{"id":65493,"date":"2003-03-02T00:00:00","date_gmt":"2003-03-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/03\/02\/reflexions-sur-lantiamericanisme\/"},"modified":"2003-03-02T00:00:00","modified_gmt":"2003-03-02T00:00:00","slug":"reflexions-sur-lantiamericanisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/03\/02\/reflexions-sur-lantiamericanisme\/","title":{"rendered":"R\u00e9flexions sur l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">R\u00e9flexions sur l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme<\/h2>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">Rubrique Contexte, Volume 18, n&deg;09 du 25 janvier 2003 et rubrique Analyse, volume 18, n&deg;10 du 10 f\u00e9vrier 2003<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Au centre de tous les d\u00e9bats, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme. Cette attitude, ce sentiment, cette position, ce jugement, ce trait de caract\u00e8re peut-\u00eatre, &mdash; bref, l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme (AA en abr\u00e9g\u00e9) a tr\u00e8s mauvaise presse. C&rsquo;est au point qu&rsquo;on a fabriqu\u00e9 l&rsquo;anti-antiam\u00e9ricanisme et que tant d&rsquo;Anti-AntiAm\u00e9ricains (AAA) se sont lev\u00e9s, notamment en France, et avec quelle vigueur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s au probl\u00e8me, \u00e0 deux reprises et successivement, dans notre \u00e9dition papier de <em>de defensa<\/em>. Deux th\u00e8mes successifs : d&rsquo;abord, notre rubrique <em>Contexte<\/em> du Volume 18, n&deg;009, du 25 janvier 2003, o&ugrave;, peut-\u00eatre, les AAA, \u00e0 force de d\u00e9cortiquer les AA qu&rsquo;ils soumettent \u00e0 leurs attaques, finiraient par leur donner leurs lettre de noblesse oubli\u00e9es depuis si longtemps ; notre rubrique <em>Anlyse<\/em>, Vol18, n&deg;10, cette fois pour montrer que l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme est au coeur de l&rsquo;id\u00e9e europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_______________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">L&rsquo;offensive AAA<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Commen\u00e7ons par une coquetterie de m\u00e9thodologie. Le d\u00e9veloppement d&rsquo;un puissant courant antiam\u00e9ricain dans le monde inqui\u00e8te les Am\u00e9ricains et divers milieux non-am\u00e9ricains, en, g\u00e9n\u00e9ral intellectuels, qui se trouvent, \u00ab\u00a0objectivement\u00a0\u00bb, du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain. Ici ou l\u00e0, des r\u00e9actions se d\u00e9veloppent. C&rsquo;est le cas en France, notamment et particuli\u00e8rement, parce que la France est un terrain d&rsquo;\u00e9lection de l&rsquo;affrontement autour de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Cette r\u00e9action est si remarquable qu&rsquo;on la d\u00e9signera, &mdash; en plus, c&rsquo;est une facilit\u00e9 de non-langage &mdash; sous les initiales de AAA (pour Anti-AntiAm\u00e9ricain). Deux caract\u00e9ristiques dans cette r\u00e9action :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Une caract\u00e9ristique propre au courant lib\u00e9ral et globalisant, au courant am\u00e9ricaniste par cons\u00e9quent, lorsqu&rsquo;il est \u00e0 l&rsquo;offensive : au plus l&rsquo;offensive est forte et forte sa pression, au plus la r\u00e9sistance est forte par cons\u00e9quent, au plus le courant lib\u00e9ral et am\u00e9ricaniste d\u00e9nonce dans la critique qui lui est oppos\u00e9e une agression caract\u00e9ris\u00e9e et injuste. Il y a dans la r\u00e9action AAA qui ressort de cette situation, comme de la vertu outrag\u00e9e, un appel \u00e0 une justice objective pour que cesse la r\u00e9sistance des situations agress\u00e9es. C&rsquo;est l&rsquo;aspect geignard de la dialectique am\u00e9ricaniste; c\u00f4t\u00e9 face d&rsquo;une pi\u00e8ce dont, le c\u00f4t\u00e9 pile est l&rsquo;affirmation enivr\u00e9e et arrogante de la toute-puissance incontestable et moralement sanctifi\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Une caract\u00e9ristique plut\u00f4t fran\u00e7aise, et plut\u00f4t intellectuelle-fran\u00e7aise, qui nous am\u00e8nerait \u00e0 faire s&rsquo;\u00e9quivaloir dans l&rsquo;esprit 1e courant AAA et le courant, tr\u00e8s puissant <em>in illo tempore<\/em>, de l&rsquo;anti-anticommunisme (ou AAC pour AntiAnticommunisme, &mdash; Staline d\u00e9signait les AAC sous l&rsquo;expression &laquo; <em>idiots utiles<\/em>  &raquo;). Il s&rsquo;agit, pour les intellectuels (AAA et AAC), en plus d&rsquo;\u00eatre intellectuels, d&rsquo;\u00eatre contre ce qui est contre une chose plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre pour la chose ; cela conduit \u00e0 \u00eatre pour la puissance dominante (ici le communisme, l\u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisme) sans le para&icirc;tre, en restant vertueusement ind\u00e9pendant. On explique cela en qualifiant l'\u00a0\u00bbanti\u00a0\u00bb (AA ou AC) d&rsquo;intelligence \u00ab\u00a0primaire\u00a0\u00bb et d&rsquo;intol\u00e9rant ; on est, lorsqu&rsquo;on est AAA comme lorsqu&rsquo;on \u00e9tait AAC, \u00e0 la fois tol\u00e9rant, intelligent, et du c\u00f4t\u00e9 du manche qui cogne. Excellente op\u00e9ration.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">La mise en accusation de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme conduit \u00e0 son \u00e9tude dans la perspective historique, laquelle conduit au pot aux roses<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Parmi divers exemples de cette r\u00e9action anti-antiam\u00e9ricaine (dont le livre <em>L&rsquo;obsession antiam\u00e9ricaine<\/em>, de Jean-Fran\u00e7ois Revel est l&rsquo;application la plus m\u00e9diatis\u00e9e), on s&rsquo;attache au livre de Philippe Roger, l&rsquo;<em>Ennemi am\u00e9ricain<\/em> (Le Seuil). Le livre pr\u00e9sente une g\u00e9n\u00e9alogie compl\u00e8te de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme fran\u00e7ais. Il a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9, de divers c\u00f4t\u00e9s, dont le c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain certes, comme un \u00e9v\u00e9nement important. On a m\u00eame parl\u00e9 de chef d&rsquo;oeuvre, c&rsquo;est l\u00e0 en dire beaucoup. John Vinocur, de l&rsquo;International <em>Herald Tribune<\/em>, s&rsquo;est empar\u00e9 de cette bonne cause, s&rsquo;appuyant sur <em>Le Monde<\/em> et <em>Le Nouvel Observateur<\/em>, quelques excellents poissons de vertu dans le vivier foisonnant des AAA. &laquo; <em>Philippe Roger&rsquo;s book, \u00ab\u00a0L&rsquo;Ennemi am\u00e9ricain,\u00a0\u00bb has been received with exceptional praise. Le Monde described it as \u00ab\u00a0a chef d&rsquo;oeuvre of semantic history\u00a0\u00bb and Le Nouvel Observateur said it was a \u00ab\u00a0masterly\u00a0\u00bb analysis of a French tradition that reflects a combination of stupidity, ignorance, and paranoia.