{"id":65401,"date":"2002-12-27T00:00:00","date_gmt":"2002-12-27T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/12\/27\/guns-of-january-february-ou-bien-guns-of-march-fatigue-de-la-crise-ou-fatigue-du-virtualisme\/"},"modified":"2002-12-27T00:00:00","modified_gmt":"2002-12-27T00:00:00","slug":"guns-of-january-february-ou-bien-guns-of-march-fatigue-de-la-crise-ou-fatigue-du-virtualisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2002\/12\/27\/guns-of-january-february-ou-bien-guns-of-march-fatigue-de-la-crise-ou-fatigue-du-virtualisme\/","title":{"rendered":"<strong><em>\u201cGuns of January-February\u201d (ou bien \u201cGuns of March\u201d?) \u2014 fatigue de la crise ou fatigue du virtualisme?<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Guns of January-February (ou bien Guns of March?)  fatigue de la crise ou fatigue du virtualisme?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a une tendance historique g\u00e9n\u00e9rale, qui fut d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950 lorsque la construction de l&rsquo;Europe devenait imp\u00e9rative : l&rsquo;id\u00e9e que, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on pouvait conclure \u00e0 la non-responsabilit\u00e9 sp\u00e9cifique de l&rsquo;Allemagne dans le conflit de 1914-18. Cette id\u00e9e n\u00e9e de l&rsquo;analyse historique renouvel\u00e9e aux imp\u00e9ratifs politiques du temps rencontrait effectivement l&rsquo;attitude nouvelle qui \u00e9tait d&rsquo;exon\u00e9rer l&rsquo;Allemagne de cette responsabilit\u00e9 pour permettre la r\u00e9conciliation (la responsabilit\u00e9 de la deuxi\u00e8me guerre mondiale \u00e9tant transf\u00e9r\u00e9e par hyper-diabolisation assur\u00e9e aux nazis-Hitler, eux-m\u00eames s\u00e9par\u00e9s du peuple allemand, et, bien entendu, rien \u00e0 voir avec l&rsquo;Allemagne d\u00e9mocratique post-1945).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette campagne se poursuit aujourd&rsquo;hui avec l&rsquo;aide des historiens britanniques, qui y ajoutent une r\u00e9f\u00e9rence implicite actuelle. Ces historiens (John Keegan en est l&rsquo;exemple-type) sont des historiens militaires, pr\u00e9occup\u00e9s de quincaillerie et, plus r\u00e9cemment, de sociologie du soldat. Cela conduit \u00e0 amasser des tonnes de documentation sur l&rsquo;horreur indicible du conflit o\u00f9, \u00e9videmment, le fantassin allemand souffre autant que l&rsquo;anglais (et autant que le fantassin fran\u00e7ais d&rsquo;ailleurs, mais on en parle moins), et, comme lui, est aussi peu responsable de cette guerre. Par assimilation et paresse de l&rsquo;esprit, on comprend qu&rsquo;il est ais\u00e9 de rejoindre la th\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale de type pan-europ\u00e9en <em>new age<\/em>, selon laquelle la guerre de 1914-18 est une fatalit\u00e9 monstrueuse o\u00f9 nul n&rsquo;a vraiment de responsabilit\u00e9 d\u00e9cisive.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[Pour les Anglais type-Keegan, le prolongement actuel est ais\u00e9, et bien s\u00fbr compl\u00e8tement diff\u00e9rent de, sinon oppos\u00e9 \u00e0 la tendance n\u00e9e dans les ann\u00e9es 1950. Cette interpr\u00e9tation de la guerre o\u00f9 il n&rsquo;y a que des souffrances et ni responsables, ni vraiment de signification politique finalement, cette guerre r\u00e9duit \u00e0 rien la politique de l&rsquo;engagement continental du Royaume-Uni et son alliance avec la France durant le conflit. Certains de ces historiens britanniques vont encore plus loin : Nail Ferguson  dit que le Royaume-Uni aurait du ne pas entrer en guerre, la France aurait \u00e9t\u00e9 battue (cela ne fait pas un pli, selon Ferguson), l&rsquo;Allemagne aurait domin\u00e9 le continent et se serait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comme une puissance tr\u00e8s fr\u00e9quentable. Transpos\u00e9e aujourd&rsquo;hui, cette approche garde l&rsquo;enseignement de la vertu du non-engagement europ\u00e9en de UK et recommande de laisser tomber la voie europ\u00e9enne au profit de l&rsquo;isolement britannique, c&rsquo;est-\u00e0-dire, transcrit en termes r\u00e9alistes, au profit du fameux grand large. On ne s&rsquo;\u00e9tonnera pas de constater que tous ces historiens sont aujourd&rsquo;hui particuli\u00e8rement guerriers, encensent GW et la machine de guerre US et ne r\u00eavent que d&rsquo;\u00e9craser Saddam. Tout est dit, car ainsi \u00e9crit-on l&rsquo;histoire aujourd&rsquo;hui.