{"id":65360,"date":"2002-12-02T00:00:00","date_gmt":"2002-12-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/12\/02\/les-exportations-davions-de-combat-usa-europe\/"},"modified":"2002-12-02T00:00:00","modified_gmt":"2002-12-02T00:00:00","slug":"les-exportations-davions-de-combat-usa-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/12\/02\/les-exportations-davions-de-combat-usa-europe\/","title":{"rendered":"Les exportations d&rsquo;avions de combat, USA-Europe"},"content":{"rendered":"<p><p>Ci-dessous, nous vous pr\u00e9sentons le texte de la conf\u00e9rence donn\u00e9e par Philippe Grasset le 27 novembre 2002, pour un d\u00e9jeuner-d\u00e9bat du CHEAr (Centre des Hautes &Eacute;tudes de l&rsquo;Armement), \u00e0 Paris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le texte est pr\u00e9sent\u00e9 dans sa forme originelle, avec des points successifs d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Les exportations d&rsquo; avions de combat, USA-Europe<\/h2>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">I. &mdash; Introduction : une m\u00e9thode<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>1). Notre approche de la question des exportations d&rsquo;armement (a\u00e9ronautique militaire) entre USA et Europe, et exclusivement dans le sens USA-Europe cela va sans dire, avec l&rsquo;impact politique qui accompagne ce ph\u00e9nom\u00e8ne consid\u00e9rable et tr\u00e8s long, sera essentiellement historique et politique, voire culturelle et symbolique. C&rsquo;est-\u00e0-dire sans peu d&rsquo;attention ni d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les aspects techniques, technologiques et industriels, et op\u00e9rationnels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>2). Ce point de vue nous para&icirc;t justifi\u00e9 par son int\u00e9r\u00eat propre, mais aussi parce qu&rsquo;il rencontre une caract\u00e9ristique de notre \u00e9poque, &mdash; une \u00e9poque o&ugrave; la <em>soft power<\/em> (l&rsquo;influence, les perceptions diff\u00e9rentes des situations, etc) tend \u00e0 prendre une importance grandissante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>3). Ce point de vue non-technique et non-industriel sur le sujet sp\u00e9cifique de l&rsquo;aviation nous para&icirc;t justifi\u00e9 \u00e9galement par un aspect symbolique tr\u00e8s important qui rend compte aussi bien de la situation politique et technologique que de la situation culturelle actuelle. L&rsquo;aviation est la grande invention de fin du XIXe, d\u00e9but du XXe si\u00e8cle avec le cin\u00e9ma. L&rsquo;aviation est la matrice de la puissance militaire, industrielle et technologique (le cin\u00e9ma est la matrice de la puissance culturelle, de communication et de l&rsquo;image). L&rsquo;origine de l&rsquo;aviation est d\u00e9battue entre la France et les USA, comme la concurrence dans l&rsquo;aviation oppose aujourd&rsquo;hui ces deux pays (m\u00eames situations historique et actuelle pour le cin\u00e9ma). Dans ce cas, on peut estimer que la France est une bonne repr\u00e9sentante de l&rsquo;Europe, ce qui conduit \u00e0 une opposition Europe-USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>4). De m\u00eame, on comprend que l&rsquo;\u00e9tude de cette probl\u00e9matique des rapports USA-Europe pour l&rsquo;a\u00e9ronautique militaire nous conduit \u00e0 une description quasi-fondamentale de la probl\u00e9matique de ce qu&rsquo;on nomme la \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, ce que nous d\u00e9signons comme l&rsquo;enjeu fondamental de l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">II &ndash; 1945-1973, la l\u00e9gitimit\u00e9 anglo-saxonne<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>5). Par anglo-saxon, nous entendons UK et USA. A l&rsquo;origine des <em>special relationships<\/em> existantes depuis 1941, il y a une d\u00e9marche