<\/em> &raquo; Le bouquin fait aujourd&rsquo;hui partie des incontournables, de ceux qui ne peuvent pas ne pas \u00eatre cit\u00e9s lorsqu&rsquo;on entend appr\u00e9cier l&rsquo;\u00e9tat de la question de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme en France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce livre est remarquable parce que, d&rsquo;abord, tout est dans sa m\u00e9thode. La proposition de d\u00e9part sur laquelle nous voyons construire le propos est que l&rsquo;AA fran\u00e7ais (antiam\u00e9ricanisme) est si sp\u00e9cifique, si particulier, si extraordinaire en un sens, qu&rsquo;il est inad\u00e9quat de le traiter par exemple, et de fa\u00e7on fondamentale, en fonction de son objet, c&rsquo;est-\u00e0-dire de fa\u00e7on relative. L&rsquo;AA fran\u00e7ais est une \u00ab\u00a0chose en soi\u00a0\u00bb. Il sera consid\u00e9r\u00e9 sans r\u00e9f\u00e9rence, sinon accidentelle (mais ces accidents sont parfois r\u00e9v\u00e9lateurs) \u00e0 son objet, &mdash; l&rsquo;Am\u00e9rique et son \u00e9volution. &laquo; [O]<em>n prendra l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme comme un bloc s\u00e9miotique historiquement strat\u00e9if\u00e9 qu&rsquo;il est impossible et m\u00eame<\/em> pr\u00e9f\u00e9rable <em>d&rsquo;isoler pour l&rsquo;analyser<\/em> &raquo;. Le mot &laquo; pr\u00e9f\u00e9rable &raquo;, soulign\u00e9 par l&rsquo;auteur, annonce la couleur notre subjectivit\u00e9 d&rsquo;examinateur de l&rsquo;AA est baptis\u00e9e objectivit\u00e9 et se porte garante de la vertu du travail. Nous sommes dans le champ de la moralit\u00e9 propre \u00e0 l&rsquo;AAA, et l&rsquo;AAA est toute objectivit\u00e9. Cette m\u00e9thode met \u00e0 la marge les pro-US fran\u00e7ais, mais on les rassur\u00e9, ce n&rsquo;est certainement pas (ils en seront d&rsquo;accord) &laquo; <em>un effort sournois pour imposer une sourdine \u00e0 la voix des am\u00e9ricanophiles<\/em> &raquo;. En un sens, et cela dit lestement mais sans aucune animosit\u00e9, c&rsquo;est pour mieux r\u00e9gler leur compte aux AA.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">Une d\u00e9couverte importante comment l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme est le seul sentiment important de l&rsquo;\u00e9poque moderne, le seul qui permette de d\u00e9battre des vrais probl\u00e8mes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On est conduit \u00e0 dire qu&rsquo;avec ce livre, &mdash; qui m\u00e9rite bien plus que ces quelques lignes (on y reviendra, sans aucun doute), &mdash;on se trouve sur un terrain mouvant et fort incertain, d&rsquo;ailleurs aussi bien du point de vue des AAA que des AA. La fa\u00e7on dont le livre a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9, par une critique \u00e9logieuse et dithyrambique, ressemble fort \u00e0 une r\u00e9action de cet ultra-conformisme dont la pens\u00e9e parisienne a aujourd&rsquo;hui le secret (\u00e0 lire les critiques unanimes d&rsquo;un livre qui dit peu ou prou que tout le monde a \u00e9t\u00e9, est ou, sera antiam\u00e9ricain en France, on se demande effectivement, sacrebleu, o&ugrave; se trouvent, o&ugrave; se terrent plut\u00f4t, et honteusement sans aucun doute, les antiam\u00e9ricains). L&rsquo;auteur a une th\u00e8se, disons une \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb \u00e0 d\u00e9montrer, ou bien encore, une question de pr\u00e9dilection, qui est finalement une d\u00e9marche somme toute assez classique \u00e0 Paris ces temps-ci ; c&rsquo;est la culpabilit\u00e9 des Fran\u00e7ais ou bien, pour \u00eatre plus prudent, l&rsquo;\u00e9tat du soup\u00e7on syst\u00e9matique contre les Fran\u00e7ais. Tout le monde, \u00e0 Paris et en France, mais \u00e0 Paris surtout, participe \u00e0 l&rsquo;enqu\u00eate.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour notre compte, cet aspect tr\u00e8s franco-parisien d&rsquo;un r\u00e8glement de comptes <em>within <\/em>-s\u00e9rail ne nous int\u00e9resse pas. Il nous importe de faire notre miel de ce vinaigre qu&rsquo;on nous sert en abondance. (Vinaigre, c&rsquo;est bien le cas : l&rsquo;Ennemi am\u00e9ricain est d&rsquo;un style enlev\u00e9, du pur style du persiflage \u00e0 l&rsquo;honneur au XVIIIe si\u00e8cle, qui a depuis marqu\u00e9 les cercles parisiens, persiflage parfois un peu gonflant, qui fait, grincer des dents, un peu vinaigr\u00e9 et, en cela, apr\u00e8s tout, digne fils des Lumi\u00e8res.) Nous tenons \u00e0 notre miel, et nous le trouvons dans les tonnes de documentation que l&rsquo;auteur livre \u00e0 notre r\u00e9flexion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A c\u00f4t\u00e9 des appr\u00e9ciations pol\u00e9miques qu&rsquo;on a signal\u00e9es et dont nous avons l&rsquo;audace, \u00e0 ce point (mais on y reviendra), de nous d\u00e9sint\u00e9resser compl\u00e8tement, il y a les faits sans nombre qui sont rassembl\u00e9s dans ce livre. Tout AA ou apprenti-AA (AntiAm\u00e9ricain) doit le lire car, en v\u00e9rit\u00e9, jamais il ne trouvera rassembl\u00e9e masse plus richissime de documents sur la cause qu&rsquo;il d\u00e9fend. C&rsquo;est par ce biais que nous signalons ce livre, pour cette fois, pour tenter de reconna&icirc;tre ce qu&rsquo;il nous dit du mouvement antiam\u00e9ricain en France, et plut\u00f4t factuellement, plut\u00f4t historiquement (litt\u00e9rairement aussi) que dans sa tentative d&rsquo;explication et d&rsquo;anatomie. Nous tentons d&rsquo;en d\u00e9gager au moins 4 points principaux, les caract\u00e9ristiques du mouvement, ou plut\u00f4t du sentiment antiam\u00e9ricain en France depuis les origines, &mdash; et \u00ab\u00a0les origines\u00a0\u00bb, c&rsquo;est le cas de le dire, puisque le sentiment en question pr\u00e9c\u00e8de m\u00eame l&rsquo;Am\u00e9rique, comme si l&rsquo;existence, l\u00e0 aussi, pr\u00e9c\u00e9dait l&rsquo;essence&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les points principaux que nous relevons, et devant lesquels le chercheur lui-m\u00eame s&rsquo;exclame, c&rsquo;est la constance et la profondeur du sentiment AA en France. (Nous parlons bien de \u00ab\u00a0sentiment\u00a0\u00bb plut\u00f4t que de jugement ou de parti-pris, car ce ne serait pas loin