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConsubstantielle \u00e0 cette approche g\u00e9n\u00e9rale, il y a la th\u00e8se des \u00ab <em>Guns of August<\/em> \u00bb : l&rsquo;id\u00e9e que le conflit de 1914 lui-m\u00eame, aboutissement d&rsquo;une fatalit\u00e9 o\u00f9 personne n&rsquo;est responsable, r\u00e9pond dans sa phase finale \u00e0 un encha\u00eenement m\u00e9canique du poids des armes o\u00f9 plus personne ne peut rien. Il y a le cas russe, en pointe mais pas du tout le seul : ayant mobilis\u00e9, les Russes ne peuvent revenir en arri\u00e8re. La guerre est une fatalit\u00e9 de ce temps historique, nous le regrettons bien mais aucun pays, aucun r\u00e9gime, aucune conception du monde, aucune dynamique politique n&rsquo;en est responsable. C&rsquo;est la th\u00e8se qu&rsquo;expose <em>in fine<\/em>, en l&rsquo;appliquant \u00e0 la situation actuelle de la crise irakienne, <a href=\"http:\/\/www.theage.com.au\/articles\/2002\/12\/20\/1040174393277.html\" class=\"gen\">un article du site australien Age.com<\/a>, du 21 d\u00e9cembre 2002, pris ici comme exemple. Le passage qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 cette id\u00e9e est le suivant :<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>We are trapped in the guns of August scenario. Just as in 1914, every finger is on the trigger, every war plan is in place. The momentum seems unstoppable unless France and Russia have the energy or will to block the US. The cost of US Special Forces and CIA personnel in northern Iraq, the billions of dollars being burnt up patrolling the no-fly zones in both the north and south of the country, the cost of maintaining tens of thousands of forces in the region, is unsustainable.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tUn autre article r\u00e9cent reprend cette th\u00e8se, peut-\u00eatre de mani\u00e8re plus critique mais il s&rsquo;agit bien de la m\u00eame id\u00e9e. Il s&rsquo;agit <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/comment\/story\/0,3604,861352,00.html\" class=\"gen\">de l&rsquo;article de Matthew Engel, du 17 d\u00e9cembre dans the Guardian,<\/a> publi\u00e9 sous le titre de \u00ab <em>Ready for the battle<\/em> \u00bb, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 dans une de nos chroniques F&#038;C, celle du 23 d\u00e9cembre, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=525\" class=\"gen\">et avec quelques rapports avec la question trait\u00e9e ici<\/a> ; Engel explique qu&rsquo;il s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Washington une sorte de m\u00e9canique \u00e9trange, une sorte d&rsquo;auto-cr\u00e9ation, ou d&rsquo;auto-obligation poussant vers la guerre, et que cela ressemble effectivement au m\u00e9canisme de la guerre de 1914, mais, celui-l\u00e0 (celui d&rsquo;aujourd&rsquo;hui) tout \u00e0 fait artificiel. (Nous faisons, quant \u00e0 nous, intervenir le ph\u00e9nom\u00e8ne du virtualisme comme explication centrale ; on le voit dans notre chronique F&#038;C, on le voit ici et on le verra, de fa\u00e7on plus \u00e9labor\u00e9e, dans la rubrique <em>Analyse<\/em> du prochain num\u00e9ro de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em>.) Matthew Engel :<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The energy behind this enterprise has such power that it has long been difficult to imagine the circumstances in which it wouldn&rsquo;t happen. Behind the Bushies&rsquo; enthusiasm for war, the political timetable is creating the same sense of inevitability as the railway timetable in 1914. If the US lost the winter window of climatic opportunity and waited another year, it would allow a new post-Gore Democratic frontrun ner (irrelevant whether it&rsquo;s a hawk like Lieberman or a dove like Kerry) to paint Bush as indecisive. Round here, that is the unthinkable.