britannique, identifi\u00e9e \u00e0 partir de 1877 avec Sir Cecil Rhodes, qui entend tout faire pour sauvegarder l&rsquo;Empire britannique qu&rsquo;il sent devenir vuln\u00e9rable. L&rsquo;id\u00e9e britannique est de tenter de contr\u00f4ler la puissance am\u00e9ricaine dans un sens qui prot\u00e9gera l&#8217;empire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>6). En 1941, ce qu&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0la Grande Alliance\u00a0\u00bb est nou\u00e9e entre Churchill et Roosevelt, avec la Charte de l&rsquo;Atlantique. Cette alliance, qui, du c\u00f4t\u00e9 britannique, concerne essentiellement Churchill et a moins de soutien qu&rsquo;on croit, implique diverses coop\u00e9rations. Certains domaines (assez peu) sont tr\u00e8s fortement concern\u00e9s. Parmi ceux-ci, l&rsquo;aviation et ses mati\u00e8res technologiques. L&rsquo;aviation sera donc un des rares champs favoris de l&rsquo;entente anglo-saxonne et une v\u00e9ritable mystique y sera d\u00e9velopp\u00e9e. Cette coop\u00e9ration dans le domaine de l&rsquo;aviation sera un des r\u00e9ceptacles de l&rsquo;<strong>esprit transatlantique.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>7). Apr\u00e8s la guerre, tr\u00e8s naturellement, USA et UK se partagent le march\u00e9 europ\u00e9en. Mais l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas un march\u00e9, c&rsquo;est un champ de ruines. L&rsquo;Europe est totalement d\u00e9truite, il s&rsquo;agit de la r\u00e9armer, de la r\u00e9\u00e9quiper. On peut difficilement parler d&rsquo;un investissement de caract\u00e8re commercial. Ce qui s&rsquo;installe en Europe dans ce domaine de l&rsquo;aviation militaire, c&rsquo;est une <strong>l\u00e9gitimit\u00e9 absolue de l&rsquo;ordre anglo-saxon n\u00e9 de la guerre<\/strong>. (Si l&rsquo;on veut, le Plan Marshall apportera, derri\u00e8re son aspect \u00e9conomique et financier, une caution quasiment spirituelle \u00e0 cette situation.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>8). Les programmes d&rsquo;\u00e9quipement d&rsquo;aviation militaire se d\u00e9veloppent en fonction de l&rsquo;organisation collective OTAN, ce sont des programmes assortis de dons, de pr\u00eats, voire d&rsquo;aide \u00e0 la relance de cha&icirc;nes industrielles, de sous-traitance, ou de programmes suscit\u00e9s par l&rsquo;OTAN elle-m\u00eame. Il s&rsquo;agit de la gestion g\u00e9n\u00e9rale, du redressement d&rsquo;un march\u00e9 \u00e9videmment per\u00e7u comme <strong>l\u00e9gitime<\/strong>. Pendant cette p\u00e9riode, l&rsquo;esprit du Plan Marshall r\u00e8gne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>8). A c\u00f4t\u00e9 de cette appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale, dans le d\u00e9tail de ce grand champ strat\u00e9gico-spirituel, il y a une \u00e9volution. De 1945 \u00e0 1973, la principale \u00e9volution, c&rsquo;est la rapide disparition du Royaume Uni comme puissance majeure. Au condominium UK-USA de 1945 se substitue rapidement la domination solitaire de la seule Am\u00e9rique. C&rsquo;est une domination qui porte sur toutes les mati\u00e8res strat\u00e9giques et politiques, et essentiellement pour ce qui nous concerne sur les mati\u00e8res de l&rsquo;aviation militaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>9). La marque de cette domination, son symbole, son verrou \u00e9galement, c&rsquo;est le programme de l&rsquo;avion de combat Lockheed F-104 <em>Starfighter<\/em>, auquel bien peu de pays europ\u00e9ens \u00e9chappent \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Cette domination est \u00e0 la fois directe, \u00e0 la fois par le biais d&rsquo;un syst\u00e8me militaro-industriel essentiellement bas\u00e9 sur l&rsquo;OTAN. Cette domination n&rsquo;est pas sp\u00e9cifique, elle fait partie ce la domination absolue de l&rsquo;Europe par les USA au niveau