d&rsquo;\u00eatre un trait du caract\u00e8re fran\u00e7ais, de la psychologie fran\u00e7aise.) C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne unique, cette constance, cette, dur\u00e9e, cette profondeur, qui ne se retrouve dans aucun autre sentiment, aucune autre attitude politique. L&rsquo;antiam\u00e9ricanisme est le sentiment et l&rsquo;attitude riches par excellence, en France, et l&rsquo;AA m\u00e9rite donc bien cette anthologie, et nous lui en souhaitons d&rsquo;autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La profondeur extraordinaire de ce sentiment tient \u00e0 sa sagacit\u00e9, \u00e0 sa compr\u00e9hension imm\u00e9diate des probl\u00e8mes. Au contraire de l&rsquo;auteur, nous jugeons que l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme fran\u00e7ais suit au plus pr\u00e8s l&rsquo;\u00e9volution de son objet, qu&rsquo;il \u00e9volue selon l&rsquo;\u00e9volution de son objet et selon la d\u00e9couverte qu&rsquo;il en fait, qu&rsquo;il comprend aussit\u00f4t l&rsquo;importance de ce qui se passe en Am\u00e9rique, qu&rsquo;il en distingue les \u00e9l\u00e9ments cach\u00e9s derri\u00e8re la rh\u00e9torique officielle Il suit la maxime fameuse de Beaumarchais (sa pr\u00e9sence est justifi\u00e9e) sur la sacralit\u00e9 des faits et la libert\u00e9 du commentaire. L&rsquo;antiam\u00e9ricanisme fran\u00e7ais per\u00e7oit et d\u00e9brouille certains \u00e9v\u00e9nements am\u00e9ricains, alors qu&rsquo;ils se produisent, d&rsquo;une fa\u00e7on que nous sommes bien incapables d\u00e9 retrouver aujourd&rsquo;hui : le traitement r\u00e9serv\u00e9 aux indiens dont on devine le sort, d\u00e8s Chateaubriand et <em>Natchez<\/em>, la guerre de S\u00e9cession, le <em>Gilded Age<\/em> de l&rsquo;expansion capitaliste sauvage (1865-1890), la premi\u00e8re expansion h\u00e9g\u00e9monique de 1898 avec la guerre contre l&rsquo;Espagne, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; AA est le seul sentiment durable qui, en France, depuis la cr\u00e9ation de son objet, unit de fa\u00e7on d\u00e9cisive et radicale les Fran\u00e7ais. Constamment revient cette remarque dont, par exemple, cette phrase page 409 porte t\u00e9moignage : &laquo; <em>M\u00eame si ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois que l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme a cet effet magique sur les divisions fran\u00e7aises, l&rsquo;unanimit\u00e9 est en effet impressionnante.<\/em> &raquo; (A propos de l&rsquo;unanimit\u00e9 fran\u00e7aise gauche-droite, de l&rsquo;Action Fran\u00e7aise au PCF, contre l&rsquo;attitude US concernant les dettes de guerre et les r\u00e9parations, dans es ann\u00e9es 1925-31.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; AA est le seul sentiment de cette importance, de&rsquo; cette constance, et le seul sentiment qui nous paraisse si compl\u00e8tement fran\u00e7ais, qui d\u00e9passe la \u00ab\u00a0France seule\u00a0\u00bb, bien qu&rsquo;il soit jug\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9pass\u00e9, archa\u00efque, franchouillard et ainsi de suite. Tr\u00e8s t\u00f4t, d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, les Fran\u00e7ais AA (c&rsquo;est-\u00e0-dire tout le monde en France ?) ont voulu s&rsquo;opposer de fa\u00e7on concr\u00e8te \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisme en se pla\u00e7ant dans un cadre europ\u00e9en plut\u00f4t qu&rsquo;un cadre fran\u00e7ais. Cela laisse \u00e0 penser : ainsi, les Fran\u00e7ais peuvent \u00eatre Europ\u00e9ens &#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; On ajoutera un dernier point, qui est de notre cru, \u00e0 partir du constat implicite fait par l&rsquo;auteur qu&rsquo;\u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, tout est dit, l&rsquo;essentiel de la critiqu\u00e9 AA semble faite. Effectivement, il nous semble que ce qui a suivi fut pure id\u00e9ologie, conforme \u00e0 1&prime;\u00a0\u00bbesprit binaire\u00a0\u00bb qui s&rsquo;est abattu sur l&rsquo;Occident pendant la p\u00e9riode, comme cadeau intellectuel subversif du marxisme (voir sur ce point notre <em>Analyse<\/em>, Vol18, n&deg;06).<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">L&rsquo;Europe et l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Faut-il br&ucirc;ler Javier Solana ? Lorsque le Haut Repr\u00e9sentant, qui est \u00e0 la t\u00eate du secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;UE en charge des questions de s\u00e9curit\u00e9 dans le sens le plus large (d\u00e9fense, affaires \u00e9trang\u00e8res), \u00e9met les consid\u00e9rations qu&rsquo;on a lues (voir Vo118, n&deg;09, rubrique <em>Journal<\/em>), extraites d&rsquo;une interview au <em>Financial<\/em> Times du 7 janvier 2003, o&ugrave; il constate que les USA sont un pays qui a une vision religieuse du monde, et l&rsquo;Europe une vision s\u00e9culi\u00e8re ; lorsque Solana, en d&rsquo;autres termes, constate l&rsquo;existence d&rsquo;un foss\u00e9 culturel qui ne cesse de s&rsquo;approfondir entre Europe et USA, et manifestement avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour cette \u00ab\u00a0vision s\u00e9culi\u00e8re\u00a0\u00bb du monde ; lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est pas loin de l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il y a une diff\u00e9rence de fond, de substance presque, entre, disons \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit am\u00e9ricain\u00a0\u00bb et l'\u00a0\u00bbesprit europ\u00e9en\u00a0\u00bb ; lorsqu&rsquo;il nous dit, enfin, ce que dirait un chr\u00e9tien s&rsquo;il avait \u00e0 juger d&rsquo;une fa\u00e7on critique du monde musulman, selon la perception du professeur Huntington d\u00e9veloppant sa th\u00e8se sur le soi-disant \u00ab\u00a0choc des civilisations\u00a0\u00bb, &mdash; alors, ne sommes-nous pas justifi\u00e9s d&rsquo;accuser Solana d&rsquo;antiam\u00e9ricanisme ? Ne sommes-nous pas justifi\u00e9s de le mettre \u00e0 l&rsquo;index, si nous jugeons ce sentiment d\u00e9testable ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La question, autant que l&rsquo;exemple avanc\u00e9, sont l\u00e0 pour dramatiser le d\u00e9bat qu&rsquo;on veut d\u00e9velopper ici ; ils sont l\u00e0 pour montrer qu&rsquo;il y a d\u00e9bat, et qu&rsquo;il est fort pressant. D&rsquo;abord, il faut en fixer les termes. On aborde ce d\u00e9bat de fa\u00e7on indirecte mais tr\u00e8s puissante, \u00e0 partir du livre L&rsquo;<em>Ennemi am\u00e9ricain<\/em>, de Philippe Roger, dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 dans notre dernier