{"id":65372,"date":"2002-12-08T00:00:00","date_gmt":"2002-12-08T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/12\/08\/la-main-de-fer-de-defensa-rubrique-analyse-vol-18-n04-du-25-octobre-2002\/"},"modified":"2002-12-08T00:00:00","modified_gmt":"2002-12-08T00:00:00","slug":"la-main-de-fer-de-defensa-rubrique-analyse-vol-18-n04-du-25-octobre-2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/12\/08\/la-main-de-fer-de-defensa-rubrique-analyse-vol-18-n04-du-25-octobre-2002\/","title":{"rendered":"<strong><em>La main de fer<\/em><\/strong> \u2014de defensa, rubrique Analyse, Vol 18 n\u00b004 du 25 octobre 2002"},"content":{"rendered":"<p><h3>S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas GW, serions-nous heureux avec nos chers amis am\u00e9ricains ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est une question qui est rarement abord\u00e9e parce qu&rsquo;on esp\u00e8re bien que la r\u00e9ponse est \u00e9vidente. Les plus extr\u00eames des esprits les plus vifs, se d\u00e9fendant de tout sentiment peu honorable, nous disent : \u00catre anti-Bush, ce n&rsquo;est pas \u00eatre anti-am\u00e9ricain. Cela implique que si GW n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0, les choses iraient assez bien. Cela implique que tout a commenc\u00e9 avec GW, ou, disons, l&rsquo;essentiel de nos ennuis avec nos amis am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes remarques introduisent un texte publi\u00e9 dans <em>de defensa<\/em>-papier, le 25 octobre 2002 (Vol 18, n\u00b004), un texte <em>Analyse<\/em> sous letitre \u00ab <em>La main de fer<\/em> \u00bb, o\u00f9 nous prenons l&rsquo;attitude inverse : Clinton pr\u00e9parait GW, et il avait d\u00e9j\u00e0 fait beaucoup de chemin \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, \u00e0 l&rsquo;appui de cette th\u00e8se, nous publions un extrait d&rsquo;une interview du professeur Charles A. Kupchan, auteur du livre <em>The End of the American Era<\/em>, o\u00f9 il aborde cette question (<a href=\"http:\/\/www.salon.com\/books\/int\/2002\/12\/02\/kupchan\/index.htm\" class=\"gen\">interview parue dans Salon.com, le 2 d\u00e9cembre 2002<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab&#8230; <em>Also, oftentimes historians and particularly political scientists tend to look at the world structurally. They say, \u00a0\u00bbForget about what&rsquo;s going on inside states and just look at the relations among states.\u00a0\u00bb The end of America&rsquo;s dominance will to some extent be made in America. It will come from America&rsquo;s domestic politics, its own ambivalence about empire and its own stiff-necked unilateralism, which alienates others. In that sense, a lot of where we go as a country will come from internal factors  demographics, politics, political culture, populism. Those are issues that lots of political scientists don&rsquo;t pay attention to.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <strong><em>Now, is that a trend that you see happening regardless of what political party is in power?<\/em><\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Yes. That&rsquo;s a debate that I have with my colleagues here because they say, Listen. Once the Bushies are gone everything will be fine. If Gore had won, everything would be fine. I don&rsquo;t agree. If Gore had won, the changes we are seeing now would have taken longer to come about, but both parties face the same political pressures in the end. If the Democrats win by 2015, it doesn&rsquo;t matter. We&rsquo;ll be in the same place.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Still, you&rsquo;re basing a lot of your argument on what you&rsquo;ve seen in the last year, aren&rsquo;t you? The idea that American intervention and multilateralism is on the wane &#8230; that has a lot to do with what happened in the last year. And that&rsquo;s just one year.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Interestingly enough, I wrote the first draft of the book before Bush was elected. The core themes were all there. What I&rsquo;m quite shocked by is the speed with which all of this has happened. I thought that my general analysis would take a good decade to play out. Once Bush came to office it seemed like someone stepped on the gas. I had to rewrite the book and I put much more emphasis on America&rsquo;s turning inward and its ambivalence about running the world. After Sept. 11, the unilateralists&rsquo; angry lashing-out side came back. The emphasis in the book on that was written after Bush came to office, and after Sept. 11.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <strong><em>So you think this trend might slow down with Democrats  if they&rsquo;re ever in power again  but not halt.