politique, \u00e9conomique, militaire, culturel, et elle est <strong>alors beaucoup plus grande qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui<\/strong>. La domination US de l&rsquo;Europe (avec \u00e9limination du Royaume Uni) atteint son z\u00e9nith dans les ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>11). A cette r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale pour la p\u00e9riode, comme c&rsquo;est toujours le cas, il y a une exception. Evidemment, elle est fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">IIbis &mdash; L&rsquo;inlassable, l&rsquo;in\u00e9vitable exception fran\u00e7aise<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>11). L&rsquo;a\u00e9ronautique fran\u00e7aise est dans un \u00e9tat apocalyptique en 1945. Les Fran\u00e7ais vont travailler dur pour faire rena&icirc;tre leur aviation et, au moins jusqu&rsquo;en 1955, ils y seront aid\u00e9s par les Anglo-Saxons (UK, puis US) au nom de la n\u00e9cessit\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9 collective. Cette renaissance de l&rsquo;aviation fran\u00e7aise, compte tenu des effets obtenus et de la position fran\u00e7aise aujourd&rsquo;hui, est un des grands \u00e9v\u00e9nements de la p\u00e9riode, et l&rsquo;un des plus syst\u00e9matiquement ignor\u00e9s et \u00e9touff\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>12). Le Royaume-Uni a jou\u00e9 un r\u00f4le particulier, tr\u00e8s particulier, qui n&rsquo;a peut-\u00eatre pas assez \u00e9t\u00e9 mesur\u00e9 en France. D\u00e8s 1943-44, la perception g\u00e9n\u00e9rale des Britanniques \u00e9tait qu&rsquo;il fallait \u00e0 tout prix que la France retrouv\u00e2t sa puissance apr\u00e8s la guerre, pour retrouver sa place strat\u00e9gique centrale de contrepoids \u00e0 l&rsquo;Allemagne et\/ou face \u00e0 l&rsquo;URSS. Des hommes comme Duff Cooper (l&rsquo;ambassadeur UK \u00e0 Paris, qui fit le Trait\u00e9 de Dunkerque de 1946) song\u00e8rent s\u00e9rieusement \u00e0 une alliance europ\u00e9enne avec la France, et on pourrait reprocher \u00e0 de Gaulle en 1944-46 de n&rsquo;y avoir pas assez cru. Jusqu&rsquo;en 1950, UK fournira une aide militaire s\u00e9rieuse \u00e0 la France pour son rel\u00e8vement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>13). Durant la d\u00e9cennie 1950, la France va d\u00e9velopper son aviation dans un cadre g\u00e9n\u00e9ral auquel les Anglo-Saxons, essentiellement les USA, ne virent que du feu (les Am\u00e9ricains aid\u00e8rent la France au niveau a\u00e9ronautique, dans tous les cas jusqu&rsquo;en 1955). Les Am\u00e9ricains ne virent pas \u00e0 leur juste valeur le d\u00e9veloppement de l&rsquo;aviation fran\u00e7aise, ni celui de la bombe (le nucl\u00e9aire militaire), c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils ne virent rien de la marche irr\u00e9sistible vers l&rsquo;ind\u00e9pendance et l&rsquo;autonomie de la France. En 1960, la France est d\u00e9j\u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne complet en Europe occidentale : elle a \u00e9chapp\u00e9, politiquement et techniquement, au syst\u00e8me transatlantique qui cadenasse tous les autres, et auquel, en fait, malgr\u00e9 la compromission d&rsquo;une bonne partie du personnel de la IVe R\u00e9publique, elle n&rsquo;a jamais appartenu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>14). La France conna&icirc;tra son expansion a\u00e9ronautique, au travers de l&rsquo;exportation, vers des pays non-europ\u00e9ens. Elle a tent\u00e9 un grand coup, la vente du <em>Mirage<\/em> III \u00e0 l&rsquo;Allemagne (une affaire de plus de 700 exemplaires). L&rsquo;affaire \u00e9choue (l&rsquo;Allemagne choisit le F-104) essentiellement \u00e0 cause des quiproquos : l&rsquo;Allemagne voulait parall\u00e8lement une coop\u00e9ration nucl\u00e9aire qui lui permis, \u00e0 elle, l&rsquo;Allemagne, de figurer comme un partenaire