{"id":65555,"date":"2003-04-05T00:00:00","date_gmt":"2003-04-05T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/04\/05\/une-guerre-entre-langleterre-et-lamerique\/"},"modified":"2003-04-05T00:00:00","modified_gmt":"2003-04-05T00:00:00","slug":"une-guerre-entre-langleterre-et-lamerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/04\/05\/une-guerre-entre-langleterre-et-lamerique\/","title":{"rendered":"Une guerre entre l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Am\u00e9rique?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Une guerre entre l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Am\u00e9rique?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&bull; <strong>L&rsquo;extrait,<\/strong> en fait deux extraits : une longue introduction qui envisage l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un affrontement, voire d&rsquo;un conflit entre les &Eacute;tats-Unis et le Royaume-Uni ; puis la conclusion du livre reprenant cette id\u00e9e, qui suit le corps du livre qui a pass\u00e9 en revue tous les domaines de concurrence, voire d&rsquo;affrontement entre les &Eacute;tats-Unis et le Royaume-Uni.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; <strong>L&rsquo;auteur<\/strong>, Ludwell Denny, est un journaliste et un auteur am\u00e9ricain, qui d\u00e9fendit des positions imp\u00e9rialistes am\u00e9ricaines, mais aussi assez isolationnistes, proches des r\u00e9publicains et des milieux \u00e9conomiques du <em>Big Business<\/em>. Ludwell Denny publia notamment <em>We fight for oil<\/em>, qui pr\u00e9sentait un programme d&rsquo;investissement des richesses p\u00e9troli\u00e8res par les USA. Le livre <em>L&rsquo;Am\u00e9rique conquiert l&rsquo;Angleterre<\/em>, dont les deux textes ci-dessous sont extraits, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1930, chez Knopf en version originale en anglo-am\u00e9ricain, et en 1933 en version fran\u00e7aise. Des extraits du livre en anglais <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.geocities.com\/doswind\/denny\/denny_index.html\">sont disponibles sur le site geocities.com<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; <strong>Les circonstances<\/strong> entourant la publication de ce livre renvoient \u00e0 une d\u00e9cennie de tensions cach\u00e9es, et aujourd&rsquo;hui compl\u00e8tement occult\u00e9es par l&rsquo;histoire officielle, entre les &Eacute;tats-Unis qui s&rsquo;imposent comme puissance dominante, &mdash; du point de vue financier, avec l&rsquo;affaire des r\u00e9parations, du point de vue \u00e9conomique, avec l&rsquo;investissement commercialo-culturel du monde, et du point de vue naval avec l&rsquo;affirmation de la flotte am\u00e9ricaine au travers des n\u00e9gociations de limitation des armements ; et le Royaume-Uni, la puissance qui tient les mers et l&rsquo;acc\u00e8s aux richesses outre-mer, notamment les p\u00e9troles du Moyen-Orient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; <strong>La situation<\/strong> du livre nous fait penser qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une publication destin\u00e9e \u00e0 affirmer la tendance r\u00e9publicaine \u00e0 l&rsquo;affirmation expansionniste des int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains en m\u00eame temps qu&rsquo;isolationniste du point de vue des engagements politiques. Le livre pr\u00f4ne une politique agressive \u00e0 l&rsquo;encontre du Royaume-Uni, pouvant aller jusqu&rsquo;au conflit arm\u00e9, selon l&rsquo;analyse \u00e9vidente (aujourd&rsquo;hui compl\u00e8tement occult\u00e9e, &mdash; <em>bis repetitat<\/em>) que le Royaume-Uni est la seule puissance concurrente (marine, commerce, etc) sur la route de l&rsquo;affirmation am\u00e9ricaine. Les d\u00e9mocrates, avec Roosevelt, trouveront une autre m\u00e9thode : phagocyter le Royaume-Uni dans la fable des <em>special relationships<\/em> \u00e0 l&rsquo;occasion de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Les Britanniques, les fins renards, y ont cru et, pour certains, y croient toujours, &mdash; cela reste un des myst\u00e8res des temps modernes. Une fois \u00e9cart\u00e9s les circonstances et les d\u00e9tails, et en venant au fondamental, on voit peu la diff\u00e9rence entre la politique que d\u00e9crit Dunny et celle que nous avons aujourd&rsquo;hui, &mdash; <em>Twin Towers<\/em> d\u00e9truites ou pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-apr\u00e8s, nous donnons deux extraits importats et significatfs du travail de Denny. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;abord du chapitre d&rsquo;introduction (sous le titre <em>Concevons l&rsquo;inconvevable)<\/em> et, sous le titre \u00e9ponyme de <em>Conlusion<\/em>, la conclusion du livre <em>L&rsquo;Am\u00e9rique conquiert l&rsquo;Angleterre<\/em>, de Ludwell Denny. L&rsquo;ouvrage a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1930 chez Knopf en version originale, en anglo-am\u00e9ricain. La version fran\u00e7aise, selon une traduction de Georges Bloomberg, date de 1933 et elle \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9e chez NRF\/Gallimard. A notre connaissance, il n&rsquo;y a pas eu de nouvelle publication depuis 1930 et 1933, respectivement pour les versions originale et fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dde.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>__________________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2>Concevons l&rsquo;inconcevable<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; La guerre est inconcevable  &raquo; avait dit M. Asquith, premier ministre britannique. Quelques jours apr\u00e8s, la Grande-Bretagne \u00e9tait en guerre avec l&rsquo;Allemagne. &laquo; Une guerre entre l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Angleterre est inconcevable &raquo;, nous dit-on aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est un refrain qui revient dans presque toutes les discussions sur les relations anglo-am\u00e9ricaines. Cette assurance nous est donn\u00e9e par le Premier Mac Donald et par le pr\u00e9sident Hoover &mdash; dont les discours \u00e9taient moins optimistes lorsqu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas encore officiels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette formule n&rsquo;exprime malheureusement pas une v\u00e9rit\u00e9 de fait. Une guerre entre l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Angleterre est plus probable qu&rsquo;une guerre entre l&rsquo;Am\u00e9rique et toute autre puissance. Cela ne signifie pas que cette guerre soit in\u00e9vitable. Cela signifie que les raisons qui ont caus\u00e9 d&rsquo;autres guerres, et plus particuli\u00e8rement des guerres britanniques, existent \u00e0 un tr\u00e8s haut degr\u00e9 dans les relations anglo-am\u00e9ricaines \u00e0 l&rsquo;heure actuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La plupart des Am\u00e9ricains et des Anglais ferment les yeux \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9, ou la consid\u00e8rent comme une h\u00e9r\u00e9sie, parce qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans des notions pu\u00e9riles sur les causes et la nature des guerres. Ils ne se posent \u00e0 propos de ce probl\u00e8me qu&rsquo;une seule question. Le peuple am\u00e9ricain veut-il combattre le peuple anglais ? Le peuple anglais veut-il combattre le peuple am\u00e9ricain ? Et leur raison leur r\u00e9pond : certes non. Les gouvernements de Washington et de Londres complotent-ils une guerre? Leur raison leur r\u00e9pond : impossible. Ils le r\u00e9p\u00e8tent et s&rsquo;imaginent que la guerre est inconcevable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est assez difficile de comprendre comment une conception de la guerre, aussi simpliste et aussi erron\u00e9e a pu s&rsquo;\u00e9tablir dans les esprits malgr\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;histoire. Il est encore plus difficile de comprendre comment cette conception peut \u00eatre partag\u00e9e par des Am\u00e9ricains et des Anglais qui ont vu la guerre mondiale et la p\u00e9riode d&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Malgr\u00e9 tout, le mythe suivant lequel la guerre n&rsquo;arrive que lorsque les peuples et les gouvernements veulent la guerre est peut-\u00eatre plus r\u00e9pandu aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il ne le fut jamais. Et il constitue le principal obstacle \u00e0 la compr\u00e9hension et \u00e0 l&rsquo;att\u00e9nuation des causes de la guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Guerres saintes sur commande<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La guerre ne commence pas le jour o&ugrave; les hostilit\u00e9s s&rsquo;engagent, et ne finit pas quand l&rsquo;armistice est sign\u00e9 et quand les canons se sont tus. Naturellement, le peuple anglais et le peuple am\u00e9ricain ne veulent pas d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la guerre, pas plus qu&rsquo;on ne veut tomber malade. Mais lorsqu&rsquo;il existe dans le corps des germes nocifs, la n\u00e9gligence et l&rsquo;imprudence de l&rsquo;individu peuvent causer la maladie. De m\u00eame les absurdit\u00e9s des gouvernements peuvent devenir la cause d&rsquo;une guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>II n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire que les gouvernements veuillent la guerre. Ils ne la veulent pas. Ils savent qu&rsquo;elle ferait du tort aux deux nations. Quelques hommes d&rsquo;&Eacute;tat, \u00e0 Londres et \u00e0 Washington, savent qu&rsquo;elle leur ferait un tort irr\u00e9parable. La plupart des capitalistes ne veulent pas la guerre ; ils gagnent plus \u00e0 la paix, \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La plupart des g\u00e9n\u00e9raux et es amiraux ne veulent pas non plus le conflit arm\u00e9. Pourquoi le voudraient-ils ? La vie militaire est une vie facile, en temps de paix. Le militaire aime l&rsquo;ordre ; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ordre dans les tranch\u00e9es. Le militaire est assez humain pour ne pas demander de ga&icirc;t\u00e9 de coeur la vermine, la boue, et la mort. Mais le fait que ni les peuples, ni les gouvernements, ni les g\u00e9n\u00e9raux&rsquo;, ni les amiraux n&rsquo;ont voulu la guerre n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 l&rsquo;inconcevable guerre mondiale. Et il n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 l&rsquo;inconcevable guerre de S\u00e9cession dans notre pays, ni l&rsquo;inconcevable guerre anglo-am\u00e9ricaine de 1812.