<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Yes, and that&rsquo;s partly because when I was in the Clinton administration in the early 1990s  only a few years after the end of the Cold War  I already saw trends that were seeds for the book. Congress was beginning to check out. The media was stopping its coverage of foreign affairs. Even Clinton, who was a liberal internationalist by inclination, wasn&rsquo;t so wild about the Kyoto Protocol, the International Criminal Court and all this other stuff that the Bush people said no to. When it all comes down to it, I see the arrows all pointing in one direction, but the emphasis and the speed changes from party to party.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCi-dessous, voici le texte <em>Analyse<\/em> paru dans <em>de defensa<\/em>, Vol 18, n\u00b004, du 25 octobre 2002. Nous l&rsquo;avions fait pr\u00e9c\u00e9der du chapeau suivant :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Qu&rsquo;est-ce que GW? Un accident ou une fatalit\u00e9 am\u00e9ricaine? L&rsquo;unilat\u00e9ralisme de GW est-il un accident ou une fatalit\u00e9 am\u00e9ricaine? C&rsquo;est la grande question de la crise actuelle. De la r\u00e9ponse qu&rsquo;on y fera d\u00e9pend l&rsquo;avenir de la situation du monde. Et la r\u00e9ponse semble d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9vidente.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La main de fer<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;abord, il faut signaler qu&rsquo;il commence \u00e0 appara\u00eetre \u00e9vident, dans toutes les chancelleries comme on dit, que, depuis le 11 septembre 2001, l&rsquo;Am\u00e9rique et sa puissance, et son besoin d&rsquo;affirmation,  que l&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;est pas la solution du probl\u00e8me, mais qu&rsquo;elle est le probl\u00e8me. L&rsquo;Am\u00e9rique est notre probl\u00e8me, elle est notre crise. Voil\u00e0 qui commence \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;esprit de nos dirigeants. Cette identification du probl\u00e8me principal, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la crise \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s (l&rsquo;Am\u00e9rique et pas le terrorisme) est un immense progr\u00e8s, quelles que soient les r\u00e9actions que les uns et les autres envisagent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de cette d\u00e9couverte. Poursuivons notre travail d&rsquo;identification, avec une autre question : parle-t-on de l&rsquo;Am\u00e9rique de GW, ou de l&rsquo;Am\u00e9rique tout court ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPrenons-y garde : cette question est fondamentale. Elle mesure, selon la r\u00e9ponse qu&rsquo;on fait, l&rsquo;ampleur et la profondeur de notre crise. GW et son administration sont-ils un accident illogique ou un d\u00e9veloppement in\u00e9vitable et, par cons\u00e9quent, logique de la situation du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme ? L&rsquo;Am\u00e9rique a-t-elle \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9e, sans doute temporairement (on l&rsquo;esp\u00e9rerait dans ce cas), par un accident de l&rsquo;histoire, et encore, d&rsquo;une histoire locale, ou bien \u00e9tait-elle destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre la terrible machine infernale qu&rsquo;elle semble en train de devenir, sinon qu&rsquo;elle est d\u00e9j\u00e0 ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa formulation de cette question nous en rappelle une autre, bien mieux faite, bien plus ample, mais qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la m\u00eame interrogation. Il y a \u00e0 peine plus d&rsquo;un si\u00e8cle, Walt Whitman, qui est quelque chose comme le grand po\u00e8te national am\u00e9ricain, publia <em>Democratic Vista<\/em>. C&rsquo;\u00e9tait dans les ann\u00e9es 1890, sur la fin de sa vie. Le livre tout entier rend un son particuli\u00e8rement pessimiste et amer pour ce qui est des perspectives de la nation am\u00e9ricaine, qui est le sujet trait\u00e9. Ce livre est une sorte de legs d\u00e9senchant\u00e9 du po\u00e8te Walt Whitman, o\u00f9 il composa cette phrase superbe pour r\u00e9sumer l&rsquo;alternative caract\u00e9risant d\u00e9sormais le destin de l&rsquo;Am\u00e9rique : \u00ab <em>Les \u00c9tats-Unis sont destin\u00e9s \u00e0 remplacer et \u00e0 surpasser l&rsquo;histoire merveilleuse des temps f\u00e9odaux ou ils constitueront le plus retentissant \u00e9chec que le monde ait jamais connu.