{"id":65826,"date":"2003-12-25T00:00:00","date_gmt":"2003-12-25T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/12\/25\/le-grand-jeu-de-lisi-inter-services-intelligence-par-philippe-raggi\/"},"modified":"2003-12-25T00:00:00","modified_gmt":"2003-12-25T00:00:00","slug":"le-grand-jeu-de-lisi-inter-services-intelligence-par-philippe-raggi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2003\/12\/25\/le-grand-jeu-de-lisi-inter-services-intelligence-par-philippe-raggi\/","title":{"rendered":"<strong><em>Le grand jeu de L&rsquo;ISI (Inter Services Intelligence), \u2014 Par Philippe Raggi<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le grand jeu de L&rsquo;ISI (Inter Services Intelligence)<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>Par Philippe RAGGI, membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie Internationale de G\u00e9opolitique et du Centre Fran\u00e7ais de Recherche sur le Renseignement (CF2R).<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Texte arr\u00eat\u00e9 au 14 novembre 2001. Paru dans Guerre secr\u00e8te contre Al Qaeda, sous la direction d&rsquo;Eric D\u00e9n\u00e9c\u00e9 (Ed. Ellipses), et dans Renseignement &#038; Op\u00e9rations Sp\u00e9ciales n\u00b09 (Ed. de L&rsquo;Harmattan).<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Frapper de terreur le cur de l&rsquo;ennemi n&rsquo;est pas seulement un moyen, c&rsquo;est aussi une fin en soi. R\u00e9ussir \u00e0 semer la terreur dans le cur de l&rsquo;adversaire, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 presque atteindre son but. C&rsquo;est le point o\u00f9 la fin rejoint et se confond avec les moyens. La terreur n&rsquo;est pas le moyen utilis\u00e9 pour imposer notre d\u00e9cision \u00e0 l&rsquo;ennemi, c&rsquo;est la d\u00e9cision que nous voulons imposer \u00e0 l&rsquo;ennemi<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBrigadier-G\u00e9n\u00e9ral SK Malik, <em>Le concept coranique de guerre<\/em> (1) , (p.59). 1979.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tQuand il est question de l&rsquo;Afghanistan, il est immanquablement \u00e9voqu\u00e9 l&rsquo;implication du Pakistan, pays frontalier (2), notamment dans la mise en place du r\u00e9gime des Talibans (les \u00ab \u00e9tudiants chercheurs \u00bb en Th\u00e9ologie), et l&rsquo;un des acteurs majeurs de ce nouveau \u00ab grand jeu \u00bb (3)  en Asie Centrale est l&rsquo;ISI, c&rsquo;est \u00e0 dire les services secrets interarmes du Pakistan, l&rsquo;Inter-Services-Intelligence. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme tous les pays, le Pakistan poss\u00e8de un service secret, mais l&rsquo;ISI dans ses pr\u00e9rogatives et ses actions, d\u00e9passe, et de loin, celles qui sont commun\u00e9ment admises dans la plupart des pays. Cr\u00e9\u00e9 en 1948 par un Officier britannique (4), cet organisme s&rsquo;est fait conna\u00eetre au fil des ann\u00e9es pour ses actions entreprises contre son voisin imm\u00e9diat, l&rsquo;Inde. Engag\u00e9e dans une lutte sans merci avec ce pays, sans avoir jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent atteint le stade ultime du conflit nucl\u00e9aire, le Pakistan a vu ses services secrets se d\u00e9velopper, et prosp\u00e9rer, au point o\u00f9 il commun\u00e9ment admis que l&rsquo;ISI est aujourd&rsquo;hui \u00ab un Etat dans l&rsquo;Etat \u00bb, qu&rsquo;il est si \u00ab ind\u00e9pendant \u00bb du pouvoir politique que l&rsquo;on peut se demander qui influence et qui dirige qui entre l&rsquo;ex\u00e9cutif pakistanais et l&rsquo;ISI.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre de proximit\u00e9 pakistanaise contre son voisin \u00ab ut\u00e9rin \u00bb a pour enjeu principal le Jammu-Cachemire, province montagneuse situ\u00e9e au Nord de ce pays, et force est de constater que l&rsquo;ISI s&rsquo;y est engag\u00e9 grandement, en mettant en place depuis plusieurs ann\u00e9es des r\u00e9seaux et des mouvements islamistes radicaux pour contrer New Delhi. Ce conflit avec l&rsquo;Inde a \u00e9t\u00e9 pendant plusieurs d\u00e9cennies le principal axe de d\u00e9veloppement et d&rsquo;actions de l&rsquo;ISI ; cependant, \u00e0 partir 1979, avec l&rsquo;invasion sovi\u00e9tique en Afghanistan, les services secrets pakistanais ont r\u00e9orient\u00e9 leur \u00ab politique \u00bb, ne voulant pas manquer la \u00ab chance \u00bb que repr\u00e9sentait cette guerre pour influer d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre sur leur voisin occidental, mais aussi pour \u00eatre plus pr\u00e9sent en Asie Centrale, zone fort convoit\u00e9e par nombre de puissances, r\u00e9gionales ou non.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, apr\u00e8s l&rsquo;attentat multicible du 11 septembre 2001 et la politique entreprise par Washington, il appara\u00eet n\u00e9cessaire de se pencher sur le Pakistan  puisque ce pays est devenu la pi\u00e8ce clef des enjeux g\u00e9opolitiques de cette r\u00e9gion  et plus particuli\u00e8rement sur l&rsquo;ISI puisque ces services ont eu et continuent d&rsquo;avoir un r\u00f4le \u00ab actif \u00bb et pr\u00e9\u00e9minent en Afghanistan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour ne pas trop nous \u00e9tendre, nous centrerons volontairement cette approche de l&rsquo;ISI exclusivement sur cet axe Islamabad-Kaboul, sans oublier de traiter de la question de la drogue, moyen de financement de ses actions ; n\u00e9anmoins, un large d\u00e9veloppement sur la structure et l&rsquo;histoire succincte de ce service s&rsquo;av\u00e8re n\u00e9cessaire non seulement pour prendre toute la mesure de la sp\u00e9cificit\u00e9 de cette unit\u00e9 de renseignement et d&rsquo;actions, mais encore pour pr\u00e9ciser l&rsquo;importance de la structure sur l&rsquo;efficacit\u00e9 et les capacit\u00e9s de l&rsquo;Action. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>STRUCTURE ET POUVOIR<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe r\u00f4le d&rsquo;une agence de renseignement est de servir sur la premi\u00e8re ligne de d\u00e9fense en fournissant au gouvernement des informations le plus rapidement possible sur les menaces port\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Au Pakistan, si l&rsquo;ISI a gagn\u00e9 en force et en importance c&rsquo;est que, depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance, les dirigeants politiques et militaires pakistanais ont toujours \u00e9prouv\u00e9 un fort sentiment de menace peser sur leur s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure, notamment en ce qui concerne les probl\u00e8mes que posent les provinces du Sindh ou du Pachtounistan, probl\u00e8mes qui ont acquis aujourd&rsquo;hui de fortes dimensions ethno-nationalistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut dire que le \u00ab p\u00e8re fondateur \u00bb de l&rsquo;ISI, ou plut\u00f4t celui qui lui a donn\u00e9 sa force et sa puissance actuelle fut le G\u00e9n\u00e9ral Ghulam Jillani Khan ; ce dernier fut Directeur G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;ISI sous trois r\u00e9gimes, sous le Pr\u00e9sident Yahya Khan, le premier Ministre Ali Bhutto et le Pr\u00e9sident Zia. Sous son commandement, l&rsquo;ISI est pass\u00e9e d&rsquo;un r\u00f4le p\u00e9riph\u00e9rique dans la R\u00e9publique Islamique du Pakistan \u00e0 une entit\u00e9 incontournable et redoutable \u00e0 tout points de vues. L&rsquo;ISI a copi\u00e9 sa structure sur le service secret iranien, la Savak ; et tout comme la Savak, l&rsquo;ISI a \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9 par la CIA et le SDECE.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a trois agences de renseignement au Pakistan : l&rsquo;ISI, le Renseignement Militaire (MI) (5)  et le Bureau du Renseignement (Intelligence Bureau, IB). Chaque entit\u00e9 a ses responsabilit\u00e9s propres, mais partagent cependant le m\u00eame but : assurer la s\u00e9curit\u00e9 nationale du pays. G\u00e9n\u00e9ralement, l&rsquo;ISI et le MI se concentrent sur les affaires touchant aux int\u00e9r\u00eats militaires imm\u00e9diats, alors que l&rsquo;IB est normalement plus sp\u00e9cialis\u00e9 sur les activit\u00e9s politiques int\u00e9rieures. L&rsquo;IB surveille les politiciens, les militants politiques, les personnes \u00ab suspect\u00e9es d&rsquo;activit\u00e9s terroristes \u00bb, et bien s\u00fbr les agents de renseignement \u00e9trangers ; des rapports indiquent (6) que l&rsquo;IB pratiquerait commun\u00e9ment les \u00e9coutes clandestines, interceptant et ouvrant le courrier priv\u00e9. N\u00e9anmoins, le r\u00f4le de l&rsquo;IB reste mineur par rapport \u00e0 celui de l&rsquo;ISI. Soulignons pourtant que les relations entre l&rsquo;IB et l&rsquo;ISI n&rsquo;ont pas toujours \u00e9t\u00e9 bonnes, et que cela n&rsquo;a pas sp\u00e9cialement uvr\u00e9 pour le bien du pays, ni pour le succ\u00e8s des armes du Pakistan Le Pr\u00e9sident Ayub Khan utilisa l&rsquo;ISI \u00e0 des fins politiques, comme le firent d&rsquo;ailleurs ses successeurs Yahya Khan et l&rsquo;ancien Premier Ministre Zulfiquar Ali Bhutto. Et ainsi, sous le r\u00e9gime d&rsquo;Ayub, d\u00e9but 1965, pendant la guerre entre l&rsquo;Inde et le Pakistan, l&rsquo;ISI \u00e9tait-elle incapable de localiser les Divisions blind\u00e9es indiennes \u00e0 cause de ses pr\u00e9occupations en politique int\u00e9rieure (7). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ISI a une organisation structurelle monolithique qui couvre \u00e0 la fois les op\u00e9rations de renseignement ext\u00e9rieures et int\u00e9rieures du pays. L&rsquo;ISI est une agence totalement militaire, mais elle est sous les ordres du Premier Ministre, avec n\u00e9anmoins un minist\u00e8re de tutelle  pour son budget  qui est celui de la d\u00e9fense. Quant \u00e0 l&rsquo;IB, elle est en grande majorit\u00e9 compos\u00e9e d&rsquo;officiers de Police mais grandement sous la coupe d&rsquo;officiers de l&rsquo;arm\u00e9e (d&rsquo;active et en retraite) ; elle est sous les ordres du Ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur, et \u00e9marge \u00e0 ce minist\u00e8re. Par ailleurs, comme beaucoup de pays, le Pakistan a eu de s\u00e9rieux probl\u00e8mes pour diriger et maintenir ses \u00ab services \u00bb, \u00e0 tel point qu&rsquo;en cinquante ans, il y a eu pas moins de six interventions du Coll\u00e8ge de Coordination des Chefs d&rsquo;Etat-Major (CJCSC) pour revoir son fonctionnement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPendant les premi\u00e8res trente ann\u00e9es qui ont suivi l&rsquo;ind\u00e9pendance du Pakistan le 14 ao\u00fbt 1947, l&rsquo;ISI fut davantage  concentr\u00e9e sur le renseignement int\u00e9rieur que sur le renseignement ext\u00e9rieur. A compter des ann\u00e9es soixante-dix, l&rsquo;ISI s&rsquo;est alors plut\u00f4t limit\u00e9e, dans ses actions, sur le probl\u00e8me indien ; ceci \u00e9tait d\u00fb au fait que le Pakistan avait entam\u00e9 pas moins de trois guerres avec son voisin oriental, et qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00e9occup\u00e9 par la menace que faisait peser l&rsquo;arm\u00e9e indienne sur sa s\u00e9curit\u00e9 nationale. Par la suite, avec l&rsquo;invasion sovi\u00e9tique en Afghanistan, l&rsquo;ISI a modifi\u00e9 ses centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, et a d\u00e9velopp\u00e9 grandement son orientation \u00ab externe \u00bb, d\u00e9passant m\u00eame le cadre afghan, et agissant sur l&rsquo;ensemble des pays de l&rsquo;Asie Centrale. Ainsi, pendant les ann\u00e9es quatre-vingt, l&rsquo;ISI a-t-elle \u00e9t\u00e9 \u00e9troitement impliqu\u00e9e dans la guerre de gu\u00e9rilla men\u00e9e contre l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ISI, qui compte au minimum vingt-cinq mille personnels (8), a toujours \u00e9t\u00e9 command\u00e9e par un Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral issu de l&rsquo;Arm\u00e9e de Terre, appel\u00e9 Directeur G\u00e9n\u00e9ral (DG-ISI). Aujourd&rsquo;hui, et ce depuis le 8 octobre 2001, le DG est le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Ehsanul Haq, un Pathane (un Pachtoune du Pakistan), anciennement Commandant du Corps d&rsquo;Arm\u00e9e des forces pakistanaises bas\u00e9 \u00e0 Peshawar, mais aussi ancien Chef des renseignements militaires (MI, Military Intelligence); il a remplac\u00e9 le tr\u00e8s controvers\u00e9 Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Mahmoud Ahmed (9) lequel avait entretenu des liens \u00e9troits avec l&rsquo;ex\u00e9cutif des Talibans. Notons ici que le fait d&rsquo;avoir choisi de mettre \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;ISI quelqu&rsquo;un qui a \u00e9t\u00e9 six mois \u00e0 la t\u00eate du Commandement du Corps d&rsquo;Arm\u00e9e de Peshawar, rel\u00e8ve d&rsquo;un choix judicieux ; en effet, le Commandant du Corps de Peshawar est celui qui fournit de l&rsquo;aide et qui sert de base logistique aux Talibans. Ainsi, le nouveau DG-ISI est-il tr\u00e8s au fait des pratiques talibans, connaissant leurs bases, l&rsquo;\u00e9tat de leurs avoirs, leurs secrets (10). N\u00e9anmoins on peut se demander si changer la t\u00eate d&rsquo;un service comme l&rsquo;ISI peut suffire \u00e0 changer les mentalit\u00e9s des personnels y travaillant, engag\u00e9s dans l&rsquo;action depuis longtemps, et qui ont \u00ab pratiqu\u00e9 \u00bb des r\u00e9seaux et entretenu des contacts \u00e9troits dans les milieux religieux salafistes (11). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCelui qui a nomm\u00e9 le nouveau chef de l&rsquo;ISI (DG-ISI) est le G\u00e9n\u00e9ral Pervez Musharraf ; ce dernier est arriv\u00e9 au pouvoir, rappelons-le, par un coup d&rsquo;Etat le 12 octobre 1999. Arr\u00eatons-nous donc un petit peu sur ce nouvel homme fort du Pakistan, celui qui tient d\u00e9sormais les r\u00eanes du pouvoir  pour peut-\u00eatre une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;instar du G\u00e9n\u00e9ral Zia-Ul-Haq (12), disent certains. N\u00e9 le 11 ao\u00fbt 1943 \u00e0 Delhi, Pervez Musharraf est un \u00ab mohajir \u00bb, un musulman ourdophone qui a fui l&rsquo;Inde lors de la partition de 1947. Il a fait ses \u00e9tudes secondaires \u00e0 Karachi, et il est entr\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e en 1964 ; il a servi dans un r\u00e9giment d&rsquo;artillerie apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie militaire de Kakul dans la province de la Fronti\u00e8re Nord-Ouest. Il a combattu l&rsquo;arm\u00e9e indienne dans le Pendjab lors de la guerre de seize jours en 1965 ; il y fut d\u00e9cor\u00e9 pour sa bravoure. Lors du conflit de 1971, il \u00e9tait dans une unit\u00e9 de commandos. En 1987, Musharraf \u00e9tait nomm\u00e9 par le G\u00e9n\u00e9ral Zia, chef des SSG (les Special Services Group) (13). Il a ensuite gravi les \u00e9chelons, commandant des divisions blind\u00e9es et des brigades d&rsquo;Infanterie. En 1995, il \u00e9tait chef des forces arm\u00e9es \u00e0 Mangla (Pendjab), une importante garnison proche de la fronti\u00e8re indienne. Le G\u00e9n\u00e9ral Musharraf est dipl\u00f4m\u00e9 de la prestigieuse \u00e9cole et facult\u00e9 de commandement de Quetta (dans le Balouchistan), du Coll\u00e8ge Royal des Etudes de D\u00e9fense britannique (RCDS) et de l&rsquo;\u00e9cole de guerre du Coll\u00e8ge National de D\u00e9fense. Il avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 Chef d&rsquo;Etat-Major le 7 octobre 1998  avec les recommandations du G\u00e9n\u00e9ral Nasir , suite \u00e0 la d\u00e9mission du g\u00e9n\u00e9ral Jehangir Karamat lequel avait critiqu\u00e9 le Premier Ministre Nawaz Sharif. Il prit le pouvoir le 12 octobre 1999, quand Sharif d\u00e9cida de le remplacer par le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Khawaja Ziauddin, chef de l&rsquo;ISI. Sharif et son fr\u00e8re, ainsi que le G\u00e9n\u00e9ral Ziauddin furent imm\u00e9diatement plac\u00e9s en \u00ab d\u00e9tention afin d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9s \u00bb, selon les dires du porte-parole de l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;\u00e9poque. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn ne peut pas dire que Musharraf soit un d\u00e9fenseur \u00ab affich\u00e9 \u00bb des islamistes radicaux ; et il appara\u00eetrait m\u00eame \u00e0 premi\u00e8re vue comme un \u00ab la\u00efc \u00bb, pour autant que cela signifie quelque chose dans une R\u00e9publique Islamique. Dans son premier discours \u00e0 la nation, il critiquait d&rsquo;ailleurs \u00ab les \u00e9l\u00e9ments qui exploitent la religion au b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;int\u00e9r\u00eats particuliers \u00bb. Musharraf est aussi un fervent admirateur de Mustapha Kemal, et il parle d&rsquo;ailleurs le turc couramment. Mais ceci ne permet cependant pas d&rsquo;avancer qu&rsquo;il soit un \u00ab anti \u00bb islamiste. A ce sujet notons sa longue et grande amiti\u00e9 pour le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral (CR) Javed Nasir, fondamentaliste d\u00e9oband s&rsquo;il en est, et ancien DG-ISI ; et aussi ce que dit un analyste am\u00e9ricain \u00e9minent, Selig Harrison, comme d&rsquo;autres sources (14), qui avance que le G\u00e9n\u00e9ral Musharraf aurait des liens tr\u00e8s anciens avec les groupes fondamentalistes islamiques comme Harkat-ul-Mujahideen (HUM) et le Harkat ul Ansar. D&rsquo;ailleurs, il est rapport\u00e9 (15) que peu apr\u00e8s sa nomination comme Chef d&rsquo;Etat-Major, Musharraf aurait promu un certain nombre d&rsquo;officiers aux liens tr\u00e8s \u00e9troits avec les fondamentalistes. Aujourd&rsquo;hui, si le G\u00e9n\u00e9ral Musharraf embo\u00eete le pas des am\u00e9ricains, n&rsquo;oublions donc pas que les salafistes savent aussi ce que peut-\u00eatre une alliance objective et ses avantages. Un Ambassadeur d&rsquo;un pays asiatique musulman avan\u00e7ait d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il y avait au Pakistan une bombe \u00e0 retardement pr\u00eate \u00e0 exploser : \u00ab En Indon\u00e9sie ou en Turquie, vous avez une arm\u00e9e et des classes moyennes qui d\u00e9fendent les valeurs s\u00e9culi\u00e8res, mais ici au Pakistan, l&rsquo;arm\u00e9e ne fera aucune r\u00e9sistance \u00e0 un mouvement islamique et aucun parti ne souhaitera se lever contre le fondamentalisme \u00bb (16).