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e de la &laquo; guerre inconcevable &raquo; n&#8217;emp\u00eache pas la guerre quand la crise arrive, parce que les forces physiques sont devenues trop puissantes pour \u00eatre contenues par de simples bonnes intentions ; parce qu&rsquo;une panique se produit quand un malade ou une nation d\u00e9couvre subitement la crise ; parce que l&rsquo;impr\u00e9paration psychologique que le malade ou la nation consid\u00e9rait comme sa plus grande protection, les rend alors plus vuln\u00e9rables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est pourquoi les gouvernements, quand ils sont accul\u00e9s \u00e0 une guerre qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas voulue, peuvent si facilement transformer leurs populations pacifistes en foules belliqueuses. Cette conversion soudaine d&rsquo;une nation pacifique \u00e0 la guerre n&rsquo;est pas toujours amen\u00e9e par la r\u00e9v\u00e9lation des causes v\u00e9ritables du conflit. Ces causes v\u00e9ritables sont en r\u00e9alit\u00e9 souvent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dissimul\u00e9es par les gouvernements int\u00e9ress\u00e9s, parce que ces causes sont pour la plupart des dissensions \u00e9conomiques qui de toute \u00e9vidence ne sauraient \u00eatre r\u00e9gl\u00e9es par une tuerie en masse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;o&ugrave; la n\u00e9cessit\u00e9 pour les gouvernements de faire intervenir une raison morale. La guerre mondiale n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re &laquo; guerre faite pour rendre le monde habitable par la d\u00e9mocratie &raquo;. La plupart des guerres ont \u00e9t\u00e9 mises en sc\u00e8ne de la m\u00eame fa\u00e7on, dans ce sens que l&rsquo;id\u00e9al populaire du&rsquo; moment a toujours \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par les gouvernements pour anoblir le conflit. Aucun peuple moderne civilis\u00e9 ne voudra combattre &mdash; \u00e0 moins que l&rsquo;envahisseur ne soit aux portes &mdash; s&rsquo;il ne croit qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une guerre sainte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La cr\u00e9ation de ce mythe de la guerre sainte est l&rsquo;une des t\u00e2ches vraiment faciles que les gouvernements ont \u00e0 accomplir \u00e0 la veille des hostilit\u00e9s. Pris par surprise, le peuple est cr\u00e9dule et suggestible. Le gouvernement contr\u00f4le toutes les formes de publicit\u00e9. Le gouvernement seul conna&icirc;t les faits. Par cons\u00e9quent, la petite minorit\u00e9 de citoyens impartiaux et inform\u00e9s qui peut exister n&rsquo;a pas le moyen de v\u00e9rifier la validit\u00e9 d\u00e9 son opposition. M\u00eame si elle est convaincue que la propagande du gouvernement est bas\u00e9e sur des mensonges, la minorit\u00e9 ne peut pas convaincre la majorit\u00e9. Elle n&rsquo;a \u00e0 sa disposition ni les faits, ni la tribune n\u00e9cessaire \u00e0 leur pr\u00e9sentation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les gouvernements non seulement dissimulent la v\u00e9rit\u00e9 au public, mais encore ils l&rsquo;alt\u00e8rent de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. Des gens, honn\u00eates dans le priv\u00e9, deviennent des menteurs officiels. Au nom du devoir, naturellement. Cependant il ne faudrait pas exag\u00e9rer l&rsquo;importance de ces mensonges. Ils contribuent moins \u00e0 cr\u00e9er le mythe de la guerre sainte, qui renverse le mythe de la guerre inconcevable, que ne le font certains faits soigneusement choisis. Ces faits, isol\u00e9s, deviennent d&rsquo;abord des demi-v\u00e9rit\u00e9s, puis enfin des mensonges.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tous les gouvernements ont des squelettes dans leurs armoires. Toutes les grandes nations ont fait quelque chose de &laquo; Hun &raquo;. Toutes ont opprim\u00e9 des peuples plus faibles. Toutes ont des traits de caract\u00e8re national peu sympathiques. Un ennemi peut d\u00e9montrer de n&rsquo;importe quelle nation qu&rsquo;elle constitue une menace pour la civilisation. De l\u00e0 la facilit\u00e9 avec laquelle les gouvernements acqui\u00e8rent l&rsquo;appui du peuple pour une guerre inconcevable la veille.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce sont l\u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s. Mais on peut les appliquer aux &Eacute;tats-Unis et \u00e0 l&rsquo;Angleterre avec une pr\u00e9cision troublante. Aucun argument n&rsquo;est n\u00e9cessaire pour d\u00e9montrer que ces g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s s&rsquo;appliquent aux deux pays pendant la guerre mondiale. Les Am\u00e9ricains et les Anglais \u00e9taient \u00e9galement convaincus que la guerre \u00e9tait inconcevable. Les deux gouvernements \u00e9taient certains qu&rsquo;il y avait un moyen quelconque d&rsquo;\u00e9viter le conflit arm\u00e9. Les deux gouvernements \u00e9taient &laquo; lib\u00e9raux &raquo;. Aucun n&rsquo;\u00e9tait &laquo; militariste &raquo;. Le Premier Asquith \u00e9tait un homme de paix. Le pr\u00e9sident Wilson aussi. Les soci\u00e9t\u00e9s pacifistes \u00e9taient florissantes dans les deux pays. Ceux, fort peu nombreux, qui \u00e9mettaient des doutes sur le mythe de la guerre inconcevable \u00e9taient regard\u00e9s comme des fous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le peuple britannique, malgr\u00e9 son pacifisme, ou peut-\u00eatre en partie \u00e0 cause de son pacifisme, n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9 psychologiquement \u00e0 r\u00e9sister au choc d&rsquo;une guerre inattendue. Cependant, il semble qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui il ait oubli\u00e9 comment la grande guerre l&rsquo;a pris par surprise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M\u00eame si le peuple britannique s&rsquo;\u00e9tait rendu compte du danger, il n&rsquo;avait pas la possibilit\u00e9 d&rsquo;y \u00e9chapper. Son gouvernement ne l&rsquo;avait pas consult\u00e9 en prenant sa d\u00e9cision. La Chambre des Communes n&rsquo;avait pas le choix. Le Cabinet britannique lui-m\u00eame n&rsquo;avait pas le choix. La d\u00e9cision avait \u00e9t\u00e9 prise pour lui des ann\u00e9es auparavant. Plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s, Sir Austen Chamberlain expliquait \u00e0 la Chambre des Communes (8 f\u00e9vrier 1922) : &laquo; Un lundi, nous nous sommes trouv\u00e9s ici \u00e9coutant un discours de Lord Grey. Ce discours nous mettait en pr\u00e9sence de la guerre et fut suivi de notre d\u00e9claration. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que le gouvernement au pouvoir faisait conna&icirc;tre au pays, et \u00e0 quiconque, la position qu&rsquo;il avait assum\u00e9e&#8230; La Chambre des Communes \u00e9tait-elle libre de d\u00e9cider ? Sur la foi des engagements conclus entre les deux gouvernements, la c\u00f4te fran\u00e7aise n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9fendue. Je ne; parle pas de la Belgique, mais de la France. Les n\u00e9gociations et, les arrangements les plus \u00e9troits avaient eu lieu entre nos deux gouvernements et nos deux \u00e9tats-majors. Il n&rsquo;y avait pas un seul mat sur le papier qui li\u00e2t notre pays, mais d&rsquo;honneur, il \u00e9tait li\u00e9 comme il ne l&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 &mdash; je ne dis pas qu&rsquo;il fut li\u00e9 injustement ; je pense que cela \u00e9tait juste. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lord French d\u00e9clara plus tard dans son livre sur la guerre : &laquo; Les \u00e9tats-majors britannique et fran\u00e7ais \u00e9taient depuis des ann\u00e9es en liaison \u00e9troite \u00e0 ce sujet. La zone de concentration des troupes britanniques avait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e. &raquo; Le mar\u00e9chal Joffre, le 5 juillet 1919, d\u00e9clara \u00e0 Paris : &laquo; Il existait avec l&rsquo;Angleterre une convention militaire qui ne- pouvait \u00eatre divulgu\u00e9e, car elle avait un caract\u00e8re secret. &raquo; M. Sazonov avait rendu compte de cette situation au tsar plus d&rsquo;un an avant la guerre. &laquo; &#8230; Grey, de sa propre initiative, corrobora ce que je savais d\u00e9j\u00e0 de Poincar\u00e9, \u00e0 savoir l&rsquo;existence d&rsquo;une convention entre la France et l&rsquo;Angleterre, par laquelle l&rsquo;Angleterre s&rsquo;engageait, dans le cas d&rsquo;une guerre avec l&rsquo;Allemagne, \u00e0 pr\u00eater assistance \u00e0 la France non seulement sur mer, mais encore sur le continent en d\u00e9barquant des troupes. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien que cette situation fut connue de quelques g\u00e9n\u00e9raux, de quelques diplomates, et de quelques profanes, la Chambre des Communes et le Cabinet britannique, dans l&rsquo;ensemble, ne savaient rien. &laquo; L&rsquo;ignorance du Cabinet fut prolong\u00e9e, sans doute de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 &raquo;, dit Lord Loreburn dans son livr\u00e9 <em>How the war Came<\/em>. M. Arthur Ponsonby, ancien sous-secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res, conclut ainsi dans son &laquo; Falsehood in Wartime &raquo; (1928), dont les citations faites plus haut sont tir\u00e9es : &laquo; Cet engagement n&rsquo;\u00e9tait as connu&#8230; Bien plus, on en niait l&rsquo;existence&#8230; C&rsquo;est l\u00e0 le point le plus vital de la diplomatie d&rsquo;avant-guerre, et le simple r\u00e9cit des d\u00e9mentis, des r\u00e9ticences et des subterfuges illustre tragiquement combien bas peut tomber le &laquo; standard &raquo; de l&rsquo;honneur national, accept\u00e9 par des hommes d&rsquo;&Eacute;tat dont l&rsquo;honneur personnel est au-dessus de tout reproche. &raquo; Bien que ces conversations militaires et navales eussent lieu depuis 1906, le sous-secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res, en mars 1911, se contenta de r\u00e9pondre par la n\u00e9gative lorsqu&rsquo;il lui fut demand\u00e9 &laquo; si l&rsquo;on avait promis ou laiss\u00e9 entendre \u00e0 la France que, dans une certaine \u00e9ventualit\u00e9, des troupes britanniques seraient envoy\u00e9es pour appuyer les op\u00e9rations de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise &raquo;. Un autre d\u00e9menti formel fut donn\u00e9 aux Communes le 10 mars 1913, \u00e0 peu pr\u00e8s au moment o&ugrave; M. Sazonov rapportait de nouveau la v\u00e9rit\u00e9 au tsar. Un d\u00e9put\u00e9 ayant d\u00e9clar\u00e9 aux Communes que &laquo; l&rsquo;on croit g\u00e9n\u00e9ralement que ce pays est engag\u00e9, non par trait\u00e9, mais par suite d&rsquo;assurances donn\u00e9es par le Minist\u00e8re aux cours de conversations diplomatiques, \u00e0 envoyer une tr\u00e8s grande arm\u00e9e faire campagne en Europe &raquo;, le Premier Asquith r\u00e9pondit : &laquo; Ce n&rsquo;est pas vrai. &raquo; C&rsquo;est ainsi que le Premier Asquith et Sir Edward Grey continu\u00e8rent \u00e0 nier jusqu&rsquo;au 3 ao&ucirc;t 1914 &mdash; et pendant tout ce temps ils faisaient des pr\u00e9paratifs de guerre en vue de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qu&rsquo;ils ne d\u00e9siraient pas mais qu&rsquo;ils \u00e9taient trop faibles pour emp\u00eacher. Le gouvernement britannique, la guerre une fois d\u00e9clar\u00e9e, fit une propagande intensive en Angleterre et aux &Eacute;tats-Unis pour cr\u00e9er le mythe de la culpabilit\u00e9 unilat\u00e9rale de l&rsquo;Allemagne. Les r\u00e9sultats de cette propagande sont encore pr\u00e9sents dans le trait\u00e9 de Versailles et dans les pr\u00e9jug\u00e9s d&rsquo;un trop grand nombre d&rsquo;Am\u00e9ricains et d&rsquo;Anglais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les m\u00e9thodes employ\u00e9es par le gouvernement de Washington pour transformer la guerre inconcevable en guerre sainte furent dans leur essence les m\u00eames. Mais la t\u00e2che \u00e9tait plus ardue. Aux &Eacute;tats-Unis il existait un sentiment traditionnel anti-britannique beaucoup plus qu&rsquo;un sentiment anti-allemand. Dans la conduite de la guerre, l&rsquo;Angleterre, avait heurt\u00e9 les int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains beaucoup plus que ne l&rsquo;avait fait l&rsquo;Allemagne. Le peuple am\u00e9ricain ne pouvait pas \u00eatre surpris par une guerre d\u00e9j\u00e0 en cours. Enfin, notre pays courait peu le risque d&rsquo;\u00eatre envahi. Le gouvernement de Washington dut mettre d&rsquo;autant plus d&rsquo;adresse \u00e0 convertir son public \u00e0 l&rsquo;intervention. Pour les raisons d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9es, il n&rsquo;arriva pas \u00e0 convaincre les Am\u00e9ricains \u00e0 l&rsquo;avance. Le pr\u00e9sident Wilson fut r\u00e9\u00e9lu sur le mot d&rsquo;ordre \u00e9lectoral : &laquo; Il nous a \u00e9vit\u00e9 la guerre. &raquo; Les agents de notre gouvernement, et les propagandistes alli\u00e9s qu&rsquo;il importa, n&rsquo;eurent du succ\u00e8s que lorsque la terreur sous-marine allemande se d\u00e9veloppa.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Entre temps, de grands groupes financiers et industriels, pour d&rsquo;autres raisons, essayaient de nous entra&icirc;ner dans le conflit. Le pr\u00e9sident Wilson trouva alors plus exp\u00e9dient d&rsquo;agir. Cela se trouva plus exp\u00e9dient &mdash; dans la mesure o&ugrave; les group\u00e9s d&rsquo;affaires en question et leurs repr\u00e9sentants au Congr\u00e8s y \u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s. Pour ce qui est du peuple am\u00e9ricain, personne n&rsquo;en saura jamais rien. L&rsquo;\u00e9lection de l&rsquo;homme qui &laquo; nous a \u00e9vit\u00e9 la guerre &raquo; et les difficult\u00e9s d&rsquo;application de la conscription semblaient indiquer que le peuple n&rsquo;aurait pas vot\u00e9 pour la guerre dans un referendum populaire. Mais M. Wilson \u00e9tait trop sage pour permettre un referendum, et le gouvernement contr\u00f4le l&rsquo;opinion publique assez efficacement pour pouvoir supprimer tout besoin de referendum. C&rsquo;est ainsi que le peuple am\u00e9ricain a encore moins voulu entrer dans la guerre que le peuple anglais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cependant, d\u00e9tail significatif, une fois entr\u00e9s en guerre, les Am\u00e9ricains se convertirent presque tous \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de la guerre sainte. Les histoires les plus absurdes d&rsquo;atrocit\u00e9s allemandes furent accept\u00e9es avec empressement. La culture germanique, jusqu&rsquo;alors respect\u00e9e, devint dans l&rsquo;esprit des Am\u00e9ricains une chose grossi\u00e8re et pervertie. Et cette haine de l&rsquo;Allemagne si facilement inspir\u00e9e continua \u00e0 laisser des traces en Am\u00e9rique longtemps apr\u00e8s qu&rsquo;elle eut \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par les Anglais.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le mythe du cher cousin<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cependant que nombre de gens admettent que la guerre mondiale a d\u00e9montr\u00e9 que les gouvernements de Londres et de Washington \u00e9taient tous deux capables de transformer une guerre inconcevable en guerre sainte, on est g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;avis que cela n&rsquo;implique en rien la possibilit\u00e9 d&rsquo;un conflit anglo-am\u00e9ricain. L&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;est pas l&rsquo;Allemagne, disent nos amis Britanniques. L&rsquo;Angleterre n&rsquo;est pas l&rsquo;Allemagne, disons-nous. C&rsquo;est l\u00e0 vouloir ignorer les v\u00e9ritables causes des guerres et plus encore la troublante ressemblance qui existe entre les relations anglo-allemandes d&rsquo;hier et les relations anglo-am\u00e9ricaines d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. M\u00eame un grand nombre de gens qui comprennent que les conflits \u00e9conomiques actuels entre l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Angleterre sont semblables \u00e0 ceux qui ont pr\u00e9cipit\u00e9 la derni\u00e8re guerre, pensent que cette rivalit\u00e9 ne peut causer un conflit arm\u00e9 \u00e0 cause des liens particuliers qui unissent les deux nations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes du m\u00eame sang, dit-on. Un langage, une litt\u00e9rature, des lois communes, et une tradition politique commune ont cr\u00e9\u00e9 un sentiment profond de compr\u00e9hension, de sympathie et de parent\u00e9. Voil\u00e0 une autre de ces charmantes notions sur la guerre qui vont \u00e0 l&rsquo;encontre de toute exp\u00e9rience. Au point de vue historique, la parent\u00e9 du sang et du langage a caus\u00e9 la guerre plus souvent que la paix. Les guerres civiles ont \u00e9t\u00e9 nombreuses. Et les guerres civiles de l&rsquo;Angleterre et de l&rsquo;Am\u00e9rique ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement irraisonn\u00e9es, cruelles et sanglantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les souvenirs de la R\u00e9volution am\u00e9ricaine ont entretenu des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique une inimiti\u00e9 active. C&rsquo;est ce qui explique en partie la facilit\u00e9 avec laquelle les gouvernements am\u00e9ricains ont pu, pendant la guerre de 1812 et la guerre de S\u00e9cession, et plus tard, r\u00e9veiller les sentiments antibritanniques dans des circonstances o&ugrave; les diff\u00e9rends r\u00e9els entre les deux pays \u00e9taient beaucoup moins s\u00e9rieux qu&rsquo;ils ne le sont aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est d&rsquo;ailleurs parfaitement inconsid\u00e9r\u00e9 de regarder les relations anglo-am\u00e9ricaines comme des relations familiales. Les &Eacute;tats-Unis ne sont plus principalement d&rsquo;origine britannique. L&rsquo;immigration a chang\u00e9 tout cela. A peine un tiers de notre population est d&rsquo;origine britannique, selon le recensement de 1920.