{"id":65558,"date":"2003-04-07T00:00:00","date_gmt":"2003-04-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/04\/07\/certitudes-et-incertitudes-de-john-brady-kiesling\/"},"modified":"2003-04-07T00:00:00","modified_gmt":"2003-04-07T00:00:00","slug":"certitudes-et-incertitudes-de-john-brady-kiesling","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/04\/07\/certitudes-et-incertitudes-de-john-brady-kiesling\/","title":{"rendered":"Certitudes et incertitudes de John Brady Kiesling"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Certitudes et incertitudes de John Brady Kiesling<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t7 avril 2003  Il existe des phrases absolues,  des \u00ab <em>paroles absolues<\/em> \u00bb comme dit le philosophe allemand Peter Sloterdijk. Ainsi Sloterdijk cite-t-il, en exergue de son <em>Si l&rsquo;Europe s&rsquo;\u00e9veille<\/em>, qui date de 1994, et dans une interview au <em>Nouvel Observateur<\/em> qui date du 13 mars 2003,  on appr\u00e9ciera cette continuit\u00e9 de la citation  \u00ab <em>une des deux ou trois paroles absolues du si\u00e8cle<\/em> \u00bb, celle-ci qui est de Paul Val\u00e9ry dans <em>La crise de l&rsquo;esprit<\/em>, et qui nous dit ceci : \u00ab <em>Et nous voyons maintenant que l&rsquo;ab\u00eeme de l&rsquo;Histoire est assez grand pour tout le monde<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ignorons s&rsquo;il faut tenir la phrase que nous citons ci-apr\u00e8s (en fait, une citation de trois phrases)  comme une \u00ab <em>parole absolue<\/em> \u00bb,  mais cela ne nous para\u00eet pas impossible, pour la crise, pour son explication, parce qu&rsquo;elle effleure le drame de l&rsquo;\u00e2me am\u00e9ricaine, sa trag\u00e9die, ce qui explique l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de sa chute. C&rsquo;est avec une ironie sans joie qu&rsquo;on rel\u00e8vera que cette citation vient d&rsquo;un officier du Foreign Service am\u00e9ricain, diplomate du secr\u00e9tariat d&rsquo;\u00c9tat mais d\u00e9missionnaire \u00e9videmment. Il s&rsquo;agit de John Brady Kiesling, effectivement d\u00e9missionnaire depuis le 7 mars (voir dans la rubrique F&#038;C <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=645\" class=\"gen\">le texte de sa lettre de d\u00e9mission<\/a>), dont <a href=\"http:\/\/www.alternet.org\/story.html?StoryID=15548\" class=\"gen\">Alternet.org nous donne la transcription de son interview du 13 mars<\/a>. Enfin, voici la phrase cit\u00e9e, dans sa glorieuse simplicit\u00e9, et jusqu&rsquo;\u00e0 la restriction de la fin qui fait bien l&rsquo;essentiel, et qui r\u00e9pond peut-\u00eatre \u00e0 la question de savoir pourquoi l&rsquo;Am\u00e9rique, pourquoi l&rsquo;administration GW,  pourquoi ont-ils voulu cette guerre contre l&rsquo;Irak ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>I could tell <\/em>[&#8230;] <em>with a very clear conscious that it&rsquo;s not about oil, it&rsquo;s not about business contracts. It is about America&rsquo;s feeling of security. But, I couldn&rsquo;t go beyond that to explain how invading Iraq will make us more secure.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNe peut-on rapprocher cette phrase de celle de Val\u00e9ry, favorite de Sloterdijk ? Cela ne nous semble pas inappropri\u00e9. Ce que nous dit et nous sugg\u00e8re John Brady Kiesling, c&rsquo;est (1) que la crise est am\u00e9ricaine, (2) qu&rsquo;elle est psychologique et qu&rsquo;elle a \u00e0 voir avec la psychologie am\u00e9ricaine, et (3) qu&rsquo;elle est, sans doute, insoluble. C&rsquo;est alors que la phrase de Val\u00e9ry prend une sinistre r\u00e9sonance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa bataille irakienne a effectivement peu de chances d&rsquo;apporter l&rsquo;apaisement aux \u00e2mes fragiles de l&rsquo;Am\u00e9rique, comme la bataille de l&rsquo;Afghanistan n&rsquo;en apporta gu\u00e8re pas. Tout va se diluer dans les querelles \u00e9puisantes de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, \u00e9puisantes \u00e0 Washington o\u00f9 se poursuit la bataille bureaucratique sans fin, \u00e9puisante \u00e0 Bagdad o\u00f9 vont na\u00eetre et se d\u00e9velopper les querelles de palais, les incidents de rue, les affrontements de factions, o\u00f9 il va falloir tenter de comprendre ces incompr\u00e9hensibles diff\u00e9rents ethniques, religieux, o\u00f9 risque de se d\u00e9velopper une <em>intifada<\/em> \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une nation, en connexion avec le reste de la r\u00e9gion du Moyen-Orient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA c\u00f4t\u00e9 de cela va rena\u00eetre la bataille g\u00e9n\u00e9rale de la poursuite de la guerre vers d&rsquo;autres objectifs, vers d&rsquo;autres \u00c9tats-objectifs ; elle est d\u00e9j\u00e0 dans tous les esprits, Rumsfeld l&rsquo;a \u00e9voqu\u00e9e, et Powell dans un autre registre, et les n\u00e9o-conservateurs s&#8217;emploient \u00e0 souffler sur les flammes du brasier irakien en esp\u00e9rant qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tende. A nouveau, l&rsquo;Am\u00e9rique va se sentir fragile et menac\u00e9e, selon l&rsquo;argument qu&rsquo;expose John Brady Kiesling, et furieuse \u00e0 cause de cette fragilit\u00e9. L&rsquo;Am\u00e9rique va se trouver \u00e0 nouveau partag\u00e9e entre la certitude de sa puissance et l&rsquo;incertitude abyssale de son caract\u00e8re.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certitudes et incertitudes de John Brady Kiesling 7 avril 2003 Il existe des phrases absolues, des \u00ab paroles absolues \u00bb comme dit le philosophe allemand Peter Sloterdijk. 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