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa diffusion du fondamentalisme islamique provient de plus en plus de l&rsquo;arm\u00e9e pakistanaise elle-m\u00eame, constate Elie Krakowski, chercheur \u00e0 l&rsquo;IAS (17) ; beaucoup plus de jeunes officiers sortent des madrasas que des \u00e9coles et coll\u00e8ges nationaux, et pr\u00e8s de 30% des officiers de l&rsquo;Arm\u00e9e de Terre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui disent \u00eatre \u00ab des militants islamiques et r\u00e9ceptifs aux appels des partis religieux en faveur d&rsquo;une r\u00e9volution islamique au Pakistan \u00bb (18). L&rsquo;Inter-Services-Intelligence \u00e9tant un organisme militaire \u00e0 100%, n&rsquo;\u00e9chappe pas, bien s\u00fbr, \u00e0 ce courant islamiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe Directeur G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;ISI (DG-ISI), aujourd&rsquo;hui donc le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Ehsanul Haq, est second\u00e9 par trois directeurs g\u00e9n\u00e9raux adjoints (DDG, Deputy Directors-General), le premier responsable de la branche \u00ab politique \u00bb (DDG), le second de la branche \u00ab ext\u00e9rieure \u00bb (DDG-I) et le troisi\u00e8me responsable de la partie \u00ab administration \u00bb(DDG-II). L&rsquo;ISI, dont le quartier g\u00e9n\u00e9ral est situ\u00e9 derri\u00e8re les hauts murs le long de l&rsquo;avenue Khayban-e-Suharwady au cur d&rsquo;Islamabad, est structur\u00e9e en huit Divisions : <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le Bureau de coordination du renseignement (Joint Intelligence Bureau, JIB), responsable de la collecte du renseignement \u00e9manant de sources ouvertes (Open Sources Intelligence, OSINT) et du renseignement humain (HUMINT), tant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du Pakistan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le Bureau de coordination du contre-espionnage (Joint Counter-Intelligence Bureau, JCIB), responsable du contre-espionnage aussi bien sur le territoire pakistanais qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de celui-ci ; c&rsquo;est la DST pakistanaise. Quatre Directeurs en assurent le commandement : le Directeur charg\u00e9 de la surveillance de terrain, des diplomates \u00e9trangers et des non-pakistanais pr\u00e9sents sur le territoire de la R\u00e9publique Islamique du Pakistan ; le Directeur charg\u00e9 des affaires politiques externes ; le Directeur plus sp\u00e9cialement en charge de l&rsquo;Asie, de l&rsquo;Europe et du Moyen-orient ; enfin, un Directeur attach\u00e9 aupr\u00e8s du Secr\u00e9tariat du Premier Ministre. Le JCIB rec\u00e8le \u00e9galement une unit\u00e9 appel\u00e9e Section de S\u00e9curit\u00e9 Inter Arme (Inter Service Security Section, ISSS) dont la t\u00e2che principale est la surveillance des personnels de l&rsquo;ISI. Le JCIB est pr\u00e9sent sous forme de d\u00e9tachements \u00e0 Lahore, Peshawar, Karachi, Kohat, Rawalpindi, Mardan, Nowshera, Attock, Hyderabad, Tulbul, Gilgit, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le Bureau de coordination du renseignement \u00e9lectronique (Joint Signals Intelligence Bureau, JSIB), responsable, lui, de tout ce qui touche de pr\u00e8s ou de loin aux communications \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du Pakistan, ceci sous la coupe d&rsquo;un Directeur technique du rang de Colonel,. Un grand nombre d&rsquo;officier et d&rsquo;hommes travaillant au JSIB sont issus de l&rsquo;Arme des Transmissions. Le JSIB a des repr\u00e9sentations situ\u00e9es \u00e0 Karachi, Lahore et Peshawar, ces trois unit\u00e9s \u00e9tant chacune dirig\u00e9e par un Directeur adjoint. Trois autres Directeurs adjoints assistent le Directeur technique, le premier charg\u00e9 des communications radio, le second des \u00e9coutes et le troisi\u00e8me de la photographie. Notons qu&rsquo;un  grand nombre de stations d&rsquo;\u00e9coutes du JSIB sont situ\u00e9es le long de la fronti\u00e8re avec l&rsquo;Inde (Bharat). C&rsquo;est le JSIB qui fournit en mat\u00e9riels radio les agents op\u00e9rant au Cachemire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La Coordination du renseignement Nord (Joint Intelligence North, JIN), charg\u00e9e de la guerre au Jammu-Cachemire et du contr\u00f4le de l&rsquo;Afghanistan par le biais des Talibans. Elle est charg\u00e9e de  l&rsquo;\u00ab Arm\u00e9e de l&rsquo;Islam \u00bb regroupant des organisations comme le groupe Al Quaeda (La Base) d&rsquo;Oussama Ben laden, le Harkat-ul-Mujahideen (HUM) et le Jaish-e-Mohammad (JEM) de Maulana Massoud Azhar, le Laskar-e-Toiba, ainsi que le Al Badr. Le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Mohammad Aziz, Commandant de Corps d&rsquo;Arm\u00e9e \u00e0 Lahore serait (19)  le Chef d&rsquo;Etat-Major clandestin de cette \u00ab Arm\u00e9e de l&rsquo;Islam \u00bb. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotons que le HUM serait membre du Front Islamique International d&rsquo;Oussama Ben Laden selon le Pattern of Global Terrorism pour l&rsquo;ann\u00e9e 2000, \u00e9tabli par la Division anti-terroriste du Secr\u00e9tariat d&rsquo;Etat am\u00e9ricain, rendu public le 30 avril 2001. Le HUM (Harkat-ul-Mujahideen) est bas\u00e9 \u00e0 Muzaffarabad, \u00e0 Rawalpindi ainsi que dans plusieurs autres villes du Pakistan et d&rsquo;Afghanistan, mais ses membres m\u00e8nent des insurrections et des activit\u00e9s terroristes principalement au Cachemire ; ses militants \u00e9tant entra\u00een\u00e9s en Afghanistan et au Pakistan. Ce mouvement re\u00e7oit des fonds de l&rsquo;Arabie Saoudite et d&rsquo;autres pays du Golfe, comme du Pakistan et du Cachemire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuant au JEM (Jaish-e-Mohammad), il est lui aussi bas\u00e9 au Pakistan ; il s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 rapidement en taille et en capacit\u00e9s depuis que l&rsquo;ultra fondamentaliste Maulana Massoud Azhar, en a annonc\u00e9 sa cr\u00e9ation en f\u00e9vrier 2001. Le JEM aspire \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 du Cachemire et du Pakistan, et il est politiquement align\u00e9 avec le parti radical pro Taliban, Jamiat-i Ulema-i Islam (JUI). C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs  le JUI qui est, avec d&rsquo;autres mouvements salafistes, ma\u00eetre recruteur des milliers de pakistanais combattant en Afghanistan. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de ce parti, le Docteur Khalid Mehmoud Soomro, d\u00e9clarait sans complexe : \u00abSoyons clairs ; les groupes Jihad ne peuvent fonctionner ni survivre sans un patronage officiel [pakistanais] . Y aurait-il d&rsquo;ailleurs un seul centre d&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la Jihad en mesure d&rsquo;op\u00e9rer sans le consentement de l&rsquo;arm\u00e9e pakistanaise ? D&rsquo;o\u00f9 pensez-vous que leurs fonds proviennent ? Ils ne pourraient s\u00fbrement pas subsister des seuls dons issus d&rsquo;individus. Ces groupes ont des t\u00e9l\u00e9phones mobiles, des land cruisers et des armes. \u00bb (20) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn ce qui concerne plus particuli\u00e8rement le LET (Laskar-e-Toiba), regroup\u00e9 \u00e0 Murdke (pr\u00e8s de Lahore) et \u00e0 Muzaffarabad, il entra\u00eene ses militants dans des camps mobiles de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Cachemire pakistanais ainsi qu&rsquo;en Afghanistan (21). Le LET avance que \u00ab plus de 300 de ses martyrs ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s aupr\u00e8s des Forces Islamiques en Afghanistan, au Tadjikistan, en Bosnie, en Tch\u00e9tch\u00e9nie, au Liban, au Cashmire et ailleurs \u00bb (22) .<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour en revenir au JIN (Joint Intelligence North), il serait \u00e9galement charg\u00e9 du contr\u00f4le sur la culture de l&rsquo;opium, le raffinement de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne comme de la contrebande entre le territoire pakistanais et afghan. La sous-section traitant particuli\u00e8rement de l&rsquo;Afghanistan est structur\u00e9e en trois branches : la premi\u00e8re s&rsquo;occupant de l&rsquo;entra\u00eenement et des op\u00e9rations, la seconde de la distribution des armes et du support logistique, la derni\u00e8re traitant du probl\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s afghans et de la guerre psychologique. C&rsquo;est cette derni\u00e8re qui a r\u00e9ussi un des plus beaux \u00ab coups \u00bb en pratiquant la d\u00e9sinformation au d\u00e9triment des afghans anti-Talibans. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut relater ici cette op\u00e9ration car ses cons\u00e9quences sont aujourd&rsquo;hui encore bien vivaces. On peut v\u00e9rifier que pour qualifier les opposants aux Talibans, le terme habituellement usit\u00e9 est celui d&rsquo; \u00abAlliance du Nord \u00bb ; or, cette appellation n&rsquo;est autre qu&rsquo;un terme qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e de toute pi\u00e8ce par le JIN afin de stigmatiser et discr\u00e9diter ces forces d&rsquo;opposition, et faire croire \u00e0 l&rsquo;opinion internationale qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;un groupuscule g\u00e9ographiquement et ethniquement circonscrit, alors que ce n&rsquo;est pas le cas (23). Le seul terme propre et ad\u00e9quat pour qualifier impartialement la coalition anti-Taliban est et a toujours \u00e9t\u00e9 \u00a0\u00bbFront Uni\u00a0\u00bb ou, dans sa forme int\u00e9grale, \u00a0\u00bbFront Uni Islamique et National pour le Salut de l&rsquo;Afghanistan\u00a0\u00bb, le Jabha-yi Muttahid-i Islami-yi Milli bara-yi Nijat-i Afghanistan. En un premier temps le JIN a fait circuler cette fausse appellation dans les m\u00e9dias pakistanais, et par le principe bien connu des relais (24), elle est devenue celle de tous les m\u00e9dias occidentaux sans exception <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La Coordination du renseignement divers (Joint Intelligence Miscellaneous, JIM), en charge des actions secr\u00e8tes partout dans le monde et de l&rsquo;acquisition du renseignement sur le nucl\u00e9aire et la technique balistique (missiles). C&rsquo;est le JIM qui a permis au Pakistan d&rsquo;avoir \u00ab la bombe \u00bb. Le JIM est command\u00e9 par un Directeur des op\u00e9rations qui est lui m\u00eame second\u00e9 par deux adjoints, le premier charg\u00e9 de l&rsquo;Europe et des Etats-Unis, le second de l&rsquo;Asie et du Moyen-Orient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La Coordination du renseignement X (Joint Intelligence X, JIX), responsable de l&rsquo;administration et de la comptabilit\u00e9 des services. Il assure \u00e9galement une aide substantielle au profit des diff\u00e9rentes  branches de l&rsquo;ISI ; c&rsquo;est le JIX qui pr\u00e9pare les estimations du renseignement et l&rsquo;\u00e9valuation des  menaces. Le Directeur du JIX est second\u00e9 par cinq adjoints, lesquels ont pour t\u00e2che : l&rsquo;administration, le budget, les comptes, les transports et les activit\u00e9s diverses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La Coordination du renseignement technique (Joint Intelligence Technical, JIT), qui a la charge de la collecte de tous les renseignements d&rsquo;ordre technique (TECHINT) autres