Il a cr\u00e9\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 virtualiste totale \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9-r\u00e9elle, et la premi\u00e8re n&rsquo;est que m\u00e9pris et sarcasme pour la seconde, avec l&rsquo;assurance des parvenus et des nouveaux-riches.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComment fonctionne un syst\u00e8me total d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 virtualiste totale ? Il suffit de couper les ponts d&rsquo;avec la r\u00e9alit\u00e9, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre assur\u00e9 que la puissance de la communication dont on dispose le permet. Il y a une anecdote significative, que nous publi\u00e2mes il y a trois ans dans <em>de defensa<\/em>-papier. La source, comme on dit, \u00e9tait un conseiller politique de la Maison-Blanche (\u00e9poque clintonienne), charg\u00e9 des questions \u00e9lectorales d&rsquo;une zone g\u00e9ographique am\u00e9ricaine (inutile d&rsquo;\u00eatre plus pr\u00e9cis). Un jour de l&rsquo;automne 1999, il suivit une visite de quelques s\u00e9nateurs, invit\u00e9s \u00e0 visiter les locaux du National Security Council (NSC), notamment la <em>situation room<\/em> qui fait r\u00eaver tous les adolescents qui sommeillent en nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes s\u00e9nateurs s&rsquo;int\u00e9ress\u00e8rent au fonctionnement de cette machine d&rsquo;analyse et de commandement qu&rsquo;est le NSC, au service du pr\u00e9sident. Ils interrog\u00e8rent Sandy Berger, le directeur du NSC d&rsquo;alors, et ses adjoints, et les analystes pr\u00e9sents, \u00e0 propos de la r\u00e9cente crise du Kosovo. Quelle fut la principale source de renseignement pour l&rsquo;analyse de la situation \u00e0 partir de laquelle on prend des d\u00e9cisions ? La CIA, sans doute ? Non, non, pas du tout, leur r\u00e9pondit-on. La principale source, c&rsquo;\u00e9tait CNN. On s&rsquo;expliqua : CNN donne l&rsquo;image de ce que le peuple am\u00e9ricain per\u00e7oit de la situation. C&rsquo;est l\u00e0 la vraie r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 partir de l\u00e0 qu&rsquo;il faut raisonner pour prendre des d\u00e9cisions et pour agir. On prendra d&rsquo;autres renseignements pour l&rsquo;aspect tactique, et d&rsquo;autres sources certes (la CIA et le reste). Mais l&rsquo;image de la r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est CNN qui la donne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne faut pas s&rsquo;exclamer. Il y a de la logique dans cette id\u00e9e et dans cette sorte d&rsquo;organisation de la perception. A partir du moment o\u00f9 l&rsquo;on a accept\u00e9 l&rsquo;installation d&rsquo;une nouvelle r\u00e9alit\u00e9, d&rsquo;une virtualit\u00e9 totale pour d\u00e9crire la situation du monde, et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la situation sur laquelle on s&rsquo;appuiera pour prendre des d\u00e9cisions, tout le reste va de soi. On comprend qu&rsquo;il n&rsquo;est plus question de mensonge.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Semaine du 7 au 13 octobre 2002 Cela pourrait \u00eatre un titre de film, ou un titre de best-seller de gare : la v\u00e9rit\u00e9, la puissance et le conformisme &#8230;. 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