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The government&rsquo;s relish for war suffuses the whole city, yet I have caught no sign of it anywhere outside Washington. Other observers, like Tim Garton Ash, report the same phenomenon. Living here, one begins to feel, after a while, the way hostages do: the Stockholm syndrome sets in. Deep down, one may know the cause is ludicrous, but it so dominates the whole of one&rsquo;s life that after a while the victim gets sucked in and starts thinking these people have a point (I speak as someone who caught himself using the word gotten in conversation the other day, which suggests total brainwashing).<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Dans les ann\u00e9es d&rsquo;avant 1914, l&rsquo;Allemagne est \u00ab <strong><em>une chaudi\u00e8re europ\u00e9enne<\/em><\/strong> \u00bb qui boue au coeur du continent<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous revenons ici \u00e0 notre observation des conditions d&rsquo;engagement du conflit de 1914-18. Nous publions ci-apr\u00e8s un extrait d&rsquo;un travail g\u00e9n\u00e9ral que nous r\u00e9alisons actuellement,  une \u00e9tude compar\u00e9e de deux pan-expansionnismes, des deux seuls pan-expansionnismes de l&rsquo;histoire selon notre sentiment, le pangermanisme et le pan-am\u00e9ricanisme. Ce passage concerne effectivement le d\u00e9clenchement de la Grande Guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe passage s&rsquo;inscrit \u00e9galement dans un chapitre qui montre l&rsquo;enthousiasme extraordinaire de l&rsquo;Allemagne pour la guerre, un enthousiasme de type culturel comme le montre de son c\u00f4t\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=71\" class=\"gen\">Modris Eksteins dans son livre Le Sacre du Printemps,<\/a> que nous citons abondamment dans ce m\u00eame chapitre.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Nos deux pan-expansionnismes ont des correspondances qui vont par-del\u00e0 les mers. C&rsquo;est le rythme, la &lsquo;vie intense&rsquo;, la force dynamique du modernisme, et puis voici la culture, et pas n&rsquo;importe laquelle \u00e9videmment, la culture audacieuse, cr\u00e9atrice, avant-gardiste et d\u00e9structurante,  surtout cela, avec sa vertu d\u00e9structurante ; cette culture caract\u00e9ris\u00e9e par la vertu d\u00e9structurante, qui est \u00e0 la fois lourde, effrayante et contraignante comme un rouleau-compresseur, et, en m\u00eame temps, qui est une subtile chimie qui va accomplir la fusion n\u00e9cessaire du mat\u00e9rialisme et de la spiritualit\u00e9 en un emportement post-moderniste. C&rsquo;est plus que jamais flucht nach vorne (la fuite en avant). C&rsquo;est la fusion extraordinaire entre la puissance colossale de la modernit\u00e9 industrielle, la Technik qu&rsquo;affectionnent les Allemands (comme, bient\u00f4t, les Am\u00e9ricains v\u00e9n\u00e8rent la technologie, c&rsquo;est la m\u00eame chose et le parall\u00e9lisme se poursuit), et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 la spiritualit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lan de l&rsquo;Empire, de l&rsquo;\u00e9lan naturellement pangermaniste. Nietzsche ricane de cette contradiction bien allemande, la marche forc\u00e9e \u00e0 la spiritualit\u00e9 et le d\u00e9veloppement tr\u00e8s mat\u00e9riel de la puissance de la Technik, et il ne doute pas que la victime sera l&rsquo;esprit (Geist) allemand. Comment ne pas croire que l&rsquo;on va vers un choc, une rupture, une catharsis,  et que cela sera la guerre parce que la guerre fait l&rsquo;affaire, et