au plus haut niveau (niveau UK) des Am\u00e9ricains au sein de l&rsquo;Alliance ; pour les Allemands, il s&rsquo;agit d&rsquo;am\u00e9nager l&rsquo;all\u00e9geance \u00e9vidente aux USA dans les sens des int\u00e9r\u00eats au sein de la communaut\u00e9 atlantiste. Pour les fran\u00e7ais, il s&rsquo;agit de verrouiller l&rsquo;ind\u00e9pendance. On ne parle pas de la m\u00eame chose. L&rsquo;entente de Gaulle-Adenauer prolonge en survie artificielle les esp\u00e9rances d&rsquo;une grande coop\u00e9ration France-Allemagne pouvant influer d\u00e9cisivement sur la situation en Europe mais tout cela se dissipe avec la disparition d&rsquo;Adenauer et la fin de l&rsquo;alliance maximale avec l&rsquo;Allemagne. La France, en un sens, se retire d&rsquo;une Europe sous complet contr\u00f4le US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>15). Tout de m\u00eame, une exception : la vente du <em>Mirage<\/em> M5 \u00e0 la Belgique en 1968. Ce petit march\u00e9 annonce de grands \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">III &ndash; La rupture de 1973-75 &mdash; ou une victoire paradoxale<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>16). La vente, en juin 1975, du F-16 am\u00e9ricain \u00e0 quatre pays europ\u00e9ens de l&rsquo;OTAN regroup\u00e9s en un <em>pool<\/em> (Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norv\u00e8ge, pour 348 exemplaires en tout, devant remplacer les F-104 dans ces pays) repr\u00e9sente un \u00e9v\u00e9nement consid\u00e9rable de notre domaine. C&rsquo;est m\u00eame l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement central. Il fut surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le march\u00e9 du si\u00e8cle\u00a0\u00bb, ce qui est abusif dans les faits et justifi\u00e9 pour notre interpr\u00e9tation. <strong>Il est le pivot de toute notre analyse.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>17). Personne n&rsquo;\u00e9tait pr\u00eat. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement n&rsquo;aurait pas du avoir lieu (l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e9tant le fait du regroupement de ces 4 pays). A l&rsquo;automne 1973, le gouvernement belge d&rsquo;Andr\u00e9 Leburton \u00e9tait sur le point de signer un contrat achetant le <em>Mirage<\/em> F1 pour remplacer les F-104 de la Force A\u00e9rienne. Au dernier moment, on annula : le gouvernement Leburton venait de tomber et on ne pouvait inclure une telle d\u00e9cision dans les \u00ab\u00a0affaires courantes\u00a0\u00bb. A ce moment, les Fran\u00e7ais l&rsquo;avaient emport\u00e9 sans grandes difficult\u00e9s. Il faut dire qu&rsquo;il n&rsquo;y avait gu\u00e8re de concurrence. Surtout : les Am\u00e9ricains n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00e9sents. Ce fait est essentiel, bien s&ucirc;r.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>18). L&rsquo;explication de l&rsquo;absence am\u00e9ricaine est multiple. Elle tient essentiellement \u00e0 des facteurs internes : le conflit du Viet-n\u00e2m accapare l&rsquo;attention des US. L&rsquo;USAF, qui a pris du retard dans le d\u00e9veloppement d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;avions de combat, recherche des avions de plus en plus gros et de plus en plus puissants, inad\u00e9quats pour les Europ\u00e9ens. Le F-15 <em>Eagle<\/em> d\u00e9velopp\u00e9 en 5 ans (programme FX, de 1966 \u00e0 1972 : une r\u00e9ussite sans pr\u00e9c\u00e9dent, la derni\u00e8re de l&rsquo;industrie US) n&rsquo;est pas offert aux 4 pays. Le F-5 est, par contre, trop petit, trop peu puissants, d\u00e9j\u00e0 vieux, etc. Le F-4 est d\u00e9pass\u00e9. Bref, les US n&rsquo;ont rien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>19). Si &#8230; Depuis fin 1972, ils ont un petit programme de d\u00e9monstration technologique, lanc\u00e9 pour satisfaire l&rsquo;aile r\u00e9formatrice de