<\/em> \u00bb (En r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;Am\u00e9rique ne fut-elle jamais autrement que cette alternative ? Fut-elle jamais autre chose qu&rsquo;une crise elle-m\u00eame ?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette phrase de Whitman sonne et r\u00e9sonne comme une r\u00e9ponse aux questions que nous posons ici, et, certes, une r\u00e9ponse bien pessimiste. Nous ne croyons pas une seconde, contrairement au choeur occidental de sanctification de la puissance am\u00e9ricaine et de l&rsquo;<em>American Dream<\/em>, que l&rsquo;Am\u00e9rique soit aujourd&rsquo;hui, depuis le 11 septembre 2001 pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 la conqu\u00eate du fa\u00eete de sa puissance et de sa gloire, qu&rsquo;elle soit en train de devenir quelque chose qui est \u00ab <em>destin\u00e9e \u00e0 remplacer et \u00e0 surpasser l&rsquo;histoire merveilleuse des temps f\u00e9odaux.<\/em> \u00bb Nous consid\u00e9rons que c&rsquo;est exactement l&rsquo;inverse, et que cette destin\u00e9e est aussi une fatalit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire la poursuite historique de la r\u00e9ponse implicite \u00e0 la question de Walt Whitman. Dans cette logique, on comprend que nous jugions combien GW n&rsquo;est pas un accident de l&rsquo;histoire mais qu&rsquo;il est une fatalit\u00e9 de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn effet, voyons GW puisque nous sommes l\u00e0 pour \u00e7a &#8230;<\/p>\n<h3>Les conditions de l&rsquo;\u00e9lection (guillemets n\u00e9cessaires) de GW pr\u00e9figurent-elles sa pr\u00e9sidence ? Et de quelle fa\u00e7on ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tGW a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mal \u00e9lu. Il a kidnapp\u00e9 sa victoire, il l&rsquo;a obtenue \u00e0 force de manoeuvres, de pressions, de combines, jusqu&rsquo;\u00e0 un vote de la Cour Supr\u00eame, le 14 d\u00e9cembre 2000, qui reste pour certains juristes comme une des grandes infamies de l&rsquo;histoire juridique de l&rsquo;Am\u00e9rique. Pour autant, ce ne fut pas un <em>putsch<\/em>, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;en disent les d\u00e9mocrates. Retournons la situation : si Gore avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, on aurait aussit\u00f4t \u00e9crit de lui qu&rsquo;il a kidnapp\u00e9 sa victoire, il l&rsquo;a obtenue \u00e0 force de manoeuvres, de pressions, de combines. Aucun des candidats, aucun des partis n&rsquo;est \u00e0 accabler pr\u00e9cis\u00e9ment, sinon \u00e0 faire partie d&rsquo;un syst\u00e8me, \u00e0 \u00eatre partie prenante d&rsquo;une situation, \u00e0&rsquo;\u00eatre la fid\u00e8le image de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire, c&rsquo;est un syst\u00e8me et une situation (la situation cr\u00e9\u00e9e par ce syst\u00e8me, au bout du compte) qui sont \u00e0 bl\u00e2mer, qui apparaissent au grand jour en ces jours de novembre-d\u00e9cembre 2000 : un pays divis\u00e9 presque parfaitement en deux, radicalis\u00e9 en deux factions irr\u00e9conciliables ; un pays divis\u00e9 mais qui ne vote pas, sinon, pour ceux qui sont impliqu\u00e9s, selon les lignes de la machinerie d&rsquo;un syst\u00e8me qui est totalement une particratie ; un processus d\u00e9mocratique bloqu\u00e9 par la v\u00e9tust\u00e9, l&rsquo;archa\u00efsme, le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, la corruption ; un syst\u00e8me juridique \u00e9galement corrompu dans son esprit encore plus que dans sa forme, d\u00e9truisant encore plus l&rsquo;esprit de la loi que sa lettre ; un syst\u00e8me m\u00e9diatique \u00e9galement corrompu, habile \u00e0 pr\u00e9senter une r\u00e9alit\u00e9 non-r\u00e9elle (le virtualisme) et pr\u00e9sentant la particularit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre aussi corrupteur qu&rsquo;il est corrompu. (Dans tous les cas \u00e9voqu\u00e9s, il faut avoir \u00e0 l&rsquo;esprit que nous sommes bien plus inquiets d&rsquo;une corruption intellectuelle et psychologique que de la classique corruption v\u00e9nale, bien que les deux soient pr\u00e9sentes.