que ceux touchant aux communications, mais \u00e9galement des recherches et d\u00e9veloppements portant sur les \u00ab artifices \u00bb et autres \u00ab gadgets \u00bb propres aux services sp\u00e9ciaux du monde entier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La Branche sp\u00e9ciale (Special Wing), qui a pour mission d&rsquo;entra\u00eener et de former au renseignement des Forces Arm\u00e9es au sein de l&rsquo;Acad\u00e9mie du Renseignement des Services de D\u00e9fense (ISI Academy), et qui est aussi responsable des liaisons avec les services et les organismes de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9trangers (Military Liaison Section, MLS). L&rsquo;Acad\u00e9mie est dirig\u00e9e par un directeur adjoint, qui est assist\u00e9 par un Officier charg\u00e9 sp\u00e9cialement des questions des langues \u00e9trang\u00e8res, et d&rsquo;un autre Officier charg\u00e9 de l&rsquo;entra\u00eenement technique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa structure particuli\u00e8re de l&rsquo;ISI, couvrant \u00e0 la fois le service ext\u00e9rieur et les renseignements g\u00e9n\u00e9raux, lui conf\u00e8re un r\u00f4le des plus \u00e9minent et font de ce service un des plus puissants qui soit ; \u00ab c&rsquo;est une source de pouvoir et une des plus viriles agences de renseignement du Tiers-Monde \u00bb (25). A cet \u00e9gard, des similitudes peuvent \u00eatre \u00e9tablies entre la structure de l&rsquo;ISI et celle de l&rsquo;ancien KGB. C&rsquo;est en ce sens que le propos d&rsquo;un ancien officiel du Secr\u00e9tariat du gouvernement indien prend toute son ampleur ; \u00ab En Inde, il y a un point de vue qui circule dans certains cercles et qui avance que la seule possibilit\u00e9 pour l&rsquo;Inde de lutter contre les activit\u00e9s de l&rsquo;ISI \u00e0 son \u00e9gard est d&rsquo;avoir une version indienne de l&rsquo;ISI ; () le DIA indien (Defense Intelligence Agency) doit \u00eatre model\u00e9 sur le mod\u00e8le de l&rsquo;ISI plut\u00f4t que sur le mod\u00e8le anglais de la Defense Intelligence Staff (DIS) ou sur le mod\u00e8le am\u00e9ricain, qui ont des agences pour l&rsquo;analyse et l&rsquo;\u00e9valuation du renseignement militaire d&rsquo;une mani\u00e8re holistique, avec des pouvoirs attribu\u00e9s au renseignement clandestin uniquement pendant les p\u00e9riodes de guerre ou quand elles sont d\u00e9ploy\u00e9es sur des zones de conflits \u00bb (26).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme le note le sp\u00e9cialiste de l&rsquo;ISI, B. Raman (27), depuis sa cr\u00e9ation, il y eut trois moments o\u00f9 la Direction G\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ISI fut \u00e0 couteaux tir\u00e9s avec le Chef d&rsquo;Etat-major de l&rsquo;Arm\u00e9e de Terre (Chief Of the Army Staff, COAS) ; trois moments qui \u00e9clairent les rapports \u00e9troits et tumultueux entre le pouvoir ex\u00e9cutif et les services sp\u00e9ciaux. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa premi\u00e8re fois, pendant le premier mandat comme Premier Ministre de Benazir Bhutto (28), apr\u00e8s un complot d\u00e9jou\u00e9 (la \u00ab nuit des chacals \u00bb du 6 octobre 1989) qui avait r\u00e9uni des officiers sup\u00e9rieurs de l&rsquo;ISI, des d\u00e9put\u00e9s et des dissidents politiques, lesquels visaient \u00e0 destituer le chef de l&rsquo;ex\u00e9cutif. C&rsquo;est pourquoi, afin de r\u00e9duire les pouvoirs de l&rsquo;ISI, de r\u00e9organiser la communaut\u00e9 du renseignement et d&rsquo;accro\u00eetre les pouvoirs des Officiers de Police de l&rsquo;Intelligence Bureau (davantage l&rsquo;\u00e9quivalent de nos RG que de notre DST), Madame Benazir Bhutto a mis fin \u00e0 la tradition qui voulait que le DG-ISI soit un Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;active recommand\u00e9 par le COAS, en nommant en 1989 le Major-G\u00e9n\u00e9ral (ER) Shamsur Rahman Kallue  un homme proche de son p\u00e8re  en remplacement du Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Hamid Gul ; elle confia au premier la t\u00e2che de mettre fin au travail de l&rsquo;ISI \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du pays, et de civilianiser l&rsquo;ISI comme l&rsquo;Intelligence Bureau. Cet acte du Premier Ministre marqua le d\u00e9but de ses probl\u00e8mes avec le G\u00e9n\u00e9ral Mirza Aslam Beg, le COAS de l&rsquo;\u00e9poque ; cela se termina en ao\u00fbt 1990 par la d\u00e9mission de Madame Benazir Bhutto, et rendit le Major-G\u00e9n\u00e9ral (ER) Shamsur Rahman Kallue persona non grata (29). Le G\u00e9n\u00e9ral Beg transf\u00e9ra la responsabilit\u00e9 de la guerre au Jammu-Cachemire et l&rsquo;assistance aux extr\u00e9mistes Sikhs du Pendjab de l&rsquo;ISI \u00e0 la Direction du Renseignement Militaire, travaillant sous la responsabilit\u00e9 du Chef d&rsquo;Etat-Major G\u00e9n\u00e9ral (CGS). La mise en place \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;ISI du Major-G\u00e9n\u00e9ral (ER) Shamsur Rahman Kallue fut cependant neutralis\u00e9e par l&rsquo;action du G\u00e9n\u00e9ral Beg qui, d\u00e8s qu&rsquo;il eut connaissance de la nomination du nouveau DG-ISI, fit transf\u00e9rer les dossiers des principaux hommes politiques du quartier g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;ISI au quartier g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Arm\u00e9e de Terre. Benazir Bhutto avait mis \u00e9galement en place une commission sous la responsabilit\u00e9 du G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Arm\u00e9e de l&rsquo;Air Zulfiquar Ali Khan, afin de revoir le fonctionnement de l&rsquo;ensemble des agences de renseignement pakistanais ; toutefois le Premier Ministre devait quitter le pouvoir avant que la mise en place de ces r\u00e9formes ne f\u00fbt possible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa deuxi\u00e8me p\u00e9riode tendue eut lieu pendant le premier mandat de Nawaz Sharif (30), quand celui-ci nomma \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;ISI, le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Javed Nasir, un officier Cachemirei fondamentaliste, alors qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas recommand\u00e9 par le COAS pour ce poste. Le COAS de l&rsquo;\u00e9poque, le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Asif Nawaz Janjua \u00e9vin\u00e7a le DG-ISI du Coll\u00e8ge des Commandants de Corps mais retransf\u00e9ra n\u00e9anmoins \u00e0 l&rsquo;ISI la responsabilit\u00e9 des affaires concernant le Jammu-Cachemire (J&#038;K), comme l&rsquo;assistance aux extr\u00e9mistes Sikhs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa troisi\u00e8me p\u00e9riode de tensions arriva durant le second mandat de Nawaz Sharif (31), quand ce dernier nomma le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Ziauddin, un homme du G\u00e9nie, \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;ISI, outrepassant les objections du Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Pervez Musharraf (\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque Directeur G\u00e9n\u00e9ral des Op\u00e9rations Militaires, et actuel chef de l&rsquo;Etat pakistanais) et ouvrant ainsi le conflit entre les deux personnes. A cette occasion, le G\u00e9n\u00e9ral Musharraf non seulement muta le DG-ISI sortant (le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Mohammad Aziz) au Quartier G\u00e9n\u00e9ral comme Chef d&rsquo;Etat-Major G\u00e9n\u00e9ral (CGS), mais transf\u00e9ra la Coordination du renseignement Nord (Join Intelligence North, JIN) sous le commandement de la Direction G\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;Intelligence Militaire (DGMI) supervis\u00e9 par le G\u00e9n\u00e9ral Aziz. Il est reconnu (32)  que le JIN continua de fonctionner sous la coupe du DGMI m\u00eame apr\u00e8s la nomination du Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Mahmoud Ahmed, donc apr\u00e8s le renversement du Premier Ministre Nawaz Sharif le 12 octobre 1999, suite \u00e0 la prise de pouvoir par le G\u00e9n\u00e9ral Pervez Musharraf.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes services secrets pakistanais ont \u00e9galement servi \u00e0 faire tomber des gouvernements. Il est commun\u00e9ment admis que l&rsquo;ISI aurait mis fin aux jours de l&rsquo;un des deux fr\u00e8res de l&rsquo;ancien Premier Ministre Benazir Bhutto, Shah Nawaz Bhutto, en l&#8217;empoisonnant sur la C\u00f4te d&rsquo;Azur en 1985. Le but de cet assassinat n&rsquo;\u00e9tait autre que d&rsquo;intimider Benazir Bhutto elle-m\u00eame, afin qu&rsquo;elle ne revienne pas au Pakistan et qu&rsquo;elle ne prenne pas la direction de la coalition des onze partis pour la restauration de la d\u00e9mocratie (le Mouvement pour la Restauration de la D\u00e9mocratie, cr\u00e9e en 1981). Cependant Madame Bhutto revint non seulement au Pakistan en avril 1986 mais aussi au pouvoir en novembre 1988 toutefois elle se vit destitu\u00e9e en ao\u00fbt 1990. Pour y arriver, l&rsquo;ISI lan\u00e7a une op\u00e9ration sp\u00e9ciale. Le 17 juillet 1989, au cours d&rsquo;une visite d&rsquo;Etat au Pakistan, une conversation entre le Premier Ministre pakistanais et son homologue indien, Rajiv Gandhi, fit l&rsquo;objet d&rsquo;un enregistrement clandestin. La pi\u00e8ce o\u00f9 eut lieu cet entretien avait \u00e9t\u00e9 \u00ab pi\u00e9g\u00e9e \u00bb et truff\u00e9e de micros par l&rsquo;ISI ; la discussion avait notamment port\u00e9 sur une possible r\u00e9duction des troupes de part et d&rsquo;autre de la fronti\u00e8re entre les deux pays, Benazir Bhutto ayant apparemment donn\u00e9 son accord de principe \u00e0 cette proposition. Peu apr\u00e8s, le 24 juillet, le G\u00e9n\u00e9ral Beg rencontrait le Pr\u00e9sident Ghulam Ishaq Khan, et ils d\u00e9cid\u00e8rent de mettre fin au mandat de Benazir Bhutto ; afin de convaincre l&rsquo;opposition et obtenir son soutien dans ce renversement politique, l&rsquo;enregistrement fut utilis\u00e9 (33). Il fallut n\u00e9anmoins attendre des \u00e9meutes \u00e0 caract\u00e8re politique et des actes de violences dans les rues tant \u00e0 Karachi qu&rsquo;\u00e0 Hyderabad pour que le Pr\u00e9sident pakistanais Ghulam Isad Khan d\u00e9m\u00eet Benazir Bhutto.