{"id":65822,"date":"2003-12-20T00:00:00","date_gmt":"2003-12-20T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/12\/20\/churchill-ensable\/"},"modified":"2003-12-20T00:00:00","modified_gmt":"2003-12-20T00:00:00","slug":"churchill-ensable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/12\/20\/churchill-ensable\/","title":{"rendered":"Churchill ensabl\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Rubrique <em>Analyse<\/em>, <em>de defensa<\/em> Vol19, n&deg;06 du 25 novembre 2003<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La guerre en Irak a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e, dans tous les cas dans sa pr\u00e9sentation (depuis, on oublie un peu), selon des sch\u00e9mas tr\u00e8s anglo-saxons, rappelant Churchill, l&rsquo;amiti\u00e9 USA-UK de la guerre, la rapports entre Churchill et Franklin Delano Roosevelt et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du c\u00f4t\u00e9 britannique, un souvenir et une obsession : l&rsquo;Empire. C&rsquo;est en effet pour sauver l&rsquo;Empire principalement que Churchill a compl\u00e8tement \u00e9pous\u00e9 l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine. R\u00e9sultat : la fin de l&rsquo;Empire, op\u00e9ration dans laquelle les USA ont une place importante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette fois, l&rsquo;Irak et le fant\u00f4me de Churchill devaient \u00e0 nouveau ressusciter les perspectives d&rsquo;un Empire retrouv\u00e9 et ressuscit\u00e9 \u00e9galement. L&rsquo;\u00e9chec irakien, car c&rsquo;est \u00e9videmment ainsi qu&rsquo;il faut qualifier l&rsquo;aventure irakienne, est aussi celui de Churchill et celui de l&rsquo;id\u00e9e de la renaissance de l&rsquo;Empire. Le r\u00f4le nouveau possible de l&rsquo;&Eacute;glise est un sujet qui nous int\u00e9resse particuli\u00e8rement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Churchill ensabl\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Ce qui est en train de mourir dans les sables irakiens, c&rsquo;est la grande ambition de Churchill appuy\u00e9e sur la grande ambition de Roosevelt. Cette guerre en Irak s&rsquo;est faite au nom d&rsquo;un d\u00e9bat ouvert et r\u00e9gl\u00e9 en 1941, et qui, depuis, d\u00e9termine une strat\u00e9gie. C&rsquo;est dire que nous sommes, dans nos temps postmodernes, dans une actualit\u00e9 br&ucirc;lante. Texte de la rubrique <em>Analyse<\/em>, <em>de defensa<\/em> Vol19, n&deg;06 du 25 novembre 2003<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p>On n&rsquo;a certainement pas \u00e9t\u00e9 sans remarquer l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Churchill durant les ann\u00e9es intenses qui, depuis le 11 septembre 2001, ont conduit jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre du Golfe. Cette r\u00e9f\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e de diverses mani\u00e8res, parfois de mani\u00e8re en apparence contradictoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire par des groupes ayant des id\u00e9es et\/ou des objectifs contradictoires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On sait aussi que GW Bush a \u00e9t\u00e9 nourri de cette r\u00e9f\u00e9rence churchillienne. On a assez dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9, avec des mines entendues, que sa lecture favorite fut, en 2001, le livre du n\u00e9o-conservateur Richard Cohen comparant le destin de plusieurs hommes politiques devenus chefs de guerre. Churchill domine la galerie de la t\u00eate et des \u00e9paules. On sait encore que Tony Blair n&rsquo;est pas m\u00e9content quand il lit, sous une plume imprudente ou impudente c&rsquo;est selon, qu&rsquo;on le baptise \u00ab\u00a0Churchill Mark-2\u00a0\u00bb. Cela n&rsquo;est pas simple go&ucirc;t de la publicit\u00e9 ou le reste : comme GW, Blair conna&icirc;t une foi intense qui l&rsquo;a pouss\u00e9 en Irak, qui le conduit \u00e0 se reconna&icirc;tre dans un h\u00e9ros jug\u00e9 visionnaire comme Churchill.