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous voulons dire par cons\u00e9quent que GW, pour cette circonstance de son \u00e9lection, n&rsquo;est ni un accident, ni une aberration. Il est \u00e0 l&rsquo;image du syst\u00e8me, il est l&rsquo;enfant de la situation. L\u00e0-dessus, qu&rsquo;il soit un candidat compl\u00e8tement fabriqu\u00e9, sans exp\u00e9rience, sans doute sans r\u00e9el int\u00e9r\u00eat pour les fondements de sa fonction, voil\u00e0 qui est plus logique qu&rsquo;accidentel. Il est non seulement l&rsquo;enfant de la situation, il est encore plus l&rsquo;enfant du syst\u00e8me. Le candidat a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu dans des \u00e9lections \u00e9galement incertaines et manipul\u00e9es. GW est tout ce qu&rsquo;on veut sauf une surprise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn savait tout cela avant qu&rsquo;il soit \u00e9lu. Tout le monde avait d&rsquo;ailleurs appr\u00e9ci\u00e9 qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 entour\u00e9 de gens qui furent reconnus comme des v\u00e9t\u00e9rans du service public, avec de nombreuses fonctions \u00e0 leur actif dans des administrations pr\u00e9c\u00e9dentes. Pour nombre de commentateurs, la pr\u00e9sence des Cheney, Rumsfeld, Powell et compagnie \u00e9tait un gage de continuit\u00e9, le signe que la politique de l&rsquo;administration GW poursuivrait une politique g\u00e9n\u00e9rale assez traditionnelle. On sait aujourd&rsquo;hui que c&rsquo;est principalement \u00e0 cet entourage qu&rsquo;est due la politique unilat\u00e9raliste qui est en question ici (et Powell, malgr\u00e9 l&rsquo;<em>aura<\/em> de vertu politique qui le nimbe, ne fait pas diff\u00e9rent sur le fond).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui est une surprise, bien s\u00fbr, c&rsquo;est l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001. Cela, personne ne l&rsquo;avait pr\u00e9vu, et c&rsquo;est depuis qu&rsquo;elle a eu lieu qu&rsquo;on d\u00e9nonce le d\u00e9cha\u00eenement de l&rsquo;aspect unilat\u00e9raliste et militariste de la politique am\u00e9ricaine. Il nous para\u00eet tout de m\u00eame hautement improbable qu&rsquo;une administration d\u00e9mocrate aurait tenu plus compte que l&rsquo;administration GW des divers avertissements qui furent prodigu\u00e9s, concernant cette attaque possible, tant de sources int\u00e9rieures (diverses agences) que de sources ext\u00e9rieures (pays alli\u00e9s). De m\u00eame, on voit mal comment une administration d\u00e9mocrate aurait pu r\u00e9agir diff\u00e9remment que ne le fit l&rsquo;administration GW apr\u00e8s l&rsquo;attaque. C&rsquo;est tout l&rsquo;<em>establishment<\/em> US qui fut boulevers\u00e9 par l&rsquo;attaque et l&rsquo;unanimit\u00e9 politique qui suivit le montre assez. Une administration d\u00e9mocrate, serr\u00e9e de pr\u00e8s par la droite r\u00e9publicaine vocif\u00e9rante, n&rsquo;aurait pu, ni sans doute voulu, montrer moins de fermet\u00e9, avec l&rsquo;unilat\u00e9ralisme et le militarisme qui vont avec. Au reste, on peut noter que quelques-unes des mesures les plus contest\u00e9es de l&rsquo;administration GW (les restrictions de la vie publique) ont largement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9es par les lois antiterroristes de l&rsquo;administration Clinton des ann\u00e9es 1995-96 (\u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;attentat d&rsquo;Oklahoma City et des menaces d&rsquo;attentats autour des Jeux Olympiques d&rsquo;Atlanta). On veut dire par l\u00e0 que le proc\u00e8s d&rsquo;unilat\u00e9ralisme qui est fait \u00e0 l&rsquo;administration GW, en tant qu&rsquo;il s&rsquo;agirait de quelque chose d&rsquo;aberrant et d&rsquo;accidentel due \u00e0 la seule personnalit\u00e9 de GW et\/ou \u00e0 son entourage, ne d\u00e9gage pas de preuve accablante et concluante dans ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 depuis 9\/11.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvant le 11 septembre, l&rsquo;administration GW avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 des tendances unilat\u00e9ralistes s\u00e9rieuses. Il y avait eu le refus du Protocole de Kyoto, le refus de confirmer l&rsquo;engagement de Clinton sur la Cour P\u00e9nale Internationale (CPI), voire la question de la d\u00e9fense anti-missile per\u00e7ue \u00e9galement comme unilat\u00e9raliste. Peut-on parler de rupture pour autant ? Clinton avait lui-m\u00eame relanc\u00e9 la question de la d\u00e9fense anti-missile, quant \u00e0 sa signature du trait\u00e9 de la CPI, il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;une manoeuvre politicienne, avec sa signature le 31 d\u00e9cembre 2000, alors qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait plus pr\u00e9sident bien qu&rsquo;il f\u00fbt encore en fonction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;administration Clinton n&rsquo;avait pas montr\u00e9, durant ses huit ans de mandat, tellement plus d&rsquo;ouverture aux grandes tendances de la politique multilat\u00e9raliste. C&rsquo;est sous Clinton que, pendant 6 ans, et avec une majorit\u00e9 d\u00e9mocrate constante, les \u00c9tats-Unis refus\u00e8rent de faire avancer les accords de libre-\u00e9change. C&rsquo;est sous Clinton que les rapports des \u00c9tats-Unis avec l&rsquo;ONU prirent un tour de crise end\u00e9mique ; si les r\u00e9publicains jou\u00e8rent leur r\u00f4le avec le blocage au Congr\u00e8s du paiement des quote-parts US, l&rsquo;administration tint le sien en manipulant honteusement l&rsquo;Organisation, comme lors de l&rsquo;\u00e9limination du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral Boutros-Ghali et son remplacement par Koffi Annan.