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour bien illustrer le propos concernant le r\u00f4le important que l&rsquo;ISI exerce sur le monde politique pakistanais, rapportons les mots d&rsquo;un ancien Ministre des Finances pakistanais, le Docteur Mubashir Hassan : \u00ab () \u00e0 pr\u00e9sent, le monde politique pakistanais est le r\u00e9sultat de manipulations au sommet, et les gagnants sont sans d\u00e9fense devant les services secrets \u00bb (34) ; signalons \u00e9galement ce que disait le chef du Awami National Party, Ghulam Ahmad Bilour : \u00ab Monsieur Nawaz Sharif ne sait pas ce que l&rsquo;ISI fait, tout comme l&rsquo;ISI n&rsquo;a pas tenu inform\u00e9 Madame Benazir Bhutto sur leurs activit\u00e9s \u00bb (35). <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>L&rsquo;AFFAIRE AFGHANE<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVis \u00e0 vis de l&rsquo;Afghanistan, le Pakistan a jou\u00e9 diff\u00e9rentes cartes pour tenter de parvenir \u00e0 ses fins : mettre en place \u00e0 Kaboul un Gouvernement \u00e0 m\u00eame d&rsquo;ent\u00e9riner sa nouvelle politique strat\u00e9gique ; une \u00ab strat\u00e9gie de la profondeur \u00bb, entamant en cela \u00ab l&rsquo;ouverture d&rsquo;un troisi\u00e8me cycle g\u00e9opolitique \u00bb (36)  de leur pays  apr\u00e8s la premi\u00e8re p\u00e9riode, celle de la guerre froide o\u00f9 le Pakistan fut int\u00e9gr\u00e9 dans la politique d&rsquo;endiguement, et apr\u00e8s celle qui a suivit sa s\u00e9paration d&rsquo;avec le Bengladesh, moment o\u00f9 Islamabad se tourna davantage vers les pays du Golfe et du Proche-Orient. Un seul pays  le Pakistan  estime avoir d&rsquo;importantes raisons \u00e9conomiques pour justifier son intervention en Afghanistan, apprend-t-on \u00e0 la lecture d&rsquo;un rapport canadien datant de juillet 2000, sur <em>Les Interventions ext\u00e9rieures en Afghanistan<\/em> (37). Sa vision premi\u00e8re de l&rsquo;essor \u00e9conomique de la r\u00e9gion \u00e9tait centr\u00e9e sur la cr\u00e9ation d&rsquo;axes de transport (en particulier pour l&rsquo;\u00e9nergie) qui traverseraient l&rsquo;Asie Centrale. Comme il est indispensable qu&rsquo;une r\u00e9gion soit s\u00fbre pour y construire et y maintenir des routes et des pipelines, la possibilit\u00e9 qu&rsquo;une faction  en l&rsquo;occurrence aujourd&rsquo;hui les Talibans  contr\u00f4le tout l&rsquo;Afghanistan est vue d&rsquo;un bon il par Islamabad. Et ainsi que le dit tr\u00e8s bien Olivier Roy, le soutien pakistanais aux moudjahidin afghans \u00ab devait l\u00e9gitimement se conclure par un quasi-protectorat sur l&rsquo;Afghanistan lib\u00e9r\u00e9, au nom de l&rsquo;Islam  mais aussi plus subtilement gr\u00e2ce aux fili\u00e8res ethniques Pachtounes de part et d&rsquo;autre de la fronti\u00e8re \u00bb (38). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs avec l&rsquo;invasion sovi\u00e9tique en Afghanistan, le Pakistan \u00e9tait devenu pour les Etats-Unis un Etat fronti\u00e8re (<em>frontline state<\/em>) avec l&rsquo;URSS, et entrait donc totalement dans la dynamique de roll back engag\u00e9e par Maison Blanche afin de r\u00e9tr\u00e9cir le champ d&rsquo;action russe, de bloquer leur acc\u00e8s aux mers chaudes (39) et \u00e0 long terme de mettre fin au pouvoir sovi\u00e9tique au Kremlin ; il s&rsquo;ensuivit une collaboration active de Washington , avec un r\u00f4le important jou\u00e9 par la CIA aupr\u00e8s de l&rsquo;ISI. En dehors des dons du D\u00e9partement d&rsquo;Etat am\u00e9ricain et de certains pays occidentaux, une poign\u00e9e d&rsquo;experts du SAS britannique apporta son aide, via le SSG, pour l&rsquo;entra\u00eenement des moudjahidin aux techniques commandos, tout comme les b\u00e9rets verts et les Navy SEALS am\u00e9ricains. La France, ne fut pas en reste, en dispensant un enseignement sur les  techniques de surveillance, de communication et de premi\u00e8res urgences. Quant \u00e0 Isra\u00ebl, elle a fourni des armes, des blind\u00e9s et m\u00eame des pi\u00e8ces d&rsquo;artillerie ; bien s\u00fbr ces mat\u00e9riels n&rsquo;\u00e9taient pas de fabrication isra\u00e9lienne, ils avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s sur les champs de batailles pendant les guerres de l&rsquo;Etat h\u00e9breu contre les pays arabes (40).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, durant le r\u00e8gne du G\u00e9n\u00e9ral Zia (entre 1977 et 1988), la CIA entra\u00eena les services secrets pakistanais ; rappelons que le Pakistan \u00e9tait alors int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;accord d&rsquo;assistance militaire mutuelle nomm\u00e9e CENTO (Central Treaty Organization). Jouant le jeu de Washington, l&rsquo;appareil militaire pakistanais, et bien s\u00fbr l&rsquo;ISI, ont ainsi \u00ab servi de catalyseur pour la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;URSS et l&rsquo;\u00e9mergence de six r\u00e9publiques musulmanes en Asie Centrale \u00bb (41). N\u00e9anmoins, il faut pourtant remarquer qu&rsquo;en 1980 le G\u00e9n\u00e9ral Zia-Ul-Haq aurait re\u00e7u des conseils de prudence (?) de certains pays occidentaux (notamment de la France) concernant le soutien \u00e0 la r\u00e9sistance afghane (42).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCependant, la CIA ne s&rsquo;est jamais impliqu\u00e9e sur le terrain, \u00e9chaud\u00e9e qu&rsquo;elle \u00e9tait des guerres am\u00e9ricaines men\u00e9es au Vietnam et au Laos. Sous les vifs encouragements de la CIA et de l&rsquo;ISI, qui voulaient transformer la Jihad afghane en une grande guerre men\u00e9e contre l&rsquo;URSS, quelque 35 000 int\u00e9gristes musulmans en provenance de quarante pays islamiques se joignirent \u00e0 la lutte en Afghanistan entre 1982 et 1992 (43). L&rsquo;ISI organisa m\u00eame en 1987 des raids \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Tadjikistan encore sovi\u00e9tique (44). L&rsquo;aide des Etats-Unis fut marqu\u00e9e par une augmentation substantielle de la quantit\u00e9 d&rsquo;armes fournies  une aide annuelle r\u00e9guli\u00e8re \u00e9quivalente, en 1987, \u00e0 65 000 tonnes d&rsquo;armes , de m\u00eame qu&rsquo;un flot incessant de sp\u00e9cialistes de la CIA et du Pentagone, au quartier g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;ISI, sur la route principale, pr\u00e8s de Rawalpindi (45). L&rsquo;ISI, gr\u00e2ce au soutien de Langley et de l&rsquo;aide militaire am\u00e9ricaine s&rsquo;est ainsi rapidement transform\u00e9e en une \u00ab structure parall\u00e8le exer\u00e7ant d&rsquo;\u00e9normes pouvoirs sur tous les aspects de gouvernement \u00bb, nous dit Dipankar Banerjee (46).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Pakistanais veulent bien admettre que leur personnel militaire s&rsquo;est m\u00eal\u00e9 <em>autrefois<\/em> des conflits en Afghanistan. Par exemple, le Brigadier-G\u00e9n\u00e9ral Mohammad Yousaf, directeur du Bureau afghan de l&rsquo;ISI au milieu des ann\u00e9es 80, a avou\u00e9 que des conseillers pakistanais, uvrant normalement par \u00e9quipes de trois hommes, \u00e9taient affect\u00e9s \u00e0 des unit\u00e9s de moudjahidin : \u00abLes hommes que nous envoyions en Afghanistan \u00e9taient des soldats de l&rsquo;arm\u00e9e pakistanaise relevant du Bureau afghan des services secrets\u00bb (47) [lequel regroupe pr\u00e8s de deux cent officiers]. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ISI d\u00e9terminant concr\u00e8tement la politique du Pakistan, ce service a tout d&rsquo;abord jou\u00e9 la carte Hekmatyar (un ing\u00e9nieur Pachtoune originaire de la r\u00e9gion de Kunduz) pendant l&rsquo;occupation sovi\u00e9tique et ce m\u00eame apr\u00e8s le retrait des forces de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge ; le DG-ISI de l&rsquo;\u00e9poque, le Lieutenant-G\u00e9n\u00e9ral Hamid Gul \u00e9tait lui-m\u00eame un militant islamiste, attaquant violemment les Etats-Unis dans ses propos. En soutenant activement le Hizb-e-Islami de Gulbudine Hekmatyar, le Pakistan d\u00e9fendait l&rsquo;id\u00e9e de ce dernier qui souhaitait diriger seul un Afghanistan uni au Pakistan sous la forme d&rsquo;un march\u00e9 commun islamique. Si l&rsquo;ISI avait choisi de privil\u00e9gier la carte Hekmatyar c&rsquo;est en raison de sa faible assise tribale et de ses liens anciens avec les services pakistanais, mais c&rsquo;est \u00ab en s&rsquo;engageant \u00e0 reconna\u00eetre la fronti\u00e8re que constitue la ligne Mortimer-Durand (48), contest\u00e9e par tous les r\u00e9gimes de Kaboul jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, qu&rsquo;il a obtenu la sympathie de la hi\u00e9rarchie militaire \u00bb (49). Le Hizb-e-Islami d&rsquo;Hekmatyar contr\u00f4lait en outre l&rsquo;Afghan News Agency (dont il se servait largement \u00e0 son profit) et poss\u00e9dait un consid\u00e9rable et perfectionn\u00e9 service de renseignement de toute la r\u00e9sistance, gr\u00e2ce \u00e0 la formation prodigu\u00e9e par l&rsquo;ISI (50). Mais Hekmatyar  avait aussi un autre atout \u00e0 m\u00eame d&rsquo;int\u00e9resser les services pakistanais : son Hizb-e-Islami \u00e9tait tr\u00e8s connu parmi les groupes de moudjahidin pour ses liens dans la fili\u00e8re de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne (51). Tr\u00e8s rigide id\u00e9ologiquement, le Hizb-e-Islami est proche des Fr\u00e8res Musulmans arabes. Pendant le mandat de Madame Bhutto, la carte Hekmatyar ne semblait d\u00e9j\u00e0 plus donner toutes les satisfactions ; ainsi, le Premier Ministre confia-t-elle \u00e0 son Ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9poque, le