num\u00e9ro (notre rubrique <em>Contexte<\/em>), &mdash; parce que ce livre pr\u00e9tend \u00eatre une somme, qu&rsquo;il pr\u00e9tend embrasser l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme (AA) dans son ensemble, son histoire, jusqu&rsquo;\u00e0 son actualit\u00e9, et qu&rsquo;il est reconnu comme tel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais disons diff\u00e9remment notre ambition dans cette analyse, \u00e0 partir du cas Solana, qui ne peut \u00e9videmment \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 une seule seconde d&rsquo;\u00eatre AA, selon l&rsquo;image d&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 et d&rsquo;immoralit\u00e9 que les adversaires de ce sentiment excipent \u00e0 ce propos : il s&rsquo;agit d&rsquo;examiner la question de l&rsquo;AA au travers de la vigueur de la r\u00e9action anti-antiam\u00e9ricaine (AAA) que nous avions relev\u00e9e dans notre num\u00e9ro pr\u00e9c\u00e9dent, et o&ugrave; l&rsquo;Europe est massivement impliqu\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">La grande, la seule, la vraie question de l&rsquo;Europe concerne ses relations avec l&rsquo;Am\u00e9rique, sa perception de l&rsquo;Am\u00e9rique, sa diff\u00e9rence de l&rsquo;Am\u00e9rique et son antagonisme avec l&rsquo;Am\u00e9rique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce que nous dit Philippe Roger, c&rsquo;est que &laquo; <em>cette Europe<\/em> &raquo; que les AA fran\u00e7ais r\u00e9clamaient pour combattre l&rsquo;Am\u00e9rique, nous l&rsquo;avons d\u00e9sormais et que c&rsquo;est le contraire ; qu&rsquo;elle fut &laquo; <em>port\u00e9e sur les fonds baptismaux avec l&rsquo;Am\u00e9rique pour marraine et bonne f\u00e9e<\/em> &raquo; (acceptons cette id\u00e9e, m\u00eame si elle nous parait discutable) ; qu&rsquo;elle n&rsquo;est antiam\u00e9ricaine en rien, &laquo; <em>pas davantage aujourd&rsquo;hui<\/em> &raquo; qu&rsquo;hier, pas plus que dans les ann\u00e9es 1960 par exemple (Jean-Baptiste Duroselle, identifiant &laquo; <em>les antiam\u00e9ricanismes des ann\u00e9es 1960, &#8230; ne trouve pas sous son scalpel d&rsquo;antiam\u00e9ricanisme par europ\u00e9anisme<\/em> &raquo;) ; que rien, aujourd&rsquo;hui, ne parait &laquo; <em>en mesure de r\u00e9unir ce que l&rsquo;histoire a s\u00e9par\u00e9<\/em> &raquo; (\u00e0 savoir l&rsquo;europ\u00e9anisme et l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, que dire de Solana, qui est au coeur des affaires europ\u00e9ennes et qui manifeste des jugements qu&rsquo;une plume critique qualifierait d&rsquo;antiam\u00e9ricains ? On r\u00e9pondra qu&rsquo;il ne fait que commenter les \u00e9v\u00e9nements, les attitudes, les sentiments, ce qu&rsquo;il dit et entend chaque jour. Solana est, comme on dit, un \u00ab\u00a0homme de terrain\u00a0\u00bb, plus int\u00e9ress\u00e9 par l&rsquo;avancement des choses que par la r\u00e9flexion sur les choses, et, en plus, en excellents termes et en termes r\u00e9guliers avec les Am\u00e9ricains (on dit qu&rsquo;il correspond t\u00e9l\u00e9phoniquement, quasiment chaque jour, avec Powell et avec Rice). Sans doute un peu las, Solana a choisi de prendre quelques instants pour se laisser aller \u00e0, disons, une \u00ab\u00a0r\u00e9flexion sur les choses\u00a0\u00bb. L\u00e0 aussi, nous rapportons des rumeurs pr\u00e9cises en ajoutant qu&rsquo;il a lui-m\u00eame insist\u00e9 pour dire ces choses au Financial Times  ; que son service de communication n&rsquo;en voyait pas l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, en termes politiques (politiciens) s&rsquo;entend ; que beaucoup de gens de hauts niveaux ont r\u00e9agi \u00e0 ses d\u00e9clarations en disant n&rsquo;y rien comprendre (r\u00e9actions du type-\u00ab\u00a0<em>and so what<\/em> ?\u00a0\u00bb) ; bref, que les attitudes sont du type courant, gens qui ne veulent rien voir ni rien entendre de tout ce qui peut para&icirc;tre fondamental dans ces questions transatlantiques, qui ne craignent rien plus que de soulever le pansement pour voir l&rsquo;\u00e9tat de la blessure, crainte d&rsquo;y trouver l&rsquo;infection et ainsi de suite. Mais l&rsquo;important est ceci : il ne nous parait plus aussi s&ucirc;r, \u00e0 cet instant, que \u00ab\u00a0rien, aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb ne puisse &laquo; <em>r\u00e9unir ce que l&rsquo;histoire a s\u00e9par\u00e9<\/em> &raquo;, &mdash; \u00e0 savoir l&rsquo;AA et l&rsquo;europ\u00e9anisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes un peu g\u00ean\u00e9s par ces affirmations, comme celles de Philippe Roger, qui semblent tenir pour acquis que certaines voies sont d\u00e9sormais ferm\u00e9es, qui permettent d&rsquo;imposer certaines condamnations, qui verrouillent ces condamnations avec le ton sarcastique que les salons parisiens r\u00e9servent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tiquette pass\u00e9iste et archa\u00efque. La voie d&rsquo;une Europe antiam\u00e9ricaine ferm\u00e9e, c&rsquo;est l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme r\u00e9duit d\u00e9finitivement \u00e0 la France, \u00e0 une sorte d&rsquo;Ast\u00e9rix-Bov\u00e9, priv\u00e9e \u00e0 jamais de la vertu de modernit\u00e9 et de la l\u00e9galit\u00e9 de la morale officielle. Mais Solana ? Et, avant lui et en m\u00eame temps que lui, Chris Patten, qui, selon la tactique fameuse, se pr\u00e9sente comme \u00ab\u00a0un ami de l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb pour pouvoir mieux d\u00e9velopper une critique qui est, aujourd&rsquo;hui, per\u00e7u par un Am\u00e9ricain, rien de moins qu&rsquo;un acte de subversion contre l&rsquo;am\u00e9ricanisme. (Observons, ce n&rsquo;est pas un hasard, que les deux hommes sont charg\u00e9s pour le compte de l&rsquo;Europe, parall\u00e8lement mais concurremment, de questions ext\u00e9rieures portant sur l&rsquo;essentiel, les questions de s\u00e9curit\u00e9 ; que le ton de leur remarques ne serait certainement pas d\u00e9menti par un Pascal Lamy, lui aussi homme des relations ext\u00e9rieures de la Commission europ\u00e9enne avec l&rsquo;Am\u00e9rique, etc.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces p\u00e9rip\u00e9ties nous confirment-elles absolument que les relations USA-Europe ont d\u00e9finitivement \u00e9cart\u00e9 la voie de la critique et de la confrontation ? La question est d&rsquo;une importance et d&rsquo;une gravit\u00e9 extr\u00eames et nous pensons que, pour y r\u00e9pondre, les philosophes de l&rsquo;AAA ont le tort de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la lecture des communiqu\u00e9s europ\u00e9ens qui exaltent les \u00ab\u00a0valeurs communes\u00a0\u00bb. (Ces \u00ab\u00a0valeurs communes\u00a0\u00bb sont exp\u00e9di\u00e9es, dans l&rsquo;article du <em>Financial Times<\/em> sur Solana, de la sorte, avec cette seule mention qui en soit faite : &laquo; <em>And despite rhetoric about the values that bind both sides of the Atlantic, Mr Solana says Europe and the US are growing further apart.