<\/p>\n<h3>C&rsquo;est Clinton qui a mis en place les fondements de la militarisation unilat\u00e9raliste de la diplomatie am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsqu&rsquo;on parle de politique unilat\u00e9raliste, on a bien s\u00fbr \u00e0 l&rsquo;esprit que cette \u00e9volution passe d&rsquo;abord par la militarisation de la diplomatie, qui est n\u00e9cessairement un signe d&rsquo;unilat\u00e9ralisme du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain (l&rsquo;intervention militaire \u00e9tant totalement nationale, donc unilat\u00e9raliste). C&rsquo;est \u00e9videmment le principal reproche qui est fait \u00e0 l&rsquo;administration GW, lorsqu&rsquo;on fait le proc\u00e8s de son unilat\u00e9ralisme. L\u00e0 aussi, la m\u00e9moire est courte. La militarisation de la diplomatie am\u00e9ricaine est enti\u00e8rement l&rsquo;oeuvre de l&rsquo;administration Clinton. Il suffit de rappeler quelques points.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0C&rsquo;est sous Clinton que l&rsquo;implantation militaire dans la r\u00e9gion du Golfe s&rsquo;est confirm\u00e9e et s&rsquo;est m\u00eame accentu\u00e9e. Les accords militaires et les d\u00e9ploiements de forces ont essaim\u00e9 \u00e0 partir de l&rsquo;Arabie dans divers pays de la p\u00e9ninsule, acqu\u00e9rant un caract\u00e8re permanent et syst\u00e9matique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0C&rsquo;est sous Clinton que les commandants de th\u00e9\u00e2tre (les fameux <em>Commanders in Chief<\/em> de th\u00e9\u00e2tre, connus sous l&rsquo;acronyme CINC, qui justifia le jeu de mots et leur surnom de <em>kings<\/em> [rois]) prirent une autorit\u00e9 consid\u00e9rable. A la fin de la pr\u00e9sidence Clinton, les CINC jouaient un r\u00f4le diplomatique av\u00e9r\u00e9 dans leurs zones d&rsquo;action, \u00e0 un point tel que l&rsquo;administration GW, avec Rumsfeld, dut intervenir contre cette situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t C&rsquo;est sous Clinton que le commerce des armes s&rsquo;est multipli\u00e9, les ventes d&rsquo;armes devenant un moyen d&rsquo;affirmer une main-mise strat\u00e9gique et politique sur les acheteurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0C&rsquo;est sous Clinton, enfin, que l&rsquo;utilisation des moyens militaires s&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, avec les frappes contre l&rsquo;Irak, les interventions en Bosnie, le Kosovo, les ripostes arm\u00e9es aux attentats, etc. Les sentiments des protagonistes de cette administration \u00e9taient bien connus, \u00e0 l&rsquo;image du mot rest\u00e9 fameux de Madeleine Albright, alors ambassadrice US \u00e0 l&rsquo;ONU, \u00e0 Colin Powell, alors g\u00e9n\u00e9ral (\u00ab <em>G\u00e9n\u00e9ral, vous ne cessez de nous vanter les m\u00e9rites de votre magnifique arm\u00e9e. Vous devriez vous en servir plus souvent.<\/em> \u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette utilisation des moyens militaires sans la moindre timidit\u00e9 s&rsquo;est accompagn\u00e9e d&rsquo;une attitude g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;interventionnisme, \u00e9galement de type unilat\u00e9raliste. Dans ce cas \u00e9galement, on a constat\u00e9 une attitude syst\u00e9matique de refus d&rsquo;intervenir dans les structures de l&rsquo;ONU ou, quand il \u00e9tait impossible de l&rsquo;\u00e9viter, de refus des contraintes de l&rsquo;ONU. Les interventions en Somalie et en Ha\u00efti furent de cette sorte, les USA choisissant leurs propres conditions d&rsquo;intervention et exigeant le commandement. Le refus d&rsquo;intervenir des USA dans les Balkans jusqu&rsquo;en 1995 n&rsquo;e mp\u00eacha nullement les Am\u00e9ricains d&rsquo;interf\u00e9rer constamment dans ce conflit, et, l\u00e0 aussi de fa\u00e7on unilat\u00e9raliste, puisque sans consultations avec leurs alli\u00e9s engag\u00e9s dans cette zone et le plus souvent contre les int\u00e9r\u00eats et la politique de ces alli\u00e9s. Quand les USA se d\u00e9cid\u00e8rent \u00e0 intervenir, ce fut dans un cadre purement am\u00e9ricain (accords de Dayton) relay\u00e9 par l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes interventions majeures avec l&rsquo;OTAN (le Kosovo), hors du cadre ONU, se firent aussi de mani\u00e8re unilat\u00e9raliste, dans l&rsquo;esprit sans aucun doute. Les