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le creuset am\u00e9ricain a transform\u00e9 la vieille population aussi bien que la nouvelle. Si l&rsquo;on excepte quelques rares Anglophiles professionnels, il est difficile de rencontrer un Am\u00e9ricain de quelque origine et de quelque classe qu&rsquo;il soit, qui consid\u00e8re l&rsquo;Angleterre comme la m\u00e8re patrie. Et l&rsquo;Anglophile, chose assez curieuse, ou peut-\u00eatre tr\u00e8s naturelle, sera fr\u00e9quemment un super-nationaliste exigeant que nous construisions &laquo; la premi\u00e8re flotte du monde &raquo;, c&rsquo;est-\u00e0-dire une flotte sup\u00e9rieure \u00e0 la flotte anglaise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les hommes politiques et les publicistes britanniques, tr\u00e8s sensibles autrefois aux sentiments anti-anglais propag\u00e9s dans notre pays par les immigrants irlandais, semblent aujourd&rsquo;hui souvent sousestimer l&rsquo;importance du nouvel &laquo; \u00e9l\u00e9ment latinoslave dans la masse anglo-saxonne &raquo;. La cr\u00e9ation de l&rsquo;&Eacute;tat libre d&rsquo;Irlande n&rsquo;a pas sensiblement diminu\u00e9 l&rsquo;hostilit\u00e9 des Irlandais d&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Angleterre. La seule diff\u00e9rence consiste en ce que les clameurs anti-anglaises du groupe irlandais se perdent dans le fracas encore plus retentissant des clameurs prof\u00e9r\u00e9es par des groupes d&rsquo;immigrants non-britanniques plus r\u00e9cents. L&rsquo;influence anti-britannique des groupes germano-am\u00e9ricains constitue un des r\u00e9sultats les plus consid\u00e9rables de la guerre. Cette influence s&rsquo;exerce surtout dans le Middle-West.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par r\u00e9action contre leur \u00e9touffement temporaire pendant la guerre, les Germano-Am\u00e9ricains se sentent des affinit\u00e9s raciales accrues avec la R\u00e9publique allemande. Ils ont tendance \u00e0 imaginer l&rsquo;avenir des relations internationales sous l&rsquo;aspect d&rsquo;une lutte de l&rsquo;Am\u00e9rique et de l&rsquo;Allemagne contre l&rsquo;Angleterre. Ces groupes germano-am\u00e9ricains, de classe moyenne ou sup\u00e9rieure, sont appuy\u00e9s par les immigrants de l&rsquo;Europe m\u00e9ridionale ou orientale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour ces derniers, il s&rsquo;agit moins peut-\u00eatre d&rsquo;une conscience de race que d&rsquo;une conscience de classe. Leur hostilit\u00e9 imm\u00e9diate va moins \u00e0 l&rsquo;Angleterre qu&rsquo;au vieux fonds de population anglo-saxonne qui domine notre pays au point de vue social, commercial et politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette population non-britannique s&rsquo;\u00e9tant accrue jusqu&rsquo;\u00e0 constituer 63 % de la population des &Eacute;tats-Unis, il est in\u00e9vitable qu&rsquo;elle s&rsquo;efforce d&rsquo;arracher le pouvoir \u00e9conomique et politique aux anciennes classes dirigeantes. Mais il semble que la guerre et les d\u00e9veloppements de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre aient acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 cet esprit de r\u00e9volte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ce qui explique l&rsquo;attitude de M. Thompson, maire de Chicago. Les hommes politiques et les publicistes de Londres sont tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux de sourire plut\u00f4t que de s&rsquo;offenser de l&rsquo;\u00e9pisode Thompson. Mais, comme pourraient le leur dire les observateurs et les diplomates britanniques qui ont longtemps v\u00e9cu aux &Eacute;tats-Unis, le sourire seul est impuissant contre le mouvement Thompson. Car c&rsquo;est un mouvement. Un mouvement qui repr\u00e9sente une des \u00e9volutions les plus fondamentales de notre vie politique et sociale. On le retrouve dans tous les grands probl\u00e8mes am\u00e9ricains, que ce soit l&rsquo;organisation des masses ouvri\u00e8res, la criminalit\u00e9, la prohibition, le Ku-Klux-Klan ou la politique \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M. William Hale Thompson, loin d&rsquo;\u00eatre le bouffon qu&rsquo;on se repr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, est l&rsquo;un des plus habiles politiciens am\u00e9ricains. C&rsquo;est un homme d&rsquo;origine anglo-saxonne, sortant d&rsquo;un milieu cultiv\u00e9, et cultiv\u00e9 lui-m\u00eame. Mais c&rsquo;est un politicien. Il a d\u00e9montr\u00e9 que le plus s&ucirc;r moyen d&rsquo;acqu\u00e9rir des suffrages dans la seconde ville des &Eacute;tats-Unis est de mener une campagne de haine sans scrupules contre l&rsquo;Angleterre. Cette campagne lui a permis de rester en fonctions malgr\u00e9 l&rsquo;opposition combin\u00e9e de la grande presse de la ville et de la nation, et malgr\u00e9 que, sous son administration, les crimes se soient multipli\u00e9s dans la ville dans une proportion sans exemple dans l&rsquo;histoire des villes am\u00e9ricaines, dirig\u00e9es par les trafiquants politiques. De m\u00eame que tous les \u00e9difices pourris finissent par tomber de leur hauteur, l&rsquo;administration de Thompson s&rsquo;est \u00e9croul\u00e9e. Mais les forces anti-britanniques qui l&rsquo;avaient \u00e9lev\u00e9 au pouvoir ne se sont pas \u00e9croul\u00e9es avec lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un plus bel exemple nous est fourni par Alfred E. Smith, qui, d&rsquo;apr\u00e8s le t\u00e9moignage de ses adversaires politiques, est l&rsquo;un des hommes publics les plus capables et les plus honorables de l&rsquo;Am\u00e9rique. Il est certainement l&rsquo;un des plus populaires. Bien qu&rsquo;il f&ucirc;t un candidat de la minorit\u00e9 et un catholique &laquo; humide &raquo; dans un pays protestant et prohibitionniste, il re\u00e7ut en 1928 le plus grand nombre de voix qu&rsquo;aucun candidat d\u00e9mocrate \u00e0 la pr\u00e9sidence ait jamais re\u00e7u. Il est le repr\u00e9sentant et l&rsquo;idole de la classe d&rsquo;immigrants dont il fait partie. Toutes les voix des r\u00e9gions peupl\u00e9es d&rsquo;immigrants lui furent acquises presque sans exception. Smith, comme Lincoln et Bryan jadis, repr\u00e9sente le groupe qui lutte aujourd&rsquo;hui pour arracher le pouvoir \u00e0 une classe dirigeante plus ancienne. Ce groupe est anti-britannique. Il suit un William Hale Thompson si un Al Smith ne se met pas \u00e0 sa t\u00eate.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les hommes politiques am\u00e9ricains sont g\u00e9n\u00e9ralement conscients de cette situation. En 1920, le parti r\u00e9publicain, afin de d\u00e9loger les d\u00e9mocrates, fit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment appel aux sentiments anti-internationalistes du public, de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 ses sentiments anti-britanniques, car ce fut le sentiment antibritannique qui aida les &Eacute;tats-Unis \u00e0 \u00e9viter d&rsquo;entrer dans la S. D. i17. La m\u00eame strat\u00e9gie fut employ\u00e9e en 1928 par la majorit\u00e9 des politiciens r\u00e9publicains pendant leur opposition \u00e0 M. Hoover durant la campagne qui pr\u00e9c\u00e9da le Congr\u00e8s r\u00e9publicain. Ils savaient que le moyen de propagande le plus efficace dont ils disposaient contre lui \u00e9taient de l&rsquo;accuser d&rsquo;anglophobie. Ils soulign\u00e8rent qu&rsquo;il avait longtemps v\u00e9cu en Angleterre. Hoover est une des rares grandes figures nationales dont l&rsquo;autorit\u00e9 ait r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 une telle accusation. La raison en est peut-\u00eatre dans sa croisade anti-britannique contre le monopole du caoutchouc. De toute fa\u00e7on il est clair que les politiciens d\u00e9mocrates et r\u00e9publicains, y compris M. Hoover, sont loin de sousestimer la puissance de l&rsquo;opinion anti-britannique des immigrants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est incontestable que la minorit\u00e9 anglo-saxonne domine encore notre pays, tant politiquement qu&rsquo;intellectuellement et \u00e9conomiquement. Mais cette minorit\u00e9 est loin d&rsquo;\u00eatre aussi favorable \u00e0 l&rsquo;Angleterre que pourraient le faire croire certaines d\u00e9clarations isol\u00e9es. Elle s&rsquo;offense de ce qu&rsquo;elle consid\u00e8re comme l&rsquo;attitude condescendante et protectrice des Anglais, &mdash; p\u00e9ch\u00e9 impardonnable aux yeux d&rsquo;une classe qui consid\u00e8re comme son privil\u00e8ge exclusif de se montrer condescendante et protectrice \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des autres. Dans le monde des professions lib\u00e9rales, les influences \u00e9trang\u00e8res sont plut\u00f4t continentales que britanniques. Dans l&rsquo;arm\u00e9e, la marine et la diplomatie on aime peu les Anglais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si jamais notre parent\u00e9 tant vant\u00e9e e&ucirc;t d&ucirc; produire e l&rsquo;amiti\u00e9, c&rsquo;e&ucirc;t d&ucirc; \u00eatre pendant la guerre. Mais l&rsquo;alliance officielle de cette \u00e9poque ne se traduisit pas par une sympathie : des troupes am\u00e9ricaines pour les Anglais. Aujourd&rsquo;hui, les anciens soldats am\u00e9ricains sont loin de retourner en foule en Angleterre pour y retrouver de bons souvenirs. En fait, le petit nombre de touristes am\u00e9ricains qui vont en Angleterre indique le peu de sympathie qui existe entre les deux pays.