<\/em> &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un Am\u00e9ricain, l&rsquo;\u00e9crivain A.S. Byatt, publia dans le New York <em>Times Magazine<\/em> du 13 octobre 2002 un article rapportant ses impressions d&rsquo;un long s\u00e9jour d&rsquo;enqu\u00eate en Europe (sur le th\u00e8me: l&rsquo;Europe existe-t-elle ? L&rsquo;Europ\u00e9en existe-t-il ?, et ainsi de suite). Apr\u00e8s avoir \u00e9num\u00e9r\u00e9 sarcastiquement les diff\u00e9rences et les contradictions des Europ\u00e9ens, &mdash; et il ne parlait pas que des Fran\u00e7ais, il parlait des Europ\u00e9ens, &mdash; il notait ceci : &laquo; <em>There was only one thing all the Europeans I talked to had in common. They would all say, \u00ab\u00a0When I am in America, I know I am European.\u00a0\u00bb In Europe they notice local differences, but seen from the distance of the States, it is suddenly the whole state of being European that grips them.<\/em> &raquo; Il n&rsquo;est question, ici, ni d&rsquo;antiam\u00e9ricanisme, ni de politique, ni de rien de ce genre. Il n&rsquo;est question que de ce simple fait : l&rsquo;Europ\u00e9en ne se per\u00e7oit comme tel que dans la seule mesure o&ugrave; il est confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la seule mesure o&ugrave; il se per\u00e7oit diff\u00e9rent de l&rsquo;Am\u00e9rique (et, le plus souvent, il ne faut pas le dissimuler, et aujourd&rsquo;hui plus que jamais, \u00e0 l&rsquo;heure de GW Bush : \u00ab\u00a0diff\u00e9rent\u00a0\u00bb dans un sens agressif, voire hostile, dans tous les cas marqu\u00e9 par l&rsquo;incompr\u00e9hension la plus compl\u00e8te).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Traduisons en termes politiques, &mdash; partisans, nous ne le dissimulons pas, mais irr\u00e9futables : l&rsquo;Europe n&rsquo;existe que par opposition \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique. Cette conclusion est une forte perturbation pour l&rsquo;esprit, et nous ne parlons pas que de l&rsquo;esprit simple et soi-disant politiquement non \u00e9duqu\u00e9, car il ne nous semble pas que les d\u00e9clarations de Solana d\u00e9mentent le constat que nous faisons. Il nous semble au contraire, au travers de notre exp\u00e9rience d&rsquo;enqu\u00eateur \u00e0 ce propos, que les seules circonstances o&ugrave; des dirigeants europ\u00e9ens se trouvent proches, de conception et d&rsquo;action, c&rsquo;est lorsqu&rsquo;ils se trouvent face \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique (et nullement face \u00e0 l&rsquo;Asie, face \u00e0 la Russie, o&ugrave; aucun probl\u00e8me d&rsquo;antagonisme de cette sorte ne se pose). Le trio Solana-Patten-Lamy est significatif \u00e0 cet \u00e9gard, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qu&rsquo;on en a dit, et, en plus, &mdash; sorte d&rsquo;\u00e9chantillonnage en miniature qui&rsquo; nous dit la vanit\u00e9 de ces \u00e9tiquettes &mdash; avec un Fran\u00e7ais de gauche et un Anglais de droite dans le groupe.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">L&rsquo;antiam\u00e9ricanisme per\u00e7u comme quelque chose qui est s\u00e9par\u00e9 de son objet, &mdash; pour \u00eatre mieux observ\u00e9 ou pour \u00eatre mieux condamn\u00e9 ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;antiam\u00e9ricanisme est une mati\u00e8re d\u00e9licate. Il y a quelques ann\u00e9es, un sociologue am\u00e9ricain, Paul Hollander, auteur de <em>Anti-am\u00e9ricanism, Critiques At Home and abroad<\/em>, 1965-1990, \u00e9crivit que f antiam\u00e9ricanisme devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 dans la m\u00eame cat\u00e9gorie que l&rsquo;antis\u00e9mitisme ou le racisme ; c&rsquo;est-\u00e0-dire quelque chose qui doit \u00eatre condamn\u00e9 absolument, parce qu&rsquo;il est et nullement parce que l&rsquo;objet de sa critique justifierait hypoth\u00e9tiquement qu&rsquo;il le soit. C&rsquo;est une tendance assez courante chez ceux qui font profession d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme et d&rsquo;\u00e9clairer notre lanterne \u00e0 ce propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Revenons \u00e0 notre passionnant auteur, Philippe Roger, pour d\u00e9couvrir effectivement le m\u00eame penchant. Ce quasi-philosophe, proche et sp\u00e9cialiste de Barthes, nous en explique l\u00e0-dessus d\u00e8s le d\u00e9part (nous l&rsquo;avons not\u00e9 dans notre pr\u00e9c\u00e9dent num\u00e9ro). La r\u00e8gle du jeu, c&rsquo;est l'\u00a0\u00bbobjectivisation\u00a0\u00bb du sujet (l&rsquo;AA), c&rsquo;est-\u00e0-dire la fa\u00e7on qu&rsquo;il a de le d\u00e9tacher de sa raison d&rsquo;\u00eatre : l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme (fran\u00e7ais) \u00e9tudi\u00e9 en le s\u00e9parant de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. (Citons le passage \u00e0 ce propos, de notre dernier num\u00e9ro &laquo; [\u00ab\u00a0O]<em>n prendra l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme comme un bloc s\u00e9miotique historiquement strat\u00e9ifi\u00e9 qu&rsquo;il est impossible et m\u00eame<\/em>pr\u00e9f\u00e9rable<em>d&rsquo;isoler pour l&rsquo;analyser\u00a0\u00bb. Le mot \u00ab\u00a0<\/em>pr\u00e9f\u00e9rable<em>\u00ab\u00a0, soulign\u00e9 par l&rsquo;auteur, annonce la couleur : notre subjectivit\u00e9 d&rsquo;examinateur de l&rsquo;AA est baptis\u00e9e objectivit\u00e9 et se porte garante de la vertu du travail<\/em> &raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela donne plus de libert\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enqu\u00eateur, qui est en g\u00e9n\u00e9ral un juge d&rsquo;instruction, et \u00e0 charge cela va sans dire. Cette libert\u00e9 ne garantit pas d&rsquo;accidents qui sont r\u00e9v\u00e9lateurs des limites de la m\u00e9thode. C&rsquo;est le cas, pour notre compte, avec Philippe Roger, et d\u00e8s l&rsquo;origine. Voici le cas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au d\u00e9but de l&rsquo;enqu\u00eate, on nous d\u00e9crit les racines de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme. Lorsque L&rsquo;<em>Ennemi am\u00e9ricain<\/em> fut lu et comment\u00e9, au