m\u00eame, encore plus, qu&rsquo;il n&rsquo;y a que la guerre qui fasse l&rsquo;affaire ? M\u00eame les t\u00e9moins du temps, sans rechercher une explication conceptuelle d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement qui n&rsquo;est pas encore accompli, rendent compte d&rsquo;une impression qui en est proche simplement en constatant l&rsquo;\u00e9vidence quotidienne qui se d\u00e9veloppe sous leurs yeux : Il y a un autre facteur important, auquel en Allemagne nous ne pr\u00eatons pas toujours attention, \u00e9crit Rathenau au prince von Bulow, retour d&rsquo;Angleterre au printemps 1909 : c&rsquo;est l&rsquo;impression que fait l&rsquo;Allemagne vue du dehors ; on jette le regard sur cette<\/em> <strong><em>chaudi\u00e8re europ\u00e9enne<\/em><\/strong> <em>(c&rsquo;est moi qui souligne [\u00e9crit von Bulow, en commentaire de la lettre de Rathenau]), on y voit, entour\u00e9e de nations qui ne bougent plus, un peuple toujours au travail et capable d&rsquo;une \u00e9norme expansion physique ; huit cent mille Allemands de plus chaque ann\u00e9e ; \u00e0 chaque lustre, un accroissement presque \u00e9gal \u00e0 la population des pays scandinaves ou de la Suisse ; et l&rsquo;on se demande combien de temps la France, o\u00f9 se fait le vide, pourra r\u00e9sister \u00e0 la pression atmosph\u00e9rique de cette population.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Certes, le sch\u00e9ma qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 \u00e0 propos de la Prusse sur la voie d&rsquo;unifier l&rsquo;Allemagne se confirme au centuple. C&rsquo;est la force progressiste du modernisme qui fournit le moteur, et un modernisme si compl\u00e8tement spiritualis\u00e9 qu&rsquo;aucun obstacle naturel, aucun obstacle allemand, aucun obstacle que constituerait un vrai conservatisme allemand ne peut le contrecarrer. A nouveau, l&rsquo;Allemagne est totalement pangermaniste, et bien au-del\u00e0 des th\u00e9ories fumeuses de ceux qui s&rsquo;\u00e9tiquettent effectivement pangermanistes et tracent des cartes compl\u00e8tement farfelues sur leur identification du domaine germaniste. Le but fix\u00e9 est tout ce qu&rsquo;on veut sauf fixe, il est spirituel, il est ext\u00e9rieur \u00e0 elle (\u00e0 l&rsquo;Allemagne), \u00e0 son domaine g\u00e9ographique, il est extensible \u00e0 l&rsquo;infini, il est \u00e0 port\u00e9e de main et il est impossible \u00e0 saisir, il est la r\u00e9compense supr\u00eame et la chim\u00e8re ultime tout ensemble. Il d\u00e9cha\u00eene l&rsquo;Empire de toutes ses attaches spatiales et temporelles. Alors, tout devient possible, jusqu&rsquo;\u00e0 cette fusion sublime d&rsquo;o\u00f9 na\u00eetra un monde nouveau, l&rsquo;homme nouveau, une dimension nouvelle de la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn 1933, l&rsquo;excellent Jules Isaac (des fameux livres scolaires Isaac et Malet) consacra une \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e aux origines de la guerre. Il \u00e9crivit, parce que l&rsquo;historien \u00e9tait aussi t\u00e9moin, et m\u00eame acteur, et que, retour de la guerre, il devait cela \u00e0 son ami Albert Malet, tomb\u00e9 en Artois en 1915. Quand le nuage creva en 1914, quel \u00e9tait le sentiment dominant parmi nous [en France] ? La soif de revanche, le d\u00e9sir longtemps contenu de reprendre l&rsquo;Alsace-Lorraine ? Tout simplement, h\u00e9las, l&rsquo;impatience d&rsquo;en finir, l&rsquo;acceptation de la guerre (quelle na\u00efvet\u00e9 et quels remords !) pour avoir la paix. L&rsquo;historien qui \u00e9tudie les origines de la guerre ne peut n\u00e9gliger ce c\u00f4t\u00e9 psychologique du probl\u00e8me. S&rsquo;il l&rsquo;examine de pr\u00e8s, objectivement, il doit reconna\u00eetre que, depuis 1905 (\u00e0 tort ou \u00e0 raison), on a pu croire en France que le sabre de Guillaume II \u00e9tait une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s. Les Fran\u00e7ais sont partis \u00e0 la