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De mani\u00e8re encore plus significative, Churchill a \u00e9t\u00e9 la grande ombre inspiratrice de l&rsquo;entreprise que nous avons d\u00e9crite comme l&rsquo;ambition de l'\u00a0\u00bbanglosph\u00e8re\u00a0\u00bb (voir dd&#038;e, Vol&#038;19, n&deg;03, rubrique <em>de defensa<\/em>). La caract\u00e9ristique de ce mouvement est de r\u00e9unir des gens de sensibilit\u00e9s en apparence tr\u00e8s diff\u00e9rentes, &mdash; et le \u00ab\u00a0en apparence\u00a0\u00bb nous ram\u00e8ne \u00e0 Churchill. On trouve dans l&rsquo;anglosph\u00e8re les n\u00e9o-conservateurs am\u00e9ricains, dont les origines (jusqu&rsquo;au trotskisme) sont bien plus \u00e0 gauche qu&rsquo;\u00e0 droite, des lib\u00e9raux internationalistes classiques comme Michael Ignatieff ou Christopher Hitchens, de centre-gauche et venus de la gauche, des conservateurs n\u00e9o-imp\u00e9rialistes comme les historiens militaires anglais Ferguson et Keegan, eux par contre compl\u00e8tement \u00e0 droite, &mdash; \u00ab\u00a0en apparence\u00a0\u00bb tout cela, toutes ces \u00e9tiquettes distribu\u00e9es avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette salade russe n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas une nouveaut\u00e9, comme ne le sont pas ces attitudes m\u00e9lang\u00e9es et paradoxales \u00e0 propos de Churchill. Un des \u00ab\u00a0papes\u00a0\u00bb de la pens\u00e9e lib\u00e9rale-progressiste qui prit r\u00e9ellement son essor avec Franklin Delano Roosevelt, Isa\u00efah Berlin, \u00e0 la fois am\u00e9ricaniste et internationaliste, a longuement magnifi\u00e9 Churchill dans un essai o&ugrave; il \u00e9crivit que Churchill avait id\u00e9alis\u00e9 ses compatriotes &laquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p> <em>au point qu&rsquo;ils ont fini par se rapprocher de son propre id\u00e9al et se voir comme lui-m\u00eame les voyait<\/em> &raquo;. C&rsquo;est lui que Robert D, Kaplan, n\u00e9o-conservateur et autre inspirateur de GW avec ses livres <em>The Coming Anarchy<\/em> et <em>Warrior Politics<\/em>, cite en abondance et avec une approbation sans retenue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela conduit \u00e0 des sollicitations d&rsquo;analyse qui en disent long sur la n\u00e9cessit\u00e9 o&ugrave; se trouvent ses z\u00e9lateurs de faire de Churchill, non seulement un h\u00e9ros mais un h\u00e9ros vertueux selon leur c&oelig;ur et leur id\u00e9ologie, &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire id\u00e9ologiquement et passionn\u00e9ment vertueux. Apr\u00e8s avoir cit\u00e9 un livre de Churchill de 1899 (<em>La guerre du fleuve<\/em>) o&ugrave; ce dernier d\u00e9crit les Arabes comme &laquo; <em>la race dominante<\/em> [qui] <em>imposa aux n\u00e8gres ses coutumes et sa langue<\/em> &raquo;, o&ugrave; il note encore : &laquo; <em>l&rsquo;&Eacute;gyptien \u00e9tait vigoureux patient, sain et docile. Le n\u00e8gre, \u00e0 tous \u00e9gards, \u00e9tait son inf\u00e9rieur<\/em> &raquo;, &mdash; Kaplan observe, quelques lignes plus bas : &laquo; <em>Churchill n&rsquo;est pas raciste : les diff\u00e9rences culturelles l&rsquo;int\u00e9ressent davantage que les diff\u00e9rences ethniques.<\/em> &raquo; On appr\u00e9ciera le raccourci et, surtout, on appr\u00e9ciera combien la conclusion de Kaplan est pour le moins sollicit\u00e9e par rapport aux pi\u00e8ces du dossier. Au demeurant, ce dossier-l\u00e0 (Churchill, raciste ou pas ?), qui renvoie \u00e0 leurs obsessions habituelles, ne nous int\u00e9resse pas. Seule nous int\u00e9resse l&rsquo;obligation de vertu o&ugrave; l&rsquo;on se trouve dans ces milieux-l\u00e0 lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de Churchill.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi Churchill est-il leur h\u00e9ros, mais c&rsquo;est \u00e9galement un h\u00e9ros inattendu si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 la perception habituelle que l&rsquo;on a de l&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat britannique ? conservateur, imp\u00e9rialiste (dans le sens du partisan de l&rsquo;Empire britannique), r\u00e9actionnaire, soutien z\u00e9l\u00e9 de la monarchie, etc., &mdash; en gros, et toujours avec la prudence qui doit s&rsquo;attacher aujourd&rsquo;hui aux \u00e9tiquettes : un homme de droite. La question pos\u00e9e ici s&rsquo;attache \u00e0 la m\u00e9tamorphose qui, aujourd&rsquo;hui, nimbe le personnage de Winston Churchill, devenu une \u00ab\u00a0ic\u00f4ne\u00a0\u00bb du courant lib\u00e9ral-progressiste