d\u00e9but de l&rsquo;automne 2002, cela fit frissonner les salons germanopratins ; d\u00e8s cette qu\u00eate de l&rsquo;origine, on trouve p\u00e8le-m\u00eale des relents d&rsquo;archa\u00efsme, d&rsquo;obscurantisme, de racisme biologique. Tr\u00f4nant au centre de ces Lumi\u00e8res soudain d\u00e9couvertes comme si violemment AA, Buffon lui-m\u00eame qui, avec ses th\u00e8ses, accr\u00e9dite cet obscurantisme quasi-raciste de l&rsquo;origine du sentiment AA en France. L&rsquo;effet est qu&rsquo;on d\u00e9couvre une France incroyablement antiam\u00e9ricaine avant m\u00eame que l&rsquo;Am\u00e9rique existe, puis au moment de la guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance. A ce point, la chose devient \u00e9trange, et nous pensions le contraire, dans tous les cas pour cette p\u00e9riode de la guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance sans aucun doute. Tant d&rsquo;auteurs et historiens, qui seraient aujourd&rsquo;hui class\u00e9s conformes, se sont \u00e9chin\u00e9s \u00e0 nous d\u00e9crire l&rsquo;extraordinaire engouement des salons (d\u00e9j\u00e0 eux) pour les <em>insurgents<\/em> am\u00e9ricains, le brillant Beaumarchais en t\u00eate. Par exemple, Madame Susan Mary Alsop, femme de Joseph et citoyenne am\u00e9ricaine, d\u00e9crivant dans son bouquin <em>Yankees at the Court<\/em> [Doubleday, Latt\u00e8s, 1982] une France de Paris folle d&rsquo;Am\u00e9rique ; la <em>Gazette de France<\/em>, &mdash; Le Monde d&rsquo;alors, &mdash; disant le 4 avril 1775 qu&rsquo; &laquo; <em>un amour inn\u00e9 de la libert\u00e9 s&rsquo;exhalait, semble-t-il, de la substance m\u00eame du sol<\/em> [de l&rsquo;Am\u00e9rique]<em>, du ciel, des lacs et des for\u00eats de ce vaste continent<\/em> &raquo; ; tout \u00e0 l&rsquo;avenant si bien qu&rsquo;on peut parler d&rsquo;une fr\u00e9n\u00e9sie collective, d&rsquo;une manie pro-am\u00e9ricaine dans la France ramen\u00e9e \u00e0 l&rsquo;essentiel de ses \u00e9lites parisiennes. Pourtant, cette France est en m\u00eame temps totalement, visc\u00e9ralement anti-am\u00e9ricaine comme on nous la d\u00e9crit dans l&rsquo;<em>Ennemi am\u00e9ricain<\/em>, un peu comme on est visc\u00e9ralement antis\u00e9mite (ce n&rsquo;est pas droitement dit mais nous sommes tout proches).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Alors, tout de m\u00eame, l&rsquo;auteur reconna&icirc;t que cette France compl\u00e8tement AA, se laisse aller. Il y a l&rsquo;alliance avec les Am\u00e9ricains insurg\u00e9s, il y a &laquo; <em>l&rsquo;engouement pour Washington de l&rsquo;extr\u00eamement bonne soci\u00e9t\u00e9, comme disait Cr\u00e9billon<\/em> &raquo;. Par cons\u00e9quent, conclut-il : &laquo; <em>La situation est intellectuellement paradoxale : l&rsquo;engouement mondain pour les insurgents [&#8230;] forme un \u00e9trange contraste avec l&rsquo;image globalement n\u00e9gative de l Am\u00e9rique d\u00e9sormais solidement ancr\u00e9e dans le public lettr\u00e9<\/em> &raquo; Alors, l&rsquo;engouement des salons, de la presse, des mondains, des acteurs, tout cela c&rsquo;est accessoire pour d\u00e9finir le sentiment fran\u00e7ais ; et les \u00e9lucubrations de Buffon et Cie, c&rsquo;est l&rsquo;essentiel ? Oui, nous dit-on, et la preuve en est que l&rsquo;abb\u00e9 Depauw, qui reprend les salades de Buffon et Cie, est r\u00e9\u00e9dit\u00e9 onze fois de 1770 \u00e0 1799. Alors, avec cette sorte de preuve, cela signifie que la France est fameusement pro-am\u00e9ricaine aujourd&rsquo;hui parce que Jean-Fran\u00e7ois Revel est en t\u00eate des ventes pendant plusieurs semaines avec son <em>Obsession antiam\u00e9ricaine<\/em> ? Ainsi nous conduit cette m\u00e9thode : lorsqu&rsquo;elle se heurte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, de chaos en chaos, entre le r\u00e9cit qui nous est fait et ses heurts avec la r\u00e9alit\u00e9, chaque fois exp\u00e9di\u00e9 avec le constat que &laquo; [L]<em>a situation est intellectuellement paradoxale<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">L&rsquo;\u00e9tude critique de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme, jusqu&rsquo;\u00e0 sa r\u00e9pudiation diabolis\u00e9e d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;est rien moins qu&rsquo;une d\u00e9nonciation g\u00e9n\u00e9rale de la r\u00e9alit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;o&ugrave; vient cette volont\u00e9 d&rsquo;ainsi proc\u00e9der pour nous conduire sur un chemin par ailleurs du plus haut int\u00e9r\u00eat (le r\u00e9cit de l&rsquo;histoire de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme fait dans L&rsquo;<em>Ennemi am\u00e9ricain<\/em> est prodigieux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, on l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 dit), &mdash; mais nous y conduire en tentant d&rsquo;orienter la conclusion qu&rsquo;on en tire ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;auteur qu&rsquo;on cite ici, Philippe Roger, nous explique qu&rsquo;il a, volontairement semble-t-il, laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;apr\u00e8s-9\/11. Il semble nous dire qu&rsquo;il a voulu \u00e9carter l&rsquo;\u00e9motion caus\u00e9e par l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et nous ne pouvons, sur l&rsquo;instant, que louer cette d\u00e9marche. Il nous confie pourtant son \u00e9motion qui, semble-t-il, lui va profond. Roger \u00e9tait \u00e0 New York le 11 septembre &laquo; <em>Je travaillais ce matin-l\u00e0 au chapitre sur la haine de la ville am\u00e9ricaine lorsque j&rsquo;ai vu passer, \u00e0 la verticale de mon immeuble de la Troisi\u00e8me Rue, le premier des avions d\u00e9tourn\u00e9s.<\/em> &raquo; Il nous dit encore que, plus que tout le reste, l&rsquo;horreur, les mouvements fous, les commentateurs de l&rsquo;instant, ce qui l&rsquo;a frapp\u00e9 c&rsquo;est le cri collectif qui s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 de la ville lorsque les avions ont frapp\u00e9 : &laquo; <em>un mugissement mont\u00e9 des rues, des places, des terrasses et des toits, le planctus antique et formidable d&rsquo;une Cit\u00e9 ab&icirc;m\u00e9e dans l&rsquo;horreur<\/em> &raquo; Vient aussit\u00f4t la conclusion, qui devrait \u00eatre celle du livre tant elle lui donne sa v\u00e9ritable signification et son authentique valeur : &laquo; <em>Ce cri inou\u00ef &#8230; couvre \u00e0 jamais, pour moi, le bruitage des commentaires \u00ab\u00a0intelligents\u00a0\u00bb.