guerre pouss\u00e9s par le fatalisme de leur pessimisme, o\u00f9 il y avait la perception de ce qu&rsquo;on sentait de fatalit\u00e9 dans la venue de cette guerre, avec cette puissance allemande montante, ce dynamisme destructeur des autres, ce r\u00eave allemand, cette m\u00e9taphysique allemande, cette culture post-moderniste d\u00e9cha\u00een\u00e9e, peut-\u00eatre m\u00eame, au bout du compte, sans vraiment en vouloir \u00e0 l&rsquo;Allemagne, sans la tenir pour responsable (comme on dit d&rsquo;un adolescent qu&rsquo;il lui faut faire ses b\u00eatises avant d&rsquo;en venir aux responsabilit\u00e9s de sa maturit\u00e9). (Ce pessimisme fran\u00e7ais est effectivement r\u00e9pandu, on le rencontre par exemple dans le Journal intime de Jacques Bainville pour la premi\u00e8re ann\u00e9e de guerre, 1914-15. La France partit en guerre pour en finir, mais sans croire vraiment \u00e0 ses chances parce que, au fond d&rsquo;elle-m\u00eame, elle \u00e9tait contrainte \u00e0 cette guerre, et, par cons\u00e9quent, elle ne la vivait pas comme une comp\u00e9tition.) Encore une fois, quelle diff\u00e9rence avec l&rsquo;Allemagne. Vraiment, ces deux pays ne font pas la m\u00eame guerre.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>La question de la similitude psychologique entre la situation d&rsquo;avant 1914 et la situation d&rsquo;avant la guerre contre l&rsquo;Irak<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSans proposer l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une similitude de circonstances, il nous importe de montrer ici que la th\u00e8se de l&rsquo;encha\u00eenement fatal menant \u00e0 la guerre 1914-18 est une facilit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 une th\u00e8se politique bien actuelle, et dr\u00f4lement int\u00e9ress\u00e9e. Il nous importe de montrer, dans le cas de l&rsquo;article de <em>Age.com<\/em>,  et sans mettre en cause les intentions de l&rsquo;auteur de l&rsquo;article,  que cette m\u00eame th\u00e8se reprise pour le conflit irakien n&rsquo;a de valeur qu&rsquo;int\u00e9ress\u00e9e, \u00e9ventuellement pour exon\u00e9rer les \u00c9tats-Unis de leur responsabilit\u00e9 \u00e9crasante de vouloir la guerre comme des fous, d&rsquo;une fa\u00e7on qui fait s&rsquo;interroger sur l&rsquo;\u00e9quilibre psychique. (Nous ne mettons pas en cause l&rsquo;article de <em>Age.com<\/em>, d&rsquo;autant plus que, sur le m\u00eame site, le m\u00eame jour, <a href=\"http:\/\/www.theage.com.au\/articles\/2002\/12\/20\/1040174389108.html\" class=\"gen\">est publi\u00e9 un article qui nous dit tout diff\u00e9rent de cet encha\u00eenement m\u00e9canique in\u00e9luctable<\/a> : que la guerre n&rsquo;est pas pour demain puisqu&rsquo;elle est programm\u00e9e pour mars, qu&rsquo;on verra bien les choses \u00e0 ce moment. Tout cela, bien \u00e0 l&rsquo;image de la folie de ce temps historique,  le n\u00f4tre.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, l&rsquo;article de Matthew Engel est plus int\u00e9ressant pour d\u00e9placer notre appr\u00e9ciation vers l&rsquo;aspect psychologique. Engel nous fait mieux sentir l&rsquo;aspect de montage, d&rsquo;auto-intoxication, d&rsquo;ivresse, avec notamment son excellente comparaison avec le syndrome des otages, cela conduisant \u00e0 cette question : Washington n&rsquo;est-elle pas prisonni\u00e8re d&rsquo;elle-m\u00eame, de sa folie, de son ivresse, de sa repr\u00e9sentation virtualiste du monde ? (Engel cite dans son article l&rsquo;article d&rsquo;un de ses confr\u00e8res du m\u00eame <em>Guardian<\/em>, Timothy Garton Ash. C&rsquo;est un article auquel nous nous sommes nous-m\u00eames int\u00e9ress\u00e9s, et auquel nous renvoyons nos lecteurs <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=510\" class=\"gen\">au travers du lien vers notre F&#038;C du 13 d\u00e9cembre qui reprend cette r\u00e9f\u00e9rence<\/a>.)    <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors l\u00e0, oui, devant ces constats,  plus que jamais, nous empruntons notre th\u00e8se et l&rsquo;amenons \u00e0 notre \u00e9poque. Prenez la phrase de Rathenau de 1909 et actualisez-l\u00e0, en changeant les noms des pays, les circonstances, etc, pour ne garder que l&rsquo;aspect psychologique et en comprimant le temps comme c&rsquo;est le cas dans la crise actuelle, et renfor\u00e7ant cet effet de bouillonnement psychologique : \u00ab <em>Il y a un autre facteur important, auquel en Allemagne nous ne pr\u00eatons pas toujours attention: c&rsquo;est l&rsquo;impression que fait l&rsquo;Allemagne vue du dehors ; on jette le regard sur cette<\/em> <strong><em>chaudi\u00e8re europ\u00e9enne<\/em><\/strong>, <em>on y voit, entour\u00e9e de nations qui ne bougent plus, un peuple toujours au travail et capable d&rsquo;une \u00e9norme expansion physique ; huit cent mille Allemands de plus chaque ann\u00e9e ; \u00e0 chaque lustre, un accroissement presque \u00e9gal \u00e0 la population des pays scandinaves ou de la Suisse ; et l&rsquo;on se demande combien de temps la France, o\u00f9 se fait le vide, pourra r\u00e9sister \u00e0 la pression atmosph\u00e9rique de cette population.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>La comparaison et les limites de la comparaison avec la th\u00e8se de l&rsquo;encha\u00eenement m\u00e9canique vers le conflit de 1914 (\u00ab <em>the Guns of August<\/em> \u00bb)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa th\u00e8se des <em>Guns of January-February<\/em>, ou des <em>Guns of March<\/em> si la guerre tra\u00eene encore, par r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab <em>Guns of August<\/em> \u00bb, est une th\u00e8se compl\u00e8tement int\u00e9ress\u00e9e. Effectivement, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;argument, de <MI>casus belli>D> acceptable, de preuve et de v\u00e9ritable \u00ab <em>material breach<\/em> \u00bb \u00e0 la r\u00e9solution 1441, chargeons la destin\u00e9e et la fatalit\u00e9 de nous expliquer la raison de cette guerre ; ou encore, par fatigue, comme disait le gentil Isaac de la guerre 1914-18 pour les Fran\u00e7ais, accepter la guerre \u00ab <em>pour avoir la paix<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa diff\u00e9rence, n&rsquo;est-ce pas, est que cela ne tient pas la route pour l&rsquo;essentiel, qui est la dimension tragique de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement : Saddam n&rsquo;est pas plus le <em>Kaiser<\/em> Guillaume qu&rsquo;il n&rsquo;est le chancelier Hitler, question puissance, ambition, poids g\u00e9opolitique, capacit\u00e9 id\u00e9ologique et ainsi de suite. Le fait est que Saddam n&rsquo;est qu&rsquo;un moucheron par rapport au reste qui veut sa peau, tandis que Guillaume et Hitler \u00e9taient des monstres de puissance qui \u00e9branlaient le monde, et toutes les explications persiflantes de Rumsfeld et m\u00e9prisantes de Perle sur les armes de destruction massive irakienne ne changent rien \u00e0 l&rsquo;affaire. Cela nous ram\u00e8ne au cas du reste qui veut sa peau, sp\u00e9cifiquement au cas de Washington emport\u00e9e dans son d\u00e9s\u00e9quilibre pressant et virtualiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, nous parlons de virtualisme \u00e0 propos de Washington. Nous relevons ce que nous d\u00e9crivions dans notre F&#038;C du 23 d\u00e9cembre comme une \u00ab <em>contradiction qui appara\u00eet formidable entre l&#8217;emportement belliciste, l&rsquo;appr\u00e9ciation que tout ce qui n&rsquo;est pas la guerre comme perspective est unthinkable, et d&rsquo;autre part une pusillanimit\u00e9 de plus en plus visible, avec notamment la poursuite des querelles fratricides internes, dans la pr\u00e9paration de cette guerre<\/em> \u00bb. D&rsquo;autres sources mettent en \u00e9vidence ce contraste entre l&rsquo;affirmation belliciste et l&rsquo;attitude r\u00e9elle, d&rsquo;une prudence et d&rsquo;une retenue parfois surprenantes, comme <a