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les violentes attaques anti-anglaises auxquelles se sont livr\u00e9es les s\u00e9nateurs Blaine et James Beed dans l&rsquo;hiver de 1928-29, lors des d\u00e9bats sur le pacte Kellog et le bill des croiseurs, ne font que repr\u00e9senter avec un peu d&rsquo;exag\u00e9ration les opinions exprim\u00e9es par l&rsquo;homme de la rue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si jamais le gouvernement de Washington veut transformer en haine l&rsquo;amiti\u00e9 plut\u00f4t ti\u00e8de ou la franche hostilit\u00e9 de nombreux Am\u00e9ricains \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Angleterre, &mdash; comme on l&rsquo;a fait pour l&rsquo;Allemagne &mdash; rien ne dit que cette t\u00e2che sera difficile \u00e0 accomplir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a trop de squelettes dans l&rsquo;armoire britannique. Et un bon nombre d&rsquo;entre eux ne sont m\u00eame pas dissimul\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;armoire. Il y a l&rsquo;Inde ; il y a le syst\u00e8me du Mui Tsai (esclavage des enfants) dans le Hong-Kong britannique, et le travail forc\u00e9 dans l&rsquo;Afrique britannique. Il y a le sabotage britannique des r\u00e9formes propos\u00e9es \u00e0 Gen\u00e8ve par l&rsquo;Am\u00e9rique pour le contr\u00f4le international de la production et du trafic des stup\u00e9fiants. Il y a l&rsquo;&Eacute;gypte. Il y a la politique britannique d&rsquo;exclusion \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des compagnies p\u00e9troli\u00e8res am\u00e9ricaines, l&rsquo;activit\u00e9 britannique dans la r\u00e9gion du Canal de Panama, les mesures d&rsquo;exception contre les actionnaires am\u00e9ricains dans les soci\u00e9t\u00e9s britanniques. Il y a l&rsquo;imp\u00e9rialisme qui, pour beaucoup d&rsquo;Am\u00e9ricains si ce n&rsquo;est pour la majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux, signifie la politique de l&rsquo;Empire britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Am\u00e9ricains connaissent mieux les d\u00e9fauts de la politique britannique que ses m\u00e9rites. C&rsquo;est l\u00e0 certainement une des raisons de leur peu de sympathie pour l&rsquo;Angleterre. Elle heurte trop souvent leur sens de la justice et du &laquo; fair play &raquo; dans son attitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des faibles. Et les Am\u00e9ricains, &mdash; dont les facult\u00e9s d&rsquo;hypocrisie puritaine n&rsquo;ont nulle part au monde leurs \u00e9gales, si ce n&rsquo;est peut-\u00eatre, en Angleterre &mdash; ne peuvent pas respecter une nation qui traite des peuples sans d\u00e9fense comme nous traitons les Ha\u00eftiens, les Nicaraguiens et d&rsquo;autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a aussi la question de la prohibition. La bigoterie des extr\u00e9mistes &laquo; secs &raquo;, qui cr\u00e9e un probl\u00e8me int\u00e9rieur si s\u00e9rieux chez nous, sert aussi \u00e0 envenimer nos relations ext\u00e9rieures. On fait grand cas de la contrebande britannique de l&rsquo;alcool. On se montre peu reconnaissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du gouvernement britannique qui a pris, aux Bermudes et ailleurs, des mesures extraordinaires pour coop\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;application d&rsquo;une loi que la plupart des citoyens qui y sont soumis d\u00e9sapprouvent; on n&rsquo;appr\u00e9cie pas non plus la r\u00e9serve montr\u00e9e par le public et la presse britanniques, alors que, comme ce fut le cas pour le &laquo; S&rsquo;m&rsquo;Alone &raquo;, les gardes-c\u00f4tes am\u00e9ricains coulent des navires battant pavillon britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela ne veut pas dire que l&rsquo;hostilit\u00e9 latente n&rsquo;existe que d&rsquo;un seul c\u00f4t\u00e9. Les Anglais nous rendent la pareille. M\u00eame dans cette p\u00e9riode d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, pendant laquelle la plupart des journaux et des personnalit\u00e9s officielles britanniques ont fait de si grands efforts pour manifester une attitude d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pro-am\u00e9ricaine, on peut relever des preuves constantes de cette attitude inconsciente de condescendance qui offense les Am\u00e9ricains plus que toute autre chose. De temps en temps, le pro-am\u00e9ricanisme officiel s&rsquo;efface, comme par exemple en 1928, lorsqu&rsquo;en r\u00e9ponse \u00e0 la provocation du discours prononc\u00e9 par Coolidge le jour de l&rsquo;armistice, le nom du pr\u00e9sident am\u00e9ricain fut hu\u00e9 \u00e0 la Chambre des Communes. Disons en passant que cet \u00e9pisode, \u00e0 part quelques exceptions, ne fut pas rapport\u00e9 dans la presse anglaise ou am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans son livre, &laquo; British American-Relations &raquo;, M. J. D. Whelpley s&rsquo;appuie sur de nombreuses ann\u00e9es d&rsquo;observation amicale des sentiments publics et priv\u00e9s en Angleterre pour d\u00e9clarer que l&rsquo;opinion des Anglais sur les Am\u00e9ricains &laquo;  n&rsquo;est pas aussi favorable que l&rsquo;opinion des Am\u00e9ricains sur les Anglais. L&rsquo;attitude de la nation britannique, ainsi que de l&rsquo;Anglais isol\u00e9, a quelque chose d&rsquo;immuable. On peut peut-\u00eatre la d\u00e9finir comme une antipathie tol\u00e9rante, encore que le terme d&rsquo;antipathie soit peut-\u00eatre un peu fort. Par moments ce sentiment remonte \u00e0 la surface, et d&rsquo;autres fois il est submerg\u00e9 par les impressions du moment, mais il existe toujours, et prend g\u00e9n\u00e9ralement la forme d&rsquo;une vague m\u00e9fiance sur les intentions am\u00e9ricaines, d&rsquo;une incertitude sur ce que sera la prochaine manifestation de l&rsquo;activit\u00e9 am\u00e9ricaine, et d&rsquo;un manque de sympathie pour l&rsquo;agitation et le d\u00e9faut de retenue qui caract\u00e9risent la vie am\u00e9ricaine. On met une certaine condescendance \u00e0 approuver un Am\u00e9ricain quand l&rsquo;occasion s&rsquo;en pr\u00e9sente. On appr\u00e9cie l&rsquo;\u00e9nergie, les forces, la vitalit\u00e9 et. l&rsquo;oeuvre am\u00e9ricaines. Mais on sousestime toujours les forces spirituelles en couvre en Am\u00e9rique, et on surestime l&rsquo;importance accord\u00e9e chez nous aux choses mat\u00e9rielles. &raquo; Cette derni\u00e8re phrase de M. Whelpley ressemble d&rsquo;une fa\u00e7on troublante \u00e0 la description de l&rsquo;attitude g\u00e9n\u00e9rale des Anglais \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Allemands avant la guerre. La plupart des observateurs, qu&rsquo;ils soient Am\u00e9ricains, Anglais ou autres, trouvent la m\u00eame antipathie, ou pire encore, dans l&rsquo;attitude des Anglais \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Am\u00e9ricains. Voici quelques exemples pris au hasard :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M. C. E. M. Joad, professeur anglais de philosophie et auteur de &laquo; The Babbit Warren &raquo;, nous dit : &laquo; C&rsquo;est peut-\u00eatre parce qu&rsquo;ils appr\u00e9hendent obscur\u00e9ment ce sort pour l&rsquo;Angleterre, parce qu&rsquo;ils craignent qu&rsquo;elle deviendra le jouet et l&rsquo;amusette des riches grossiers d&rsquo;outre-mer, que sa culture sera perdue, sa beaut\u00e9 d\u00e9truite, et son peuple devenu un peuple de parasites, que les Anglais n&rsquo;aiment pas l&rsquo;Am\u00e9rique. &raquo; Mais la plupart des observateurs insistent sur les c\u00f4t\u00e9s politiques de la question. Le colonel House \u00e9crit au pr\u00e9sident Wilson en 1919 : &laquo; Presque aussit\u00f4t que je fus arriv\u00e9 en Angleterre, je remarquai un antagonisme contre les &Eacute;tats-Unis&#8230; Les relations entre les deux pays sont en train de rev\u00eatir les m\u00eames caract\u00e8res que les relations entre l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Allemagne avant la guerre. Par son industrie et son organisation, l&rsquo;Allemagne \u00e9tait en train de devenir la premi\u00e8re puissance du monde, mais elle perdit tout par son arrogance et la maladresse de ses hommes d&rsquo;&Eacute;tat. Sera-ce l&rsquo;Angleterre ou l&rsquo;Am\u00e9rique qui commettra cette b\u00e9vue colossale ? &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M. Samuel Samuel, membre du Parlement et de la Royal Dutch-Shell, d\u00e9clara r\u00e9cemment en public \u00e0 Londres : &laquo;  Nous ne pouvons pas nous fier aux &Eacute;tats-Unis, ils essayent de dominer l&rsquo;Angleterre. &raquo; Le Doyen de Saint-Paul, dans son livre &laquo; England &raquo;, dit : &laquo; Si le pavillon britannique disparaissait du continent nord-am\u00e9ricain, il est plus que probable que les nations de l&rsquo;Europe, mises en fureur par la prosp\u00e9rit\u00e9 bouffie et par les airs de sup\u00e9riorit\u00e9 de &laquo; l&rsquo;homme qui a gagn\u00e9 la guerre &raquo;, s&rsquo;uniraient pour arracher ses dents au Shylock ; et la Grande-Bretagne, si elle avait perdu le Canada, n&rsquo;aurait plus aucune raison d&rsquo;aider une nation qui, en l&rsquo;occurrence, aurait d\u00e9finitivement failli \u00e0 son amiti\u00e9. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&Eacute;coutons M. Bertrand Russel, dans ses &laquo; Prospects of Industrial Civilisation &raquo; : &laquo; Il est \u00e9vident que la prochaine puissance qui revendiquera l&#8217;empire du monde sera l&rsquo;Am\u00e9rique. Il se peut que l&rsquo;Am\u00e9rique ne d\u00e9sire pas encore consciemment cette situation, mais aucune nation pourvue de ressources suffisantes ne r\u00e9sistera longtemps \u00e0 la tentation. Et les ressources de l&rsquo;Am\u00e9rique se pr\u00eatent plus que celles de tout autre pays \u00e0 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie mondiale. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Commentant la circonstance dans laquelle des membres de la Chambre des Communes hu\u00e8rent le nom du pr\u00e9sident Coolidge \u00e0 propos de son discours de l&rsquo;armistice en 1928, M. John L. Balderston c\u00e2bla de Londres au <em>New York World<\/em> : &laquo; Bien que je sois correspondant de Presse ici depuis quatorze ans, j&rsquo;ai trouv\u00e9 cette semaine une Angleterre qui m&rsquo;\u00e9tait inconnue, une Angleterre dont les sentiments (tout au moins ceux des milieux dirigeants) sont extr\u00eamement difficiles \u00e0 expliquer. Il semble que la d\u00e9claration de Coolidge, bien qu&rsquo;isol\u00e9e, inaugure une nouvelle difficult\u00e9 et peut-\u00eatre une \u00e8re dangereuse dans les relations anglo-am\u00e9ricaines. &raquo; Le m\u00eame jour, le <em>Times<\/em>, de Londres, habituellement prudent, imprima en gros caract\u00e8res \u00e0 la t\u00eate de sa colonne de correspondance, qui est habituellement r\u00e9serv\u00e9e aux contributions en accord avec la tendance du journal, une communication accusant les &Eacute;tats-Unis d&rsquo;avoir, \u00e0 la Conf\u00e9rence de&rsquo;Washington, dup\u00e9 l&rsquo;Angleterre en obtenant qu&rsquo;elle m&icirc;t au rebut des navires de guerre neufs et en bonne condition, en \u00e9change de navires am\u00e9ricains de valeur douteuse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M. Frank H. Simonds, un des observateurs am\u00e9ricains \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger les mieux inform\u00e9s, trouve que : &laquo; Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, on pensait unanimement, tant aux &Eacute;tats-Unis qu&rsquo;en Angleterre, qu&rsquo;une guerre anglo-am\u00e9ricaine \u00e9tait inconcevable. Aujourd&rsquo;hui, cependant, nous sommes en pr\u00e9sence de ce fait qu&rsquo;en Angleterre et sur le continent on craint de plus en plus que l&rsquo;inconcevable ne devienne une menace tr\u00e8s r\u00e9elle et absolument in\u00e9vitable. L&rsquo;Europe, qui a une longue et douloureuse exp\u00e9rience de la lecture des signes qui annoncent les temp\u00eates internationales; commence \u00e0 interpr\u00e9ter les nouveaux signes de la fa\u00e7on habituelle. &raquo; Il est facile de v\u00e9rifier ce que M. Simonds dit de l&rsquo;opinion en Europe. On manda par exemple de Rome au <em>New York Times<\/em> le 14 novembre 1928 que &laquo; presque tous les journaux consid\u00e8rent que le discours de Coolidge au jour de l&rsquo;armistice annonce une lutte gigantesque entre l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Angleterre pour la domination du monde &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le s\u00e9nateur Henri de Jouvenel, ancien d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 fran\u00e7ais \u00e0 la S. D. N., d\u00e9clara \u00e0 la Conf\u00e9rence sur les Dangers de guerre de Londres en 1927, qu&rsquo;il y aurait une autre guerre mondiale en 1935, et ajouta : &laquo; Si nous voyons une autre guerre europ\u00e9enne, les &Eacute;tats-Unis ne seront pas du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 que l&rsquo;Angleterre. &raquo; &Eacute;coutons encore Vorochilov, commissaire \u00e0 la Guerre du gouvernement sovi\u00e9tique : &laquo; Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00eatre particuli\u00e8rement pr\u00e9voyant ni d&rsquo;\u00eatre un bolchevik en politique pour se rendre compte qu&rsquo;\u00e0 la longue seul un conflit arm\u00e9 pourra r\u00e9soudre les diff\u00e9rends aggrav\u00e9s qui existent entre l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Am\u00e9rique. Ce choc formidable d\u00e9passera en horreur tous les massacres sanglants de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. &raquo; Le g\u00e9n\u00e9ral Ludendorf pense qu&rsquo;une telle guerre, non seulement est possible mais encore &laquo; plus possible qu&rsquo;une guerre ne semblait possible il y a quelques ann\u00e9es entre l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Allemagne. Car il y a incontestablement, entre l&rsquo;Am\u00e9rique et l&rsquo;Angleterre, des int\u00e9r\u00eats et des politiques contradictoires &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le lieut.-commandant J. M. Kenworthy dit : &laquo; Le danger d&rsquo;un conflit anglo-am\u00e9ricain est aussi r\u00e9el que l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 le danger de guerre entre l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Allemagne en 1905. Nous allons tout droit \u00e0 une trag\u00e9die semblable \u00e0 celle de 1914. &raquo; Le mar\u00e9chal Robertson, ancien chef de l&rsquo;\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral britannique, compare franchement les &Eacute;tats-Unis \u00e0 la Prusse de 1914. Il d\u00e9clara le 5 d\u00e9cembre 1928, dans un discours fait \u00e0 l&rsquo;Union pour la S. D. N. \u00e0 Londres : &laquo; L&rsquo;Am\u00e9rique, influenc\u00e9e par des tendances imp\u00e9rialistes, a \u00e9videmment l&rsquo;intention de continuer quoiqu&rsquo;il arrive \u00e0 renforcer sa marine, et ses d\u00e9clarations officielles sur la question des armements ressemblent fr\u00e9quemment aux r\u00e9clamations que nous entendions en Allemagne avant 1914. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces opinions sont confirm\u00e9es par les plus hautes autorit\u00e9s politiques britanniques. M. Stanley Baldwin, leader du parti conservateur, a d\u00e9clar\u00e9 alors qu&rsquo;il \u00e9tait encore premier ministre : &laquo; Le pr\u00e9sident Coolidge a raison. Il n&rsquo;y a pas de compr\u00e9hension mutuelle entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Am\u00e9rique, et je le regrette profond\u00e9ment&#8230; &raquo; M. Lloyd George a dit : &laquo; Je suis franchement alarm\u00e9 au sujet de nos relations avec l&rsquo;Am\u00e9rique. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M. Mac Donald a d\u00e9clar\u00e9 &mdash; naturellement avant de prendre le pouvoir : &laquo; Les relations entre les &Eacute;tats-Unis et l&rsquo;Angleterre sont de plus en plus malheureuses. On constitue les habituels comit\u00e9s d&rsquo;amiti\u00e9, pr\u00e9sage inqui\u00e9tant, et on lance les signaux de d\u00e9tresse habituels d&rsquo;une foi chancelante &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est vrai qu&rsquo;un certain nombre des opinions cit\u00e9es plus haut ont \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9es par les discours de Coolidge, et que par ailleurs les conversations entre Hoover et Mac Donald en 1929 ont provoqu\u00e9 des d\u00e9clarations plus amicales des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique. Mais de m\u00eame que la vieille antipathie anglo-am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9e et non cr\u00e9\u00e9e par Coolidge, de m\u00eame les causes de frictions ne sont pas supprim\u00e9es par les proph\u00e9ties d&rsquo;amiti\u00e9 \u00e9ternelle faites \u00e0 l&rsquo;occasion de la visite de M. Mac Donald \u00e0 Washington. Les raisons des conflits \u00e9conomiques et des guerres sont trop profondes pour pouvoir \u00eatre jug\u00e9es d&rsquo;apr\u00e8s les vagues superficielles de sentiment populaire pouss\u00e9es par des vents de propagande favorables ou d\u00e9favorables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au milieu des n\u00e9gociations d&rsquo;amiti\u00e9 entre Hoover et Mac Donald, le gouvernement de Mac Donald, officiellement et ouvertement, livrait deux batailles commerciales aux &Eacute;tats-Unis, et l&rsquo;administration de Hoover, tout aussi officiellement, essayait de faire passer au Congr\u00e8s une nouvelle loi douani\u00e8re dans l&rsquo;intention arr\u00eat\u00e9e d&rsquo;interdire \u00e0 de nombreux produits anglais l&rsquo;entr\u00e9e des &Eacute;tats-Unis. Le gouvernement Mac Donald envoya M. d&rsquo;Abernon en mission officielle aupr\u00e8s du gouvernement argentin et obtint ainsi un accord donnant \u00e0 l&rsquo;Angleterre des millions d&rsquo;affaires qui allaient auparavant aux &Eacute;tats-Unis, et que M. Hoover esp\u00e9rait garder par son voyage en Argentine, quelques mois auparavant. Cependant que M. Mac Donald s&rsquo;approchait de New-York pour aller rendre visite au Pr\u00e9sident, son coll\u00e8gue M. J. H. Thomas se vantait d&rsquo;avoir enlev\u00e9 aux &Eacute;tats-Unis une grande partie de leurs affaires de charbon et d&rsquo;acier avec le Canada.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui ne signifie pas que Hoover et Mac Donald se soient montr\u00e9s hypocrites. Cela signifie que parfois la guerre \u00e9conomique s&rsquo;intensifie avec une force qui entra&icirc;ne malgr\u00e9 eux les premiers ministres et les pr\u00e9sidents. Comme M. Mac Donald l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 &mdash; en dehors de ses tourn\u00e9es d&rsquo;amiti\u00e9  &mdash; l&rsquo;Angleterre doit augmenter ses exportations afin de survivre. Comme M. Hoover l&rsquo;a expliqu\u00e9 &mdash; quand il n&rsquo;\u00e9tait pas un h\u00f4te d&rsquo;amiti\u00e9 &mdash; notre prosp\u00e9rit\u00e9 ne continuera que si les march\u00e9s \u00e9trangers continuent \u00e0 absorber nos 10 % de surproduction industrielle. Maintenant il se trouve que le march\u00e9 canadien, visit\u00e9 par le gouvernement Mac Donald, est le plus important de nos march\u00e9 ext\u00e9rieurs, et que le march\u00e9 argentin est le plus grand de nos march\u00e9s en Am\u00e9rique latine. Il se trouve aussi que ces march\u00e9s sont \u00e0 nous surtout parce que nous les avons pris aux Anglais, et ils resteront \u00e0 nous aussi longtemps que nous emp\u00eacherons les Anglais de nous les reprendre. Tout cela n&rsquo;est qu&rsquo;un petit front de la lutte \u00e9conomique mondiale anglo-am\u00e9ricaine, et cela d\u00e9passe de tr\u00e8s loin l&rsquo;essai de tr\u00eave navale Hoover-Mac Donald.