{"id":65514,"date":"2003-03-14T00:00:00","date_gmt":"2003-03-14T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/03\/14\/dans-lamerique-de-bush-big-brother-se-porte-bien-ou-levolution-de-lorwellisme-aux-usa-par-le-professeur-edward-s-herman\/"},"modified":"2003-03-14T00:00:00","modified_gmt":"2003-03-14T00:00:00","slug":"dans-lamerique-de-bush-big-brother-se-porte-bien-ou-levolution-de-lorwellisme-aux-usa-par-le-professeur-edward-s-herman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/03\/14\/dans-lamerique-de-bush-big-brother-se-porte-bien-ou-levolution-de-lorwellisme-aux-usa-par-le-professeur-edward-s-herman\/","title":{"rendered":"<strong><em>Dans l&rsquo;Am\u00e9rique de Bush, Big Brother se porte bien, \u2014 ou l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;\u201corwellisme\u201d aux USA, par le professeur Edward S. Herman<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h3>Dans l&rsquo;Am\u00e9rique de Bush, Big Brother se porte bien,  ou l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;orwellisme aux USA, par le professeur Edward S. Herman, de la Wharton School University of Columbia<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tCi-dessous, nous vous pr\u00e9sentons un texte du professeur Edward S. Herman, \u00e9tudiant l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;un aspect tr\u00e8s sp\u00e9cifique de la situation aux \u00c9tats-Unis, qu&rsquo;on pourrait appeler l&rsquo;utilisation et le d\u00e9veloppement de l&rsquo;orwellisme,  qui est \u00e9videmment l&rsquo;utilisation syst\u00e9matique du langage de Orwell d&rsquo;apr\u00e8s <em>1984<\/em>, soit un peu plus que le mensonge, la propagande et la d\u00e9sinformation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEdward S. Herman est professeur de Finances \u00e0 la Wharton School University of Colombia en Pennsylvanie. Entre autres essais, il a publi\u00e9 plusieurs livres avec Noam Chomsky dont <em>The Political Economy of Human Rights<\/em> (South End Press, 1979), et <em>Manufacturing Consent<\/em>, \u00e0 para\u00eetre ce mois-ci en France aux \u00e9ditions du Serpent \u00e0 plumes sous le titre <em>La Fabrique de l&rsquo;opinion publique<\/em>. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(En allant sur le site original de autoodzafe.orh, on trouve <a href=\"http:\/\/www.autodafe.org\/fr\/autodafe\/autodafe_03\/art_04.htm\" class=\"gen\">l&rsquo;analyse de Herman,<\/a> disponible en fran\u00e7ais mais \u00e9galement dans sa version originale en anglais.)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><h2 class=\"common-article\">Dans l&rsquo;Am\u00e9rique de Bush, Big Brother se porte bien<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>par Edward S.Herman, printemps 2003<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong> Traduit de l&rsquo;anglais (USA) par Guy Ducornet<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes \u00c9tats-Unis jouissent d&rsquo;une relative libert\u00e9 et des milliers d&rsquo;entit\u00e9s m\u00e9diatiques y op\u00e8rent sans contr\u00f4le gouvernemental. Cela n&rsquo;a jamais emp\u00each\u00e9 les principaux mass media du pays d&rsquo;aider les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines \u00e0 se livrer \u00e0 d&rsquo;\u00e9tonnants num\u00e9ros de d\u00e9sinformation au d\u00e9triment d&rsquo;un grand public cibl\u00e9 comme victime de vastes campagnes de propagande. En 1953 au Guatemala, l&rsquo;Administration d&rsquo;Eisenhower avait d\u00e9j\u00e0 maniganc\u00e9 la chute d&rsquo;un gouvernement d\u00e9mocratiquement \u00e9lu sous pr\u00e9texte qu&rsquo;il \u00e9tait issu d&rsquo;un \u00ab coup d&rsquo;\u00c9tat communiste \u00bb et d&rsquo;une \u00ab agression sovi\u00e9tique \u00bb, et qu&rsquo;il constituait une \u00ab grave menace \u00bb pour la s\u00e9curit\u00e9 des \u00c9tats-Unis : en juin 1954, une arm\u00e9e de mercenaires, organis\u00e9e et \u00e9quip\u00e9e par Washington, \u00e9tait descendue renverser un gouvernement guat\u00e9malt\u00e8que pratiquement d\u00e9sarm\u00e9. Les accusations am\u00e9ricaines \u00e9taient aussi fausses que ridicules mais les m\u00e9dias avaient applaudi avec un enthousiasme hyst\u00e9rique que r\u00e9sumait une manchette du New York Times du 1er mars 1953 : \u00ab Comment les Communistes ont pris le Contr\u00f4le du Guatemala [1] \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les ann\u00e9es quatre-vingt, c&rsquo;est le gouvernement des Sandinistes du Nicaragua qui se voit \u00e9galement accus\u00e9 de soutenir une \u00ab r\u00e9volution sans fronti\u00e8res \u00bb et de menacer gravement la s\u00e9curit\u00e9 du pauvre g\u00e9ant am\u00e9ricain, en vertu de mensonges tout aussi absurdes. Sans les mettre en question, la plupart des m\u00e9dias publient ces accusations comme des news, attisant ainsi dans l&rsquo;opinion am\u00e9ricaine un climat de peur fort propice au soutien d&rsquo;une guerre larv\u00e9e contre cette minuscule victime [2]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn l&rsquo;an 2003, le m\u00eame pitoyable mastodonte se pr\u00e9pare \u00e0 agresser un autre petit pays parce que le Pr\u00e9sident George W. Bush nous dit qu&rsquo;il menace la s\u00e9curit\u00e9 des \u00c9tats-Unis. Cette fois encore, les grands m\u00e9dias s&#8217;empressent de coop\u00e9rer en confirmant que la menace doit \u00eatre prise au s\u00e9rieux, se gardant bien de pr\u00e9ciser que les \u00c9tats-Unis (tout comme Isra\u00ebl) poss\u00e8dent des stocks d&rsquo;armements de destruction massive bien plus importants que l&rsquo;arsenal de Saddam Hussein, au point que leur utilisation par ce dernier serait un v\u00e9ritable suicide. Ils ne disent pas non plus que ces armes pourraient \u00e0 peine fournir \u00e0 l&rsquo;Irak une capacit\u00e9 d\u00e9fensive minimale, ni que ce sont les \u00c9tats-Unis qui ont permis \u00e0 Saddam Hussein d&rsquo;acqu\u00e9rir ce potentiel destructeur dans les ann\u00e9es quatre-vingt, lorsque Bagdad \u00e9tait l&rsquo;alli\u00e9 de Washington dans sa guerre contre l&rsquo;Iran, l&rsquo;ennemi commun d&rsquo;alors. Silence \u00e9galement sur le fait que Saddam, sachant que la riposte serait d\u00e9vastatrice, n&rsquo;en a pas fait usage lors de la guerre du Golfe de 1990. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes m\u00e9dias n&rsquo;expliquent nullement les nouveaux projets d&rsquo;\u00e9limination du chef de l&rsquo;\u00c9tat irakien : s&rsquo;agit-il d&rsquo;une volont\u00e9 de contr\u00f4ler ses r\u00e9serves d&rsquo;hydrocarbures, du d\u00e9sir de consolider le pouvoir am\u00e9ricain dans la r\u00e9gion, de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour Isra\u00ebl de voir \u00e9liminer une puissance hostile et de cr\u00e9er un environnement lui permettant d&rsquo;attaquer (ou de \u00ab transf\u00e9rer \u00bb) les Palestiniens ? Ou serait-ce la satisfaction d&rsquo;une vieille vengeance contre celui qui \u00ab a tent\u00e9 d&rsquo;assassiner [mon] p\u00e8re \u00bb  c&rsquo;est-\u00e0-dire George Bush senior ? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi les grands organes de presse et de communication se mettent au service d&rsquo;une telle propagande et donnent ainsi le ton \u00e0 tous les autres, c&rsquo;est qu&rsquo;ils sont aux mains d&rsquo;une \u00ab \u00e9lite \u00bb dont les int\u00e9r\u00eats sont \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;establishment politique et aux milieux d&rsquo;affaires am\u00e9ricains qui voient le monde \u00e0 travers le m\u00eame prisme id\u00e9ologique et qui les financent en les inspirant. Tributaires des m\u00eames sources d&rsquo;informations  officielles pour la plupart  ces mass media sont contr\u00f4l\u00e9s par ceux qui, au gouvernement ou dans le secteur priv\u00e9, sont charg\u00e9s de s\u00e9vir contre tout d\u00e9viationnisme. Ainsi, quand le Pr\u00e9sident G. W. Bush d\u00e9cide de chasser Saddam Hussein et de prendre le contr\u00f4le de l&rsquo;Irak, son gouvernement inonde les agences de presse d&rsquo;affirmations et d&rsquo;accusations qui, les unes apr\u00e8s les autres, se r\u00e9v\u00e8lent fausses ou exag\u00e9r\u00e9es  ce qui n&#8217;emp\u00eache nullement les m\u00e9dias de les colporter aussit\u00f4t comme de v\u00e9ridiques \u00ab nouvelles \u00bb. Si les journalistes tentaient de r\u00e9tablir le v\u00e9ritable contexte historique, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;aide et la protection prodigu\u00e9es \u00e0 Saddam Hussein par Ronald Reagan et George Bush senior dans les ann\u00e9es quatre-vingt, ils trouveraient leurs sup\u00e9rieurs peu enclins \u00e0 publier des textes aussi peu patriotiques et seraient accus\u00e9s de faire \u00ab l&rsquo;apologie de Saddam. [3] \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur un certain nombre de sujets, un tel syst\u00e8me produit une sorte de \u00ab ligne g\u00e9n\u00e9rale \u00bb plus souvent associ\u00e9e \u00e0 des pays totalitaires comme la d\u00e9funte Union sovi\u00e9tique, qui fonctionne d&rsquo;autant mieux aux \u00c9tats-Unis qu&rsquo;elle est accept\u00e9e et diss\u00e9min\u00e9e, sans coercition gouvernementale particuli\u00e8re, par le march\u00e9 ou par d&rsquo;autres processus naturels. Une telle \u00ab ligne \u00bb devient ainsi plus convaincante qu&rsquo;une propagande dirigiste brutale [4]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tGr\u00e2ce \u00e0 elle, le syst\u00e8me a donn\u00e9 naissance \u00e0 une novlangue qui rappelle le monde d\u00e9crit par George Orwell dans 1984, avec ses messages grondants de hargne pour les actes des nations ennemies ou toute politique honnie par l&rsquo;\u00e9lite au pouvoir et, en revanche, des slogans qui \u00ab ronronnent \u00bb de satisfaction \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des amis ou des clients du syst\u00e8me. Retransmis aveugl\u00e9ment par les grands m\u00e9dias, cette terminologie nouvelle fait aujourd&rsquo;hui partie des rouages bien huil\u00e9s de la machine de propagande am\u00e9ricaine. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>La tradition orwellienne aux \u00c9tats-Unis<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi ces \u00ab bons usages \u00bb linguistiques orwelliens[5] sont revenus en force avec George W. Bush, ils remontent \u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale : en 1947, le minist\u00e8re de la Guerre [War Department] devient le minist\u00e8re de la D\u00e9fense [Defense Department]. Ce changement intervient au moment o\u00f9 les \u00c9tats-Unis s&rsquo;attribuent le r\u00f4le de puissance h\u00e9g\u00e9monique et \u00e9tendent leurs interventions de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re occidental \u00e0 la plan\u00e8te tout enti\u00e8re. \u00c0 travers un discours qui menace d&rsquo;utiliser la force, leur \u00ab d\u00e9fense \u00bb se fait alors offensive en \u00e9largissant son domaine d&rsquo;application. Ce mot \u00ab d\u00e9fense \u00bb, qui sugg\u00e8re en r\u00e9alit\u00e9 (et en ronronnant) une riposte \u00e0 tous ceux qui se montreraient hostiles ou mena\u00e7ants, gagne la faveur de l&rsquo;establishment de l&rsquo;\u00e9poque et son usage se r\u00e9pand chez les politiques, les journalistes et les intellectuels am\u00e9ricains : on