<\/em> &raquo; (Les &laquo; <em>commentaires \u00ab\u00a0intelligents\u00a0\u00bb<\/em> &raquo; qui ont du mal \u00e0 \u00e9carter leur sentiment de honte sont ceux qui ont protest\u00e9, depuis que le mot a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, contre le &laquo; <em>Nous sommes tous Am\u00e9ricains<\/em> &raquo; de Jean-Marie Colombani, dans <em>Le Monde<\/em> du 12 septembre 2001. Nous nous permettrons de conclure que cette \u00ab\u00a0intelligence\u00a0\u00bb-l\u00e0, objet du sarcasme et de la honte supr\u00eames, c&rsquo;est, &mdash; le hasard fait bien les choses, &mdash; celle qui met en cause l&rsquo;Am\u00e9rique, c&rsquo;est celle de l&rsquo;AA.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous y sommes : au bout de ce remarquable ouvrage qui est l&#8217;embl\u00e8me de la r\u00e9action AAA et qui se veut appuy\u00e9 absolument sur la Raison contre la d\u00e9raison, la sorte de folie fran\u00e7aise que serait l&rsquo;AA, pourtant ce sentiment si universellement porteur de l&rsquo;intelligence et de l&rsquo;intuition fran\u00e7aises depuis deux si\u00e8cles, &mdash; il nous semble qu&rsquo;il y a une \u00e9motion profonde, et qu&rsquo;elle ne fait, dans la citation qu&rsquo;on en fait, que d\u00e9couvrir et symboliser le domaine \u00e9motionnel qui est le champ sur lequel ce livre a m&ucirc;ri, et sur lequel en g\u00e9n\u00e9ral prosp\u00e8re la r\u00e9action contre l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme. L&rsquo;attaque contre les tours est une attaque contre toutes les villes du monde, contre la civilisation, contre l&rsquo;esp\u00e8ce, voil\u00e0 la v\u00e9ritable conclusion du livre ; par cons\u00e9quent, l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme est un assaut contre la Raison et contre la civilisation, contre l&rsquo;esp\u00e8ce. Saluons l&rsquo;\u00e9motion et constatons qu&rsquo;elle transforme la rigoureuse analyse scientifique en cet argumentaire passionn\u00e9 o&ugrave;, justement, l&rsquo;\u00e9motion a une place consid\u00e9rable, \u00e0 mesure de l&rsquo;ampleur de ce cri du 11 septembre. Ce n&rsquo;est plus une th\u00e8se, c&rsquo;est une plaidoirie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Saluons l&rsquo;\u00e9motion mais craignons qu&rsquo;elle ne soit, fatalement dirait-on, un peu trop s\u00e9lective. D&rsquo;\u00e9normes moyens techniques, dont la vertu reste \u00e0 d\u00e9montrer et qui sont au service de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, permettent d&rsquo;entendre haut et fort tel &laquo; <em>cri inou\u00ef<\/em> &raquo; qui vous fait froid dans le dos et semble vous autoriser \u00e0 \u00e9crire : &laquo; <em>\u00e0 jamais<\/em> &raquo; ; ils ne s&rsquo;int\u00e9ressent gu\u00e8re, par contraste, \u00e0 d&rsquo;autres &laquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> <em>cris inou\u00efs<\/em> &raquo; dont est grosse l&rsquo;histoire du monde (quand ils peuvent \u00eatre pouss\u00e9s car souvent, ce n&rsquo;est pas le cas ; le silence d&rsquo;Hiroshima le 6 ao&ucirc;t 1945 est un exemple).<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">Le d\u00e9bat sur l&rsquo;anti-antiam\u00e9ricanisme, qui est simplement un proc\u00e8s int\u00e9rieur fran\u00e7ais (sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur) fait a priori \u00e0 l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme, p\u00e2lit dramatiquement devant la mont\u00e9e de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme \u00e0 cause du comportement de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En mati\u00e8re d&rsquo;antiam\u00e9ricanisme, on le sait de fa\u00e7on claire et explicable, plus rien de nouveau n&rsquo;est apparu depuis la p\u00e9riode des ann\u00e9es 1920, \u00e0 peu pr\u00e8s entre 1926 et 1934, qui est la derni\u00e8re p\u00e9riode d&rsquo;innovation et d&rsquo;avanc\u00e9e dans l&rsquo;esprit critique \u00e0 cet \u00e9gard. Depuis, l&rsquo;AA est en retraite, quand il existe encore, ou bien il est li\u00e9 \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements historiques qui le rendent \u00e9minemment suspect, ou bien il est compl\u00e8tement caract\u00e9ristique d&rsquo;une vision d\u00e9pass\u00e9e, archa\u00efque, obsol\u00e8te. Cela est caract\u00e9ris\u00e9 par un divorce, ou quelque chose qui est per\u00e7u et pr\u00e9sent\u00e9 avec empressement comme tel : le divorce entre l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme et l&rsquo;Europe, cette derni\u00e8re \u00e9tant \u00e9videmment le symbole de la modernit\u00e9. Philippe Roger ne se lasse pas d&rsquo;insister l\u00e0-dessus et l&rsquo;on comprend bien qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte d'\u00a0\u00bbinterpr\u00e9tation officielle\u00a0\u00bb de milieux intellectuels qui voient l&rsquo;Europe comme seul avenir et qui ne souffriront pas une seconde que celle-ci se fasse, m\u00eame dans la plus petite partie possible, au son de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme. Pour bien nous convaincre de cette voie sans issue du AA, Roger risque l&rsquo;audace inattendue de faire de De Gaulle un type magnifique (pour les AAA) qui est &laquo; <em>tr\u00e8s intelligemment anti-antiam\u00e9ricain<\/em> &raquo;. Une th\u00e8se aussi joyeusement paradoxale, sans autre explication qu&rsquo;une citation de Lacouture (dr\u00f4le d&rsquo;orf\u00e8vre) \u00e0 propos du sempiternel soutien de De Gaulle \u00e0 Kennedy en octobre 1962 (crise des fus\u00e9es de Cuba), cela m\u00e9ritait mieux et plus, quelques explications convaincantes, par exemple. Bref, tout cela montre qu&rsquo;on ne parle pas vraiment de la m\u00eame chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est alors qu&rsquo;appara&icirc;t la th\u00e8se implicite l&rsquo;Europe existe, elle se d\u00e9veloppe, et elle est heureusement d\u00e9barrass\u00e9e de VAA, de l&rsquo;AntiAm\u00e9ricanisme. L&rsquo;AA a \u00e9t\u00e9 isol\u00e9 d\u00e9finitivement comme un fantasme, un microbe porteur d&rsquo;une infection fatale, quelque chose qui ne d\u00e9pend \u00e9videmment pas de son objet et qui ne mesure en rien les caract\u00e9ristiques et la culpabilit\u00e9 de cet objet. Ainsi, l&rsquo;AA a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement s\u00e9par\u00e9 du temps r\u00e9el, de l&rsquo;histoire, il est devenu d\u00e9finitivement ce que Hollander propose qu&rsquo;il soit, &mdash; une sorte de d\u00e9marche absolue et absolument condamnable, comme antis\u00e9mitisme, et sans plus aucun rapport avec son objet. On est oblig\u00e9 de constater que, ce faisant, on \u00e9vite \u00e0 son objet n&rsquo;importe quelle critique fondamentale. Ainsi, pendant la Guerre froide, qui voulait s&rsquo;intituler AA \u00e9tait n\u00e9cessairement assimil\u00e9 aux communistes, avec les cha&icirc;nes qui vont avec cette assimilation, et seuls quelques farfelus, authentiques AA, r\u00e9sistaient d&rsquo;une fa\u00e7on parcellaire (on s&rsquo;autorisera cet avis que, contrairement \u00e0 ce qui nous est dit, de Gaulle en faisait partie, m\u00eame s&rsquo;il savait s&rsquo;allier avec les USA quand cela lui chantait et que c&rsquo;\u00e9tait de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la France).