{"id":65379,"date":"2002-12-12T00:00:00","date_gmt":"2002-12-12T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/12\/12\/le-tissu-se-defait\/"},"modified":"2002-12-12T00:00:00","modified_gmt":"2002-12-12T00:00:00","slug":"le-tissu-se-defait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/12\/12\/le-tissu-se-defait\/","title":{"rendered":"<strong><em>Le tissu se d\u00e9fait<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le tissu se d\u00e9fait<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t11 d\u00e9cembre 2002  Il y a de nombreux signes, montrant les difficult\u00e9s grandissantes pour l&rsquo;administration GW de poursuivre avec d\u00e9termination jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre. C&rsquo;est une situation difficile \u00e0 mesurer, et, par cons\u00e9quent, une perspective encore plus difficile \u00e0 voir, et une prospective quasiment impossible \u00e0 faire. Il faut travailler \u00e0 partir des domaines de l&rsquo;impression, de l&rsquo;intuition, en gardant \u00e0 l&rsquo;esprit toutes les implications de la m\u00e9thode en mati\u00e8re d&rsquo;incertitude et d&rsquo;irrationalit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas condamnable pour autant : eux-m\u00eames, ces soi-disant pr\u00e9paratifs de guerre, cette soi-disant guerre sont pleins d&rsquo;incertitude et d&rsquo;irrationalit\u00e9. La situation g\u00e9n\u00e9rale elle-m\u00eame, o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9bat de la guerre, de la victoire, de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, o\u00f9 l&rsquo;on se partage des d\u00e9pouilles, o\u00f9 l&rsquo;on organise un protectorat et o\u00f9 l&rsquo;on nomme l&rsquo;homme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par l&rsquo;Am\u00e9rique qui le dirigera, o\u00f9 des mouvements anti-guerre se d\u00e9veloppent, alors que le conflit n&rsquo;a pas encore commenc\u00e9,  cette situation ne semble pas avoir de pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne \u00e9vidence domine tout et, plus que tout, elle explique, comme par la force des choses, ou par le bon sens si l&rsquo;on veut, cette difficult\u00e9 \u00e0 partir en guerre : \u00e0 part une poign\u00e9e d&rsquo;hommes d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 des postes de commande, personne ne veut la guerre ; \u00e0 part des montages pharamineux d&rsquo;impudence et, parfois, de maladresse, il n&rsquo;y a aucune raison pressante, aucun danger imm\u00e9diat qui n\u00e9cessite une guerre ; \u00e0 part des \u00e9lucubrations sur la qualit\u00e9 de tel ou tel inspecteur, le soi-disant fauteur de guerre d\u00e9sign\u00e9 est aujourd&rsquo;hui sous un contr\u00f4le \u00e9troit, ce qui fait bon march\u00e9 des descriptions apocalyptiques de menaces diverses. Le plus stup\u00e9fiant aujourd&rsquo;hui, dans ces conditions, est qu&rsquo;il soit question d&rsquo;une guerre, et que certains vous affirment que la guerre est \u00e0 100% s\u00fbre pour le 1er f\u00e9vrier 2003 au plus tard, et qu&rsquo;il y a des chances tr\u00e8s solides pour qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pas tort. L\u00e0 se trouve une circonstance extraordinaire de cette \u00e9poque extraordinaire, autant par la puissance de ses moyens que par la m\u00e9diocrit\u00e9 de ses ambitions, autant par l&rsquo;habilet\u00e9 dans la technique de la tromperie que dans le caract\u00e8re absolument d\u00e9risoire des causes finales de cette tromperie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe contraste immense entre une formidable capacit\u00e9 technicienne et le vide sid\u00e9ral de la stupidit\u00e9 qui pr\u00e9side \u00e0 l&rsquo;animation de cette capacit\u00e9 technicienne est un d\u00e9s\u00e9quilibre qui p\u00e8se de tout son poids sur notre psychologie, et d&rsquo;abord sur celle des meneurs, de ceux qui sont au coeur de la machine, ceux qui sont aux commandes sans rien commander du tout. Les \u00e9v\u00e9nements sont conduits, \u00e0 la fois par des automatismes incompr\u00e9hensibles parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont nul besoin d&rsquo;\u00eatre compris, et par une fiction (ce que nous nommons virtualisme) si compl\u00e8te qu&rsquo;elle n&rsquo;a plus aucun rapport avec la r\u00e9alit\u00e9. Le seul moyen