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Chut&#8230; Chut&#8230;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le conflit \u00e9conomique anglo-am\u00e9ricain existe, et on sait par l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;histoire que des conflits de ce genre ont le plus souvent d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en guerres. Devant ces faits, le public prend l&rsquo;une des deux attitudes suivantes : ou bien il nie obstin\u00e9ment et sans discussion, ou bien il garde un silence absolu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re attitude est g\u00e9n\u00e9ralement celle des orateurs aux banquets anglo-am\u00e9ricains et autres c\u00e9r\u00e9monies du m\u00eame genre. C&rsquo;est ainsi que M. Charles Evans Hughes, qui a personnellement particip\u00e9 au conflit comme secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat et comme repr\u00e9sentant des int\u00e9r\u00eats p\u00e9troliers am\u00e9ricains, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la Pilgrim Society de Londres en \u00e9t\u00e9 1929 : &laquo; Notre amiti\u00e9 n&rsquo;est heureusement menac\u00e9e par aucun diff\u00e9rend. &raquo; Tel est naturellement le langage de presque tous les diplomates des deux gouvernements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;autre attitude est le silence. Et cette attitude est malheureusement adopt\u00e9e, dans les deux pays, par un grand nombre de brillants avocats de la paix qui pensent que le meilleur moyen de r\u00e9gler les conflits est de les tenir secrets ou \u00e0 moiti\u00e9 secrets. Cette doctrine est en contradiction, non seulement avec l&rsquo;id\u00e9al de diplomatie publique de ceux qui la professent, mais encore avec l&rsquo;essence m\u00eame du r\u00e9gime de repr\u00e9sentation parlementaire qui est celui des deux pays en cause.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien plus, elle produit g\u00e9n\u00e9ralement des effets radicalement oppos\u00e9s \u00e0 ceux qu&rsquo;en attendent les avocats de la paix. On ne peut pas fermer la bouche \u00e0 la propagande belliciste. On n&rsquo;arrive qu&rsquo;\u00e0 fermer la bouche \u00e0 la discussion libre et intelligente. On l&rsquo;a bien vu dans le cas des dettes de guerre et dans celui du monopole du caoutchouc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En ce qui concerne les dettes, les Anglais auraient beaucoup moins d&rsquo;amertume \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du &laquo; Shylock &raquo; am\u00e9ricain s&rsquo;ils comprenaient la situation qui conditionne la politique am\u00e9ricaine. D&rsquo;autre part, les Am\u00e9ricains ne refuseraient pas d&rsquo;annuler la totalit\u00e9 de la dette s&rsquo;ils comprenaient les besoins \u00e9conomiques de l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;un r\u00e8glement int\u00e9gral. L\u00e0 encore, les gens qui pr\u00e9conisent l&rsquo;am\u00e9lioration des relations anglo-am\u00e9ricaines ne font que de beaux discours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Anglais amis de la paix, sans parler des amis de l&rsquo;Am\u00e9rique, ne montrent pas \u00e0 leurs compatriotes le point de vue am\u00e9ricain sur la question. Le public anglais n&rsquo;est donc en possession que d&rsquo;une demi-v\u00e9rit\u00e9 et ne peut pas \u00eatre \u00e9clair\u00e9 \u00e0 ce sujet. D&rsquo;autre part, les Am\u00e9ricains anglophiles s&rsquo;abstiennent de justifier aux yeux du public de notre pays les raisons qu&rsquo;il pourrait y avoir \u00e0 annuler les dettes, et gardent le silence chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;agit de d\u00e9fendre pratiquement la th\u00e8se britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En examinant l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre toutes les controverses anglo-am\u00e9ricaines, on pourrait faire la preuve que le silence des pacifistes a contribu\u00e9 \u00e0 aggraver les malentendus. Les conflits \u00e9conomiques internationaux n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus par le fait que les gens ont refus\u00e9 d&rsquo;en reconna&icirc;tre l&rsquo;existence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si les peuples d&rsquo;Europe avaient compris que les causes qui poussent leurs nations \u00e2 la guerre n&rsquo;\u00e9taient pas avant tout des conflits spirituels entre les Huns et les &Eacute;lus du Seigneur, mais des luttes \u00e9conomiques pour le fer, le charbon, le p\u00e9trole, pour les mati\u00e8res premi\u00e8res coloniales, pour les exc\u00e9dents de population et les d\u00e9bouch\u00e9s, pour la ma&icirc;trise de la mer, etc., auraient-ils consenti \u00e0 se battre ? Peut-\u00eatre. Mais seule la connaissance par le public de ces causes et de ces buis de guerre pourrait emp\u00eacher une guerre anglo-am\u00e9ricaine. Les autres garanties de paix ne sont rien aupr\u00e8s de cette assurance-l\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Malheureusement la plupart des mouvements pacifistes, en Am\u00e9rique et Angleterre, s&rsquo;appuient sur des garanties toutes autres que la compr\u00e9hension mutuelle et le r\u00e8glement des conflits \u00e9conomiques. Ils cultivent les utopies des trait\u00e9s, des tr\u00eaves navales et autres soi-disant d\u00e9sarmements. Certes, aucun homme intelligent ne saurait sousestimer 1a valeur des (trait\u00e9s qui r\u00e8glent temporairement les conflits politiques ou navals qui sont la cons\u00e9quence des conflits \u00e9conomiques. Mais ces trait\u00e9s ne suppriment en aucune fa\u00e7on la v\u00e9ritable cause des conflits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les trait\u00e9s ne suffisent pas, m\u00eame un trait\u00e9 d&rsquo;arbitrage sans r\u00e9serves, dont le besoin se fait fortement sentir. L&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Am\u00e9rique, tout autant que l&rsquo;Allemagne, ont viol\u00e9 des conventions et des trait\u00e9s, et en violeront encore. La r\u00e9duction des armements est une bonne chose. Quand les hommes sont arm\u00e9s ils se battent. Mais ils se battent aussi sans y \u00eatre pr\u00e9par\u00e9s, comme l&rsquo;Am\u00e9rique en 1917. Ils se battent chaque fois que la classe dirigeante a un int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00e0 leur faire croire qu&rsquo;une guerre inconcevable est une guerre sainte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si jamais les peuples refusent de combattre, s&rsquo;ils refusent de croire \u00e0 la propagande de mensonges des gouvernements, si jamais ils d\u00e9cident que les fautes de l&rsquo; &laquo; ennemi &raquo; ne peuvent \u00eatre corrig\u00e9es sur le champ de bataille, ce sera parce qu&rsquo;ils comprendront la nature du conflit. Ceux qui pr\u00eachent que la guerre entre les &Eacute;tats-Unis et l&rsquo;Angleterre est inconcevable et qui gardent le silence sur le conflit \u00e9conomique actuel entre les deux pays sont en possession d&rsquo;une demi-v\u00e9rit\u00e9 extr\u00eamement dangereuse. Ils voient que le seul espoir est dans l&rsquo;opinion publique. Mais ils ne voient pas qu&rsquo;une opinion publique mal inform\u00e9e et inintelligente constitue un grave danger.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le danger de guerre existe. Une lutte farouche se livre pour des d\u00e9bouch\u00e9s, des mati\u00e8res premi\u00e8res, pour la supr\u00e9matie financi\u00e8re. Mais cette lutte ne constitue pas le danger le plus grave Le danger de guerre existe. Une lutte farouche se livre pour des d\u00e9bouch\u00e9s, des mati\u00e8res premi\u00e8res, pour la supr\u00e9matie financi\u00e8re. Mais cette lutte ne constitue pas le danger le plus grave Le danger est dans l&rsquo;ignorance des peuples. Ils croient que les conflits internationaux peuvent \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s par des arm\u00e9es et des marines. Ils croient encore qu&rsquo;on peut &laquo; gagner &raquo; une guerre. [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Conclusion<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il y a cinquante ans, Gladstone d\u00e9clara proph\u00e9tiquement : &laquo; L&rsquo;Am\u00e9rique seule pourra un jour nous arracher notre supr\u00e9matie commerciale, et elle le fera probablement. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui cette proph\u00e9tie est devenue une r\u00e9alit\u00e9. Il est impossible de nier que les empires \u00e9conomiques anglais et am\u00e9ricain sont des rivaux en guerre. Et tous les discours pacifiques n&#8217;emp\u00eacheront pas cette guerre \u00e9conomique de constituer un danger de guerre par les armes ; il n&rsquo;y a pas place dans le monde pour deux empires comme l&rsquo;Empire britannique et l&rsquo;Empire am\u00e9ricain. Ou bien l&rsquo;Angleterre s&rsquo;inclinera pacifiquement devant la sup\u00e9riorit\u00e9 am\u00e9ricaine, ou bien elle y sera contrainte par les armes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les conditions qui ont fait jadis la force de l&rsquo;Angleterre font aujourd&rsquo;hui sa faiblesse. Son isolement g\u00e9ographique n&rsquo;existe plus; les pays autrefois d\u00e9pendants de son industrie et de son or ont atteint leur majorit\u00e9 \u00e9conomique ; \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, c&rsquo;est la d\u00e9cr\u00e9pitude industrielle, la mis\u00e8re et le d\u00e9sordre. Les dominions ne sont plus des dominions. Les colonies sont en r\u00e9volte. Les jours de la puissance anglaise sont compt\u00e9s. Son g\u00e9nie est d&rsquo;avoir construit le plus riche des empires malgr\u00e9 une telle pauvret\u00e9 de ressources 1 Sa destin\u00e9 est de voir son empire c\u00e9der le pas \u00e0 une nation plus riche, plus \u00e9nergique et plus jeune.