l&rsquo;USAF qui r\u00e9clame des chasseurs l\u00e9gers pour bloquer la course \u00e0 l&rsquo;inflation g\u00e9n\u00e9rale : le programme Light Weight Fighter, dot\u00e9 de $70 millions, permettant de construire 2 d\u00e9monstrateurs des deux concurrents choisis: deux YF-16 de General Dynamics, deux YF-17 de Northrop. La situation est tr\u00e8s trouble aux USA : scandale du Watergate, trois Secr\u00e9taires \u00e0 la d\u00e9fense successifs en un an en 1973 (Laird, Richardson, Schlesinger). Les \u00ab\u00a0r\u00e9formistes\u00a0\u00bb en profitent pour tenter un coup d&rsquo;\u00e9clat : faire de LWF un programme export pour l&rsquo;Europe, o&ugrave; l&rsquo;ambassade US \u00e0 Bruxelles signale que les Am\u00e9ricains sont absents face \u00e0 de nouveaux march\u00e9s ; l&rsquo;importance de l&rsquo;enjeu obligera l&rsquo;USAF \u00e0 s&rsquo;engager, puisque ce sera vite l&rsquo;une des conditions du choix de l&rsquo;avion US par les pays europ\u00e9ens. Le LWF deviendra en 1975 le programme ACF (Air Combat Fighter) et la partie <em>low<\/em> du nouveau concept de l&rsquo;USAF (<em>high-low mix<\/em> signifiant qu&rsquo;on m\u00e9lange des avions de combat tr\u00e8s puissants et tr\u00e8s chers \u00e0 des avions moins puissants et moins chers).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>20). Parall\u00e8lement, les US et l&rsquo;OTAN suscitent un regroupement de 4 pays ayant le m\u00eame besoin (remplacer les F-104): Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norv\u00e8ge. Cela leur donne une puissance plus grande comme interlocuteur unique, avec une commande de 348 avions : les quatre petits pays deviennent \u00ab\u00a0un grand pays\u00a0\u00bb. Le march\u00e9 devient un march\u00e9 OTAN, ce \u00e0 quoi personne ne trouve \u00e0 redire, sauf peut-\u00eatre les Fran\u00e7ais. Tout cela est ficel\u00e9 en l&rsquo;espace de quelques semaines, fin 1973-d\u00e9but 1974. Commence alors une fantastique comp\u00e9tition surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0le march\u00e9 du si\u00e8cle\u00a0\u00bb, principalement entre deux Am\u00e9ricains (YF-16 et YF-17), un Fran\u00e7ais (le FI-M53 u F1-E), et, en position d&rsquo;outsider, le <em>Viggen<\/em> su\u00e9dois. On verra m\u00eame le <em>Jaguar<\/em> franco-anglais, pr\u00e9sent\u00e9 par les Anglais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>21). Il est important, tactiquement, pour comprendre l&rsquo;intensit\u00e9 du march\u00e9, de savoir que la comp\u00e9tition a lieu aussi, parall\u00e8lement aux USA, le YF-16 ne l&#8217;emportant sur le YF-17 (futur F-18) qu&rsquo;au d\u00e9but de 1975. Les US sont donc oblig\u00e9s \u00e0 une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0comp\u00e9tition ouverte\u00a0\u00bb et le soutien du DoD reste malais\u00e9 (refus d&rsquo;interf\u00e9rence sur la comp\u00e9tition US).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>22). Ce march\u00e9 va \u00eatre exceptionnel par son \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb m\u00e9diatique. Il sera pendant plus d&rsquo;un an une affaire d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, cas unique pour une commande militaire. Il mobilise les journalistes non sp\u00e9cialis\u00e9s, est un des sujets favoris des JT, etc. Rythme incroyable de conf\u00e9rences de presse, d&rsquo;alimentations en nouvelles, de voyages organis\u00e9s, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>23). Le grand ph\u00e9nom\u00e8ne : en quittant le domaine sp\u00e9cialis\u00e9 de la d\u00e9fense o&ugrave; les non-dits abondent, et o&ugrave; le principal non-dit est l&rsquo;acceptation de la pr\u00e9pond\u00e9rance US, le d\u00e9bat d\u00e9bouche sur le domaine g\u00e9n\u00e9ral o&ugrave; l&rsquo;affirmation g\u00e9n\u00e9rale est : l&rsquo;Europe. Ainsi, tous les journalistes, habitu\u00e9s \u00e0 une approche