de sortir de cette contradiction insupportable \u00e0 d\u00e9couvert, c&rsquo;est le cloisonnement, le r\u00e9ductionnisme : chacun s&rsquo;attelle \u00e0 sa t\u00e2che, de plus en plus r\u00e9duite dans sa conception et de plus en plus sophistiqu\u00e9e dans sa r\u00e9alisation, sans s&rsquo;occuper de reste, et surtout pas de la situation g\u00e9n\u00e9rale. M\u00eame les id\u00e9ologues les plus acharn\u00e9s aux commandes dans l&rsquo;administration GW fonctionne de la sorte : pour un Perle ou un Rumsfeld, l&rsquo;ennemi v\u00e9ritable c&rsquo;est Powell et son State Department, ce qui renvoie \u00e0 une bataille bureaucratique qui semble avoir sa rationalit\u00e9, sa finalit\u00e9, sa logique depuis la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale ; accessoirement, mais cela n&rsquo;\u00e9tonne pas (il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation du type \u00ab <em>I told you so<\/em> \u00bb), Powell et State sont plut\u00f4t contre la guerre,  et tout est bien, inutile (et extr\u00eamement dangereux) de penser plus avant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette introduction qui fait finalement l&rsquo;essentiel de la r\u00e9flexion permet de comprendre pourquoi, sur cette question, il est fantastiquement et fantasquement difficile de faire une pr\u00e9vision sur le futur imm\u00e9diat (quelques semaines, la guerre ou pas). Nous ne nous risquons qu&rsquo;\u00e0 avancer ceci : en fait, personne ne sait ce qui va se passer, y compris GW <em>himself<\/em>. Des commentateurs, surtout britanniques, sentent bien cela (cette incertitude), sans d&rsquo;ailleurs chercher vraiment \u00e0 s&rsquo;en expliquer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Dans <a href=\"http:\/\/argument.independent.co.uk\/commentators\/story.jsp?story=360179\" class=\"gen\">The Independent du 10 d\u00e9cembre,<\/a> la commentatrice Mary Dejevsky se demande : \u00ab <em>Are the American hawks pulling back from war?<\/em> \u00bb,  et, surtout, elle nous indique en commentaire, ceci, qui r\u00e9sume la situation et fixe ironiquement les limites m\u00eame de son propre commentaire : \u00ab <em>We have grown so used to war talk from Washington that we are incapable of detecting a new theme.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Dans une chronique <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/elsewhere\/journalist\/story\/0,7792,858159,00.html\" class=\"gen\">du 11 d\u00e9cembre dans The Guardian,<\/a> Julian Borger nous donne une synth\u00e8se acceptable du probl\u00e8me. Quand vous lisez son titre : \u00ab <em>Who will blink first?<\/em> \u00bb, et si nous \u00e9tions en temps normal et courant d&rsquo;avant le virtualisme, vous vous diriez qu&rsquo;il parle de Saddam et de GW (c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;on aurait donn\u00e9 du temps de l&rsquo;avant-Guerre du Golfe I) ; non, Borger parle des doves et des hawks au sein du cabinet GW : \u00ab <em>America&rsquo;s reasons for and against an early attack on Iraq grow ever more complex<\/em> \u00bb. Quelques paragraphes de Borger confirment cette bien \u00e9trange atmosph\u00e8re, si l&rsquo;on veut bien l&rsquo;observer avec quelque distance accompagn\u00e9e d&rsquo;un peu de bon sens.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The delivery of Baghdad&rsquo;s declaration on banned weapons represents a critical moment of truth for a US president who has apparently become more hesitant over the use of force as the prospect of war has drawn closer.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The 12,000-page report is going to take days to evaluate fully, but its general thrust was made clear by the Iraqi government on handing it over. Nothing in it contradicts Baghdad&rsquo;s assertion that it is neither developing nor stockpiling weapons of mass destruction.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>It is an entirely predictable response, and one that the Bush administration must have anticipated as far back as September when it chose to take the United Nations route in its confrontation with Saddam Hussein.