Major-G\u00e9n\u00e9ral Naseerullah Babar, le soin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 d&rsquo;autres possibilit\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFinalement, Gulbudine Hekmatyar \u00e9choua \u00e0 prendre Kaboul malgr\u00e9 l&rsquo;aide importante de l&rsquo;ISI et le d\u00e9luge de roquettes et la destruction de la capitale. Apr\u00e8s l&rsquo;implication d&rsquo;Hekmatyar dans l&rsquo;attentat du World Trade Center en 1993, l&rsquo;ISI l\u00e2cha son prot\u00e9g\u00e9 et joua d\u00e9sormais une autre carte avec l&rsquo;aval des Etats-Unis (52) : les Talibans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette carte Taliban, n&rsquo;est pourtant pas le seul fait de l&rsquo;ISI ; l&rsquo;op\u00e9ration fut con\u00e7ue, nous dit Olivier Roy (53)  par la CIA, le chef des services saoudiens (le Prince Turki ben Faysal) et avec bien s\u00fbr l&rsquo;ISI, seul ce dernier \u00e9tant pr\u00eat \u00e0 se mouiller. Ce travail fut confi\u00e9 aux Fr\u00e8res Musulmans arabes et au parti islamiste pakistanais Jamaat-i-Islami, d&rsquo;o\u00f9 sont issus de nombreux conseillers (54) du G\u00e9n\u00e9ral Zia. Soutenus par l&rsquo;ISI lui-m\u00eame contr\u00f4l\u00e9 par la CIA, l&rsquo;Etat islamique taliban a grandement servi les int\u00e9r\u00eats g\u00e9opolitiques de Washington en ex-URSS. Le commerce de la drogue dans le Croissant fertile a \u00e9galement servi \u00e0 financer et \u00e9quiper l&rsquo;Arm\u00e9e musulmane bosniaque, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 90, et l&rsquo;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration du Kosovo (l&rsquo;UCK). Mais la CIA avait un autre int\u00e9r\u00eat : utiliser les Talibans dans ses op\u00e9rations contre l&rsquo;Iran et pour faciliter la construction de pipelines par Unocal reliant le Turkm\u00e9nistan au Pakistan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec la guerre continuelle sur le sol afghan, de nombreuses personnes ont travers\u00e9 la fronti\u00e8re pakistanaise et ont grandi dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s en un premier temps autour de la ville de Peshawar (la ville la plus proche de la fameuse Khyber Pass, la Passe de Khyber). Peshawar \u00e0 titre d&rsquo;exemple, d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es quatre-vingt, devint le centre des organisations de Jihad internationale, nous rappelle le Docteur Subhash Kapilla de l&rsquo;IPCS (55). Le premier bureau fut ouvert par le Docteur Ayman-al-Zawahiri en 1984 ; ce dernier \u00e9tant devenu depuis l&rsquo;assistant privil\u00e9gi\u00e9 d&rsquo;Oussama Ben Laden. Certains de ces r\u00e9fugi\u00e9s  les futurs Talibans  ont fr\u00e9quent\u00e9 les \u00e9coles religieuses (les madrasas) le long de la fronti\u00e8re ; ils ont d\u00e9velopp\u00e9 d&rsquo;excellentes relations et contacts avec toutes sortes de gens (56), et ils ont pu ainsi p\u00e9n\u00e9trer dans les diff\u00e9rents r\u00e9seaux : des madrasas, du parti d\u00e9oband (i.e. d&rsquo;influence wahhabite, saoudienne), le JUI  le parti Jamiat-ul Ulama-i Islam , du transport et de la contrebande. Ceci leur a donn\u00e9 un  tr\u00e8s gros avantage au d\u00e9part parce qu&rsquo;ils ont pu convaincre le gouvernement de Benazir Bhutto de leur apporter son soutien. Mais Madame Bhutto avait ses propres raisons pour soutenir les Talibans : une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle son mari  Asif Zardari  \u00e9tait li\u00e9, avait un contrat exclusif pour l&rsquo;importation de coton turkm\u00e8ne \u00e0 destination de l&rsquo;industrie textile pakistanaise, et les Talibans \u00e9taient en mesure de prot\u00e9ger les convois de coton des attaques de moudjahidin. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes liens entre le Pakistan et l&rsquo;Afghanistan apparaissent \u00e0 ce moment sous trois angles : \u00ab id\u00e9ologique (fondamentalisme sunnite conservateur), strat\u00e9gique (protectorat sur l&rsquo;Afghanistan) et ethnique (les principales madrasas qui recrutent des volontaires sont en zones pakistanaises) (57). Pour autant il serait hasardeux d&rsquo;affirmer, nous dit St\u00e9phane Allix (58), qu&rsquo;Islamabad <em>a cr\u00e9\u00e9<\/em> le mouvement Taliban ; il est n\u00e9anmoins \u00e9vident, poursuit-il, que \u00ab certaines personnalit\u00e9s influentes \u00bb s&rsquo;y sont tr\u00e8s vite int\u00e9ress\u00e9es. Il n&rsquo;y aurait donc pas vraiment planification ni contr\u00f4le effectif et concret, des Talibans par l&rsquo;ISI, mais ils y a des \u00ab liens \u00bb ; par exemple,  \u00ab le G\u00e9n\u00e9ral Hamid Gul, ancien chef de l&rsquo;ISI pendant les ann\u00e9es 80, est maintenant le chef de file des r\u00e9seaux islamistes au Pakistan \u00bb, nous dit Olivier Roy dans une interview \u00e0 la radio afghane Azadi en novembre 2000. Les Talibans sont un ph\u00e9nom\u00e8ne de grande ampleur qui d\u00e9passe largement une manipulation des services secrets pakistanais (ISI). Pour la premi\u00e8re fois, peut-\u00eatre, les Pakistanais ont jou\u00e9 la bonne carte et se sont trouv\u00e9s en phase avec un mouvement authentiquement populaire, pr\u00e9cise Gilles Dorronsoro (59).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;ISI a coordonn\u00e9 l&rsquo;aide militaire internationale \u00e0 la r\u00e9sistance afghane en un premier temps, puis apport\u00e9 son soutien personnel aux Talibans dans un second, elle l&rsquo;a toujours fait \u00e0 l&rsquo;aune de ses int\u00e9r\u00eats propres et de ceux du Pakistan ; l&rsquo;ISI on le voit bien, comme tout bon service secret, suscite plus qu&rsquo;elle ne cr\u00e9e directement, soutient plus qu&rsquo;elle ne d\u00e9fend en premi\u00e8re ligne, bref fait son travail en suivant des m\u00e9thodes \u00e9prouv\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec la guerre du Golfe, il y eut un glissement observable des islamistes r\u00e9volutionnaires vers un n\u00e9o-fondamentalisme conservateur ; l&rsquo;ISI, et donc le Pakistan, d\u00e9veloppa ouvertement sa carte Taliban. En 1995, on trouvait un officier des services pakistanais, le Colonel Imad, conseiller des Talibans. Ahmed Rashid signale (60) que vers le milieu de cette m\u00eame ann\u00e9e 95, des officiers de l&rsquo;ISI avaient aid\u00e9 les Talibans \u00e0 mettre sur pied une nouvelle structure de commandement pour leurs forces arm\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne autre preuve tangible de la forte pr\u00e9sence des services pakistanais en Afghanistan fut donn\u00e9e par la protestation officielle pakistanaise lors du bombardement am\u00e9ricain par missiles de croisi\u00e8res contre les camps dirig\u00e9s par Ben Laden en ao\u00fbt 1998, bombardement qui tua cinq officiers de l&rsquo;ISI (61). Toujours en 1998, pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9, apr\u00e8s un fort soutien logistique pakistanais aux Talibans (quatre cent camionnettes Pic Up neuves sur lesquelles sont mis en aff\u00fbt soit des canons sans recul soit des FM, des mitrailleuses), des officiers de l&rsquo;ISI se rendaient fr\u00e9quemment \u00e0 Kandahar pour aider \u00e0 la pr\u00e9paration d&rsquo;une offensive contre les forces du Commandant Massoud ; ce dernier fut d&rsquo;ailleurs surpris par la fulgurance de l&rsquo;attaque. Jane&rsquo;s Defense Weekly confirme \u00e0 cet \u00e9gard que \u00ab la moiti\u00e9 des hommes et de l&rsquo;\u00e9quipement des Talibans provient de l&rsquo;ISI \u00bb (62).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui encore, des membres de l&rsquo;ISI stationnent sur le sol afghan. Il est ainsi rapport\u00e9 (63) que le premier Bataillon du SSG (le Special Service Group dont le QG est situ\u00e9 \u00e0 Cherat au Pakistan) a ses quartiers dans la ville de Nangarhar, dans l&rsquo;immeuble appartenant \u00e0 l&rsquo;artillerie afghane, pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 se trouvait ult\u00e9rieurement la 110\u00e8me Division.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qu&rsquo;il faut n\u00e9anmoins reconna\u00eetre, c&rsquo;est que depuis le coup d&rsquo;\u00e9tat du G\u00e9n\u00e9ral Musharraf de 1999, le Pakistan pratique un certain attentisme vis \u00e0 vis de l&rsquo;Afghanistan, tout en continuant de soutenir les Talibans. Cette \u00e9volution peut s&rsquo;expliquer par les pressions exerc\u00e9es par la communaut\u00e9 internationale, notamment par les Etats-Unis, et par la crainte que le conflit afghan ne gagne le Pakistan. Ainsi, apr\u00e8s octobre 1999, le Pakistan, s&rsquo;il continuait \u00e0 envoyer des munitions en Afghanistan, retirait dans le m\u00eame temps un certains nombres d&rsquo;officiers de l&rsquo;ISI, conseillers militaires des Talibans (64). Et si Islamabad continue n\u00e9anmoins de soutenir les Talibans c&rsquo;est parce que le Pakistan craint qu&rsquo;une \u00e9ventuelle d\u00e9faite des chercheurs en th\u00e9ologie n&rsquo;ait des r\u00e9percussions n\u00e9gatives pour leur s\u00e9curit\u00e9 interne. Le gouvernement pakistanais veut \u00e9viter l&rsquo;\u00e9clatement de l&rsquo;Afghanistan, ce qui risquerait de raviver les exigences en vue de la cr\u00e9ation d&rsquo;un Etat pachtoune (le Pachtounistan) lequel inclurait une bande substantielle du territoire pakistanais. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn le voit, la politique de l&rsquo;ISI change peu \u00e0 peu, utilisant les forces gagnantes ou montantes du moment afin de poursuivre dans les meilleures conditions son \u00ab grand jeu \u00bb ; par ailleurs, l&rsquo;Afghanistan est l&rsquo;un des terrains d&rsquo;affrontement des forces politiques du Pakistan. Il se pourrait donc que bient\u00f4t, l&rsquo;ISI trouve un autre alli\u00e9 en Afghanistan, et l\u00e2che donc les Talibans et le Mollah Mohammad Omar Akhounzada. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>LA DROGUE AU SERVICE D&rsquo;UNE POLITIQUE<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToute guerre pose in\u00e9vitablement la question de son financement, surtout si elle dure ; et cette r\u00e9alit\u00e9 peut mener certains Etats et services secrets \u00e0 s&rsquo;\u00e9carter d&rsquo;une \u00ab conduite morale \u00bb, et ainsi entamer une realpolitik o\u00f9 la drogue devient une arme privil\u00e9gi\u00e9e puisque incomparablement efficace. Aucun produit au monde n&rsquo;apportant une plus value importante comme la drogue (ici l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne), il est ainsi ais\u00e9 de voir des organisations se commettre dans cette voie, certaines m\u00eames allant jusqu&rsquo;\u00e0 l\u00e9gitimer a posteriori cette activit\u00e9 en avan\u00e7ant des motifs soit id\u00e9ologiques, religieux, strat\u00e9giques, \u00e9conomiques ou g\u00e9opolitiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLieu d&rsquo;application par excellence de la g\u00e9opolitique des drogues, nous dit le rapport 1997 de l&rsquo;Observatoire G\u00e9opolitique des Drogues (65), l&rsquo;Afghanistan a vu sa production d&rsquo;opium passer de 200 \u00e0 300 tonnes par an en 1979  date de l&rsquo;invasion sovi\u00e9tique  \u00e0 dix fois plus \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90. Cette augmentation de la production est due moins au fait de n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques des moudjahidin que de l&rsquo;absence d&rsquo;un Etat capable de contr\u00f4ler le territoire. L&rsquo;ISI, poursuit le rapport, a trouv\u00e9 l\u00e0 \u00ab un moyen d&rsquo;alimenter des caisses noires lui servant \u00e0 financer des op\u00e9rations de d\u00e9stabilisation de l&rsquo;Inde \u00e0 travers les r\u00e9bellions sikhs du Pendjab et musulmanes du Jammu-Cachemire \u00bb. Au printemps 1994, l&rsquo;UNDCP (66) fait effectuer la premi\u00e8re enqu\u00eate de terrain exhaustive dans toute les provinces suspectes pour \u00e9valuer la production, d&rsquo;o\u00f9 il ressort que les cultures de pavot s&rsquo;\u00e9tendent sur 80 000 hectares, permettant de r\u00e9colter 3 200 \u00e0 3 300 tonnes d&rsquo;opium. Cette production place le pays devant la Birmanie, qui produit quant \u00e0 elle entre 2 600 et 2 800 tonnes d&rsquo;opium en 1993-1994. Cette nouvelle estimation permet de rappeler que jusqu&rsquo;en 1993, les seules statistiques concernant le volume des productions d&rsquo;opium \u00e9manaient du d\u00e9partement d&rsquo;Etat am\u00e9ricain avec des chiffres bien inf\u00e9rieurs (690 tonnes par an) ; c&rsquo;est pourquoi, \u00ab une d\u00e9l\u00e9gation des Etats-Unis \u00e0 Vienne, conduite par des agents de la CIA, s&rsquo;opposait \u00e0 la publication des chiffres produits par l&rsquo;UNDCP \u00bb (67). Mais aujourd&rsquo;hui, les chiffres de l&rsquo;UNDCP sont reconnus par les Etats-Unis. Par ailleurs, la nomination de Wendy Chamberlin comme Ambassadrice des Etats-Unis au Pakistan ne fut pas fortuite. Cette femme a \u00e9t\u00e9 par le pass\u00e9 agent de la CIA au Laos, et expert reconnu en narco-terrorisme. Elle aurait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e, selon B. Raman (68), pour \u00ab coordonner les efforts en vue de  surveiller les activit\u00e9s de Ben Laden, des Talibans et des divers groupes narco-terroristes op\u00e9rant \u00e0 partir de la r\u00e9gion \u00bb. Mais surveiller n&rsquo;est pas punir, ni \u00e9radiquer, mais surveiller c&rsquo;est avant toutcontr\u00f4ler.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tChronologiquement, c&rsquo;est avec le d\u00e9clenchement de la guerre contre les Sovi\u00e9tiques que s&rsquo;est mis en place \u00e0 partir de 1980  sous le r\u00e8gne du G\u00e9n\u00e9ral Zia  l&rsquo; industrie de la drogue. Et  ce qui aurait incit\u00e9 les Am\u00e9ricains \u00e0 soutenir et prot\u00e9ger cette production \u00ab comme arme de guerre \u00bb, ce serait une intervention d&rsquo;Alexandre de  Marenches \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1980 aupr\u00e8s de Bill Casey, directeur de la CIA de l&rsquo;\u00e9poque. Le Comte de Marenches aurait sugg\u00e9r\u00e9 \u00e0 son homologue am\u00e9ricain qu&rsquo;il serait judicieux pour les services occidentaux, d&rsquo;aider les moudjahidin \u00e0 produire l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne afin d&rsquo;intoxiquer les soldats de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge. Bill Casey aurait tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 cette id\u00e9e, et aurait conduit le chef du SDECE aupr\u00e8s de Ronald Reagan ; ce dernier, enthousiasm\u00e9, aurait donn\u00e9 son aval. Cependant, des r\u00e9ticences \u00e9manant de certaines sections de la CIA auraient fait abandonner le projet. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tN\u00e9anmoins, la production s&rsquo;est d&rsquo;autant plus d\u00e9velopp\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 partir de janvier 1992 (mais annonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;automne 1991), les Etats-Unis comme la Russie se sont engag\u00e9es \u00e0 ne plus financer directement, cela va sans dire  leurs anciens prot\u00e9g\u00e9s. L&rsquo;opium est ainsi devenu un v\u00e9ritable nerf de la guerre pour un certains nombre de chefs de guerre afghans priv\u00e9s de l&rsquo;appui de leurs puissants protecteurs. Mais le Pakistan, avec des d\u00e9penses militaires qui repr\u00e9sentent 40% du budget national, a trouv\u00e9 lui aussi, par la drogue, le moyen id\u00e9al pour financer ses activit\u00e9s. Les services secrets occidentaux se disent d&rsquo;ailleurs persuad\u00e9s (69) qu&rsquo;une partie de l&rsquo;\u00e9quipement de l&rsquo;arm\u00e9e pakistanaise est pay\u00e9e par des caisses noires aliment\u00e9es par l&rsquo;argent de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ISI a donc profit\u00e9 de la situation de guerre civile en Afghanistan pour prendre en main le trafic d&rsquo;h\u00e9ro\u00efne ; le Pakistan \u00e9tant un pays repr\u00e9sentant une identit\u00e9 islamique, \u00ab il \u00e9tait de son devoir de faire pr\u00e9dominer l&rsquo;Islam dans la r\u00e9gion, peu importe les moyens utilis\u00e9s \u00bb  (70). Ces trafics ont commenc\u00e9 avec l&rsquo;implication des militaires de l&rsquo;ISI ayant \u00ab des liens familiaux avec des grands barons de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne des zones tribales et du Pendjab \u00bb (71). Dans les ann\u00e9es 80, le Brigadier-G\u00e9n\u00e9ral Imtiaz, qui travaillait sous les ordres du DG-ISI de l&rsquo;\u00e9poque, le Lieutenant-g\u00e9narl Hamid Gul, aurait dirig\u00e9 une cellule afin d&rsquo;utiliser l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne pour les actions clandestines, avec l&rsquo;aval de la CIA (72). C&rsquo;est ainsi que les camions scell\u00e9s qui emportaient des armes dans les r\u00e9gions lib\u00e9r\u00e9es revenaient charg\u00e9s d&rsquo;opium ; cet opium \u00e9tait ensuite livr\u00e9 aux laboratoires des zones tribales (sur le territoire pakistanais). Des centaines de laboratoires ont \u00e9t\u00e9 mis sur pied \u00e0 la fronti\u00e8re pakistano-afghane dans le Balouchistan (provinces du Nimruz, du Helmand et de Kandahar) par des leaders afghans et des groupes d&rsquo;affaires locaux, sous la protection de l&rsquo;ISI. Une grande partie de ce trafic avait pour but \u00ab l&rsquo;enrichissement personnel de certains militaires et constituait une prise en main par l&rsquo;Etat pakistanais des ressources fournies par la drogue \u00bb (73). M\u00eame la CIA, dans un rapport secret de 1993 sur le trafic de drogue au Pakistan (des extraits de ce rapport sont parus dans un quotidien pakistanais The Frontier Post), relatait comment l&rsquo;ISI \u00e9tait profond\u00e9ment impliqu\u00e9e, tout comme le gouvernement, avec les narco-mafia. Pour prouver s&rsquo;il le fallait les liens existants entre les services d&rsquo;Islamabad et les barons de la drogue pakistanais, citons Haji Sahib, un des plus gros investisseurs sur le march\u00e9 des changes, mais aussi \u00ab un des principaux blanchisseurs d&rsquo;argent provenant du trafic de drogue et du trafic d&rsquo;armes pour le compte de l&rsquo;ISI \u00bb (74). Mais la drogue se retrouve \u00e0 tous les niveaux de la soci\u00e9t\u00e9 pakistanaise, comme dans le financement des partis politiques (75) ; citons le Islami Jamhouri Ittihad (IJI), oppos\u00e9 \u00e0 Benazir Bhutto lors des \u00e9lections de 1993-1994 et qui a \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;avoir re\u00e7u des fonds issu du trafic de drogue par l&rsquo;ISI.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa CIA contr\u00f4lait n\u00e9anmoins indirectement le commerce de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, malgr\u00e9 la r\u00e9ticence suppos\u00e9e du d\u00e9but des ann\u00e9es 80. En 1995, le directeur des op\u00e9rations de la CIA en Afghanistan, Charles Cogan, avait admis que la CIA avait sacrifi\u00e9 la guerre contre la drogue pour se consacrer \u00e0 la Guerre froide. \u00ab Notre mission principale \u00e9tait d&rsquo;infliger le plus de dommage possible aux Sovi\u00e9tiques. Nous n&rsquo;avions pas vraiment les ressources et le temps requis pour enqu\u00eater sur le commerce de la drogue. [] Je ne crois pas que nous ayons \u00e0 nous excuser de cela. Toute situation \u00e0 ses inconv\u00e9nients. [] Il y a eu un inconv\u00e9nient au niveau du narco-trafic, oui. Mais l&rsquo;objectif principal a \u00e9t\u00e9 atteint. Les Sovi\u00e9tiques ont quitt\u00e9 l&rsquo;Afghanistan  \u00bb (76). Par ailleurs, il a pu \u00eatre \u00e9tabli que les missiles Sol-Air Stinger, qui ont fait perdre en 1987 aux sovi\u00e9tiques et aux gouvernementaux afghans la ma\u00eetrise du ciel, avaient \u00e9t\u00e9 livr\u00e9s en priorit\u00e9 dans les zones o\u00f9 se trouvaient les plus importantes productions de pavot (77).