europ\u00e9enne, vont d\u00e9velopper une seule argumentation : pourquoi n&rsquo;y a-t-il pas un concurrent europ\u00e9en qui l&#8217;emporterait face aux US ? Dassault tente bien de dire : \u00ab\u00a0je suis europ\u00e9en\u00a0\u00bb, mais tout le monde r\u00e9pond, l&rsquo;air entendu : \u00ab\u00a0il est fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. M\u00eame si ce jugement est injuste mais pas tout \u00e0 fait faux, il d\u00e9bouche sur une conclusion unanime : plus jamais \u00e7a ! Plus jamais de comp\u00e9tition de cette sorte sans un <strong>vrai<\/strong> candidat europ\u00e9en.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>24). Le r\u00e9sultat du \u00ab\u00a0march\u00e9 du si\u00e8cle\u00a0\u00bb est simple et il est colossal : une formidable victoire tactique pour les USA pay\u00e9e d&rsquo;une immense d\u00e9faite strat\u00e9gique, pass\u00e9e inaper\u00e7ue alors. D\u00e9sormais, la l\u00e9gitimit\u00e9 de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne est pass\u00e9e des USA \u00e0 une \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, pour l&rsquo;instant compl\u00e8tement mythique mais qui aura la peau dure, qui est indestructible, comme l&rsquo;est un mythe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>25). Si l&rsquo;on veut manier le paradoxe : cette formidable victoire tactique US, aux d\u00e9pens notamment des Fran\u00e7ais (vente de 348 avions US \u00e0 l&rsquo;Europe, \u00e9chec du F1-E) est une formidable victoire strat\u00e9gique fran\u00e7aise (installation du mythe de la d\u00e9fense europ\u00e9enne), car seule la France est \u00e0 l&rsquo;aise avec le concept de \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, qui doit \u00eatre \u00e9videmment autonome et ind\u00e9pendante. D\u00e9sormais, et <strong>officiellement<\/strong>, une d\u00e9fense europ\u00e9enne officiellement soumise aux US devient un p\u00e9ch\u00e9, et une d\u00e9fense europ\u00e9enne autonome, un but accept\u00e9 par tous.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">IV. &#8211; Depuis 1975, une Europe cousue de fil blanc<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>26). Effectivement, nous assistons \u00e0 une v\u00e9ritable dynamique europ\u00e9enne institutionnelle et m\u00e9diatique. Le choix belge du F-16 a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 de la promesse d&rsquo;une \u00e9tude de la question de la d\u00e9fense europ\u00e9enne. C&rsquo;est le \u00ab\u00a0rapport Tindemans\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent\u00e9 en 1976 par le premier ministre belge. D&rsquo;autres initiatives: la cr\u00e9ation du GEIP en 1977, la relance de l&rsquo;UEO en 1983, etc, l&rsquo;\u00e9volution vers une Agence europ\u00e9enne de l&rsquo;Armement, etc. Aucun r\u00e9sultat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>28). Ensuite, c&rsquo;est le tour de l&rsquo;industrie, dans les ann\u00e9es 1990, avec une restructuration consid\u00e9rable qui doit d\u00e9boucher sur une situation europ\u00e9enne d\u00e9cisive. Etait-elle n\u00e9cessaire ? C&rsquo;est \u00e0 voir. Pour les Am\u00e9ricains, c&rsquo;\u00e9tait une question de vie ou de mort, pour \u00e9viter l&rsquo;effondrement \u00e0 cause des capacit\u00e9s de sur-production, comme l&rsquo;ont expliqu\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s claire Norman Augustine et Dan Talep, patrons de Martin-Marietta et de Lockheed, le 1er septembre 1994 (annonce de la fusion entre Lockheed et Martin-Marietta). Les Europ\u00e9ens ont pris cette op\u00e9ration de survie pour une formule de succ\u00e8s. Ils ont suivi, sans r\u00e9elle justification et obtenant comme r\u00e9sultat, au travers d&rsquo;une privatisation pr\u00e9cipit\u00e9e, de se mettre dans une position souvent vuln\u00e9rable dans la mesure o&ugrave; aucun cadre politique ni la moindre impulsion de production, ni le moindre \u00e9quivalent europ\u00e9en du <em>Buy American Act<\/em> n&rsquo;\u00e9taient l\u00e0 pour les renforcer. Aucune \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tant en place, on envoyait l&rsquo;industrie europ\u00e9enne \u00e0 la bataille sans armes, sans plans, sans mission.