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Yet there was no consensus in the war cabinet last week on how to react. It took two meetings in three days to come to a tentative agreement  that the US should characterise the declaration as a breach of last month&rsquo;s UN resolution on Iraqi disarmament, but not for the time being  a cause for war.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Between the extremes of rejecting the need for inspections outright and allowing them to plod on without posing a serious challenge to the Iraqi regime, a middle course was chosen. The US would demand an immediate intensification of the search, with more inspectors (including Americans privy to US intelligence) and the aggressive pursuit of interviews with Iraqi officials in the biological, chemical, nuclear and missile sciences, accompanied by offers to help the interviewees and their families defect.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The hope is that such measures will either uncover a \u00a0\u00bbsmoking gun\u00a0\u00bb  proof of Iraqi deception convincing enough draw significant foreign support for punitive action, or that together with a steady US military build-up, it will cause the regime to implode. However, most former inspectors believe that even such super-charged inspections are unlikely to produce such a convenient result. UN inspectors, they point out, are unqualified to carry out FBI-style interrogations and they have no witness protection programme to offer would-be defectors.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tCes quelques lignes pour achever de fixer le climat washingtonien, et du monde en g\u00e9n\u00e9ral. (Avec en prime notre sentiment, tant est grand aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;absolue incapacit\u00e9 de pr\u00e9voir le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements : contrairement \u00e0 Borger, nous sommes persuad\u00e9s que rien de s\u00e9rieux n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu, dans l&rsquo;administration GW, pour les \u00e9v\u00e9nements en cours. \u00ab <em>It is an entirely predictable response, and one that the Bush administration must have anticipated as far back as September when it chose to take the United Nations route in its confrontation with Saddam Hussein.<\/em> \u00bb Nous sommes d&rsquo;accord, la r\u00e9ponse \u00e9tait pr\u00e9visible, mais non, nous sommes persuad\u00e9s que rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu \u00e0 Washington pour cela. L&rsquo;essentiel l\u00e0-bas n&rsquo;est que dans ce qui se passe l\u00e0-bas, \u00e0 Washington, dans les batailles bureaucratiques internes.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors, peut-on en rester l\u00e0 ? Pas du tout. Nous en revenons \u00e0 notre titre et \u00e0 nos quelques phrases d&rsquo;introduction. Le climat change. <LIEN=http:\/\/www.thenation.com\/capitalgames\/index.mhtml?bid=3&#038;pid=204<D>Des mod\u00e9r\u00e9s sortent du bois pour se prononcer contre la guerre : quand des mod\u00e9r\u00e9s anti-guerre prennent publiquement position, c&rsquo;est effectivement que le climat change ; plus encore, <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/Iraq\/Story\/0,2763,857700,00.html\" class=\"gen\">lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une centaine de stars d&rsquo;Hollywood.<\/a><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela n&#8217;emporte pas l&rsquo;argument. Cela situe l&rsquo;\u00e9volution des psychologies. La guerre qui n&rsquo;est pas encore faite devient un fardeau de plus en plus lourd pour la psychologie am\u00e9ricaine. Elle devient par cons\u00e9quent de plus en plus difficile \u00e0 d\u00e9cider ; et, si elle est d\u00e9cid\u00e9e, elle sera de plus en plus al\u00e9atoire. Avant d&rsquo;\u00eatre faite, la guerre est faite psychologiquement. C&rsquo;est du pur virtualisme.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le tissu se d\u00e9fait 11 d\u00e9cembre 2002 Il y a de nombreux signes, montrant les difficult\u00e9s grandissantes pour l&rsquo;administration GW de poursuivre avec d\u00e9termination jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre. C&rsquo;est une situation difficile \u00e0 mesurer, et, par cons\u00e9quent, une perspective encore plus difficile \u00e0 voir, et une prospective quasiment impossible \u00e0 faire. 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