alli\u00e9s \u00e9taient tenus dans l&rsquo;ignorance compl\u00e8te des plans \u00e9labor\u00e9s au Pentagone, les Britanniques comme les autres. La d\u00e9cision de tenir l&rsquo;OTAN \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la guerre contre la Terreur n&rsquo;est pas un in\u00e9dit de l&rsquo;administration Bush ; c&rsquo;est une d\u00e9cision d\u00e9j\u00e0 prise par l&rsquo;\u00e9tat-major \u00e0 la fin de la guerre du Kosovo (sous Clinton) de ne plus accepter de passer par des formules otaniennes o\u00f9, malgr\u00e9 leur attitude compl\u00e8tement unilat\u00e9raliste, les militaires am\u00e9ricains se sentirent contraints par des d\u00e9cisions politiques qui se prenaient \u00e0 19, et o\u00f9, malgr\u00e9 que le d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat maint\u00eent la discipline dans les rangs, il y en avait un parfois (le Fran\u00e7ais bien s\u00fbr, dans 95% des cas) pour user de son droit d\u00e9mocratique  et de compl\u00e8te l\u00e8se-majest\u00e9  d&rsquo;opposer son veto \u00e0 tel ou tel objectif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt ainsi de suite,  l&rsquo;on peut poursuivre cette litanie. On pourrait ajouter que le mouvement de globalisation fut enti\u00e8rement l&rsquo;oeuvre de l&rsquo;administration Clinton, notamment avec Robert Rubin, sous-secr\u00e9taire au tr\u00e9sor ; que cette globalisation, qui est une d\u00e9r\u00e9gulation et une d\u00e9structuration, combin\u00e9e \u00e0 un refus protectionniste d&rsquo;\u00e9tendre le libre-\u00e9change, constitue la formule la plus agressive-unilat\u00e9raliste qu&rsquo;on puisse r\u00eaver. La r\u00e9alit\u00e9 est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas vraiment rupture entre Clinton I et II et GW, mais continuit\u00e9 avec radicalisation, puis radicalisation extr\u00e9miste \u00e0 partir du 11 septembre 2001, et pour la raison qu&rsquo;on comprend. Le langage de Madeleine Albright sur \u00ab <em>la nation indispensable<\/em> \u00bb est absolument conforme \u00e0 tout ce que nous racontent les philosophes durs \u00e0 cuire de l&rsquo;administration GW.<\/p>\n<h3>Pour les Am\u00e9ricains, seul l&rsquo;unilat\u00e9ralisme est une strat\u00e9gie,  la strat\u00e9gie ; le reste (le multilat\u00e9ralisme) est tactique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPourtant, dans nos esprits parfois trop prompts \u00e0 conclure et dans nos m\u00e9moires si courtes, Clinton tr\u00f4ne comme le multilat\u00e9raliste-type, l&rsquo;internationaliste, l&rsquo;homme \u00e0 mettre en complet contraste avec GW. Eh bien, pourquoi pas ? Acceptons la proposition, Clinton est un homme sympathique attachant, rigolard, un compagnon chaleureux, qui n&rsquo;a vraiment rien des mines des guerriers de l&rsquo;administration actuelle. Cela ne change rien \u00e0 notre propos, sinon \u00e0 nous conforter dans l&rsquo;id\u00e9e que le syst\u00e8me washingtonien a atteint un tel degr\u00e9 d&rsquo;efficacit\u00e9 perverse que, effectivement, les personnalit\u00e9s des pr\u00e9sidents ne comptent plus gu\u00e8re. La personnalit\u00e9 de Clinton, ainsi d\u00e9crite, est celle-l\u00e0 m\u00eame du pr\u00e9sident dont l&rsquo;administration a men\u00e9 la politique qu&rsquo;on a dite. Nous dirons alors que l&rsquo;administration Clinton a eu une excellente politique de relations publiques \u00e0 tendance multilat\u00e9raliste, mais que les faits ont confirm\u00e9 que la politique men\u00e9e par son administration \u00e9tait effectivement unilat\u00e9raliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cas, avouons un peu cyniquement que nous trouvons bien de l&rsquo;avantage \u00e0 la conduite de GW. Lui, il nous fait comprendre chaque jour que le roi est nu et il nous en offre une image (il nous faudra du temps pour accepter cette situation nouvelle mais il y a des signes s\u00fbrs qui font penser que nous y venons). Le meilleur exemple de cette \u00e9volution et de cette situation est la nouvelle doctrine strat\u00e9gique, r\u00e9volutionnaire, pr\u00e9emptive, d\u00e9stabilisante, etc,  mais pas vraiment nouvelle, par ailleurs. Comme  l&rsquo;explique un article du <em>Christian Science Monitor<\/em> du 23 septembre : \u00ab <em>Sur un point, les analystes de toutes tendances s&rsquo;accordent : pour l&rsquo;essentiel, la strat\u00e9gie explicite ce qui a \u00e9t\u00e9 une fa\u00e7on courante d&rsquo;agir des USA pendant des ann\u00e9es. Si vous consid\u00e9rez l&rsquo;histoire de nos rapports avec l&rsquo;Am\u00e9rique Latine, vous pouvez repr\u00e9senter clairement nombre de politiques ant\u00e9rieures comme des politiques imposant des changements de r\u00e9gime selon l&rsquo;id\u00e9e que