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>29). Cette p\u00e9riode semble celle de toutes les tromperies. Le cadre institutionnel europ\u00e9en et l&rsquo;industrie europ\u00e9enne ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s dans une \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb impos\u00e9e par le discours politique mais nullement transcrite dans la politique elle-m\u00eame. P\u00e9riode de faux-semblants, de tromperies o&ugrave; rien de d\u00e9cisif ne fut r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>30). Si un grand \u00e9v\u00e9nement tout de m\u00eame : l&rsquo;\u00e9volution britannique avec le sommet de Saint-Malo de d\u00e9cembre 1998. Cette \u00e9volution confront\u00e9e avec l&rsquo;actuelle situation du Royaume-Uni engag\u00e9 dans une politique essentiellement pro-am\u00e9ricaine dans la crise irakienne a pour avantage de montrer l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 et la contradiction insurmontable d&rsquo;un engagement US et d&rsquo;un engagement europ\u00e9en. (Simplement parce que cette alliance avec les USA fait comprendre aux Britanniques que, pour la maintenir, il faut ralentir les projets de d\u00e9fense commune europ\u00e9enne alors que Saint-Malo est tout le contraire.) Saint-Malo est important par sa d\u00e9monstration par l&rsquo;absurde, parce qu&rsquo;on peut observer combien il est impossible de faire une \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb avec des demi-mesures, et qu&rsquo;une \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb passe par une rupture avec les liens traditionnels avec les US. Par contraste, le seul pays \u00e0 l&rsquo;aise, puisque logique avec lui-m\u00eame, reste la France et sa logique d&rsquo;une \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb \u00e9videmment fond\u00e9e sur l&rsquo;autonomie et l&rsquo;ind\u00e9pendance. Beaucoup plus d&rsquo;Europ\u00e9ens que ne pensent les Fran\u00e7ais eux-m\u00eames admettent d\u00e9sormais cette logique fran\u00e7aise et c&rsquo;est <strong>un \u00e9v\u00e9nement formidable<\/strong> auquel les Fran\u00e7ais, qui ne connaissent rien de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;all\u00e9geance des autres Europ\u00e9ens aux USA, ne pr\u00eatent pas assez attention.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>31). Le constat ici est que l&rsquo;Europe laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame depuis la p\u00e9riode 1973-75 n&rsquo;a pu faire une \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais voulu envisager le fait politique impliqu\u00e9 par une \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, qui implique une rupture avec les liens traditionnels de l&rsquo;Am\u00e9rique, du temps o&ugrave; l&rsquo;Am\u00e9rique avait une l\u00e9gitimit\u00e9 europ\u00e9enne..<\/p>\n<\/p>\n<p><p>32). Voici donc l&rsquo;Europe arriv\u00e9e en 2002. On devrait penser par cons\u00e9quent que c&rsquo;est en toute logique que les Am\u00e9ricains r\u00e9ussirent \u00e0 imposer leur JSF, au printemps dernier, avec 5 pays europ\u00e9ens entrant dans le programme, et que c&rsquo;est la conclusion de notre aventure d&rsquo;une soi-disant \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">V &#8211; Situation en 2002: Une l\u00e9gitimit\u00e9 en miettes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>33). Pourtant, non, l&rsquo;investissement de l&rsquo;Europe par le JSF est loin de r\u00e9gler et de conclure notre affaire. Cela s&rsquo;est vraiment pass\u00e9 comme un investissement, une