qui constitue l&rsquo;essentiel de la doctrine de soutien \u00e0 l&rsquo;interventionnisme humanitaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L'\u00a0\u00bbamiti\u00e9\u00a0\u00bb politique Churchill-FDR<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Un retour \u00e0 la personnalit\u00e9 et aux actes de Churchill pendant la guerre s&rsquo;impose. C&rsquo;est la r\u00e9f\u00e9rence \u00e9vidente, celle o&ugrave; il acquit l&rsquo;essentiel de sa flamme et de sa popularit\u00e9, particuli\u00e8rement celles qu&rsquo;on entend aujourd&rsquo;hui c\u00e9l\u00e9brer partout. C&rsquo;est au point o&ugrave; l&rsquo;historien britannique Sir Robert Keegan, d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, \u00e9crivait en 2000 que lui (Churchill) et Franklin Delano Roosevelt (FDR) avaient tous deux<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>puis\u00e9 leur \u00e9thique dans la tradition anglo-saxonne du respect de la loi et de la libert\u00e9 individuelle. Chacun pouvait d\u00e9fendre cette tradition car la mer prot\u00e9geait son pays de liberticides que leurs fronti\u00e8res terrestres limitaient<\/em> [dans leur action] &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La citation est \u00e9tonnante parce qu&rsquo;elle vient d&rsquo;un conservateur bon teint, presque un r\u00e9actionnaire, et qu&rsquo;elle concerne un homme d&rsquo;&Eacute;tat dont on a vu plus haut qu&rsquo;il est \u00e9galement de cette tendance, et tous les deux, le z\u00e9lote et son ic\u00f4ne, sont rapproch\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 d&rsquo;un homme (FDR) dont nul n&rsquo;ignore son aspect \u00ab\u00a0lib\u00e9ral\u00a0\u00bb, quasiment progressiste selon l&rsquo;entendement europ\u00e9en du mot. L&rsquo;excellent historien John Charmley, grand connaisseur de Winston Churchill (<em>Churchill&rsquo;s Grand Alliance<\/em>), comparant la politique continentale (vis-\u00e0-vis de l&rsquo;URSS) du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res Eden (alors jeune conservateur plut\u00f4t consid\u00e9r\u00e9 comme de l&rsquo;aile progressiste du parti) avec celle du Premier ministre, \u00e9crit :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Il y a une grande ironie dans le fait que ce soit Eden, souvent d\u00e9crit comme un \u00ab\u00a0id\u00e9aliste\u00a0\u00bb, qui tenta constamment de reconstruire la vieille diplomatie europ\u00e9enne, alors que le r\u00e9actionnaire Churchill refusait de le faire pour complaire aux vues lib\u00e9rales du monde de Franklin D. Roosevelt.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On voit qu&rsquo;il y a une certaine diff\u00e9rence entre l&rsquo;interpr\u00e9tation tr\u00e8s conformiste et tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9e de Keegan (partisan d&rsquo;une alliance USA UK \u00e0 outrance) et celle de Charmley. Le premier semble nous dire que FDR et Churchill, c&rsquo;est la m\u00eame chose : m\u00eames sentiments, m\u00eame action, m\u00eame conception du monde, etc. &Eacute;videmment, le processus de \u00ab\u00a0diabolisation\u00a0\u00bb, &mdash; qu&rsquo;on doit juger si indigne d&rsquo;un historien, &mdash; aide beaucoup : la repr\u00e9sentation <em>in fine<\/em>, comme cette phrase nous le sugg\u00e8re, des Anglo-Saxons comme des gens isol\u00e9s dans leurs &icirc;les (file britannique et le &laquo; <em>continent-&icirc;le<\/em> &raquo; [selon Raymond Aron] am\u00e9ricain), avec comme t\u00e2che de r\u00e9sister aux agresseurs &laquo; <em>liberticides<\/em> &raquo; dont on pourrait ais\u00e9ment croire, selon la tournure de la phrase et le sentiment sous-jacent, qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent tout le reste du monde. Le r\u00e9sultat est une repr\u00e9sentation totalement fausse. La r\u00e9alit\u00e9, au contraire, est celle de Charmley : la proximit\u00e9, d&rsquo;ailleurs bien plus apparente que r\u00e9elle, entre Churchill et Roosevelt \u00e9tait paradoxale, contre-nature et de toutes les fa\u00e7ons forc\u00e9e. Les conceptions des deux hommes sur l&rsquo;Empire le montrent \u00e0 suffisance : l&rsquo;un voulait sa survivance et sa gloire, l&rsquo;autre sa destruction sans le moindre compromis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette question de l&rsquo;Empire est importante. Indirectement, elle nous conduit \u00e0 un autre point que nous voulons aborder : l&rsquo;analyse de la position de Churchill pendant la guerre. Charmley note \u00e0 plus d&rsquo;une reprise que Churchill n&rsquo;avait qu&rsquo;une seule obsession : la guerre, rien que la guerre. Le contraste, par exemple, entre Churchill et de Gaulle est extraordinaire (on pourrait le dire aussi du contraste entre Churchill et Eden). La chose essentielle qui conduit de Gaulle, c&rsquo;est la perspective de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. D\u00e8s ao&ucirc;t 1940, il pr\u00e9dit \u00e0 Maurice Schuman que les Britanniques vont r\u00e9sister, que les Sovi\u00e9tiques et les Am\u00e9ricains vont entrer dans la guerre, donc que l&rsquo;Allemagne a perdu la guerre. Sa conclusion est alors \u00e9vidente, c&rsquo;est-\u00e0-dire pleine de bon sens : l&rsquo;important c&rsquo;est l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, et tout dans la guerre qui va se poursuivre doit \u00eatre fait pour que la France figure bien dans cet apr\u00e8s-guerre, c&rsquo;est-\u00e0-dire affirme sa position aupr\u00e8s des alli\u00e9s qui d\u00e9tiennent les cl\u00e9s du conflit et donc de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Cette politique a \u00e9t\u00e9 mesur\u00e9e \u00e0 sa juste valeur, par contraste avec la politique britannique, par Eden, comme le rapporte John Charmley :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Eden avait raison de se demander si les Britanniques n&rsquo;auraient pas pu retirer quelque bonne le\u00e7on du comportement du grand Fran\u00e7ais.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La r\u00e9alit\u00e9 britannique, compl\u00e8tement soumise au comportement de Churchill, est \u00e9videmment, par simple encha&icirc;nement logique vers l&rsquo;aspect fondamental de ce mod\u00e8le churchillien, soumise \u00e0 l&rsquo;obsession churchillienne de la guerre. Pour Churchill, et cela pour des raisons psychologiques et m\u00eames sentimentales, et \u00e0 peine pour des raisons politiques, tout est \u00ab\u00a0r\u00e9gl\u00e9\u00a0\u00bb avec la guerre. Par sa dynamique, la guerre elle-m\u00eame doit apporter les solutions aux probl\u00e8mes qui se posent et, notamment, voire essentiellement, au probl\u00e8me de l&rsquo;Empire. La victoire britannique assurera la p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;Empire, apr\u00e8s avoir \u00ab\u00a0modernis\u00e9\u00a0\u00bb les rapports entre Londres et ses Dominions. Bien s&ucirc;r, dans cette \u00e9volution, l&rsquo;Am\u00e9rique joue un r\u00f4le essentiel. Non seulement elle permet de gagner la guerre, mais elle doit permettre \u00e0 l&rsquo;Angleterre d&rsquo;assurer la renaissance de l&rsquo;Empire au nom d&rsquo;une solidarit\u00e9 anglo-saxonne qui implique un projet commun d&rsquo;influence, voire de domination du monde, et un socle moral qui donne au projet une vertu sans exemple. En d&rsquo;autres mots, Churchill arr\u00eatait sa vision de l&rsquo;avenir \u00e0 la victoire, ne doutant pas que l&rsquo;effet provoqu\u00e9 par celle-ci serait tel que le temps d&rsquo;apr\u00e8s serait litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0un autre temps\u00a0\u00bb, aux fondements et \u00e0 la substance diff\u00e9rents.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9alit\u00e9 fut fort diff\u00e9rente. Apr\u00e8s d&rsquo;autres, mais certainement de fa\u00e7on plus compl\u00e8te que les autres, Charmley montre comment Churchill fut, constamment, la dupe de FDR, &mdash; volontairement ou pas, c&rsquo;est \u00e0 voir, mais sans doute plus volontairement que le contraire, et s&rsquo;aveuglant lui-m\u00eame sur la r\u00e9alit\u00e9 anglo-am\u00e9ricaine. Mais l\u00e0 n&rsquo;est pas notre sujet. Au contraire, nous nous arr\u00eatons \u00e0 ce Churchill des ann\u00e9es 1940-41, qui croit \u00e0 la victoire dans la mesure o&ugrave; elle passe n\u00e9cessairement par l&rsquo;alliance avec les USA, et qui croit \u00e9videmment que la guerre est une rupture fondamentale, et qui croit enfin qu&rsquo;avec la victoire suivant le choc de la guerre s&rsquo;installera une structure mondiale fond\u00e9e sur la justesse morale