si nous n&rsquo;agissons pas, des \u00e9v\u00e9nements dommageables vont survenir. Mais d\u00e9clarer de fa\u00e7on aussi ouverte et abrupte une telle politique, voil\u00e0 qui est nouveau,  selon Richard Stoll, professeur de sciences politiques \u00e0 Rice University<\/em>. \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa clef de cette situation et de ce comportement, la clef qui nous permet de r\u00e9pondre en un sens \u00e0 la question que nous nous posons avec GW (GW est-il un accident ? Le multilat\u00e9ralisme pourrait-il revenir et \u00e9carter l&rsquo;unilat\u00e9ralisme institu\u00e9 par cette administration ?),  peut-\u00eatre le fameux Robert Kagan nous la donne-t-il. Non pas dans son article dont tout le monde parle depuis quatre mois (\u00ab <em>Power &#038; Weakness<\/em> \u00bb) mais plut\u00f4t dans un court billet publi\u00e9 dans l&rsquo;International <em>Herald Tribune<\/em> du 13 septembre. Kagan r\u00e9affirme sa th\u00e8se qui est un plaidoyer pour l&rsquo;unilat\u00e9ralisme et la compl\u00e8te d&rsquo;une appr\u00e9ciation assez cynique mais r\u00e9v\u00e9latrice, qui s&rsquo;adresse aux Europ\u00e9ens, et qui dit en substance : cessez d&rsquo;opposer multilat\u00e9ralisme et unilat\u00e9ralisme lorsque vous parlez des Am\u00e9ricains car c&rsquo;est la m\u00eame chose. (Le texte de Kagan est un commentaire du discours de GW Bush \u00e0 l&rsquo;ONU le 12 septembre.) \u00ab <em>Clairement, le multilat\u00e9ralisme a des significations diff\u00e9rentes sur les deux rives de l&rsquo;Atlantique. Beaucoup d&rsquo;Europ\u00e9ens croient en ce qu&rsquo;on pourrait nommer le multilat\u00e9ralisme de principe. De ce point de vue, gagner l&rsquo;approbation du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 n&rsquo;est pas un moyen pour une fin mais une fin en soi, la condition sine qua non pour un ordre international.<\/em> [&#8230;] <em>Bien peu d&rsquo;Am\u00e9ricains accepteraient cette d\u00e9finition. Ils ne sont pas des multilat\u00e9ralistes de principe. Ils sont des multilat\u00e9ralistes instrumentalistes. Oui, ils veulent gagner un soutien international. Ils aiment avoir des alli\u00e9s et ils aiment que ceux-ci approuvent leur action. Mais le fondement de l&rsquo;argument multilat\u00e9raliste am\u00e9ricain reste compl\u00e8tement pragmatique.<\/em> \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tR\u00e9sumons :  Kagan nous dit que le multilat\u00e9ralisme n&rsquo;est qu&rsquo;un moyen qu&#8217;empruntent les USA, selon les circonstances, pour imposer leur vision unilat\u00e9raliste un moment dissimul\u00e9e. Il emploie sp\u00e9cifiquement l&rsquo;image de la main de fer dans un gant de velours, l&rsquo;appliquant au couple unilat\u00e9ralisme-multilat\u00e9ralisme : \u00ab <em>It&rsquo;s the unilateralist iron fist inside the multilateralist velvet glove.<\/em> \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;explication de Kagan a l&rsquo;avantage de la clart\u00e9 et de la logique. Elle a l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00e9clairer ce que certains jugent \u00eatre une contradiction, un changement de cap entre les administrations Clinton et GW, et de conforter au contraire l&rsquo;analyse des faits qui montrent une r\u00e9elle continuit\u00e9 entre les deux p\u00e9riodes. Elle a l&rsquo;avantage de fixer d&rsquo;une fa\u00e7on conceptuelle \u00e9vidente l&rsquo;id\u00e9e que GW, loin d&rsquo;\u00eatre une rupture avec l&rsquo;unilat\u00e9ralisme maquill\u00e9 en multilat\u00e9ralime de Clinton, n&rsquo;est au contraire qu&rsquo;une arriv\u00e9e \u00e0 maturit\u00e9 d&rsquo;une politique implicitement d\u00e9velopp\u00e9e par les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<h3>Le 11 septembre 2001 a d\u00e9cha\u00een\u00e9 une tendance d\u00e9j\u00e0 proclam\u00e9e avec l&rsquo;arriv\u00e9e de GW, mais qui existait en substance avec l&rsquo;administration Clinton : la tendance \u00e0 la d\u00e9structuration, ach\u00e8vement de l&rsquo;unilat\u00e9ralisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tUn fait est remarquable dans la politique de l&rsquo;administration GW : sa volont\u00e9 syst\u00e9matique de briser les cadres existants. Le fait est not\u00e9 aussi bien dans des mati\u00e8res comme le d\u00e9sarmement que dans d&rsquo;autres, o\u00f9 cette politique am\u00e9ricaine est encore moins explicable du point de vue europ\u00e9en, tel par exemple le domaine du commerce international. C&rsquo;est le compl\u00e9ment de l&rsquo;unilat\u00e9ralisme et ce qui donne \u00e0 cette politique un aspect beaucoup plus syst\u00e9matique, beaucoup plus fondamental, et nous fait penser qu&rsquo;elle est l\u00e0 pour