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tReconnaissant les \u00ab bons et loyaux services \u00bb du G\u00e9n\u00e9ral Musharraf pendant la guerre d&rsquo;Afghanistan, la CIA se voit pourtant contredite par le Bureau de contr\u00f4le des narcotiques am\u00e9ricains qui \u00e9met des r\u00e9serves sur Musharraf, \u00e0 propos des relations que ce dernier aurait avec les trafiquants, notamment avec ceux pr\u00e9sents dans la province pakistanaise du Nord-Ouest et les zones tribales (Provincially Administrated Tribal Areas et Federally Administrated Tribal Areas). Dans ces provinces, l&rsquo;apport \u00e9conomique issu du trafic de drogue provoqua un v\u00e9ritable boom \u00e9conomique dont les b\u00e9n\u00e9ficiaires n&rsquo;\u00e9taient autres que les narco-barons, pour la plupart de familles Pachtounes. La lecture des diff\u00e9rents rapports de l&rsquo;OGD, des sources provenant des services secrets occidentaux permettent de consid\u00e9rer, nous dit Sa\u00efma Ashraf, comme fort probable l&rsquo;implication du G\u00e9n\u00e9ral Zia, de mani\u00e8re directe ou indirecte dans le trafic de stup\u00e9fiants au Pakistan. Il ajoute m\u00eame que deux anciens chefs des services anti-drogue pakistanais d\u00e9clarent \u00eatre convaincus de \u00ab la part active de Zia dans la mise en place des r\u00e9seaux du trafic d&rsquo;h\u00e9ro\u00efne \u00bb. Alain Labrousse, sp\u00e9cialiste fran\u00e7ais du trafic de drogue, en arrive lui aussi aux m\u00eames conclusions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette drogue pr\u00e9sente en grande quantit\u00e9 sur le sol pakistanais a fait augmenter consid\u00e9rablement le nombre de toxicomanes dans ce pays (78), mais l&rsquo;essentiel du produit est destin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Ainsi, chaque ann\u00e9e, rapporte Interpol (79), cent tonnes d&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 le Pakistan du Nord au Sud, sont achemin\u00e9es en Europe par les voies maritimes, a\u00e9riennes et surtout empruntent les routes des Balkans via l&rsquo;Iran et la Turquie. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa drogue entre dans une logique g\u00e9opolitique mais aussi religieuse, eschatologique ; les Talibans, qui contr\u00f4lent 97% des zones de production d&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, ont mis sur pied un discours simpliste, \u00e0 usage interne, pour justifier leur attitude vis \u00e0 vis de la drogue : tout d&rsquo;abord rien n&rsquo;interdit dans le Coran la production d&rsquo;opium, et enfin, les clients de ces psychotropes sont d&rsquo;abord et avant tout des infid\u00e8les. Le pays des Taliban, ces laudateurs du rigorisme, \u00ab fournit aujourd&rsquo;hui 80% de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne qui s&rsquo;\u00e9coule dans les rues d&rsquo;Europe \u00bb (80), et l&rsquo;ISI n&rsquo;y est pas pour rien. Certes, Kaboul s&rsquo;est engag\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 enrayer le trafic de haschich, et force est de constater que l&rsquo;action engag\u00e9e fut efficace dans ce domaine ; mais la production d&rsquo;opium quant \u00e0 elle ne fut jamais touch\u00e9e, mis \u00e0 part des op\u00e9rations factices \u00e0 destination des m\u00e9dias occidentaux. Les Talibans touchent de l&rsquo;argent sur les productions d&rsquo;opium, et ne rechignent pas devant un apport constant et important d&rsquo;argent g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la zakat (taxe religieuse traditionnelle de 10%, normalement revers\u00e9es aux pauvres). Au prix de vente de l&rsquo;opium fermier, environ 60 dollars le kilogramme, cela repr\u00e9sente pour les 1 500 tonnes des seules r\u00e9gions du Sud, neuf millions de dollars qui entrent dans les caisses des Talibans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi les Am\u00e9ricains ont commenc\u00e9 en 1997 \u00e0 changer d&rsquo;attitude et \u00e0 r\u00e9orienter leur politique vis \u00e0 vis de l&rsquo;Afghanistan, c&rsquo;est tout d&rsquo;abord \u00e0 cause du traitement que les Talibans et leurs milices infligent aux femmes. N\u00e9anmoins, c&rsquo;est en 1998-1999 que ce renversement d&rsquo;attitude s&rsquo;est vraiment accentu\u00e9. A cela, quatre facteurs essentiels : le soutien de Kaboul \u00e0 Oussama Ben laden, la suspension en d\u00e9cembre 1998 par la soci\u00e9t\u00e9 Unocal de ses activit\u00e9s dans le cadre du projet de pipeline transafghan, une hausse vertigineuse de la production de stup\u00e9fiants en Afghanistan, et un l\u00e9ger r\u00e9chauffement des relations entre les Etats-Unis et l&rsquo;Iran. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMalheureusement, la production d&rsquo;opium \u00e0 grande \u00e9chelle \u00e9tant lanc\u00e9e, les r\u00e9seaux d\u00e9velopp\u00e9s, les circuits de blanchiment organis\u00e9s, rien ne semble pouvoir mettre fin \u00e0 cette culture de mort dans la r\u00e9gion, surtout quand des services secrets importants, telle l&rsquo;ISI, en sont un des acteurs principaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>CONCLUSION<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on peut concevoir qu&rsquo;un service secret utilise des voies d\u00e9passant le cadre de la loi, rien ne peut justifier la politique d&rsquo;apprenti sorcier pratiqu\u00e9e par certains d&rsquo;entre eux. S&rsquo;engager dans une action secr\u00e8te demande \u00e0 ce que l&rsquo;on tienne la chose enti\u00e8rement, \u00e0 ce que l&rsquo;on ma\u00eetrise totalement la situation, en aval surtout. A jouer les voyous, \u00e0 fr\u00e9quenter cette engeance, \u00e0 agir comme tel, vient un moment o\u00f9 l&rsquo;on ne distingue plus qui est qui. Au nom de quoi, un service secret peut-il justifier de son r\u00f4le actif conjointement dans le terrorisme international, l&rsquo;assassinat politique, le trafic de drogue ? Comment accepter de telles pratiques ? Une fin juste justifie des moyens justes, et certes peut-\u00eatre pas moraux si l&rsquo;on n&rsquo;est pas na\u00eff, mais en tout \u00e9tat de cause, la fin doit \u00eatre juste, justifiable, morale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ISI est aujourd&rsquo;hui un service tentaculaire, omnipotent, non contr\u00f4l\u00e9, \u00e0 contrario des services sp\u00e9ciaux de certains pays europ\u00e9ens. Ce service b\u00e9n\u00e9ficie par ailleurs de la complaisance de puissances \u00e9trang\u00e8res, de l&rsquo;impunit\u00e9 la plus totale, et ce malgr\u00e9 les rapports, t\u00e9moignages et autres informations sur ses m\u00e9faits. Il devient urgent tant pour le b\u00e9n\u00e9fice des pays qui pourraient un jour \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 en  p\u00e2tir (\u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un 11 septembre) que pour le Pakistan lui-m\u00eame  en tout cas des forces morales de ce pays, car elles existent encore  de revoir et repenser ce que peut \u00eatre un service secret, ce que peuvent \u00eatre ses m\u00e9thodes, ses pr\u00e9rogatives, son champ d&rsquo;action, sa structure et surtout sa doctrine (81).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn chef afghan du XIX\u00e8me si\u00e8cle, Emir Abdur Rahman, d\u00e9crivait son pays  \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, enjeu de la Russie et de la Grande-Bretagne  comme une ch\u00e8vre entre deux lions ; esp\u00e9rons que la ch\u00e8vre actuelle trouve un berger afghan, et que les lions d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (Pakistan, Iran, Etats-Unis,  etc.) soient plus \u00e9duqu\u00e9s et respectueux du Droit international. Le Pakistan qui semble vou\u00e9 \u00e0 tenir \u00e0 court terme le r\u00f4le qui fut celui de l&rsquo;Iran mais cette fois dans le monde sunnite  courant le plus important du monde musulman  ne pr\u00e9sage pas un avenir serein, et pas uniquement pour la r\u00e9gion de l&rsquo;Asie du Sud. C&rsquo;est pourquoi il est fort \u00e0 parier que lorsque les id\u00e9es salafistes seront officiellement au pouvoir \u00e0 Islamabad et qu&rsquo;elles agiront en cons\u00e9quence, une nouvelle recomposition des alliances s&rsquo;op\u00e8rera de par le monde, l&rsquo;Inde, l&rsquo;Iran comme la Chine devenant alors vraisemblablement les nouveaux alli\u00e9s courtis\u00e9s des nations occidentales.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tPour les notes indiqu\u00e9es dans ce texte, se reporter au texte <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=959\" class=\"gen\">Notes du texte \u00ab Le grand jeu de L&rsquo;ISI (Inter Services Intelligence) \u00bb, de Philippe Raggi<\/a>, dans la m\u00eame rubrique Analyse.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le grand jeu de L&rsquo;ISI (Inter Services Intelligence) Par Philippe RAGGI, membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie Internationale de G\u00e9opolitique et du Centre Fran\u00e7ais de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Texte arr\u00eat\u00e9 au 14 novembre 2001. Paru dans Guerre secr\u00e8te contre Al Qaeda, sous la direction d&rsquo;Eric D\u00e9n\u00e9c\u00e9 (Ed. Ellipses), et dans Renseignement &#038; Op\u00e9rations Sp\u00e9ciales n\u00b09 (Ed.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3236,3265,4188,3104,3266,3379,4146,963],"class_list":["post-65826","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-afghanistan","tag-ben","tag-casey","tag-cia","tag-laden","tag-pakistan","tag-talibans","tag-urss"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65826","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65826"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65826\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65826"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65826"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65826"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}