anglo-saxonne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ce Churchill-l\u00e0, certes, qui est un mod\u00e8le aux yeux des lib\u00e9raux, des interventionnistes, des n\u00e9o-imp\u00e9rialistes, des n\u00e9o-conservateurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Churchill comme symbole <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En effet, Churchill convient \u00e0 merveille au sch\u00e9ma de cette grande coalition, qui va de la gauche lib\u00e9rale-progressiste aux n\u00e9o-imp\u00e9rialistes, qui, aujourd&rsquo;hui, soutient et justifie les interventions militaires occidentales (am\u00e9ricaines principalement). II y a essentiellement trois choses qui font de lui le \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb id\u00e9al de notre temps :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Churchill \u00ab\u00a0croit\u00a0\u00bb \u00e0 la guerre comme \u00e9l\u00e9ment cathartique qui r\u00e9sout de mani\u00e8re radicale les probl\u00e8mes jug\u00e9s (par cette cat\u00e9gorie de pens\u00e9e \u00e0 laquelle on se r\u00e9f\u00e8re) insolubles en temps de paix sinon par les compromis et les n\u00e9gociations, c&rsquo;est-\u00e0-dire solubles d&rsquo;une fa\u00e7on insatisfaisante selon cette id\u00e9ologie. La guerre est \u00ab\u00a0d\u00e9structurante\u00a0\u00bb, elle brise les vieilles structures et les structures en place. Elle est, par cons\u00e9quent, grosse d&rsquo;un nouvel ordre. S&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une guerre mondiale et de la plus formidable d&rsquo;entre elles, la grossesse est celle d&rsquo;un nouvel ordre mondial. Comme cette guerre mondiale est la plus formidable d&rsquo;entre toutes les guerres mondiales, la plus d\u00e9finitive, &mdash; cela est attest\u00e9 notamment par le d\u00e9veloppement et l&rsquo;utilisation de l&rsquo;arme ultime, la bombe atomique, &mdash;l&rsquo;ordre mondial qui sera accouch\u00e9 est l&rsquo;ordre mondial ultime, celui qui ach\u00e8ve l&rsquo;Histoire en un sens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Churchill a fix\u00e9 par la force des choses toute son \u00e9nergie, toute sa \u00ab\u00a0capacit\u00e9 d&rsquo;excommunication\u00a0\u00bb, contre un homme et contre son id\u00e9ologie (Hitler et le nazisme, &mdash; d\u00e9marche n\u00e9cessaire en 1940-41 pour \u00ab\u00a0dramatiser\u00a0\u00bb le conflit en Europe et renforcer sa pression sur les Am\u00e9ricains, jusqu&rsquo;\u00e0 obtenir l&rsquo;entr\u00e9e en guerre des USA que Churchill cherchait de fa\u00e7on fr\u00e9n\u00e9tique). Par cons\u00e9quent et en fonction du point pr\u00e9c\u00e9dent et du caract\u00e8re ultime de cette guerre, la lutte contre Hitler tend \u00e0 devenir la \u00ab\u00a0lutte finale\u00a0\u00bb, tout comme Hitler repr\u00e9sente l&rsquo;ultime id\u00e9ologie du Mal. Hitler vaincu, c&rsquo;est le Mal qui est vaincu (temporairement) ; d&rsquo;autre part, toute repr\u00e9sentation du Mal, r\u00e9surgence accidentelle ou autre s\u00e9quelle, sera une \u00ab\u00a0hitl\u00e9risation\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qu&rsquo;on nomme aujourd&rsquo;hui une diabolisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Cette action et cette position de Churchill sont faites avec et gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine (quoiqu&rsquo;il en soit par ailleurs : on parle de la perception) et, en r\u00e9alit\u00e9, au nom de la puissance am\u00e9ricaine. Le socle id\u00e9ologique de cette puissance devient tr\u00e8s vite l&rsquo;inspirateur de tout le reste. Autant Churchill est en soi important pour les raisons qu&rsquo;on a vues ci-dessus, autant il est promis \u00e0 s&rsquo;effacer, et l&rsquo;Angleterre avec lui, derri\u00e8re le triomphe de FDR, de l&rsquo;Am\u00e9rique et des vertus am\u00e9ricanistes. (C&rsquo;est ce qui se d\u00e9roule effectivement apr\u00e8s 1945.