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En m\u00eame temps, il se trouve qu&rsquo;on \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb l&rsquo;Europe et que les \u00e9v\u00e9nements vont leur train. Et, brusquement, dans l&rsquo;entra&icirc;nement du 11 septembre 2001, voil\u00e0 que la th\u00e8se est \u00e9branl\u00e9e et appara&icirc;t pour ce qu&rsquo;elle est, &mdash; une plaidoirie ; car voil\u00e0 que, depuis quelques mois, l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme se d\u00e9veloppe partout ; il est, aujourd&rsquo;hui en Europe, d&rsquo;une intensit\u00e9 qui laisse \u00e0 penser, et cela grandit de jour en jour. L&rsquo;explication en est simplement le comportement des &Eacute;tats-Unis et nullement quelque perversion secr\u00e8te et maligne, qui g\u00e9n\u00e9rerait l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme comme un poison. Ainsi s&rsquo;efface ce fondement de la d\u00e9marche AAA qui est de s\u00e9parer l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme de son objet, l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au bout du compte, la situation est dramatiquement \u00e9clair\u00e9e, ces derni\u00e8res semaines, par la querelle euro-am\u00e9ricaine, par l&rsquo;\u00e9vidente affirmation europ\u00e9enne de certains pays appuy\u00e9e sur une volont\u00e9 de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9clate et fait para&icirc;tre les th\u00e8ses d\u00e9velopp\u00e9es sur l&rsquo;AAA, comme celle que nous avons tent\u00e9e de suivre, comme anachroniques ou, simplement, r\u00e9p\u00e9tons-le, qui \u00ab\u00a0ne parlent pas de la m\u00eame chose\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">C&rsquo;est l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique, sa politique, son arrogance, son ambition, qui ont fait soudain appara&icirc;tre l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme, non seulement comme justifi\u00e9 mais comme in\u00e9vitable<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La querelle de salons, la querelle parisienne autour de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme, est tranch\u00e9e par ce juge supr\u00eame : la r\u00e9alit\u00e9. Par la m\u00eame occasion, on en vient \u00e0 mettre gravement en question la m\u00e9thode en g\u00e9n\u00e9ral suivie par les anti-antiam\u00e9ricains. Comment justifier de l&rsquo;\u00e9tude du mouvement de critique et de r\u00e9sistance sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;objet de cette critique et de cette r\u00e9sistance, s&rsquo;il s&rsquo;av\u00e8re \u00e9videmment que les activit\u00e9s de cet objet causent directement, et de fa\u00e7on si puissante, un regain de ce mouvement de critique et de r\u00e9sistance ? M\u00eame si elle est un peu complexe, la question est grave.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et l&rsquo;Europe, certes, ne sortira pas indemne de ce d\u00e9bat, &mdash; disons, l&rsquo;Europe telle que les AAA l&rsquo;ont d\u00e9finie depuis cinquante ans, avec le soutien des forces amies de l&rsquo;Am\u00e9rique. L&rsquo;Europe amie de l&rsquo;Am\u00e9rique, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est Tony Blair, et encore dans la tranche horaire pro-US de ses agitations (il a une tranche horaire pro-europ\u00e9enne) ; ou, encore mieux (?), c&rsquo;est le pr\u00e9sident de la Pologne et ancien communiste de la Pologne de Gomulka, annonc\u00e9 par certains comme le futur secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OTAN, qui vous confie tranquillement et sans le vertige d&rsquo;une pudeur excessive, \u00e0 propos d&rsquo;une appr\u00e9ciation de notre GW, que &laquo; <em>puisque c&rsquo;est la vision du pr\u00e9sident Bush, alors c&rsquo;est ma vision<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette Europe-l\u00e0 a du mal \u00e0 tenir sous les coups de boutoirs de l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme enfant\u00e9 par le comportement de l&rsquo;Am\u00e9rique. Le reflux a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Comme l&rsquo;on sait par ailleurs, tr\u00e8s r\u00e9cemment les Polonais ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9mentir toute possibilit\u00e9 que leur pr\u00e9sident devienne secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OTAN. Tout comme ils se r\u00e9crient lorsqu&rsquo;on les \u00ab\u00a0accuse\u00a0\u00bb d&rsquo;avoir achet\u00e9 le F-16. Fines mouches (ils ont pu s&rsquo;exercer avec les Russes pendant 50 ans), ils devinent les sautes d&rsquo;humeur des vents dominants. Ils devinent que la cause am\u00e9ricaine n&rsquo;est plus, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;assurance sur la vie de la respectabilit\u00e9.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9flexions sur l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme Rubrique Contexte, Volume 18, n&deg;09 du 25 janvier 2003 et rubrique Analyse, volume 18, n&deg;10 du 10 f\u00e9vrier 2003 Au centre de tous les d\u00e9bats, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme. Cette attitude, ce sentiment, cette position, ce jugement, ce trait de caract\u00e8re peut-\u00eatre, &mdash; bref, l&rsquo;antiam\u00e9ricanisme (AA en abr\u00e9g\u00e9) a tr\u00e8s mauvaise presse. C&rsquo;est au&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[5],"tags":[3863,3790,2769,3862,3120,3081,398,3864],"class_list":["post-65493","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-aa","tag-aaa","tag-americain","tag-anti-antiamericanisme","tag-antiamericanisme","tag-ennemi","tag-europe","tag-roger"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65493","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65493"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65493\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65493"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65493"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65493"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}