attaque ext\u00e9rieure, dans des conditions parfois d\u00e9shonorantes, dignes d&rsquo;une r\u00e9publique banani\u00e8re (). L&rsquo;affaire a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sans la moindre appr\u00e9ciation politique, uniquement sous la pouss\u00e9e d&rsquo;int\u00e9r\u00eats industriels et d&rsquo;actions douteuses, sans aucune \u00e9valuation politique Les Am\u00e9ricains nous ont d\u00e9montr\u00e9s \u00e0 cette occasion qu&rsquo;effectivement leur l\u00e9gitimit\u00e9 du temps du Plan Marshall n&rsquo;existe plus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>34). D\u00e8s que l&rsquo;appr\u00e9ciation politique surgit, aussit\u00f4t la question du JSF est per\u00e7ue comme une agression. Les r\u00e9actions chez les hommes politiques europ\u00e9ens, qui commencent, depuis le d\u00e9but de l&rsquo;automne, \u00e0 d\u00e9couvrir ce qui s&rsquo;est pass\u00e9, sont r\u00e9sum\u00e9es par une seule attitude : la d\u00e9nonciation d&rsquo;une agression. L&rsquo;intervention US est m\u00eame ressentie dans certains milieux europ\u00e9ens comme un \u00ab\u00a0appel aux armes\u00a0\u00bb et une relance de la logique n\u00e9cessaire d&rsquo;une \u00ab\u00a0d\u00e9fense europ\u00e9enne\u00a0\u00bb au niveau des R&#038;D, des acquisitions, etc. C&rsquo;est la confirmation de la fin de la l\u00e9gitimit\u00e9 US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>35). Tout cela aura-t-il un effet ? Nul ne peut le dire. Nous sommes vraiment \u00e0 un moment-cl\u00e9, ce qui correspond effectivement aux r\u00e9alit\u00e9s de la situation des relations internationales. La vision politique commence \u00e0 percevoir le programme JSF comme la cause possible de l&rsquo;\u00e9chec d\u00e9finitif de l&rsquo;Europe au niveau de la d\u00e9fense europ\u00e9enne, de l&rsquo;industrie europ\u00e9enne et tout ce qui va avec, c&rsquo;est-\u00e0-dire souverainet\u00e9 et autonomie, &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;Europe tout court, pour ceux qui con\u00e7oivent effectivement une Europe. Cette r\u00e9alit\u00e9 commence \u00e0 se r\u00e9pandre comme une \u00e9vidence. C&rsquo;est une indication qu&rsquo;on a pris la mesure du d\u00e9fi am\u00e9ricain, \u00e9v\u00e9nement sans pr\u00e9c\u00e9dent en Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>37). Cette r\u00e9action per\u00e7ue aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une mani\u00e8re officieuse sera-t-elle transcrite en termes publics ? C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui une question pos\u00e9e, \u00e0 laquelle nous ne pouvons r\u00e9pondre. Mais l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 n&rsquo;existe plus : le choix am\u00e9ricain n&rsquo;est plus per\u00e7ue comme un choix favorable \u00e0 l&rsquo;Europe ; il est d\u00e9sormais per\u00e7u comme un choix hostile \u00e0 l&rsquo;Europe. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la rupture commence \u00e0 entrer dans la situation politique transatlantique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>38). Peut-\u00eatre est-il trop tard, peut-\u00eatre pas. Mais voil\u00e0 un \u00e9v\u00e9nement terrible et d&rsquo;une importance incalculable : pour la premi\u00e8re fois depuis 1945, pour la premi\u00e8re fois dans une situation g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9barrass\u00e9e des pesanteurs du pass\u00e9, les enjeux apparaissent clairement.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ci-dessous, nous vous pr\u00e9sentons le texte de la conf\u00e9rence donn\u00e9e par Philippe Grasset le 27 novembre 2002, pour un d\u00e9jeuner-d\u00e9bat du CHEAr (Centre des Hautes &Eacute;tudes de l&rsquo;Armement), \u00e0 Paris. Le texte est pr\u00e9sent\u00e9 dans sa forme originelle, avec des points successifs d\u00e9velopp\u00e9s. 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