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un quatri\u00e8me point doit \u00eatre ajout\u00e9 en compl\u00e9ment, qui a le m\u00e9rite principal de nous donner un compl\u00e9ment d&rsquo;explications affectant le domaine essentiel de la psychologie. L&rsquo;intronisation de Churchill dans ce r\u00f4le \u00e9trange pour lui de \u00ab\u00a0lib\u00e9ral-progressiste\u00a0\u00bb, qui compl\u00e8te \u00e0 merveille et justifie la promotion de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et surtout le verdict contre Hitler implicitement (plus tard, explicitement) qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0Mal absolu\u00a0\u00bb, a l&rsquo;effet de faire passer au second plan des p\u00e9rip\u00e9ties accessoires l&rsquo;\u00e9pisode du communisme. II y a chez tous ces lib\u00e9raux-progressistes et n\u00e9o-conservateurs qui acclament aujourd&rsquo;hui Churchill, qui vouent Hitler aux g\u00e9monies et soutiennent l&rsquo;activisme belliciste am\u00e9ricaniste, nombre de \u00ab\u00a0compagnons de route\u00a0\u00bb honteux qui furent proches du communisme <em>in illo tempore<\/em>, soutenant de ce fait les tueries staliniennes ou mao\u00efstes. La relativisation <em>de facto<\/em>, dans ce cadre pr\u00e9cis\u00e9ment et selon cette logique, de la barbarie communiste derri\u00e8re l&rsquo;institution du Mal absolu hitl\u00e9rien a l&rsquo;avantage de relativiser grandement ces adh\u00e9sions, de les faire pardonner implicitement, de les faire oublier sans autre forme de proc\u00e8s (les cendres qu&rsquo;on glisse sous le tapis, les lendemains de f\u00eate). La conscience s&rsquo;en porte mieux et l&rsquo;on peut songer \u00e0 applaudir Churchill, le c&oelig;ur et l&rsquo;\u00e2me en paix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le sch\u00e9ma ainsi apparu a tous les avantages du monde pour ceux qui en font la promotion ou s&rsquo;en servent comme abri ou comme alibi. Il a aussi l&rsquo;avantage de justifier les th\u00e8ses implicites les plus ardemment soutenues aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est le cas de la th\u00e8se de la globalisation et, au-del\u00e0, de l&rsquo;am\u00e9ricanisation. La description m\u00eame d&rsquo;un Churchill avec ses appr\u00e9ciations implicites, notamment cette id\u00e9e d&rsquo;une guerre comme d\u00e9marche ultime menant \u00e0 une catharsis \u00e9v\u00e9nementielle \u00e0 partir de laquelle va na&icirc;tre un nouvel ordre mondial compl\u00e8tement diff\u00e9rent (et compl\u00e8tement vertueux, bien s&ucirc;r), c&rsquo;est le sch\u00e9ma m\u00eame de la globalisation pris dans son sens le plus large. Cette largeur implique, par exemple, qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer la tentative (nous insistons sur ce mot) de la guerre contre l&rsquo;Irak comme un acte de globalisation, &mdash; et, certes, un acte de globalisation qui a \u00e9chou\u00e9 (d&rsquo;o&ugrave; le mot \u00ab\u00a0tentative\u00a0\u00bb) puisque la guerre n&rsquo;a pas provoqu\u00e9 la catharsis attendue. L&rsquo;on sait bien que tous les mots employ\u00e9s par les hommes de l&rsquo;administration, surtout les n\u00e9o-conservateurs mais aussi Bush lui-m\u00eame, toutes les conceptions d&rsquo;installation d&rsquo;un ordre d\u00e9mocratique au Moyen-Orient vont dans ce sens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le 6 novembre dernier, GW Bush a encore fait un discours dans ce sens, pr\u00f4nant la d\u00e9mocratie, et la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaniste essentiellement, comme catharsis de lib\u00e9ration pour la r\u00e9gion :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>Are the peoples of the Middle East somehow beyond the reach of liberty? Are millions of men and women and children condemned by history or culture to live in despotism? Are they alone never to know freedom and never even have a choice in the matter? I, for one, do not believe it.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>II faut admirer la constance du pr\u00e9sident Bush \u00e0 proclamer la justesse du sch\u00e9ma grandiose malgr\u00e9 les \u00e9checs permanents et cruels qu&rsquo;il essuie. Cet enfermement de l&rsquo;esprit est la caract\u00e9ristique fondamentale de tous ces gens, et l&rsquo;on n&rsquo;a aucune surprise \u00e0 y retrouver les ex-marxistes qui ont gard\u00e9 de leur exp\u00e9rience l&rsquo;esprit binaire du domaine avec tout son sch\u00e9matisme, entre Bien et Mal, retrouv\u00e9 chez GW : &laquo; <em>Qui n&rsquo;est pas avec nous est contre nous.