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Angleterre contre l&rsquo;Am\u00e9rique. Une pauvre petite &icirc;le sans d\u00e9fense, contre un continent gard\u00e9 par deux oc\u00e9ans. Une &icirc;le incapable de se v\u00eatir et de se nourrir elle-m\u00eame. L&rsquo;Angleterre est surpeupl\u00e9e. L&rsquo;Am\u00e9rique a une population \u00e9quilibr\u00e9e. L&rsquo;Angleterre n&rsquo;a pas assez de nourriture. L&rsquo;Am\u00e9rique en a trop. L&rsquo;Angleterre a l&rsquo;agitation sociale. L&rsquo;Am\u00e9rique a la paix industrielle. L&rsquo;Angleterre a des r\u00e9serves de charbon qui s&rsquo;\u00e9puisent. L&rsquo;Am\u00e9rique a du charbon en abondance, et les deux sources d&rsquo;\u00e9nergie de l&rsquo;avenir, le p\u00e9trole et la houille blanche. L&rsquo;Angleterre n&rsquo;a pas de mati\u00e8res premi\u00e8res. L&rsquo;Am\u00e9rique en a un grand nombre. L&rsquo;Angleterre a un outillage et une technique d\u00e9suets. La technique am\u00e9ricaine est la premi\u00e8re du monde. L&rsquo;Angleterre perd les march\u00e9s mondiaux. L&rsquo;Am\u00e9rique les conquiert. La puissance maritime de l&rsquo;Angleterre d\u00e9cline ; celle de l&rsquo;Am\u00e9rique augmente. L&rsquo;Angleterre est sur la d\u00e9fensive. L&rsquo;Am\u00e9rique attaque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Am\u00e9rique a aussi des avantages moraux. Elle a le sentiment de la victoire. Elle sent &laquo; son heure &raquo; arriv\u00e9e. Les autres pays le croient aussi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;am\u00e9ricanisation de l&rsquo;Europe et du monde avance. Les nations sont fascin\u00e9es par l&rsquo;\u00e9clat du vainqueur, parfois tout en le d\u00e9testant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Am\u00e9ricains ne doutent de rien. Ils sont s&ucirc;rs d&rsquo;\u00eatre le peuple \u00e9lu. Nous appelons notre pays &laquo; God&rsquo;s country  &raquo;, le pays de Dieu. Les affaires sont pour nous comme une religion dont nos dirigeants sont les pr\u00eatres. Ce sont aussi des po\u00e8tes : citons M. Julius Klein, sous-secr\u00e9taire au Commerce :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; On entend le joyeux carillon des caisses automatiques am\u00e9ricaines dans les boutiques de Johannesburg et de Kharbine. Dans la Chine du Sud, les paysans font cuire leur nourriture dans de vieux bidons d&rsquo;essence am\u00e9ricains. Des lames de rasoir am\u00e9ricaines grattent le menton de Su\u00e9dois blonds \u00e0 Stockholm et de noirs Africains au Soudan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans les villes mini\u00e8res du P\u00e9rou ou dans les quartiers populeux de Tien-Tsin, des spectateurs enthousiastes vont voir les films am\u00e9ricains, avec leurs grands \u00e9v\u00e9nements, leurs h\u00e9ros suspendus \u00e0 des falaises, leurs comiques \u00e0 pantalons larges. On trouve des parfums am\u00e9ricains dans les boudoirs de Cuba, des r\u00e9frig\u00e9rateurs am\u00e9ricains sous les tropiques&#8230; &raquo; Jamais un fonctionnaire du Board of Trade Britannique ne s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 de telles hauteurs lyriques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Citons le <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 de G\u00e9ographie<\/em> des &Eacute;tats-Unis :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Tokio croque des gaufres am\u00e9ricaines. Berlin se pr\u00e9cipite \u00e0 sa premi\u00e8re &laquo; soda fountain &raquo;. A Moscou, la foule s&rsquo;assemble autour du premier distributeur d&rsquo;essence am\u00e9ricain sur la place de l&rsquo;Arbat. Nos automobiles, nos machines \u00e0 \u00e9crire, nos dentistes font des milliers de convertis. Nos disques enseignent la gamme occidentale aux Orientaux. Des milliers de jeunes gar\u00e7ons de toutes races veulent marcher sur les traces de Dempsey et Turney, et commencent par s&rsquo;acheter des chaussures de gymnastique et des gants de boxe du &laquo; pays des champions &raquo;&#8230; Tant que les &Eacute;tats-Unis n&rsquo;\u00e9taient que des producteurs de mati\u00e8res premi\u00e8res, le monde suivait son chemin, suivait la mode fran\u00e7aise pour les robes, les bijoux et les parfums, commer\u00e7ait selon les m\u00e9thodes anglaises, et venait en Allemagne chercher la science et la musique. Mais nous avons chang\u00e9 tout cela&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le grand escalier de la maison du premier ministre, \u00e0 N\u00e9pal, est orn\u00e9 de distributeurs automatiques am\u00e9ricains. Un potentat local de Born\u00e9o poss\u00e8de plusieurs magnifiques voitures am\u00e9ricaines, qui ne peuvent circuler que sur une route goudronn\u00e9e longue d&rsquo;un mille et demi, construite sp\u00e9cialement dans la jungle&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; Le jazz am\u00e9ricain est en train de chasser Wagner de l&rsquo;Allemagne. L&rsquo;architecture am\u00e9ricaine surpasse la Gr\u00e8ce antique. Le cocktail am\u00e9ricain a conquis&rsquo; les caf\u00e9s de Paris. Le &laquo; Nelson &raquo;, gloire de la marine anglaise, a une &laquo; soda-fountain  &raquo; am\u00e9ricaine, les boxeurs anglais se sont faits naturaliser Am\u00e9ricains. &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans son dernier discours au Reichstag, M. Stresemann d\u00e9clara &laquo; que l&rsquo;Europe est en danger de devenir unie colonie des &Eacute;tats-Unis, que la chance a plus que nous favoris\u00e9s &raquo;. Il pensait aux Emprunts allemands en Am\u00e9rique, dont le montant est presque \u00e9gal aux paiements allemands de r\u00e9parations. Il pensait \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration des industries allemandes par le capital am\u00e9ricain. Mais la vraie servitude n&rsquo;est pas l\u00e0. Une nation ne devient esclave que si elle le veut. L&rsquo;Allemagne d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est \u00e0 beaucoup d&rsquo;\u00e9gards plus am\u00e9ricaine que l&rsquo;Am\u00e9rique. C&rsquo;est parce qu&rsquo;elle accepte sans critique tout ce qui vient d&rsquo;Am\u00e9rique qu&rsquo;elle est notre colonie, ou notre alli\u00e9e, comme l&rsquo;esp\u00e8rent certains. Et l&rsquo;Angleterre devrait m\u00e9diter cette \u00e9volution.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous avons \u00e9t\u00e9 une colonie de l&rsquo;Angleterre. Elle sera bient\u00f4t notre colonie. Non pas en nom, mais en fait. Les machines ont fait de l&rsquo;Angleterre la ma&icirc;tresse du monde. Nos machines sont meilleures, et nous h\u00e9ritons de cette h\u00e9g\u00e9monie. Il ne nous suffit pas d&rsquo;\u00eatre la nation la plus riche du monde. Mais malgr\u00e9 notre g\u00e9nie m\u00e9canique, nous sommes incapables de r\u00e9partir \u00e9quitablement nos richesses. Au contraire, nous exploitons ceux qui sont moins riches que nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Angleterre, sur sa petite &icirc;le, pourrait avoir des raisons de devenir imp\u00e9rialiste. Notre imp\u00e9rialisme \u00e0 nous, qui avons tout un continent pour nous faire vivre, est injustifiable. Mais nous ne manquons pas d&rsquo;astuce. Nous ne commettrons pas la faute de l&rsquo;Angleterre. Trop sages pour essayer de gouverner le monde, nous nous contenterons de le poss\u00e9der. Rien ne nous arr\u00eatera, jusqu&rsquo;au jour o&ugrave; le coeur m\u00eame de notre empire financier tombera en d\u00e9cr\u00e9pitude, comme dans tous les empires. Si l&rsquo;Angleterre est assez insens\u00e9e pour nous combattre, elle n&rsquo;en tombera que plus vite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Naturellement, la supr\u00e9matie am\u00e9ricaine sur le monde est une \u00e9ventualit\u00e9 assez peu plaisante \u00e0 envisager, inconcevable m\u00eame, comme la guerre anglo-am\u00e9ricaine. Mais apr\u00e8s tout notre supr\u00e9matie ne sera pas pire -que celles qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Nos armes sont l&rsquo;argent et les machines. Les autres nations en veulent. Notre mat\u00e9rialisme vaut le leur. C&rsquo;est pourquoi notre triomphe est si facile et si in\u00e9vitable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais quelles sont les chances de l&rsquo;Angleterre contre l&rsquo;Am\u00e9rique ? Quelles sont les chances du monde ?<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une guerre entre l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Am\u00e9rique? &bull; L&rsquo;extrait, en fait deux extraits : une longue introduction qui envisage l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un affrontement, voire d&rsquo;un conflit entre les &Eacute;tats-Unis et le Royaume-Uni ; puis la conclusion du livre reprenant cette id\u00e9e, qui suit le corps du livre qui a pass\u00e9 en revue tous les domaines de concurrence,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[3376,3926,3151,3925,3924,3600],"class_list":["post-65555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-extraits","tag-americanisation","tag-denny","tag-hoover","tag-ludwell","tag-macdonald","tag-petrole"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65555"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65555\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}