durer au-del\u00e0 de GW,  parce qu&rsquo;elle est devenue, de fa\u00e7on ouverte alors qu&rsquo;elle l&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 implicitement, la politique des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cas \u00e9galement, le pr\u00e9c\u00e9dent de Clinton, le soi-disant multilat\u00e9raliste, ne contredit certainement pas ce constat. On a d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 le cas de la globalisation comme \u00e9tant une politique unilat\u00e9raliste, cette fois \u00e0 mettre compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;actif (?) de l&rsquo;administration Clinton, et ainsi montrant que le multilat\u00e9ralisme de cette administration ne fut que le gant de velours qui cachait la main de fer de l&rsquo;unilat\u00e9ralisme. La globalisation est aussi, et m\u00eame plus qu&rsquo;aucune autre politique \u00e0 ce point de radicalisme, une entreprise de d\u00e9structuration syst\u00e9matique. C&rsquo;est  la d\u00e9finition m\u00eame de la globalisation (\u00e0 la diff\u00e9rence de la mondialisation) : la recherche syst\u00e9matique de la rupture et de la destruction de toutes les structures existantes (ce qui est une d\u00e9finition un peu crue, mais d&rsquo;autant plus juste, de la d\u00e9r\u00e9gulation) ; l&rsquo;on retrouve une constante am\u00e9ricaine qui confirme ce que nous dit Kagan puisque la grande pouss\u00e9e de d\u00e9r\u00e9gulation a son origine \u00e0 l&rsquo;administration Carter, qui est certainement l&rsquo;administration am\u00e9ricaine de la Guerre froide qui s&rsquo;est voulue comme la plus multilat\u00e9raliste. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on accepte cette analyse, on conclut que l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001 entre dans ce sch\u00e9ma comme un coup de tonnerre, un avertissement terrible. Au contraire de faire comprendre aux Am\u00e9ricains qu&rsquo;ils avaient commis l&rsquo;erreur de ne pas \u00eatre multilat\u00e9ralistes (comme l&rsquo;ont cru nombre d&rsquo;Europ\u00e9ens apr\u00e8s l&rsquo;attaque, croyant que celle-ci allait conduire les Am\u00e9ricains \u00e0 s&rsquo;ouvrir au monde, ce qui impliquait d&rsquo;ailleurs que nous acceptions inconsciemment l&rsquo;analyse que les Am\u00e9ricains avaient toujours \u00e9t\u00e9 unilat\u00e9ralistes),  au contraire, 9\/11 a \u00e9t\u00e9 pour les dirigeants am\u00e9ricains l&rsquo;avertissement pressant, peut-\u00eatre l&rsquo;avertissement ultime, que leur unilat\u00e9ralisme n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 assez efficace, que la d\u00e9structuration n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 assez puissante et efficace. Depuis, leur politique n&rsquo;est pas du tout de chercher \u00e0 comprendre les autres, de respecter leurs structures, mais au contraire de d\u00e9truire encore plus ces structures. Dans cette logique, on comprend beaucoup mieux les projets des extr\u00e9mistes de l&rsquo;administration GW, des <em>neo-conservatives<\/em>, d&rsquo;attaquer l&rsquo;Irak pour d\u00e9truire ses structures, en esp\u00e9rant que cette destruction aura un effet de contagion et entra\u00eenera la destruction des structures des autres pays arabes de la r\u00e9gion. Ce sont eux, ces extr\u00e9mistes, qui sont les plus conformes \u00e0 la grande tendance am\u00e9ricaine. Ils montrent que, par nature, l&rsquo;am\u00e9ricanisme (et, au-del\u00e0, le pan-am\u00e9ricanisme expansionniste et pr\u00e9dateur) est une doctrine extr\u00e9miste et n\u00e9cessairement d\u00e9structurante et d\u00e9stabilisante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pourrait aussi bien nommer l&rsquo;unilat\u00e9ralisme : isolationnisme agressif ou isolationnisme h\u00e9g\u00e9monique. Le projet est immuable et correspond aux fondements des conceptions am\u00e9ricaines : ni convertir, ni diriger le monde, mais le transformer, en faire une immense Am\u00e9rique ; c&rsquo;est-\u00e0-dire, confirmer radicalement la justesse du Projet am\u00e9ricain par sa duplication universelle. 9\/11 a confirm\u00e9 pour le syst\u00e8me que c&rsquo;est le moment ou jamais, que c&rsquo;est m\u00eame un quitte ou double,  son moment de v\u00e9rit\u00e9. Unilat\u00e9ralisme ou pas, le syst\u00e8me est lanc\u00e9 dans son entreprise ultime. Il nous renvoie \u00e0 la remarque en forme de question angoiss\u00e9e de Walt Whitman.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas GW, serions-nous heureux avec nos chers amis am\u00e9ricains ? C&rsquo;est une question qui est rarement abord\u00e9e parce qu&rsquo;on esp\u00e8re bien que la r\u00e9ponse est \u00e9vidente. 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