<\/em> &raquo; [On en voit plus sur ce discours qui est d&rsquo;une importance fondamentale, et paradoxale vu la situation dans la r\u00e9alit\u00e9 aujourd&rsquo;hui par rapport aux intentions qu&rsquo;il contient implicitement, &mdash; dans notre rubrique <em>de defensa<\/em>].)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb n&deg;1 de notre temps<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Cette analyse rapide justifie pleinement le choix de notre Winston Churchill comme \u00ab\u00a0h\u00e9ros n&deg;1\u00a0\u00bb de notre temps, plus qu&rsquo;un Franklin Roosevelt par exemple, dont l&rsquo;actuelle politique am\u00e9ricaine est pourtant une reprise avec des moyens plus brutaux (mais \u00e9galement une reprise, dans l&rsquo;esprit, de la politique de Woodrow Wilson, &mdash; paradoxe de voir autant de d\u00e9mocrates inspirateurs d&rsquo;un r\u00e9publicain, GW Bush). L&rsquo;apport essentiel de Churchill est qu&rsquo;il permet des rassemblements a priori impossibles du point de vue id\u00e9ologique. Ce conservateur ultra-r\u00e9actionnaire s&rsquo;habille du manteau lib\u00e9ral et progressiste (c&rsquo;est-\u00e0-dire rooseveltien) pour faire \u00e9voluer la situation comme il l&rsquo;entend. Du coup, il donne une vertu inattendue (une vertu de conservateur) aux lib\u00e9raux-progressistes d&rsquo;une part, aux conservateurs ultra-r\u00e9actionnaires (pour eux, une vertu progressiste) d&rsquo;autre part.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce cheminement, cette pirouette pourrait-on dire, est \u00e0 l&rsquo;&oelig;uvre depuis un certain temps. La fin de la Guerre froide et l&rsquo;expansion de la doctrine d&rsquo;intervention humanitaire, coupl\u00e9es avec la r\u00e9surgence des doctrines n\u00e9o-wilsoniennes d&rsquo;intervention am\u00e9ricaniste, dans une \u00e9poque o&ugrave; la communication et l&rsquo;interpr\u00e9tation virtualiste sont omnipr\u00e9sentes, l&rsquo;imposaient \u00e9videmment. Le sch\u00e9ma Hitler-M\u00fcnich comme grille d&rsquo;interpr\u00e9tation id\u00e9ologique et simpliste s&rsquo;est aussit\u00f4t impos\u00e9. Les adversaires de l&rsquo;intervention otanienne et am\u00e9ricaine en Bosnie et au Kosovo ont en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0munichois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;attaque du 11 septembre 2001 et la pr\u00e9vision de la guerre contre l&rsquo;Irak, en m\u00eame temps que l&rsquo;activation maximale de l&rsquo;alignement britannique sur les Am\u00e9ricains, ont fait entrer une nouvelle dimension dans le jeu de l&rsquo;interpr\u00e9tation vertueuse de l&rsquo;activisme am\u00e9ricaniste et belliciste. Les n\u00e9o-imp\u00e9rialistes, c&rsquo;est-\u00e0-dire les conservateurs britanniques jugeant que l&rsquo;occasion (le soutien UK aux USA et la guerre irakienne) \u00e9tait belle de lancer l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un Empire angle-saxon impliquant une sorte de renaissance de l&rsquo;Empire britannique, ont rajout\u00e9 \u00e0 la panoplie de la repr\u00e9sentation vertueuse le souvenir de Churchill. La chose fut ais\u00e9ment accepte par les conservateurs am\u00e9ricains, soutiens de GW Bush. L\u00e0-dessus, la prose abondante et intellectuelle, et parfois pompeuse, des n\u00e9o-conservateurs a mis un vernis qui convenait \u00e0 tout le monde. Winston Churchill devint la r\u00e9f\u00e9rence de notre temps, y compris celle de GW.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Ajoutons-y, pour la chronique, une gracieuset\u00e9 de l&rsquo;U.S. Navy, qui n&rsquo;est pourtant pas gratuite et indique bien le climat virtualiste \u00e9tabli autour du nom de Churchill : \u00e0 l&rsquo;automne 2001, l&rsquo;U.S. Navy baptisa une de ses nouvelles fr\u00e9gates du nom de USS Winston-Churchill. C&rsquo;\u00e9tait un honneur rarissime de voir un navire de guerre am\u00e9ricain porter le nom d&rsquo;un non-Am\u00e9ricain. Au reste, dans la pr\u00e9sentation officielle qui \u00e9tait faite de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, on rappelait la double ascendance de Churchill, n\u00e9 d&rsquo;un p\u00e8re britannique et d&rsquo;une m\u00e8re am\u00e9ricaine.