instaure un \u00ab budget de la d\u00e9fense \u00bb  non un budget de la guerre  et encore moins un budget de \u00ab la projection de la force \u00bb ou de \u00ab l&rsquo;offensive \u00bb! <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne autre expression orwellienne rejoint le lexique imp\u00e9rial : \u00ab la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00bb. Pendant toute la guerre froide, les gouvernements de Washington ont proclam\u00e9 qu&rsquo;ils ne faisaient que r\u00e9pondre \u00e0 la menace sovi\u00e9tique et aux ambitions communistes de conqu\u00eate mondiale en d\u00e9fendant leur \u00ab s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00bb  une s\u00e9curit\u00e9 qui se dit mise en p\u00e9ril en 1954 par un gouvernement guat\u00e9malt\u00e8que \u00e9lu permettant aux syndicats du pays de fonctionner, et qui confisque quelques terres laiss\u00e9es en jach\u00e8re par la United Fruit Company [6]. Ces termes ne servent qu&rsquo;\u00e0 couvrir l&rsquo;action h\u00e9g\u00e9monique et int\u00e9ress\u00e9e des grandes corporations am\u00e9ricaines, mais avec l&rsquo;enti\u00e8re coop\u00e9ration des m\u00e9dias, cette appropriation du vocabulaire orwellien permet \u00e0 Washington de renverser un \u00e0 un les gouvernements qui refusent d&rsquo;offrir \u00ab un climat favorable \u00bb aux investissements de ces grandes firmes pour les remplacer par des r\u00e9gimes plus accommodants : Marcos, Mobutu, Suharto, Pinochet et les g\u00e9n\u00e9raux salvadoriens, br\u00e9siliens, argentins, etc.[7] Le pitoyable g\u00e9ant U.S. ne se sent en s\u00e9curit\u00e9 qu&rsquo;en imposant son contr\u00f4le et sa domination sur les petits pays d&rsquo;une zone d&rsquo;influence qui ne cesse de cro\u00eetre. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre du Vi\u00eat-nam donne lieu \u00e0 d&rsquo;autres orwellismes qui permettent aux \u00c9tats-Unis de d\u00e9guiser leur volont\u00e9 d&rsquo;imposer manu militari le gouvernement de leur choix \u00e0 une lointaine soci\u00e9t\u00e9 paysanne. Il a \u00e9t\u00e9 dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils r\u00e9sistaient ainsi \u00e0 une \u00ab agression \u00bb nord-vietnamienne (ou sino-sovi\u00e9tique) contre le voisin du Sud ; on a m\u00eame parl\u00e9 d&rsquo;une \u00ab agression interne \u00bb dont la population du Sud se serait rendue coupable \u00e0 l&rsquo;encontre de son propre gouvernement  s\u00e9lectionn\u00e9 par les \u00c9tats-Unis et install\u00e9 \u00e0 Saigon ! <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn fait, c&rsquo;est \u00e0 cause du veto am\u00e9ricain que le Nord et le Sud ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s lors des \u00e9lections unificatrices pr\u00e9vues par les Accords de Gen\u00e8ve de 1954, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que le parti communiste de Ho Chi Minh allait les gagner haut la main. Sachant cela, les \u00c9tats-Unis ont maintenu la s\u00e9paration des deux Vi\u00eat-nam en intervenant militairement et en cr\u00e9ant un gouvernement fantoche contr\u00f4l\u00e9 par Washington, le Sud Vi\u00eat-nam, dont l&rsquo;invasion par d&rsquo;immenses forces am\u00e9ricaines, en 1965, se heurte principalement au peuple que Washington pr\u00e9tend sauver d&rsquo;une pr\u00e9tendue agression communiste. C&rsquo;est ce peuple qui se voit sauvagement attaqu\u00e9 par des \u00ab lib\u00e9rateurs \u00bb qui \u00ab d\u00e9truisent leur pays pour mieux le sauver \u00bb (selon la c\u00e9l\u00e8bre formule d&rsquo;un colonel am\u00e9ricain \u00e0 propos de la ville de My Tho). En termes de logique \u00e9l\u00e9mentaire, les \u00c9tats-Unis ont commis une agression contre le Vi\u00eat-nam du Sud, mais je n&rsquo;ai encore jamais vu le moindre reportage, le moindre \u00e9ditorial qui d\u00e9finisse ainsi la politique am\u00e9ricaine de l&rsquo;\u00e9poque [8]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn trouve d&rsquo;autres orwellismes concernant les n\u00e9gociations et les \u00e9lections lors du conflit vietnamien : afin de contrer les critiques et les protestations qui se font entendre, aux \u00c9tats-Unis, contre les massacres de masse commis par les raids a\u00e9riens des bombardiers, le napalm et les d\u00e9foliants toxiques largu\u00e9s sur des populations cens\u00e9es \u00eatre \u00ab sauv\u00e9es \u00bb, le gouvernement am\u00e9ricain fait p\u00e9riodiquement aux Vietnamiens des offres de \u00ab n\u00e9gociations \u00bb  tout en les informant en catimini (et \u00ab off the record \u00bb) que la guerre continuera jusqu&rsquo;\u00e0 leur compl\u00e8te reddition. Convaincus de ce \u00ab rejet \u00bb des offres de paix, les m\u00e9dias avalent ces bobards de relations publiques, ce qui a pour effet d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer d&rsquo;autant l&rsquo;escalade de la guerre [9]. Au Sud, pour la galerie, les \u00c9tats-Unis organisent de spectaculaires \u00ab \u00e9lections \u00bb dans lesquelles des mercenaires, d\u00fbment s\u00e9lectionn\u00e9s, font campagne contre quelques inconnus alors que tous les candidats de l&rsquo;opposition sont \u00e9cart\u00e9s. Ces scrutins ne remplissent aucune des conditions d&rsquo;une \u00e9lection libre : ce sont des \u00ab \u00e9lections \u00bb de fa\u00e7ade destin\u00e9es \u00e0 convaincre le peuple am\u00e9ricain que la brutale invasion am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 bien accueillie par ses victimes sud-vietnamiennes. Comme pour les \u00ab n\u00e9gociations \u00bb, ces mascarades publicitaires r\u00e9ussissent gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;enti\u00e8re et complaisante coop\u00e9ration des principaux m\u00e9dias [10]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu cours de la guerre froide, les \u00c9tats-Unis ont constamment relanc\u00e9 la course aux armements en proclamant \u00e0 intervalles r\u00e9guliers que le g\u00e9ant am\u00e9ricain souffrait de \u00ab retards \u00bb par rapport \u00e0 l&rsquo;Union sovi\u00e9tique. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des missiles, de la puissance de feu ou de la vuln\u00e9rabilit\u00e9, ces \u00ab handicaps \u00bb qu&rsquo;il fallait sans cesse combler \u00e9taient des mythes, mais ils ont r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;imposer gr\u00e2ce aux m\u00e9dias qui, fid\u00e8les au dogme officiel, n&rsquo;ont jamais mis en doute les estimations exag\u00e9r\u00e9es de la \u00ab menace sovi\u00e9tique \u00bb[11]. Jamais ils n&rsquo;ont communiqu\u00e9 au grand public le message d&rsquo;Herbert York, principal conseiller du Pr\u00e9sident Eisenhower en mati\u00e8re de technologie militaire, qui d\u00e9clarait en 1970 : \u00ab Nous avons constamment gard\u00e9 le contr\u00f4le du rythme et de l&rsquo;ampleur de la course aux armements. Pendant trente ans, nos initiatives unilat\u00e9rales et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en ont inutilement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l&rsquo;escalade. [12] \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa course a repris pendant les ann\u00e9es Reagan (1981-1988) sous le vieux pr\u00e9texte que le retard des \u00c9tats-Unis par rapport \u00e0 Moscou justifiait un nouvel arsenal pour assurer la \u00ab s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00bb  alors que les dirigeants sovi\u00e9tiques de cette \u00e9poque s&rsquo;effor\u00e7aient d&rsquo;obtenir un accord de d\u00e9sarmement, tant cette comp\u00e9tition exorbitante avec un adversaire mieux arm\u00e9 \u00e9tait en train de menacer leur propre s\u00e9curit\u00e9. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>Big Brother refait surface sous George W. Bush<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;effondrement de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique r\u00e9duit momentan\u00e9ment les d\u00e9penses militaires am\u00e9ricaines. Elles reprennent leur progression avec Clinton pour s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer encore apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection de George W. Bush. Mais comme l&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;a plus de r\u00e9el adversaire militaire, il faut justifier autrement cette nouvelle escalade budg\u00e9taire. En fait, une telle justification est n\u00e9e du temps de George Bush senior et de Clinton lorsqu&rsquo;on a vu rena\u00eetre la guerre contre les cartels des narco-gangsters et quelques autres manifestations du terrorisme. L&rsquo;invasion du Kowe\u00eft par Saddam Hussein et la riposte intitul\u00e9e Temp\u00eate du D\u00e9sert en 1990 ont profit\u00e9 \u00e0 la stature politique de George Bush senior et au complexe militaro-industriel am\u00e9ricain. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPendant les ann\u00e9es quatre-vingt-dix, le concept d&rsquo;\u00c9tat voyou fait son apparition : il ne s&rsquo;agit-l\u00e0 pour le D\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat que d&rsquo;une m\u00e9tamorphose s\u00e9mantique des \u00c9tats terroristes d&rsquo;antan. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette appellation est strictement politique et tout pays peut se la voir d\u00e9cerner (ou la perdre) en fonction du b\u00e9n\u00e9fice que peuvent en tirer les int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains. Ronald Reagan extrait l&rsquo;Irak de cette cat\u00e9gorie en 1983 au moment o\u00f9 Saddam Hussein entreprend une guerre chimique contre l&rsquo;Iran  pays qui compte alors parmi les ennemis des \u00c9tats-Unis. Sur la liste des \u00c9tats voyous des ann\u00e9es quatre-vingt, on trouve \u00e9galement le Nicaragua des Sandinistes. Non seulement ce petit pays n&#8217;emploie pas la terreur, mais c&rsquo;est lui qui est victime d&rsquo;un terrorisme arm\u00e9, sponsoris\u00e9 par Washington. Si la Libye figure sur la liste, on n&rsquo;y voit pas l&rsquo;Afrique du Sud de l&rsquo;apartheid dont les activit\u00e9s terroristes sont alors bien pires que celles du colonel Kadhafi. Jamais les m\u00e9dias am\u00e9ricains n&rsquo;ont mis en question ce syst\u00e8me politis\u00e9 de cat\u00e9gorisation [13]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pourrait en dire autant des plus r\u00e9cents \u00c9tats voyous pr\u00e9sent\u00e9s par George W. Bush dans son \u00ab axe du mal \u00bb : cette d\u00e9signation de l&rsquo;Irak, de l&rsquo;Iran et de la Cor\u00e9e du Nord souffre du fait qu&rsquo;il n&rsquo;existe entre eux aucun lien mais le sinistre \u00e9cho du mot \u00ab axe \u00bb nous renvoie \u00e0 la Seconde Guerre mondiale. L&rsquo;expression fait penser au langage invent\u00e9 par George Orwell, dans 1984, \u00e0 l&rsquo;intention de l&rsquo;ennemi. Il en va de m\u00eame du mot \u00ab croisade \u00bb par lequel Bush d\u00e9finit sa \u00ab guerre contre la terreur \u00bb  jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il le r\u00e9tracte lorsqu&rsquo;on lui fait remarquer que les crois\u00e9s chr\u00e9tiens guerroyaient jadis contre l&rsquo;Islam  alors que G. W. Bush est cens\u00e9 se battre contre les \u00ab terroristes \u00bb. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes voyous de \u00ab l&rsquo;axe du mal \u00bb sont plus ou moins les cibles imm\u00e9diates de la \u00abprojection de la force \u00bb du Pr\u00e9sident Bush. Les autres voyous sont les \u00c9tats hostiles de moindre importance aux yeux de la superpuissance am\u00e9ricaine et cette \u00e9tiquette n&rsquo;a qu&rsquo;un rapport limit\u00e9 avec leur mauvaise conduite. Des pays totalement antid\u00e9mocratiques comme l&rsquo;Arabie Saoudite, le Qatar, le Kowe\u00eft, la Chine, le Pakistan ou le Kirghizistan ne figurent pas sur la liste noire, pas plus que d&rsquo;autres qui se livrent r\u00e9guli\u00e8rement au nettoyage ethnique ou attaquent leurs voisins en violation des r\u00e9solutions des Nations unies, comme la Turquie ou Isra\u00ebl aujourd&rsquo;hui, ou l&rsquo;Indon\u00e9sie et l&rsquo;Afrique du Sud hier. Mais comme ces derniers rendent service aux \u00c9tats-Unis, ils ne risquent pas d&rsquo;\u00eatre montr\u00e9s du doigt, quel que soit leur comportement. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes mots \u00ab terreur \u00bb et \u00ab terrorisme \u00bb sont constamment utilis\u00e9s de la mani\u00e8re la plus opportuniste. D&rsquo;apr\u00e8s toutes les d\u00e9finitions du terrorisme des dictionnaires (y compris celle de Benjamin Netanyahu[14]), les attaques isra\u00e9liennes contre les Palestiniens depuis la seconde intifada ou lors de la guerre am\u00e9ricaine contre l&rsquo;Afghanistan, ainsi que les \u00ab sanctions de destruction massive \u00bb  c&rsquo;est-\u00e0-dire les raids a\u00e9riens britanniques et am\u00e9ricains qui n&rsquo;ont cess\u00e9 de frapper l&rsquo;Irak depuis 1990  constituent des actes de terrorisme d&rsquo;\u00c9tat, pour ne pas dire des agressions [15]. Mais en vertu de leur puissance en Occident comme sur leur territoire, les \u00c9tats-Unis combattent le terrorisme sans jamais commettre d&rsquo;actes terroristes et leurs clients  Isra\u00ebl, par exemple  sont \u00e9galement exempt\u00e9s de telles activit\u00e9s. La seule d\u00e9finition effective du terrorisme \u00e9mane du gouvernement de Washington, Big Brother institutionnel dont les r\u00e8gles sont accept\u00e9es telles quelles par les principaux m\u00e9dias am\u00e9ricains [16]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDes expressions comme \u00ab d\u00e9fense \u00bb ou \u00ab self defense \u00bb sont actuellement r\u00e9serv\u00e9es au r\u00e9armement am\u00e9ricain et \u00e0 sa planification strat\u00e9gique malgr\u00e9 l&rsquo;absence de tout rival militaire s\u00e9rieux. L&rsquo;intention de bloquer l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un tel rival et de \u00ab projeter la force \u00bb \u00e0 des fins dominatrices est publiquement reconnue [17].Il existe toujours un \u00ab budget de la d\u00e9fense \u00bb (et non pas un budget offensif, un budget de projection de la force ou un budget de domination !) Le gouvernement de G. W. Bush a r\u00e9clam\u00e9 une \u00ab D\u00e9fense nationale antimissile \u00bb destin\u00e9e \u00e0 stopper toute attaque de la part de voyous potentiels comme la Chine (qui se verrait ainsi qualifier si elle tentait de s&rsquo;armer au point de devenir une rivale). Mais le vrai but recherch\u00e9 est une op\u00e9ration de relations publiques  la D\u00e9fense nationale antimissile n&rsquo;offrant qu&rsquo;une protection n\u00e9gligeable contre une telle menace, alors qu&rsquo;offensivement, comme le reconnaissent les officiels du complexe militaro-industriel, un tel bouclier d&rsquo;antimissiles serait tr\u00e8s efficace [18]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn outre, la valeur que les industries d&rsquo;armement attachent \u00e0 ce gigantesque brouillage m\u00e9diatique m\u00e9rite qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate : son entretien est plus important que les menaces d&rsquo;un quelconque \u00c9tat voyou. Mais une fois de plus, les principaux m\u00e9dias traitent sur le mode mineur ce monumental gaspillage de ressources ainsi que les menaces offensives d\u00e9stabilisantes qui ne font qu&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer la course aux armements. Les journalistes voient les \u00c9tats-Unis comme un pays \u00e0 vocation pacifique qui produit des armes \u00e0 la seule fin d&rsquo;assurer \u00ab la paix par la force \u00bb. (Sous la pr\u00e9sidence de Reagan, un missile avait m\u00eame \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 \u00ab Gardien de la Paix \u00bb sans que cet orwellisme ne d\u00e9clenche la moindre hilarit\u00e9) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Administration Bush a proclam\u00e9 haut et fort son droit d&rsquo;interdire (par la force, s&rsquo;il le faut) la possession d&rsquo;armes de destruction massive \u00e0 ceux qui ne sont pas en odeur de saintet\u00e9. Mais comme une telle action unilat\u00e9rale violerait la Charte des Nations unies et constituerait ce que l&rsquo;on a toujours appel\u00e9 une \u00ab agression \u00bb, il a fallu inventer d&rsquo;int\u00e9ressantes variantes linguistiques comme \u00ab attaque pr\u00e9ventive \u00bb, \u00ab d\u00e9fense pro-active \u00bb ou \u00ab changement de r\u00e9gime \u00bb. Les deux premi\u00e8res impliquent que toute action illicite anticip\u00e9e peut se voir \u00ab pr\u00e9empt\u00e9e \u00bb ; en ce cas, la l\u00e9gitime d\u00e9fense fournit une couverture morale \u00e0 l&rsquo;attaque. Quant au \u00ab changement de r\u00e9gime \u00bb, sa connotation b\u00e9nigne dissimule le fait qu&rsquo;un tel changement ne se fait pas de l&rsquo;int\u00e9rieur, selon un processus d\u00e9mocratique de la part des autochtones mais, au contraire, sous l&rsquo;action d&rsquo;une force externe  et hors-la-loi. Tous ces mots ont \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9s au nouveau lexique sans que les m\u00e9dias n&rsquo;en fassent un examen critique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque l&rsquo;Irak envahit le Kowe\u00eft en 1990, il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00ab agression \u00bb qui provoque une indignation mondiale et une riposte militaire \u00e9crasante, suivie de sanctions g\u00e9nocidaires. Quant Isra\u00ebl envahit p\u00e9riodiquement le Liban, on ne parle d&rsquo;\u00ab agression \u00bb que dans les samizdat occidentaux et la presse arabe ; jamais dans les grands m\u00e9dias am\u00e9ricains. Si les \u00c9tats-Unis attaquent la Yougoslavie ou l&rsquo;Afghanistan, sans qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une \u00ab l\u00e9gitime d\u00e9fense \u00bb d\u00e9finie comme telle par le Droit international ou la Charte des Nations unies, on ne consid\u00e8re pas cela comme une \u00ab agression \u00bb en Occident ; on applaudit au contraire ces actes vertueux qui agressent et renversent des r\u00e9gimes d\u00e9moniaques. Le Droit international n&rsquo;entre pas en ligne de compte. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le cas des r\u00e9centes menaces am\u00e9ricaines sur l&rsquo;Irak, les principaux m\u00e9dias am\u00e9ricains n&rsquo;ont jamais parl\u00e9 d&rsquo;une \u00ab agression \u00bb alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit exactement de cela : une attaque sans provocation contre un pays qui ne repr\u00e9sente aucune menace cr\u00e9dible pour les \u00c9tats-Unis et qui subit depuis douze ans, de la part de son agresseur potentiel, des \u00ab sanctions \u00bb sous forme de bombardements continuels  au point que l&rsquo;on peut se demander s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de terminer cette guerre d&rsquo;usure de faible intensit\u00e9 par une invasion militaire rapide et de grande ampleur. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes mass media ont d\u00e9cern\u00e9 aux \u00c9tats-Unis leur prix de vertu d&rsquo;une mani\u00e8re qui aurait bluff\u00e9 George Orwell. C&rsquo;est un exemple d&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;auto-intox : on y pr\u00e9tend que les armes de destruction massive, g\u00e9n\u00e9reusement fournies \u00e0 Saddam Hussein dans les ann\u00e9es quatre-vingt par les gouvernements Reagan et Thatcher, repr\u00e9sentent une menace pour les \u00c9tats-Unis et la s\u00e9curit\u00e9 du monde, et l&rsquo;on ajoute que ses efforts pour d\u00e9jouer les inspections impos\u00e9es par ses anciens acolytes am\u00e9ricains et britanniques sont intol\u00e9rables et bafouent les Nations unies et le Droit international ! Dans le m\u00eame temps, on tol\u00e8re qu&rsquo;Isra\u00ebl ignore, avec l&rsquo;aval de Washington, les r\u00e9solutions des Nations unies. Un tel processus ob\u00e9it \u00e0 l&rsquo;un des principes orwelliens : \u00ab Oublier ce qui doit l&rsquo;\u00eatre, puis le r\u00e9introduire dans la m\u00e9moire quand le besoin s&rsquo;en fait sentir. \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux autres phrases ont eu les honneurs du lexique am\u00e9ricain ces derniers temps: \u00ab \u00e9puration ethnique \u00bb et \u00ab intervention humanitaire \u00bb. L&rsquo;\u00e9puration ethnique est la politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de massacres et de d\u00e9portations mise en uvre par des \u00c9tats ennemis contre certains groupes ethniques \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une guerre civile. On a accus\u00e9 la Serbie de s&rsquo;y \u00eatre livr\u00e9e au Kosovo avant et pendant les soixante-dix-huit jours de la guerre de l&rsquo;O.T.A.N. en 1999, mais cette accusation n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e contre Isra\u00ebl pour son traitement des Palestiniens alors qu&rsquo;elle y serait plus ad\u00e9quate qu&rsquo;au Kosovo [19]. Isra\u00ebl est autoris\u00e9 \u00e0 combattre le \u00ab terrorisme \u00bb et non \u00e0 terroriser les Palestiniens ou \u00e0 les \u00ab nettoyer \u00bb en les repoussant d&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e pour faire place \u00e0 de nouveaux colons juifs. L&rsquo;\u00c9tat h\u00e9breu est \u00e9galement autoris\u00e9 \u00e0 envisager une politique de \u00ab transfert \u00bb de populations (et non un \u00ab nettoyage ethnique \u00bb aux connotations plus d\u00e9sagr\u00e9ables). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe la m\u00eame mani\u00e8re, dans le Kosovo occup\u00e9 par l&rsquo;O.T.A.N., l&rsquo;arm\u00e9e de lib\u00e9ration nationale du Kosovo, prot\u00e9g\u00e9e par l&rsquo;O.T.A.N., a la permission d&rsquo;expulser les Serbes, les Turcs, les Juifs et les Roms dans ce que Jean Oberg appelle \u00ab le plus vaste nettoyage ethnique des Balkans (en pourcentage effectu\u00e9) sous les yeux des quarante-cinq mille soldats de l&rsquo;O.T.A.N. et des milliers de policiers et de civils des Nations unies et des O.N.G. [20] \u00bb Dans leurs rares articles rapportant les expulsions au Kosovo, les m\u00e9dias parlent de \u00abvengeances\u00bb et non de nettoyage ethnique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes attaques contre la Yougoslavie, de 1995 aux raids a\u00e9riens de 1999, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites par les \u00e9lites occidentales comme une \u00ab intervention humanitaire \u00bb et des \u00ab bombardements humanitaires \u00bb. On peut trouver bizarre qu&rsquo;un bombardement puisse m\u00e9riter cette appellation, mais il s&rsquo;agissait d&rsquo;en finir avec \u00ab g\u00e9nocide \u00bb et \u00ab nettoyage ethnique \u00bb dans un but humanitaire. Les bombardiers qui visaient des cibles civiles en Serbie pour acc\u00e9l\u00e9rer la capitulation de la Yougoslavie ont largu\u00e9 de nombreuses bombes \u00e0 uranium appauvri et des projectiles \u00e0 fragmentation destin\u00e9s aux civils  en totale violation des lois de la guerre. On s&rsquo;est m\u00eame s\u00e9rieusement demand\u00e9 si un nettoyage ethnique (sans parler d&rsquo;un g\u00e9nocide) avait bien eu lieu et si les attaques de l&rsquo;O.T.A.N. avaient eu un but \u00ab humanitaire \u00bb[21]. Mais le concept d&rsquo;intervention humanitaire qui s&rsquo;est install\u00e9 dans les m\u00e9dias et chez les intellectuels occidentaux a \u00e9t\u00e9 fort utile pour faire mousser la politique agressive du pouvoir imp\u00e9rial am\u00e9ricain. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00c0 l&rsquo;\u00e8re de George W. Bush, les cercles intellectuels et semi-officiels ont admis que les \u00c9tats-Unis \u00e9taient devenus une puissance imp\u00e9riale  le mot \u00ab imp\u00e9rialiste \u00bb refaisant surface non seulement parce qu&rsquo;il s&rsquo;applique de mani\u00e8re \u00e9vidente mais aussi parce que l&rsquo;Union sovi\u00e9tique a disparu. (Et comme personne ne peut rivaliser avec l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine, il n&rsquo;y a plus aucune raison de nier cette domination. [22]) Mais il est important de pr\u00e9ciser que ce nouveau pouvoir dominateur est fort diff\u00e9rent des anciens imp\u00e9rialismes exploiteurs et sans scrupules : les interventions et les bombardements \u00ab humanitaires \u00bb collent bien avec l&rsquo;image d&rsquo;un nouvel imp\u00e9rialisme bienveillant. Il en va de m\u00eame de la notion de \u00ab dommages collat\u00e9raux \u00bb qui sugg\u00e8re que la mort et les destructions r\u00e9sultant de l&rsquo;usage d&rsquo;armes de haute technologie sur les populations vis\u00e9es ne sont pas intentionnelles  comme s&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que des cons\u00e9quences regrettables d&rsquo;un ciblage l\u00e9gitime. Si une telle novlangue est trompeuse, elle s&rsquo;av\u00e8re fort efficace pour justifier la guerre imp\u00e9riale [23]. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn a \u00e9norm\u00e9ment sous-estim\u00e9 le pouvoir de la propagande, de la d\u00e9sinformation et du double langage utilis\u00e9s par les puissants pour \u00ab d\u00e9fendre l&rsquo;ind\u00e9fendable \u00bb (Orwell dixit) dans le \u00ab Monde libre \u00bb, et tout particuli\u00e8rement aux \u00c9tats-Unis. La diabolisation des ennemis, la na\u00efve adh\u00e9sion aux mensonges, la suppression d&rsquo;informations g\u00eanantes et la cr\u00e9ation de \u00ab lignes \u00bb et de dogmes auxquels adh\u00e8rent les \u00e9lites intellectuelles sont devenues des pratiques courantes au service de la politique d&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;agression caract\u00e9ris\u00e9e que propose mon gouvernement se transforme en un simple \u00ab changement de r\u00e9gime \u00bb afin d&rsquo;\u00e9radiquer un \u00ab nouvel Hitler \u00bb qui \u00ab menace la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00bb des \u00c9tats-Unis. Saddam Hussein, notre prot\u00e9g\u00e9 et notre alli\u00e9 d&rsquo;il y a vingt ans est rapidement devenu ce nouvel Hitler en envahissant le Kowe\u00eft en 1990 (\u00e0 la quasi invitation de George Bush n\u00b01 [24]).D\u00e8s lors, l&rsquo;ancienne alliance s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9e aux yeux des m\u00e9dias am\u00e9ricains dans un processus typiquement orwellien. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn tel syst\u00e8me de propagande fonctionne bien mieux que celui de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, contr\u00f4l\u00e9 par le Kremlin, dont la lourdeur \u00e9tait peu convaincante. Libre de ce contr\u00f4le, le syst\u00e8me m\u00e9diatique am\u00e9ricain donne l&rsquo;illusion de la diversit\u00e9 alors m\u00eame qu&rsquo;il d\u00e9sinforme en suivant fid\u00e8lement la \u00ab ligne g\u00e9n\u00e9rale \u00bb. Il parvient efficacement \u00e0 mobiliser le public pour qu&rsquo;il apporte son soutien \u00e0 des actions qui ne le servent en aucune fa\u00e7on. C&rsquo;est une situation particuli\u00e8rement regrettable \u00e0 ce moment de l&rsquo;Histoire car la politique des actuels dirigeants de Washington, men\u00e9e au d\u00e9triment de la majorit\u00e9 des Am\u00e9ricains, repr\u00e9sente une menace pour la sant\u00e9, le bien-\u00eatre et la survie de toute la population de la plan\u00e8te. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t1. Ce barrage m\u00e9diatique est d\u00e9crit par Edward S. Herman dans Returning Guatemala to the Fold, in Gary D. Rawnsley, Cold-War Propaganda in the 1950s, St. Martin&rsquo;s Press, 1999. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2. Cf. Jack Spence, The U.S. Media Covering (Over) Nicaragua, in Thomas Walker, Reagan Versus the Sandinistas, Westview Press, Boulder, Colorado, 1987. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t3. Edward S. Herman et Noam Chomsky ont analys\u00e9 ce syst\u00e8me dans Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media, Pantheon Book, New York, 2002  (La Fabrique de l&rsquo;Opinion publique, Le Serpent \u00e0 Plumes, Paris, 2003) ; Cf. Edward S. Herman, Propaganda System Number One, Z Magazine, septembre 2001. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t4. Ibid. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t5. Cf. l&rsquo;analyse des applications am\u00e9ricaines d&rsquo;un tel syst\u00e8me in Edward S. Herman, From Ingsoc to Amcap, Amerigood &#038; Marketspeak in Jack Goldsmith &#038; Martha Nussbaum : 1984 : Orwell &#038; Our Future, Princeton University Press, 2003. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t6. Cf. note n\u00b01 supra ; cf. Piero Gleijeses, Shattered Hope : The Guatemalan Revolution &#038; the United States, 1944-1954, Princeton University Press, 1991. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t7. Edward S. Herman, The Real Terror Network, South End Press, Boston, 1982, chapitre III. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t8. Cf. Manufacturing Consent\/La Fabrique de l&rsquo;Opinion publique, op. cit., introduction et chapitre V. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t9. Franz Schurmann, The Politics of Escalation in Vietnam, Fawcet, New York, 1966 ; Richard DuBoff &#038; Edward S. Herman, The Strategy of Deception, Public Affairs Press, Washington D.C., 1966. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t10. Edward S. Herman &#038; Frank Brodhead, Demonstration Elections : U.S.-Staged Elections in the Domenican Republic, Vietnam &#038; El Salvador, South End Press, Boston, 1984. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t11. Tom Gervasi, The Myth of Soviet Military Superiority, Harper &#038; Row, New York, 1986. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t12. Herbert York, Race to Oblivion, Clarion, New York, 1970, p. 230. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t13. Edward S. Herman &#038; Gerry O&rsquo;Sullivan, The Terrorism Industry, Pantheon Books, New York, 1990, chapitre III. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t14.  \u00abLe terrorisme, c&rsquo;est l&rsquo;usage syst\u00e9matique et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 du meurtre, des mutilations et des menaces contre des innocents pour inspirer la terreur \u00e0 des fins politiques. \u00bb Benjamin Netanyahu, Terrorism : How the West Can Win, Farrar, Straus &#038; Giroux, 1986, p. 9. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t15. Cf. Noam Chomsky, Pirates &#038; Emperors, Old &#038; New Terrorism in the Real World, South End Press, Boston, 2002 ; Edward S. Herman &#038; David Peterson, The Threat of Global State Terrorism, Z Magazine, janvier 2002. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t16. Cf. Noam Chomsky, Pirates &#038; Emperors ; Rahul Mahajan, The New Crusade : America&rsquo;s War on Terrorism, Monthly Review Press, New York, 2002. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t17. C&rsquo;est ce qui ressort clairement du document de la Maison Blanche, National Security of the United States (septembre 2002) et encore plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l&rsquo;ouvrage \u00e9dit\u00e9 par Robert Kagan &#038; William Kristol : Present Dangers : Crisis &#038; Opportunity in American Foreign &#038; Defense Policy, Project for the American Century, 2000. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t18. United Space Command, Vision for 2020, Washington D. C., 2001. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t19. Edward S. Herman, Israel&rsquo;s Approved Ethnic Cleansing (1\u00e8re partie), Z Magazine, avril 2001. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t20. Jan Oberg, U.N. Broke in Kosovo  Not Even Nordic Governments Care, Transnational Foundation for Peace &#038; Future Research, 7 f\u00e9vrier 2000. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t21. Noam Chomsky, The New Military Humanism, Common Courage Press, Monroe, Maine, USA, 1999 ; Diana Johnstone, Fools&rsquo;Crusade : Yugoslavia, NATO &#038; Western Delusions, Monthly Review Press, New York, 2002. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t22. Cf. John Bellamy Foster, Imperialism Rediscovered&rsquo; \u00bb, Monthly Review, novembre 2002. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t23. Edward S. Herman, Tragic Errors&rsquo;in U.S. Military Policy, Z Magazine, septembre 2002. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t24. L&rsquo;Ambassadeur am\u00e9ricain en Irak, April Glaspie, dit \u00e0 Saddam Hussein, quelques jours avant son invasion du Kowe\u00eft, que les \u00c9tats-Unis ne s&rsquo;int\u00e9ressent pas \u00e0 une querelle qu&rsquo;ils consid\u00e8rent comme Arab business. Cf. Herbert Schiller, Manipulating Hearts &#038; Minds, in Hamid Mowlana, George Gerbner &#038; Herbert Schiller, Triumph of the Image, Westview Press, Boulder, Colorado, 1992, p. 24.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l&rsquo;Am\u00e9rique de Bush, Big Brother se porte bien, ou l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;orwellisme aux USA, par le professeur Edward S. Herman, de la Wharton School University of Columbia Ci-dessous, nous vous pr\u00e9sentons un texte du professeur Edward S. Herman, \u00e9tudiant l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;un aspect tr\u00e8s sp\u00e9cifique de la situation aux \u00c9tats-Unis, qu&rsquo;on pourrait appeler l&rsquo;utilisation et&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3341,2804],"class_list":["post-65514","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-orwell","tag-usa"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65514","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65514"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65514\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65514"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65514"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65514"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}