href=\"http:\/\/www.spiked-online.com\/Articles\/00000006DB9F.htm\" class=\"gen\">Brandon O&rsquo;Neill sur le site Spike<\/a>, et jusqu&rsquo;\u00e0 des analyses comme celle d&rsquo;Alan Bock, estimant qu&rsquo;il y a une <a href=\"http:\/\/www.antiwar.com\/bock\/b122402.html\" class=\"gen\">une v\u00e9ritable politique concert\u00e9e<\/a>, ce qui est beaucoup moins notre sentiment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais si nous parlons de virtualisme, il n&rsquo;y a plus vraiment contradiction : le virtualisme est la cr\u00e9ation d&rsquo;un univers artificiel \u00e0 la place de l&rsquo;univers de la r\u00e9alit\u00e9, une r\u00e9alit\u00e9 fabriqu\u00e9e \u00e0 la place de la r\u00e9alit\u00e9 ; rien de plus normal qu&rsquo;inconsciemment, on repousse toute possibilit\u00e9 que cette situation virtualiste, effectivement cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Washington soit confront\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 avec les risques que cela comporte,  et la guerre est bien cette r\u00e9alit\u00e9s, et elle est un risque consid\u00e9rable. Par risques nous n&rsquo;entendons pas les pertes, ou la d\u00e9faite, mais bien des \u00e9v\u00e9nements qui bousculent l&rsquo;ordre de la construction virtualiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire, une autre analogie qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9e sort renforc\u00e9e avec cette r\u00e9flexion qui ram\u00e8ne l&rsquo;administration GW \u00e0 une comparaison avec la p\u00e9riode d&rsquo;avant la guerre 1914. C&rsquo;est l&rsquo;analogie avec l&rsquo;Allemagne imp\u00e9riale qui nous conduisit \u00e0 la guerre, que nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rentes reprises, que d&rsquo;autres auteurs ont eux-m\u00eames \u00e9voqu\u00e9e (le plus int\u00e9ressant \u00e0 cet \u00e9gard est <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=336\" class=\"gen\">le Dr. Werther, dont nous \u00e9voqu\u00e9 la th\u00e8se dans notre rubrique Notes de Lecture<\/a>). L&rsquo;analogie porte essentiellement sur la crise de la psychologie, moins sur les \u00e9v\u00e9nements, et pas du tout sur la notion d&rsquo;encha\u00eenement automatique du \u00e0 la mobilisation. (Nous ne croyons pas un instant que la concentration de forces US autour de l&rsquo;Irak, d&rsquo;ailleurs r\u00e9duite pour l&rsquo;instant par rapport au but affich\u00e9, cr\u00e9e un automatisme, ni qu&rsquo;elle constitue une d\u00e9pense insupportable imposant une guerre comme justification. Cette concentration fait partie du cadre g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;activit\u00e9s politico-militaires extr\u00eamement fortes de la part des USA depuis plusieurs ann\u00e9es. Il y a d\u00e9j\u00e0 eu des concentrations de forces autour de l&rsquo;Irak sous Clinton, sans que l&rsquo;issue en soit un conflit, notamment \u00e0 l&rsquo;automne 1999.)<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Guns of January-February (ou bien Guns of March?) fatigue de la crise ou fatigue du virtualisme? Il y a une tendance historique g\u00e9n\u00e9rale, qui fut d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950 lorsque la construction de l&rsquo;Europe devenait imp\u00e9rative : l&rsquo;id\u00e9e que, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on pouvait conclure \u00e0 la non-responsabilit\u00e9 sp\u00e9cifique de l&rsquo;Allemagne dans le&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3761,2633,857,610,3248,3762],"class_list":["post-65401","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-3761","tag-guillaume","tag-irak","tag-virtualisme","tag-washington","tag-werther"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65401"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65401\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65401"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65401"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}