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce contexte, l&rsquo;affaire irakienne prend une dimension d\u00e9cisive. Tout Y concourt, y compris la pr\u00e9sentation virtualiste qui en est faite. Il est manifeste que Churchill y est partie prenante, ne serait-ce que par le biais des n\u00e9o-imp\u00e9rialistes britanniques (les historiens Ferguson, Johnson, Keegan) qui y voient, de fa\u00e7on assez \u00e9trange si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 la seule raison, l&rsquo;acte re-fondateur d&rsquo;un empire qui sera certes am\u00e9ricain mais qui aura aussi, &mdash; surtout pour certains qui ne doutent pas des capacit\u00e9s d&rsquo;influence des Britanniques sur les Am\u00e9ricains, &mdash; des allures d&rsquo;Empire britannique r\u00e9nov\u00e9. Les lib\u00e9raux-progressistes ne sont pas en reste, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des internationalistes comme Michael Ignatieff ou des n\u00e9o-conservateurs am\u00e9ricains. Eux aussi sont churchilliens, plut\u00f4t \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;attitude id\u00e9ologique attribu\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ral au grand comme d&rsquo;&Eacute;tat britannique, d&rsquo;anti-munichois, de d\u00e9nonciateur de Hitler et de la barbarie nazie et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;\u00e9chec posthume de Winston Churchill<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On pourrait dire, poursuivant l&rsquo;analogie et le symbole jusqu&rsquo;au bout puisqu&rsquo;effectivement Winston Churchill figure de cette fa\u00e7on dans notre aventure, que l&rsquo;\u00e9chec colossal qui est en train de caract\u00e9riser la crise irakienne et les divers espoirs qui l&rsquo;accompagnaient est aussi le sien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un dessein qui figura d\u00e8s le d\u00e9part dans l&rsquo;esprit du Britannique, &mdash; et on pourrait dire que c&rsquo;est \u00e0 cet \u00e9gard son deuxi\u00e8me \u00e9chec : sauver l&rsquo;Empire britannique par USA interpos\u00e9s, en s&rsquo;alliant aux Am\u00e9ricains d&rsquo;une fa\u00e7on inconditionnelle et en imposant \u00e0 ce pays, par subtilit\u00e9; et man&oelig;uvre, une politique qui sauve l&rsquo;Empire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Deuxi\u00e8me \u00e9chec, effectivement&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le premier, c&rsquo;est celui de l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre (la vraie, celle de 3945). L&#8217;empire britannique se d\u00e9fit \u00e0 une tr\u00e8s grande vitesse, sous les coups redoubl\u00e9s de l&rsquo;\u00e9volution historique et (surtout) d&rsquo;une politique syst\u00e9matiquement anticolonialiste des Am\u00e9ricains. La politique US \u00e9tait bien que la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb des territoires coloniaux en g\u00e9n\u00e9ral, britanniques en particulier, ouvrirait de vastes march\u00e9s \u00e0 l&rsquo;expansion commerciale US. Cela fut fait. La rh\u00e9torique de Churchill ne pesa pas un gramme dans cette affaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Faisant du refus des le\u00e7ons de l&rsquo;Histoire une de ses sp\u00e9cialit\u00e9s intellectuelles, le parti n\u00e9o-imp\u00e9rial britannique a repris \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;affaire irakienne la d\u00e9marche de Winston Churchill, cette fois dans le but d'\u00a0\u00bb\u00e9tablir\u00a0\u00bb un Empire anglo-saxon. L&rsquo;\u00e9chec est encore plus grave que le pr\u00e9c\u00e9dent car l&rsquo;option europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9, entre temps, compromise par cette politique. Si elle veut \u00eatre retrouv\u00e9e, les Britanniques devront abandonner une partie s\u00e9rieuse de leur engagement pro-am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Et c&rsquo;est ainsi que le grand Winston Churchill, en un sens, est mort une deuxi\u00e8me fois.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rubrique Analyse, de defensa Vol19, n&deg;06 du 25 novembre 2003 La guerre en Irak a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e, dans tous les cas dans sa pr\u00e9sentation (depuis, on oublie un peu), selon des sch\u00e9mas tr\u00e8s anglo-saxons, rappelant Churchill, l&rsquo;amiti\u00e9 USA-UK de la guerre, la rapports entre Churchill et Franklin Delano Roosevelt et ainsi de suite. 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